POLISSE : Embouteillage prévu aux Césars

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polisseafficheDans la série des problèmes que je n’ai pas, mais qui m’embêteraient bien si j’avais à y faire face, il y aurait le vote pour le prochain César du meilleur film. Déjà, entre La Guerre est Déclarée et The Artist, j’aurais bien eu du mal à me décider, mais voici venir Polisse, un nouveau très grand film, n’ayons pas peur des mots, bien de chez nous. Prix du Jury du dernier Festival de Cannes, il confirme la très bonne santé actuelle du cinéma français. Pourvu que ça dure !

Le quotidien de la Brigade des Mineurs du Nord de Paris. Ou quand la vie professionnelle et personnelle se mêlent parfois de manière dangereuse et quand échapper à la tension devient un combat de tous les instants.

Polisse s’ouvre sur des images diverses et variées de jeunes bambins avec en fond sonore le générique de l’Ile aux Enfants. Quand on connaît le thème du film, on se doute bien que l’on va être loin de Casimir. Mais cette introduction surprenante est formidablement révélatrice de ce qui va suivre et qui va faire passer le spectateur par tous les états possibles et imaginables, à un point qu’il est difficile d’imaginer.

Polisse est un film qui s’apprivoise. J’avoue avoir été un peu en retrait de l’histoire pendant une petite demi-heure. Puis progressivement, on rentre dans la peau de ces personnages et on commence à vraiment ressentir les émotions par lesquelles ils passent eux-mêmes. Car ce film n’est pas un film sur les victimes ou les coupables, même s’ils sont évidemment omniprésents, mais bien un film sur ceux qui doivent s’y confronter quotidiennement. On retrouve la démarche qu’avait eu Bertrand Tavernier en 1991 avec L.627. Mais Maïwenn a encore été plus loin.

Parmi ces émotions, il y a bien sûr la révolte. Face aux agissements des coupables bien sûr, mais peut-être encore plus face à l’impuissance de ces hommes et ces femmes qui ne peuvent évidemment pas régler toutes les situations, trouver une solution à tous les problèmes. Polisse a comme thème central ce détachement impossible quand on est sur le terrain, au contact direct des victimes et des souffrances, mais sans lequel ce genre de métier devient inhumain à exercer au quotidien. En tant que spectateur, on ne peut évidemment pas faire preuve d’une quelconque indifférence, mais on comprend parfaitement le déchirement de ceux qui voudraient y accéder.

Le spectateur accède tout de même parfois à ce détachement, lorsque Polisse fait rire. Car, sans qu’on s’y attende, ce film est parfois réellement hilarant. Une scène notamment est inoubliable à ce niveau-là. Ce rire exorcise toute l’horreur auquel ce film nous confronte par ailleurs et nous permet de remettre en perspective certaines situations. On les regarde alors avec un recul grâce auquel on peut en percevoir l’ironie ou l’absurdité.

polisseCe passage constant du rire aux larmes fait la grande force et la grande originalité de Polisse. On n’en ressort pas indemne, épuisé par tant d’émotions. Si je devais cependant apporter un seul bémol, il porterait sur l’ultime dénouement, que j’ai trouvé superflu. Certes, il est en cohérence avec le reste du film, mais est peut-être le seul instant où Maïwenn a cédé à une émotion un peu facile, un peu attendue. Quelques secondes noyés dans tout un film aussi merveilleux, ce n’est pas grand chose. C’est simplement dommage que ce soient les dernières.

Polisse réunit une superbe brochette d’acteurs. Il serait fastidieux et inutile de tous les citer pour vanter les mérites de chacun, tant le casting est homogène et superbement dirigé par Maïwenn qui semble à chaque film devenir la spécialiste hexagonale de la direction d’acteurs. Cependant, il faut tout de même souligner une performance absolument bouleversante, celle de Joey Starr. Il nous avait déjà fait entrevoir son talent d’acteur dans le Bal des Actrices. Mais il prend ici une dimension incroyablement étonnante et il aurait pu tout à fait concurrencer Jean Dujardin pour son Prix d’Interprétation à Cannes.

Au final Polisse est un film extraordinaire en tout point. Un film incroyablement marquant sur sujet qui aurait pu donner le pire comme le meilleur. Maïwenn en a tiré une œuvre inattendue et sublime.

Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor, Mars films, Arte France cinéma
Réalisation : Maïwenn
Scénario : Maïwenn , Emmanuelle Bercot
Montage : Laure Gardette, Yann Dedet
Photo : Pierre Aïm
Décors : Nicolas De Boiscuillé
Distribution : Mars Distribution
Son : Nicolas Provost, Sandy Notarianni, Rym Debbarh-Mounir, Emmanuel Croset
Musique : Stephen Warbeck
Durée : 127 mn

Casting :
Joey Starr : Fred
Karin Viard : Nadine
Marina Foïs : Iris
Jérémie Elkaïm : Gabriel
Karole Rocher : Chrys
Nicolas Duvauchelle : Matthieu
Frédéric Pierrot : Balloo
Maïwenn Le Besco : Mélissa
Emmanuelle Bercot : Sue Ellen

LES TROIS MOUSQUETAIRES : Des défauts fidèles à l’esprit de Dumas

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lestroismousquetairesafficheVoici encore un film dont la bande-annonce m’avait fait craindre le pire, mais dont j’ai lu des critiques allant dans un sens et dans l’autre. Et du coup, comme j’aime bien me faire ma propre opinion, j’ai finalement franchi le pas. Surtout que le sujet était grave. En effet, on ne rigole pas avec les Trois Mousquetaires dans la famille, avec un père pour qui l’œuvre d’Alexandre Dumas est proche du sacré. Et si cette nouvelle version signée W.S. Anderson ne restera qu’une aimable série B, son adaptation est sans doute bien plus fidèle à l’esprit de l’original que bien de ces prédécesseurs.

