TRUST : Vous n’avez pas que des Friends sur le net…

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trustaffichePercer au cinéma pour un acteur, après avoir été pendant des années la star d’une série télévisée n’est pas forcément chose facile et les exemples probants sont rares. Tout le monde n’est pas Bruce Willis qui veut. La série Friends a été un des plus grands succès de l’histoire du petit écran. Mais les six acteurs qui nous ont fait rire pendant dix ans ont quelque peu disparu. Même Jennifer Aniston qui semblait la mieux partie ne tourne plus guère. Alors pourquoi pas se reconvertir. C’est ce que vient de faire David Schwimmer, l’inoubliable Ross, en réalisant son deuxième film, Trust. Avec un sujet très loin du Central Perk…

Annie a 14 ans. Joueuse de volley, elle fréquente les chatrooms pour adolescents sur le sujet. Elle y fait la connaissance de Charlie, un lycéen avec qui elle noue une relation virtuelle. Ils discutent jour et nuit et s’attachent de plus en plus l’un à l’autre. Mais elle va se rendre compte peu à peu qu’il n’est pas vraiment ce qu’il prétend être…

Le synopsis que je viens d’exposer ne résume que les premières minutes du film. Trust n’est pas un film sur les dangers d’internet. La relation se terminera sur un drame et Trust porte essentiellement sur les conséquences de ce dernier pour la jeune fille et ses parents, individuellement et en tant que couple. Ce n’est pas non plus un film policier sur la traque d’un pervers pédophile. L’enquête ne joue qu’un rôle mineur et là encore, ce qui importe, c’est son impact sur la vie des protagonistes.

Trust est surtout remarquable d’intelligence. Le scénario explore beaucoup de directions et de thématiques. Pour chacune d’elle, le scénario sait mettre les barrière nécessaires et évitent toujours les pièges dans lesquels il aurait pu tomber. Les sujets autour de la justice, de la vengeance, de la culpabilité peuvent vraiment donner le pire et on l’a souvent vu. Ici, à chaque fois que le risque d’une telle dérive apparaît, le propos se conclut, évitant l’inutile, le superflu et le spectaculaire de mauvais goût.

Trust est donc impressionnant de maîtrise pour une second film. Surtout que le premier était une comédie pipi caca oubliée, Cours Toujours Dennis, dont la sortie est passée inaperçue et visiblement à raison. Il y a un changement radical de ton et David Schwimmer semble infiniment plus à l’aise dans ce sujet difficile qu’il a traité magistralement. Un film humain, poignant, dérangeant, dur parfois, mais jamais morbide ou voyeur. Bien sûr, on ne rigole pas beaucoup dans ce film, mais on ne s’ennuie jamais une seule seconde et on entre totalement dans cette histoire dès les premières minutes.

Le travail de David Schwimmer n’est pas remarquable que sur le traitement du sujet. Sa caméra est aussi pleine d’une subtilité pleine de promesse. On ne fait pas un si beau film par accident, mais grâce à un vrai talent, un vrai sens de l’image et de la mise en scène. Là encore, le résultat est particulièrement abouti, sans superflu, sans esbroufe. Le réalisateur a su trouver les limites qui fait de sa réalisation un serviteur de son sujet et non l’inverse.

trustLes seules vraies limites de Trust tient dans deux éléments. Tout d’abord, une scène finale qui est le seul petit moment de lourdeur du film. Le contenu est logique et ne pourrait vraiment être tout autre. Mais les dialogues prennent alors un aspect un peu artificiel, car personne dans la vraie vie vraie ne servirait ce genre de tirade. Enfin, après tout, cela reste du cinéma, même si le film cherche avant tout à être réaliste.

Enfin, Trust souffre des mêmes limites que celles du talent de Clive Owen. On savait l’Anglais très à l’aise dans des films d’action, moins dans des rôles aussi difficile. Il s’en sort globalement remarquablement bien, jusqu’à cette scène finale qui nous rappelle qu’il n’est pas le plus grand acteur que la Terre ait connu. Par contre, les performances de Catherine Keener et Liana Liberato sont irréprochables. On saluera notamment le courage de la jeune actrice d’affronter un rôle aussi difficile.

Trust est donc un film remarquable et surprenant, quand on connaît le C.V. de son réalisateur. Comme quoi, il faut toujours se méfier des apparences… Comme sur le net…

 
Fiche technique :
Production : Millennium Films, Nu Image, Dark Harbor Stories
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : David Schwimmer
Scénario : Andy Bellin, Robert Festlinger
Montage : Douglas Crise
Photo : Andrzej Sekula
Décors : Michael Shaw
Musique : Nathan Larson
Directeur artistique : Kerry Sanders
Durée : 106 mn
Casting :
Clive Owen : Will
Catherine Keener : Lynn
Liana Liberato : Annie
Jason Clarke : Doug Tate
Viola Davis : Gail Friedman
Chris Henry Coffey : Charlie / Graham Weston
Noah Emmerich : Al Hart

L’AMOUR DURE TROIS ANS : Un roman filmé plus qu’un adaptation

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lamourduretroisansafficheL’Amour Dure Trois Ans… Voilà un drôle de titre. En effet, tout le monde sait bien qu’il dure beaucoup moins que cela… Voilà, c’est fait, j’ai fait ma blague… Elle n’est même pas de moi… En tout cas, elle a fait rire ma copine, ce qui prouve qu’elle a quand même beaucoup d’humour. Ou qu’elle s’apprête à me quitter. On verra bien… Bon sinon, faut peut-être que je parle du film, non ? Ok, on verra ça après le synopsis.

