WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN : Faites des enfants qu’ils disaient !

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weneedtotalkaboutkevinafficheSi jamais votre envie de vous reproduire a survécu à Un Heureux Evénement, je vous propose une thérapie beaucoup plus radicale. Résultats garantis. Après avoir vu We Need To Talk About Kevin vous ne verrez plus jamais une chère tête blonde de la même façon. Vous réaliserez que derrière chaque enfant peut se cacher un dangereux psychopathe, sadique et manipulateur.

Eva est une femme seule dans une banlieue triste. Elle subit le regard des autres et quelques brimades de temps à autres, la renvoyant au sentiment de culpabilité que la dévore. Sa faute ? Avoir donné naissance à Kevin…

Dans la série des grands méchants du cinéma, aux côtés de Darth Vader et Freddy Kruger, on pourra rajouter Kevin. Bien sûr, et sans rien dévoiler du film, le Kevin de 16 ans est particulièrement peu sympathique. Mais le Kevin de trois ans vaut déjà son pesant de cacahuètes. Et aucun exorcisme n’y pourra bien, cet enfant est juste foncièrement monstrueux et s’amuse à torturer lentement sa mère au fil des années. Et évidemment, ça n’ira pas en s’arrangeant à mesure qu’il grandit.

La grande audace de We Need To Talk About Kevin réside donc dans cette transgression : faire d’un enfant, habituellement symbole cinématographique de l’innocence, de l’altruisme (ce qui est quand même une belle connerie) et de la gentillesse, un être que l’on ne peut s’empêcher de détester, qui nous effraye et nous révolte, est particulièrement osé. Surtout que le film aurait pu facilement sombrer dans une surenchère spectaculaire mais qui aurait complètement décrédibilisé le propos. Là au contraire, il souligne parfaitement le caractère insidieux et quotidien d’une vraie persécution psychologique. Bon, tout cela finit un à coups de grosses ficelles, mais globalement le tout reste quand même très convaincant.

La mise en forme de We Need To Talk About Kevin porte lui beaucoup plus à débat. Il est vrai que cette construction en multiples couches temporelles qui se déroulent en parallèle, obligeant le spectateur à faire l’effort constant de se replacer dans la chronologie se situe dans l’air du temps. Le flash-back devient de plus en plus la norme et non plus l’exception. Mais personnellement, je trouve que le procédé est ici utilisé plutôt habilement et contribue à créer la tension narrative. Racontée de manière linéaire, cette histoire n’aurait sûrement pas eu le même impact.

weneedtotalkaboutkevinAu-delà du montage, la réalisation de Lynne Ramsay est très sobre, presque austère. Mais elle contribue parfaitement au caractère oppressant de We Need To Talk About Kevin. Les gros plans, nombreux, sur les visages de Kevin ou de sa mère renvoient à la froideur et au désespoir qu’ils ressentent respectivement. Le film cultive tout du long cette tension qui nous fait réaliser combien la catastrophe finale est inévitable.

We Need To Talk About Kevin nous permet surtout d’apprécier la prestation extraordinaire de Tilda Swinton, connue surtout pour incarner la méchante sorcière dans Narnia. Elle tient là peut-être le rôle de sa carrière. Dès la première seconde, elle semble porter toute la misère du monde sur son visage qui se décompose de plus en plus au fur et à mesure que son enfant grandit. A ses côtés, le trop rare John C. Reilly dont le personnage manque malheureusement un peu d’épaisseur. Enfin, espérons que les jeunes acteurs qui incarnent Kevin tenaient là un rôle de composition.

We Need To Talk About Kevin, malgré quelques défauts, constitue un film dérangeant et transgressif. Mais il nous plonge aussi dans une réalité qui existe malheureusement parfois, loin des clichés hollywoodiens.

Fiche technique :
Production : Independant Films
Réalisation : Lynne Ramsay
Scénario : Lynne Ramsay, Rory Stewart Kinnear, d’après le roman de Lionel Schriver
Montage : Joe Bini
Photo : Seamus McGarvey
Décors : Judy Becker
Distribution : Diaphana
Son : Paul Davies
Musique : Jonny Greenwood
Durée : 110 mn

Casting :
Tilda Swinton : Eva
Ezra Miller : Kevin
John C. Reilly : Franklin
Ashley Gerasimovich : Celia
Siobban Fallon : Wanda
Ursula Parker : Lucy
Jasper Newell : Kevin enfant

UN HEUREUX EVENEMENT : Pas si heureux que ça

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unheureuxevenementafficheAprès son excellent Le Premier Jour du Reste de ta Vie, Rémi Bezançon revient avec une nouvelle comédie sur les péripéties de la vie. Cette fois-ci, il n’a vraiment pas choisi un sujet original puisqu’il nous plonge au cœur de ces moments merveilleux que constituent une grossesse puis un accouchement. Enfin, merveilleux… Un Heureux Evénement nous fait vite relativiser.

Nicolas et Barbara sont jeunes, beaux, libre et heureux. Lorsqu’ils apprennent qu’ils vont être parents, c’est évidemment un grand moment de bonheur. Devenir parents, c’est la plus belles chose au monde. Comment peut-il en être autrement, puisque tout le monde vous le dit…

Un Heureux Evénement est un film en deux parties nettement distinctes. La première, qui fait un gros tiers du film, est une comédie légère sur les petits tracas qui peuvent survenir autour d’une grossesse. Malheureusement, cela reste poussif et rarement vraiment drôle. D’ailleurs, si vous avez vu comme moi 2547 fois les bandes-annonces, vous avez déjà vu les deux moments vraiment qui provoque quelque chose qui pourrait ressembler à un éclat de rire. Et encore, au moins dans les bandes-annonces, la chute venait beaucoup plus rapidement. Bref, on se dit que le film est très mal parti.

