LES ADIEUX A LA REINE : La petite et la grande histoire

lesadieuxalareineaffiche

lesadieuxalareineafficheLes Adieux à la Reine est la deuxième grosse production française de cette année 2012, après les Infidèles qui a divisé, pour ne pas dire déçu. Cette fois-ci, la critique est unanime pour saluer la réussite de ce film historique qui mêle grand et petite histoire. Un film plus intelligent qu’ambitieux, mais qui brille par le fond et la forme.

Sidonie Laborde est la jeune lectrice de la Reine Marie-Antoinette, à laquelle elle est entièrement dévouée. Elle ne s’imagine pas ailleurs qu’à ses côtés, à la servir. Mais nous sommes le 14 juillet 1789 et le petit monde versaillais va bientôt être bouleversé par une tempête aussi violente qu’inattendue. Une tempête qui va changer le cours de histoire de France et le cours du destin de la jeune femme.

Soyons honnête, j’ai eu un peu de mal à entrer totalement dans les Adieux à la Reine. La première demi-heure donne l’impression d’un film en costume pas très dynamique, guère intéressant et surtout aux dialogues absolument pas crédibles. Puis, quand tout ce petit beau monde commence à être secouer par un tremblement de terre venu de la Bastille, le film prend véritablement son envol pour devenir un mélange passionnant entre des destins individuels et celui d’une nation tout entière.

Le premier grand intérêt de les Adieux à la Reine est de nous montrer l’envers du décor de la cour de Louis XVI. La vie des domestiques, mais aussi celles des courtisans et des nobles de seconde zone quasiment logés à la même enseigne. Et puis, les film nous raconte surtout comment toute cette belle mécanique s’est totalement enrayée pour finir dans une débâcle assez pathétique. Ou comment l’instinct de survie finit par prendre le pas sur les conventions sociales. Le film casse un peu un certain nombre d’images d’Epinal, nées dans nos livres d’histoire. Ou plutôt les enrichit en nous montrant ce qu’il se passait derrière les belles tapisseries.

Ensuite, les Adieux à la Reine est avant tout le récit d’un destin, celui d’une jeune femme, simple domestique, mais qui côtoie un monde qui lui semble devoir durer éternellement. Un monde qui lui est à la fois totalement étranger et complètement familier. Ce personnage, plutôt effacé au début du film, prend de l’épaisseur à mesure que se déroule l’intrigue. On apprend à l’aimer pour finalement épouser ses espoirs et ses craintes. Il y a un final une grande intelligence dans ce scénario qui arrive à nous surprendre jusqu’au bout, malgré un contexte historique que l’on pouvait penser déjà archi-connu.

lesadieuxalareineEnfin, les Adieux à la Reine reste un magnifique film en costumes. Evidemment, étant un familier du Château de Versailles, cela me fait particulièrement plaisir de le voir revivre le temps d’un film tel qu’il était quand il occupait encore la fonction pour laquelle il a été conçu. Je n’ai rien contre les touristes, mais disons que je doute que Louis XIV n’ait jamais imaginé qu’ils pourraient un jour envahir quotidiennement le symbole de son pouvoir absolu. Mais on l’a vu, heureusement, ce film ne s’arrête pas à la beauté des décors et des costumes. Il serait cependant injuste de ne pas souligner la qualité du travail réalisé. Les moyens ont été mis et jamais une seule seconde, le film n’apparaît kitch ou cheap (désolé pour les anglicismes).

Les Adieux à la Reine confirme la montée en puissance de Lea Seydoux qui tient là son rôle le plus marquant dans un film français. Tout comme son personnage, son jeu gagne en épaisseur à mesure que le film progresse. Le film repose en grande partie sur ses seules épaules et on ne peut par souligner la réussite qu’il représente sans lui en attribuer une large part. A ses côtés, Diane Kruger nous livre une très belle interprétation de Marie-Antoinette, même si elle confirme aussi les limites de ton talent. Quant à Virginie Ledoyen, son rôle quasi-muet permet de se rendre compte que sa seule présence à l’écran suffit pour faire parler son charisme.

Les Adieux à la Reine constitue donc le premier film français vraiment marquant de 2012. Cependant, la cuvée 2011 fut tellement exceptionnelle qu’on en deviendrait presque trop exigeant.

Fiche technique :
Production : Morena Films, Les films du lendemain, France 3 Cinéma, GMT Productions
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Benoît Jacquot
Scénario : Benoît Jacquot, Gilles Taurand
Montage : Luc Barnier
Photo : Romain Winding
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Bruno Coulais
Durée : 100 mn

Casting :
Léa Seydoux : Sidonie Laborde
Diane Kruger : Marie-Antoinette
Virginie Ledoyen : Gabrielle de Polignac
Xavier Beauvois : Louis XVI
Noémie Lvovsky : Mme Campam
Julie-Marie Parmentier : Honorine
Lolita Chammah : Louison
Grégory Gadebois : Le comte de Provence
Michel Robin : Jacob Nicolas Moreau

38 TEMOINS : A lâche, lâche et demi

38temoinsaffiche

38temoinsaffichePour faire un bon film, ou tout du moins écrire un bon scénario, il faut un bon sujet. Bien sûr, certains arrivent à passionner à partir de pas grand chose, mais sans fond, la plus belle forme du monde ne sera jamais qu’un sapin de Noël avec les guirlandes, mais sans les boules. Malheureusement, ce n’est pas non plus suffisant. On peut parfois tenir un vrai bon point de départ, avant de s’apercevoir très vite que l’on ne sait pas vraiment où l’on va. C’est malheureusement le cas de 38 Témoins.

