ANIMAL KINGDOM : On choisit ses copains, mais rarement sa famille

animalkingdomaffiche

animalkingdomafficheLorsque je suis allé voir Animal Kingdom, je connaissais le « pitch », mais j’ignorais totalement le ton sur lequel il était traité. Vu que je sortais de la Ballade de l’Impossible, j’ai espéré qu’il s’agisse d’une comédie, histoire d’avoir une soirée cinéma équilibrée… Mais il n’en est rien, il s’agit en fait d’un film noir, très noir… Voilà, c’était l’anecdote passionnante que j’avais sur ce film… Oui, bah je sais ce que je peux…

Josh est un adolescent de 17 ans qui voit sa mère mourir d’une overdose. Il part alors vivre avec sa grand-mère et ses 4 oncles dans la banlieue de Melbourne. Sauf qu’il va vite comprendre pourquoi sa mère avait décidé de ne plus avoir de contact avec sa famille. Il s’agit en effet d’un gang de criminels endurcis et violents, qui agissent sous l’autorité bienveillante de sa grand-mère. La police met la pression pour mettre tous les membres de la famille sous les verrous et voit en Josh un maillon faible sur lequel appuyer. L’adolescent va devoir très rapidement choisir son camp.

Si Animal Kingdom est un film noir sur l’univers des truands, mais qui offre un angle original. Si vous ne jurez que par la violence presque glamour de la trilogie du Parrain, passez votre chemin. La banlieue de Melbourne ne fera rêver personne et encore moins ces quatre têtes brûlées aux rapports quasiment incestueux avec leur mère. Une belle famille de dégénérés, mais qui donnent réellement froid dans le dos. On comprend bien que le jeune Josh ne soit pas particulièrement enthousiaste à l’idée de partager leur quotidien.

Animal Kingdom est donc un film remarquablement intelligent qui nous fait découvrir le grand banditisme sans y ajouter une pointe d’esthétisme comme le fait souvent le cinéma. Ici la violence est crue et brute de décoffrage. Du coup, elle n’a pas besoin d’être spectaculaire visuellement pour donner quelques sueurs froides au spectateur. Elle n’a rien de fascinante ici, mais est au contraire particulièrement inquiétante. On comprend donc les hésitations de Josh, tiraillé entre la peur de rester au milieu de cette violence et celle de partir et de s’exposer aux représailles de ses oncles.

L’intrigue d’Animal Kingdom repose donc largement sur les choix de Josh. On peut craindre pendant une partie du film que cela soit un peu léger pour nous tenir en haleine pendant un peu moins de deux heures, mais le scénario arrive à remarquablement enchaîner rebondissements et surprises pendant la dernière demi-heure et donner finalement à l’histoire un tour inattendu. Du coup, on reste vraiment tendu dans son fauteuil pendant toute la dernière partie du film, ce qui contribue évidemment à nous laisser sur une très bonne impression.

animalkingdomLa réalisation est sobre, mais efficace. Comme évoqué plus haut, elle ne cherche pas à rendre la violence séduisante, ni au contraire à insister dessus jusqu’au dégoût. Elle se contente de ce qui est indispensable au déroulement de l’histoire, ce qui colle parfaitement avec le ton relativement sérieux de Animal Kingdom. Je ne qualifierai pas ce film de particulièrement dur, mais par contre, il y a un vrai effort de réalisme.

Un mot enfin sur l’interprétation. Si le jeune James Frecheville s’en sort très bien dans son rôle d’adolescent un peu perdu, on retiendra surtout la performance de Jacki Weaver, qui campe une grand-mère au premier abord tout ce qu’il y a de plus sympathique, mais qui se révèle être au centre de cette mini-mafia familiale. Ben Mendelsohn interprète lui le plus inquiétant des quatre oncles… et pour être inquiétant, il l’est !

Animal Kingdom ravira donc tous ceux qui aiment les films noirs qui changent des films noirs.

Fiche technique :
Production : Porchlight Films, Screen Australia
Distribution : ARP Selections
Réalisation : David Michôd
Scénario : David Michôd
Montage : Luke Doolan
Photo : Adam Arkapaw
Décors : Josephine Ford
Musique : Antony Partos
Durée : 113 mn

Casting :
James Frecheville : Josh
Ben Mendelsohn : Pope Cody
Jacki Weaver : Smurf Cody
Guy Pearce : Inspecteur Leckie
Joel Edgerton : Baz Brown
Luke Ford : Darren Cody
Sullivan Stapleton : Craig Cody

LA BALLADE DE L’IMPOSSIBLE : Amour impossible ?

laballadedelimpossibleaffiche

laballadedelimpossibleafficheBon pour commencer, mon petit coup de gueule habituel contre les traductions à la con. Je vais ici parler de la Ballade de l’Impossible, un film japonais réalisé par le Vietnamien Tran Anh Hung, dont le titre original est…Norvegian Wood, du nom de la chanson des Beatles, qui joue un rôle dans le film. Pourquoi alors ne s’est-il pas appelé comme ça à sa sortie en France ? La raison semble simple, le titre du roman dont il est tiré avait déjà été « traduit » de cette façon… Mais alors pourquoi avoir changé le titre du livre ? Bref, ce genre de choses m’énerve au plus au point et si je devais soutenir une grande cause futile, ça serait la lutte contre les traductions débiles.

Naoko, Kizuki et Watanabe sont trois adolescents qui traînent souvent ensemble. Les deux premiers forment un couple depuis l’enfance, mais la présence constante de leur ami ne les dérange pas. Cet équilibre va se briser brutalement avec le suicide de Kizuki. Watanabe part alors à Tokyo pour poursuivre ses études. Un jour, il croise par hasard Naoko. Ils commencent alors à se revoir et finiront pas devenir amants. Mais comment s’aimer quand on porte en soi un fantôme omniprésent ?

Vous l’aurez compris, la Ballade de l’Impossible n’est pas la dernière comédie hilarante. Mais ce n’est pas un film sur le deuil ou la mort, mais une magnifique histoire d’amour. Un amour impossible et dramatique, mais à la fois si les amours heureux et routiniers donnaient de bons films, ça se saurait. Nous sommes donc là face à un thème éternel qui continuera encore longtemps à inspirer littérature et cinéma puisqu’il constitue une source inépuisable d’inspiration.