Marc, après une expérience conjugal qui s’est terminé par un divorce douloureux, en est désormais persuadé. L’amour ne dure pas, en tout cas pas plus de trois ans. Il décide d’en faire un livre, rejeté par tous les éditeurs. Il en trouve enfin un prêt à le publier. Mais entre temps, il est retombé amoureux. De la femme de son cousin, mais comme il dit, il n’est pas très famille. Il demande alors de rester anonyme. Sauf que le livre connaît un succès fulgurant.

Autant le dire tout de suite, L’Amour Dure Trois Ans est un film moyen, parce que très inégal. Il y a quelques bonnes idées, des répliques remarquables et des passages vraiment drôles. Mais aussi des longueurs, des situations qui tombent à plat et des dialogues qui laissent dubitatifs. Bref, on ne passe pas un mauvais moment, mais on ne passe pas non plus un bon moment de la première à la dernière seconde.

On reconnaît bien le style de Frédéric Beigbeder, comme on l’avait pu le découvrir au cinéma dans 99 Francs. Mais il y a une grande différence entre les deux films. En effet, l’auteur mondain a confié la première adaptation à un vrai cinéaste (Jan Kounen en l’occurrence, un mauvais cinéaste au demeurant, mais un cinéaste quand même). Là, il se charge de la réalisation lui-même. Or réalisateur est un métier et on voit bien que celui de Frédéric Beigbeder est écrivain.

Bon, je ne vais pas lui jeter la pierre. A la fois, moi aussi, je ne rêverai que d’adapter un de mes propres romans… Pour cela, il faudrait que je sois capable d’en finir un, mais c’est une autre histoire. On sent donc que L’Amour Dure Trois Ans est fidèle au roman original, mais que le travail d’adaptation est resté incomplet. Le rythme n’est pas le bon, pas assez soutenu pour le grand écran. Les apartés du personnages montrent bien qu’on ne s’est pas totalement détaché de la forme romanesque. Certes, on peut faire un très bon film à la première personne, mais a priori, c’est quand même une notion plutôt littéraire.

Et puis, il y a à mon sens, un autre léger bémol à apporter concernant L’Amour Dure Trois Ans. Autant, on peut très bien comprendre que l’on tombe raide dingue amoureux de Louise Bourguoin…enfin de son personnage (mais de l’actrice aussi en fait), autant Marc, interprété par l’humoriste Gaspart Proust est assez tête à claques. Remarquez le cocu, incarné par le fils Bedos, n’inspire pas non plus une sympathie telle qu’on ne puisse imaginer que sa femme prête à le quitter. Bref, tout cela donne un sentiment d’approximation. Le casting, à l’image de tout le film, n’est pas totalement abouti.

lamourduretroisansBon vous l’aurez compris, l’Amour Dure Trois Ans donne une nouvelle occasion à Louise Bourguoin de rayonner. Et je ne dis pas ça parce qu’on la voit encore toute nue, même si c’est un spectacle dont on ne se lasse pas. Elle est tout simplement éblouissante de présence à l’écran. Ce n’est pas Meryl Streep, on n’est pas la technique magistrale d’interprétation, mais dans un charisme inexplicable, qui va bien au-delà de la simple qualité plastique. Il suffit qu’elle sourit pour qu’on se dise « putain, en plus d’être belle, elle est sympa et drôle ! ». Du coup, Gaspart Proust fait un peu pâlichon à ses côtés. Ses débuts comme vrai acteur ne sont pas désastreux, mais rien de très enthousiasmant non plus. Enfin pas sûr que la direction d’acteur l’ait beaucoup aidé.

L’Amour Dure Trois Ans pourra donc meubler une soirée télé, un jour de pluie. Pour le reste, il s’agit d’une comédie à moitié réussie. Non, je n’ai pas dit à moitié ratée…

P.S : L’Amour Dure Trois ans a quand même un mérite. Il permet d’apprendre que Marc Lévy à de l’humour… à défaut d’avoir du talent…

Fiche technique :
Production : The Film, AKN productions, Europacorp, France 2 cinéma, Scope pictures
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Frédéric Beigbeder
Scénario : Frédéric Beigbeder, Gaspard Proust, Christophe Turpin, Gilles Verdiani, Eugène Grandval, d’après le livre de Beigbeder
Montage : Stan Collet
Photo : Yves Cape
Décors : Christian Marti
Musique : Martin Rappeneau
Durée : 98 mn

Casting :
Louise Bourgoin : Alice
Gaspard Proust : Marc Marronnier
Joey Starr : Jean-Georges
Jonathan Lambert : Pierre
Frédérique Bel : Kathy
Nicolas Bedos : Antoine
Valérie Lemercier : l’éditrice
Elisa Sednaoui : Alice
Anny Duperey : la mère

LE PASSE POUR DEMAIN ?

equipedefrancehandball

equipedefrancehandballDemain, l’Equipe de France de handball va jouer un match espérons-le décisif contre la Croatie, historiquement, son plus farouche adversaire. Dans un autre contexte, on dirait que c’est le moment où l’on verra s’il s’agit vraiment d’une grande équipe. Mais cette équipe est déjà une des plus grandes de l’histoire des sports collectifs, elle n’a plus rien à prouver… si ce n’est qu’il n’est pas encore temps de parler d’elle au passé.