Louise rentre d’un voyage professionnel en Chine. En rentrant, elle apprend que la nuit précédente, une jeune femme a été assassinée en bas de chez elle. Tout le monde dans le voisinage dit n’avoir rien entendu. Son propre mari, Pierre, lui dit même qu’il était encore au travail au moment des faits. Mais il est distant, comme si quelque chose le rongeait. Une nuit, il finit par tout lui raconter. Il était bien dans l’appartement, il a bien entendu les cris de la victime, mais par lâcheté, il n’a pas bougé, même pas pris son téléphone. Et si lui a entendu, tous ses voisins aussi…

Que l’être humain soit capable de lâcheté et d’indifférence face à une personne en détresse et même en danger de mort est un fait incontestable. Après, dire que la lâcheté est une caractéristique presque généralisée en est une autre. Ce n’est pas tout à fait le propos de 38 Témoins, mais pas loin. Qu’autant de personnes ne daignent même pas passer un simple coup de fil (on ne parle pas de descendre se battre avec l’agresseur) est trop gros pour être plausible. Le film s’appellerait 5 témoins, cela tiendrait déjà plus debout.

Ensuite, il y a la réaction des 37 autres témoins quand Pierre se met à parler, bien trop unanime, trop monolytique. Que la plupart lui en veuille, parfois jusqu’à la haine, d’avoir brisé la loi du silence, je trouve ça même logique. Mais qu’il n’y ait pas des réactions plus nuancées et même des soutiens nuit à l’intérêt du propos. Le personnage apparaît que comme une sorte de héros solitaire, le seul à ne pas accepter sa propre lâcheté, le seul à ne pas réussir à assumer sereinement sa culpabilité. Sa parole devrait, à mon sens, libérer d’autres personnes. Le seul contre tous, net parti pris de 38 Témoins, constitue pour moi une erreur.

Je suis désolé de raconter quelque peu le film, mais je voulais exprimer clairement pourquoi je n’ai pas été convaincu par la démonstration de Lucas Belvaux. Je suis resté froid face à cette réflexion sur un vrai sujet, qui à mon sens, méritait un peu plus de subtilité. Si d’un point de vue collectif, je le trouve mal traité, par contre, d’un point de vue individuel, c’est nettement plus réussi. Le parcours intellectuel de Pierre et l’impact sur son couple constituent le cœur du film et cela permet à 38 Témoins de ne pas être tout à fait un échec. Mais il aurait été totalement réussi s’il s’était limité à cette dimension là.

38temoins38 Témoins reste tout de même l’œuvre d’un réalisateur brillant. Tout le talent de Lucas Belvaux se ressent pleinement dans un dernier quart d’heure vraiment poignant. On oublie alors toutes les incohérences ou les faiblesses pour se laisser porter par l’émotion. Notre cœur se sert et on ressent enfin à quel point la culpabilité peut être un étau oppressant et insupportable quand on doit y faire face. On pourra simplement regretter que tout le film ne soit pas à l’image de cette magnifique séquence.

Yvan Attal est égal à lui-même dans ce film. Il n’est clairement pas l’acteur le plus expressif qui soit, mais il colle du coup totalement à son personnage. La vraie révélation se nomme Sophie Quiton… sauf que ça fait au moins la troisième fois qu’elle se révèle après Qui a Tué Bambi et surtout le très bon Poupoupidou, sorti l’année dernière. Espérons que cette nouvelle très belle performance lui permettra de l’installer définitivement comme une valeur sûre du cinéma français.

38 Témoins est donc au final un film inégalement réussi. On peut donc voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Malheureusement pour moi, c’est surtout la frustration qui a prédominé, du au sentiment qu’il ne manquait pas grand chose à ce film pour être nettement plus convaincant.

Fiche technique :
Production : Agat Films & Cie, France 3 Cinéma, Artémis production, Jérodiade, Films sous influence
Distribution : Diaphana Films
Réalisation : Lucas Belvaux
Scénario : Didier Decoin, d’arpès son roman
Montage : Ludo Torch
Photo : Perric Gantelmi d’Ille
Décors : Frédérique Belvaux
Musique : Arne Van Dongen
Durée : 104 mn

Casting :
Yvan Attal : Pierre Morvand
Sophie Quinton : Louise Morvand
Nicole Garcia : Sylvie Loriot
François Feroleto : le Capitaine Léonard
Natacha Régnier : Anne
Patrick Descamps : Petrini
Didier Sandre : le procureur Lacourt

JOHN CARTER : Pas mal pour un film des années 60…

johncarteraffiche

johncarterafficheImaginez que vous viviez dans les années 60 et que vous soyez projeté à notre époque. Et là, après une période de désorientation, intrigué par l’extension qui semble avoir poussé au bout des bras des humains, à savoir le smartphone, vous vient l’idée d’aller au cinéma voir John Carter. En effet, le personnage vous est familier, puisqu’il a été crée en 1912. Vous vous dites que cela va vous permettre de retrouver un univers connu. Vous en ressortez particulièrement enthousiaste en vous écriant « Que c’est bien fait ! Que c’est beau ! Que c’est criant de vérité !». Et encore, je ne parle pas de l’effet de la 3D. Bon, le problème, c’est qu’aucun de nous n’est un voyageur temporel venu des années 60…

John Carter est mort. Il lègue à son neveu un récit de ses aventures. Des aventures qui l’ont mené… sur Mars, ou Barsoon comme on dit là-bas. Un monde en guerre dont le destin va se retrouver bouleverser par ce Terrien égaré.

 Autant le dire tout de suite, John Carter n’est pas kitch. Parce que kitch, ça inspire un petit peu de sympathie et de tendresse. Comme un retour à l’enfance, c’est presque rassurant. Non, ce film est juste totalement ringard. Pas moche, pas mal fait, ringard… Les moyens techniques sont là, le numérique permet de créer tout et n’importe quoi d’un clic de souris. Cependant, les équipes artistiques en charge de ce film ont réussi l’exploit de créer des décors et des costumes aussi convaincants que du temps du carton pâte. Voir le personnage faire des bons, habillé d’un pauvre pagne, rappelle au mieux le Tarzan version Johnny Weissmuller, au pire la série des Maciste, le héros en slip doré !