Athos, Porthos, Aramis, le jeune D’Artagnan qui monte à Paris et tombe amoureux de Constance Bonacieux, Richelieu qui complote avec l’aide de Rochefort, son homme de main, et de Milady de Winter, les ferrets de la reine…Bref, les Trois Mousquetaires… mais avec un bateau qui vole ce coup-ci.

Avant d »être un classique de la littérature française, les Trois Mousquetaires n’ont été qu’un feuilleton de capes et d’épées, destiné au grand public, écrit par un auteur qui n’était pas alors digne de l’Académie Française (institution qu’il n’intégrera finalement jamais, au contraire de son fils, mais pour d’autres raisons). Bref de la série B de littérature, méprisée par les érudits de l’époque. Et bien ce film est exactement la même chose, un film d’aventures sympathique, familial et distrayant.

Bon, évidemment, il y a une immense différence entre ce film et le roman. Si Alexandre Dumas fut un formidable auteur, W.S. Anderson est loin d’être un réalisateur brillant. Sa filmographie parle d’elle-même : Mortal Kombat, la série des Resident Evil et Aliens vs. Predators. Cela vous situe le niveau. Les Trois Mousquetaires reste dans la droite lignée du reste de son œuvre. C’est dénué du moindre génie, ça prête parfois à sourire tellement cela frôle le ridicule parfois, mais, et c’est un mais important, c’est rythmé, efficace, spectaculaire et jamais une seule seconde cela ne laisse la place à l’ennui. On se moque parfois de ce que l’on voit, mais au moins ça ne laisse pas indifférent et on ne risque pas de s’assoupir.

L’autre gros reproche que l’on pourrait faire à Les Trois Mousquetaires, ce sont les trahisons dans les grandes largeurs de l’œuvre d’Alexandre Dumas. A ce niveau-là, on ne peut plus vraiment parler d’adaptation, mais plutôt de clins d’œil à répétition. Quand au respect de la vérité historique… n’en parlons même pas. Mais justement, on aura assez reproché à Alexandre Dumas de prendre ses aises avec cette dernière, à l’époque où Michelet triomphait. Il n’en a jamais eu cure car ce qui lui importait était avant tout sa propre intrigue. Alors ne faisons pas ce même mauvais procès à W.S. Anderson.

lestroismousquetairesOn peut juste regretter qu’autant de moyens visuels aient été consacrés à une scénario aussi limité, sous la direction d’un réalisateur sans réelle inspiration. Mais le plus grand gâchis reste au niveau du casting. Le plus bel exemple reste dans la sous-exploitation la plus complète de l’immense talent de Christoph Waltz qui aurait pu être parfait en Richelieu. Il se contente d’être juste bon dans un rôle sans éclat. A ses côtés, Mads Mikkelsen nous prouve une nouvelle fois qu’il excelle dans les rôles de méchants. Orlando Bloom et Mila Jovovich confirment que leur notoriété est nettement supérieure à la profondeur de leur talent dramatique. Quant aux mousquetaires, ils sont interprétés avec bonheur pas deux acteurs vus dans des séries (Ray Stevenson dans Rome et Matthew McFayden dans Les Piliers de la Terre), Luke Evans que l’on avait pu découvrir dans Tamara Drew et enfin le jeune Logan Lerman (Percy et le Voleur de Foudre), qui devrait penser à tourner autre chose que dans des nanars s’il veut être un jour pris au sérieux.

Cette adaptation des Trois Mousquetaires à défaut d’être fidèle à l’œuvre en elle-même, reste fidèle à son esprit. Après, elle est très loin d’être à la hauteur du mythe, mais reste tout de même un divertissement agréable, malgré ses nombreux défauts.

Fiche technique :
Production : Constantin Film Produktion, Nouvelles Editions de Films, New Legacy, Impact Pictures
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Paul W.S. Anderson
Scénario : Alex Litvak, Andrew Davies, d’après le roman d’Alexandre Dumas
Montage : Alexander Berner
Photo : Glen MacPherson
Décors : Paul D. Austerberry
Musique : Paul Haslinger
Costumes : Pierre-Yves Gayraud
Durée : 110 mn

Casting :
Matthew Macfadyen : Athos
Milla Jovovich : Milady de Winter
Luke Evans : Aramis
Ray Stevenson : Porthos
Til Schweiger : Cagliostro
Orlando Bloom : Duc de Buckingham
Logan Lerman : D’Artagnan
Mads Mikkelsen : Rochefort
Christoph Waltz : Richelieu

JOHNNY ENGLISH, LE RETOUR : Un mal pour un bien, un bien pour mal

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johnnyenglishleretourafficheQuand j’ai vu que Johnny English, le Retour allait sortir, j’ai très vite imaginé que ce film risquait fort de souffrir de deux défauts : déjà être lourd, puisque l’humour de Rowan Atkinson n’a jamais brillé ni par sa subtilité, ni par sa finesse. Ensuite, d’être poussif, car les meilleures idées avaient déjà été exploitée lors du premier épisode. Et puis quelques bonnes critiques m’ont décidé à aller le voir. J’ai eu la bonne surprise de constater qu’aucune de mes craintes n’était fondée. Mais pour autant, les défauts de ce film restent nombreux.

Johnny English a été renvoyé du MI7 après que le Président du Mozambique ait été assassiné, alors qu’il était en charge de sa sécurité. Mais une nouvelle menace plane cette fois sur le Président chinois. La Couronne ayant besoin de lui, il est rappelé alors qu’il était en retraite dans un monastère tibétain.

Contre toute attente, Johnny English est une comédie rythmée, avec dix gags à la minute. Les scènes ne s’étirent pas en longueur et font avancer une intrigue qui, si elle ne constitue qu’un prétexte, possède un minimum d’épaisseur et de rebondissements. Deuxième surprise, l’humour, s’il est souvent visuel et premier degré, est parfois subtil, souvent imaginatif, jamais pipi-caca. Et le plus incroyable, c’est que Rowan Atkinson ne grimace quasiment jamais. On est donc loin de Mister Bean.

