LE CHAT DU RABBIN : La tolérance sort toujours de la bouche des félins

lechatdurabbinaffiche

lechatdurabbinafficheLe cinéma d’animation hexagonal n’a jamais brillé par la quantité de productions qui se retrouvent sur nos écrans petits et grands. Mais, par contre, la qualité, l’originalité et l’inattendu sont souvent au rendez-vous. Le Roi et l’Oiseau, les Maîtres du Temps, Kirikou, les Triplettes de Belleville, autant d’œuvres uniques en leur genre, surprenantes et souvent inclassables. Le Chat du Rabbin, adaptation par lui-même de la bande-dessinée de Joann Sfar, se situe dans cette droite lignée.

A Alger, dans les années 20, le rabbin Sfar découvre avec stupéfaction que son chat sait soudainement parler, après avoir mangé son perroquet. Un chat philosophe et impertinent, qui se met dans l’idée de faire sa bar-mitsva. Mais ce qui l’intéresse par dessus tout, c’est de traîner dans les bras de la belle Zlabya, la fille du rabbin.

J’ai été voir le Chat du Rabbin sans avoir jamais lu aucun des albums de la bande-dessinée dont il est tiré. J’ai donc eu sur ce film un œil dénué de tous préjugés ou d’attentes particulières. Et j’avoue avoir été au final plutôt charmé, à défaut de réel enthousiasme, par cet univers plein de poésie et d’humour. J’ai beaucoup aimé cette manière légère d’aborder des thèmes plutôt graves comme l’intolérance, la religion, le racisme et les préjugés. Le film délivre un message particulièrement pertinent et qui passe tout seul, telle une pâtisserie orientale.

Il est vrai que le Chat du Rabbin s’appuie sur une trame narrative un peu légère. L’intrigue en elle-même ne casse pas forcément des briques et n’est pas particulièrement intense. Mais ce film est plus comme un voyage dans un monde dans lequel on a plaisir à flâner et à rencontrer un grand nombre de personnages hauts en couleur que l’on quitte toujours à regret. Cela constitue sans doute la plus grande limite de cette œuvre, tout en lui donnant aussi son originalité et une part de son charme. Joann Sfar est définitivement un artiste anticonformiste, qui s’amuse à détourner les formes d’expression de leur cadre habituel. En cela, ce film est sympathiquement rafraîchissant.

lechatdurabbinLe style graphique est lui-aussi très personnel. Il correspond à celui de la bande-dessinée (enfin pour le peu de souvenir que j’ai de l’avoir feuilleté). Je n’en suis pas particulièrement fan, mais il colle finalement bien à l’ambiance générale du Chat du Rabbin. Alors, très vite, une fois rentré dans le film, on oublie ses réticences à ce niveau. Restera tout de même un léger regret quant à la qualité de l’animation en elle-même qui n’est pas non plus exceptionnelle. Quant à la 3D… je ne me prononcerai pas, puisque je l’ai vu en 2D, mais j’ai du mal à imaginer ce que le relief pourrait apporter (si ce n’est un euro pour le distributeur).

Le casting vocal est d’un niveau rarement égalé dans notre pays. On voit bien que le succès de Gainsbourg, Vie Héroïque a donné envie à beaucoup de gens de travailler avec Joann Sfar. Le chat est doublé par François Morel, la fille par Hafsia Herzi, mademoiselle « je fais la danse du ventre comme personne ». On trouve aussi au détour des personnages François Damiens, Matthieu Almaric, Jean-Pierre Kalfon et Fellag. Maurice Bénichou en doublant le rabbin tient là un des rôles les plus importants de sa carrière, lui qui peuple le cinéma français de seconds rôles depuis près de 40 ans.

Le Chat du Rabbin ravira sûrement les amateurs de la BD… ou pas. Mais pour les autres, le dépaysement est garanti, assaisonné d’une bonne dose de poésie, pour une ode à la tolérance agréable et impertinente, qui aurait gagné à être porté par une intrigue plus conséquente.