John Carter est parti pour être un des plus gros bides de l’histoire du cinéma, avec 200 millions de dollars de perte (au final, ça sera beaucoup moins grâce à l’exploitation à l’étranger et en DVD). C’est totalement mérité car ce film est un pur foutage de gueule. Quelle mouche a donc piqué Andrew Stanton, le réalisateur de Wall-E ? Même Roland Emmerich fait preuve de plus d’ambition artistique que lui dans ses film. Si au moins, il y avait l’excuse du manque de moyens… Au contraire, on sent bien que ce film a coûté un bras, puisque, encore une fois, c’est bien fait… C’est juste sans âme, ridicule à en devenir déprimant.

Après, si je fais preuve d’une totale honnêteté intellectuelle, je ne me suis pas ennuyé devant John Carter. La consternation est une forme d’intérêt, mais c’est surtout qu’il se passe des choses, y a de l’action ! Bon, le scénario n’est pas top-top, mais on a fait pire en la matière, puisqu’il y aurait presque un peu de complexité dans cette histoire. Il souffre par contre d’une trop grande naïveté. Certes, cela peut s’expliquer par le côté avant-gardiste de l’œuvre dont il est issu, la première à mélanger fantasy et science-fiction. Mais franchement, les scénaristes ne se sont pas foulés pour réinventer le mythe. Ca reste hyper basique et rien ne les obligeait à nous servir des dialogues tout droit sortis d’un nanar des années 60.

johncarterMais là où John Carter finit de sombrer, c’est au niveau du casting. Il faut dire qu’en choisissant un acteur principal portant le nom de Kitsch (ça ne s’invente pas), les producteurs de chez Disney ont donné le bâton pour se faire battre. Ce bellâtre a autant de talent que Liliane Bettancourt de lucidité. A ses côtés, Lynn Collins s’en sort beaucoup mieux, avec un minimum de personnalité. Sans parler de sa plastique… Par contre, ayons une pensée ému pour ce pauvre Mark Strong et son costume ridicule…

John Carter est un film où l’argent investi est inversement proportionnel au talent artistique mis en œuvre pour sa réalisation. Résultat, un vrai navet !

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Compagny
Réalisation : Andrew Stanton
Scénario : Andrew Stanton, Mark Andrews, Michael Chabon, d’après le Cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs
Montage : Eric Zumbrunnen
Photo : Dan Mindel
Format : 35mm
Décors : Nathan Crowley
Musique : Michael Giacchino
Effets spéciaux : Eamonn Butler
Durée : 140 mn

Casting :
Taylor Kitsch : John Carter
Lynn Collins : Dejah Thoris
Samantha Morton : Sola
Williem Dafoe : Tars Tarkas
Dominic West : Sab Than
Mark Strong : Matai shang
Thomas Haden Church : Tal Hajus

POSSESSIONS : Ligne trop droite

possessionsaffiche

possessionsafficheBeaucoup de films tirent leur intérêt du suspense quant au dénouement de l’intrigue. Mais comment cela va-t-il finir ? se demande alors le spectateur, qui, du coup, reste intéressé jusqu’au bout. Et puis, il y a ceux qu’on appelle… en fait, non ceux que j’appelle, puisque c’est une expression que je crois avoir plus ou moins inventé… les films de processus. On sait à peu près d’où on part, on sait immédiatement ou très vite où on va arriver. Tout l’intérêt réside dans la manière dont le chemin entre les deux se déroule. Possessions fait partie de cette catégorie puisqu’il est basé sur un fait divers connu. Malheureusement, le chemin est bien trop droit pour être vraiment intéressant.

 Marilyne et Bruno Caron s’apprêtent à changer de vie. Ils quittent le Nord et une vie très grise pour venir s’installer à la montagne. Mais surprise, quand ils arrivent sur place, leurs propriétaires, les Castang, vont leur annoncer que leur chalet n’est pas fini. C’est cependant presque une bonne nouvelle pour eux puisqu’ils sont installés dans un chalet plus grand. Cette solution s’avère vite temporaire et ils vont être obligés de changer de logement plusieurs fois, transformant le rêve en cauchemar. Et la sympathie en haine.

Si je devais résumer ce que je reproche à Possessions en une seule phrase, je dirais simplement que ce film n’a aucun intérêt. Tout simplement, parce qu’il nous présente un processus totalement linéaire. Pas de rebondissements, pas de surprises, juste une ligne droite entre un point A et un point B. Donc, on assiste exactement à ce à quoi on pouvait s’attendre. On a donc bien du mal à se passionner pour cette histoire, qui, de plus, mets face à face des personnages tout ce qu’il y a de plus antipathiques.

Mais ce qu’il m’a le plus gêné, c’est sans doute la caricature sociale. Possessions repose sur le contraste entre un couple en bas et l’autre en haut de l’échelle de la réussite, du pouvoir de l’achat et du patrimoine. Les uns sont plutôt élégants, les autres franchement beaufs et amoureux du tuning. Le portrait de ces derniers prête souvent à sourire tant il emprunte des lieux communs. Par exemple, quand il rentre chez lui, Bruno se met sur le canapé et il ouvre sa braguette… Bah oui, il est pauvre et n’a pas d’éducation, donc il déboutonne sa braguette. Logique… Bon, c’est un détail parmi tant d’autres, mais Eric Guirado use et abuse de ces facilités qui décrédibilisent son propos. Sûrement parce que, à l’image d’Etienne Chatillez dans la Vie est un Long Fleuve Tranquille, il décrit un milieu qui lui est étranger.

 

possessionsPossessions reste tout de même avant tout une réflexion sur la jalousie, la frustration sociale qui peut mener à la violence. Comment face à un ascenseur qui ne fonctionne pas, on est tenté de brûler tout l’immeuble… C’est beau ce que je dis… Sauf que trop d’imperfections viennent parasiter le fond du sujet. De plus, on est là face à une histoire très particulière, qui n’est pas vraiment symptomatique de quoique ce soit. On n’est pas là face à un film social, même si on y retrouve une forme de lutte des classes. Bref, tout concourt pour que ce film reste tout simplement purement anecdotique.

