L’ANGE DU MAL : Mesrine 1 Vallanzasca 0

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langedumalafficheL’Italie a offert au monde les pizzas, les spaghettis, Eros Ramazzotti, le catenaccio, des raisons de donner des coups de boule… et beaucoup de gangsters, réels ou imaginaires. Renato Vallanzasca a bel bien existé et défrayé la chronique judiciaire transalpine au cours des années 60 et 70. Une sorte de Mesrine à l’Italienne, qui avait su séduire les foules par son charisme et son humour, qui faisaient oublier tout le sang qu’il a fait couler. L’Ange du Mal nous raconte son histoire.

Renato Vallanzasca a commencé sa carrière criminelle à l’âge de 9 ans. Vingt ans plus tard, il deviendra célèbre pour ses nombreux braquages de banque. Malgré les victimes qu’il laisse dans son sillage, il deviendra la coqueluche d’une partie de l’Italie, tombée sous son charme dévastateur.

Le parallèle entre Vallanzasca et Mesrine n’est pas qu’historique, mais aussi cinématographique. En effet, on peut facilement imaginer que le film de Jean-François Richet a sûrement influencé la démarche de Michele Placido, même si évidemment l’Italie ne nous a pas attendus pour nous livrer régulièrement des films de gangsters. On se souvient notamment de Romanzo Criminale, avec le même acteur principal ou de l’excellent Gamorra. Mais malheureusement, on ne peut pas dire que l’Ange du Mal apporte quoique ce soit de nouveau ou de bien intéressant.

Renato Vallanzasca est certes un personnage réel hors du commun. Presque un personnage de cinéma… Mais c’est peut-être bien là le problème, car il ne se démarque que très peu de bien des personnages de fiction, qu’il a paradoxalement inspiré. Le modèle original a été surpassé par ses copies. Du coup, le spectateur a bien du mal à s’enthousiasmer devant le spectacle de sa vie. Que les faits soient réels n’apportent rien, car on n’est pas dans l’émotion.

L’Ange du Mal est tourné comme un film de gangsters classiques et se veut spectaculaire. Sa dimension historique reste donc réellement anecdotique. Mais on lui préfèrera un bon paquet de films du même genre. Le choix ne manque pas dans cette catégorie, reléguant inexorablement ce film au rang d’œuvre mineure et absolument pas indispensable. On ne passe pas un mauvais moment, mais on suit les péripéties d’un œil plutôt discret et, sans avoir tout du long regardé sa montre, on n’est pas non plus mécontent que cela soit fini.

langedumalLa réalisation de Michele Placido est à l’image générale du film. C’est propre et professionnel, mais sûrement pas génial, encore moins original. On le sent hésitant entre un style très efficace et purement commercial et la volonté de nous raconter réellement une histoire. Faute d’avoir tranché, il condamne L’Ange du Mal à une certaine médiocrité et l’empêche de se démarquer du reste du nombre assez pléthorique de films de gangsters.

Kim Rossi Stuart met pourtant tout son charisme au service de son personnage. Il est difficile de lui reprocher quoique ce soit. Mais n’est pas Vincent Cassel qui veut et il n’arrive pas à porter à lui seul sur ses épaules un film par ailleurs trop dénué de surprises. Le reste du casting nous offre pléthore de seconds rôles. Cependant, là encore, rien de vraiment remarquable.

Sans être vraiment raté, l’Ange du Mal ne soulèvera pas l’enthousiasme des foules. Les amateurs de films de gangsters y trouveront peut-être quand même leur compte. Les autres pourront trouver aisément bien meilleur dans le même genre.

Fiche technique :
Titre original : Vallanzasca – Gli angeli del male
Réalisation : Michele Placido
Scénario : Michele Placido, Kim Rossi Stuart, Antonio Leotti, Toni Trupia, Andrea Leanza, Antonella D’Agostino et Angelo Pasquini d’après le livre de Renato Vallanzasca, Carlo Bonini et Antonella D’Agostino
Production : Elide Melli
Photo : Arnaldo Catinari
Pays d’origine : Italie
Format : Couleurs
Genre : Drame, policier, thriller, biographie
Durée : 125 minutes

Casting :
Kim Rossi Stuart : Renato Vallanzasca
Filippo Timi : Enzo
Moritz Bleibtreu : Sergio
Valeria Solarino : Consuelo
Paz Vega : Antonella D’Agostino
Francesco Scianna : Francis Turatello
Gaetano Bruno : Fausto

SEXE ENTRE AMIS : Beaucoup de fil blanc, mais bien cousu

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sexeentreamisafficheLorsque j’ai vu les affiches de Sexe entre Amis dans le hall de mon cinéma préféré (UGC La Défense pour ceux qui voudraient m’y croiser !), je me suis immédiatement dit : Jamais je n’irai voir ce film. Rien que le titre raconte le début, le milieu et la fin de l’histoire… Mais vous l’aurez compris, je n’ai pas tenu parole et au final, je ne le regrette pas. Même si le titre raconte bien le début, le milieu et la fin…

Dylan débarque à New-York depuis Los Angeles du fait de l’insistance de Jamie, chasseuse de têtes, qui veut absolument en faire le nouveau directeur artistique du magazine GQ. En une soirée, elle arrive à le convaincre d’accepter. Ils deviennent très vite les meilleurs amis du monde. Evidemment, beaux comme ils sont, ils finissent par coucher ensemble. Mais ils décident que cela restera purement sexuel et ne remettra pas en cause leur amitié.

N’attendez surtout pas de Sexe entre Amis la moindre surprise quant au dénouement. Il se termine exactement comme prévu, dans un happy end romantique des plus hollywoodiens. Mais pourtant, on n’a pas pour une fois envie de se fourrer deux doigts au fond de la gorge face à ce spectacle dégoulinant de bons sentiments. En effet, ce qui sauve le film, c’est qu’à la première seconde où l’on voit Dylan et Jamie, on se dit qu’ils feraient un très beau couple. Du coup, on a vraiment envie de les voir finir ensemble et d’assumer enfin leurs sentiments réciproques.

