KABOOM : Osé hasard

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kaboomafficheDans la série des films que j’ai vu complètement par hasard, voici Kaboom. On remerciera Canal Plus à la Demande de connaître autant de bugs, de m’avoir empêché de voir We Are Four Lions et donc de m’avoir poussé à me rabattre sur ce film, qualifié de comédie d’après le service. Il s’agit en fait d’un film totalement inclassable… mais plutôt réussi.

Simth entre à l’université. Comme tous les garçons de son âge, il pense avant tout au sexe, qu’il aime pratiquer aussi bien avec les hommes que les femmes. C’est d’ailleurs pour ça qu’il fantasme abondamment sur son camarade de chambrée, un surfeur blond nommé Thor. Un soir, après avoir abusé de substances illicites, il croit voir une jeune femme assassinée par des hommes portant des masques d’animaux. Mais a-t-il rêvé sous l’effet de la drogue ou bien est-ce vraiment arrivé ?

Kaboom est un grand mélange détonnant entre film de serial killer, film d’adolescent, film policier, film fantastique… Le tout donne un cocktail psychédélique qui décontenance quelque peu le spectateur parfois, mais lui offre un spectacle réellement original. Cela ressemble parfois un peu à un grand n’importe quoi, mais le scénario finit par donner un sens à l’ensemble. Bref, un petit OVNI cinématographique jouissif et plein d’imagination.

L’imagination est là avant tout pour compenser un manque évident de moyens. Mais au final, il vaut cela que l’inverse. Kaboom est un film osé, dans tous les sens du termes. Gregg Araki ne s’est imposé aucune limite, va vraiment au bout de ses idées et les exploite à fond. Et comme, il n’en manque pas, on va de surprises en surprises. On est donc là devant un vrai film d’auteur. Un auteur un peu trash et nourri à culture pop, mais qui au moins assume ses choix et ne cherche pas à entrer dans des cases toute faites.

Le ton général de Kaboom est plutôt parodique. Tous les genres qu’il aborde sont traités avec second degré. Il reprend les codes des genres, mais avant tout pour s’en moquer. Mais encore une fois, le tout est cohérent et jamais le film ne s’égare de son fil rouge narratif. D’ailleurs, le film n’est pas du tout hilarant, il y a rarement de gags à proprement dits. Les âmes les plus sensibles pourront même voir leur dos parcouru par quelques frissons de peur. Mais globalement, le spectacle prête à sourire car jamais il ne se prend au sérieux.

kaboomSi le budget de Kaboom ne devait sûrement pas atteindre des sommes astronomiques, ce n’est pas pour autant que la réalisation vaut trente centimes d’euros. Là encore, c’est l’imagination au pouvoir. Gregg Araki pêche parfois peut-être pour le coup un peu par excès, mais cela contribue largement à l’originalité de l’ensemble. Le film est très stylisé visuellement d’autant plus facilement que les personnages ont parfois tendance à abuser de certaines substances ayant un impact certain sur la perception.

Kaboom offre un premier à quelques jeunes acteurs. Thomas Dekker est ici plus à l’aise et à son avantage que dans le très mauvais remake des Griffes de la Nuit. Juno Temple est ici plus à l’aise et à son avantage que dans ce beau navet qu’est les Trois Mousquetaires. Haley Benett est ici aussi à l’aise et à son avantage que dans l’excellent Le Come-Back.

Le hasard fait donc bien les choses. Kaboom est un film au vrai potentiel de film culte. Original, décalé, n’ayant pas froid aux yeux, il constitue une preuve que l’imagination et l’audace peuvent compenser le manque de moyen. Et rien que pour ça, ce film mérite d’être vu !

Fiche technique :
Production : Why not productions, The Next World, Graveyard Machine, Desperate pictures, Crispy Films
Réalisation : Gregg Araki
Scénario : Gregg Araki
Photo : Sandra Valde-Hansen
Décors : Todd Fjelsted
Distribution : Wild Bunch Distribution
Musique : Vivek Maddala
Durée : 88 mn

Casting :
Thomas Dekker : Smith
Juno Remple : London
Kelly Lynch : Nicole
Haley Bennett : Stella
James Duval : Le messie
Jason Olive : Hunter
Chris Zylka : Thor
Roxane Mesquida : Lorelei
Andy Fischer-Price : Rex

LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE : Pari réussi, mille sabords !

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tintinafficheAprès plusieurs décennies d’attente et de préparation, Steven Spielberg nous propose enfin son adaptation des aventures du plus célèbre des journalistes belges. Autant dire que s’attaquer à une œuvre aussi culte est toujours un exercice risqué. Surtout quand le culte a plus de 70 ans. Mais ce n’est pas non plus n’importe qui à la baguette, alors les fans étaient bien plus impatients que craintifs. Et Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne a répondu à leurs attentes… mais peut-être pas complètement.

Se promenant sur une brocante, Tintin déniche une superbe maquette de bateau. A peine a-t-il payé le vendeur que deux hommes viendront successivement lui proposer de la lui racheter à prix d’or, ce qu’il refuse. Un peu plus tard, son domicile est cambriolé et la maquette dérobée. Mais quel secret peut bien recéler cette reproduction de la légendaire Licorne ?

Autant être clair tout de suite, je ne fais absolument pas parti des tintinophiles acharnés. Certes, j’ai lu et relu ses aventures quand j’étais petit, mais jamais avec le même enthousiasme que les Astérix ou les Lucky Luke. J’ai toujours pris ça pour d’aimables récits d’aventures, colorés d’un peu d’humour et d’exotisme, divertissants, mais sans être totalement passionnants. Et bien les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne m’a inspiré exactement le même sentiment. Je n’ai donc ressenti aucune déception devant les limites de ce film.