Alors me direz-vous, de quoi se plaint-on ? Pourquoi alors ne pas considérer Johnny English, le Retour comme une des meilleures comédies de l’année ? Vous allez dire que je ne sais vraiment pas ce que je veux, mais peut-être que ce film est trop équilibré et cherche trop à éviter le lourdingue à tout prix. En fait, on a un peu perdu tout ce qui faisait le charme de l’univers de Rowan Atkinson. Certes, on aimait ou on détestait, mais au moins ça ne laissait pas indifférent. Là, c’est beaucoup trop lisse, beaucoup trop formaté, trop dans la retenu pour être vraiment enthousiasmant. Et avouons-le, c’est parfois en parlant à notre moi le plus primaire que l’on nous arrache de vrais fous rires.

En fait, Johnny English, le Retour manque de vrais moments de bravoure désopilants et inoubliables. On citera tout de même une poursuite sur les toits, parodiant la première scène de Casino Royale, où Rowan Atkinson prend bêtement les ascenseurs et ouvrent bêtement les portes, quand l’homme qu’il poursuit multiplie les acrobaties et les sauts spectaculaires. Enfin, et c’est peut-être le meilleur moment du film, la séquence qui se déroule pendant le générique de fin, quand les 9/10ème des spectateurs ont déjà quitté la salle, comme s’il y avait le feu. Un petit numéro d’acteur sans prétention, Rowan Atkison faisant la cuisine en suivant le rythme de l’air « Dans l’antre du Roi de la Montagne ». C’est simple, parfaitement exécuté et parfaitement hilarant.

Johnny English, le Retour se caractérise aussi par des moyens visuels assez inhabituels pour une pure comédie. De l’action, de vraies cascades, de vrais effets spéciaux, de vrais effets pyrotechniques. Bref, on a connu des blockbuster qui faisait plus kitsch. Mais quelque part, cela contribue à l’impression d’œuvre trop parfaite et pas assez surprenante. Sans doute, un univers visuel plus « bricolé » aurait mieux convenu pour un tel humour.

johnnyenglishleretourJohnny English, le Retour constitue donc l’occasion de retrouver un Rowan Atkison qui a semble-t-il gagné beaucoup en maturité. Peut-être un peu trop donc, car il en a perdu de sa spontanéité et de sa singularité. Certes, on ne regrette pas l’excès de grimaces, mais on regrette un peu les meilleurs d’entre elles. A ses côtés, le reste du casting est réduit à portion congru. Dommage, car on a quand même l’occasion de pouvoir admirer la beaucoup trop rare Gillian Anderson dont la carrière aurait du aller beaucoup plus loin que son incarnation de l’agent Scully dans X-Files. Une petite mention également pour Daniel Kaluuya, qui est parfait dans son rôle de jeune bleu enthousiaste.

Johnny English, le Retour pourra donc agrémenter une soirée pluvieuse à la télé. Les fans de Rowan Atkison seront peut-être un peu déçus de ne pas retrouver l’univers habituel de leur comique préféré. Mais si c’est un mal ou un bien, cela reste à voir.

 
Fiche technique :
Production : Working Title, Universal Pictures
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Oliver Parker
Scénario : Hamish McColl, d’après une histoire de William Davies
Montage : Guy Bensley
Photo : Danny Cohen
Décors : Jim Clay
Musique : Ilan Eshkeri
Costumes : Beatrix Pasztor
Durée : 96 mn
 
Casting :
Rowan Atkinson : Johnny English
Gillian Anderson : Pamela Thornton
Dominic West : Simon Ambrose
Rosamund Pike : Kate Sumner
Daniel Kalluya : L’agent Tucker
Richard Schiff : Fisher
Tim McInnerny : Quatermain

THE ARTIST : A en être muet d’admiration

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theartistafficheDepuis le dernier Festival de Cannes, où le film a reçu un excellent accueil et le Prix d’Interprétation Masculine, The Artist était sans doute le film français le plus attendu. Susciter autant d’espoirs constitue à la fois un mal et un bien. On peut être quasiment sûr du succès commercial, mais aussi se dire que beaucoup de spectateurs seront déçus. Mais vues les immenses qualités de ce film, on peut facilement présumer qu’ils seront peu nombreux.

1927, le cinéma muet vit ses dernières heures, mais ne le sait pas encore. Le parlant finira par tout balayer, en premier lieu la carrière de George Valentin, qui semblait pourtant au fête de sa gloire. A l’inverse, il fera émerger de nouvelles stars, au premier rang desquelles la sémillante Peppy Miller.

A l’origine, le cinéma était muet et en noir et blanc. Si l’emploi de ce dernier reste un procédé artistique très classique et régulièrement utilisé, plus personne n’imagine pouvoir sortir un film muet. Enfin n’imaginait, avant que Michel Hazanavicius ne remporte le formidable pari que constituait l’idée de départ de The Artist. Bien sûr, ce n’est pas un film muet par hasard, puisque c’est un film muet qui parle du cinéma muet. Mais tout de même, la forme était osée et aurait pu rebuter ou dérouter. Il n’en est rien, tant ce film séduit, distrait, enthousiasme…

Par où commencer ? C’est difficile de faire un choix, tant les éléments de The Artist forment un tout, où tout se complète, s’enrichit et se sublime avec un bonheur constant. Car si on prend chaque morceau du puzzle individuellement, on n’a pas forcément de raison de s’enthousiasmer plus que cela. L’histoire est sympathique, mais ni vraiment complexe, ni vraiment originale. Mais ce film est infiniment plus que la somme de ses parties. Il nous fait toucher du doigt ce que signifie vraiment le mot inspiration, cette petite touche de génie inexplicable et indéfinissable qui font les chefs d’œuvre.