Puis Un Heureux Evènement change radicalement de ton. Quand l’enfant est là, Rémi Bezançon abandonne définitivement le point de vue du couple pour épouser celui exclusif de la mère. On partage ses doutes, ses états d’âme et surtout la manière dont elle se referme totalement sur sa relation avec son enfant, au risque de voir son couple se désintégrer complètement. Un revirement d’ambiance relativement inattendu et plutôt brutal.

Le problème est que cette deuxième partie, si elle est beaucoup plus intéressante que la première, n’est pas non plus totalement convaincante. En effet, il manque à Un Heureux Evènement une conclusion vraiment claire. On a bien du mal à comprendre ce qu’il se passe réellement dans les dernières secondes et quel est le message que Rémi Bezançon cherche à nous faire passer. Le film serait resté sur le ton de la pure comédie, cela ne poserait guère de problèmes, car ce genre de film n’a alors pas besoin d’avoir un sens profond. Mais en choisissant un ton plus sombre, il interroge forcément le spectateur, qui attend une réponse qui ne vient jamais. Du coup, cela donne un caractère un peu vain à ce film et on en ressort sur une impression très moyenne.

unheureuxevenementRémi Bezançon a pourtant bien des qualités de metteur en scène. Sa réalisation recèle beaucoup de bonnes idées et on appréciera son talent technique et artistique. Mais il n’a pas réussi avec Un Heureux Evènement à trouver une réelle synergie entre la forme et le fond. Du coup, certains effets de style ne semblent pas porter de sens et donc ne nous émeut guère. En fait, globalement il manque à ce film un vrai souffle d’émotion, qui aurait poussé le spectateur à s’attacher aux personnages comme la mère à son enfant. On en est loin et quelques fois, on se dit que Barbara commence à nous ennuyer avec ses questions existentielles.

Rémi Bezançon avait pourtant mis toutes les chances de son côté en réunissant à l’écran le très beau couple Pio Marmai – Lise Bourgoin. Il est vrai que si ces deux là faisaient des petits pour de vrai, je veux bien qu’ils m’en mettent un ou deux de côté. Ceux qui gardent un souvenir ému de la poitrine de l’ancienne miss météo dans le Adèle Blanc-Sec de Besson, en auront encore plus pour leur argent avec Un Heureux Evènement. Mais son talent d’actrice dépasse de très loin son simple physique plutôt avenant il est vrai.

Un Heureux Evènement est donc un film qui nous livre un propos sans grand intérêt, sur un rythme pas très enthousiasmant. A moins d’avoir envie d’être dégoûté d’avoir des mômes, ce film n’aura vraiment rien d’indispensable.

Fiche technique :
Production : Scope pictures, RTBF, Mandarin Cinema – Gaumont, France 2 Cinéma
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Rémi Bezançon
Scénario : Rémi Bezançon, Vanessa Portal, d’après le roman d’Eliette Abecassis
Montage : Sophie Reine
Photo : Antoine Monod
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Sinclair
Durée : 110 mn

Casting :
Louise Bourgoin : Barbara
Pio Marmai : Nicolas
Josiane Balasko : Claire
Thierry Frémont : Tony
Gabrielle Lazure : Edith
Firmine Richard : la sage femme
Daphné Bürki : Katia
Lannick Gautry : Camille Rose
Louis-Do de Lencquesaing : M. Truffard

MAIS COMMENT FONT LES FEMMES ? : C’était pourtant une bonne question

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maiscommentfontlesfemmesafficheLes femmes sont des créatures étranges, surprenantes, fascinantes. Et surtout incompréhensibles… Et oui, nous, pauvres hommes de notre état sommes condamnés à tout jamais à vivre dans l’expectative, en essayant désespérément de percer le secret de l’éternel féminin. Quête vaine et sans espoir… Quoique, lorsque l’on voit sortir un film intitulé Mais Comment Font les Femmes ?, on se dit qu’on aura peut-être enfin un début de réponse. Malheureusement, ce film n’est pas à la hauteur du mystère.

Kate mène une double vie. Celle de mère de famille d’un côté et celle de cadre de haut niveau dans une société financière de l’autre. Mais, tant bien que mal, elle arrive à tout gérer. Jusqu’au jour où elle doit prendre en charge un projet ambitieux qui peut changer à tout jamais sa carrière, mais la prive totalement de vie de famille. Cette dernière survivra-t-elle à cette épreuve ? Surtout que Kate travaille et passe beaucoup de temps avec son séduisant patron.

Le gros souci avec Mais Comment Font les Femmes ?, c’est qu’on n’est pas vraiment sûr de comprendre le message qu’il véhicule. D’un côté, il nous explique que la vie de famille est quand même beaucoup plus importante et épanouissante que la vie professionnelle, qui ne doit jamais prendre toute la place. Ok, on est d’accord. Il nous explique également que même une mère de famille peut avoir une belle carrière et faire merveilleusement bien son boulot. Pas de problème. Simplement, quand on mixe les deux, le message se brouille et on peut facilement comprendre qu’une femme est beaucoup plus heureuse à la maison qu’au bureau et qu’elle ferait mieux de rester à s’occuper de ses gosses.