Mais si la Ballade de l’Impossible nous présente des sentiments et des situations extrêmes, il parle au fond de quelque chose qu’à peu près tout le monde a pu expérimenter dans son existence : l’irrésistible attraction exercée par l’amour impossible, celui voué à l’échec d’avance et qui ne pourra que nous conduire à la peine et la souffrance. Cet instinct bizarre qui nous pousse à préférer celui ou celle qui nous fuit et à délaisser celle qui nous attend et nous promet un amour heureux et apaisé. Le thème vraiment central de ce film est bien celui-là et la dramaturgie n’est qu’un support à la réflexion sur ce sujet qui pourra concerner bon nombre d’entre nous.

Reste tout de même le rythme de narration. La Ballade de l’Impossible est un film profondément « asiatique » dans la forme. Il est long, 2h13, et les évènements se déroulent à une vitesse qui n’est pas celle des récits occidentaux. Rappelez-vous les matchs de foot qui duraient 4h30 dans Olive et Tom, et bien c’est exactement la même chose ici. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, simplement les choses se passent lentement. Pour tout dire, une personne a quitté la salle en plein milieu du film et en a entraîné quelques autres à sa suite (j’adore ce genre de phénomène de comportement moutonnier). Bon après, on peut se demander pourquoi ont-ils été voir ce film qui était en fin d’exploitation, s’ils n’étaient visiblement pas très motivés, ni renseignés… Mais c’est une autre question.

laballadedelimpossibleSi ce petit fossé culturel ne rebute pas, la Ballade de l’Impossible se révèle un film terriblement émouvant sur le fond et magnifique dans sa forme. La caméra de Tran Ahn Hung est d’une incroyable élégance et d’une infinie subtilité, nous faisant partager les émotions des personnages de manière sensible. Le film est très crue, parlant beaucoup de sexualité, mais jamais une seule seconde vulgaire. Il explore simplement les sentiments des personnages de manière incroyablement profonde, nous entraînant avec lui dans cette histoire bouleversante. Aucun misérabilisme, aucune émotion facile, mais une exploration sans fard de la manière dont l’âme humaine peut se dissoudre dans la douleur.

Tran Ahn Hung s’appuie sur un formidable casting, qu’il sublime par un merveilleux talent de direction. Dommage que ce réalisateur, qui avait croulé sous les prix il y a 20 ans avec son premier film, l’Odeur de la Papaye Verte, soit si rare. 5 films tout et pour tout dans sa filmographie, dont un superbe Cyclo (enfin paraît-il, il manque malheureusement à ma culture), remake du Voleur des Bicyclettes et Lion d’Or à Venise en 1995. La Ballade l’Impossible confirme qu’il est bien un des réalisateurs le plus talentueux de la planète, même si son œuvre n’est pas la plus accessible qui soit.

La Ballade de l’Impossible fait donc partie de ces films qui peut toucher l’âme humaine, pour peu que l’on sache accepter une forme qui bouscule nos habitudes culturelles.

Fiche technique :
Production : Asmik Ace Entertainment, Fuji Television Network, Toho Company Ltd.
Distribution : Pretty Pictures
Réalisation : Tran Anh Hung
Scénario : Tran Anh Hung, d’après l’oeuvre de Haruki Murakami
Montage : Mario Battistel
Photo : Lee Ping Bing Mark
Décors : Yen-Khe Tran-Nu
Son : Tomoharu Urata
Musique : Jonny Greenwood
Durée : 133 mn

Casting :
Kenichi Matsuyama : Watanabe
Rinko Kikuchi : Naoko
Kiko Mizuhara : Midori
Reika Kirishima : Reiko Ishida
Tetsuji Tamayama : Nagasawa

CASINO : Le chef d’oeuvre de Scorsese

casinoaffiche

casinoafficheDans la série des débats futiles, mais totalement indispensables, en voici un qui peut donner lieu à des discussions animées, pour peu que l’assemblée soit composée de cinéphiles avertis : quel est le meilleur film de Martin Scorsese ? Bien sûr, les supporters de Taxi Driver seront nombreux, mais peut-être pas autant que ceux de Raging Bull. Ils auront fort à faire face aux inconditionnels des Affranchis et ceux de Shutter Island. Moins nombreux, mais non moins coriaces, seront les fans de After Hours, Aviator ou Gangs of New York. Mais si jamais je prenais part à ce débat, mon choix serait ferme et définitif. Et il se porterait sur Casino.

Sam Rothstein dirige un des principaux casinos de Las Vegas pour le compte de la mafia de Chicago. Il a la situation bien en main, l’argent coule à flot et permet à tout le monde, y compris les notables locaux, d’y trouver leur compte. Mais l’arrivée dans sa vie de deux personnes va vite venir perturber ce bel édifice. D’un côté, Nicky Santoro, un gangster, ami d’enfance, beaucoup moins discret et subtil que lui. De l’autre, la belle Ginger McKenna, prostituée dont il va tomber fou amoureux.

Si la trilogie du Parrain de Coppola reste le classique des classiques des films sur la mafia, Martin Scorsese, avec la complicité de Robert De Niro, reste le cinéaste qui aura le mieux mis en image ce monde inquiétant et fascinant. Et Casino est son chef d’œuvre. On pourrait dire qu’il ressemble à bien d’autres films, mais c’est l’inverse ! Ce sont les autres longs métrages qui ne sont que de pâles copies… Bon, ok, je m’emballe un peu car cette histoire de montée en puissance puis de chute de truands développe un thème cher au cinéma. Mais lorsque cela est si magnifiquement mis en image, on en redemande !

Comme beaucoup de films de gangsters, Casino repose en grande partie sur ses personnages. En dehors de l’intrigue principale, Scorsese dresse le portrait de protagonistes hauts en couleur, plaçant le spectateur entre admiration, sympathie d’un côté et dégout et inquiétude de l’autre. L’ambiguïté morale du monde de la mafia, un monde où l’on parle sans arrêt d’honneur mais où on n’hésite pas à faire régner la loi du plus fort le plus lâchement du monde, prend ici une dimension rarement atteinte. On en sait pour qui prendre partie et jamais le film n’est même qu’effleuré par un manichéisme qui nous pousserait à excuser les travers de certains personnages.