The Artist n’est pas un film concept, où une idée radicalement originale nous fait oublier tous les petites imperfections existant par ailleurs. Car si la perfection n’est pas de ce monde, ce film est maîtrisé de bout en bout, sur tous ses aspects. Michel Hazanavicius fait preuve ici d’un talent artistique que l’on ne lui connaissait pas, surtout que ses deux OSS 117 n’étaient pas vraiment des exemples probants de rythme sans temps mort ou de direction d’acteur très rigoureuse. On est là devant une œuvre totalement aboutie, qui va bien au-delà de l’idée un peu folle de départ.

On se laisse entraîner de la première à la dernière seconde dans cette histoire emplie d’humour, d’amour, de joie, de peine. Une histoire au final assez simple, mais qui dans son extraordinaire forme devient passionnante. Il s’agit là d’un hommage au premier age d’or du cinéma, mais de manière résolument moderne. The Artist n’imite pas, réinvente quelque chose de fondamentalement nouveau et original. Un spectacle unique, mais dont l’intérêt dépasse de très loin la simple curiosité.

theartistLe Prix d’Interprétation pour Jean Dujardin reçu à Cannes est amplement mérité. Certes, le rôle semble, avec le recul, taillé pour lui. Mais The Artist est un tel pari, une telle prise de risque, qu’il aurait pu sombrer si le film s’était planté. Là, au contraire, il incarne son personnage dans un performance évidemment avant tout physique, mais qui révèle tout le talent d’un acteur dont on n’a sûrement pas fini de découvrir l’étendu de la palette. A ses côtés, Bérénice Béjo se montre à la hauteur avec une vraie présence à l’écran. Elle ne concurrence pas Jean Dujardin sur son propre terrain et c’est tant mieux. C’est le rôle qui veut ça, mais elle sait incontestablement s’appuyer sur ses propres qualités avec beaucoup de bonheur. Enfin, ce film est l’occasion de voir le trop rare John Goodman, dont la seule apparition à l’écran est un régal.

The Artist constitue donc un pur moment de cinéma qui restera longtemps gravé dans les mémoires par son audace et sa réussite. On ne sait pas encore si les frères Weinstein arriveront à en faire un outsider sérieux pour les Oscars, mais on peut déjà prédire à ce film un succès planétaire mérité.

Fiche technique :
Production : La petite reine, Studi 37, La classe américaine, JD Prod, uFilm, Jouror Productions
Réalisation : Michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Montage : Anne-Sophie Bion, Michel Hazanavicius
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Laurence Bennett
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Musique : Ludovic Bource
Durée : 100 mn

Casting :
Jean Dujardin : George Valentin
John Goodman : Al Zimmer
Bérénice Bejo : Peppy Miller
James Cromwell : Clifton
Penelope Ann Miller : Doris
Missy Pile : Constance

DE BON MATIN : Ligne (trop) droite vers l’enfer

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debonmatinafficheLa violence des rapports dans le milieu professionnel a déjà fait l’objet de plusieurs excellent films français. Il est vrai que notre pays a connu une prise de conscience de la souffrance au travail, même chez les cadres, ces dernières années, avec notamment de nombreux suicides. On avait notamment pu apprécier le magnifique Le Couperet de Costa-Gavras et Violence des Echanges en Milieu Tempéré de Jean-Marc Moutot. Ce dernier nous revient avec De Bon Matin, mais qui malheureusement n’est pas à la hauteur de ses prédécesseurs.

Un beau matin, Paul Wertet se rend à son travail dans une grande banque. Il se rend dans le bureau de son supérieur et l’abat avec un revolver. Il tuera également son bras droit. Comment en est-on arrivé là ?

De Bon Matin souffre d’un cruel défaut : sa linéarité. Déjà, on connaît le dénouement dès les premières secondes. Le sujet du film est donc le processus qui amène un homme à agir ainsi. Sauf que lui aussi est connu très rapidement. Bien sûr les choses iront en empirant, les humiliations vous s’accumuler, mais de manière très régulière et sans jamais vraiment changer de nature. On cerne très vite les relations entre les personnages et elles n’évolueront jamais.

Un bon exemple réside dans son collègue dont il est le plus proche, Monsieur « de toute façon, on ne peut rien faire ». Il symbolise la passivité des autres face à l’inacceptable, la détérioration des conditions de travail et la souffrance d’un salarié. Sauf qu’il répétera toujours la même maxime, ne variant jamais de son attitude initiale, quels que soient les évènements. On est donc loin de l’intelligence du scénario de Violence des Echanges en Milieu Tempéré qui prenait tout son intérêt dans l’évolution, parfois surprenante, des personnages.

Du coup, on finit par trouver le temps long devant De Bon Matin. Aussi intéressant soit-il, le propos est loin d’être assez étoffé pour en faire un film. De nombreux aspects du scénario manquent par trop de développement pour que l’on en saisisse clairement l’intérêt, comme si Jean-Marc Mouton avait eu peur d’exploiter la moindre idée qui l’éloignerait du propos principal. On pourra saluer la démarche, mais on préfèrera relire L’Open-space m’a Tuer pour mieux comprendre ce à quoi ressemble les conditions de travail dans certains milieux professionnels. On est là typiquement devant un film qu’on aimerait aimer, mais qui se révèle être au final trop médiocre cinématographiquement pour s’enthousiasmer ne serait-ce qu’une seule seconde. On ressort de ce film le cœur gros, on a bien versé une larme ou deux, mais on sait au fond de soi qu’on aurait du être beaucoup bouleversé que cela.

debonmatinIl faut ajouter à tout cela une réalisation que l’on qualifiera de sobre si on décide d’être gentil et de minimaliste si on est dans un plus mauvais jour. Bien sûr, Jean-Marc Moutot ne fait pas dans l’esbroufe, ce qui compte c’est le propos, le propos et le propos. Mais dans De Bon Matin, seul le montage en flashbacks permanents est un minimum recherché. Une descente en enfer est un thème classique du cinéma et bien des réalisateurs ont su mettre une mise en images imaginative au service d’un sujet profond ou bouleversant. Ce n’est pas le cas ici. Cependant, pas sûr que cela aurait changé grand chose au destin de ce film qui ne restera certainement pas dans les mémoires.