En fait, Mais Comment Font les Femmes ? néglige un personnage qui aurait pu tout changer : le mari. Il esquisse pourtant un vrai parallèle entre les deux, quand ils doivent faire en même temps face au même dilemme, entre promotion et vie de famille contrariée. Mais bizarrement, le film l’oublie aussitôt et on ne se focalise plus que sur le personnage de Kate, créant l’ambigüité que j’ai mentionnée plus haut. Je ne doute pas une seule seconde que les auteurs ont avant tout cherché à faire passer un message « féministe », mais de manière bien trop maladroite pour être vraiment convaincant.

maiscommentfontlesfemmesIl ne reste donc que l’aspect comédie vaguement romantique. Mais Comment Font les Femmes ? fonctionne plutôt bien à ce niveau-là, mais sans réelle originalité, ni réel génie. On ne s’ennuie jamais vraiment, on sourit, on s’amuse des situations, on s’attache quand même beaucoup aux personnages, mais sans réel enthousiasme. On traverse ce film comme une sorte de routine cinématographique, après avoir rapidement compris qu’il ne nous réserverait guère de réelles surprises. Pas un mauvais moment donc, mais sûrement pas un moment d’exception.

Mais Comment Font les Femmes ? nous permet d’apprécier le sympathique duo formé par Sarah Jessica Parker, qui n’est définitivement pas l’actrice la plus extraordinaire du siècle, mais qui possède tout de même un certain charisme. Pierce Brosnan est un Anglais naturellement élégant et séduisant… il n’a donc aucun mal à interpréter un rôle d’Anglais naturellement élégant et séduisant. La nature est quand même parfois très bien faite.

Au final, Mais Comment Font les Femmes ? constitue un film ni totalement raté, ni vraiment réussi. Il pourra divertir un soir de pluie à la télé, mais est sans doute un peu trop faible pour justifier une sortie sur grand écran.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company
Distribution : SND
Réalisation : Douglas McGrath
Scénario : Aline Brosh mcKenna, d’après le roman d’Allison Pearson
Montage : Kevin Tent, Camilla Toniolo
Photo : Stuart Dryburgh
Décors : Santo Loquasto
Musique : Rachel Portman
Maquillage : Doug Huszti
Durée : 95 mn

Casting :
Sarah Jessica Parker : Kate reddy
Pierce Brosnan : Jack Abelhammer
Greg Kinnear : Richard Reddy
Christina Hendricks : Allison Henderson
Kelsey Grammer : Clarck Cooper
Seth Meyers : Chris Bunce
Olivia Munn : Momo Hahn

LE COCHON DE GAZA : Et si le cochon unissait enfin les peuples ?

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lecochondegazaafficheDécidemment, la mode est à rire sur des sujets plutôt graves. Et en particulier, les tensions religieuses au Proche-Orient. Après un magnifique Et Maintenant on va où ? traitant du conflit entre chrétiens et musulmans au Liban, voici le Cochon de Gaza qui nous plonge au cœur du conflit Israelo-Palestinien. Une comédie très premier degré dans un décor dramatique. Un mélange des genres osés, mais qui fonctionne plutôt bien.

Jafaar est marin-pêcheur à Gaza. Métier qui ne nourrit pas son homme, puisque le blocus israélien les empêche de s’éloigner trop de la côte. Dans ses filets, beaucoup d’ordures, des chaussures et un beau jour… un cochon bien vivant. Mais que faire tel animal quand on vit entouré de deux religions qui le considèrent comme impur.

Le Cochon de Gaza nous plonge donc au cœur d’un sujet brûlant de l’actualité. Enfin malheureusement d’actualité depuis des décennies. Un thème qui se prête plutôt au drame, tant de sang et de larmes sont versés années après années. Une situation qui semble être prisonnière d’une spirale inexorable et absurde… Et là où il y a de l’absurde, il peut y avoir du rire. Ce film en est une preuve éclatante.

Avoir choisi un cochon comme centre de ce film n’a rien anodin. Cet animal, et surtout le fait qu’il soit rejeter par le Judaïsme et l’Islam, montre à quel point ces religions sont liés par l’histoire et sont nés du même terreau culturel. Un lien qui prête à sourire, mais qui est fort et révélateur. C’est la preuve qu’une bonne idée originale peut donner un petit quelque chose en plus à un film très classique par ailleurs. Le Cochon de Gaza n’est sans doute pas le film de l’année, mais il restera dans les mémoires pour son côté surprenant.

Au-delà du contexte, le Cochon de Gaza possède aussi bien d’autres qualités. Une est primordiale : il s’agit d’une comédie très drôle. Le film est rythmé, les gags s’enchaînent et beaucoup d’eux font mouches. Certes, on reste souvent dans un humour très premier degré. C’est sans doute là la plus grande limite de ce film, par rapport à Maintenant on va où ? notamment, car Sylvain Estibal ne joue pas complètement la carte de l’absurde et ne fait guère preuve de subtilité. Mais comme cela fonctionne, il faut prendre cela comme un choix plus que comme réellement un vrai défaut.

lecochondegazaLa réalisation de Sylvain Estibal est sobre et sans fioriture. Les mauvaises langues diront que le Cochon de Gaza ressemble plutôt à un sympathique téléfilm. Ca serait faire injure à une inventivité réelle qui se manifeste surtout dans le scénario certes, mais qui est aussi parfois visuelle. On sent bien que les moyens étaient tout de même limités et on peut considérer que le réalisateur en a tiré le meilleur.

Le Cochon de Gaza est l’occasion de découvrir, ou redécouvrir Sasson Gabai, acteur israélien, né à Bagdad, que l’on a pu voir dans Rambo III, mais surtout dans le magnifique la Visite de la Fanfare. Il est parfait dans ce rôle de pêcheur à première vue totalement dépassé par les évènements mais qui fera au final preuve d’une créativité sans borne. Un mot également sur la très belle Myriam Tekaïa que l’on espère revoir bientôt sur nos écrans.