Casino est une fresque magnifique qui nous plonge de manière incroyablement immersive dans l’envers de l’envers du décor du monde du jeu et de la nuit à Las Vegas. Un film qui voyage du glamour à la plus profonde noirceur en un rien de temps et avec la même force. On sait des le début que la mécanique parfaite décrite au début va finir par s’enrayer et s’écrouler, mais qu’importe, on se laisse porter par cette histoire qui, à travers un casino, pourrait résumer la chute de bien des empires au cours de l’histoire. Le récit reste tout aussi fascinant dans la montée en puissance que dans la longue descente en enfer et jamais le spectateur n’a l’occasion de sortir du film ne serait-ce qu’une seconde.

Casino est aussi sans doute l’œuvre la plus aboutie techniquement de Martin Scorsese. Son incroyable sens de la mise en scène, du cadrage et de la photographie se conjugue ici avec une bande-originale sidérante qui reprend tout ce qui s’est fait de mieux musicalement au cours des années 70. Le spectacle est grandiose, d’une perfection intangible qui en fait un très grand film. Rien n’y est vraiment révolutionnaire, mais tout y est mieux que dans les œuvres qui chercheraient à rivaliser.

casinoSi Casino est un tel chef d’œuvre, c’est aussi grâce à un trio d’acteurs qui font corps avec leur metteur en scène. Robert de Niro et Joe Pesci se sont faits face dans de nombreux films de Scorsese et leur confrontation est parfaitement rodée. Elle prend ici une dimension supplémentaire dans cette rivalité qui va crescendo vers une fin dramatique qui semble vite inexorable. Le seul léger reproche que l’on pourrait formuler à propos de ce film est d’avoir tenté de nous faire croire que Robert De Niro est un juif embauché par la mafia, alors que, malgré son immense talent d’acteur, il continue de respirer l’Italie par tous les pores !

Et que dire enfin de la performance de Sharon Stone. Casino est le rôle de sa carrière. Elle y est tour à tour sublime, pathétique, troublante, vénéneuse, pitoyable, irrésistible et détestable. Bref, elle est l’âme de ce film, ce petit plus qui en fait un classique inoubliable et éternel.

Le débat évoqué en introduction n’est évidemment pas clos, surtout que Martin Scorsese est loin d’avoir rangé sa caméra. Il aura de toute façon livré parmi les plus beaux moments de cinéma de l’histoire. Et Casino en fait incontestablement partie.

Fiche technique :
Réalisation : Martin Scorsese
Robert De Niro : Sam ‘Ace’ Rothstein
Sharon Stone : Ginger McKenna/Rothstein
Joe Pesci : Nicky Santoro
James Woods : Lester Diamond
Don Rickles : Billy Sherbert
Alan King : Andy Stone
Kevin Pollak (VF : José Luccioni) : Phillip Green
Pasquale Cajano : Remo Gaggi
L.Q. Jones : Pat Webb
Dick Smothers : Senateur
Frank Vincent : Frank Marino
John Bloom : Don Ward
Catherine Scorsese : Mme Piscano
Nobu Matsuhisa : Ichikawa
Scénario : Martin Scorsese et Nicholas Pileggi, adapté du roman Casino : amour et honneur à Las Vegas de ce dernier
Production : Barbara De Fina (en) et Joseph P. Reidy
Distribution : Universal
Musique : Jean-Sébastien Bach, Otis Redding, Keith Richards, Mick Jagger, Georges Delerue, Maria Graver, Devo, The Animals…
Photographie : Robert Richardson
Montage : Thelma Schoonmaker
Pays d’origine : États-Unis
Format : Couleurs (Technicolor) – 2,35:1 – DTS-Stereo – 35mm
Genre : Drame, gangsters
Durée : 178 minutes

Casting :
Robert De Niro : Sam ‘Ace’ Rothstein
Sharon Stone : Ginger McKenna/Rothstein
Joe Pesci : Nicky Santoro
James Woods : Lester Diamond
Don Rickles : Billy Sherbert
Alan King : Andy Stone
Kevin Pollak : Phillip Green
Pasquale Cajano : Remo Gaggi
L.Q. Jones : Pat Webb
Dick Smothers : Senateur
Frank Vincent : Frank Marino
John Bloom : Don Ward
Catherine Scorsese : Mme Piscano
Nobu Matsuhisa : Ichikawa

THOR : Le grand blond avec un marteau noir

thoraffiche

thorafficheA le lecture de l’information selon laquelle Kenneth Brannagh allait diriger l’adaptation sur grand écran des aventures de Thor, personnage phare de l’univers Marvel, dans lequel je baigne depuis toujours, j’étais évidemment particulièrement joyeux. Le dieu nordique du tonnerre n’a jamais fait partie de mes super-héros fétiches, mais j’espérais qu’un réalisateur aussi talentueux puisse nous livrer un résultat aussi bon que pour les deux premiers Spiderman. Cela constituait pour moi une vraie attente, surtout que j’ai personnellement trouvé les deux Iron Man très moyens.

Thor est le fougueux et musclé dieu du tonnerre, sur le point de succéder à son père Odin sur le trône du royaume d’Asgard. Mais son couronnement est interrompu par l’irruption de Géants de Glace, ennemis héréditaires de son peuple. Contrairement à l’avis de son père, il part avec ses compagnons punir les intrus au cœur de leur royaume, ce qui est tout proche de provoquer une nouvelle guerre. Suite à l’incident, à la place de couronnement, Thor se voit banni du royaume d’Asgard et envoyé sur Terre.

Allez, n’y allons pas par quatre chemins, Thor est un gros navet. Dans l’histoire des films de super-héros, il est plus proche de Elektra, avec Jennifer Garner que tout le monde, à raison, a depuis longtemps oublié, que Spiderman ou des meilleurs X-Men. On ne sait même pas où commencer pour décrire toutes les faiblesses du film, tant elles sont criantes à tous les points de vue. On peut vraiment déplorer un travail de production aussi faiblard pour un film dans lequel on a mis autant de moyens. Un véritable gâchis.

