HUGO CABRET : Un magnifique cadeau de Noël offert par Martin Scorcese

hugocabretaffiche

hugocabretafficheOn peut inventer quelque chose destiné à connaître un succès mondial et sombrer soi-même dans l’oubli. La gloire ne va pas à ceux qui inventent, mais ceux qui savent se vendre. Steve Jobs en est la meilleure preuve. George Méliès en est une autre. A l’aube du 20ème siècle, il fut un des tous premiers cinéastes de l’histoire, le premier à créer des effets visuels pour faire vivre son imaginaire. Si aujourd’hui, on connaît avant tout son Voyage dans la Lune et la fameuse fusée plantée dans l’œil de notre satellite, l’homme a aussi connu de longues périodes d’oubli total, y compris de son vivant. Il ne pourra plus en être ainsi, grâce à ce merveilleux cadeau de Noël que nous offre Martin Scorcese avec son dernier film, Hugo Cabret.

Hugo Cabret est un orphelin qui vit caché dans les combles d’une gare parisienne dont il remonte les pendules. Le reste du temps, il essaye de réparer un automate que lui a laissé son père, à partir du carnet de notes de ce dernier. Le document tombe un jour dans les mains d’un vieil homme qui vend des jouets dans l’enceinte de la gare et qui est bouleversé par cette découverte. Il refuse d’expliquer pourquoi et de rendre le carnet au jeune garçon. Quels peuvent être les liens entre tous ces éléments ? Hugo va se mettre en quête des réponses qui pourront peut-être l’aider à comprendre les raisons de la mort de son père.

Hugo Cabret rend hommage à George Méliès, sans que ce dernier en soit le personnage principal. Ce n’est donc pas un biopic, mais une histoire où son œuvre joue un rôle important. D’ailleurs, le film prend un certain nombre de libertés avec la véracité historique, mais cela n’a guère d’importance. Surtout qu’il nous offre au final une formidable déclaration d’amour au cinéma en général, à la manière dont il donne vie à l’imaginaire et aux rêves les plus fous. Il nous ramène à l’émerveillement enfantin que provoque le cinéma, parfois enfoui sous une intellectualisation d’adulte, mais qui est la source de toute passion pour le cinéma.

Certains n’y verront que sentiments puérils, d’autres sauront y voir la trace d’une émotion éternelle, intemporelle, sans âge et surtout ô combien précieuse. George Méliès est le premier à l’avoir ressenti et le premier à l’avoir partagé, bien avant que la notion même de marketing ne soit inventé. Ce film m’a fait le même effet que « la Dernière Séance », la chanson d’Eddy Mitchell. Ces deux œuvres, qui n’ont rien à voir a priori, peuvent peuvent paraître lisses à beaucoup, mais fera vibrer le cœur de ceux qui partagent cet amour inconditionnel du 7ème art.

Cependant, Hugo Cabret pourra séduire un public beaucoup plus large. Car il est aussi, et avant tout quelque part, un film d’aventures un peu enfantines. Un divertissement familial, idéal pour les fêtes de Noël, mais qui n’est en rien synonyme de médiocrité. Martin Scorcese est derrière la caméra et ça se sent, avec un sens de la narration et de la mise en scène qui portent la marque des plus grands. Mais il est vrai que ceux qui ne resteront insensibles à ce que j’évoquais plus haut pourront reprocher à ce film de manquer quelque peu d’ambition et d’être au mieux très sympathique. De l’humour, du rythme, des rebondissements, mais pas de grands sentiments, de thèmes profonds et de grand souffle épique.

hugocabretHugo Cabret nous offre également un beau casting. Ben Kingsley et Sacha Baron Cohen sont les têtes d’affiche. Ils nous offrent deux très belles prestations. De toute façon, quand on est de si bons acteurs et qu’on est dirigé par un tel maître du 7ème art, il est difficile d’être mauvais. Mais les vrais stars sont les deux enfants. Le jeune Asa Butterfield est très convaincant et je ne veux même pas imaginer l’effet que feront ses yeux bleus sur la gente féminine une fois qu’il aura atteint l’adolescence. Enfin, le meilleur pour la fin, la fantastique Chloe Moretz illumine une nouvelle fois l’écran, après l’avoir crever dans 300 Jours Ensemble et surtout Kick-Ass. Rarement une actrice de son âge n’aura autant impressionné avec une telle constance.

Hugo Cabret est donc un joli film dans la hôte du Père Noël. Un film qui peut être vu avec des regards très différents. De 7 à 177 ans, on sera séduit par ces aventures divertissantes. Et les amoureux du 7ème art se rappelleront pourquoi cette passion brûle en eux. Et cela ça n’a pas de prix, alors merci Monsieur Scorcese.

 
Fiche technique :
Production : GK Films, Infinitum Nihil, Paramount Pictures
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Martin Scorsese
Scénario : John Logan, d’après le roman de Brian Selznick
Montage : Thelma Schoonmaker
Photo : Robert Richardson
Décors : Dante Ferretti
Musique : Howard Shore
Durée : 128 mn
 
Casting :
Asa Butterfield : Hugo Cabret
Ben Kingsley : Papa Georges, Georges Méliès
Chloë Grace Moretz : Isabelle
Sacha Baron Cohen : Le chef de gare
Ray Winstone : Oncle Claude
Jude Law : Le père d’Hugo
Emily Mortimer : Lisette
Helen McCrory : Maman Jeanne
Christopher Lee : Monsieur Labisse

DES VENTS CONTRAIRES : Pas un souffle d’intérêt

desventscontrairesaffiche

desventscontrairesafficheLe deuil, voilà un nouvel exemple de sujet inépuisable, ayant déjà inspiré bien des œuvre qu’elles soient littéraires ou cinématographiques. Des Vents Contraires est désormais un peu de deux puisque le roman d’Olivier Adam a été adapté sur grand écran par Jalil Lespert, qui signe là son premier long métrage. Mais pour une première, c’est loin d’être une réussite.