Le Cochon de Gaza est donc un film qui apporte un regard neuf et plein d’humour sur une situation absurde. Une absurdité malheureusement dramatique…

Fiche technique :
Production : Marilyn productions, Barry Films, uFilm, Rhamsa Productions, Saga films
Distribution : Studio Canal
Réalisation : Sylvain Estibal
Scénario : Sylvain Estibal
Montage : Damien Keyeux
Photo : Romain Winding
Décors : Albrecht Konrad
Durée : 109 mn

Casting :
Sasson Gabai : Jafaar
Baya Belal : Fatima
Miryam Tekaïa : Yelena
Gassan Abbas : Slim le barbier
Ulrich Tukur : l’homme de l’ONU

RESTLESS : Le bonheur et la joie malgré tout

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restlessafficheGus Van Sant est un réalisateur qui laisse difficilement indifférent. Enfin, en tout cas, il ne me laisse pas indifférent. Autant j’ai pu adorer Prête à Tout ou Harvey Milk, autant j’ai détesté Elephant, pourtant Palme d’Or, ou Paranoïd Park. Alors quand un de ses films sort sur nos écrans, on est partagé entre excitation et appréhension. Surtout que le sujet de Restless pouvait laisser entrevoir le pire comme le meilleur. Heureusement, il penche plutôt vers le second.

Enoch éprouve une étrange fascination pour les enterrements depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture. A l’un d’entre eux, il croisera Annabel, qui est immédiatement attirée par ce jeune homme lunaire et taciturne, qui a pour confident un ami imaginaire, mort en kamikaze pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une relation intense va se nouer entre ces deux adolescents quelque peu hors normes. Surtout qu’Annabel a une tumeur au cerveau et n’a plus que quelques semaines à vivre.

On le voit tout de suite, Restless traite d’un sujet plutôt grave et qui ne prête guère à sourire. Pourtant, comme pour le fabuleux la Guerre est Déclarée, ce film est avant tout un film plein d’optimisme, de joie de vivre, même quand la vie est courte, d’énergie et tout simplement d’amour. On sourit, on rit, bien plus que l’on ne pleure. Après tout, le dénouement tragique est évident et Gus Van Sant ne s’y attarde pas, ne cherche pas à créer de tension autour de lui. Au contraire, il se focalise sur cette envie dévorante de savourer et de vivre chaque seconde intensément. Une envie remarquablement communicative.

Restless n’est cependant pas un film parfait. Il a quelque part les défauts de ses qualités. Car cette mort annoncée crée une réelle émotion, mais une émotion très facile. Gus Van Sant fait tout pour s’en détacher, mais ceci est trop au cœur de l’histoire pour que cela soit totalement possible. Si les personnages sont particulièrement originaux, on se dit quand même qu’un des ressorts principaux de l’intrigue est un peu trop gros pour être totalement convaincant. L’aspect dramatique de ce film, qui est, et j’insiste bien sur ce point, secondaire, est donc nettement moins intéressant et original que le reste.

Mais globalement, on arrive à faire abstraction de tout cela et on entre profondément dans cette histoire. Ce sont les deux personnages qui finissent par nous donner envie d’y croire. Des personnages de cinéma certes, mais terriblement attachants, que l’on a envie d’aimer, que l’on envie de voir s’aimer. Restless reste avant tout une très belle histoire d’amour, trop belle pour être vraiment triste. On se laisse parfois aller à espérer un happy end, une guérison miraculeuse ou un traitement révolutionnaire. On partage les moments de colère de Enoch face à l’inexorable. Mais il se dégage trop de choses positives de ce film pour nous laisser de vrais regrets.

restlessLa caméra de Gus Van Sant reste une des plus élégantes. Elle l’a souvent trop été à mon goût, dans certains films où le réalisateur américain oubliait quelque peu le fond au profit exclusif de la forme. Il n’en est rien dans Restless, où il laisse de côté les effets de style pour une réalisation sobre et lumineuse, au service de son histoire et de ses acteurs.

Le duo Mia Wasikowska – Henry Hopper est à la hauteur de l’ambition de ce film. La première, l’Alice de Tim Burton, tient Restless sur ses épaules avec un talent, un charme et un aplomb formidable pour une actrice aussi jeune. Son interprétation remarquable de justesse contribue fortement à faire de ce film un message avant tout optimiste. Le second est le fils de Denis Hopper, auquel le film est dédié. Il est encore trop tôt pour savoir s’il marchera sur les traces de son père, mais on a connu de pires débuts. Il ne possède peut-être pas encore le charisme de sa partenaire, mais il n’en reste pas moins qu’on tient là un très beau premier rôle.

Restless constitue donc un vrai beau moment de cinéma, loin du pathos que l’on pouvait craindre. Certes ficelles narratives sont peut-être un peu grosses, mais on a tant envie d’y croire que l’on passe outre sans aucun problème.

Fiche technique :
Production : Imagine Entertainment, Columbia pictures
Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Jason Lew
Montage : Elliot Graham
Photo : Harris Savides
Décors : Anne Ross
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Musique : Danny Elfman
Durée : 91 mn

Casting :
Henry Hopper : Enoch
Mia Wasikowska : Annabel
Ryo Kase : Hiroshi
Schuyler Fisk : Elizabeth
Jane Adams : Mabel
Lusia Strus : Rachel
Chin Han : Dr Lee

ET MAINTENANT ON VA OU ? : L’humour plus fort que la haine

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etmaintenantonvaouafficheA l’été 2007, nous avions pu découvrir Caramel, un très beau film libanais de et avec Nadine Labaki, aussi belle que talentueuse. Une œuvre plutôt légère qui ne faisait qu’effleurer tous les problèmes que peut connaître ce pays qui a tant souffert. Elle nous revient avec un nouveau bijou, Et Maintenant on va où ?, qui cette fois aborde les blessures les plus profondes de manière directe… mais avec un formidable humour.