Commençons par le scénario. Oubliez la notion même de souffle épique dans cette histoire dont l’intérêt reste très limitée. Pourtant, il y a bien une tentative de faire de Thor un film riche et à prendre à plusieurs niveaux. Des batailles, des intrigues, de la romance et même de la comédie, quand notre dieu asgardien doit se faire aux mœurs terrestres. Mais aucun de ces aspects n’apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Tout est très attendu, sans imagination, sans épaisseur, sans réelles surprises… Bref sans âme…

Visuellement, il n’y a pas à dire, les effets spéciaux sont techniquement soignés. La cité d’Asgard est bien joli, mais là encore, rien ne vient donné du relief à tout cela. Tout est impersonnel et désespérément dénué de toute fantaisie créatrice. Bref, du travail de techniciens, très doués certes, mais certainement pas d’artistes. Je saluerai tout de même l’excellent travail réalisé sur les costumes, qui sont très fidèles à ceux du comics original, tout ayant réussi à leur donner un aspect relativement moderne. On est très loin de la trahison totale de X-Men de ce point de vue là.

thorLe seul aspect où l’on sent planer l’ombre de Kenneth Branagh est sur les rapports entre les personnages. Il y a quelque chose de shakespearien dans ces psychologies torturés par des rapports familiaux, emprunts de jalousie et de rivalité. Sauf que, même si tout ce beau monde porte des costumes qui pourraient être ceux d’une tragédie grecque, cela reste totalement surfait et encore une fois totalement attendu. Cela ne donne pas du tout de profondeur, cela contribue juste à ralentir une intrigue qui n’avait vraiment pas besoin de ça.

Et que dire du choix de Chris Hemsworth pour incarner le dieu du tonnerre. Non parce que je veux bien admettre que son physique colle parfaitement au personnage et les acteurs dotés d’un tel torse ne courre pas les rues. Mais tout de même, je suis sûr qu’en cherchant bien, on aurait pu en trouver un ou deux du même acabit niveau musculature, mais sachant jouer un minimum la comédie. Heureusement, qu’en face de lui, Tom Hiddelston incarne un Loki, dieu du mensonge, nettement plus convaincant et ambiguë. Natalie Portman et Anthony Hopkins ne démérite pas, mais leur rôle respectif ne pouvait définitivement pas leur permettre de briller.

Au final, Thor est une vraie déception, surtout vu le pédigrée du réalisateur, une adaptation de seconde zone d’un comics pourtant légendaire. Heureusement que le X-Men First Class qui arrive bientôt s’annonce nettement plus prometteur.

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures, Marvel Films
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : Zack Stentz, Don Payne, Ashley Edward Miller
Montage : Paul Rubell
Photo : Haris Zambarloukos
Décors : Lauri Gaffin
Musique : Patrick Doyle
Effets spéciaux : Ryan Meinerding, Charlie Wen, Wesley Sewell
Directeur artistique : Kasra Farahani, Luke Freeborn, Sean Haworth, A. Todd Holland, Joe Ceballos, Pierre Buffin
Durée : 114 mn

Casting :
Chris Hemsworth : Thor
Natalie Portman : Jane Foster
Anthony Hopkins : Odin
Stellan Skarsgard : Dr. Erik Selvig
Rene Russo : Frigga
Tom Hiddleston : Loki

L’AIGLE DE LA 9ème LEGION : Visit Scotland !

laigledela9emelegionaffiche

laigledela9emelegionafficheDepuis Gladiator, le péplum a retrouvé une place de choix dans l’univers cinématographique. Mais très souvent cela donne de gros navets aux moyens limités, comme la Dernière Légion. Alors la première fois que j’ai eu l’occasion de voir la bande-annonce de l’Aigle de la 9ème Légion, j’ai vraiment craint d’être devant un film dans la même veine. Je me suis finalement décidé à vérifier mon intuition… qui s’est révélée être erronée.

Suite à la disparition des 5000 hommes de la 9ème légion et la perte de leur emblème, un aigle en or, au Nord de l’Ecosse, l’Empereur Hadrien a décidé d’ériger le mur qui porte son nom pour marquer la frontière de l’Empire et la mettre à l’abri des barbares qui vivent de l’autre côté. Le fils du centurion responsable de ce désastre a décidé de marcher sur les traces de son père et de tenter de restaurer son honneur. Surtout quand il a vent de rumeurs affirmant que l’aigle a été vu au cœur de ces terres hostiles.

L’Aigle de la 9ème Légion propose une version moderne de ce qui faisait le charme des grands films d’aventure d’autre fois. Ces deux hommes en terres inconnues, dont l’un veut restaurer l’honneur de son père, entourés de populations sauvages et hostiles, auraient pu être deux cow-boys cernés par des tribus indiennes il y a quelques décennies. Comme ce genre d’histoires sont désormais considérées comme politiquement incorrectes, on se rabat de nos jours sur les ancêtres des Ecossais. J’ignore si ces derniers apprécieront…

En tout cas, l’Aigle de la 9ème Légion se distingue déjà par un scénario beaucoup plus riche et intelligent que la bande-annonce laissait penser. Rien d’inoubliable, du très classique en fait, mais au moins, on ne s’ennuie pas, car les situations et les péripéties sont variées, à défaut d’être réellement inattendues. La recherche de l’aigle en elle-même n’occupe qu’une partie du film et il se passe bien des choses avant qu’elle ne commence. Si on a un œil sévère, on pourra juger un peu durement une fin aussi improbable que grandiloquente. De mon point de vue, on y retrouve avant tout une certaine naïveté qui faisait le charme d’un cinéma désormais désuet, où le réalisme n’était pas encore la qualité première recherchée.

laigledela9emelegionPar contre, visuellement, l’Aigle de la 9ème Légion ne ressemble en rien aux films qui enchantaient nos mardis soirs du temps béni de la Dernière Séance. Les moyens ont été mis et le réalisme est cette fois de rigueur. Les décors ne semblent pas en carton pâte, les costumes ne semblent pas sortis du pressing et les accessoires du bazar du coin. Si on ajoute à ça des paysages grandioses (Visit Scotland!), des scènes de bataille parfaitement orchestrées, ce film a tout du spectacle cinématographique de grande qualité, à défaut d’être génial.