Les deux personnages de Sexe entre Amis sont en effet particulièrement sympathiques, malgré leur statut d’urbains américains jeunes beaux gagnant beaucoup d’argent grâce à un métier super cool censé nous faire rêver. Il y a quelque chose en eux qui les rend particulièrement attachants, dès la première seconde. Au moins, le film échappe au classique « il a l’air antipathique au premier abord, mais en fait, c’est un mec génial, donc ils vont finir par s’aimer ».

Parce que bon, au-delà de ça, on ne réchappe quand même pas à tout un tas de poncifs propres aux comédies romantiques hollywoodiennes. On s’amusera notamment du contraste entre des dialogues et des situations très crus sexuellement parlant et le fait que Jamie fait toujours attention à couvrir sa poitrine avec le drap, de peur que le spectateur ne voie un téton. Ce côté faussement puritain peut énerver, mais à force, on n’en a pris l’habitude. Par contre, là où le film est carrément borderline, c’est sur la mise en scène de la maladie d’Alzheimer du père de Dylan pour le conduire à avouer sa flamme et ne plus avoir peur de s’engager.

sexeentreamisMais au fond, le plus important, c’est que Sexe entre Amis est tout simplement très drôle. Et même si l’humour tourne beaucoup autour du sexe, le film est très rarement vulgaire. Il alterne premier et second degré, avec rythme et pas mal de bonheur. Ce n’est pas la comédie romantique la plus drôle de l’année, mais au moins, elle fonctionne et on ne s’ennuie pas une seule seconde. Après, on ne peut qu’admettre que tout y est cousu d’un gros fil blanc.

Sexe entre Amis tend également à prouver deux choses. Premièrement que Justin Timberlake se défend en tant qu’acteur, même si ce n’est pas non plus Robert De Niro. Ca viendra peut-être, mais j’en doute très très fort. Par contre, Mila Kunis est très certainement une des actrices le plus sous-cotées d’Hollywood, même si cela est certainement en train de changer. Magnifique dans The Black Swan, on l’attend avec impatience dans l’adaptation du Magicien d’Oz de Sam Raimi. En attendant, dans ce film, elle livre une performance très professionnelle, mais à laquelle son charme naturel rajoute un supplément non négligeable.

Sexe entre Amis constitue donc une comédie romantique sans surprise, mais qui fonctionne grâce à un humour efficace et un couple adorable.

Fiche technique :
Production : Screen Gems, Castle Rock Entertainment, Eucker productions, Olive Bridge Entertainment
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Will Gluck
Scénario : Will Gluck, Keth Merryman, David A. Newman
Montage : Tia Nolan
Photo : Michael Grady
Décors : Marcia Hinds
Costumes : Renee Ehrlicj Kalfus
Durée : 109 mn

Casting :
Justin Timberlake : Dylan
Mila Kunis : Jamie
Patrica Clarkcson : Lorna
Jenna Elfman : Annie
Bryan Greenberg : Parker
Richard Jenkins : Mr. Harper
Woody Harrelson : Tommy
Emma Stone : Kayla

PRESUME COUPABLE : L’enfer du Nord

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presumecoupableafficheCette année aura été pour le cinéma français l’année des films sur les erreurs judiciaires, avérées ou supposées. Après Omar m’a Tuer, voici Présumé Coupable, qui revient sur l’affaire d’Outreau, pour laquelle 13 personnes ont été accusées à tort des pires exactions pédophiles. Certaines ont même été jugées coupables en première instance de manière aléatoire et incompréhensible, avant d’être innocentées en appel. Parmi elles, Alain Marécaux dont ce film raconte l’histoire.

Alain Marécaux est huissier de justice à Outreau, dans le Nord. Un matin, la police débarque chez lui et l’arrête, ainsi que son épouse, les accusant de viol sur mineurs. Commence alors un terrible cauchemar face à une machine judiciaire qui va le broyer, alors qu’aucune preuve de sa culpabilité n’existe.

A la fin de Présumé Coupable, une partie de la salle a applaudi. C’est un phénomène suffisamment rare pour être signalé. Cela ne tient pas tant aux qualités cinématographiques bien réelles de ce film qu’à l’émotion que cette histoire, encore très fraîche dans les mémoires, véhicule dans notre imaginaire collectif. Cette sensation de proximité avec une tragédie, qui, au fond, aurait pu arriver à chacun de nous, renforce encore la facilité avec laquelle on rentre dans ce film, pour ne pas en ressortir tout à fait indemne.

Mais Présumé Coupable a l’intelligence de ne pas nous raconter cette histoire de manière trop directe et ne ressemble donc pas un documentaire enflammé et à charge contre le système judiciaire. Ce n’est pas un film sur l’Affaire d’Outreau, mais sur le calvaire d’Alain Marécaux. Ce choix permet à Vincent Gareng de nous offrir un vrai moment de cinéma, qui aurait pu exister, même s’il n’était qu’une pure fiction. Après, le fait que cela soit des faits réels ne vient qu’amplifier une émotion, qui n’est jamais facile.