Fiche technique :
Production : Autochenille productions, TF1 Films, UGC, Banjo studio
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Joann Sfar, Antoine Delesvaux
Scénario : Joann Sfar, Sandrina Jardel, d’après la BD de Joann Sfar
Montage : Maryline Monthieux
Musique : Olivier Daviaud
Durée : 100 mn

Casting :
François Morel : le chat
Maurice Bénichou : le rabbin
Hafsia Herzi : La fille du rabbin
François Damiens : le reporter
Mathieu Amalric : le prince
Jean-Pierre Kalfon : le Malka des Lions
Fellag : le Cheikh Mohammed Sfar
Marguerite Abouet : l’Africaine
Sava Lolov : le peintre russe

VERY BAD TRIP 2 : Very useless movie

verybadtrip2affiche

verybadtrip2afficheRevoir de nombreuses fois le même film ne me dérange pas le moins du monde… Ayant vu une bonne cinquantaine de fois (sans rire) la trilogie initiale de Star Wars, j’aurais bien du mal à affirmer le contraire. Les très bons films, c’est comme les bonnes recettes de cuisine, on ne s’en lasse pas, même si, d’une fois sur l’autre, rien n’a changé. On prend également parfois plaisir à voir le remake d’un film qu’on a beaucoup aimé, même si la nouvelle version n’égale pas la première. Very Bad Trip 2 ne rentre dans aucune de ces catégories puisqu’il s’agit d’une suite… Sauf que ce deuxième volet est en grande partie identique au premier, à une différence près. Mais une différence de taille…

Stu va se marier en Thaïlande et emmène avec lui Phil, Doug…et Alan, malgré ses réticence. Il veut à tout prix éviter la même mésaventure que lui et ses amis ont connu à Las Vegas, lors de l’enterrement de vie de garçon de Doug. Alors, ça sera une bière sur la plage et c’est tout… sauf qu’ils se réveillent finalement dans un hôtel miteux de Bangkok avec une nouvelle gueule de bois monstrueuse et aucun souvenir de la soirée. Or, le beau frère de Stu a disparu…

Very Bad Trip 2 ressemble comme deux gouttes d’eau au premier volet. Même structure, même point de départ, mêmes situations… Certes, le tigre a été remplacé par un singe facétieux, mais on les voit une nouvelle fois se réveiller avec un animal dont ils ignorent la provenance. La délocalisation en Thaïlande aurait pu être source de nouveautés, mais cet élément est largement sous-exploité et les nuits de Bangkok ne différent guère de celles de Las Vegas…surtout quand y retrouve le personnage de Chow, histoire de ne surtout pas trop dépayser le spectateur.

Mais Very Bad Trip 2 diffère radicalement du premier volet par un élément un tantinet important : il n’est pas drôle… Aucun gag de fonctionne vraiment et de toute façon, ils arrivent au compte goutte. Evidemment l’impression de déjà-vue joue beaucoup, mais il n’y a pas que ça. L’humour de ce film respire autant la médiocrité que celui de son prédécesseur débordait d’énergie, de rythme et de fous rires en cascade. C’est bien simple, je n’ai vraiment ri qu’une fois, à cinq minutes de la fin, quand Alan jette l’ancre d’un bateau qui vient d’atterrir à 20 mètres à l’intérieur des terres. C’est en arrière-plan, ça a sûrement échappé à de nombreux spectateurs, pourtant, ce constitue pour moi le meilleur moment du film. Trois secondes de bonheur pour 100 minutes d’ennui.

verybadtrip2Pourtant, on sent bien que Very Bad Trip 2 ne déploie pas les moyens d’un film de seconde zone. Beaucoup de talent y est mis en œuvre, mais rien ne peut rattraper le caractère foireux des gags. Pas même la réalisation qui fait souvent preuve d’imagination et d’un vrai sens de la photographie. Todd Philipps sait définitivement manier une caméra et on aimerait bien voir ce que cela pourrait donner s’il se décidait à tourner autre chose que de la bonne grosse comédie qui tâche. Cela sera peut-être pour une prochaine fois, parce que là, pour le coup, ça tâche et ça a du mal à partir au lavage.