Les acteurs sont eux-aussi dans cette même veine. Le duo Channing Tatum et Jamie Bell ne restera pas dans les annales des performances dramatiques, mais ils interprètent leur rôle avec assez de conviction et de professionnalisme pour que l’on croit à leur personnage et qu’on s’y attache. On appréciera l’apparition de Kifer Sutherland, toujours aussi rayonnant. Et on poussera un petit cocorico en voyant à l’écran notre Tahar « Un Prophète » Rahim, qui signe une prestation dans la même lignée que le reste de la distribution.

L’Aigle de la 9ème Légion constitue donc un divertissement à l’ancienne, mais réalisé avec les moyens d’aujourd’hui. Il en résulte un spectacle agréable, mais non inoubliable.

Fiche technique :
Titre français : L’Aigle de la Neuvième Légion4
Titre original : The Eagle
Réalisateur : Kevin Macdonald
Scénario : Jeremy Brock3
Musique : Atli Örvarsson, Dave Fleming
Casting : Des Hamilton, Des Hamilton, Jina Jay
Directeur de la photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Justine Wright
Direction artistique : Peter Francis, Neal Callow, Zsuzsa Kismarty-Lechner
Costumes : Michael O’Connor
Superviseurs des effets visuels : John Lockwood, Steve Street
Producteur : Duncan Kenworthy
Co-producteur : Caroline Hewitt
Producteurs exécutifs : Miles Ketley, Charles Moore, Tessa Ross
Production : Focus Features, Film4, Toledo Productions
Langues : anglais, gaélique écossais (pour certains dialogues)
Genre : Péplum
Durée : 114 minutes

Casting :
Channing Tatum : Marcus Aquila
Jamie Bell : Esca
Donald Sutherland : Aquila (oncle de Marcus)
Mark Strong : Guern
Denis O’Hare : Lutorius
Tahar Rahim : le prince phoque
Dakin Matthews : Claudius
Douglas Henshall : Cradoc

VOIR LA MER : Sur la route des vacances et de l’amour à trois

voirlameraffiche

voirlamerafficheChaque année nous livre son Woody Allen… En France, chaque année nous livre son Patrice Leconte. Mais si les œuvres du cinéaste new-yorkais continuent de faire la une de l’actualité cinématographique, ceux du réalisateur des Bronzés déchaînent de moins en moins les passions médiatiques. Voir la Mer vient tout juste de sortir au cinéma et cela s’est fait dans un relatif anonymat. C’est bien dommage vue la qualité du film, son meilleur depuis bien longtemps.

Nicolas et Clément sont deux frères qui pour les vacances partent en stop jusqu’à St Jean de Luz voir leur mère. Mais cette année, ils font la route avec Clémence que Nicolas vient tout juste de rencontrer. Sa présence provoque dans un premier temps l’hostilité de Clément, avant que ne s’installe un triangle amoureux. Mais c’est sans compter sur Max, son ex, parti à sa recherche.

Voir la Mer est un film léger et original, entre road-movie et comédie romantique. Il n’y a ni leçons à tirer, ni grande intrigue, mais juste une belle histoire que l’on a plaisir à suivre, charmé que l’on est par les personnages. Un film rempli de tendresse, de sourire, de soleil et bien sûr d’amour. Bon, pas sûr que tout le monde serait prêt à vivre cette aventure quelque peu improbable, mais en tout cas on prend beaucoup de plaisir à la suivre.

Voir la Mer est pendant une bonne moitié pleinement réussi. On va de surprises en surprises et les tensions entre personnages donnent de l’épaisseur au tout. C’est à ce moment que l’on tombe amoureux de ces derniers et que l’on rentre totalement dans leur histoire, qui donne envie d’évasion et de vacances. Puis l’équilibre s’installe et alors le film commence quelque peu à tourner en rond. L’intrigue finit en roue libre et se trouve ponctuée de quelques longueurs. Mais bon, le film est globalement largement assez court, tout juste une heure et demi, pour ne pas laisser le temps à l’ennui de gagner le spectateur.

voirlamerPatrice Leconte avait tout juste de quoi faire un long métrage avec ce scénario. Il l’étire donc un tantinet pour qu’il colle avec le minimum syndical pour une distribution en salle (à la fois, le spectateur n’a pas droit à une réduction si le film est particulièrement court). Mais il le fait avec son talent habituel, sa capacité à mettre en valeur ses acteurs et ses personnages, qui forment toujours l’âme de ses films. Du coup, le charme du début ne s’éteint jamais vraiment et l’on ressort de Voir la Mer avec un large sourire et le cœur plus léger.

Voir la Mer est aussi l’occasion d’une vraie révélation, celle de Pauline Lefevre. L’ex-miss météo de Canal+ tient là un premier grand rôle qu’elle assume avec un talent, un charme et une grâce déconcertantes. Elle est le pivot de ce film et son sourire dévastateur est pour beaucoup dans la réussite qu’il représente. Ses deux compères ne sont pas en restent, même si on préfèrera la douceur et la sensibilité de Nicolas Giraud au numéro de grand dur blessé de Clément Sibony. Enfin Gilles Cohen confirme son statut de second rôle de qualité, qu’il occupe de plus en plus souvent dans les productions hexagonales.

Voir la Mer reste très loin des grands films de Patrice Leconte, du temps de Ridicule par exemple. Mais il signe là pour moi son meilleur film depuis dix ans. Un film qui, sans enthousiasmer, apporte assez de fraîcheur et d’originalité pour constituer un très bon moyen de patienter d’ici l’été.