Dans un petit village isolé du Liban, les tensions sont toujours vives entre chrétiens et musulmans. Enfin, entre les hommes. Car les femmes du village, elles, font tout pour maintenir la paix, avec la complicité du prêtre et de l’imam locaux. Elles sont toutes unies par le deuil d’un mari, d’un frère, d’un fils, quand leurs hommes encore vivants n’y voient que prétexte à la vengeance. Elles vont donc devoir déployer des trésors d’imagination pour éviter que les passions ne s’embrasent à nouveau.

Et Maintenant on va où ? nous parle d’un sujet qui ne prête vraiment pas à rire. Ce film nous fait d’ailleurs partager avec beaucoup d’émotion cette souffrance, cette peur de tous les instants qu’engendre le cycle de la violence et de la haine. Il n’élude pas ces aspects et ne les minimise pas une seule seconde. Cependant, Nadine Labaki a choisi de prendre un incroyable recul sur cette situation qui doit forcément la toucher au plus profond d’elle.

En effet, Et Maintenant on va où ? est une vraie comédie. On y rit beaucoup, souvent et avec de vrais éclats. Mais cet humour est porteur d’un message très très fort. Il cherche à démontrer le caractère absurde d’une situation où la société entière semble enfermée. Il y parvient de manière étonnante, avec une formidable intelligence et beaucoup de subtilité, même quand l’humour est au premier degré. Rarement rire et larme ne se seront menés avec autant de bonheur et de profondeur.

Cet humour amène forcément Et Maintenant on va où ? à être quelque peu caricatural. Il ne vise pas le réalisme, mais à faire rire et à faire passer un message. Cette dichotomie entre hommes toujours prêts à en découdre et ces femmes unies pour la paix constitue bien sûr une simplification de la réalité. Mais qu’importe ! Il y a sûrement la volonté chez Nadine Labaki de délivrer un message féministe, mais c’est surtout pour servir son propos, le rendre clair et direct, qu’elle a fait ce choix. Et comme au final, cela fonctionne incroyablement bien, on n’a aucune raison d’y voir le moindre problème.

etmaintenantonvaouEt Maintenant on va où ? est surtout un formidable message d’espoir, enthousiasmant, sincère et touchant. Il n’y a pas ici de naïveté, mais tout simplement la volonté de ne pas baisser les bras face à une situation qui n’a rien d’une fatalité. Nadine Labaki nous livre un formidable pied de nez à la violence et à la haine, nous prouvant qu’ils ne pourront jamais détruire totalement les valeurs humaines humaines les plus positives. Un moment de cinéma rare. Peut-être pas du grand cinéma artistiquement parlant, mais un si beau moment d’humanité que ce film sera à coup sûr un des films les plus marquants de cette année.

Nadine Labaki n’est pas qu’une formidable scénariste et une réalisatrice de talent. Elle est aussi une actrice remarquable au charme et au charisme dévastateurs. Mais c’est en fait tout le casting de Maintenant on va où ? qui est à saluer bien bas. Il prouve que s’il y a bien une richesse universelle, c’est celle des excellents comédiens et comédiennes.

Maintenant on va où ? est un film aux qualités qui vont bien au-delà de la simple fiction cinématographique. Une preuve éclatante surtout que l’humour est un aussi un formidable vecteur pour les messages le plus profonds et les plus graves.

Fiche technique :
Production : Les Films des Tournelles
Réalisation : Nadine Labaki
Scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Rodney Al Haddad, Thomas Bidegain
Montage : Véronique Lange
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Cynthia Zahar
Distribution : Pathé Distribution
Son : Michel Casang, Gwennolé Le Borgne, Dominique Gaborieau
Durée : 100 mn

Casting :
Yvonne Maalouf : Yvonne
Nadine Labaki : Amale
Layla Hakim : Afaf
Claude Baz Moussawbaa : Takla
Antoinette Noufaily : Saydeh
Julien Farhat : Rabih

WARRIOR : Pas de quoi être frère

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warriorafficheLa boxe est connue pour être le sport le plus cinémagénique. Cette année, on n’a pu encore le vérifier avec l’excellent Fighter. Mais bon, à force, on se dit que l’on a un peu épuisé le sujet. Alors pourquoi pas innover en proposant autre chose que de la boxe, à savoir de l’ultimate fighting. Le catch a bien donné un petit chef d’œuvre, The Wrestler, alors ne faisons pas d’emblée du mauvais esprit. Sauf que, malheureusement, Warrior est au final loin d’être un bon film.

Tommy Conlon revient voir son père, ancien alcoolique, quinze ans après avoir fui avec sa mère. Il n’est pas tendre avec le vieil homme, qui avait fait de lui adolescent un champion de lutte. Il lui demande cette fois-ci de l’entraîner pour un tournoi d’ultimate fighting donc le vainqueur recevra une somme colossale. Au même moment, son propre frère, auquel il reproche de ne pas l’avoir suivi dans sa fuite, se prépare lui-aussi à remonter sur un ring pour tenter d’empêcher l’expulsion de sa famille.

Pour Warrior, le réalisateur Gavin O’Connor a à peu près raté tout ce qu’il a tenté. Faute de réelle inspiration, il se contente de surexploiter de vieilles recettes sans imagination, ni subtilité. Le scénario déjà se perd dans une histoire de relations familiales qui tournent en rond bien trop longtemps, alors que l’on sait pertinemment que tout cela va s’achever dans une grande réconciliation. Du coup, toute tentative de profondeur reste vaine, peine grandement à convaincre et au final plonge le spectateur dans un certain ennui.