S’il faut retentir une seule chose de De Bon Matin, c’est la performance de Jean-Pierre Daroussin. Il est tout simplement parfait. Mais le rôle était taillé pour lui. Peut-être trop d’ailleurs puisque, paradoxalement, cela contribue également à faire de ce film un film sans surprises. Un rôle moins marquant donc que le contre-emploi de José Garcia dans Le Couperet.

De Bon Matin est donc un film pas vraiment raté, mais trop faible dans bien des aspects pour vraiment être marquant.

Fiche technique :
Réalisation : Jean-Marc Moutout
Productrices : Margaret Ménégoz et Régine Vial
Scénario : Jean-Marc Moutout, Olivier Gorce et Sophie Fillières

Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Paul
Valérie Dréville : Françoise, la femme de Paul
Xavier Beauvois : Alain Fisher, le patron
Yannick Renier : Fabrice Van Listeich, le jeune talentueux
Laurent Delbecque : Benoît, le fils de Paul et Françoise
Aladin Reibel : Antoine, le collègue le plus proche de Paul
François Chattot : Lancelin, le collègue accusé
Nelly Antignac : Clarisse, la collègue licenciée
Pierre Aussedat : Foucade, le grand patron
Ralph Amoussou : Youssef, le jeune malien
Frédéric Leidgens : le docteur Hogard, psychiatre du travail

DRIVE : Trop de perfecton tue la perfection

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driveafficheDans la série des introductions que j’ai déjà faite mille fois, voici le retour de « on m’avait dit tellement bien d’un film qu’au final, j’ai été déçu ». Cette fois-ci, c’est pour le film Drive, prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Des critiques dithyrambiques, des avis d’amis enthousiastes, je me suis rendu dans mon cinéma plein d’espoir. Mais au final, j’ai surtout pu me rendre compte à quel point une critique repose aussi en grande partie sur des éléments subjectifs.

Cascadeur le jour, chauffeur pour des braquages la nuit, il mène une vie solitaire et se montre rarement bavard. Mais un jour, il croise sur son palier, Irène, et son petit garçon. Le début d’une série d’évènements qui vont tout faire basculer.

Pour cette critique, je vais donc procéder en deux parties, l’une objective, l’autre beaucoup plus subjective. Je commencerai donc par dire qu’il est incontestable que le prix reçu à Cannes par Drive est amplement mérité. En effet, la réalisation et la photographie sont tout simplement extraordinaires et ce, dès la première scène qui nous met tout de suite dans l’ambiance. Il n’y a pas un seul plan qui ne soit parfaitement à sa place, dans le bon cadrage, dans le bon timing, avec la bonne lumière, avec, en fond, la musique idéale. Le travail de Nicolas Winding Refn est en tout point remarquable, surtout qu’il arrive en même temps à créer une ambiance visuelle un rien rétro, hommage au cinéma des années 80, sans pour autant tomber dans la caricature.

Drive se démarque aussi par un scénario particulièrement intéressant, bien plus en tout cas que ne peut le laisser penser le pitch. Un film noir à la tension constante, aux rebondissements inattendus et surtout aux personnages particulièrement fouillés. Une histoire solide, à tel point que le film se déroule sur un rythme constant, mais jamais frénétique, sans pour autant provoquer ne serait-ce qu’une seule seconde d’ennui chez le spectateur. On est là face à l’antithèse des films d’action façon clip vidéo. Un film que n’aurait donc jamais produit Luc Besson…

Drive est aussi porté par la magistrale interprétation de Ryan Gosling qui devient peu à peu les nouvelle coqueluche de Hollywood. C’est un vrai bonheur de le voir interpréter un rôle aussi diamétralement opposé à celui qu’il occupait dans Crazy, Stupid, Love, mais avec le même charisme, la même présence, la même justesse, bref le même talent. Mais à ces côtés, la jeune Carey Mullingan, étoile montante elle-aussi, n’est pas en reste dans un casting globalement brillant. On se réjouira notamment d’y voir le beaucoup trop rare Ron Perlman… et la sublime Christina Hendricks.

driveBon voilà, j’en ai fini avec l’objectif. Place au subjectif. Si Drive possède d’immenses qualités, il ne m’a inspiré qu’une admiration distante. Tout y est presque parfait, mais aussi parfait qu’une toile de maître accrochée au mur d’un musée. J’étais là devant l’écran, ébloui par tant de talent, mais jamais je n’ai eu l’impression de rentrer dans ce film. Nicolas Winding Refn possède une virtuosité cinématographique à laquelle peu de réalisateurs peuvent prétendre. Il y a un peu de Tarantino là-dedans, avec ces références et cette réinvention permanentes, mais ce dernier sait toujours jouer avec le spectateur pour en faire un complice. Rien qui ne ressemble à cela ici.

Tout cela contribue à une sorte de décalage avec ce récit très noir et une forme plus proche des beaux-arts. Je pense ne pas avoir été le seul dans la salle à être quelque peu décontenancé. Pour preuve, des éclats de rire de certains spectateurs à des moments où cela ne s’y prêtait pas forcément. On peut considérer que cela contribue à faire de Drive un film au ton résolument surprenant, mais aussi qu’à force de ne pas savoir où se situer, on en oublie de se laisser porter par le film jusqu’à l’enthousiasme.

Vous l’aurez compris, Drive m’a inspiré des sentiments quelque peu mêlés. Mais il est certain que pour ceux qui sont vraiment parvenus à entre dans ce film, le voyage a du être magnifique, tant les qualités artistiques de ce film sont hors du commun. Ce ne fut pas mon cas. Dommage pour moi.