Ce Championnat d’Europe nous fait toucher le moment que l’on redoutait, mais que l’on savait inexorable. Une équipe ne peut rester invincible éternellement. La finale du dernier Championnat du Monde nous a déjà démontré que l’adversité montait en puissance et que nos Bleus n’avaient plus guère de marge. Les deux défaites contre l’Espagne et la Hongrie ont prouvé qu’ils n’en avaient plus du tout. Ils sont rentrés dans le rang et la chute donne un peu mal à la tête.

Le France-Croatie de demain fait néanmoins très envie. Déjà parce qu’il peut potentiellement constituer un de ces miracles qui font la légende du sport. Bien sûr, il y a beaucoup plus de possibilités de miracles que de miracle et il est fort possible que la défaite et l’élimination définitive soient au rendez-vous. C’est sûrement plus probable que l’inverse.

On pressentait quelque peu que ce Championnat d’Europe ne serait pas forcément une compétition que l’Equipe de France attaquerait hyper motivée. C’est sans doute là le principal motif d’espoir pour ce qui reste quand même le grand objectif pour 2012, à savoir la conservation du titre olympique. Toutes la autres équipes sont arrivées en Serbie avec une motivation immense, celle de battre enfin les Français. Peut-être que nos Bleus du coup, ne peuvent rivaliser. Mais à Londres, ça sera une autre histoire et ils renaîtront de leurs cendres vers un nouveau triomphe…

… ou pas. Mais c’est ça qui fait la beauté du sport et de sa noble incertitude.

PARLEZ-MOI DE VOUS : Quand tu veux Karin !

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parlezmoidevousafficheDans une critique précédente, j’avais qualifié Karin Viard de « plus sexy des pas sexy »… ce qui est un vrai compliment, même si cela n’en a pas forcément l’air. Il est vrai que je voue une grande admiration pour cette actrice et j’ai même envie de dire pour cette femme. Cette opinion élogieuse ne changera pas après avoir vu Parlez-moi de Vous, certainement pas le film de l’année, mais un film qu’elle porte seule sur ses épaules.

Melinda est une star de la radio puisque chaque soir elle écoute et aide à résoudre les problèmes affectifs et sentimentaux de milliers d’auditeurs. Mais c’est une star anonyme qui refuse de faire connaître son visage. Il faut dire que le reste du temps, elle mène une vie quelque peu misanthropique, ressassant éternellement l’abandon dont elle a fait l’objet lorsqu’elle était enfant. Un jour, le cabinet de détectives qu’elle a embauché lui annonce qu’ils en ont enfin retrouvé la trace de sa mère. Elle décide alors d’aller à sa rencontre incognito.

Parlez-moi de Vous est donc une comédie des mœurs comme le cinéma français les aime tant. Un film humain qui traite de bien des sujets : les rapports mère-fille, le sentiment d’abandon, l’ouverture aux autres… Autant de sujets un peu casse gueule qui peuvent vite sombrer dans le lourdingue ou pur le lieu commun, avec enfoncement de portes ouvertes en prime. On peut reprocher bien des choses à ce film mais certainement pas d’être tombé dans ces pièges-là. Le propos n’est pas révolutionnaire, mais au moins est-il convaincant et présente un minimum d’intérêt.

Après autour de tout ça, il y a une intrigue. Cette dernière est ici réelle. La réflexion se fait par l’histoire et ses péripéties, pas l’inverse. Cependant, le fil rouge narratif n’est pas non plus le plus passionnant de l’histoire et ne permet pas à Parlez-moi de Vous de dépasser le stade de sympathique. Mais c’est déjà pas mal me direz-vous, infiniment mieux que ennuyeux ou pathétique en tout cas.

Parlez-moi de Vous nous présente une galerie de personnages. Si celui de Melinda, sur lequel le film repose quand même quasiment exclusivement, est très réussi, certains personnages secondaires le sont un peu moins. L’environnement beauf sympathique dans lequel vit sa mère flirte parfois avec le cliché. Certes, cela forme juste le décor dans lequel est délivré le propos, mais cela parasite parfois quelque peu l’axe narratif principal. Mais bon, jouer sur le contraste entre un milieu très bourgeois et un milieu plus populaire constitue un ressort classique, mais qui échappe rarement complètement à ce genre de petits ratés. Bref, c’est un film avant tout sur les rapports humains, pas une étude sociologique.

parlezmoidevousLa réalisation de Pierre Pinaud est sobre. Si on était méchant, on dirait que cela flirte parfois un peu avec le téléfilm. Plus objectivement, sa caméra est totalement au service de son actrice principale et il en oublie un peu quelque fois de mettre en valeur ce qu’il y a autour d’elle. En tout cas, il y a un vrai talent dans la direction d’acteur, même si artistiquement Parlez-moi de Vous ne présente aucun intérêt particulier.

Parlez-moi de Vous met donc encore une fois en lumière l’immense talent de Karin Viard. Il n’était certes plus à prouver, mais elle a rarement occupé un rôle aussi omniprésent à l’écran. Une omniprésence qui tient bien sûr à l’importance de son personnage dans le scénario, mais surtout à son charisme naturel. Du coup, elle éclipse le reste de la distribution, notamment Nicolas Duvauchelle qui s’acquitte néanmoins d’une performance efficace, à défaut d’être brillante.

Parlez-moi de Vous est donc un film plutôt réussi, touchant et non dénué de fond. Rien d’inoubliable, mais assez de talent rassemblé pour mériter d’être vu à l’occasion.