Le couple Jérémie Renier – Julie Depardieu n’a pas grand chose à se reprocher. Le premier n’est guère convaincant, mais c’est avant tout son personnage qui ne l’est pas. A l’impossible nul n’est tenu. Par contre, la seconde est presque surprenante dans un rôle plus dur que d’habitude. Elle sort un peu de ses habituels rôles de femme fragile et s’en sort vraiment bien. Un mot enfin sur Alexandra Lamy qui confirme, après Infidèles, qu’elle peut être utilisée à bon escient ailleurs que dans des comédies.

Possessions est un film dont on aurait pu saluer la forme, si le fond ne le rendait totalement inintéressant.

Fiche technique :
Production : Incognita Films
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Eric Guirado
Scénario : Isabelle Claris, Eric Guirado
Montage : Laure Gardette
Photo : Thierry Godefroy
Décors : Valérie Faynot
Son : Philippe Mouisset
Musique : Maidi Roth
Durée : 98 mn
 
Casting :
Jérémie Renier : Bruno Caron
Julien Depardieu : Maryline Caron
Lucien Jean-Baptiste : Patrick Castang
Alexandra Lamy : Gladys Castang
Benoît Giros : Christophe
Ludmila Ruoso : Sabrina

TERRAFERMA : Le paradis n’est plus ce qu’il était

terrafermaaffiche

terrafermaafficheAprès m’être rendu deux fois en Belgique (pour deux merveilleux voyages), en République Tchèque et en Norvège ces dernières semaines, je continue mon tour d’Europe du cinéma avec une destination plus classique cette fois-ci : l’Italie avec Terraferma. Il s’agit du nouveau film de Emmanuele Crialese, qui nous conduit sur la même petite île au large de la Sicile que dans Respiro, un film qui avait séduit le public et la critique, mais qui m’avait profondément ennuyé. Cette fois, par contre, je partage entièrement tout le bien qui a pu être écrit sur ce film !

Filippo et son grand-père font partie des derniers pêcheurs d’une petite île au large de la Sicile. Ce n’est plus suffisant pour vivre, alors l’été venant, ils décident de louer leur maison et de transporter les touristes sur leur bateau. Mais l’arrivée d’un groupe de clandestins va venir bouleverser leurs projets.

Le plus grand mérite de Terraferma est d’aborder un sujet plutôt grave, la traversée de la Méditerranée, au péril de leurs vies, par des clandestins venus d’Afrique, tout en étant jamais plombant. Beaucoup d’humanité, de l’humour, de très beaux paysages, des personnages attachants, tout ça donne un savoureux mélange où on ne s’ennuie jamais. Autant, Respiro était purement contemplatif, autant celui-ci est rafraîchissant et jamais inutilement mélodramatique.

C’est donc avant tout un film profondément humain et qui pose de vraie question sur le devoir de désobéissance quand des vies sont en jeu. La valeur de l’existence est-elle supérieure à celle de la loi ? La réponse peut sembler évidente, mais quand on risque soit même de détruire tout ce que l’on a construit, elle l’est tout de suite beaucoup moins. Jusqu’où peut-on aller dans le sacrifice ? Où s’arrête l’indifférence coupable ? Terraferma ne prétend pas apporter la moindre réponse à ces interrogations, sur lesquelles on peut discourir à l’infini. Mais il ne nous fait pas échapper au « et moi, qu’est ce que je ferai ? »… Là encore, la réponse est rarement évidente…

Terraferma séduit aussi par ses personnages auxquels on s’attache immédiatement. A une ou deux exceptions près, il ne sont pas du tout manichéens, ce qui contribue à l’intérêt du propos, mais aussi au processus d’identification. C’est un élément clé de ce film, car si les protagonistes nous laissaient froidement indifférents, on n’arriverait jamais à tout à fait entrer dans cette histoire très bien menée par ailleurs. C’est par leur intermédiaire que le film échappe aux bons sentiments et au misérabilisme en nous mettant face à la complexité de certains problèmes quand ils sont vécus par de vrais gens, avec leurs problèmes, leurs qualités et leurs défauts. On échappe ainsi totalement au « il faut, y a qu’à » parce qu’Emmanuelle Crisale a su parfaitement nous faire partager les sentiments des personnages.

terrafermaEnfin, Terraferma est un régal par ses décors. Emmanelle Crisale est visiblement amoureux de cette île, petit coin de paradis au milieu de la Méditerranée. Certes, il nous explique toujours qu’il n’est pas toujours facile de vivre au paradis, mais au moins, c’est un régal pour les yeux. On a vraiment envie d’y partir en vacances, de profiter des paysages et la mer bleue turquoise.

S’il y a une qualité que l’on peut reconnaître à Emmanuelle Crisale, c’est un vrai don pour la direction d’acteurs. Il a l’habitude de faire tourner des acteurs pas forcément hyper connus (même en Italie) et arrive toujours à tirer le meilleur. Dans Terraferma, nous pourrons découvrir notamment Donatella Finocchiaro, en mère de famille écartelée entre le soucis de préserver sa famille et son humanité, et le jeune Filippo Pucillo, écartelé entre à peu près les mêmes choses… A la fois, c’est le sujet central du film…

Terraferma est donc un film qui pousse à réfléchir, mais qui le fait sans être sinistre. Un film humaniste et rafraîchissant sous le magnifique soleil de la Méditerranée.

Fiche technique :
Production : Cattleya, Babe film, France 2 Cinéma, RAI Cinéma, Canal +
Distribution : Bellissima Films
Réalisation : Emanuele Crialese
Scénario : Emanuele Crialese, Vittorio Moroni
Montage : Simona Paggi
Photo : Fabio Cianchetti
Décors : Paolo Agnello
Musique : Franco Piersanti
Durée : 88 mn

Casting :
Filippo Pucillo : Filippo
Donatella Finocchiaro : Giuletta
Beppe Fiorello : Nino
Mimmo Cuticchio : Ernesto
Martina Codecasa : Maura
Tiziana Lodato : Maria
Claudio Santamaria : Finanziere

LE TERRITOIRE DES LOUPS : Loin d’être bête !

leterrtitoiredesloupsaffiche

leterrtitoiredesloupsafficheDans la série des films qui me donnaient l’impression d’être de gros navets à la vue de la bande annonce, mais en fait pas du tout, voici Le Territoire des Loups. Un principe de base assez éculé, un contexte particulier qui ne me disait vraiment rien. Bref, beaucoup de raisons pour ne pas aller le voir. Et bien, j’aurais eu tort car, si le film n’a rien d’un chef d’œuvre, il rassemble assez de qualités pour se laisser voir avec grand plaisir.