Le scénario mixe plusieurs albums de Tintin, mais avec une grande cohérence. Les clins d’œil sont nombreux et le tout est parfaitement dans l’esprit originel. Après, ce n’est pas non plus le scénario du siècle, surtout qu’il est forcément quelque peu enfantin. Mais après tout aucun album originel ne brille par une intrigue particulièrement complexe. En ne voulant pas trahir Hergé, Steven Spielberg s’est imposé les limites du talent de ce dernier. Tant pis ou tant mieux, c’est à chacun de juger.

tintinEnsuite graphiquement, l’esprit est là aussi. Mais l’esprit, pas le pinceau d’Hergé. En choisissant le « motion capture », Steven Spielberg a trouvé à mon sens un bon compromis entre la volonté de faire un « vrai film » et de respecter un univers graphique entré dans la légende. De toute façon, un film, même d’animation, ne sera jamais une BD. Si on ne peut l’accepter, alors il ne vaut mieux pas se déplacer dans une salle obscure. En tout cas, on ne peut que se réjouir qu’il ait attendu aussi longtemps pour faire aboutir son projet, car il n’est pas évident que les effets spéciaux d’il y a quinze ans auraient permis d’aboutir à un tel résultat esthétique.

Le respect des graphismes d’Hergé impliquent aussi que l’on ne reconnaît pas « physiquement » les acteurs qui interprètent les personnages. Il est donc difficile de féliciter Jamie Bell, Andy Serkis ou Daniel Craig pour leurs performances. Cependant, il serait tout de même injuste de leur dénier tout crédit dans la réussite de Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne.

Au-delà de la nostalgie, les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne est un bon film d’aventures, même s’il est loin d’être le meilleur film de Steven Spielberg. Les tintinophiles que je connais ont eux-aussi apprécié le spectacle. Et quand je vois l’enthousiasme de mon neveu de 10 ans à propos de ce film, je me dis que Tintin a encore de beaux jours devant lui.

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, Paramount Pictures, Hemisphere Media Capital, Amblin Entertainment, Wingnut Films, Kennedy/Marshall
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Steven Moffat, Edgar Wright, Joe Cornish, d’après Hergé
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Effets spéciaux : Joe Letteru, Scott E. Anderson, Chris Guise
Directeur artistique : Andrew Jones, Jeff Wisniewski
Durée : 107 mn

Casting :
Jamie Bell : Tintin
Andy Serkis : Capitaine Haddock
Daniel Craig : Sakharine
Nick Frost : Dupont
Simon Pegg : Dupont
Toby Jones : Aristide Filoselle
Gad Elmaleh : Ben Salaad
Enn Reitel : Nestor
Cary Elwes : le pilote

CONTAGION : Soderbergh fidèle à lui-même

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contagionafficheOn a tendance à l’oublier, mais Steven Soderbergh a marqué à jamais l’histoire du cinéma. En effet, son film Sexe, Mensonges et Vidéo a remporté la Palme d’Or à Cannes en 1989 et l’Oscar du Meilleur Scénario l’année suivante. Ceci n’aurait rien de particulièrement étonnant s’il n’avait été produit par Miramax, première société de production américaine « indépendante » à remporter un tel succès. Vu de chez nous, ça n’a l’air de rien, mais à Hollywood, ce fut une vraie révolution… et un vrai sujet d’inquiétude. Depuis, le meilleur ami de Geroge Clooney a signé beaucoup de grands films, d’autres plus décevants (sa biographie du Che notamment), mais toujours des films élégants aux castings prestigieux. Contagion est le dernier de cette longue liste, pour un résultat plutôt réussi.

Une jeune femme revient d’un voyage en Asie. Elle a de la fièvre, elle tousse, elle est de plus en plus fatiguée. L’effet du décalage horaire sûrement. Quand elle perd connaissance, son mari la conduit à l’hôpital, mais elle décède peu après. Leur fils meurt lui aussi quelques heures plus tard. Un peu partout dans le monde les cas similaires se multiplient. Les services de santé se mobilisent pour une mortelle course contre la montre.

Contagion pourrait s’appeler « Traffic de virus », tant, sur la forme, ce film rappelle celui pour lequel Steven Soderbergh a reçu l’Oscar du meilleur réalisateur. Le scénario pose une situation de départ, celle d’un pandémie incroyablement virulente, et nous propose de suivre différents personnages et la manière dont ils font face à cette situation. Ces derniers n’ont pas forcément des liens entre eux, le fil qui le relie reste uniquement l’épidémie. Certes, ils leur arrivent de se croiser, mais jamais l’intrigue ne cherche à les rassembler. On est donc un peu devant un « film à sketchs », même si pour le coup, le sujet n’est pas drôle.

Et comme pour tous les films de ce genre, Contagion est forcément un peu inégal. Les histoires parallèles fonctionnent plus ou moins, sont plus ou moins convaincantes, plus ou moins crédibles. La foule de personnages nous inspire des sentiments divers, entre attachement et indifférence. Mais globalement, le puzzle est très réussi et les pièces sont à peu près toutes de qualité. Seul le fil avec Marion Cotillard ne présente franchement aucun intérêt. Les autres prouvent toutes une nouvelle fois la dextérité de Steven Soderbergh dans ce genre d’exercice.