Une histoire même improbable peut être bonne. Le cinéma est là pour nous faire rêver et l’impossible peut facilement y devenir possible. Mais il faut aussi pour cela ne pas trop se prendre au sérieux. Or, si Warrior peut-être facilement vu au second degré, je doute que cela soit vraiment volontaire. Alors du coup, toutes les incohérences, tous les évènements peu crédibles, tous les hasards trop bien faits gâchent le plaisir au fur et à mesure qu’ils s’accumulent. On aurait pu éventuellement croire à cette histoire si on en avait vraiment envie. Mais comme elle ne nous enthousiasme pas par ailleurs, on se montre intransigeant.

warriorIl aurait pu au moins nous rester quelques belles scènes de combat. Malheureusement, là encore, Warrior se prend les pieds dans le tapis. Déjà, la réalisation façon clip vidéo ressemble à un brouillon sans âme. Mais le pire reste le scénario même des affrontements. Pour faire simple, les combats de Tommy durent tous environ dix secondes, vu qu’il est super fort (exemple d’élément super crédible). Ceux de son frère sont beaucoup plus disputés, mais se déroulent tous exactement de la même façon : une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… Bref, on se demande si on ne se moquerait pas du spectateur. On a vraiment l’impression que Gavin O’Connor a eu une idée et une seule et a complètement bloqué dessus, faisant ressemblé son film à un disque rayé.

La performance de Tom Hardy et Joel Edgerton a été saluée par plusieurs critiques. Si on ne s’arrête qu’au travail de musculation, il est évident qu’on ne peut qu’être admiratif. Amatrices et amateurs de torses et épaules improbables, réjouissez-vous, Warrior est fait pour vous ! Par contre, ceux qui s’attachent surtout à l’expressivité ou même tout simplement au talent de comédien n’auront guère de raison de s’enthousiasmer. On est face à des interprétations très professionnelles, mais sans génie. Quant à ce pauvre Nick Nolte, il traverse ce film en se demandant bien ce qu’il fait là et en démontrant à chaque plan qu’il n’y croie pas du tout.

Warrior se prend trop au sérieux pour être un sympathique navet. C’est tout simplement un mauvais film qui tombe dans les tous les pièges qu’il s’est lui-même tendu.

Fiche technique :
Réalisateur : Gavin O’Connor
Scénario : Gavin O’Connor, Cliff Dorfman et Anthony Tambakis, d’après une histoire de Gavin O’Connor et Cliff Dorfman
Musique : Mark Isham
Photographie : Masanobu Takayanagi
Montage : Sean Albertson, Matt Chesse, John Gilroy et Aaron Marshall
Décors : Dan LeighCostumes : Abigail Murray
Producteur : Greg O’Connor
Langue : anglais
Format : Couleurs
Durée : 140 minutes

Casting :
Tom Hardy : Tom Conlon
Joel Edgerton : Brendan Conlon
Frank Grillo : Frank
Kevin Dunn : Joe Zito
Nick Nolte : Paddy Conlon
Jennifer Morrison : Tess Conlon
Josh Rosenthal : l’arbitre

CRAZY, STUPID, LOVE : Pas très crazy

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crazystupidloveafficheIl existe une légère variante aux comédies romantiques classiques, où l’on voit deux beaux et jeunes gens tomber amoureux l’un de l’autre, après avoir affronté maintes et maintes péripéties. En effet, on peut aussi tomber sur des films qui se focalisent sur un couple qui bat de l’aile et qui, à la fin, retombe amoureux comme au premier jour. On avait eu ainsi droit cette année au plutôt réussi Bon à Tirer. Dans la même lignée, voici Crazy, Stupid, Love, pour un résultat malheureusement plutôt décevant.

Carl Weaver voit son monde s’écrouler le jour où sa femme, qu’il a rencontré au lycée, lui annonce qu’elle veut divorcer, après l’avoir trompé avec un collègue. Fataliste face à cette nouvelle, il se laisse aller à la déprime. Jusqu’au jour où le jeune et beau Jacob Palmer, serial-tombeur irrésistible, décide de le prendre sous son aile pou lui faire retrouver sa virilité et son potentiel de séduction.

Crazy, Stupid, Love possède bien des qualités. De vraies trouvailles, quelques scènes savoureuses provoquant de vrais éclats de rire et des personnages particulièrement réussis et attachants. Malheureusement, tout cela est dilué dans près de deux heures de film, un format bien trop long pour une histoire dont on sait pertinemment comment elle va finir. Du coup, par manque d’intensité, on a bien du mal à entrer dans cette histoire. Beaucoup plus condensé, ce film aurait été beaucoup plus réussi, à défaut d’être génial.

Crazy, Stupid, Love nous présente trois histoires d’amour en parallèle. Les deux histoires adultes fonctionnent plutôt bien et on apprécie vraiment la compagnie des personnages. La troisième est plus bancale. Pour une fois, l’adolescence n’est pas trop caricaturée, mais on n’y croit pas vraiment et on a plutôt envie de baffer le jeune garçon pour lui demander d’arrêter d’être aussi lourd avec la fille qu’il convoite.