John Ottway travaille pour une compagnie pétrolière en Alaska. Il protège les chantiers des bêtes sauvages. Une compétence qui va s’avérer utile lorsque l’avion qui le ramène à Anchorage s’écrase en plein milieu de nul part. Accompagné d’une poignée de survivants, il doit essayer de regarder la civilisation. Le seul soucis est qu’entre eux et la civilisation se dresse une meute de loups ayant très envie de les avoir pour dîner.

Le principe de Les Territoire des Loups est donc très simple. Un groupe et une menace qui en élimine les membres un à un. Combien vont survivre à la fin ? Triompheront-ils de ce mortel ennemi ? Ca résume pas mal de films d’horreur ou de zombies. Le danger en question a pris des formes diverses au cours de l’histoire du cinéma : des serial-killers, des mort-vivants, des dinosaures, des extra-terrestres, des monstres divers et variés. Les loups, ça a sûrement déjà été fait, même si je n’ai pas vraiment d’exemple en tête. Enfin bref, voici une idée de base assez peu originale et on se dit qu’on aura du mal à tomber sur quelque chose de nouveau.

Et puis quand les qualités s’accumulent, on finit par se dire qu’on est devant un film pas si inintéressant que ça. Pour le Territoire des Loups, on apprécie déjà… le décor. Ca paraît quelque peu anodin, mais les grands espaces sont quand même souvent très cinégéniques. Ceux de ce film jouent un vrai rôle, puisqu’ils contribuent à la situation de détresse des personnages. Et puis, c’est vrai que les immensités drapées de blanc, ça a de la gueule. Ce beau voyage en Alaska nous ferait presque oublier Sarah Palin… et les loups bien sûr.

La plus grande force de ce film est d’avoir réussi à créer un vrai méchant. Pourtant, une meute de loups, à premier vue, ça n’a rien de très engageant. On pouvait craindre que le film ne tombe dans anthropomorphisme à outrance. Il n’en est rien. Les loups restent des loups. En fait, s’ils sont vraiment inquiétants, c’est avant tout parce qu’on le voit finalement qu’assez peu. John Carnahan, à qui on doit notamment la très bonne adaptation de l’Agence Tous Risques, est arrivé à en faire une menace constante, mais quasi invisible, ce qui la rend d’autant plus inquiétante.

leterritoiredesloupsEn fait, le Territoire des Loups est un bon film tout simplement parce qu’aucun aspect n’a été bâclé. Il est relativement rythmé. Certes, on n’échappe pas à un côté « amitié virile qui naît dans l’épreuve » qui peut prêter à sourire, mais qui finalement nous pousse à nous attacher aux personnages et à rentrer d’autant plus dans cette histoire. Enfin, le dénouement est assez réussi, ce qui permet de rester sur une très bonne impression. A noter que le film ne se termine vraiment qu’après le générique. 95% des spectateurs auront donc raté l’ultime plan, qui ne change pas grand chose, sinon à conclure définitivement l’histoire.

J’avoue que j’avais un peu peur de la prestation de Liam Neeson dans le Territoire des Loups. J’aime bien cet acteur, mais avouons qu’il joue toujours un peu les mêmes rôles de grand sage taciturne. C’est encore un peu le cas ici, mais force est de constater que son charisme arrive toujours à le faire briller, même si on connaît son jeu par cœur. Le reste du casting est lui plus anodin, même si l’ensemble des seconds rôles sont solides.

Le Territoire des Loups est donc un film parfaitement maîtrisé, à défaut d’être révolutionnaire. De la qualité à tous les niveaux pour au final un film peut-être pas génial, mais qui sort du lot de manière quelque peu inattendue.

Fiche technique :
Production : Inferno, Scott Free, Chambara Pictures, LD Entertainment, 1984 Private defense Contractors
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Joe Carnahan
Scénario : Joe Carnahan, Ian Mackenzie Jeffers
Montage : Roger Barton
Photo : Masanobu Takayanagi
Format : 35mm
Décors : John Willet
Musique : Marc Streitenfeld
Effets spéciaux : Howard Berger
Durée : 117 mn

Casting :
Liam Neeson : Ottway
Franck Grillo : Diaz
Dermot Murlroney : Talget
Dallas Roberts : Henrick
Joe Anderson : Flannery
Nonso Anozie : Burke

ALOIS NOBEL : Austérité de velours

aloisnobelaffiche

aloisnobelafficheAller voir un film qui ne se joue que dans un seul cinéma dans toute l’Ile de France (et ce même la semaine de sa sortie), demande une certaine motivation. Enfin, quand il s’agit de l’UGC des Halles, cela reste tout de même assez accessible. Il n’empêche. Mais bon, ceux qui me connaissent un tantinet savent bien que je ne manque jamais de motivation quand il s’agit d’aller au cinéma. J’ai donc été voir Aloïs Nobel, un film d’animation venu de République Tchèque.

Aloïs Nobel est un chef de gare plutôt solitaire. Il travaille dans le fin fond de ce qui est encore la Tchécoslovaquie. Nous sommes en 1989 et l’histoire de ce pays s’apprête à basculer. Mais avant cela, un fugitif va venir bouleverser la vie monotone d’Aloïs.

Aloïs Nobel est d’abord original, ou plutôt inattendu, par sa forme. Un film d’animation en noir et blanc pour un sujet qui s’adresse clairement à un public adulte. On retrouve là un peu la démarche de Valse avec Bachir, avec lequel ce film partage pas mal de choses, j’y reviendrai. Le pari semble osé, mais ce film a su séduire des distributeurs un peu partout en Europe. Si la sortie est restée discrète, elle confirme la bonne santé du cinéma européen.