Présumé Coupable ne se focalise donc pas directement sur la violence de la police, sur l’entêtement absurde et détestable du Juge Burgaud ou sur les médias qui ont rapporté les faits et livrer la réputation de ces gens aux chiens, sans jamais prendre le moindre recul. Certes tout cela apparaît mais le film se focalise beaucoup plus sur les conséquences de tout ça. Sur la vie qui se brise, sur l’amour qui ne survit pas, sur le regard des autres qui même accompagné d’un mot de soutien en dit long sur le jugement qui est déjà tombé, sur le désespoir face à la sensation qui grandit un peu plus chaque jour que le cauchemar ne prendra jamais fin.

presumecoupableMais Présumé Coupable, comme Omar m’a Tuer, constitue un exercice qui a ses limites. Il s’agit là d’un témoignage, mais qui rapporte des faits déjà connus de tous. Il n’y a pas d’éléments nouveaux, simplement la mise en image de ce que l’on savait déjà. Cependant, il nous fait prendre conscience, au moins partiellement, de ce qu’a pu être le calvaire de ses hommes et ses femmes. Si cela nous amène à ne pas juger trop vite ceux que les médias nous livrent comme coupables, alors l’exercice n’aura pas été vain.

Présumé Coupable est aussi la confirmation que Philippe Torreton est peut-être le plus grand acteur français actuel. Mais en choisissant des rôles difficiles et intéressants plutôt que populaires, il renonce peut-être à la une des journaux people (en plus, je doute qu’il soit du genre à pisser dans une bouteille…), mais sûrement pas à l’admiration de tous les cinéphiles. Ce film est aussi l’occasion d’une vraie révélation, celle de Raphaël Ferret, qui tenait pourtant son premier rôle au cinéma. Son interprétation du Juge Burgaud, à la fois sobre et terrifiante, contribue largement à la réussite de ce film.

Au final, Jugé Coupable réussit à éviter tous les pièges, notamment le voyeurisme ou la dénonciation directe et facile. Il constitue plus une piqure de rappel, plus qu’une révélation. Mais il y a des piqures de rappels parfois nécessaires.

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, France 3 Cinéma, Artémis productions
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Vincent Garenq
Scénario : Vincent Garenq, d’après le livre d’Alain Marécaux
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Photo : Renaud Chassaing
Son : Pascal James
Directeur artistique : Yves Brover
Durée : 102 mn

Casting :
Philippe Torreton : Alain Marécaux
Wladimir Yordanoff : Maître Delarue
Noémie Lvovsky : Edith Marécaux
Raphaël Ferret : Le juge Burgaud
Michèle Goddet : Thessy
Farida Ouchani : Myriam Badaoui
Olivier Claverie : Le procureur

BLACKTHORN : Western crépusculaire et andin

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blackthornafficheButch Cassidy est une des figures les plus mythiques de l’Ouest américain. Avec son complice Harvey Logan, dit le Kid, il a connu une carrière criminelle des plus brillantes à la fin du XIXème siècle. L’histoire voudrait qu’ils soient morts en 1908, alors qu’ils avaient fui en Bolivie. Cependant, des tests ADN effectués en 1991 tendraient à prouver que les deux cadavres n’étaient pas ceux des deux fameux bandits, confirmant ce que la sœur de Butch Cassidy a écrit dans ses mémoires. On peut donc tout imaginer quant à la fin de sa vie.

James Blackthorn est un Américain, éleveur de chevaux qui vit au fin fond de la Bolivie. Il entretient une correspondance avec une jeune garçon, qui est peut-être son fils, mais qu’il n’a jamais vu. L’âge avançant, il décide de vendre sa ferme et de revenir aux Etats-Unis pour enfin le rencontrer. Mais sur sa route, il croise une ingénieur espagnol, qui a volé de l’argent à un des plus importants propriétaires miniers du pays. Ce dernier finira par découvrir le secret de James, qui est en fait le célèbre Butch Cassidy, et l’entraîne dans une dernière aventure.

Blackthorn est donc un western… mais n’en est pas un. Il ne se déroule pas aux Etats-Unis et non au XIXème siècle, mais dans les années 30. Pourtant, on retrouve beaucoup des éléments qui ont fait la légende du genre, à commencer par le personnage principal bien sûr. On est donc dans le western crépusculaire, à la Impitoyable, où les héros ont vieilli et porte un regard quelque peu désabusé sur leur passé. Ce film n’est donc ni aussi original, ni aussi classique qu’il pourrait en avoir l’air à première vue.

En fait, le seul défaut de Blackthorn, c’est justement de ne pas être Impitoyable, auquel il fait forcément penser. Mais on peut le lui pardonner aisément et apprécier ce film à sa juste valeur. Un scénario qui mêle situations classiques et quelques rebondissements particulièrement inattendus est particulièrement solide. De beaux duels à coups de pistolet qui, même dans une montagne verdoyante, ressemblent forcément à ceux des grandes plaines de l’Ouest. La photographie est elle-aussi très soignée, nous permettant de découvrir que les déserts boliviens n’ont rien à envier aux décors plus habituels des westerns. On n’en sort donc pas forcément bouleversé, mais au moins, le spectateur en a pour son argent.

blackthornBlackthorn repose beaucoup sur la relation entre les deux personnages principaux. Le premier vieux routier un peu bougon, l’autre jeune imprudent embarqué dans une aventure qui le dépasse. Là encore, cela ne brille pas par une originalité délirante. Mais là encore, ce n’est guère gênant car cela constitue un fil rouge, une trame narrative, sans que le scénario ne se livre à une analyse psychologique super profonde, qui aurait de toute façon déjà senti le déjà-vu. Le film reste avant un tout un film d’aventures.

Blackthorn offre à Sam Shepard un rôle à sa mesure. Il n’a peut être plus tout à fait à l’étoffe des héros, mais il porte encore le chapeau de cow-boy comme personne. Il entre totalement dans la peau de son personnage, qui doit quelque part de toute façon lui ressembler… l’aspect criminel en moins. Face à lui, un excellent Eduardo Noriega. Certes, il est un peu dans l’ombre de son illustre aîné, mais c’est aussi le rôle qui veut ça.

Au final, Blackthorn n’a peut-être pas totalement exploité le potentiel de l’idée de départ. Mais il reste un film élégant et agréable à suivre.