Si le fil rouge général de Contagion reste la mobilisation mondiale contre la pandémie, il ne s’agit pas d’un film d’épidémie classique, type Alerte. Steven Soderbergh ne cherche pas spécialement à créer un suspense autour d’un remède miracle. La seule chose à laquelle ce film s’intéresse vraiment reste les destins individuels, la palette de réactions humaines face à une telle situation. Il n’y a pas vraiment de héros dans ce film, pas de gentils ou de méchants. Il y a ceux qui luttent, ceux qui profitent de la situation, ceux qui sont résignés à l’attente, ceux qui veulent sauver le monde, ceux qui veulent juste sauver leur fille. Mais jamais le film ne porte un jugement, il explore simplement ce dont les êtres humains sont capables face à de telles difficultés.

contagionLe tout est filmé par l’extraordinaire caméra de Steven Soderbergh. Il possède un vrai style visuel bien à lui, tout en élégance, avec un vrai sens esthétique et une photographique toujours hyper soignée. On pourrait simplement lui reprocher d’exposer une nouvelle fois un talent dont il a fait preuve déjà à maintes reprises. Contagion est un film très beau cinématographiquement, mais venant de ce réalisateur, sans vraie prise de risque. Enfin de là à dire que l’on se lasse, il y a un gouffre que ne suis pas prêt de franchir.

Contagion nous propose une nouvelle fois une casting incroyablement riche. On passera donc rapidement sur notre Marion Cotillard nationale qui n’apporte pas grand chose à ce film. On citera plutôt un Jude Law qui est un tout petit moins sexy avec des dents tordus, Laurence Fishburne, qui mérite mieux que les navets dans lesquels il tourne depuis Matrix et enfin Kate Winslet qui est sûrement la plus belle étoile de ce casting pourtant particulièrement brillant.

Contagion se situe donc dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Steven Sorderbergh, même s’il ne constitue sûrement pas son film le plus inoubliable. Et vue la filmographie du bonhomme, voilà plutôt un beau compliment.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Double Feature Films, Regency Enterprises, Participant Media, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z. Burns
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Steven Soderbergh
Décors : Howard Cummings
Son : Mark Weingarten, Dennis Towns
Musique : Cliff Martinez
Effets spéciaux : Thomas J. Smith, John D. Milinac
Directeur artistique : Abdellah Baadil, Simon Dobbin, David Lazan
Durée : 106 mn

Casting :
Gwyneth Paltrow : Beth Emhoff
Matt Damon : Mitch Emhoff
Laurence Fishburne : Dr. Ellis Cheever
Jude Law : Alan Krumwiede
Marion Cotillard : Dr. Leonora Orantes
Kate Winslet : Dr. Erin Mears
Elliott Gould : Dr. Ian Sussman

L’ORDRE ET LA MORALE : Le fond et la forme

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lordreetlamoraleafficheLa Nouvelle-Calédonie est un morceau de France qui semble bien lointain à tous ceux qui habitent la Métropole. Elle reste pourtant au centre de grandes tensions quant à son avenir au sein de la République. Un référendum d’autodétermination devrait intervenir en 2014, aboutissement d’un processus amorcé en 1988 par les accords de Matignon. Ces derniers ont fait suite aux évènements survenus sur l’ile d’Uvéa. Evènements que Matthie Kassowitz, pour son retour en France, se propose de nous raconter dans son nouveau film, l’Ordre et la Morale.

Le Capitaine Philippe Legorjus est envoyé en Nouvelle-Calédonie, avec son équipe du GIGN, suite à l’enlèvement de 30 gendarmes, retenus en otage dans un lieu inconnu. Une fois le contact établi avec les rebelles, il commence alors un travail de dialogue pour arriver à une issue pacifique. Mais y a-t-il quelqu’un pour l’écouter alors que le second tour de l’élection présidentielle est dans quelques jours ?

S’attaquer à un tel sujet est une entreprise très courageuse de la part de Matthieu Kassovitz. En effet, même quinze ans plus tard, les plaies sont encore vives, pour preuve les doutes sur la distribution de ce film sur le territoire de Nouvelle-Calédonie. La polémique fait encore rage sur le déroulé exact des évènements et les responsabilités des uns et des autres dans ce qui a constitué incontestablement un désastre humain. L’Ordre et la Morale prend clairement partie et on ne pourra pas reprocher à l’auteur de la Haine de s’être servi d’un événement tragique pour ne chercher qu’à produire un film spectaculaire. Il a souhaité délivrer un message fort. Après on peut toujours le contester, mais ce n’est sûrement pas l’objet d’une critique ciné.

Malheureusement, si on fait abstraction du sujet, L’Ordre et la Morale reste un film cinématographiquement très moyen. On passera rapidement sur le fait qu’une large partie du casting soit composée d’acteurs non professionnels. Si les kanaks s’en sortent plutôt bien, les militaires sont parfois vraiment à la limite du hors-jeu. Comédien, c’est comme soldat, c’est un métier. Mais plus globalement, ce film souffre de trop d’effets de style lourdingues, une sorte de Apocalypse Now du pauvre. On citera notamment une utilisation parfois malheureuse d’effets sonores, censés souligner le caractère dramatique de la situation, mais qui flirtent parfois avec la parodie.

lordreetlamoraleL’Ordre et la Morale pêche donc autant par la forme qu’il était courageux par le fond. Au final, on ne peut pas vraiment dire que l’on s’ennuie, malgré quelques longueurs. On reste vraiment intéressé par le sujet et même si la fin est connue, on a très envie de voir jusqu’où le gâchis va aller. Si le but de Mathieu Kassovitz était avant tout de délivrer un message, il a pleinement atteint son but. Si son retour en France, après la réalisation d’une série de navets hollywoodiens, devait signifier une confirmation des espoirs nés au moment de la Haine ou de Un Héros Très Discret, c’est déjà nettement moins réussi.

Matthieu Kassovitz n’est pas que le réalisateur de l’Ordre et la Morale, il en est aussi le principal acteur. Sa performance est à l’image de son film. Il y met toute sa conviction et son énergie, mais son rôle connaît trop de faiblesses pour que la performance soit inoubliable. Les dilemmes moraux de son personnage sont au centre du scénario, mais le Colonel Legorjus reste avant tout un militaire qui obéira quoiqu’il arrive aux ordres. Jamais, on ne sent pointer en lui l’envie de révolte et du coup, le personnage paraît un peu plat.