Fiche technique :
Production : Produire à Paris
Distribution : Océan Films
Réalisation : Patrice Leconte
Scénario : Patrice Leconte
Montage : Joëlle Hache
Photo : Jean-Marie Dreujou
Décors : Ivan Maussion
Son : Paul Lainé
Musique : Etienne Perruchon
Maquillage : Claudia Chevailler
Durée : 91 mn

Casting :
Nicolas Giraud : Nicolas
Clément Sibony : Clément
Pauline Lefevre : Prudence
Gilles Cohen : Max

DETECTIVE DEE : LE MYSTERE DE LA FLAMME MYSTERIEUSE : Le tigre était presque parfait

detectivedeeaffiche

detectivedeeafficheDepuis Tigre et Dragon, le cinéma chinois a bien compris qu’en épousant quelques codes cinématographiques occidentaux, notamment au niveau du rythme de narration, il pouvait produire des succès mondiaux. L’exotisme et le savoir-faire local font le reste. Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme se situe exactement dans cette optique. Et s’il n’atteint pas les mêmes sommets que son illustre prédécesseur, il nous offre un divertissement fort réussi.

L’Empire du Milieu se prépare à connaître un événement sans précédent : le couronnement d’une femme au titre suprême. Evidemment, tout cela n’est pas du goût de tout le monde. Les complots se multiplient. Quand plusieurs dignitaires meurent de manière mystérieuse, la future impératrice se résout à faire appel à un de ses anciens et plus farouches opposants, qui croupit en prison, le détective Dee, pour résoudre cette affaire.

Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme nous propose un mélange étonnant et détonnant… Mon dieu, quel bon publiciste je ferai ! Un mélange entre film d’arts martiaux dans la pure tradition chinoise, avec ses combats spectaculaires et improbables, et une intrigue policière proche d’un Agatha Christie. Le tout au temps de la Chine impériale du 7ème siècle, apportant ainsi un aspect historique et exotique à l’ensemble.

Commençons par les scènes d’action, principalement des combats, type arts martiaux, avec ou sans armes. C’est sans doute sur cet aspect que l’on mesure vraiment la différence culturelle. Cela n’a rien à voir avec ce genre de scène dans un film d’action occidental. On ne cherche pas ici à faire ressentir la violence, on ne cherche pas le réalisme. Non, si ces scènes sont spectaculaires, c’est par le travail de chorégraphie. Les acteurs dansent plus qu’ils ne se battent. Certes des danseurs capables de faire des bonds de plusieurs mètres de haut, mais cela est secondaire. Encore une foi, le réalisme n’est en en rien un objectif, seul compte la beauté du ballet. Et ceux proposés par Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme sont de tout premier choix.

L’intrigue policière ensuite. Si le contexte est exotique, le déroulement est lui tout ce qu’il y a de plus classique : du mystère, des suspects, des fausses pistes, des rebondissements avant le retournement de situation final. Rien d’hyper original dans le fond, ni de fondamentalement génial en fait. Cela constitue un fil rouge qui maintient l’intérêt du spectateur tout du long, mais sans forcément le captiver. Voilà ce qui manque à Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme pour être véritablement un grand film. Mais n’y voyez pas une réelle critique, juste un léger bémol.

detecivedeeDétective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme s’est donné les moyens techniques pour conquérir le monde. Costumes et décors sont splendides et spectaculaires. Le cinéma chinois nous a souvent offert de grandes fresques, n’hésitant pas à mobiliser des centaines ou milliers de figurants. C’est encore le cas ici, donnant à certaines scènes une réelle grandeur. J’apporterais simplement un nouveau petit bémol concernant certains effets spéciaux, qui font un peu datés. A l’heure où quasiment tous les films hollywoodiens frôlent la perfection à ce niveau-là, on devient quelque peu intransigeant à ce niveau-là. Mais bon, ici, rien de bien méchant et rien qui ne vienne vraiment gâcher le grand plaisir procuré par ce film.

Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme fait donc perdurer une tradition des grandes fresques historiques du cinéma chinois. Certains puristes pourront regretter une certaine occidentalisation sur certains aspects, mais elle rend le film plus accessible à un large public (c’est d’ailleurs le but !). Et si on fait abstraction des débats de fond sur la mondialisation culturelle, on notera simplement que ce film est un excellent divertissement, spectaculaire et exotique.

Fiche technique :
Production : Huayi Brothers
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Tsui Hark
Scénario : Chia-Lu Chang
Montage : Chi Wai Yau
Photo : Chi Ying Chan
Décors : James Choo
Musique : Peter Kam
Durée : 123 mn

Casting :
Andy Lau : Detective Dee
Tony Leung Ka Fai : Shatuo
Bingbing Li : Shangguan Wan er
Carina Lau : Wu Zetian
Chao Deng : Pei Donglai

BON A TIRER : Tel est pris qui croyait prendre

bonatireraffiche

bonatirerafficheLes frères Farrelly sont les rois de la comédie américaine lourdingue mais drôle, voire très drôle. Mary à Tout Prix, Fous d’Irène ou encore L’Amour Extra-Large figurent à leur filmographie, autant de succès et autant de bonnes tranches de rires pour tous ceux qui ont eu l’occasion de les voir. Il semblerait d’ailleurs que ce genre cinématographique soit particulièrement propice aux collaborations fraternelles, puisque, avant eux, ce sont les frères Zucker (auteurs de la série des Y’a’t-il… ?) qui en étaient les maîtres incontestés. Lorsque j’ai vu pour la première fois la bande-annonce de Bon à Tirer, je me suis dit que, cette fois, ça avait l’air vraiment plus lourd que drôle et que j’allais sûrement m’abstenir. Mais plusieurs critiques élogieuses, dont celle de Télérama, pourtant pas connu pour idolâtrer ce genre de films, m’ont fait changer d’avis.

Rick et Maggie d’un côté, Fred et Grace de l’autre vivent la même crise de couple, entre routine et libido en berne. Excédées par leur maris, qui lorgnent sans arrêt et sans vergogne vers le popotins des belles plantes de près de 20 ans de moins, elles finissent, sur les conseils d’une amie, de leur accorder un bon à tirer, soit une semaine hors mariage, où ils pourront faire tout ce qu’ils leur chantent, à tous les points de vue, sans comptes à rendre à la fin. Les maris sont évidemment enthousiastes à l’idée d’être libérés ainsi de leurs femmes. Et les femmes de leurs maris ?