Fiche technique :
Production : Arcadia Motion pictures, Aiete-Ariane Films, Quickfire, Pegaso Producciones, Noodles prod, Buena Suerte, Eter pict., Nix
Distribution : Bac films
Réalisation : Mateo Gil
Scénario : Miguel Barros
Montage : David Gallart
Photo : Juan Ruiz Anchia
Musique : Lucio Godoy
Directeur artistique : Juan Pedro de Gaspar
Durée : 92 mn

Casting :
Sam Shepard : James Blackthorn
Eduardo Noriega : Eduardo Apodaca
Stephen Rea : Mackinley
Padraic Delaney : Sundance Kid
Nikolaj Coster-Waldau : James, jeune
Cristian Mercado : Le général de l’armée bolivienne
Daniel Aguirre : Ivan

LA GUERRE EST DECLAREE : Le combat de leur vie

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laguerreestdeclareeafficheLe plus souvent, parler d’un sujet grave appelle à une certaine sobriété dans la forme. Le spectaculaire ne doit pas prendre le pas sur le fond. Seuls les plus grands comme Lars Van Trier peuvent se permettre de mêler le drame et l’innovation visuelle. Du coup, souvent, on aime ou bien on déteste. La Guerre est Déclarée fait se pari osé. Et se montre à la hauteur.

Roméo et Juliette file un parfait amour, dont est né Adam. Mais peu à peu, leur fils connaît des problèmes de santé de plus en plus prononcés. Jusqu’à ce qu’ils apprennent la terrible nouvelle : leur fils a une tumeur au cerveau.

La Guerre est Déclarée est avant tout une histoire d’amour. En effet, il nous raconte la relation entre Roméo et Juliette beaucoup plus que la maladie de leur fils. Ce dernier est au final assez peu présent et Valérie Donzelli ne cherche jamais à ce que le spectateur s’y attache. Il est à la fois le centre du film et un prétexte pour nous parler de ce qui peut lier deux êtres, dans la joie et dans la peine. Notre empathie ne se manifeste pas de la manière que l’on aurait pu prévoir, mais cela ne diminue en rien l’émotion véhiculée par ce film.

Il faut dire que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm savent de quoi ils parlent puisque ce film est tout simplement une autobiographie de leur couple. Voici un détail que j’ignorais avant de voir La Guerre est Déclarée, mais qui se révèle au final guère surprenant. Il aurait été difficile d’écrire un tel film sans avoir traversé une épreuve comparable. Jamais le film ne tombe dans un voyeurisme ou une émotion facile. Il ne cherche pas à faire pleurer, à passionner, à faire rire ou à distraire. Il raconte, il témoigne, il partage. Le plus difficile restait cependant d’arriver à transmettre l’émotion au spectateur.

Pour cela, Valérie Donzelli a choisi une mise en forme audacieuse. Les effets visuels sont nombreux et la narration se fait parfois de manière assez peu traditionnelle. On sent évidemment que les images sont là pour souligner les sentiments, mais certains pourront trouver que cela détourne l’attention de l’essentiel, que cela dénature la pureté du témoignage, que, quelque part, cela adoucit l’épreuve. Le cancer d’un enfant n’a rien de beau ou d’esthétique. Mais cela signifie-t-il qu’une œuvre qui l’évoque ne peut l’être non plus ? N’est-ce pas justement le rôle de l’art de véhiculer l’émotion par les moyens les plus inattendus ? Bon, ok, on ne va pas commencer le débat ici. Mais une chose est sûr, La Guerre est Déclarée ne peut laisser indifférent.

Et si vous acceptez sans retenu ce parti-pris artistique, si vous vous laissez porter par les images autant que par la narration, alors La Guerre est Déclarée représentera pour vous un magnifique moment de cinéma. Une œuvre forte et audacieuse, profondément personnelle mais aussi tout simplement humaine. On ne peut qu’être admiratif du travail de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, qui ont mis un morceau d’eux-mêmes dans ce film. Un film dont on sort profondément marqué, partagé entre une multitude de sentiments, les mêmes que ceux ressentis par Roméo et Juliette. Avec bien sûr, infiniment moins d’intensité…

laguerreestdeclareeOn peut affirmer que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm tiennent là le rôle de leur vie. Au sens premier du terme en fait. Leur performance est extraordinaire. Et qu’importe s’ils jouent en fait leur propre rôle. L’émotion qu’ils arrivent à véhiculer n’est pas que celle d’un témoignage. Elle est celle procurée par des acteurs qui arrivent à incarner une émotion. Sauf que dans La Guerre est Déclarée, ils en incarnent bien plus d’une.

Dans l’attente de la sortie de The Artist, La Guerre est Déclarée fait déjà figure d’immense favori pour les Césars. Une production d’une audace folle pour l’Hexagone. Mais surtout un magnifique moment de cinéma, entre rires et larmes, entre espoir et infinie tristesse.

Fiche technique :
Production : Rectangle productions, Wild Bunch
Réalisation : Valérie Donzelli
Scénario : Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm
Montage : Pauline Gaillard
Photo : Sébastien Buchmann
Décors : Gaëlle Usandivaras
Distribution : Wild Bunch distribution
Musique : Jérémie Elkaïm (conseiller musical)
Durée : 100 mn

Fiche technique :
Vélarie Donzelli : Juliette
Jérémie Elkaïm : Roméo
Brigitte Sy : Claudia
Michèle Moretti : Geneviève
Bastien Bouillon : Nikos
Anne Le Ny : Dr Fitoussi
Frédéric Pierrot : Pr Sainte-Rose
Philippe Laudenbach : Philippe

COWBOYS ET ENVAHISSEURS : L’alien se conjugue aussi au passé

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cowboysenvahisseursafficheLorsque les petits hommes verts décident de débarquer sur notre bonne Planète Bleue, ils dont deux mauvaises habitudes. Déjà, il faut toujours qu’ils larguent les amarres aux Etats-Unis. Pourtant, ce pays occupe un pourcentage somme toute modéré des terres émergées. Peut-être que c’est l’odeur de junk-food qui les attire. Deuxièmement, ils débarquent toujours à notre époque ou, à la grande rigueur, dans le futur, mais jamais dans le passé. Vous me direz, s’ils étaient venus dans le passé, on serait déjà au courant. Mais Cowboys et Envahisseurs nous prouve que ce n’est pas forcément le cas.