La femme de Paul disparaît soudainement, le laissant seul, sans nouvelles, ni explications, avec ses deux enfants. Un an plus tard, il se décide à quitter Paris pour aller vivre à St Malo où il a grandi et où son frère lui offre un emploi dans l’auto-école qu’il dirige. Le but est de se reconstruire et d’oublier. Mais c’est un long chemin que celui du deuil, surtout quand planent tant d’incertitudes.

Une histoire proche de celle-là avait donné ce qui se fait de mieux dans le cinéma français : Sous le Sable de François Ozon. Des Vents Contraires constitue par contre ce que notre 7ème engendre de pire. Des gens malheureux à qu’il arrive des choses tristes qui les rendent encore plus malheureux. Le tout filmé dans une totale contemplation, sans trame narrative, plein d’une fausse profondeur, comme si le caractère dramatique d’un évènement justifiait à lui seul l’intérêt de son récit. Bref, on est censé être touchés, mais, au final, on est surtout totalement indifférent face aux malheurs de ces personnages que l’on ne prend pas la peine de nous faire aimer.

Des Vents Contraires est également plombé par un grand nombre d’éléments narratifs auxquels on ne croit pas du tout. Mention spéciale dans ce domaine aux personnages de flics qui ne sont pas une seule seconde crédibles. La relation de Paul avec une de ses jeunes élèves ne tient elle aussi absolument pas debout et ne présente, de toute façon, strictement aucun intérêt. Enfin, certaines scènes sont totalement attendues, à la limite de la caricature, comme l’explication entre les deux frères après une soirée bien arrosée. La dimension pathos familial a été déjà été vue mille fois et en mille fois mieux. Le seul éclair d’intérêt ne vient pas de Paul ou de sa famille, mais d’un personnage secondaire, le déménageur interprété par Ramzy Bédia. Malheureusement, il ne fait qu’une courte apparition et reste mal et sous-exploité.

desventscontrairesPour ses premiers pas derrière la caméra, Jalil Lespert nous offre une réalisation ultra sobre. Ce n’est pas donc pas ses qualités artistiques qui viendront sauver Des Vents Contraires. Tout cela est à l’image de ce film qui manque cruellement de consistance. Il peut bien arracher quelques larmes, mais par une émotion facile, sans surprise et qui ne conduit absolument pas à l’enthousiasme. On ne ressent rien, au mieux, on constate.

Des Vents Contraires ne fera toujours pas de moi un fan de Benoît Magimel. Non qu’il soit spécialement mauvais ici. Il nous livre une prestation propre et professionnelle, mais qui ne cherche pas vraiment à tirer le film vers le haut. Isabelle Carré interprète un personnage de toute façon trop peu crédible pour qu’elle puisse briller. Les seuls raisons de s’enthousiasmer un peu viennent de la jolie performance de la jeune Marie-Ange Casta et surtout de Ramzy Bédia, très surprenant dans un rôle sérieux et dramatique.

Bref, Des Vents Contraires passe donc complètement à côté d’un sujet qui n’a pas attendu ce film pour être traité.

  

Fiche technique :
Production : WY productions Universal Pictures International France
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Jalil Lespert
Scénario : Jalil lespert, Olivier Adam, Marion Laine, d’après le roman de Olivier Adam
Montage : Monica Coleman
Photo : Josée Deshaies
Décors : Alain Guffroy
Musique : DJ Pone, David François Moreau
Costumes : Sandra Berrebi
Durée : 91 mn
 
Casting :
Benoît Magimel : Paul Anderen
Isabelle Carré : Josée Combe
Antoine Duléru : Alex Anderen
Ramzy Bedua : Samir, le déménageur
Bouli lanners : Monsieur Bréhel
Lubna Azabal : la mère de Yamine
Aurore Clément : Madame Pierson
Audrey Tautou : Sarah Anderen
Daniel Duval : Xavier, l’éditeur

 

 

CARNAGE : De la scène à l’écran

carnageaffiche

carnageafficheAdapter une pièce de théâtre sur grand écran est toujours un exercice délicat. En effet, voilà deux arts à la fois très proches et très différents. On est donc partagé entre l’envie d’être fidèle à l’œuvre originale et la transformer radicalement. Le premier choix peut aboutir à un résultat qui s’apparente plus à du théâtre filmé qu’à du véritable cinéma. Rares sont de toute façon, les adaptations qui arrivent à s’affranchir totalement de leur origine. Le nouveau Polanski, Carnage, ne cherche même pas à le faire. A tort ou a raison…

Deux couples, les Longstreet et les Cowan se rencontrent après que le rejeton des uns aient frappé le rejeton des autres avec un bâton et lui a cassé plusieurs dents. Cela doit être qu’une courte explication entre parents responsables. Mais très vite la conversation va se faire moins cordiale et tourner à l’affrontement généralisé.

Carnage est un huis-clos dans un appartement qui réunit quatre personnages pendant un peu moins d’une heure vingt pour un récit en temps réel. Rien que ces éléments revoient à l’art théâtral, pas au cinéma. Dans sa structure même, cette histoire est faite pour la scène, non pour le grand écran. Il y a bien deux petites tentatives de déplacer l’action sur le palier de l’appartement ou dans la salle de bain, mais 95% du film se déroule dans ce même salon, pas spécialement spacieux. Si ce genre de décor peut largement suffire pour que des acteurs s’expriment sur les planches, au cinéma, cela donne un film incroyablement statique.