Beaucoup des défauts de l’Ordre et la Morale tiennent à sa volonté de coller avec la réalité des évènements. Mais cette dernière n’a pas toujours le sens du rythme et la profondeur d’une bonne fiction. Du coup, il reste un film qui inspire des sentiments partagés, même si on ne pourra que saluer le courage de Matthieu Kassovitz de s’attaquer à ce sujet encore douloureux.

 

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, UGC Images, Studio 37, France 2 Cinéma, Orange Cinéma Séries, Kasso Inc, MNP
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Scénario : Mathieu Kassovitz, Pierre Geller, Benoît Jaubert, Serge Frydman, d’après le livre de Philippe Legorjus
Montage : Mathieu Kassovitz, Thomas Beard, Lionel Devuyst
Photo : Marc Koninckx
Son : Yves Coméliau, Guillaume Bouchateau, Cyril Holtz, Philippe Amouroux
Musique : Klaus Badelt, Les tambours du Bronx
Durée : 136 mn

 
Casting :
Mathieu Kassovitz : Capitaine du GIGN Philippe Legorjus
Iabe Lapacas : Alphone Dianou
Malik Zidi : JP Perrot
Alexandre Steiger : Jean Bianconi
Daniel Martin : Bernard Pons
Philippe Torreton : Christian Prouteau
Steeve Une : Samy
Sylvie Testud : Chantal Legorjus

INTOUCHABLES : Un joli rayon de soleil

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intouchablesafficheDécidemment, le cinéma français vole de succès en succès en cette fin d’année 2011. Alors que l’on pensait avoir atteint des sommets au box-office avec The Artist, voilà que Intouchables vient tout balayer sur son passage avec un succès populaire aussi fulgurant qu’inattendu. Une bonne nouvelle pour le 7ème art hexagonal et une nouvelle preuve que le public fait ses propres choix et il est parfois difficile de les expliquer. Enfin, dans le cas qui nous intéresse ici, les qualités du film constituent la première des explications.

Driss est un jeune de banlieue qui colle parfaitement aux clichés. Noir, vêtu d’un survêtement, grande gueule, il sort tout juste de six mois de prison pour un braquage. Il postule alors pour un poste d’assistant de vie auprès d’un riche tétraplégique, uniquement pour justifier de sa recherche d’emploi et toucher ses Assedic. Mais contre tout attente, en au premier lieu la sienne, il est embauché. Le succès de Intouchables s’explique par différentes, et surtout bonnes raisons.

Tout d’abord, le message qu’il délivre est simple, clair et extrêmement positif. Le film possède une formidable capacité à emporter l’adhésion du spectateur qui ne demande qu’à croire qu’à cette histoire presque trop belle pour être vraie (même si elle est largement). Le tout est porté par un humour efficace qui permet au film d’échapper totalement au misérabilisme. « Les jeunes de banlieue n’ont aucune pitié ! » « C’est justement pour ça que je l’ai embauché », citation approximative, mais qui résume très bien l’esprit de ce film.

Intouchables ne rit pas d’un jeune des banlieues et d’un tétraplégique, mais avec eux. Le couple qu’ils forment, où chacun taquine l’autre sur ses différences et ses faiblesses, fonctionne à la perfection. On s’attache aussi bien à Driss qu’à son employeur car jamais l’un ne prend le pas sur l’autre, aussi bien dans le scénario que dans l’interprétation. Du coup, on entre totalement dans cette comédie qui ne faiblit jamais et nous fait rire du début à la fin par un humour qui va du premier au dixième degré, jamais vulgaire, jamais facile.

intouchablesIl ne faut voir dans Les Intouchables qu’une comédie. Une comédie incroyablement intelligente, qui possède un vrai fond, qui délivre un message fort et percutant, mais une comédie avant tout. Car le film possède par ailleurs certaines limites. Le personnage de Driss notamment passe du statut jeune braqueur de banlieue à celui de bisounours de manière un peu trop immédiate pour être tout à fait crédible. Il manque sûrement d’une certaine ambiguïté, son parcours n’est sans doute pas assez jalonné de doute pour donner à ce film une autre dimension sociale et une profondeur supplémentaire. Mais l’équilibre du scénario en aurait été profondément bouleversé, le film aurait été tout autre et son succès sûrement moindre. Et le message qu’il délivre sûrement moins entendu…

Intouchables nous prouve une nouvelle fois qu’un comique se révèle quasiment toujours à coup sûr un grand acteur, pour peu qu’il soit un minimum dirigé. Omar Sy constitue la vraie révélation de ce film, à un niveau lui aussi inattendu. Qu’il arrive à tenir tête ainsi à François Cluzet prouve la qualité de son interprétation. Les deux sont tout simplement géniaux, encore plus dans leur jeu en commun que dans leur performance individuelle. Ce film vaut bien plus que la somme de ses parties. Le reste du casting est lui aussi formidable, avec une foule d’excellents seconds rôles. On notera notamment la présence à l’écran de la sublime Audrey Fleurot toujours aussi… aussi… Bref, les amateurs me comprendront.

Intouchables connaît donc un succès peut-être irrationnel, mais sûrement pas immérité. Une comédie aussi drôle qui parle avec autant d’intelligence de sujet aussi grave, voilà le tour de force réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache. Un vrai rayon de soleil dans la morosité ambiante.