Fiche technique :
Production : Filmdistrict pictures, Bold films, Oddlot entertainmen
Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Hossein Amini, d’après le livre de James Sallis
Montage : Matt Newman
Photo : Newton Thomas Sigel
Décors : Beth Mickle
Distribution : Wild side films, le pacte
Musique : Cliff Martinez
Durée : 100 mn

Casting :
Ryan Gosling : The Driver
Carey Mulligan : Irene
Ron Perlman : Nino
Albert Brooks : Bernie Rose
Christina Hendricks : Blanche
Oscar Isaac : Standard Guzman

UN MONSTRE A PARIS : Le fantôme du cabaret

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unmonstreaparisafficheLe cinéma d’animation français confirme sa bonne santé et son dynamisme avec Un Monstre à Paris. Une campagne marketing efficace, un casting voix de très haut niveau, tout est réuni pour que le succès soit au rendez-vous. Mais depuis des décennies, l’animation hexagonale s’est caractérisée par son audace et son originalité. Malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas ici.

Dans le Paris de 1910, Emile et Raoul s’aventurent imprudemment dans un laboratoire du Jardin des Plantes. Faisant preuve d’autant de curiosité que de maladresse, ils vont finir par provoquer une petite catastrophe. De celle-ci, surgira un monstre, une puce de deux mètres de haut. Une puce à la voix sublime.

Un Monstre à Paris est un film qui compte bien des qualités et bien des défauts. Commençons par ce qui fâche, le scénario. Ce dernier est linéaire et d’une grande platitude. Pas de second degré, un rythme moyen, avec notamment une mise en place beaucoup trop longue, pas de vraies surprises, des rebondissements qui n’en sont pas vraiment et des personnages sympathiques mais sans grande envergure. N’attendez pas de ce film une double lecture, une pour les petites têtes blondes et une pour les adultes. Aucun risque, aucune audace. Bref, le strict minimum. On est loin d’une revisite du mythe du Fantôme de l’Opéra, comme aurait pu le faire penser la bande-annonce.

Un Monstre à Paris est un film qui laisse une grande place à la musique. Or, ce genre de film peut souvent se passer d’un récit trop complexe ou subtil sans en souffrir de trop. Le problème réside ici dans le fait que les chansons du film sont sympathiques, mais sans plus. Un peu à l’image de la carrière de M depuis quelques temps… Les airs ne donnent pas spécialement envie de danser et on sort de ce film sans les avoir dans la tête. Ils passent et on les oublie aussi vite qu’ils sont venus.

Après, affirmer que l’on s’ennuie devant un Monstre à Paris serait bien sévère. Il constitue tout de même un divertissement sympathique. Simplement, l’enthousiasme sera sûrement réservé aux plus jeunes. Dans le cadre d’une sortie familiale, ce film peut être synonyme d’une sortie réussie, car, même si l’humour reste désespérément au ras de pâquerettes, il fonctionne souvent très bien. On retiendra notamment un singe majordome qui constitue l’élément à l’esprit « cartoon » de ce film.

unmonstreaparisMais Un Monstre à Paris reste surtout une grande réussite technique. Déjà, il confirme que c’est surtout pour le cinéma d’animation que la 3D présente un quelconque intérêt. Elle donne ici une vraie profondeur aux personnages et les rend plus expressifs. Mais plus globalement, il y a une remarquable élégance dans les graphismes, qui créent une charmante ambiance rétro. On pourra leur reprocher également un manque d’audace, mais à défaut de génie, il faut savoir saluer la maîtrise.

Un Monstre à Paris se distingue enfin par un casting voix plutôt soigné. Il ne nous permet pas par contre de savoir si M possède un potentiel de comédien, puisqu’il n’y fait que chanter. Vanessa Paradis quant à elle alterne les scènes de comédies et de chant avec le même bonheur. Mais c’est avant François Cluzet qui met un maximum de conviction et de talent dans sa prestation. Enfin, globalement, tous les acteurs jouent leur rôle avec le plus grand sérieux.

Au final, Un Monstre à Paris est un peu décevant, car avec un peu plus d’audace, il aurait été facilement possible de faire beaucoup mieux. Mais, il restera un film plutôt sympathique qui ravira surtout les petits, mais aussi un peu les grands.

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Walking the Dog, Bibo Studio
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Eric Bergeron
Scénario : Eric Bergeron, Stéphane Kazandjian
Montage : Pascal Chevet
Décors : François Moret
Musique : Mathieu Chédid
Directeur artistique : François Moret
Durée : 82 mn

Casting :
Vanessa Paradis : Lucille
Mathieu Chédid : Francoeur
Gad Elmaleh : Raoul
François Cluzet : Le préfet Maynott
Ludivine Sagnier : Maud
Julie Ferrier : Madame Carlotta
Bruno Salomone : Albert

LES PETITS SECRETS D’EMMA (Sophie Kinsella) : Les pouffes se cachent pour mentir

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lespetitssecretsdemmaVisiblement, niveau consommation de biens culturels, la pouffe qui est en moi s’en donne à cœur joie ces derniers temps. Car après plusieurs albums de musique qui sentaient bon le string à paillettes, voici la littérature. Et qui de mieux que l’auteur de l’Accro du Shopping pour vous livrer un bon vrai roman 100% pour les filles… donc que les mecs se feront un malin plaisir de lire vaguement en cachette. Pas de Becky Bloomwood cette fois-ci, mais une certaine Emma Corringan, qui nous livre ici tous ses petits secrets.

Emma est comme tout le monde. Elle a quelques secrets. Elle ment de temps en temps pour se mettre en valeur, pour cacher ses faiblesses ou pour ne pas blesser son petit ami. Mais un jour, alors que son avion est pris dans de violentes turbulences, elle ne peut s’empêcher de dire toute la vérité à à l’homme assis sur le siège d’à côté, qu’elle ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam. Une confession à un inconnu, un acte sans conséquences… sauf quand ce dernier se révèle être en fait le fondateur de l’agence de marketing pour laquelle elle travaille et qui vient visiter le bureau londonien.