Un beau jour de 1873, en plein Arizona, un homme se réveille, un peu sonné, sans se rappeler qui il est et ce qu’il fait là. Il découvre surtout très vite qu’il possède un étrange bracelet au poignet gauche et qu’il sait visiblement très bien se battre. Arrivé en ville, il apprend qu’il s’appelle Jake Lonergan et que sa tête est mise à prix. Mais au moment où le marshall local l’embarque, la ville est attaquée par d’étranges engins volants.

Faire combattre des aliens par des cowboys, voilà un pitch qui ne semble pas constituer l’idée du siècle à première vue. Mais en y repensant, on se demande comment on n’y a pas pensé avant. En fait, on a du mal à comprendre comment l’idée de l’invasion extra-terrestre pourtant maintes et maintes fois mise en scène a pu être traitée d’une manière aussi uniforme. Bon, cela peut s’expliquer par le fait que débarquer d’une autre galaxie exige un niveau technologique plutôt élevé et que l’humanité a donc intérêt à être au top pour que sa victoire semble un minimum crédible… Mais Cowboys et Envahisseurs nous démontre que cela n’avait rien d’obligatoire.

Soyons clair, Cowboys et Envahisseurs n’est pas le film de l’année, mais concoure plutôt dans la catégorie sympathique série B. Cependant, il se révèle être un divertissement efficace et très agréable à suivre. On pourra lui reprocher un manque d’imagination au-delà de l’idée de départ et certaines longueurs, ce qui nous fait penser que ce film n’est peut-être pas aussi génialement jouissif qu’il aurait pu l’être. Mais enfin dire qu’on s’y ennuie serait mentir et il fait passer un très bon moment au spectateur. Cela reste quand même le principal. On ne lui en demandait pas forcément plus.

cowboysenvahisseursCowboys et Envahisseurs met en scène une jolie galerie de antihéros. Là encore, on ne crie pas au génie. On a connu mieux dans le genre. Mais on y retrouve du coup un esprit western de la grande époque, peuplé d’archétypes. Le film s’amuse à détourner les poncifs du genre pour les recycler dans une aventure que John Ford n’aurait sûrement pas imaginée. On peut toujours reprocher au film de ne pas tout à fait aller au bout de l’idée, mais cela ne gâche vraiment pas le plaisir, alors inutile de s’y attarder.

Cowboys et Envahisseurs met à l’affiche deux acteurs qui se trouvent ici parfaitement dans leur élément. Harrison Ford n’avait pas été aussi convaincant depuis bien longtemps. En tout cas, il l’est bien plus que dans le dernier Indiana Jones. Daniel Craig est lui aussi très à l’aise, plus que dans le costume trop bien repassé de James Bond à mon goût. Il est décidément plus bandit de grand chemin que gentleman. Enfin, il fallait bien une belle jeune femme en détresse. Elle est ici interprété par la sublime Olivia Wilde, vue sur petit écran dans Docteur House et sur grand écran dans Tron, l’Héritage.

Au final, Cowboys et Envahisseurs conclut plutôt bien cet été de blockbusters. On est peut-être passé à côté d’un vrai chef d’œuvre, mais on a là tout de même un divertissement très plaisant à suivre.

Fiche technique :
Production : Fairview Entertainment, K/O Paper Products, Platinum Studios, Imagine, DreamWorks Pictures
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Damon Lindelof, Alex Kurtzman, Roberto Orci, Mark Fergus, Hawk Ostby, d’après le roman graphique de Scott M. Rosenberg
Montage : Dan Lebental, Jim May
Photo : Matthew Libatique
Décors : Scott Chambliss
Musique : Harry Gregson-Williams
Durée : 117 mn

Casting :
Daniel Craig : Jake Lonergan
Harrison Ford : Col. Woodrow Dolarhyde
Olivia Wilde : Ella Swenson
Sam Rockwell : Doc
Paul Dano : Percy Dolarhyde
Clancy Brown : Meacham
Keith Carradine : Sheriff John Taggart

THIS MUST BE THE PLACE : Roadtrip improbable

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thismustbetheplaceafficheUn road-movie, mettant en scène un personnage décalé qui va faire face à des fossés culturels, voilà une idée de départ pas forcément hyper originale. Cependant, elle peut être déclinée avec assez de tonalités différentes, entre humour gras et récit contemplatif chiantissime, pour qu’aucun film de ce genre ne se ressemble jamais tout à fait. This Must Be the Place trouve un équilibre entre tout ça pour nous livrer un excellent film plein d’humour et de poésie.

Cheyenne est une ancienne star du rock qui n’a plus touché une guitare depuis 20 ans. Il vit à Dublin, avec sa femme qui le regarde traîner son look gothique, sa mélancolie et son ennui. Un jour, il apprend que son père est mourant. Il est persuadé que ce dernier le déteste et ne lui a d’ailleurs plus adressé la parole depuis des décennies. Il décide néanmoins de retourner en Amérique…en bateau, puisqu’il a une peur bleue de l’avion. Son père est déjà décédé quand il arrive enfin. Etonnamment, Cheyenne décide de reprendre la quête de ce dernier : retrouver le nazi qui l’avait torturé à Auschwitz.