Fiche technique :
Production : Quad productions, Gaumont, TF1 Films productions, Chaocorp, Ten Films
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Eric Toledano, Olivier Nakache
Scénario : Eric Toledano, Olivier Nakache, d’après une histoire vraie
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Photo : Mathieu Vadepied
Décors : François Emmanuelli
Musique : Ludovico Einaudi
Durée : 112 mn

Casting :
François Cluzet : Philippe
Omar Sy : Driss
Anne Le Ny : Yvonne
Audrey Fleurot : Magalie
Clothilde Mollet : Marcelle
Cyril Mendy : Adama
Grégoire Oestermann : Antoine

L’EXERCICE DE L’ETAT : Exercice périlleux

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lexercicedeletatafficheDécidément, la dernière semaine fut celle des films politiques avec d’un côté les Marches du Pouvoir de George Clooney et de l’autre l’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller. L’occasion de voir comme un même sujet peut être traité de manière différente d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais si les formes diffèrent quelque peu, la conclusion reste la même. Et elle n’est guère rassurante.

Bertrand Saint-Jean est une star montante de la politique française. Ministre des transports, il doit son ascension à son seul talent, sans implantation locale et sans réseau très développé. Il reste un homme tenace attaché à ses convictions. Mais alors que la prochaine élection approche, les grandes manœuvres politiques commencent au sein du gouvernement et vont vite le placer devant des choix impossibles.

Si les Marches du Pouvoirs se basait sur une intrigue solide pour nous dépeindre un milieu et des personnages, l’Exercice de l’Etat se focalise avant tous sur les hommes, leurs sentiments, leurs relations. Cependant, il s’appuie sur un fil rouge narratif tout ce qu’il y a de plus consistant et si le côté polar n’est pas vraiment présent, on se demande bien comment tout cela va finir. La conclusion surviendra après plusieurs rebondissements et beaucoup de péripéties.

L’Exercice de l’Etat nous parle donc dont fonctionnent les élites politiques. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’en dresse pas un portrait très glorieux, même si s’il ne s’agit absolument pas ici d’un pamphlet. Simplement, il nous montre sans détours comment le pouvoir et la volonté de le conserver peuvent influencer les comportements. Après, il reste des hommes, avec leurs faiblesses et leurs contradictions. Pierre Schoeler ne cherche pas à juger, simplement à mieux nous faire comprendre comment tout cela fonctionne et à quel point il est difficile de survivre en dehors du système.

L’Exercice de l’Etat a ceci de passionnant qu’il ne nous emmène pas du tout là où on s’y attendait. De ce point de vue là, il est beaucoup moins prévisible que les Marches du Pouvoir. Car en se focalisant sur l’humain, il se focalise sur le maillon le plus imprévisible du système. Après tout, on sait à peu près tous comment cela fonctionne, consacrer tout le film à le décrire n’aurait pas apporter grand chose. Par contre, nous montrer comment les uns et les autres vivent cette obligation inexorable de s’y plier a offert à ce film un sujet beaucoup plus original et intéressant. Il n’y a pas ici de bons ou de méchants, simplement des hommes qui essayent de faire de leur mieux entre leurs idéaux et la nécessité d’être au pouvoir pour agir.

lexercicedeletatL’Exercice de l’Etat jouit d’une réalisation sobre, mais sûrement pas sans talent. Pierre Schoeler possède un vrai sens de la mise en scène. Ce film est tout sauf statique et même si les intrigues sont de couloir, le montage est assez nerveux pour créer une vraie tension. Tout est feutré, dans le non-dit dans ce milieu et on ressent ici parfaitement comment tout est en fait en ébullition permanente, jamais très loin de l’explosion.

L’Exercice de l’Etat offre sans doute un de ses plus grands rôles à Olivier Gourmet. Comme quoi, il fallait sûrement un acteur belge pour personnaliser les arcanes du pouvoir français. A moins que ça soit la crise politique en Belgique qui l’ait inspiré. Enfin, il n’empêche qu’il est en tout point excellent. A ses côtés, Michel Blanc confirme qu’il est loin le temps de Jean-Paul Dusse… enfin si on oublie les Bronzés 3… En tout cas, on le préfèrera dans ce rôle-ci ! Enfin, c’est toujours un plaisir de voir à l’écran Zabou Breitman, actrice que j’aime personnellement beaucoup.

L’Exercice de l’Etat confirme la bonne santé actuelle du cinéma français. Un film riche, remarquablement construit, qui à défaut d’apporter un œil vraiment neuf sur la politique, peut nous permettre de mieux comprendre ceux qui la font.

  

Fiche technique :
Production : Archipel 35, Les Films du Fleuve, Belgacom, France 3 Cinéma, RTBF
Réalisation : Pierre Schoeller
Scénario : Pierre Schoeller
Montage : Laurence Briaud
Photo : Julien Hirsch
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Distribution : Diaphana Distribution
Son : Olivier Hespel
Musique : Philippe Schoeller
Maquillage : Michelle Constantinides
Durée : 112 mn

 

Casting :
Olivier Gourmet : Bertrand Saint-Jean
Michel Blanc : Gilles
Zabou Breitman : Pauline
Sylvain Deblé : Martin Kuypers
Jacques Boudet : Le sénateur Juillet
Didier Bezace : Woessner
Laurent Stocker : Yan
Arly Jover : Séverine

POULET AUX PRUNES : On est jamais aussi bien servi que par soi-même

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pouletauxprunesafficheOn n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Voici un adage auquel Marjane Satrapi doit adhérer puisqu’elle a pris la très bonne habitude (vue la qualité du résultat) d’adapter elle-même ses bandes-dessinées au cinéma. Elle l’avait fait sous forme d’un film d’animation pour le formidable Persepolis, là voilà cette fois avec un film tourné avec de « vrais » acteurs : Poulet aux Prunes.

Nasser Ali est désespéré. Violoniste, on vient de lui briser son instrument et il semble incapable d’en retrouver un qui lui convienne. Alors, il décide de mourir. Trouvant, toute forme de suicide trop douloureuse, il se contente de s’allonger dans le noir et d’attendre que la mort le prenne. Elle viendra 8 jours plus tard, le temps de découvrir quel est vraiment son histoire.