Aloïs Nobel est un film qui, au-delà de l’histoire d’un personnage, baigne dans l’histoire d’un pays tout entier. L’intrigue se déroule alors que des évènements clé bouleversent le destin de cette nation. Mais elle fait aussi appel à beaucoup de flashbacks qui nous renvoient à d’autres heures marquantes. Cela donne une dimension supplémentaire à cette histoire, qui, sinon, serait beaucoup plus anodine et ne justifierait sûrement pas un film.

En effet, l’histoire d’Aloïs et des personnages qui l’entourent a un peu de mal à réellement passionner. Elle constitue plus un fil rouge que le cœur du film. Cependant, elle n’en est pas pour autant simpliste. Les évènements entre présent et passé ne prennent tout leur sens qu’à la toute fin. Mais ce type de construction, utilisant largement les flashbacks reste quand même extrêmement classique et Aloïs Nobel ne va pas révolutionner le 7ème art sur ce plan là.

Du coup, j’avoue j’ai parfois flirter avec l’ennui. Mais je dis bien flirter, car la curiosité face à ce film quelque peu inattendu maintient tout de même l’intérêt du spectateur. Le film dure un peu moins de 1h30. S’il avait été plus long, pas sûr que l’on aurait pas fini par sortir de cette histoire intéressante mais un rien austère. Cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien, il y a des péripéties, l’intrigue avance, mais on ne peut pas dire que Tomas Lunak ait vraiment cherché à produire un divertissement.

aloisnobelLe style graphique rappelle aussi celui de Valse avec Bachir, si on excepte le recours au noir et blanc. L’animation est cependant plus fluide dans Alois Nobel, mais le film est graphiquement moins imaginatif. Le style colle assez bien avec le scénario. Un rien austère, mais non dénué de profondeur. Il s’agit d’un vrai choix artistique. Tomas Lunak a incontestablement cherché à soigner la forme tout autant que le fond. Il n’a simplement pas chercher à être léger et encore moins sexy.

Comme Aloïs Nobel n’est pas non plus le film le plus bavard de l’année, je n’ai pas grand chose à dire sur le casting voix. Et je doute de toute façon que ce film fasse appel à des « people » tchèques.

Aloïs Nobel est donc incontestablement un film différent, dans le bon sens du terme. Son austérité peut rebuter, mais il nous permet de nous replonger au cœur d’évènements qui nous semblent désormais lointain, mais qui ont profondément changé le monde. Un film qui fait le lien entre petite et grande histoire.

Fiche technique :
Production : Negativ, Ceska Televize, Pallas Film
Distribution : ARP Selection
Réalisation : Tomas Lunak
Scénario : Jaroslav Rudis, Jaromir Svejdik
Montage : Petr Riha
Photo : Baset Jan Strtezsky
Décors : Henrich Boraros
Musique : Petr Kruzik
Costumes : Katarina Hollà
Durée : 84 mn

Casting :
Miroslac Krobot : Alois Nebel
Marie Ludvickova : Kveta
Leos Noha : Wachek
Karel Roden : le muet
Alois Svehlik : Wachek vieux

HASTA LA VISTA : Vive la Belgique, deux fois !

hastalavistaaffiche

hastalavistaafficheBon, l’autre jour, à l’occasion de ma critique de Bullhead, lorsque j’ai parlé du cinéma belge très peu présent sur nos écrans, il est vrai que j’avais oublié les frères Dardenne. Bon c’est peut-être parce que je ne suis pas dépressif, ni suicidaire. Enfin, j’aurais donc du parler du cinéma flamand. Où s’était-il donc caché depuis tout ce temps, lui qui vient d’envoyer un film aux Oscars (Bullhead justement) et qui nous offre un nouveau pur chef d’œuvre intitulé Hasta la Vista ?

Philip, Lars et Jozef sont trois jeunes gens qui regardent les filles avec envie et désir. Le problème est qu’ils ont peu de chance de les séduire. L’un est tétraplégique, l’autre hémiplégique et le dernier mal voyant. Mais ils aiment la vie, le bon vin et n’ont aucunement l’intention de finir puceaux. Ils décident alors de partir en voyage jusqu’au sud de l’Espagne où se trouve un bordel spécialisé dans l’accueil des handicapés.

Des handicapés, beaucoup de bonne humeur et d’humour, mais c’est Intouchables ! Evidemment, la comparaison est inévitable. Pourtant, elle n’est guère pertinente, alors évacuons là tout de suite. Certes, une partie du sujet est similaire. Mais sur bien des aspects, ces deux œuvres n’ont rien à voir. Hasta la Vista n’est pas une pure comédie, même si on rit beaucoup. C’est un roadmovie, où l’humour est au service de l’histoire et non l’inverse. Le regard porté est lui aussi différent, puisque ce film est plus sur la vision qu’on les handicapés d’eux-mêmes que sur le regard que le reste de la société a sur eux.

Bon, concentrons-nous donc sur Hasta la Vista. Si on n’éclate pas de rire du début à la fin, on traverse le film avec un sourire jusqu’aux oreilles. Bon, il y a des passages plus tristes, plus difficiles, car la réalité n’est forcément pas toute rose. Je ne peux pas vous promettre que vous ne fondrez pas en larme à un moment ou à un autre. Mais le rire n’est ici jamais loin des larmes et il se dégage de ce film une énergie et un optimisme qui vous donnent un incroyable pêche. Le film n’est jamais moralisateur et évite tout apitoiement. Certains passages pourraient s’intituler « les handicapés sont des pauvres types comme les autres » et c’est particulièrement salutaire.