This Must Be the Place est un film en deux temps. Le premier tiers du film sert essentiellement à nous présenter le personnage principal. C’est un rien contemplatif, alors qu’on a assez vite cerné qui il est. Son caractère décalé est déjà source d’un certain humour, mais relativement sous-exploité. On se focalise plutôt sur sa complexité et ce qui se cache sous son improbable coiffure. C’est un tout petit longuet, mais important pour apprécier pleinement ce qui va suivre.

En effet, This Must Be the Place décolle enfin par la suite. Son road-trip commence alors et il constitue vraiment le cœur de ce film réjouissant. Les situations sont alors nettement plus amusantes, rythmées, tout en continuant à nous faire découvrir ce personnage attachant et original. On découvre surtout que sous une certaine nonchalance se cachent parfois des trésors d’imagination. On entre alors vraiment dans l’histoire, se prenant au jeu de cette quête improbable. On est alors pleinement heureux de faire la route avec Cheyenne.

This Must Be the Place n’est pas tout à fait une comédie. Ou plutôt, c’est loin de n’être qu’une comédie. On s’amuse souvent, on rit parfois, sans jamais non plus se tordre sous le siège, hilare. Mais cet humour constant, surtout dans les deux derniers tiers permet au spectateur d’apprécier les autres aspects du film et la réflexion sur les rapports père-fils ou encore sur la différence entre l’apparence et ce que l’on est au fond de soi. Le thème de la Shoah est aussi présent, même s’il constitue plus un prétexte qu’un thème vraiment développé.

thismustbetheplaceUn petit bémol néanmoins sur le dénouement de This Must Be the Place. Si la quête en elle-même se termine sur une idée brillante, la conclusion qui en est tiré laisse nettement plus dubitatif. La signification de la dernière scène n’est pas vraiment claire et les hypothèses que l’on peut formuler, pas vraiment satisfaisante. Cela ne gâche naturellement pas le plaisir ressenti pendant les près de deux heures précédentes. Mais tout de même, c’est dommage de finir sur une légère fausse note.

This Must Be the Place permet de mesure encore une fois l’immense talent de Sean Penn, qui aime interpréter les rôles qui le transforment physiquement radicalement. Ce film ne constituera peut-être pas sa prestation la plus impressionnante. Mais c’est surtout parce que sa carrière est incroyablement riche en grands rôles, car il est absolument parfait en star du rock désabusée. On appréciera également de retrouver une Frances McDormand toujours aussi géniale. Dommage que son rôle ne soit pas mieux exploité.

Au final, This Must Be the Place n’est peut-être pas le film de l’année, mais sûrement un des plus originaux et sûrement pas un des plus mauvais.

Fiche technique :
Production : Indigo, Lucky Red, ARP
Réalisation : Paolo Sorrentino
Scénario : Paolo Sorrentino, Umberto Contarello
Montage : Cristiano Travaglioli
Photo : Luca Bigazzi
Décors : Stefania Cella
Distribution : ARP Selection
Son : Srdjan Kurpjel
Musique : David Byrne
Durée : 118 mn

Casting :
Sean Penn : Cheyenne
France Mc Dormand : Jane
David Byrne : David Byrne
Judd Hirsch : Mordecai Midler
Eve Hewson : Mary
Harry Dean Stanton : Robert Plath
Kerry Condon : Rachel

TU SERAS MON FILS : Un bon cru

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tuserasmonfilsafficheDans la série des thèmes inépuisables, voici la relation père-fils. En particulier, le père qui écrase un fils qui tente d’exister à ses côtés, sujet aussi ancien que l’humanité elle-même. En voici un nouvel exemple avec Tu Seras mon Fils, qui nous emmène dans le monde impitoyable de la viticulture. Et franchement, le vignoble bordelais, c’est mieux que Dallas !

Paul de Marseul est le propriétaire d’un vignoble bordelais réputé. François, régisseur du domaine depuis des décennies, est atteint d’un cancer du pancréas et n’est plus en mesure de superviser la prochaine vendange qui s’annonce. Martin, le fils de Paul, pense alors tenir la chance de briller aux yeux d’un père qui le méprise et le rabaisse constamment. Mais c’est sans compter sur le retour de Phlippe, le fils de François, sur le domaine.

Ceux qui comme moi ont vu à de nombreuses reprises la bande-annonce de Tu Seras mon Fils ont a peu près vu et compris tout le film, à l’exception du dénouement. Mais c’est ce dernier qui donne sa valeur à un scénario qui, il est vrai, est longtemps linéaire et quelque peu prévisible. L’exploration du rapport père-fils n’est pas forcément d’un intérêt immense, tant le gouffre qui sépare les deux hommes est béant et tant le mépris est immense. On ne croit pas une seule seconde que les rapports puissent évoluer et il n’en est d’ailleurs jamais une seule seconde question.

Mais si le scénario semble nous emmener sur un chemin totalement balisé, ce n’est pas pour cela qu’il ne recèle pas de nombreuses qualités. La tension entre les deux hommes est palpable dès les premières minutes du film. Elle crée un sentiment de malaise permanent et la conviction que tout cela va forcément mal finir (sinon, il n’y aurait pas de film, me direz-vous). Tu Seras mon Fils nous amène peu à peu vers un point de non-retour que l’on attend et que l’on redoute. Mais c’est cette attente qui fait que l’on entre vraiment dans cette histoire et que l’on a vraiment envie de savoir comment tout cela va pouvoir s’achever.