Pourtant, on pourrait rétorquer que l’on peut faire d’excellents films dans des espaces réduits. Buried nous a prouvé l’année dernière qu’un simple cercueil peut suffire. Mais la grande différence est que ces films jouent justement sur cette exigüité pour créer un sentiment d’oppression et de confinement. Dans Carnage, on a juste l’impression d’être dans un décor tout simplement trop petit. Roman Polanski a beau varié les plans, on sent toujours sa caméra un peu à l’étroit.

Si la forme est le principal facteur limitant de Carnage, il propose heureusement un fond particulièrement savoureux. Le conflit entre les deux enfants va vite devenir un prétexte à un déballage généralisé des frustrations et des ressentiments refoulés des uns et des autres. La montée progressive de la tension et de l’agressivité des protagonistes est parfaitement dosée. Les bonnes manières et les bonnes intentions se craquellent peu à peu, chacun laissant apparaître un visage de moins en moins policé. Cette logique interne est poussée jusqu’à son terme et la courte durée du film (enfin de la pièce) fait que ce seul ressort est largement suffisant.

carnageMais encore une fois, on peut regretter que Roman Polanski n’ait pas su faire de sa caméra un outil au service de l’histoire, qui sublimerait le jeu des acteurs et qui ne se contenterait pas de nous le livrer de manière brute. En fait, si Carnage était une chanson, cette version serait un clip, plutôt bon certes, mais qui n’arriverait pas à la cheville de la version live.

Heureusement, ce qui permet tout de même à Carnage de faire passer un bon moment reste le casting. En effet, on aurait malheureusement bien du mal à voir un tel quatuor réuni sur une scène de théâtre. On peut bien sûr le regretter, mais à la fois, rare sont ceux qui auraient de toute façon eu les moyens de se rendre sur Broadway pour assister à une représentation. A-t-on vraiment besoin de départager Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz et John C. Reilly ? Non, tant ils sont tous parfaits et mettent dans leur rôle une énergie toute…théâtrale.

Carnage est une excellente pièce de théâtre. C’est la grande leçon à tirer de ce film qui n’en est pas un.

Fiche technique :
Production : SBS Productions, Constantin Film, Versatil Cinela, Zanagar Films, France 2 Cinema
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Roman Polanski
Scénario : Roman Polanski, Yasmina Reza, d’après la pièce de Yasmina Reza
Montage : Hervé de Luze
Photo : Pawel Edelman
Décors : Dean Tavoularis
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 78 mn

Casting :
Jodie Foster : Penelope Longstreet
Kate Winslet : Nancy Cowan
John C. Reilly : Michael Longstreet
Christoph Waltz : Alan Cowan

LE CHAT POTTE : La 2ème vie d’un chat

lechatpotteaffiche

lechatpotteafficheEn 2001, naissait Shrek, pour le plus grand bonheur des petits et des grands. Mais son immense succès est aussi du à ses comparses, un âne survolté et un chat, chaussé de bottes, dont le regard irrésistible est susceptible de faire craquer les volontés les plus déterminées. Des personnages tellement populaires qu’il n’est guère surprenant d’en voir un des deux avoir droit à son propre film. C’est le cas avec le Chat Potté, un film d’animation distrayant, même s’il a perdu beaucoup de ce qui faisait l’originalité et le charme des aventures avec l’ogre vert.

Le Chat Potté est en fait un orphelin, élevé aux côtés de l’œuf Humpty Dumpty, qui depuis toujours rêve de mettre la main sur les haricots magiques qui lui donneront accès à l’oie magique, qui pont des œufs en or. Cette quête a fini par les séparer et les fâcher à mort. Ils finissent par se retrouver, par l’intermédiaire de la mystérieuse Kitty Pattes de Velours et décident de reprendre leurs recherches.

Le Chat Potté inspire un sentiment quelque peu ambivalent. En effet, on y retrouve avec un immense plaisir ce personnage si attachant et drôle, qui a largement les épaules pour avoir droit à son film bien à lui. Tous les éléments qui ont concouru à sa popularité sont bien là, fidèles à l’original et on est heureux d’en savoir un peu plus sur ce personnage, qui ne jouait que les faire-valoirs dans Shrek. Bref, l’impatience enfantine que l’on pouvait avoir à l’annonce de la sortie de ce film est donc largement satisfaite.

Mais les vrais fans de Shrek pourront aussi reprocher à Le Chat Potté d’avoir totalement abandonné ce qui avait fait réellement l’originalité de la série initiale au profit d’un pur divertissement familial. En effet, ne cherchez pas ici de politiquement incorrect, de détournement de références enfantines ou de second degré. Certes, le film propose quelques mini-allusions sexuelles, mais c’est bien tout. Cela reste vraiment accessible à tous, même aux plus jeunes, avec rien qui ne soient vraiment différent du reste des productions de ce types, en dehors des références aux contes de fées.

Cependant, Le Chat Potté n’en reste pas moins très réussi. Un simple divertissement familial certes, mais un très bon divertissement familial. C’est drôle, rythmé, avec quelques rebondissements. On passe donc un très bon moment, on ne s’ennuie jamais et on ne regrette absolument pas de s’y être rendu. Bon évidemment, avoir une carte d’abonnement rend sûrement moins exigeant, mais que ce soit sur grand écran ou en DVD, ce film permettra vraiment de s’offrir une distraction de premier choix.

lechatpotteTechniquement, le Chat Potté est dans la droite lignée de ce que propose d’habitude les studios Dreamworks. C’est à dire, qu’il n’y a rien à dire ! Par contre, je sais que c’est la mode de dire que la 3D ne sert à rien, mais je continue de trouver que pour le cinéma d’animation, cela donne vraiment une profondeur supplémentaire aux décors et aux personnages. Je trouve donc qu’elle a son utilité et sa justification ici. Après, très honnêtement, je ne suis quand même pas convaincu que son absence diminuerait quoi que ce soit au plaisir que nous procure ce film.