 
Fiche technique :
Réalisation : Pierre Pinaud
Scénario : Pierre Pinaud
Productrice : Stéphanie Carreras
Photographie : Guillaume Deffontaines
Musique : Maïdi Roth
Son : Lucien Balibar
Montage : Valérie Deseine et Nathalie Hubert
Costumes : Elisabeth Tavernier
Décors : Marie Cheminal
Format : Couleurs
Durée : 89 min
 
Casting :
Karine Viard : Mélina / Claire Martin
Nicolas Duvauchelle : Lucas
Nadia Barentin : Joëlle Goulain
Catherine Hosmalin : Ingrid Goulain, la mère de Lucas
Patrick Fierry : André, collègue de Mélina
François Bureloup : Bernard Goulain, le fils de Joëlle, mari d’Ingrid
Dani : Barka
Jean-Noël Brouté : Bertrand, collègue de Mélina
Élise Otzenberger : Julie Goulain
Adèle Bonduelle : Amélie Goulain
Ariane Pirié : Ania
Hubert Saint-Macary : le directeur de « Radio France »

LOUISE WIMMER : Une vie vraiment injuste cette fois-ci

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louisewimmerafficheLes films sur la crise sociale ont le vent en poupe. Il faut dire que l’actualité ne les rend malheureusement pas obsolètes. La même semaine que Une Vie Meilleure, que j’aurais pu sans problème m’abstenir d’aller voir, est sortie plus discrètement Louise Wimmer, que je suis très heureux d’avoir vu. Cependant, pas de Guillaume Canet à l’affiche, alors tout de suite, la promo a été nettement plus minimaliste. Voilà pourtant un film qui nous prouve que ce ne sont pas toujours les comédiens les plus connus qui livrent les performances les plus impressionnantes.

A 50 ans, après une séparation difficile, il y a plus dramatique que la situation de Louise Wimmer. En tout cas, c’est ce que lui explique l’assistante sociale pour justifier le fait qu’elle attende un logement social depuis plus de 6 mois. En effet, elle a un travail. Mais il est à temps partiel et malgré quelques extras, elle vit dans sa voiture, tout en essayant de le cacher. Car malgré le désespoir qui monte, elle se bat.

Louise Wimmer, c’est un peu Une Epoque Formidable, le film où Gérard Jugnot passait de cadre à SDF, mais en mieux et à tout point de vue. Pas d’humanisme à trente centimes d’euros, pas de compassion, pas de « les pauvres sont des gens merveilleux comme tout le monde ». Mais s’il y’a quelque chose que les deux films partagent, c’est une forme d’optimisme. On peut dépeindre une réalité sociale très dure, sans pour autant rajouter une couche de fatalisme morbide.

Pour continuer avec les comparaisons, Louise Wimmer vaut également infiniment mieux que Une Vie Meilleure. En effet, cette fois-ci, on ne se dit jamais que le personnage principal cherche les emmerdes. Certes, elle est parfois victime de son tempérament et n’est pas vraiment la reine des concessions. Mais cette fois-ci, on nous décrit une situation malheureusement très réaliste et qui touche par son caractère injuste et quelque peu absurde. Un film qui pousse donc à la révolte et à l’indignation, sans pour autant être un film politique ou à thèse.

En effet, Louise Wimmer est un film avant tout humain. Le portrait d’une femme et de son combat contre la société et contre elle-même. Une femme au bord du gouffre et qui fait tout pour ne pas basculer. Ce film ne fait évidemment pas vraiment rire, mais il n’est en rien sombre, désespérant et encore moins mélodramatique. On en sort dans un tout autre état d’esprit qu’après la Vie Rêvée des Anges. Oui, je sais, j’abuse un peu des comparaisons là… Que voulez-vous j’aime bien étaler ma culture cinématographique.

louisewimmerLouise Wimmer nous propose une réalisation plutôt sobre de la part de Cyril Mennegun. Mais sobriété ne signifie en rien que le film ne soit pas travaillé visuellement. Le travail de cadrage pour saisir les émotions de cette femme pas toujours très bavarde et qui essaye de tout garder pour elle est remarquable. Le résultat est d’une formidable délicatesse et arrive parfaitement à nous faire ressentir les sentiments par lesquels elle passe.

Louise Wimmer révèle de manière éclatante tout le talent de Corinne Maserio, qui jusqu’à présent avait surtout joué dans des téléfilms ou alors des 8ème rôles au cinéma. Elle nous livre ici une interprétation impressionnante de maîtrise et de finesse. De nombreuses actrices ont reçu des Césars pour beaucoup moins que ça.

Louise Wimmer est donc un très beau film qui mérite infiniment plus que son succès mitigé. 360 000 entrées pour Une Vie Meilleure, 70 000 pour ce film. Définitivement, la société actuelle est injuste…
 
Fiche technique :
Production : Zadig films, arte France Cinéma
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Cyril Mennegun
Scénario : Cyril mennegun
Montage : Valérie Brégaint
Photo : Thomas Letellier
Son : Martin Boissau, Alexandre Widmer
Durée : 80 mn
 
Casting :
Corine Masiero : Louise Wimmer
Jérôme Kircher : Didier
Anne Benoît : Nicole
Marie Kremer : Séverine
Maud Wyler : Jessica Wimmer
Nicolas Woirion : Eric Wimmer
 

LES ACACIAS : Une histoire simple

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lesacaciasafficheLe cinéma argentin fut longtemps totalement invisible sur nos écrans. Mais depuis le succès mondial de Dans ses Yeux, Oscar du meilleur film étranger, il apparaît de temps en temps chez nous. Après Carancho, l’année dernière, voici Les Acacias, Caméra d’Or au dernier festival de Cannes (meilleur 1er film), mais avant tout une histoire d’une simplicité déconcertante… mais qui va droit au cœur.