Là encore, on est face à du très classique. Le ressort de la tension qui nous mène vers une catastrophe annoncée n’a rien de révolutionnaire. Gilles Legrand le maîtrise cependant ici avec beaucoup de talent et de force, à défaut d’une réelle finesse. Il accomplit un travail remarquable pour faire des lieux un protagoniste à part entière de cette intrigue. L’enjeu reste avant tout la terre, le domaine, le terroir. On ne se bat pas que pour le pouvoir, mais pour une sorte de trésor qui ne peut appartenir qu’à une seule personne. La vision du milieu viticole est certainement très caricaturale, mais sa description est parfaitement mise au service de l’intrigue. Tu Seras mon Fils n’est pas un documentaire et ne cherche pas à l’être. Pour cela, regardez sans plus attendre l’excellent Mondovino.

tuserasmonfilsGilles Legrand a été évidemment aidé dans son entreprise par un casting de haute volée. Niels Arestrup n’est jamais aussi bon que quand il joue les rôle de salaud et celui-là lui sied vraiment à ravir. Un homme que l’on déteste dès la première seconde, mais qui arrive tout de même à faire preuve d’un charme qui arrive à séduire tant de gens. En face de lui, Lorant Deutsch confirme qu’il est à l’aise dans tous les genres de rôle et qu’il est encore bien trop souvent cantonné aux comédies pas drôles. Patrick Chesnais signe là encore une fois une prestation remarquable, malgré une grande sobriété. Le quatuor est complété par le jeune Nicolas Bridet qui, s’il ne joue pas encore tout à fait dans la même catégorie, signe là tout de même de bons débuts.

Tu Seras mon Fils est donc un bon cru. Peut-être pas au niveau des plus grands Bordeaux, mais incomparablement meilleur qu’une bouteille de Villageoise.

Fiche technique :
Réalisation : Gilles Legrand
Scénario : Gilles Legrand, Delphine de Vigan
Musique : Armand Amar
Image : Yves Angelo
Date de sortie : France 24 août 2011
Production : Universal
Durée : 102 min.

Casting :
Niels Arestrup : Paul de Marseul
Lorànt Deutsch : Martin de Marseul, fils unique de Paul
Patrick Chesnais : François Amelot, le régisseur du domaine viticole
Nicolas Bridet : Philippe Amelot, fils de François et de Madeleine
Anne Marivin : Alice, la femme de Martin
Valérie Mairesse : Madeleine Amelot, la femme de François
Xavier Robic : Lacourt fils
Urbain Cancelier : Lacourt père
Shirley Bousquet : Jessica, la barmaid
Jean-Marc Roulot : le docteur Vermont

UN JOUR : Un jour, beaucoup d’années

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unjourafficheIl n’y a pas de bon été, sans une belle comédie romantique. En effet, il fait beau, ce sont les vacances, tout le monde est bronzé et détendu et donc tout à fait prêt à entendre parler d’amour, de romance et de fleurs bleues. C’est donc la période idéale pour aller voir Un Jour… sauf que ce film nous entraîne sur un chemin quelque peu inattendu.

Le soir de leur remise des diplômes, Emma et Dexter finissent dans le même lit. Mais ils ne feront pas l’amour et décideront de rester amis. Sauf que pendant vingt ans, ils vont être irrésistiblement liés l’un à l’autre et passeront par tous les stades imaginables d’une relation entre deux personnes. Jusqu’au jour où…

Un Jour aurait pu être une comédie romantique très classique. Mais il n’en est rien. Déjà sur la forme. En effet, les évènements de ce film se déroulent toujours le même jour, le 15 juillet. On saute d’année en année, sur près de vingt ans, mais on reste toujours sur la même case du calendrier. Evidemment, il se passera beaucoup de choses dans la vie de Emma et Dexter les 15 juillet. Mais pas toujours, certains évènements nous sont montrés directement, d’autres sont racontés au détours des dialogues, puisqu’il sont survenus un autre jour. Ce n’est pas le procédé narratif le plus génial jamais inventé, mais au moins, cela donne une petite touche d’originalité plutôt agréable. Surtout que le principe est plutôt bien exploité.

Ensuite, l’histoire raconté n’est pas aussi cousu de fil blanc que ce à quoi on pouvait s’attendre. Je n’en dirai guère plus, sous peine de gâcher la surprise. Sachez simplement que si vous êtes allergiques aux comédies romantiques niaises et prévisibles, mais que vous n’avez rien contre les belles histoires d’amour, alors Un Jour pourrait bien vous plaire. Là encore, on ne crie pas au génie, mais au moins, l’inattendu nous préserve de tout ennui.

Si les rebondissements ne sont pas hyper prévisibles, la principale limite de Un Jour tient au fait qu’il joue largement sur des sentiments faciles. L’émotion est réelle, dans les moments joyeux et ceux plus tristes, mais les ficelles sont quand même assez grosses. Si on est rentré dans l’histoire, on le pardonnera aisément et on se laissera porter. Si on reste un peu en retrait, cela paraîtra peut-être un peu trop gros pour que le spectacle soit totalement plaisant. Les éternels romantiques eux ne devraient avoir aucun soucis pour se laisser bercer.

La mise en images de Lone Scherfig est elle très élégante. On avait déjà pu apprécier son sens de l’image dans Italian for Beginners (que je n’ai malheureusement jamais vu) et Une Education. Une esthétique liée à sa sensibilité féminine diront certains. En tout cas, sans être spectaculaire, la photographie est soignée et change des réalisations brutes de de décoffrage de nombreuses comédies romantiques américaines. On est devant une œuvre de cinéaste, pas devant un produit de consommation courante.

unjourQui dit histoire d’amour, dit couple d’acteurs. Ce qu’il y a de bien avec cette phrase toute faite, c’est que je peux la ressortir dès que je rédige la critique de la moindre comédie romantique. Mais comme elle reste vraie, pourquoi se priver. D’un côté, la charmante Anne Hataway. Charmante, car elle n’a rien d’une bombe ou d’une beauté fatale hollywoodienne. Mais quel charme, mon dieu ! Même quand les costumiers et coiffeurs essayent de la rendre quelconque, il reste toujours quelque chose qui émane d’elle et qui vous donne une envie irrésistible de passer les 80 prochaines années de votre vie avec elle. En face d’elle, Jim Sturgess fait beaucoup plus bellâtre. Mais c’est aussi le rôle qui veut ça. En tout cas, les deux sont charmants et arrivent tout à fait à nous faire croire à leur histoire d’amour. Alors qu’on le sait bien, l’amour, c’est comme le Père Noël…

Un Jour n’est peut-être pas la comédie romantique. Déjà parce que ce n’est pas une comédie romantique. Mais malgré ses défauts, il n’en reste pas moins un beau film touchant et original par certains aspects.