Sophie Kinsella n’a pas son pareil pour saisir les petits tracas quotidiens et futiles pour en tirer un récit formidablement drôle et pertinent. Les fans de l’Accro du Shopping ne seront pas déçu par les Petits Secrets d’Emma. Ils retrouveront cet humour omniprésent dans une écriture incroyablement vivante et rythmée. Des personnages attachants, des situations loufoques et des retournement de situation qui ne laissent jamais l’histoire tourner en rond. Bref, un fond très léger, mais percutant et une forme soignée.

Les Petits Secrets d’Emma nous parle donc de tous ces petits mensonges, ou tout du moins déformation de la vérité, qui nous servent à dissimuler tout ce que nous refusons d’assumer. Bien sûr, pour les besoins du récit, ils se concentrent ici particulièrement sur un seul personnage. Mais il y a forcément dans ce livre une situation où vous vous reconnaîtrez et où vous ne pourrez qu’admettre que vous aussi, vous avez vos petits secrets inavouables. Le tout est traité ici avec beaucoup d’intelligence. Sophie Kinsella ne cherche pas une seule seconde à donner de leçons. Elle met simplement en lumière quelque chose qui fait partie de l’existence de chacun et porte dessus un regard ironique, mais plein de tendresse.

L’écriture de Sophie Kinsella est incroyablement légère. Les Petits Secrets d’Emma, comme ses autres œuvres, se lit avec une facilité déconcertante. Certains pourront trouver qu’à force de légèreté, son style frôle parfois l’inconsistance. Mais le résultat est là, on dévore ce roman et on le finit alors qu’on a l’impression de l’avoir tout juste entamé.

En fait, le seul reproche que l’on pourrait faire à Les Petits Secrets d’Emma est de ne pas être l’Accro du Shopping. Je veux dire par là que cette Emma Corringan est fort sympathique et tout à fait attachante, mais elle n’est pas le personnage le plus original du siècle. Du coup, on peut facilement s’y identifier, mais on ne brûle pas forcément d’envie de la retrouver pour d’autres romans. Mais surtout, cela bride quelque peu l’humour, même si ce roman reste très drôle. Becky Bloomwood est peut-être moins crédible qu’Emma Corringan, mais nous livre par contre des moments de bravoure inoubliables.

Evidemment, il serait dommage de passer à côté des Petits Secrets d’Emma au simple prétexte qu’il est moins génial et original que d’autres œuvres de la même auteur. Car il reste avant tout un roman très drôle, au propos très bien senti et qui constitue un pur divertissement littéraire de premier choix.

LE SKYLAB : Le satelitte plonge, le film coule

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leskylabafficheLe cinéma souffre parfois d’un fléau terrible : la mauvaise bande-annonce. Vous me direz un bon film reste un bon film et inversement. Seulement, le plaisir de voir une œuvre pour la première fois n’est pas le même que celui de le revoir. Alors une bande-annonce qui en dit trop, qui nous livre tous les rebondissements, qui nous montre les moments les plus drôles, qui désamorce tous les moments de tension narrative peut largement gâcher le plaisir. C’est pourquoi ceux qui ont réalisé celle de Le Skylab mériterait d’être lapidés à coups de figues molles !

1979, grande année puisque j’y suis né. Mais c’est aussi à ce moment qu’un beau jour de juillet, toute la famille se retrouve autour de la grand-mère en Bretagne. Oncles, tantes, cousines et cousins vont participer à ce grand raout familial, où se mêlera embrassades et engueulades.

Bon, j’ai rédigé mon introduction contre les auteurs de la bande-annonce de Le Skylab, mais avouons-le tout net, ce film n’avait pas besoin de cela pour être extrêmement décevant, pour ne pas dire totalement dénué d’intérêt. Simplement, les rares moments où le film éveille un minimum d’intérêt et les idées les plus originales figurent tous dans la bande-annonce. Du coup, si, comme moi, vous l’avez vu, revu, et rerevu, il ne vous restera plus rien. A chaque début de scène, vous saurez où cela aboutira, rendant ainsi encore plus interminable un film qui s’étire déjà désespérément en longueur.

Réaliser un film sans intrigue, sous la forme d’une chronique familiale est un exercice périlleux. Sans fil rouge, l’ennuie guette vite et il faut multiplier les trouvailles, les moments drôles, émouvants ou magiques et surtout rendre les personnages attachant dès les premiers instants. Or, Julie Delpy ne multiplie rien et nous décrit une famille à laquelle on n’a pas une seule seconde envie d’appartenir. J’avais déjà détesté, mais alors vraiment détesté, son premier film, 2 Days in Paris. La Comtesse m’avait par contre beaucoup plu, mais ce Le Skylab me fait à nouveau fortement douter sur son potentiel de réalisatrice.

Le Skylab joue à fond la carte de la nostalgie. Il est évident que dans ce film Julie Delpy nous raconte une partie de sa propre enfance. Mais je ne sais pas si les gens qui ont vraiment connu cette époque trouveront vraiment une quelconque raison de s’enthousiasmer. Car la réalisatrice ne nous raconte en fait rien. Limiter son scénario au récit d’une seule et même journée ne permet pas de développer de vraies intrigues parallèles, de voir une quelconque évolution dans les rapports entre personnages, bref de donner un tantinet d’épaisseur narrative à un film qui reste dramatiquement purement descriptif, aux scènes interminables dénuées de rythme.

leskylabLe Skylab nous présente un grand nombre de personnages, plus ou moins réussis, plus ou moins sympathiques. Mais le moins domine largement le plus. Caricaturaux et sans relief, ils ne permettent ni l’attachement, ni l’identification. Entre le para traumatisé et l’Espagnol obsédé sexuel, difficile de choisir celui qui nous laisse le plus dubitatif. Je ne sais pas s’ils sont tous inspirés de personnages que Julie Delpy a pu croiser au cours de son existence, mais une choses est sûre, je n’ai aucune envie de connaître les originaux.