Le seul réel plaisir de Very Bad Trip 2 est de retrouver la brochette d’acteurs du premier volet. Les jeunes femmes frissonneront à l’idée de revoir le beau Bradley Cooper, dont elles sont toutes amoureuses depuis ses débuts dans la série Alias. Son charme est toujours intact et on ne pourra pas lui reprocher de ne pas tenter d’en faire usage pour tirer le film vers le haut. Zack Galifianakis est toujours impeccable dans son rôle de névrosé incontrôlable. Mais sans l’effet de surprise, son petit numéro fait nettement moins d’effet, malgré l’énergie considérable qu’il déploie. De manière plus générale, la distribution n’y est pour rien dans le naufrage de ce film. A l’impossible, nul n’était tenu.

Very Bad Trip 2 confirme donc toutes les craintes qu’on pu avoir les cinéphiles au vu de la bande-annonce. Une sorte de remake sans intérêt, sans nouveauté et surtout sans gags drôles.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Entertainment, Legendary Pictures, Green Hat Films
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Todd Phillipsa
Scénario : Craig Mazin, Scot Armstrong, Todd Phillips
Montage : Debra Neil-Fisher, Mike Sale
Photo : Lawrence Sher
Format : 35mm
Décors : Bill Brzeski
Musique : Christophe Beck
Directeur artistique : Desma Murphy, Philip Toolin
Durée : 100 mn

Casting :
Zach Galifianakis : Alan
Ed Helms : Stu
Bradley Cooper : Phil
Paul Giamatti : Kingsley
Ken Jeong : Mr. Chow
Justin Bartha : Doug
Mike Tyson : lui-même

PIRATES DE CARAIBES : LA FONTAINE DE JOUVENCE : Joli rebond

piratesdescaraibeslafontainedejouvenceaffiche

piratesdescaraibeslafontainedejouvenceafficheL’éternel débat autour des suites n’est pas près de cesser entre cinéphiles. Il y a les allergiques, ou au contraire ceux qui aiment retrouver encore et toujours les mêmes personnages. Sans doute, la culture « série » qui a réellement émergé à la télévision depuis une quinzaine d’années nous a rendus plus tolérant dans ce domaine. Mais le grand n’est pas le petit écran s’écrieront certains ! Bref, de vraies discussions animées en perspective. Et Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence, le quatrième épisode des aventures du Capitaine Sparrow, a largement alimenté le débat ces dernières semaines. Un film que j’ai été voir en craignant le pire… mais qui finalement se révèle être un vrai nouveau départ pour la franchise.

La Fontaine de Jouvence attire bien des convoitises. Espagnols et Anglais sont sur le coup. Ces derniers essayent même de recruter le célèbre Capitaine Sparrow, qui possède une carte permettant d’y accéder. Mais c’est sans compter l’esprit d’indépendance du célèbre pirate. Un esprit qu’arrivera peut-être à mater la belle Angelica, qu’il a connu jadis dans un couvent espagnol.

La grande et bonne idée, mais peut-être involontaire, de Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence est de s’être débarrassé de plusieurs personnages de la trilogie initiale, notamment ceux interprétés par Keira Knightley et Orlando Bloom. Du coup, cela laisse beaucoup plus de place à de nouveaux protagonistes qui apportent un peu de fraîcheur et dépoussièrent un peu cette franchise, dont les 2ème et 3ème volets avait été sympathiques mais sans plus. A défaut d’être vraiment génial et de pouvoir égaler le premier, ce 4ème volet constitue tout de même un agréable divertissement et une bonne surprise.