On peut peut-être reprocher à Hasta la Vista un excès de bons sentiments. Ou du moins une certaine simplicité dans le message. C’est vrai qu’il n’y a que peu d’ambiguïté dans les personnages. Mais une histoire simple n’en est pas forcément moins forte. Celle-ci fonctionne parfaitement, frappe droit au cœur, tout en nous faisant passer un très bon moment. Elle ne veut pas forcément faire réfléchir à tout prix, mais n’oublie pas aussi de divertir. On se laisse totalement emporter et on en ressort joyeux et bouleversé, heureux et ému.

hastalavistaHasta la Vista fonctionne si bien grâce à son trio de personnages. On devrait même dire son quatuor, en n’oubliant pas l’infirmière qui les accompagne pendant leur voyage. L’attachement est immédiat et ne va jamais se relâcher, même quand certains deviennent odieux. On n’a pas pitié d’eux. Au mieux on est admiratif. En fait, on les trouve juste sympathique avec leur humour, leur énergie et leur envie de connaître les mêmes joies. Ils aiment le vins et les jolies filles. Ca tombe bien, moi aussi !

Les quatre acteurs sont eux aussi formidables. J’en mettrai deux plus particulièrement en avant. Tout d’abord, Robrecht Vanden Thoren qui incarne le garçon tétraplégique et qui est le véritable instigateur du voyage. Au-delà, de la difficulté « technique » d’un tel rôle, il est vraiment l’âme du film, surtout que son personnage est aussi le plus complexe. Je saluerai également Isabelle De Herthogh qui joue l’infirmière. Un rôle plus « facile » mais qu’elle interprète avec une justesse formidable.

Hasta la Vista est donc un vrai coup de cœur cinématographique. Une petite merveille dont on ressort avec le plein d’émotions, après avoir passé un très bon moment de joie et d’humour.

Fiche technique :
Production : Fobic Films, K2
Distribution : Les Films 13
Réalisation : Geoffrey Enthoven
Scénario : Pierre De Clercq
Montage : Philippe Ravoet
Photo : Gerd Schelfhout
Décors : Kurt Rigolle
Son : Geert Vlegels
Durée : 113 mn

Casting :
Robrecht Vanden Thoren : Philip
Gilles De Schrijver : Lars
Tom Audenaert : Jozef
Isabelle De Hertogh : Claude
Kimke Desart : Yoni

OSLO, 31 AOUT : Rendez-vous manqué

oslo31aoutaffiche

oslo31aoutafficheLe cinéma norvégien nous livre rarement mais régulièrement des films pour agrémenter nos salles obscures hexagonales. Jusqu’à présent, il s’agissait généralement plutôt de comédies légères, comme le très sympathique Happy Happy sorti l’été dernier. Cette fois-ci, changement complet de ton, avec Oslo 31 août. Un film unanimement salué par la critique et qui connaît un joli succès en salle, au vu de sa faible distribution et de son sujet difficile. Un film que je n’ai pas réussi à apprécier à sa juste valeur.

Anders est en cure de désintoxication depuis plusieurs mois. Son addiction semble proche d’être définitivement derrière lui. Il a la permission de passer la journée à Oslo pour un entretien d’embauche. Il en profitera pour revoir des proches, retrouver le goût de la vie et croire à nouveau à l’avenir. Mais à plus de trente ans peut-on encore espérer un nouveau départ ?

Je crois bien qu’entre moi et Oslo 31 août, c’est un peu un rendez-vous manqué (oui, j’adore prendre un ton hyper profond et grave pour une simple critique de film). Je vais en dire beaucoup de bien, mais pourtant, je dois l’avouer, ce film ne m’a pas touché. Je ne saurais dire vraiment pourquoi, on est sûrement là dans le subjectif pur, et donc dans l’inexplicable. Evidemment, dans cette situation, pour un film qui repose uniquement sur l’émotion et ni sur l’action, le suspense ou l’humour, on flirte très vite avec l’ennui.

Pourtant, j’avoue avoir été charmé par les premières minutes de Oslo 31 août. Une introduction sous forme d’ode à la nostalgie de l’enfance, de inconscience, de ce bonheur simple, immédiat, naturel qui disparaît trop souvent à l’âge adulte. Joachim Trier est incontestablement un réalisateur très talentueux. Il sait soigner la forme, sans faire pour autant dans l’esbroufe. La photographie est travaillée, transformant la ville, son décor, son ambiance en un personnage à part entière de cette histoire. Si le film repose largement sur les dialogues, beaucoup de choses passent par la manière dont tout cela est mis en image.

Oslo 31 août nous livre également un propos profond, intelligent et subtil. Il ne s’agit pas d’un film sur la drogue, puisque Anders n’en prend plus, mais sur les traces que tout cela laisse sur l’individu et son entourage. Ce dernier se veut compréhensif et encourageant, mais un fossé s’est creusé et reste à savoir s’il peut se combler un jour. Si le film est tout de même relativement contemplatif, il n’est n’en pas moins doté d’une certaine tension narrative. Le personnage principal marche sur le fil du rasoir entre espoir et résignation. Au fur et à mesure de ses rencontres, il va avancer sur ce chemin étroit dont on ne sait où il va le mener.

oslo31aoutUne des raisons pour lesquelles je n’ai pas vraiment accroché avec cette histoire, c’est peut-être pour son grand pessimisme. Je ne vais pas dévoiler ici la manière dont Oslo 31 août se termine, mais globalement le film parle largement de l’aspect inexorable de la tentation et du risque de rechute, qui apparaît alors inévitable tôt ou tard. La fatalité est un thème central de la réflexion. Or, j’ai parfois du mal avec les films qui nous montrent une situation dramatique juste pour nous dire qu’elle est dramatique. Je ne veux pas dire qu’il faut que tout se termine toujours pas un happy end, mais l’aspect « noir c’est noir » n’est pas forcément signe d’un propos très intéressant.

Le film repose énormément, pour ne pas dire exclusivement, sur l’interprétation de Anders Danielsen Lie, qui jouait déjà dans le film précédent du réalisateur, Nouvelle Donne, qui avait déjà été distribué en France. Si je dois adresser des reproches à Oslo 31 août, ils ne le concerneront pas. Il arrive à donner une grande profondeur et une grande crédibilité à son personnage, qu’il incarne peut-être pas de manière spectaculaire, mais de manière très juste.