Ruben est un camionneur taciturne. Un jour, son patron lui demande de conduire une jeune femme et son bébé depuis le Paraguay jusqu’à Bueno Aires. Le voyage va durer plusieurs jours, sur des centaines de kilomètres. Il commence dans le silence et l’indifférence…

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L’histoire du mec et peu rustre et bourru qui finit par se faire attendrir est aussi vieille que la narration elle-même. On est donc dans un pitch aussi classique qu’éternel. Mais ce qu’il y a de vraiment magique avec l’amour, c’est que ça continue de marcher, alors que voilà des siècles que s’accumulent les preuves de son inexistence. Remarquez, il n’y a pas que dans la romance que les humains continuent à croire à des choses que n’importe quel esprit objectif tiendrait pour fausse… 

Bon, ce n’est pas le sujet ici, nous ne sommes pas le jour du bac philo. Enfin, vu le froid qu’il fait dehors, on aimerait bien être au mois de juin. Oula, je m’égare à nouveau. Alors, revenons à les Acacias qui représente quand même la raison qui vous pousse à lire ces lignes. Voilà un film d’une simplicité biblique et pourtant qui fonctionne beaucoup mieux que toutes les comédies romantiques les plus sophistiquées. Voilà un très bon exemple du je ne sais quoi qui fait que l’on entre ou non dans une histoire et que l’on s’attache plus ou moins aux personnages.

Il est vrai que les Acacias commence quand même doucement. D’ailleurs, on arrive à la moitié du film en se disant qu’il faudrait peut-être qu’ils commencent à se regarder et à parler si on veut qu’il finisse par se passer quelque chose. Mais bon, comme le film dure moins d’une heure et demi, tout cela ne dure pas assez longtemps pour nous décourager. Et puis, la magie opère tout doucement, notamment grâce à la bouille absolument irrésistible de la petite fille. Je ne suis pourtant pas du tout du genre à m’extasier devant le premier nourrisson venu, que je considère souvent principalement comme un vecteur potentiel de maladies, de bruits et de mauvaises odeurs. D’ailleurs, le Ruben, au début, il pense exactement comme moi.

Bon, n’allez pas croire non plus que tout se termine dans un happy end, où ils se marient et finissent par produire d’autres rejetons à la bouille irrésistible. Le dénouement est heureusement plus subtil que ça. Mais là aussi, c’est tellement simple, qu’on n’en reste presque émerveillé, à l’heure où la plupart des productions doivent nous livrer 34 rebondissemlesacaciasents dans les 8 dernières minutes pour être jugées dignes d’intérêt. On aimerait bien poursuivre un peu la route avec eux, tant ce beau voyage nous aura mis en joie.

Les Acacias bénéficie également d’une très belle mise en images. Qui dit roadtrip, dit défilé des paysages. Là encore, rien d’hyper spectaculaire, mais on apprécie nous aussi de découvrir ce qu’il y’a au-delà du bitume. Le film ne nous propose pas de longs plans purement contemplatif, mais comme une grande partie de l’intrigue se déroule dans la cabine du camion, on a largement le temps de regarder à travers le pare-brise.

Les Acacias constitue également l’occasion de contempler deux beaux acteurs. Là encore, tout est dans la sobriété et la simplicité, mais German da Silva et Hebe Duarte incarnent avec infiniment de grâce leurs personnages et y sont forcément pour beaucoup si on finit nous aussi par tomber amoureux.

Les Acacias est un film simple, mais surtout apaisant, joyeux et beau. Un film tourné sur la route, mais qui sort des sentiers battus.
  
Fiche technique :

Production : AireCine, Utopica Cine, Armonika Entertainment
Réalisation : Pablo Giorgelli
Scénario : Pablo Giorgelli, Salvador Roselli
Montage : Maria Astrauskas
Photo : Diego Poleri
Distribution : Bodega Films
Directeur artistique : Yamila Fontan
Durée : 82 mn

 
Casting :
German de Silva : Ruben
Hebe Duarte : Jacinta
Nayra Calle Mamani : Anahi

J.EDGAR : Deux monstres sacrés pour un monstre

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jedgarafficheLongtemps Clint Eastwood pouvait être considéré comme une machine infaillible à pondre des chefs d’œuvre à la chaîne. Malgré son grand âge, il pouvait donner des leçons de cinéma aux jeunes générations sans aucun problème. Lorsqu’en 2011, il nous a livré un Au-delà quelque peu moyen, on s’est alors dit que cela constituait un simple accident de parcours, que le déclin était encore loin et que même les plus grands peuvent avoir de légers moments de faiblesse. Le réalisateur avait l’occasion de nous le prouver avec son nouveau film, J. Edgar. Un film au propos ambitieux. Peut-être trop…

J.Edgar Hoover fut un des hommes les plus puissants du XXème siècle. Pendant près de 50 ans, il a dirigé le FBI et a exercé son pouvoir même auprès de ceux à qui il était censé rendre des comptes. Dans ces dossiers, il savait tout sur tout le monde, y compris le plus inavouable. Mais lui-même avait bien des secrets…

J.Edgar Hoover a été un des personnages les plus extraordinaires du siècle dernier. Une figure historique, autour duquel les mythes sont nombreux, car c’est un peu grâce à lui et la fondation du FBI que sont nés bon nombre de théories du complot. Mais s’il y a bien une chose sur lequel tout le monde s’accorde, c’est qu’il était avant tout un sale type, qui, sous prétexte de préserver l’ordre et la morale, a exercé un pouvoir tyrannique et manipulateur, sans contrepoids, ni contrôle. Un homme pour qui démocratie et liberté étaient synonymes d’anarchie à éradiquer.