Poulet aux Prunes est une fable, un conte, appelons-cela comme on le souhaite. Une très belle histoire en tout cas, une histoire triste, une histoire d’amour. Marjane Satrapi met dans son récit une poésie envoûtante et aussi délicieuse qu’un met oriental. En nous montrant très vite quel sera le dénouement, elle évite un faux suspense et l’émotion facile. Ce film est un puzzle qui nous fait découvrir pièces après pièces ce qui a bien pu conduire cet homme à vouloir quitter la vie. Car vous l’imaginez bien, l’explication ne tient pas que dans un violon…

Comme tout film puzzle, Poulet aux Prunes est parfois un peu inégal. On met un peu de temps à entre totalement dans cette histoire et certains passages laissent plus froid que ce qui était voulu et certains apartés semblent parfois quelque peu superflus. Mais paradoxalement, c’est aussi du à la remarquable intelligence d’un scénario qui semble dans un premier temps décousu, avant que toutes les pièces ne finissent pas s’assembler pour rendre le tout parfaitement cohérent. Une fois le flou du début estompé, on entre totalement dans cette histoire et on se laisse totalement pénétrer par l’émotion.

pouletauxprunesVisuellement, Poulet aux Prunes fait aussi preuve de beaucoup d’imagination et de poésie. Si la majeure partie du film est tourné « normalement », certains passages sont sous forme d’animation et certains plans larges apparaissent en partie dessinés, sans que l’on cherche vraiment à nous le cacher. Personnellement, je n’ai pas lu la bande-dessinée, mais on sent bien que Marjane Satrapi a vraiment voulu conserver son esprit aussi bien visuel que narratif. A la fois, elle était la mieux placée pour le faire.

Pour Poulet aux Prunes, Marjane Satrapi a réuni un casting plus que prestigieux. Rien que la présence de Matthieu Almaric à l’écran pourrait suffire, tant cet acteur est capable de porter à lui tout seul un film sur ses épaules. Mais il est parfaitement secondé par Edouard Bear qui est un parfait narrateur. Ce film nous permet également d’admirer l’immense talent de la beaucoup trop rare Maria De Medeiros. On notera également les très belles apparitions de Djamel Debouzze, Chiara Mastroianni et Isabella Rosselini, rien que ça…

Poulet aux Prunes est donc un très beau film mêlant rire et tristesse, poésie et belle histoire, le tout dans un emballage visuel très imaginatif. Une nouvelle grande réussite pour Marjane Satrapi donc !

 

Fiche technique :
Production : Celluloïd Dreams, The Manipulators, uFilm, Studio 37, Le Pacte, Lorette productions, Arte France Cinéma
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Marjanne Satrapi, Vincent Paronnaud
Scénario : Marjanne Satrapi, Vincent Paronnaud, d’après la BD de Marjane Satrapi
Montage : Stéphane Roche
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : Udo Kramer
Son : Gilles Laurent
Musique : Olivier Bernet
Durée : 91 mn

 

Casting :
Mathieu Amalric : Nasser Ali
Maria De Medeiros : Faringuisse
Golshifteh Farahani : Irâne
Edouard Baer : Azraël
Eric Caravaca : Abdi, le frère
Chiara Mastroianni : Lili adulte
Rona Hartner : Soudabeh
Jamel Debbouze : le mendiant et Houshang
Isabella Rossellini : Parvine

LES MARCHES DU POUVOIR : Attention montée glissante !

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lesmarchesdupouvoirafficheOn parle beaucoup de politique depuis quelques mois et cela ne va aller qu’en s’amplifiant au fur et à mesure que va approcher l’élection présidentielle. C’était donc le bon moment pour sortir un film politique. Il y en a même eu deux pour le prix d’un cette semaine, avec notamment Les Marches du Pouvoir, de George Clooney. Bon certes, il est peu probable que l’homme le plus beau du monde se soit calé sur le calendrier électoral français pour la réalisation de son film, mais je trouve que cela sonnait bien comme introduction.

Stephen Meyers est un des principaux conseillers du gouverneur Morris, qui est en pleine campagne des primaires démocrates. Il est encore jeune et très idéaliste. Mais la concurrence est rude avec leur rival. Les coups tordus et les manipulations en tout genre se multiplient. Est-il possible dans un tel contexte de conserver son intégrité envers et contre tout ?

Filmer les coulisses du pouvoir n’est pas nouveau et la politique peut être un excellent sujet pour un film à suspense. Même sans meurtre, on peut mettre facilement en place les mécanismes d’un polar-thriller avec ces « qui va trahir qui ? » et « quel est le plan machiavélique qui se cache derrière tout cela ? ». C’est exactement ce que fait les Marches du Pouvoir, un film à l’intrigue solide et mise en scène avec beaucoup d’intelligence par George Clooney.

En plus d’être la preuve de l’existence de Dieu, George Clooney s’affirme un peu plus à chaque film comme un excellent réalisateur. On sent chez lui le même potentiel que chez un Clint Eastwood, même si rien n’assure encore qu’il atteindra les mêmes sommets. Cependant, les Marches du Pouvoir traduise déjà une maîtrise. Car à l’heure où 24h Chrono a imposé aux scénaristes la règle du 24 rebondissements à la seconde, George Clooney prend le temps de nous dérouler lentement mais sûrement son histoire. Il y a certes de nombreux rebondissements, mais il ne se sent pas obligé de nous emmener sur d’incessantes fausses pistes tellement énormes que l’on voit tout de suite où on veut nous emmener. On échappe même au retournement de situation de la dernière seconde, exploit à l’heure où il semblait devenu obligatoire.