Il y a quelques semaines j’ai été consterné par la performance de Antonio Banderas dans Or Noir. Il est en tout cas beaucoup plus à l’aise dans le doublage du Chat Potté. Sa voix chaleureuse et latine collent totalement au personnage et lui donne vie et personnalité. En face de lui, Salma Hayek a du répondant et fait de Kitty Pattes de Velours un protagoniste à la hauteur de son partenaire. Le casting voix prestigieux est complété par les toujours excellents Zach Galifinakis, Benicio Del Toro et Billy Bob Thorhton.

Au final, Le Chat Potté se contente donc du minimum. Mais un minimum agréable et divertissant.

Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Chris Miller
Scénario : Tom Wheeler, sur une idée de Brian Lynch, Will Davies et Tom Wheeler
Montage : Eric Dapkewicz
Décors : Guillaume Aretos
Son : Richard King
Musique : Henry Jackman, Rodrigo y Gabriela
Costumes : Isis Mussenden
Directeur artistique : Christian Schellewald
Durée : 90 mn

Casting :
Antonio Banderas : Le chat potté
Salma Hayek : Kitty Pattes de velous
Zach Galifianakis : Humpty Alexandre Dumpty
Billy Bob Thornton : Jack
Guillermo del Toro : Comandante

SHAME : Oui et ?

shameaffiche

shameafficheEn 2008, Steve McQueen (pas l’acteur de la Grande Evasion) avait fait sensation avec son premier film, Hunger. Un film sur la grève de la faim des prisonniers irlandais en Angleterre pendant les années 80. Un film dur qui avait exigé de Michael Fassbender de perdre 14 kilos pour le rôle. Le duo est à nouveau réuni dans Shame et une nouvelle fois le réalisateur a poussé son acteur assez loin. Mais cette fois, la réussite est nettement moins au rendez-vous.

Brandon a tout pour plaire. La trentaine, une belle gueule, une vraie réussite professionnelle et surtout des conquêtes multiples. Mais ces dernières cachent en fait une terrible souffrance provoquée par une addiction totale au sexe. Alors comment assumer une telle maladie ? Une seule solution, se couper un peu plus chaque jour des autres. Y compris de sa propre sœur.

Shame est un film « oui et ? ». Je crois que j’ai déjà développé le concept dans une autre critique, mais je n’arrive pas à me rappeler laquelle. En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est que le film, malgré ses incontestables qualités, laisse quelque peu perplexe. On a un peu de mal à comprendre où Steve McQueen veut nous emmener et le dénouement ne nous éclaire guère. Le film a une certaine profondeur, mais ne délivre aucun message clairement identifié. A moins d’apprécier le contemplatif pur, on en ressort un peu décontenancé.

D’ailleurs Shame peut provoquer des réactions divers et variées. J’ai même vu un critique s’élever contre le caractère homophobe du propos. Il est vrai que la scène dans la boîte gay est celle qui m’a le plus déconcerté. Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait la moindre volonté homophobe dans le propos. Mais comme ce dernier n’est absolument pas clair, forcément chacun peu y mettre un peu ce qu’il veut. Beaucoup parle aussi de son caractère moralisateur, je ne partage pas non plus mon avis… puisque pour moi, il n’y a pas de réelle morale à l’histoire.

Le thème de Shame pourrait paraître vraiment original et provoquant. Mais quand on y regarde de plus prêt, il s’agit d’un film sur l’addiction de façon générale. On aurait presque pu faire le même film sur un accro à l’alcool ou à une drogue diverse. Les exemples de ce type ne manque pas dans le 7ème art. Le seul axe quelque peu différent est le fait qu’une telle addiction ne va pas vraiment être reconnue comme une maladie par les autres. Un alcoolique ou un drogué va inspirer une certaine forme de pitié. Un cadre sup de 35 ans qui se fait surprendre par sa sœur entrain de se masturber dans la salle de bain, nettement moins. Pourtant, la souffrance est la même et les processus d’isolement et de déni identiques.

Au final, Shame se démarque avant tout par ses qualités visuelles. J’ai failli dire esthétiques, mais cela n’a rien de beau. Les scènes de sexe sont crues, presque pornographiques, mais elles sont tout sauf érotiques. Elles évoquent plutôt un processus destructeur. Steve McQueen fait preuve une nouvelle fois d’une remarquable virtuosité pour retranscrire à l’écran la souffrance de manière très subtile et forte. Certains trouveront d’ailleurs qu’il se laisse un peu aller à une certaine forme d’autosatisfaction formelle, une sorte d’art pour l’art, ce qui pourrait expliquer les faiblesses du fond.

shameMais ce qu’on retiendra avant tout de Shame, c’est la nouvelle performance incroyable de Michael Fassbender, qui confirme ici son statut de futur très grand. Encore une fois, il va très loin dans l’investissement physique. La manière dont il arrive à mimer des rapports sexuels de manière très intense (ce qui déjà en soi ne doit pas être évident) tout en exprimant un désespoir toujours plus profond est bluffante. Tout dans son rôle passe par les expressions et le regard puisque un des thèmes centraux du film est l’impossibilité de verbaliser cette souffrance. A ses côtés, Carrey Mullingan s’impose elle aussi comme un des talents les plus sûrs du cinéma actuel.

Au final Shame m’a inspiré un sentiment plutôt mitigé, qui m’a conduit vers une abîme de perplexité. Mais à force de ne pas vraiment savoir si on a aimé ou détesté, on finit par être persuadé que l’on a de toute façon pas été enthousiasmé.