Bon à Tirer est tout à fait dans la droite lignée des films précédents des frères Farrelly. De l’humour très premier degré et un léger fond de réflexion sur les rapports humains. Ce second aspect est rarement celui que l’on retient en parlant leur filmographie, mais c’est pourtant ce qui fait leur originalité par rapport aux frères Zucker par exemple, ou la série des American Pie, qui sont eux dans le pur comique. Et dans ce film, il prend un intérêt tout particulier. Evidemment, ce n’est pas non plus d’une profondeur exceptionnelle, mais il y a une réelle intelligence dans le propos qui cherche à nous montrer que, finalement, les différences entre les sexes reposent avant tout des rôles que l’on joue et que la société nous pousse à jouer.

Et c’est heureux car Bon à Tirer m’a fait quand même moins rire que Mary à Tout Prix par exemple. Il y a bien quelques passages hilarants, mais que voulez-vous, depuis Very Bad Trip, on est devenu particulièrement exigeants en la matière. Il y a aussi quelques moments un peu scatophiles, ce qui doit être le seul truc dont j’ai du mal à rire… même si là, je ne peux que l’admettre à mon grand effroi, j’ai vraiment ri. Enfin bref, ce film reste tout de même très drôle, mais avec une certaine inconstance. Mais les meilleurs moments font largement oublier les passages un peu plus faibles.

bonatirerBon à Tirer repose largement sur le duo des deux maris. Voir ces quasi quarantenaires persuadés de pouvoir brancher toutes les petites minettes de 20 ans dès que leur femme aura tourné le dos constitue le principal ressort comique de ce film… puisque évidemment, tout ne va pas se passer exactement comme prévu. Il y a quelque chose d’un peu pathétique dans leur démarche, mais les Frères Farrelly réussissent, avec beaucoup d’intelligence, à nous les rendre de plus en plus sympathiques au fur et à mesure de l’envolée de leurs illusions. Ils quittent leur statut de mâles obsédés et basiques pour celui… d’êtres humains, ce qui est déjà pas mal.

Tout cela ne fonctionnerait pas sans un duo Owen Wilson – Jason Sudeikis. Bon, il faut bien reconnaître que le premier écrase un peu de son talent le second, qui connaît là son rôle le plus marquant de sa carrière. Encore une fois, ce n’est pas forcément dans les moments de comédie pure qu’ils se distinguent. C’est la totalité de leur prestation qui tire le Bon à Tirer vers le haut, sans néanmoins l’emmener vers d’inoubliables comédies.

Bon à Tirer est donc une bonne comédie, sans être géniale. Elle ravira tous ceux qui n’ont pas peur de l’humour au ras des pâquerettes, mais pourra séduire au-delà de ce public, grâce à une certaine intelligence dans le propos.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Entertainment, Conundrum Entertainment, New Line productions,
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Peter Farrelly, Bobby Farrelly
Scénario : Pete Jones, Kevin Barnett, les Frères Farrelly
Montage : Sam Seig
Photo : Matthew F. Leonetti
Décors : Arlan Jay Vetter
Durée : 105 mn

Casting :
Owen Wilson : Rick
Jason Sudeikis : Fred
Jenna Fisher : Maggie
Christina Applegate : Grace
Nicky Whelan : Leigh
Richard Jenkins : Coakley
Alyssa Milano : Mandy
Stephen Merchant : Gary

MOI, MICHEL G, MILLIARDAIRE, MAITRE DU MONDE : Une comédie aux deux visages

moimichelgmilliardairemaitredumondeaffiche

moimichelgmilliardairemaitredumondeafficheLa comédie sociale est à la mode dans le cinéma français. Il faut dire que la dernière crise économique constituer une inépuisable source d’inspiration. Après, le très moyen Ma Part du Gâteau, voici Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde. Si le film de Klapisch affichait un ton parfois sérieux, le film de Stéphane Kazandijan lui lutte dans la catégorie de la comédie pure. Le résultat est mitigé, mais pas désagréable.

Joseph Klein est un réalisateur de documentaires qui cherchent à dénoncer agissement des grands de ce monde. Un Michael Moore à la française en quelque sorte. Il porte son dévolu sur Michel Gagniant, un homme d’affaire à qui tout sourit. A sa grand surprise, ce dernier finit par accepter d’être suivi et de se dévoiler alors qu’il s’apprête à réaliser le coup de sa vie, en rachetant sa principale société rivale.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde cherche avant tout à faire rire. C’est donc sur ce paramètre que l’on va juger sa qualité. Pendant une petite moitié, il y réussit parfaitement. Les principaux ressorts du film se mettent en place et fonctionne très bien. On s’amuse de la fausse naïveté du milliardaire, qui cherche à passer pour un homme comme tout le monde, et de l’ironie féroce du journaliste qui ne se laisse par berner et qui fait preuve parfois d’un très mauvais esprit.

Ensuite le film s’essouffle quelque peu. Les ressorts restent les mêmes, du coup, le spectateur finit par se lasser. On rit de moins en moins, faute de se voir servir quelque chose de vraiment nouveau. Plus globalement, Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde tourne en rond et si l’intrigue avance, elle n’est qu’un prétexte à la description des personnages et ne suffit pas à susciter un fort intérêt par elle-même. Les bonnes idées sont surexploitées et finiraient presque par paraître pas si bonnes que ça.

Du coup, le seul espoir de voir Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde basculer du côté des divertissements réussis repose sur un dénouement réussi. Et si Ma Part du Gâteau avait sombré dans une fin ridicule, celle de ce film tire l’ensemble vers le haut. La dernière réplique, que je ne dévoilerai évidemment pas ici, laisse le spectateur sur une très bonne impression. Même si le propos ne se veut pas d’une profondeur exemplaire, finalement, cette seule réplique en dit plus que des heures de longs discours.

moimichelgmilliardairemaitredumondeMoi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde repose essentiellement sur le duo d’acteurs, François-Xavier Demaison et Laurent Laffite. Ils livrent tous deux une prestation correcte, à défaut d’être inoubliable. Leur personnage est à l’image du film : intéressant dans sa découverte, mais qui finit par quelque peu tourner en rond. Du coup, ils sont condamnés aux mêmes mimiques, aux mêmes effets comiques. Ils réussissent néanmoins à rendre leurs personnages assez crédibles et sympathiques pour que l’on prenne plaisir à les suivre tout du long.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde se distingue par contre par une réalisation plutôt imaginative. Ce n’est pas non plus Kubrick, mais l’habillage visuel, avec l’utilisation de petites séquences d’animation, démontre une volonté de faire preuve d’un minimum de créativité. Cela contribue à faire passer au spectateur un agréable moment, malgré les passages un peu plus faibles qui ponctuent ce film.