De toute façon, avec les Marches du Pouvoir, George Clooney ne cherche pas qu’à nous livrer un film à suspense. Il y a aussi du fond derrière tout ça, avec une volonté de nous montrer l’envers du décor et la manière dont la machinerie politique peut broyer les intentions les plus pures. Le propos n’est pas nouveau, on n’apprend guère de choses très surprenantes, mais la thèse est exposée avec assez de maîtrise et de brio, pour être tout à fait convaincante. Et moi qui fait activement de la politique, à un niveau plus modeste certes, je peux vous assurer que l’on est pas loin de la vérité, même si tout cela est évidemment extrêmement romancé pour les besoins de l’intrigue.

lesmarchesdupouvoirLes Marches du Pouvoir met en scène le beau et sémillant Ryan Gosling. Ce n’est pas vraiment une surprise tant il est omniprésent sur nos écrans depuis quelques mois. Il faut dire que le garçon à du talent et un charisme fou et qu’on comprend que les producteurs se l’arrachent. Cependant, gare à l’overdose. Enfin, elle ne viendra pas avec ce film où il brille encore par son jeu sobre mais d’une justesse remarquable. George Clooney est bon comme George Clooney, ce qui n’est pas peu dire, même si son rôle n’est pas le plus essentiel de ce film. Enfin, le casting est complété par deux des meilleurs seconds rôles d’Hollywood, qui confirment ici ce statut : Philippe Seymour Hoffman et Paul Giamatti.

Les Marches du Pouvoir est donc un film solide, élégant et bien construit, avec tout plein de très bons acteurs dedans. Un programme pour lequel on a tout de suite envie de voter !

 

Fiche technique :
Production : Cross Creek Pictures, Exclusive Media Group, Smoke House
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : George Clooney
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Beau Willimon d’après sa pièce Farragut North
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Phedon Papamichael
Décors : Sharon Seymour
Musique : Alexandre Desplat
Costumes : Maggie Martin
Directeur artistique : Chris Cornwell
Durée : 95 mn

Casting :
Ryan Gosling : Stephen Meyers
George Clooney : Gouverneur Mike Morris
Philip Seymour Hoffman : Paul Zara
Paul Giamatti : Tom Duffy
Evan Rachel Wood : Molly Stearns
Marisa Tomei : Ida Horowicz
Jeffrey Wright : Senateur Thompson
Max Minghella : Ben Harpen
Jennifer Ehle : Cindy Morris

REAL STEEL : Rocky d’acier

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realsteelafficheCe qu’il y a de bien avec Real Steel, c’est qu’il me permet de ressortir mon introduction classique sur le fait que la boxe soit le sport le plus cinémagénique. C’est très pratique et je remercie le réalisateur Shawn Levy pour cela. Bon certes, cette fois, il s’agit de boxe entre robots et non entre humains, on est donc loin de l’esthétisme en noir et blanc d’un Raging Bull. Mais avouons-le, cela reste tout de même un spectacle très distrayant.

Charlie Kenton aurait pu devenir champion du monde de boxe. Mais alors qu’il aurait pu y prétendre, les robots ont supplanté les humains sur les rings pour des combats plus violents et spectaculaires. Il essaye tant bien que mal, et plus mal que bien, de vivre en faisant combattre des machines qu’il achète au rabais. Après la destruction de sa dernière acquisition, il n’a d’autre choix que d’accepter de garder pour l’été son fils de 11 ans qu’il n’a jamais vu. Ce dernier est un fondu de boxe et voit les choses en grand.

Shawn Levy est un réalisateur de comédies familiales. A son actif, le remake de la Panthère Rose, les deux La Nuit au Musée et le très sympathique Crazy Night. Il fait son job avec un talent certain, à défaut d’être un génie du 7ème art. Le voir réaliser une film de science fiction constitue donc une petite surprise, même s’il s’agit d’une production Disney tout ce qu’il y a de plus familial. Mais ceci explique en grande partie les qualités, mais aussi les limites de ce Real Steel.

Le scénario de Real Steel tourne autour de deux axes. Il y a d’abord bien sûr les combats, où ce film parodie, quelque peu Rocky. Ou plutôt lui rend hommage. Les scènes sur le ring sont assez spectaculaires et ont la bonne idée de ne pas s’éterniser. Et surtout, Shawn Levy n’étant pas un réalisateur de clip vidéo, il nous propose des plans qui durent plus d’une seconde chacun. Cela laisse le temps d’admirer les superbes effets spéciaux, de vraiment comprendre ce qui se passe et d’éviter le mal de tête. Après, c’est sûr que ce n’est pas crédible pour deux sous, mais cela n’a guère d’importance une fois que l’on se prête au jeu.

Ensuite, il y a la partie relations familiales avec le fils qui pousse son père à sortir de sa médiocrité et ce dernier qui apprend à aimer ce rejeton dont il n’a jamais voulu. C’est du archi-classique, très Disney, très bons sentiments hollywoodiens, mais Shawn Levy confirme qu’il sait traiter ce genre de sujet avec le minimum d’intelligence pour les rendre digestes. Il ne s’appesantit jamais sur de longues tirades, mais intègre les évolutions des relations entre les personnages dans l’intrigue. Là encore, on ne se lève pas de son siège pour applaudir, mais cela ne gâche en rien le plaisir.

realsteelEn choisissant un réalisateur qui ne baignait pas dans une culture science-fiction, les producteurs ont évité certains excès ou caricatures du genre. Mais à l’inverse, on en reste vraiment au stade l’aimable divertissement. On est loin des rapports homme-machine vus par Azimov. Il y avait pourtant moyen de voir plus grand, d’être plus ambitieux dans le propos. Certes, on aurait pu prendre le risque de se planter et de sombrer dans le ridicule, mais cela aurait valu le coup. Mais bon, c’est un thème tout de même très classique de science-fiction, alors on ne doute pas que d’autre films plus audacieux viendront.