Fiche technique :
Production : Film4, See Saw Films, UK Film council, Momentum Pictures, Lipsync productions, HanWay Films
Distribution : MK2 Diffusion
Réalisation : Steve McQueen (II)
Scénario : Steve McQueen, Abi Morgan
Montage : Joe Walker
Photo : Sean Bobbitt
Décors : Judy Becker
Musique : Harry Escott
Directeur artistique : Charles Kulsziski
Durée : 99 mn

Casting :
Michael Fassbender : Brandon
Carey Mulligan : Sissy
James Badge Dale : David Fisher
Nicole Beharie : Marianne
Alex Manette : Steven

LES LYONNAIS : RIen de nouveau sous le soleil du Rhone

leslyonnaisaffiche

leslyonnaisafficheLes gangsters constituent une inépuisable source d’inspiration pour les cinéastes de tous les pays. Il faut dire qu’ils forment des héros les plus ambigus qui soient. Attirants par les risques qu’ils prennent, leur code de l’honneur d’un autre temps et leur rébellion face à l’autorité, ils effrayent également tout de même par le sang qu’ils ont sur les mains et la violence dont ils peuvent faire preuve. Olivier Marshall, ancien flic, est très certainement le meilleur réalisateur de polar noir de l’hexagone. Il était donc normal qu’il s’attaque à cette figure mythique. C’est chose faite avec Les Lyonnais.

Edmond Vidal est une figure du grand banditisme à la retraite. Il reste cependant très influent dans le milieu qui se souvient que dans les années 70, il avait défrayé la chronique avec le Gang des Lyonnais, au côté de son complice de toujours, Serge Suttel. Mais quand ce dernier est arrêté, il replonge une dernière fois. Mais entre la police, la nouvelle génération et son sens de l’honneur, le chemin est étroit.

Les Lyonnais a tout, ou presque, d’un très bon film. Un scénario solide, un casting de haut niveau et un réalisateur qui sait magner une caméra. D’ailleurs, on ne s’ennuie pas et on se laisse prendre par cette histoire où l’on hésite toujours entre affection et haine, fascination et répulsion envers ces hommes à la fois barbares et chevaleresques. C’est propre, bien filmé, rythmé et avec les quelques rebondissements qui vont bien.

Mais les Lyonnais souffre quand même d’un défaut, qui n’est pas non plus totalement négligeable. Il s’agit certes d’un très bon film de gangsters, mais un film de gangsters vu mille fois. Evidemment, c’est un critère tout relatif, qui dépend de la culture cinématographique de chacun. Cependant, on ne peu guère trouver dans ce film quelque chose qui ne puisse être vu ailleurs. Rien que cette année, on a déjà eu droit à l’Ange du Mal, exactement sur le même thème, avec le même type de personnages. Certes, ce dernier était plutôt raté, mais on lui avait déjà fait le reproche de ne rien apporter de bien nouveau sous le soleil du 7ème art.

Ensuite, ce qui gâche un tout petit peu le plaisir, c’est le caractère hautement prévisible du twist final que l’on voit arriver 100 kilomètres en avance. Du coup, ce qui doit constituer le climax de l’intrigue tombe un peu à plat. Mais peut-être qu’un spectateur totalement néophyte à ce genre cinématographique pourra se laisser surprendre. Les autres ont toutes les chances de deviner à l’avance le fin mot de l’histoire.

leslyonnaisOlivier Marshall livre avec les Lyonnais un film peut-être moins sombre qu’à son habitude, mais toujours aussi violent. Il n’y a pas d’effusion spectaculaire d’hémoglobine, mais il prend visiblement un malin plaisir à faire mourir une bonne partie de ses personnages à chacun de ses films. Et étonnamment, ils meurent rarement paisiblement de vieillesse dans leur lit. Mais la violence ici tient plus du code d’un genre cinématographique que d’un réel reflet de la société. Certes, le film est tiré des mémoires du vrai Edmond Vidal, mais on a tout de même du mal à y voir autre chose qu’un scénario de cinéma.

Gérard Lanvin était fait pour se rôle, ou inversement, on ne sait pas très bien. Il y est donc parfaitement à l’aise. Cela fait plaisir de revoir Tcheky Karyo qui se fait de plus en plus rare. Qui se fait aussi de plus en plus vieux, mais ça, cela nous guète tous. Les Lyonnais nous propose aussi une belle brochette de seconds rôles très réussis, au premier rang desquels Olivier Rabourdin, déjà remarqué dans Des Hommes et des Dieux.

Les Lyonnais est donc un film totalement maîtrisé. Mais en épousant totalement les codes d’un genre quelque peu surreprésenté au cinéma, Olivier Marshall rate l’occasion de vraiment d’y apposer sa patte personnelle.

Fiche technique :
Production : Gaumont, Hatalom, LGM productions, Nexus Factory, France 2 Cinéma, Rhône-Alpes Cinéma
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Olivier Marchal
Scénario : Olivier Marchal, d’après l’oeuvre d’Edmond Vidal
Montage : Raphaële Urtin
Photo : Denis Rouden
Décors : Ambre Sansonetti
Musique : Erwann Kermovant
Durée : 102 mn

Casting :
Gérard Lanvin : Momon Vidal
Tchéky Karyo : Serge Suttel
Daniel Duval : Christo
Dimitri Storoge : Momon Vidal jeune
Patrick Catalifo : Max Brauner
François Levantal : Joan Chavez
Francis Renaud : Brandon

TIME OUT: Loin de Gattaca

timeoutaffiche

timeoutafficheEn 1997, Andrew Niccol nous livrait un des meilleurs films de science-fiction de l’histoire du 7ème art, Bienvenue à Gattaca. Depuis, le Néo-Zélandais s’est fait rare derrière la caméra, mais a signé le très bon Simone et le fantastique Lord of War. Son retour était donc très attendu, surtout qu’il revenait à ses premières amours avec Time Out. Au final, il nous livre un film distrayant, mais tout de même assez loin de ce à quoi il nous avait habitués.