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence a aussi la bonne idée de laisser un peu plus de places aux personnages secondaires que les précédents épisodes. Que les fans de Johnny Depp se rassurent, ses facéties occupent encore une large part de ce volet, mais on apprécie aussi de voir Geoffrey Rush avec un rôle un peu plus consistant que précédemment. On ne regrettera pas non plus le remplacement de Keira Knigthley par Penelope Cruz en tant que touche de charme obligatoire. Au-delà de l’actrice elle-même, c’est surtout le personnage qui est nettement plus intéressant et étoffé que celui de la belle qui se fourre dans le pétrin et qu’il faut aller délivrer.

piratesdescaraibeslafontainedejouvenceEt puis, Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence recèle quelques jolis moments de cinéma. La séquence où surviennent les sirènes est notamment particulièrement réussie, aussi bien sur le contenu que sur la forme. Cela démontre que la franchise a plutôt bénéficié du passage de témoin entre Rob Marshall et Rob Verbinski. On sent la patte d’un vrai réalisateur, même si on sent aussi encore la patte du politiquement correct à la Disney. Cependant, le côté assez troublant, il faut bien l’avouer, de ces créatures de légende apportent un peu de sensualité dans une saga pour l’instant assez chaste.

Le scénario de Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence n’est pas le plus génial qui soit. Il est vrai qu’il n’y a guère de rebondissements. Nous sommes là face à un film d’aventure classique où s’enchaînent un peu linéairement diverses péripéties qui séparent les héros de leur but final. Cependant, il est suffisamment rythmé et apporte assez de variété pour qu’on puisse l’apprécier, sans jamais s’ennuyer une seule seconde. Après, le talent des acteurs fait le reste pour entretenir la flamme qui nous séduit depuis le début de la saga.

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence ne constitue donc pas encore le film de trop pour cette saga, alors qu’on pouvait sérieusement le craindre. On peut même parler de rebond et on attend à nouveau la suite avec impatience.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Jerry Bruckheimer Films
Réalisation : Rob Marshall
Scénario : Jay Wolpert, Terry Rossio, Ted Elliott, Stuart Beattie
Montage : David Brenner, Wyatt Smith
Photo : Dariusz Wolski
Décors : Gordon Sim
Distribution : The Walt Disney Company France
Musique : Hans Zimmer
Effets spéciaux : John Frazier
Maquillage : Kim Ayers, Chantal Boom’la, Paul Boyce, Belinda Bryant
Directeur artistique : John Chichester, Robert Cowper, Zack Grobler, Tomas Voth
Durée : 140 mn

Casting :
Geoffrey Rush : Hector Barbossa
Penelope Cruz : Angelica
Johnny Depp : Jack Sparrow
Ian McShane : Barbe noire
Astrid Berges-Frisbey : Syrena
Sam Claflin : Philip
Kevin R. McNally : Joshamee Gibbs

LA DEFENSE LINCOLN : VIve les traditions !

ladefenselincolnaffiche

ladefenselincolnafficheUne récente affaire, dont on a assez peu parlé dans les médias, entre un homme politique et une femme de chambre, a engendré moult comparaisons entre les systèmes judiciaires français et américains. Beaucoup de critiques ont été émises contre ce dernier. Je suis persuadé qu’aucune ne provenait de cinéphiles éclairés. Car s’il y a bien quelque chose qui est à l’origine de sacrés bons films, c’est la nécessité pour les avocats de la défense de réaliser leurs propres enquêtes. Le dernier d’entre eux s’appelle la Défense Lincoln.

Michael Haller est un des avocats préférés des petits voyous de Los Angeles. Grâce à sa Lincoln Continental, il va de tribunaux en tribunaux, de prison en prison, exercer ses talents et son habilité. Un jour, il est embauché par une riche famille pour défendre le grand fiston, accusé d’agression sexuelle. Une grosse affaire, comme il en a eu rarement à traiter. Mais rapidement, il va s’apercevoir qu’il ne s’agit par contre pas d’une bonne affaire…

La Défense Lincoln se situe dans la longue tradition des films hollywoodiens de procès. Et même si ce genre ne se réinvente que très rarement, il faut bien avouer que, lorsque le résultat est réussi, le plaisir est toujours aussi intense. On a vraiment l’impression que ce système judiciaire a été conçu uniquement pour offrir aux scénaristes une source d’inspiration sans fin. Et comme ce film est l’adaptation d’un roman de Michael Connelly, star du polar, on est là dans le haut du panier de ce genre de production.