Et puis reste un dernier atout et non des moindres à Real Steel. La présence d’Hugh Jackman à l’écran est évidemment toujours un régal, même s’il ne tient pas là son plus grand rôle. Mais quitte à choisir, je le préfère en Charlie Kenton plutôt qu’en Wolverine. Il reste toujours aussi charismatique, toujours aussi beau et je veux bien échanger son torse contre le mien… C’est un peu léger pour faire un film, mais cela constitue un petit plus. Sinon, les fans de Lost seront heureux de revoir Evangeline Lily (Kate dans la série) à l’écran. Elle aussi est toujours aussi belle…

Au final, Real Steel n’est sûrement pas le film du siècle, mais un divertissement familial bien foutu, un rien prévisible, mais qui permet de passer un bon moment.

 

Fiche technique :
Production : Touchstone Pictures, DreamWorks SKG, 21 Laps Entertainment, Angry Films, ImageMovers, Reliance Entertainment
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Shawn Levy
Scénario : John Gatins
Montage : Dean Zimmerman
Photo : Mauro Fiore
Décors : Tom Meyer
Musique : Danny Elfman
Costumes : Marlene Stewart
Durée : 127 mn
 

Casting :
Hugh Jackman : Charlie Kenton
Dakota Goyo : Max Kenton
Evangeline Lilly : Bailey Tallet
Anthonie Mackie : Finn
Kevin Durand : Ricky
Hope Davis : Tante Debra
Larco Ruggeri : Cliff
Karl Yune : Tak Mashido

BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLEANS : Pas si bad que ça finalement

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badlieutenantescalealanouvelleorleansafficheSi les grands artistes ont tous un petit grain, alors le réalisateur allemand Werner Herzog est un cinéaste immense. On se souvient notamment du tournage épique de Aguirre, ou la Colère de Dieu où il faillit s’entretuer (au sens propre) avec l’acteur Klaus Kinski. Mais depuis qu’il tourne aux Etats-Unis, son œuvre est nettement plus conventionnel. Pour preuve ce Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, sorti en 2010, qui, s’il garde quelques traces de folie douce, reprend allégrement des thèmes et des idées développés par d’autres avant lui.

Terence McDonagh est un inspecteur de police qui a une légère tendance à franchir les lignes blanches. Un jour, il sauve de la noyade un détenu, pendant la tempête Katrina, et se blesse gravement au dos. Il se retrouve condamné à souffrir pour le restant de ses jours et à prendre des médicaments contre la douleur. Mais très vite, il ne va pas se contenter d’aspirine et plonger chaque jour un peu plus profondément dans les drogues dures, alors qu’il mène une enquête sur le meurtre d’une famille entière d’immigrés.

Le titre même du film avait déjà fait beaucoup parler de lui. En effet, il est évident qu’il fait référence à Bad Lieutenant, le film d’Abel Ferrara, avec Hervey Keitel, sorti en 1992. Pourtant, d’après Werner Herzog, il ne s’agit ni d’une suite, ni d’un remake, puisqu’il n’a même pas vu l’original. On ne retiendra donc que le même thème central, c’est à dire la longue glissade d’un flic dans l’addiction à la drogue et aux jeux (auxquels ils perdent évidemment). Du coup, la comparaison entre les deux devient inévitable.

Et elle n’est pas à l’avantage de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans. Si le film d’Abel Ferrara était radicalement sombre et pessimiste, le film de Werner Herzog reste lui le cul entre deux chaises. Or, le thème de la glissade d’un flic vers le n’importe quoi n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit et a déjà été le thème centrale de dizaine de films noirs. Le dénouement laissera notamment plus d’un spectateur circonspect. Si on positive, on se dira que ce n’est pas forcément à cela que l’on s’attend, mais pas sûr que ça soit dans le bon sens ce coup-ci.

Restent tout de même deux qualités qui font de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans un bon film noir, mais qui ne révolutionne absolument pas le genre. Déjà, Werner Herzog fait preuve d’une vraie imagination visuelle. Elle est intermittente certes, mais elle permet de retrouver son style quelque peu iconoclaste. La plongée vers la folie n’est pas toujours facile à représenter à l’écran sans prêter à sourire involontairement. Mais le talent du réalisateur allemand lui a permis d’éviter cet écueil.

badlieutenantescalealanouvelleorleansEnsuite, la partie intrigue policière proprement dite, c’est à la dire la recherche des coupables, est suffisamment solide et riche en rebondissements pour que Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans maintienne l’intérêt du spectateur éveillé jusqu’au bout. Ce n’est pas la plus fantastique qui soit, là non plus ça ne brille pas par son originalité, mais au moins cela ravira tous les amateurs de polars au scénario relativement consistant.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans nous offre un Nicolas Cage des bons jours. Et je ne dis pas ça parce qu’il arbore pour une fois une coupe de cheveux qui ne soit pas d’un goût douteux. Cela ne constitue pas son rôle le plus inoubliable mais il l’interprète avec assez de sérieux et de convictions pour que son talent fasse la différence. A ses côtés, Eva Mendes brille de mille feux par son charme et son sex-appeal dévastateurs. Les fans de la sublime latine seront ravis.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans est un film noir sans doute pas tout à fait noir pour être un chef d’œuvre. Il reste un film policier solide et parfois visuellement original.

Fiche technique :
Production : Millennium Films, Saturn Films, Edward R Pressman, Lieutenant Prod, Nu Image Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Werner Herzog
Scénario : Billy Finkelstein
Montage : Joe Bini
Photo : Peter Zeitlinger
Format : 35mm
Décors : Toby Corbett
Musique : Mark Isham
Durée : 122 mn

Casting :
Nicolas Cage : Terence McDonagh
Val Kilmer : Stevie Pruit
Eva Mendes : Frankie Donnenfeld
Xzibit : Big Fate
Brad Dourif : Ned Schoenholtz
Jennifer Coolidge : Genevieve
Shawn Hatosy : Armand Benoit