Mais le plus gênant, c’est peut-être de voir que ces trois histoires plutôt différentes arrivent à peu près à la même conclusion, nous expliquant que l’amour au final, c’est quand même formidable et finit toujours par plus ou moins triompher. N’importe quel être humain sait pertinemment que cela n’est pas vrai. Certes, le cinéma, et en particulier les comédies romantiques, sont là pour nous faire rêver, mais trois fois d’un coup, c’est un peu trop et rend du coup le propos définitivement inintéressant. Pourtant ce qui précède est encore une fois relativement bien traité (au moins sur le fond). Dommage de ne pas avoir pris un peu plus de risque avec un dénouement moins conventionnel et attendu.

crazystupidloveL’ensemble du casting ne s’en sort pas trop mal et il serait bien sévère de lui reprocher la moindre part dans le manque de rythme général de Crazy, Stupid, Love. C’est surtout du côté des hommes qu’il brille le plus. Steve Carell et Ryan Gosling forment un duo vraiment attachant et convaincant. Ils interprètent deux personnages diamétralement opposés, sans jamais pourtant sombrer dans la caricature ou en faire trop. Ils en ont pourtant maintes fois l’occasion. Du côté des femmes, Julianne Moore capitalise sur son talent naturel et c’est largement suffisant quand on est une telle actrice. De toute façon, le rôle ne se prêtait pas vraiment à la performance inoubliable. Par contre, Emma Stone apporte une vraie touche de fraîcheur et on peut regretter que son personnage soit quelque peu sous-exploité. Quant aux deux adolescents, on ne parierait pas toute sa fortune sur une brillante future carrière.

Au final, Crazy, Stupid, Love est un film plutôt raté, incapable d’exploiter ses qualités et ses bonnes trouvailles, en les noyant dans des longueurs qui aboutissent à un dénouement totalement attendu.

Fiche technique :
Production : Carousel productions
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Glenn Ficarra, John Requa
Scénario : Dan Fogelman
Montage : Lee Haxall
Photo : Andrew Dunn
Décors : William Arnold
Musique : Cristophe Beck, Nick Urata
Effets spéciaux : Gravity
Costumes : Dayna Pink
Durée : 118 mn

Casting :
Steve Carell : Cal
Ryan Gosling : Jacob
Julianne Moore : Emily
Emma Stone : Hannah
Analeigh Tipton : Jessica
Marisa Tomei : Kate
Kevin Bacon : David Lindhagen

HABEMUS PAPAM : Habemus grand film

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habemuspapamafficheNani Moretti est un réalisateur qui ne m’a jamais convaincu. Bon, j’avoue que j’ai jamais osé regarder Palombella Rossa, que tout le monde autour de moi a toujours qualifié de sommet de l’ennui. J’avais par contre aimé la Chambre du Fils, Palme d’Or au Festival de Cannes, même si je n’avais pas vraiment fait preuve du même enthousiasme que bien des spectateurs et des critiques. Mais cette fois-ci, je dois avouer qu’il nous offre avec Habemus Papam un des meilleurs films de l’année.

Le Pape vient de mourir. Les cardinaux se rassemblent et se coupent du monde pour former le conclave chargé de désigner son successeur. Après plusieurs tours de vote qui n’ont pu départager les favoris, les suffrages se portent soudainement massivement sur le Cadirnal Melville. Mais ce dernier, au moment d’apparaître au balcon face à la foule attendant sur la Place St Pierre est frappé d’une profonde dépression. La foule attendra… Les cardinaux aussi, car tant que le Pape n’est pas connu du monde extérieur, le conclave se poursuit.

Habemus Papam part d’une idée un peu folle, mais pas si impensable que ça. En effet, il n’est pas si rare que les grands de ce monde fondent les plombs. Evidemment, c’est la dernière chose que l’on attend d’un Pape, mais d’une autre côté, il reste un homme… C’est d’ailleurs là tout le message de ce film qui porte un regard sévère sur l’institution, mais si tendre sur les hommes qui la composent. Le tout est réalisé avec beaucoup d’humour, infiniment de subtilité et d’intelligence et sans jamais laisser place à l’ennui.

Habemus Papam est donc un film réjouissant et enjoué. Un peu plus d’une heure et demi, c’est juste ce qu’il faut pour conserver légèreté et rythme. Nani Moretti ne surexploite aucune de ses nombreuses très bonnes idées. Son message est simple et direct, sans fioritures inutiles, délivré par un merveilleux humour humaniste. On est là face à une vraie comédie. Un tournoi de volley organisé entre les cardinaux dans la cours du Vatican tient lieu de morceau de bravoure à un film vraiment surprenant, qui sait manier aussi bien l’humour visuel que situationnel. De vrais éclats de rire donc, au service d’un message puissant.

Il y a deux histoires en parallèle dans Habemus Papam. Celle de ce Pape, partagé entre le désir de fuite et la volonté de trouver la force d’accomplir sa mission et celle de ce psychanalyste, enfermé avec les cardinaux et qui va les pousser à sortir du carcan dans lequel leur fonction les enferme pour qu’ils retrouvent une humanité et une spontanéité quelque peu enfouies. Une est plus intimiste, l’autre est plus exubérante. Mais les deux sont traités avec le même bonheur, la même intelligence et toujours le même humour.

habemuspapamHabemus Papam n’est donc en rien une sorte de parodie de la vie au Vatican. Nani Moretti ne cherche pas à se moquer ou à ridiculiser. Le rire est ici toujours porteur de sens. Il y a chez lui une infinie tendresse envers ses personnages. Certes, on sent chez lui la critique au final assez dure d’une institution dont il dénonce sans en avoir l’air le caractère hautement théâtral et étouffant. Mais au final, il ne blesse personne, car il n’y a pas de méchants et de gentils, simplement des êtres humains ayant parfois envie d’échapper au poids de responsabilités qui finissent trop souvent par les rattraper. Quant à la conclusion… Je n’en dirai rien, sauf qu’elle navigue entre optimisme et pessimisme et consitue une parfaite conclusion à un film d’une rare intelligence (bon je sais, je me répète un peu…).