La Défense Lincoln est donc archi-classique, mais se donne tous les moyens de réussir. Des personnages très réussis tout d’abord. Là encore, on recycle de vieilles recettes, mais avec beaucoup de goût et de talent. Les protagonistes sont ambiguës dans l’absolu, mais, très vite, sympathie et antipathie vont se focaliser sur certains. Les doutes qui assaillent l’avocat lui donnent une sorte de caution morale (au fond, il n’est pas si pourri que ça et cherche à s’amender), mais le charme avait agi depuis longtemps et, même sans cela, on lui aurait pardonné dans tous les cas.

Le scénario est bien construit, rythmé et recèle quelques surprises. Il n’y a pas d’énormes rebondissements dans la Défense Lincoln, plutôt quelques doutes qui naissent peu à peu, quelques fausses pistes et quelques plans machiavéliques que l’on devine sans très bien les comprendre dans un premier temps. La tension et l’intérêt sont donc maximum tout du long et ne tiennent pas uniquement dans un twist final attendu, comme bien trop de polar de nos jours. Un scénario consistant donc, tel qu’on pouvait l’attendre pour une adaptation d’un maître du genre.

ladefenselincolnLa réalisation est quant à elle sobre et classieuse. Le travail de photographie donne à la Défense Lincoln un petit aspect rétro, hommage aux polars des années 60-70 (Bullit, les 3 Jours du Condor…). Le ton tire parfois sur le film noir, mais Brad Furman reste sur sa ligne directrice visuelle qui empêche le film de se prendre trop au sérieux. L’image de macho au grand cœur, l’importance donnée à sa voiture renvoie aux personnages interprétés par Boggart, même si c’était alors la figure du détective privée qui primait, non celle de l’avocat. En tout cas, pour un premier film, on ne peut que saluer ce travail, même si certains trouveront peut-être qu’il manque du coup un peu de personnalité.

Matthew McConaughey tient là un de ses rares premiers rôles, depuis En Direct sur Ed TV en 1999. Il s’en sort brillamment, rendant crédible un personnage classique certes, mais qui demande beaucoup de classe pour être crédible. En face de lui, Ryan Phillips que l’on avait un peu perdu de vue depuis son interprétation d’un Valmont moderne dans Sexe Intentions. Un retour remarquable dans un rôle ambiguë qui lui va à ravir.

La Défense Lincoln est donc le dernier né d’une longue tradition hollywoodienne. Mais le bébé est vraiment réussi et donne envie de faire perdurer les coutumes.

Fiche technique :
Production : Sidney Kimmel
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Brad Furman
Scénario : John Romano, d’après le livre de Michael Connelly
Montage : Jeff McEvoy
Photo : Lukas Ettlin
Décors : Charisse Cardenas
Son : Steven A. Morrow, C.A.S
Musique : Gregory Tripi
Effets spéciaux : Dennis Dion
Maquillage : Melanie Hugues-Weaver
Durée : 118 mn

Casting :
Matthew McConaughey : Mick Haller
Marisa Tomei : Maggie McPherson
Ryan Philippe : Louis Roulet
Michael Peña : Jesus martinez
Frances Fischer : Mary Windsor
William H. Macy : Franck Levin

LE COMPLEXE DU CASTOR : Epouse-moi Jodie !

lecomplexeducastoraffiche

lecomplexeducastorafficheIl paraît que nous avons tous du talent. Il est parfois plus ou moins caché, mais il semblerait qu’il y a toujours un domaine dans laquelle nous excellons. Enfin, certains ont quand même été plus vernis que d’autres. Voire même, pour certains, cela tourne à l’indécence, empilant les talents comme d’autres les arriérés d’impôt, sans penser une seule seconde à en donner un peu aux autres. Parmi ces personnes détestables, il y a Jodie Foster. Parce qu’en plus d’être une immense actrice, elle nous prouve avec son premier film, le Complexe du Castor, qu’elle est également une grande réalisatrice. Il n’y pas de justice !