Fiche technique :
Production : Focus Features, Random House Films
Distribution : SND
Réalisation : Lone Scherfig
Scénario : David Nicholls, d’après son roman
Montage : Barney Pilling
Photo : Benoît Delhomme
Décors : Mark Tildesley
Son : Glenn Freemantle
Musique : Rachel Portman
Durée : 106 mn

Casting :
Anne Hathaway : Emma
Jim Sturgess : Dexter
Tom Mison : Callum
Patricia Clarkson : Alison
Ken Scott : Steven
Rafe Spall : Ian
Romola Garai : Sylvie

LES BIEN-AIMES : L’amour honoré

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lesbienaimesafficheJ’ai souvent un peu de mal avec les comédies musicales françaises pour la simple et très bonne raison que la plupart des acteurs de notre pays ne savent absolument pas chanter, contrairement à la majorité de ceux de l’autre côté de l’Atlantique, qui ont tous pris de cours. Heureusement, il y a quelques exceptions dont Ludivine Sagnier, à l’affiche de Les Bien-Aimés. Elle y chante beaucoup, contribuant à la réussite de ce film.

La vie amoureuse de Madeleine et de sa fille Vera n’a pas toujours été simple. Les chiens ne font pas des chats comme dit une des chansons du film. Des années 60 à aujourd’hui, elles croiseront des hommes qui les marqueront profondément.

Les Bien-Aimés n’est pas contrairement à ce que l’on pourrait penser une comédie romantique. Certes on n’y parle essentiellement d’amour, souvent avec le sourire. Mais dès les premières minutes quand on apprend que Madeleine rencontre le père de Véra lors d’une de ses passes occasionnelles, on comprend vite que tout ne sera pas rose bonbon et politiquement correct. Les amours que vivront la mère et sa fille seront des amours compliqués, parce que la vie est souvent compliqué.

Voilà, une fois, ce lieu commun délivré, parlons un peu plus en détail de Les Bien-Aimés. Tout d’abord, on saluera un scénario remarquable, humaniste, parfois drôle, parfois triste, mais toujours touchant. S’il est quelque peu difficile de s’identifier à eux, on ressent une profonde affection pour ces personnages qui tentent de vivre leur passion comme ils l’entendent, malgré les distances dans l’espace et dans le temps. N’allez cependant pas croire que ce film est une ode béate à l’amour éternel, on est très loin de cela.

Les Bien-Aimés est donc également une comédie musicale. On y chante quand même relativement peu, une dizaine de chansons tout au plus (bon, j’avoue, je n’ai pas compté). La qualité des interprètes est variée. Ludivine Sagnier confirme son talent dans ce domaine, Catherine Deneuve n’a plus tout à fait la voix de ses vingt ans, mais ne fait guère de fausse note et Chiara Mastroianni ne s’en sort pas trop mal, malgré un organe limité. Par contre, les interprètes masculins frisent parfois le hors-jeu. Bref, on va dire que c’est moins pire que d’habitude pour une production hexagonale, alors ça passe. Surtout que ce film aurait tout autant d’intérêt sans les passages musicaux.

Mais le seul vrai reproche que l’on pourra faire à Les Bien-Aimés est peut-être sa longueur. Deux heures et quart qui ne se justifiaient peut-être pas. Certes, on ne s’y ennuie pas une seconde, mais rajouter un peu de rythme à la narration n’aurait pas été superflu. Enfin, on a connu infiniment pire à ce niveau et cela ne retire rien au mérite de Christophe Honoré, qui signe-là son meilleur film, en tout cas une bien meilleure comédie musicale que les Chansons d’Amour, que je n’avais pas du tout aimé personnellement (contrairement à beaucoup, je l’admets). Un film relativement ambitieux et intéressant dans son fond et qui, sur la forme, cherche à sortir de la narration plan-plan de nombreuses productions hexagonales.

lesbienaimesLes Bien-Aimés constitue une réussite aussi par son casting prestigieux. Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni sont parfaites en mère et fille, on y croirait… Ah bah oui, c’est normal, c’est vraiment le cas ! (ah ah ah que je suis drôle!). Avec Ludivine Sagnier, elles forment un trio d’actrices au charisme fabuleux. Les acteurs masculins sont eux plus hétérogènes. Milos Forman et Michel Delpech ne s’en sortent pas trop mal, mais ils sont quand même plus à l’aise sur leur terrain habituel. Seul, Louis Garrel sort vraiment du lot…même si personnellement, je trouve vraiment qu’il a une tête à claques, mais c’est un avis qui n’appartient qu’à moi.

J’ai été voir les Bien-Aimés uniquement après vu l’affiche et vu la note globale sur Allociné. Je ne savais donc absolument pas ce que j’allais voir et n’attendait rien en particulier. Mais au final, j’ai été réellement séduit par ce film touchant et riche.

Fiche technique :
Production : Why Not Productions, France 2 Cinéma, Sixteen Films, Negativ
Réalisation : Christophe Honoré
Scénario : Christophe Honoré
Montage : Chantal Hymans
Photo : Rémy Chevrin
Décors : Samuel Deshors
Distribution : Le pacte
Son : Guillaume Le Braz
Musique : Alex Beaupain
Durée : 135 mn

Casting :
Chiara Mastroianni : Vera
Catherine Deneuve : Madeleine
Ludivine Sagnier : Madeleine jeune
Milos Forman : Jaromil
Louis Garrel : Clément
Michel Delpech : François Gouriot
Paul Schneider : Henderson