Oslo 31 août est un film qui peut potentiellement bouleverser. Les ingrédients sont là. Après la sauce ne peut pas forcément prendre avec tout le monde. Elle ne m’a pas convaincu, mais d’autres seront très certainement beaucoup plus enthousiastes.

Fiche technique :
Production : Don’t Look Now, Motlys
Réalisation : Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt, d’après le roman de Pierre Drieu La Rochelle
Montage : Olivier Bugge Coutté, Gisle Tveito
Photo : Jakob Ihre
Décors : Jørgen Stangebye Larsen
Distribution : Memento Films
Musique : Torgny Amdam, Ola Flottum
Directeur artistique : Solfrid Kjetsa
Durée : 95 mn

Casting :
Anders Danielson Lie : Anders
Hans Olav Brenner : Thomas
Ingrid Olava : Rebecca
Oystein Roger : David

LES INFIDELES : L’inégalité des sketches

lesinfidelesaffiche

lesinfidelesafficheLes Infidèles est un film dont on a beaucoup parlé. Il a fait le buzz comme l’on dit. Entre les affiches censurées et l’Oscar de Jean Dujardin (un petit cocorico au passage), il est vrai qu’il a eu le droit d’occuper l’actualité, même en dehors des pages cinéma de vos magazines et journaux préférés. Mais était-ce vraiment relatif à la valeur artistique de ce film à sketches, forcément victime des limites du genre ? Soyons clair, la réponse est plutôt non.

L’infidélité chez les hommes s’apparente quelques fois (souvent ?) à une maladie chronique et incurable. Elles les poussent à recourir au mensonge, à la ruse et à des stratagèmes divers et variés. Qu’ils tombent amoureux d’une lolita, qu’ils changent de partenaire tous les soirs, qu’ils essayent de draguer leurs collègues de travail, qu’ils le gardent comme un lourd secret, les hommes ne reculent parfois devant rien pour arriver à leur fin.

Par son principe même, le film à sketchs tend à être inégal. Confier un même thème à plusieurs réalisateurs conduit forcément à un résultat hétérogène. C’est bien sûr là que réside tout l’intérêt et l’originalité du genre, mais, forcément, il y en a toujours des cinéastes plus inspirés que d’autres. Les Infidèles n’échappe donc pas à la règle. Pourtant, le programme était alléchant. Un thème universel, intemporel et surtout inépuisable et surtout du beau monde derrière la caméra. Tout d’abord, Michel « j’ai un Oscar » Hazanavicius, mais aussi Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Alexandre Courtès et même Jean Dujardin et Gilles Lelouche themselves !

Le problème avec Les Infidèles, c’est que les passages moins réussis sont carrément sans intérêt. Et les moments beaucoup plus sympathiques le sont sans pour autant vous plonger dans un enthousiasme démentiel. La plus grosse déception vient du sketch de Michel Hazanavicius qui va vite se rendre compte que, désormais, on en attendra toujours beaucoup. Eric Lartigau nous propose également une revisite du mythe de la lolita qui laisse passablement de marbre.

Heureusement, deux réalisateurs ont tout de même parfaitement accompli leur mission. Tout d’abord, Alexandre Courtes, le moins expérimenté de la bande, mais qui nous arrache les plus gros éclats de rire. Ensuite, Emmanuelle Bercot qui nous livre le passage le plus intelligent, le plus subtil, le plus sensible… et le seul à être réalisé par une femme… Peut-être y a-t-il un lien de cause à effet… S’ils sont le plus réussis, c’est avant tout parce que ce sont les deux sketchs dont le ton est clairement choisi et exploité à fond. Le reste est beaucoup plus hésitant entre rire et réflexion et ne réussit totalement ni l’un, ni l’autre.

lesinfidelesAu final, Les Infidèles est donc plutôt frustrant. On ne s’y ennuie pas, puisqu’au moins sa forme l’empêche de s’enferme dans d’interminables longueurs. Le thème aurait vraiment pu donner un contenu plus riche et surtout plus inattendu. On pourra peut-être regretter la suppression du sketch réalisé par Jan Kounen, qui, paraît-il, était trop fantaisiste par rapport aux autres. Enfin, ce n’est pas non plus comme si Jan Kounen avait du talent… (désolé, je ne lui pardonnerai jamais ce qu’il a osé faire du mythe de Blueberry! – Jean paix à ton âme !)

Tout comme les sketchs, Jean Dujardin et Gilles Lelouche nous livrent des prestations de niveau varié. Ils n’arrivent pas à vraiment tirer vers le haut les passages le plus faibles. En fait, les deux moments où les Infidèles atteint quelques hauteurs, c’est avant tout grâce à ses seconds rôles. La vraie révélation de ce film est Alexandra Lamy, que l’on connaît déjà bien, mais pas à ce niveau-là de justesse et de subtilité. On prend également à voir Guillaume Canet s’amuser comme un petit fou dans son personnage et surtout Sandrine Kiberlain se lâche quelque peu… ce qui ne fait pas pourtant partie de ses habitudes. 

Les Infidèles est donc nettement moins marquant que le buzz qui l’a accompagne. Restent quelques passages très réussis, malheureusement noyés dans un ensemble beaucoup plus anodin.

Fiche technique :
Production : JD Prod, Black Dynamite Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Alexandre Courtès
Scénario : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Nicolas Bedos, Stéphane Joly, Philippe Carerivière
Montage : Anny Danché
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Evgueni Galperine
Costumes : Carine Sarfati
Durée : 109 mn

Casting :
Jean Dujardin : Fred, Olivier, François, Laurent, James
Gilles Lellouche : Greg, Nicolas, Bernard, Antoine, Eric
Alexandra Lamy : Lisa
Géraldine Nakache : Stéphanie
Guillaume Canet : Thibault
Sandrine Kiberlain : Marie-Christine
Manu Payet : Simon
Isabelle Nanty : Christine
Mathilda May : Ariane