Clint Eastwood tenait donc là un formidable sujet. A tel point qu’on se dit qu’un seul film n’y suffirait pas. Trop de choses à dire, à raconter, à expliquer, à décrypter. C’est sans doute vrai. On pourrait alors penser que J.Edgar est un film incroyablement dense. Au contraire, il manque de souffle et de force dans le propos. A force de vouloir explorer toutes les facettes du personnage, à travers toutes les époques, le propos se dilue, perd de son impact et ne développe pas de réelle réflexion.

J.Edgar n’arrive à développement pleinement que les relations du personnage avec sa mère et surtout son homosexualité. Cela constitue le fil rouge du scénario, mais on peut regretter que Clint Eastwood n’ai pas cherché à faire véritablement un film sur ces deux éléments, sans chercher à être exhaustif par ailleurs. Certes, sans connaître la vie et l’œuvre de cet homme, le propos aurait perdu de son intérêt, mais puisqu’il s’agit d’un personnage historique, on aurait pu partir du principe qu’elles étaient déjà connues du spectateur. A la fois, dans Une Execution Ordinaire par exemple, on ne nous expliquait pas qui était Staline…

jedgarJ.Edgar reste cependant réalisé par Clint Eastwood. C’est-à-dire qu’il reste un plaisir pour les yeux, avec une maîtrise artistique parfaite et une musique signée par Eastwood lui-même qui colle parfaitement à l’image. Si cela donne un certain intérêt au film, cela renforce aussi le sentiment de frustration. On a le sentiment d’être passé à côté de quelque chose de grand, d’un vrai film politique, historique et passionnant. Au lieu de ça, le film tombe dans le piège de « l’humanisation du méchant », que l’on rend presque sympathique et humain en cherchant à comprendre d’où viennent les racines du mal. Bref, il manque vraiment à ce film une opinion au-delà de la description ou de la reconstitution historique.

Si Clint Eastwood reste un immense cinéaste, même dans ses moments de faiblesse, Leonardo Di Caprio demeure un acteur d’une dimension hors du commun. A chaque nouveau film, à chaque nouveau rôle, il pose un peu plus son empreinte dans l’histoire du 7ème art. Dans J.Edgar, il est encore une fois extraordinaire de charisme et de présence à l’écran. Une grande performance d’acteur, une des plus impressionnantes depuis le début de la mode des biopics.

J.Edgar a donc rassemblé deux géants du cinéma. Chacun y a témoigné de l’immensité de son talent. Mais cela n’est pas suffisant pour sauver un scénario trop dilué pour provoquer l’enthousiasme.

Fiche technique :
Production : Malpaso, Imagine Entertainment, Warner Bros Pictures, Wintergreen Productions
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Dustin Lance Black
Montage : Joel Cox, Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Décors : James J. Murakami
Musique : Clint Eastwood
Durée : 135 mn

Casting :
Leonardo DiCaprio : J. Edgar Hoocer
Naomi Watts : Helen Candy
Armie Hammer : Clyde Tolson
Judi Dench : Annie Hoover
Jeffrey Donovan : Robert Kennedy
Josh Lucas : Charles Lindbergh

MALVEILLANCE : Cesar, un ami qui vous veut du bien

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malveillanceafficheLorsque Maveillance est sorti, j’ai eu comme un doute. En effet, la promotion insistait lourdement sur le fait que c’était le nouveau film du réalisateur de Rec. Or, si je considère effectivement ce dernier comme un grand film, je trouve toujours louche de faire la pub d’un film en parlant d’un autre. Mais bon, c’est quand même une technique marketing très classique et comme les critiques étaient bonnes, je me suis laissé tenter. Et je ne le regrette pas.

Cesar est un gardien d’immeuble qui n’est pas heureux et qui n’a jamais su l’être. Du coup, il n’aime pas les gens heureux. Il n’aime surtout pas le bonheur qu’affiche chaque jour Clara. Alors, il va tout faire pour que son bonheur cesse.

Jaume Balaquero, au vu de sa filmographie, semble vouloir rester un réalisateur de film de genre. Mais avec Malveillance, il nous prouve qu’il possède quand même une palette assez large et peut exprimer son talent dans diverses contextes. En effet, ce film est très différent de Rec, qui était un pur film d’horreur, avec zombies et un groupe d’humains cherchant à survivre. Là, ça n’a rien à voir, car nous sommes devant à un film totalement psychologique et en rien visuellement spectaculaire.

Malveillance est typiquement le film sur lequel il ne faut pas trop en dire pour ne pas gâcher le plaisir du futur spectateur. En effet, son principal ressort narratif repose sur la manière dont progressivement le malaise diffus que l’on ressent immédiatement prend corps, à mesure que l’on comprend les intentions exactes du personnage. Ce voyage au-delà des apparences et cette plongée dans la perversité est ici conduit avec beaucoup de maestria par Jaume Balaquero.