Qui dit galerie de personnages dit galerie d’acteurs. Le Skylab ne représentera pour aucun des comédiens le rôle de leur vie. Pour la plupart, ils baignent dans la médiocrité du film et n’arrivent pas à donner une âme aux protagonistes. Mais encore une fois, c’est le scénario qui est avant tout à blâmer. Le seul à surnager quelque peu est le jeune Vincent Lacoste qui ne sombre pas avec le film, comme cela avait pu être le cas pour Les Beaux Gosses.

Au final, Le Skylab se révèle raté et sans intérêt. Ca fait beaucoup pour un seul film…

Fiche technique :
Production : The Film, France 2 Cinéma, Mars Film, Tempête sous un crâne production
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Julie Delpy
Scénario : Julie Delpy
Montage : Isabelle Devinck
Photo : Lubomir Bakchev
Décors : Yves Fournier
Musique : Matthieu Sibony
Costumes : Cristina Mirete
Durée : 113 mn

Casting :
Lou Alvarez : Albertine
Julie Delpy : Anna
Eric Elmosnino : Jean
Aure Atika : Tante Linette
Noémie Lvovsky : Tante Monique
Bernadette Laffont : Mamie
Vincent Lacoste : Christian
Valérie Bonneton : Tante Micheline
Albert Delpy : Tonton Hubert

LES HOMMES LIBRES : Résistances

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leshommeslibresafficheLa France cinématographique continue d’explorer son histoire. En 2006, il nous avait parlé du rôle des soldats africains lors de la Seconde Guerre Mondiale au travers du magnifique Indigènes. Avec Les Hommes Libres, nous pouvons découvrir le rôle que ces mêmes populations ont joué dans la résistance à Paris. Une page de notre passé méconnue qui méritait bien un hommage sur grand écran, à défaut d’un grand film.

En 1942, Younes venu d’Algérie vit du marché noir. Arrêté par la police, il n’a d’autre choix que de les aider en acceptant d’espionner ce qui se passe à la Grande Mosquée de Paris. En effet, le recteur est soupçonné de délivrer de faux papiers. Younes y rencontrera Salim, se liera d’amitié avec lui avant de découvrir qu’il est juif. C’est alors qu’il décidera de rejoindre la combat pour la liberté.

Les Hommes Libres possèdent donc un réel intérêt historique. Avant tout, à propos de l’époque où se déroulent les évènements, mais aussi en nous projetant vers l’avenir. En effet, si de nombreux Algériens ont combattu du côté de la résistance, c’est aussi pour espérer bénéficier enfin en retour d’une réelle reconnaissance. Cela ne se passera évidemment pas tout à fait comme cela pour aboutir au conflit que l’on sait. Un film riche donc qui replace avec bonheur les choses dans leur contexte, sans parti pris ou revendications exacerbées.

Du coup, les Hommes Libres manque peut-être d’un rien de souffle épique qui aurait pu lui donner une toute autre dimension. Certes, le scénario est rythmé, avec un peu d’action et des rebondissements. On ne s’ennuie donc pas, même si cela est rarement spectaculaire. On est plutôt devant un bon polar, pas révolutionnaire, mais agréable à suivre. Mais en dehors de son contexte historique, cette histoire est de bonne facture, mais sans éclat ou génie particulier.

Les Hommes Libres pêchent en fait par des personnages un peu trop classiques, pour ne pas dire caricaturaux. Le parcours de Younes, sa prise de conscience puis son engagement, restent sans surprise. On aurait même envie de dire cousus de fil blanc. Son cousin, idéaliste, rappelle lui aussi tant et tant de personnages du même type. Seul le recteur, Kaddour Ben Gharbit, personnage historique, est un peu plus ambiguë et intéressant. Le propos aurait sans doute mérité une psychologie des personnages plus subtiles. Mais encore une fois, cela est loin de retirer tous les mérites réels de ce film.

leshommeslibresLa réalisation de Ismael Ferroukhi est à l’image de son film. Maîtrisé, mais sans grande prise de risque. Cependant, pour un premier film, Les Hommes Libres reste définitivement une réussite. On lui reconnaîtra tout de même un vrai talent dans la direction d’acteurs. Le film repose beaucoup sur ses personnages et le réalisateur d’origine marocaine sait vraiment les mettre en valeur. Espérons qu’un scénario où les personnages seront plus aboutis lui permettra prochainement d’exploiter pleinement ces qualités.

Les Hommes Libres laisse donc une grande place au talent des acteurs. Tahar Rahim occupe le rôle titre, mais plombé par un personnage trop prévisible, il se contente d’assurer une performance propre et sans bavure, mais sans génie non plus. La vraie révélation du film s’appelle Mahmud Shalaby qui possède une réelle présence à l’écran. La star de ce film reste évidemment l’inoxydable Michael Lonsdale. Pour mesurer l’immense talent de ce géant du cinéma français, on notera qu’il est aussi à l’aise ici en recteur de la Grande Mosquée de Paris qu’en moine de Thibérine dans Des Hommes et des Dieux.

Les Hommes Libres n’est donc certainement pas le film de l’année. Mais le sujet, relativement bien traité, est assez digne d’intérêt pour que le film le soit aussi.

Fiche technique :
Réalisation : Ismaël Ferroukhi
Scénario : Ismaël Ferroukhi et Alain-Michel Blanc
Musique : Armand Amar
Photographie : Jérôme Alméras
Son : Jean-Paul Mugel, Séverin Favriau, Stéphane Thiébaud
Montage : Annette Dutertre
Décors : Thierry François
Costumes : Virginie Montel
Durée : 99 minutes

Casting :
Tahar Rahim : Younes
Michael Lonsdale : Si Kaddour Benghabrit
Mahmoud Shalaby (voix chantée : Pinhas Cohen) : Salim Halali
Lubna Azabal : Leïla
Christopher Buchholz : le major Von Ratibor
Farid Larbi : Ali
Stéphane Rideau : Francis