Le temps, c’est de l’argent. Dans un futur proche, le lieu commun est devenu réalité. Et si votre compteur arrive à zéro, c’est la mort qui vous attend. Du coup, les pauvres sont habitués à courir, quand les riches prennent leur temps et ne sont pas loin d’être immortels. Will Salas, en sauvant un homme fortuné venu traîner dans les bas-fonds, se voit offrir une fortune par ce dernier… ce qui revient à un suicide. Mais accusé de meurtre, il lui sera difficile de profiter du temps qui lui est offert.

Bon, allez, il y avait longtemps que je n’avais pas poussé un coup de gueule contre une traduction de titre. En effet, en Anglais, Time Out s’appelle In Time… Allez comprendre… Bon, revenons à nos moutons. Andrew Niccol marche vraiment sur les pas de Bienvenue à Gattaca avec la vision d’un futur où une minorité oppresse le reste de la population, le tout dans un contexte « technologique » proche du notre. Une nouvelle fois, il se focalise sur son idée de base et ne noie pas le poisson à coups d’effets spéciaux ou de gadgets futuristes. Mais cette fois, le fond n’est pas tout à fait exploité jusqu’au bout.

Time Out possède cependant quelques fulgurances qui le fait tout de même sortir du lot. Une course mortelle d’une mère vers son fils, quelques belles poursuites… bref, quelques bons moments de cinéma qui nous rappelle qu’il y a du talent derrière la caméra. Tout cela contribue à faire de ce film un vrai bon divertissement. Le film se laisse regarder, on ne s’ennuie jamais. Sans Andrew Niccol derrière la caméra, on dirait même qu’il surprend agréablement, car la bande-annonce pouvait faire croire au navet. Dans l’absolu, on est donc plutôt devant un bon film de genre, mais définitivement pas devant un chef d’œuvre.

timeoutCe qui pêche dans Time Out réside dans un nombre un peu trop élevé d’invraisemblances dans le scénario. Pas d’incohérences flagrantes, simplement, on a un peu de mal à croire à tout ça. Du coup, l’univers de ce film n’est pas vraiment immersif, on reste très spectateur. On ne ressent pas vraiment le caractère oppressant de cette société, on ne partage par les angoisses de personnages que l’on aime sans vraiment s’y attacher. Les deux personnages jouant le rôle de méchants sont vraiment faibles et caricaturaux. On est donc diverti, pas passionné.

Pour en finir avec la comparaison avec Bienvenue à Gattaca, on notera immédiatement une légère différence dans le choix de l’acteur principal. Je ne veux absolument pas insinuer par là que Justin Timberlake soit dénué de toute qualité d’acteur, il a déjà largement prouvé le contraire dans plusieurs comédies. Cependant, il est quand même loin de posséder le charisme d’un Ethan Hawke. Et dans le style de « je cours tout le temps parce que j’ai des méchants à mes trousses », il y a longtemps de Tom Cruise ou Matt Damon ont fait mieux. Par contre, Amanda Seyfried est infiniment mieux que dans l’horrible Mamma Mia ! Cillian Murphy confirme quant à lui qu’il est un des meilleurs seconds rôles d’Hollywood.

Time Out est donc un des meilleurs films de science-fiction de l’année. Mais on pouvait attendre beaucoup plus d’un tel réalisateur. Ca sera pour la prochaine fois, n’en doutons pas !

Fiche technique :
Production : Regency Enterprises, New Regency, Strike Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Andrew Niccol
Scénario : Andrew Niccol
Montage : Zach Staenberg
Photo : Roger Deakins
Décors : Alex McDowell
Musique : Craig Armstrong
Durée : 109 mn

Casting :
Justin Timberlake : Will Salas
Amanda Seyfried : Sylvia Weis
Cillian Murphy : Raymond Leon
Shyloh Ootswald : Maya
Johnny Galecki : Borel
Olivia Wilde : Rachel Salas

THE LADY : Sous le film politque, le mélo

theladyaffiche

theladyafficheLuc Besson est un peu le Jean-Jacques Goldman du cinéma. Il écrit et produit de la bouse en tube pour les autres et garde ses éclairs de génie pour lui-même. Enfin génie est peut-être un bien grand mot, mais au moins un réel et incontestable talent. Une nouvelle preuve avec The Lady avec un sujet plutôt inattendu pour le réalisateur du Grand Bleu et du Cinquième Elément, mais un sujet plutôt maîtrisé.

Michael Aris annonce à son frère qu’il est atteint d’un cancer et n’en a plus pour longtemps. Les derniers jours de sa vie, il ne pourra les passer auprès de son épouse. Car cette dernière est San Suu Kyi, leader de l’opposition birmane et assignée à résidence dans son pays. Une femme qui voue sa vie au combat pour la démocratie. Un combat qui la pousse à tout sacrifier.

The Lady porte assez mal son nom. Ou plutôt, il passe sous silence ce qui constitue une bonne moitié de ce film. Il aurait du plutôt s’appeler The Lady and his husband. En effet, les deux personnages jouent chacun un rôle aussi important l’un que l’autre et leur relation constitue le vrai fil rouge de l’intrigue. On n’est donc pas devant le film avant tout politique auquel on s’attendait, mais aussi face à un pur mélo, combien même le contexte est quant à lui extraordinaire (au sens premier du terme).

The Lady peut décevoir si on n’accepte pas le fait de ne pas assister au spectacle attendu. Mais on peut aussi se laisser prendre dans cette histoire qui fonctionne parfaitement. L’émotion est réelle et arrachera des larmes même aux plus durs à cuire. Et puis, on apprend tout de même beaucoup de choses sur San Suu Kyi, son histoire et son combat. Le portrait est très intime, presque people diront les détracteurs, mais même les grands hommes ont une vie privée. On peut trouver regrettable de faire passer le combat contre la junte birmane au deuxième plan derrière des drames domestiques, mais le film cherche à montrer comment la petite histoire se mêle à la grande, même si c’est cette dernière que la postérité retient.