Le film est merveilleusement interprété par l’ensemble du casting. On retiendra avant tout les performances de deux stars de Habemus Papam. Michel Piccoli n’est peut-être plus tout jeune et de plus en plus rare à l’écran. Mais quantité n’est pas qualité, ce film en est la preuve. Ce rôle restera sûrement un de plus marquants d’une carrière pour lequel le qualificatif d’immense est encore loin de la réalité. Mais le vrai détonateur de ce film est Nani Moretti lui-même, absolument époustouflant, drôle et véhiculant une formidable énergie. On peut donc saluer son formidable talent à double titre.

Habemus Papam est donc un film drôle et réjouissant, formidablement intelligent, surprenant et parfaitement réalisé. Bref un vrai grand moment de cinéma.

Fiche technique :
Production : Sacher film, Fandango, Le Pacte
Réalisation : Nanni Moretti
Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Federica Pontremoli
Montage : Esmeralda Calabria
Photo : Alessandro Pesci
Décors : Paolo Bizzarri
Distribution : Le Pacte
Son : Alessandro Zanon
Musique : Franco Piersanti
Durée : 102 mn

Casting :
Michel Piccoli : le pape
Nanni Moretti : le psychanalyste
Jerzy Stuhr : le porte parole
Margherita Buy : la psychanalyste
Renato Scarpa : Cardinal Gergori
Franco Graziosi : Cardinal Bollati

AU REVOIR : Le dur et austère chemin de l’exil

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aurevoirafficheLe cinéma iranien est à l’honneur cette année. Le magnifique Une Séparation a reçu l’Ours d’Or au Festival de Berlin. Voici désormais, Au Revoir, prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Un film engagé qui vaut à son réalisateur un procès dont il attend aujourd’hui le verdict. Mais un film également nettement moins enthousiasmant que son prédécesseur.

Une femme iranienne vit une situation de plus en plus désespérée : elle apprend que le bébé qu’elle porte est trisomique et elle perd sa licence d’avocate, car son mari, journaliste très critique face au régime, est contraint de vivre désormais dans la clandestinité. Alors elle décide de fuir son pays. Mais le chemin de l’exil est semé d’embûches.

Au Revoir constitue un poignant témoignage sur la situation actuelle en Iran, sur les lourdeurs de cette société qui oppresse et opprime. Le récit nous fait partager à la fois le quotidien des victimes de ce régime et le désespoir causé par les difficultés d’y réchapper. Car l’Iran ne tolère pas que l’on quitte son sol, même si on est un opposant (contrairement à Cuba qui ferme facilement les yeux). On suit la jeune femme dans toutes les étapes de la préparation de sa fuite, sentant à chaque instant la présence de l’étau prêt à se refermer sur elle.

Sur le fond, l’intérêt d’Au Revoir est incontestable. Sur la forme, le film peut rebuter. Il en effet particulièrement austère. Le prix de la mise en scène reçu à Cannes montre bien qu’il y a là une vraie démarche artistique volontaire. Mohammad Rassoulof a voulu nous faire ressentir de manière visuelle la dureté de la société iranienne. En effet, ce film est tourné exclusivement en plan fixe. Jamais la caméra ne se déplace. Les plans sont généralement assez longs, jamais moins de dix secondes et souvent supérieurs à la minute.

Au Revoir est donc un film incroyablement statique. Le spectateur est ainsi enfermé par l’image, comme l’est la protagoniste principale. La sensation est étouffante, presque claustrophobique. Mais cette âpreté dans la forme rend du coup ce film particulièrement froid, car le spectateur n’est pas avec la jeune femme, mais de l’autre côté du mur constitué par l’écran. On reste en dehors de l’histoire, n’arrivant pas vraiment à tisser de lien avec elle, tout comme elle n’arrive pas à en créer avec tous ceux qui l’entourent. On ne s’attache pas vraiment, on ne ressent que trop peu ses émotions, qu’elle n’a de toute façon très peu d’occasion d’exprimer.

aurevoirAu Revoir présente donc un vrai parti-pris artistique. On peut saluer la démarche et le risque encouru. Mais peut-être aurait-il mieux fallu rendre la forme plus accessible pour mieux faire passer le message. Surtout que ce film vient peu après Une Séparation, qui traite globalement du même sujet, mais avec infiniment plus d’émotion. La déception prédomine donc quelque peu, face à ce personnage qu’on aurait souhaité aimer, au-delà de la simple compassion, mais qui reste bien trop une étrangère.

L’actrice Leyla Zareh n’aura par contre rien à se reprocher. Certes, son jeu est lui aussi très austère, mais elle arrive à porter entièrement Au Revoir sur ses épaules sans jamais faiblir une seule seconde. On espère surtout qu’elle échappera à la répression qui frappe le réalisateur et on peut imaginer le courage qu’il a fallu avoir pour interpréter ce rôle. Le même courage dont fait preuve le personnage qu’elle interprête.

Au Revoir ne laisse pas indifférent, aussi bien sur la forme que sur le fond. Mais malheureusement, ce sentiment n’est pas que positif et une mise-en-scène radicale éloigne trop un spectateur qui aurait tant voulu entrer dans ce film.

Fiche technique :
Production : Mohammad Rasoulof films
Réalisation : Mohammad Rasoulof
Scénario : Mohammad Rasoulof
Montage : Arastoo Givi
Décors : Saeid Asadi
Distribution : Pretty Pictures
Son : Hussein Mahdavi
Durée : 100 mn

Casting :
Leyla Zareh : la jeune avocate