Maveillance n’est pas donc pas vraiment un film qui fait peur. Plutôt un film empli d’une tension extrêmement forte qui provoque un vrai suspense. Le personnage de Cesar inquiète et fascine et vous conduit à vous demander si votre propre concierge ne serait pas un dangereux psychopathe manipulateur. Heureusement, il y a de moins en moins de concierge à l’entrée des immeubles… C’est déjà ça… En tout cas, on est vraiment là face un bel exemple de malaise indéfinissable qui transparaît à l’écran dès les premières secondes. Du coup, on regrette que le film commence par un bout de scène située au milieu du film… Il faudrait vraiment que les réalisateurs perdent cette habitude qui devient vraiment systématique et du coup n’apporte vraiment plus rien.

malveillanceMalveillance propose vraiment un scénario maîtrisé de bout en bout. Le dénouement est à la hauteur du reste du film et aucun rebondissement n’est prévisible. Il n’y aucun effet facile, comme des fausses pistes ornées de grosse ficelle. Le film reste sur son idée principale, n’en dévie pas et surtout l’exploite jusqu’au bout et avec beaucoup de réussite. Comme pour Rec, on est face à un film de genre, avec toutes les limites que cela implique, mais qui a le mérite d’atteindre parfaitement son but grâce à tout le talent déployé.

Le casting repose sur un beau duo. D’un côté, Luis Tosar, que tous les amateurs du cinéma espagnol connaissent bien et qui confirme ici son statut de valeur sûre du cinéma européen. A ses côtés, Marta Etura nous livre une belle performance dans le rôle jamais facile de la victime innocente. On ne crie pas au génie, mais elle contribue à donner de la crédibilité à cette histoire, sans laquelle il n’y aurait aucune tension réelle.

Avec Malveillance, Jaume Balaquero confirme son statut de réalisateur phare du cinéma européen. Espérons qu’il continue à nous livrer des films aussi aboutis, et non pas des suites sans grand intérêt comme Rec 2.

Fiche technique :
Titre original : Mientras duermes
Titre français : Malveillance
Réalisation : Jaume Balagueró
Scénario : Alberto Marini
Direction artistique : Javier Alvariño
Décors : Nina Caussà
Photographie : Pablo Rosso
Son : Oriol Tarragó
Montage : Guillermo de la Cal
Musique : Lucas Vidal
Production : Julio Fernández
Pays d’origine :  Espagne
Langue : Espagnol
Durée : 102 minutes
 
Casting :
Luis Tosar : César
Marta Etura : Clara
Alberto San Juan : Marcos
Pep Tosar : le père d’Úrsula
Carlos Lasarte : le voisin du 4e B
Iris Almeida : Úrsula
Petra Martínez : Mme Verónica

UNE NUIT : Au fil de la face sombre de la Ville Lumière

unenuitaffiche

unenuitafficheAprès une série de petites déceptions du côté du cinéma français (La Délicatesse, Des Vents Contraires et Une Vie Meilleure), retour aux fondamentaux avec un genre qui a toujours bien réussi au 7ème art tricolore : le film noir. En effet, Une Nuit constitue le premier bon film hexagonal de 2012 qui marque le retour à l’écran de Philippe Lefebvre…27 ans après son dernier film.

Simon Weiss est flic à la brigade mondaine. Chaque nuit, il fait le tour des night-clubs de Paris. Mais cette nuit, il vient de comprendre qu’il est surveillé par l’Inspection Générale des Services, mais aussi qu’il se passe des choses pas très claires dans le milieu de la nuit parisien. Ces deux faits sont-ils liés ?

Une Nuit est un jeu de piste, sur la forme sur le fond. En effet, le scénario se déroule d’établissement en établissement, de quartier en quartier. Simon rencontre les différents protagonistes, les uns après les autres et jamais au même endroit. Entre deux scènes, le film nous offre des vues des rues de Paris by night. On n’est pas très loin de l’exercice de style, mais la cohérence entre l’intrigue et la mise en scène et le talent artistique de Philippe Lefebvre font qu’il est très réussi.

Les amoureux de Paris la nuit ne devront donc rater ce film sous aucun prétexte. Après quelques esprits chagrins pourront faire remarquer qu’Une Nuit nous présente un Paris où il n’y a strictement aucune circulation… mais c’est pour mieux profiter du spectacle, alors le plaisir des yeux vaut bien un léger manque de réalisme. En tout cas, voilà un très beau film qui nous fait ressentir l’âme d’un lieu, d’une ville, d’un monde qui a toujours fasciné…

Après, là encore, ce film nous montre très certainement une vision très romanesque de la brigade mondaine et du monde de la nuit parisien. Mais d’un autre côté, c’est une œuvre de fiction, pas un documentaire. On se laisse prendre par cette intrigue assez classique sur le fond (qui a trahi qui et pourquoi ?), mais originale sur la forme. C’est bien mené, elle avance à un rythme qui nous préserve de l’ennui et les rebondissements sont réels, même s’ils ne sont pas toujours hyper inattendus.

unenuitUne Nuit nous offre également une belle galerie de personnages. Là encore, c’est très romanesque, avec l’affrontement entre les différentes générations, un certain sens de l’honneur et de la loyauté et la frontière flou entre bons, méchants, flics, truands. Le film dresse un portrait des acteurs du monde de la nuit sûrement trop pittoresque pour être vrai, mais encore une fois, le tout fonctionne très bien et il n’y aucune raison de bouder son plaisir.