Si on se laisse totalement prendre par The Lady, il faut bien admettre que faire pleurer avec un cancer n’est pas non plus l’exploit cinématographique du siècle. Dans un autre contexte, on trouverait peut-être ça larmoyant et insupportable. L’émotion est un peu facile. Mais elle est là et bien là, alors on ne peut que saluer le talent de Luc Besson pour avoir su masquer certaines grosses ficelles qu’il emploie. Le cinéma, c’est comme la magie, il y a des trucs qui marchent à tous les coups, du moment qu’ils sont réalisés avec assez d’habileté. Après, on peut toujours jouer a posteriori les « on ne me la fait pas à moi », n’empêche que sur le moment, on y a vu que du feu !

theladyThe Lady nous rappelle aussi que Luc Besson sait tenir une caméra. On l’oublie souvent, mais ses films sont souvent visuellement très travaillés et c’est sûrement un de meilleur dans ce domaine avec Jean-Piere Jeunet au niveau de l’Hexagone. Il a opté cette fois pour la sobriété mais il alterne les scènes intimistes avec les scènes de foule avec le même bonheur. Par contre, il s’obstine à confier la bande-originale à Eric Serra, son éternel complice, qui continue à faire un tantinet dans le too much. Du coup, au lieu de porter l’émotion, elle exaspère parfois par une lourdeur superflue.

Niveau interprétation, on retiendra la métamorphose de Michelle Yeoh, qui rejoint la longue liste des acteurs mimétiques d’un personnages célèbres. Pas de prothèse ou de maquillage, juste du talent à l’état pur, comme en avait fait preuve Forest Whitaker dans le Dernier Roi d’Ecosse ou Jamie Foxx dans Ray. Mais il ne faut pas oublier David Thewlis, le Remus Lupin de Harry Potter, qui, vous l’aurez compris, n’est pas loin finalement d’occuper le rôle principal. Il contribue lui aussi à tirer le film vers le haut dans un très beau rôle.

The Lady n’est sans doute pas un grand film. Il possède certaines limites qui auraient pu être dans d’autres circonstances totalement rédhibitoires. Mais au final, le film fonctionne parfaitement et le spectateur finit par adhérer. San Suu Kyi méritait peut-être mieux, mais Luc Besson n’a sûrement pas à rougir de ce bel hommage.

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Left Bank Pictures, France 2 Cinéma
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Rebecca Frayn
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Son : Ken Yasumoto, Didier Lozahic
Musique : Eric Serra
Costumes : Olivier Bériot
Durée : 127 mn

Casting :
Michelle Yeoh : Aung San Suu Kyi
David Thewlis : Michael Aris, Anthony Aris
Jonathan Raggett : Kim
Jonathan Woodhouse : Alex
Susan Wooldridge : Lucinda
Benedict Wong : Karma
Htun Lin : Général Ne Win

LE STRATEGE : Un histoire plutôt bath

lestrategeaffiche

lestrategeafficheLe cinéma et le sport ne font pas forcément bon ménage, à l’exception notable de la boxe. Le mélange des deux a plus souvent donné des navets que des chefs d’œuvre. Cependant, il arrive que le résultat soit tout de même de qualité. C’est le cas de Le Stratège, le nouveau film de Bennett Miller, avec Brad Pitt dans le rôle titre.

En 2002, l’équipe de baseball d’Oakland fut tout proche de remporter le titre suprême, malgré un budget très limité. Mais du coup, ses trois meilleurs joueurs partent pour des clubs plus fortunés. Pourtant, Billy Beane, en charge du recrutement, ne renonce pas à mener son équipe à la victoire. Il embauche pour le seconder un jeune statisticien qui lui propose une méthode « scientifique » pour recruter des joueurs. Le duo va en attirer plusieurs sur lesquels aucune autre franchise n’était prête à miser. Les moqueries ne manquent pas de fuser, au sein même du club. Mais les résultats seront-ils au rendez-vous ?

La petite consiste en un portrait d’un homme qui vit sa vie par procuration, pour citer un chanteur français célèbre. Il ne met pas du vieux pain sur son balcon, mais cherche dans son métier de recruteur à exorciser une carrière de joueur extrêmement médiocre, alors qu’on faisait de lui une future star, statut qu’il n’a jamais confirmé. Cette partie est vraiment réussie et si le contexte sportif est omniprésent, il nous parle tout simplement de la nature humaine. Mais il s’agit d’un portrait vraiment vivant, tracer au fil de l’intrigue, jamais dans la contemplation.

La grand histoire repose dans le destin de cette équipe dont la saison fut légendaire pour bien des raisons. On est là devant une histoire très hollywoodienne du David qui défie les Goliath, armé de sa simple intelligence et d’une inébranlable volonté. On est là en plein rêve américain, même si ce genre de mythe est lui aussi universel. L’histoire étant vraie, cela reste crédible et évite totalement le ridicule sympathique d’un A nous la Victoire par exemple. En tout cas, on se prend à aimer cette équipe et même ceux qui ne comprennent rien aux règles pourront avoir des raisons de s’enthousiasmer…

lestratege… Mais soyons honnêtes. Le Stratège souffre tout de même d’une limite indéniable pour nous, pauvres Français. Il s’agit de baseball, un sport totalement obscur pour nombre d’entre nous. Heureusement grâce à ma Wii, je connais désormais les règles, mais je me souviens aussi d’être déjà tombé sur du baseball à la radio quand j’étais au Québec et d’avoir entendu la retransmission la plus inintéressante qui soit, vu qu’il ne se passe à peu près rien la plupart du temps. Du coup, il manque cette dernière étincelle qui aurait pu donner à ce film une dimension supplémentaire. Si les qualités cinématographiques sont indéniables, il manque un écho à nos propres émotions. Certes, on peut facilement transposer tout cela à un sport qui nous est plus familier, mais cela rend les sentiments plus distants, moins profonds et moins naturels.