Une moitié réussie, une seconde un peu moins, avant un dénouement intelligent, voilà résumé ce qui fait de Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde un sympathique divertissement, pas inoubliable, mais qui se laisse regarder.

Fiche technique :
Réalisateur : Stéphane Kazandjian
Scénario : Stéphane Kazandjian
Photographie : Hugues Poulain
Musique : Arnaud Gauthier
Montage : Vincent Zuffranieri
Son : Laurent Benaïm
Costumes : Nadia Chmilewsky
Producteurs : Caroline Adrian et Antoine Rein
Production : Delante Films
Distribution : Rezo Films
Durée : 87 min.
Pays : France

Casting :
François-Xavier Demaison : Michel Ganiant
Laurent Lafitte : Joseph Klein
Laurence Arné : Déborah Ganiant
Xavier de Guillebon : Philippe Monk
Guy Bedos : Frank-David Boulanger
Patrick Bouchitey : Charles Prévost
Alain Doutey : Jérôme Prévost

LA PROIE : Le film où Albert Dupontel court, court et court encore

laproieaffiche

laproieafficheDepuis le Casino Royale avec Daniel Craig, le monde entier sait qu’une poursuite à pied peut-être aussi spectaculaire qu’une poursuite en voiture. Le cinéma français nous en a déjà offerte une particulièrement réussie dans l’excellent Ne le Dis à Personne. La Proie, un polar plutôt musclé, nous en livre quelques autres… Peut-être même quelques unes de trop.

Franck Adrien n’a plus que quelques mois à passer en prison suite à un braquage. Mais lorsqu’il est sans nouvelle de sa femme et sa fille, il décide de s’évader, soupçonnant son ancien compagnon de cellule d’être derrière tout ça. Ce dernier réussit alors à faire accuser Franck de ses propres crimes. Franck va alors le traquer… tout en étant lui même traqué par la brigade des fugitifs.

La Proie se veut un polar spectaculaire « à l’américaine », comme l’on dit. Le problème est qu’il reste la pellicule entre deux chaises. D’un côté, il nous offre des scènes pas vraiment crédibles…. Par exemple, sauter depuis un pont sur le toit d’un train en marche n’est quand même pas à la portée du premier venue. Mais d’un autre côté, il ne va pas assez loin pour que le spectacle vaille vraiment assez le coup et qu’on oublie totalement le manque de réalisme. Quand James Bond saute dans le vide, rentre dans un avion en pleine chute, prend les commandes et redresse l’appareil, ce n’est pas possible « physiquement », mais on s’en moque, c’est du cinéma ! Là, ça ne va pas assez loin pour devenir un pur spectacle… du coup, ce n’est guère enthousiasmant, ni convaincant.

Et puis, la Proie abuse quand même un tantinet des poursuites à pied. Albert Dupontel cours très bien, vous aurez de multiples occasions de vous en apercevoir tout au long de ce film. C’est un tantinet répétitif et donne l’impression d’un sérieux manque de créativité et d’imagination. Alors certes, ces scènes sont parfaitement réalisées, avec punch et rythme. Mais tout ça ressemble à un manque de moyens qui ne s’assume pas.

Enfin, la Proie souffre quand même fortement de la grosseur de certaines ficelles. Il ne faut pas vraiment être devins pour deviner ce qui va se passer par la suite. Par exemple, le plan qui nous montre avec insistance que le père d’une victime, passablement encore marqué par la mort de sa fille et persuadé que Franck est le coupable, possède des armes à feu… Oulala, on se demande bien ce qui va pouvoir se passer… Et bien, ça se passe exactement comme prévu… Bref, le scénario et sa mise en scène manquent parfois franchement de subtilité et on lit dedans comme dans un livre ouvert. Pourtant, il n’est quand même pas superflu de ménager un minimum de suspense dans un polar, ça peut toujours servir.

laproieLa seule vraie satisfaction de ce film s’appelle Albert Dupontel. Mais est-ce vraiment étonnant pour cet acteur qui confirme à chaque sortie son immense talent et surtout sa polyvalence, longtemps ignoré du fait de son statut d’ex-comique. Il tire la Proie vers le haut et apporte assez de crédibilité à son personnage pour le sauver de la noyade. Surtout que son adversaire, remarquablement interprété par Stéphane Debac, fait quand même bien froid dans le dos par son cynisme et son redoutable pouvoir manipulateur. Par contre, Alice Taglioni, si elle reste une des plus belles actrices de l’hexagone, n’est vraiment pas crédible dans un rôle d’inspectrice de police totalement transparent.

Je suis peut-être un peu sévère avec la Proie, film assez rythmé pour que le spectateur ne s’y ennuie pas une seule seconde. Mais les faiblesses sont un peu trop nombreuses et visibles pour qu’on lui pardonne totalement, surtout que ce film se situe dans un genre où les productions ne manquent pas, même si elles nous viennent souvent de l’autre côté de l’Atlantique. Ce film y tire son inspiration, mais est loin de faire aussi bien.

La Proie peut donc se laisser voir, mais dans le même genre, on préférera nettement revoir A Bout Portant.

Fiche technique :
Production : Brio Films, StudioCanal, TF1 Films PRoduction, Cinemage 5, A plus Image 2
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Eric Valette
Scénario : Luc Bossi, Laurent Turner
Montage : Christophe Pinel, Fabrice Rouaud
Photo : Vincent Mathias
Format : 35mm
Décors : Bertrand Seitz
Son : Dider Coudoul, Pascal Villard, Cyril Holtz
Musique : Noko
Durée : 102 mn

Casting :
Albert Dupontel : Franck Adrien
Alice Taglioni : Claire Linné
Sergi Lopez : Manuel Carrega
Stéphane Debac : Jean-Luois Maurel
Natacha Régnier : Christine
Caterina Murino : Anna
Zinedine Soualem : Lucciani
Serge Hazanavicius : Lafay