Une Nuit nous permet une nouvelle fois d’apprécier le charisme de Roschdy Zem. On l’a déjà vu plusieurs fois dans ce genre de rôle, mais ça lui va si bien qu’on ne s’en lasse pas. La vraie bonne surprise réside dans la performance de Sarah Forestier, dont ne doutait pas une seule seconde de l’immense talent, mais que l’on n’avait pas encore vu dans ce type de rôle. Elle s’en sort réellement à merveille. Enfin, Samuel Le Bihan est égal à lui-même. Pas le plus grand acteur du 7ème art français, mais une performance solide néanmoins.

Une Nuit est donc un film noir classique dans son intrigue et réussi dans sa forme originale, qui ravira tous les amoureux de la face sombre de la Ville Lumière.

Fiche technique :
Réalisateur : Philippe Lefebvre
Scénario : Simon Michael, Philippe Isard et Philippe Lefebvre
Musique : Olivier Florio
Photographie : Jérôme Almeras
Son : Pierre Gamet, Hervé Guyader et Hervé Buirette
Costumes : Anne David
Durée : 100 min

Casting :
Roschdy Zem : Simon Weiss, commandant dans la Brigade mondaine
Sara Forestier : Laurence Deray, chauffeur de Simon pour la nuit
Samuel Le Bihan : Tony Garcia, « roi de la nuit » à Paris
Grégory Fitoussi : Paul Gorsky, avocat de Garcia
Jean-Pierre Martins : Jo Linder
Jean-Paul Muel : « la baronne »
Sophie Broustal : Josy
Gérald Laroche : Alex, patron de boîte à partouze
Hélène Seuzaret : Danièle Weiss, la femme de Simon
Kamel Labroudi : Abdel, dealer et petit ami de « la baronne »
Richard Bohringer : le père de Jo Linder

TAKE SHELTER : La folie avant la tempête

takeshelteraffiche

takeshelterafficheDans la série des critiques que je vais commencer par « dans la série de », voici Take Shelter. En effet, dans la série des thèmes récurrents inspirant les cinéastes, il y a celui de la folie, ou plus précisément celui du chemin qui y mène. Elle peut être plus ou moins douce, aux conséquences plus ou moins dramatiques. Je rassure tout de suite les âmes sensibles, personne ici ne finit pas découper qui que ce soit à la tronçonneuse.

Curtis LaForche rêve de plus en plus régulièrement d’une tempête aux conséquences dramatiques. Chaque nuit, il se réveille un peu plus angoissé et très vite les peurs de la nuit viennent envahir ses journées. Il plonge alors peu à peu dans une paranoïa qui inquiète ses proches et dont il a lui-même conscience. Surtout que sa mère a été internée pour schizophrénie alors qu’il n’était qu’un enfant.

Si le sujet est classique, il offre assez de possibilités pour que chacun des films sur le sujet n’offrent pas forcément une impression de déjà-vu. On peut bien sûr trouver moult similitudes avec bien des œuvres qui l’ont précédé, mais Take Shelter est un film qui sort de l’ordinaire, à défaut d’être réellement novateur. Notamment parce qu’il possède des qualités qui ne sont pas donnés à tout le monde.

Déjà le processus est décrit de manière vraiment remarquable. La progressivité se fait sur un rythme peut-être un tantinet trop lent, un léger manque de rythme étant le seul vrai défaut du film. Mais cela laisse aussi le temps de vraiment rentrer dans cette histoire, d’être saisi par ce caractère inexorable de ce lent basculement que rien ne semble vouloir arrêter, même la volonté de la victime. Tout ceci se fait sans à-coups, avec une régularité d’une parfaite précision qui rend le tout vraiment réaliste et crédible.

Ensuite, Take Shelter est un beau film, d’une élégance singulière. La réalisation de Jeff Nichols est particulièrement soignée. On retrouve chez lui un peu des qualités d’un Steve McQueen (le réalisateur de Shame), mais avec un sens de la mesure qui ne transforme pas son film en exercice de style. Bref, une forme qui apporte une vraie valeur ajoutée, sans jamais prendre le pas sur le fond.

takeshelterEnfin, Take Shelter nous offre un dénouement très réussi. Savoir finir un film est déjà difficile, mais il l’est tout particulièrement quand l’histoire est basé sur un processus qui doit nous conduire d’un point A à un point B. Si la fin du voyage est sans surprise, cela nuit au film tout entier. Ce n’est absolument pas le cas ici, que ce soit pour la conclusion et pour l’épilogue.

Take Shelter nous offre également un casting plutôt réussi. On n’est pas surpris de voir Michael Shannon à l’aise dans un tel rôle, puisqu’il en avait déjà tenu un similaire dans Bug. Un acteur rare, dont le physique un peu particulier limite peut-être le répertoire, mais qui ne manque sûrement pas de talent. A ses côtés, Jessica Chastain nous livre une belle prestation et signe là le rôle le plus marquant de sa carrière.

Take Shelter ne figurera peut-être pas aux palmarès que l’on établira en fin d’année 2012, mais il constitue une des bonnes surprises cinématographique de ce début d’année.

Fiche technique :
Production : Low spark films
Réalisation : Jeff Nichols
Scénario : Jeff Nichols
Montage : Parke Gregg
Photo : Adam Stone
Décors : Chad Keith
Distribution : Ad Vitam
Son : Ryan Putz
Musique : David Wingo
Effets spéciaux : Chris Wells
Durée : 116 mn
Casting :
Michael Shannon : Curtis
Jessica Chastain : Samantha
Tova Stewart : Hannah
Shea Whigham : Dewart
Katy Mixon : Nat
Natasha Randall : Cammie