Le Stratège constitue un rôle taillé sur mesure pour Brad Pitt. Il épouse totalement son personnage, même si là encore, on a du mal à voir à quel point il s’approche de l’original. Par contre, on peut regretter qu’on lui ait encore confié un rôle où il doit passer son temps à mâchonner quelque chose. Du coup, on a parfois l’impression qu’il s’imite lui-même. Enfin, c’est assez léger et ne vient en rien gâcher le plaisir. On appréciera aussi la jolie performance de Jonah Hill, qui nous avait plutôt habitué aux mauvaises comédies lourdingues. Enfin, Philippe Seymour Hoffman est égal à lui-même, ce qui est gage de qualité.

Au final, le Stratège est un beau moment de cinéma, mais qui souffre, très légèrement certes, d’un des rares vrais décalages culturels entre les deux rives de l’Atlantique.

 
Fiche technique :
ProduBrad Pitt : Billy ction : Film Rites, Michael De Luca Productions, Scott Rudin Productions, Specialty Films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Bennett Miller
Scénario : Steve Zaillian, Aaron Sorkin, d’après le livre de Michael Lewis
Montage : Christopher Tellefsen
Photo : Wally Pfister
Décors : Jess Gonchor
Musique : Mychael Danna
Durée : 133 mn

Casting :

Beane
Jonah Hill : Peter Brand
Philip Seymour Hoffman : Art Howe
Robin Wright : Sharon
Chris Pratt : Scott Hatteberg
Stephen Bishop : David Justice

 

OR NOIR : Du pétrole, mais pas beaucoup d’idées

ornoiraffiche

ornoirafficheJean-Jacques Annaud a longtemps été en quelque sorte le James Cameron français. Il faut dire qu’avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger pour son premier long métrage, la Victoire en Chantant en 1976, vous ouvre pas mal de portes et délie plus facilement la bourse des producteurs à l’international. Le problème est qu’après avoir enchaîné trois chefs d’œuvre, Coup de Tête, la Guerre du Feu et le Nom de la Rose, sa carrière s’apparente désormais de plus en plus à un long et inexorable déclin. Sa dernière œuvre, Or Noir, l’enfonce malheureusement encore un peu plus. A tel point qu’on a désormais envie de le comparer plutôt à Roland Emmerich.

Dans les années 30, deux émirs mettent fin à plusieurs années de guerre sanglante. Une des conditions de la paix et de déclarer la bout de désert qu’il se dispute comme un no man’s land qui n’appartient à personne. L’équilibre semble perdurer jusqu’au jour où des prospecteurs américains y trouvent du pétrole et arrose d’argent un des deux émirs, quand l’autre refuse tout contact avec ces infidèles. La guerre va-t-elle reprendre ?

Or Noir est tout simplement un très mauvais film. Et le plus remarquable, c’est qu’il l’est à tout point de vue. Déjà, le scénario ressemble à un film d’aventures de série B des années 60, la désuétude et la nostalgie en moins. Ramassis de clichés, il développe une intrigue aussi peu crédible qu’elle est prévisible. Les personnages sonnent tous incroyablement faux, sombrant souvent dans un ridicule involontaire et consternant. Quant aux dialogues, on se pince parfois pour croire ce qu’on entend. Ca serait réellement drôle si cela ne se prenait pas autant au sérieux, sans aucun humour, ni second degré.

ornoirMais le pire dans Or Noir reste la direction d’acteurs. Je ne pouvais pas imaginer qu’Antonio Banderas puisse être aussi mauvais. Et encore, je reste poli pour qualifier cette performance absolument indigne d’un acteur professionnel. C’est tellement surjoué, qu’on se demande si le bel Espagnol ne fait pas exprès pour finir de décrédibiliser ces dialogues ineptes. Cela donne envie de revoir La Piel que Habito, où il était formidable, pour finir de mesurer ce qui sépare désormais un réalisateur comme Pedro Almodovar de Jean-Jacques Annaud. Mark Strong s’en sort un peu mieux, malgré un personnage d’opérette. Quant à Tahar Rahim, il sombre carrément se contentant de nous servir le même air de chien battu pendant plus de deux heures.

Car en plus de transpirer la médiocrité par tous les derricks, Or Noir est aussi désespérément long. La seule chose qui pourrait éventuellement sauver le film, ce sont les magnifiques paysages, mais on n’est pas venu pour une séance du National Geographic. Et puis du désert et du sable sur une telle durée, ça vous dégouterait presque de la plage. Jean-Jacques Annaud voulait nous livrer une grande fresque épique, il n’arrive en fait qu’à étirer sa misère cinématographique sur des kilomètres de désert artistique.

Au final, on a envie de qualifier Or Noir de Laurence d’Arabie du pauvre. Mais franchement, ça ne serait pas très gentil pour les pauvres de dire ça. Jean-Jacques Annaud n’est plus ce qu’il était et je pense que cette fois-ci, on peut être à peu près sûr qu’il ne sera plus jamais.

Fiche technique :
Production : Quinta communications, Caethago Films, Doha Film Institute, France 2 Cinema
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Jean-Jacques Annaud
Scénario : Jean-Jacques Annaud, Alain Godard, Menno Meyjes, d’après l’oeuvre de Hans Ruesch
Montage : Hervé Schneid
Photo : Jean-Marie Dreujou
Décors : Fabienne Guillot
Musique : James Horner
Durée : 129 mn

Casting :
Tahar Rahim : Prince Auda
Mark Strong : Roi Amar
Antonio Banderas : Nessib
Freida Pinto : Princesse Lallah
Riz Ahmed : Ali
Eriq Ebouaney : Hassan Dakhil