Walter est dépressif. Quand il ne passe pas son temps à ne rien faire, il dort. Cette situation devient peu à peu totalement insupportable pour sa famille et il finit par quitter le foyer familial pour vivre à l’hôtel. Après une tentative de suicide ratée, il tombe par hasard sur une marionnette de castor, abandonnée dans une poubelle. Il en fait un personnage capable de dire tout ce qu’il n’est plus capable d’exprimer. Un moyen de thérapie efficace ?

Pour résumer, le Complexe du Castor est un film sur un type qui n’est plus capable de parler qu’à travers une marionnette de castor enfilée sur sa main gauche. Dis comme ça, cela ne donne pas vraiment envie et a de quoi intriguer. Mais s’il y a bien un terme pour qualifier les débuts de Jodie Foster derrière la caméra, ce serait « surprenant ». Surprenant pas son scénario incroyablement original et riche. Et surprenant par la qualité de la mise en scène, qui n’a rien de celle d’une débutante.

Il serait dommage d’en dire trop sur cette histoire hors du commun. Je soulignerais simplement la variété des tons qu’elle prend tour à tour : drôle, touchant, sombre, inquiétant, dramatique, optimiste, sensuel, émouvant,… Bref tout un panel de sentiments que le spectateur partage avec force et surtout enthousiasme. L’intrigue se déroule avec un vrai rythme et une vrai fil conducteur, le Complexe du Castor n’est en rien un catalogue. Pourtant, jamais il ne s’appesantit trop longtemps sur un aspect ou un autre, pouvant ainsi séduire un très large public, qui sera totalement préservé de l’ennui.

lecomplexeducastorLe Complexe du Castor brille donc aussi bien par le fond et l’originalité du scénario que par la forme de sa mise en scène. Et au-delà du rythme, il y a une vraie élégance dans la caméra de Jodie Foster. Mais aussi une certaine virtuosité dans la manière dont elle fait de cette marionnette un personnage à part entière. Le choix des cadrages jouent un rôle capital dans la construction de l’intrigue et l’évolution du couple Walter-castor. On aurait pu facilement sombrer dans le ridicule, ou du moins sourire à des moments qui n’auraient pas du s’y prêter. Mais au contraire, on entre totalement dans cette histoire, qui pouvait pourtant nous sembler si improbable à l’origine.

Pour ses débuts à la réalisation, Jodie Foster a aussi su s’entourer d’un très beau casting, en commençant évidemment par elle-même. Quand on a une telle classe, un tel talent naturel, on facilite grandement le travail de son metteur en scène. Et quand il s’agit d’une seule et même personne, cela donne évidemment une synergie parfaite. A ses côtés, on retrouve un Mel Gibson comme on n’en avait pas vu depuis fort longtemps. Je ne suis vraiment pas fan de l’acteur, encore moins de l’homme, mais dans le Complexe du Castor, il nous rappelle avec brio pourquoi il figure encore dans les plus grandes stars d’Hollywood.

Le Complexe du Castor apparaît comme le plus film le plus surprenant, le plus original et le plus intelligent de cette année 2011. Il annonce surtout sans doute une seconde carrière pour Jodie Foster. Si elle est aussi riche et brillante que la première, cela nous promet d’autres très bons moments de cinéma comme celui-là.

Fiche technique :
Production : Summit Entertainment
Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Kyle Killen
Montage : Lynzee Klingman
Photo : Hagen Bogdanski
Décors : Rebecca Meis DeMarco
Distribution : SND
Musique : Marcelo Zarvos
Durée : 90 mn

Casting :
Mel Gibson : Walter Black
Cherry Jones : la vice-présidente
Jodie Foster : Meredith Black
Anton Yelchin : Porter Black
Riley Thomas Stewart : Henry Black
Zachary Booth : Jared
Jennifer Lawrence : Norah

LA CONQUETE : Place des petits hommes

laconqueteaffiche

laconqueteafficheUn film politique, qui plus est extrêmement réaliste, ne semble pas vraiment rimer avec comédie. Pourtant, avec une caméra qui cherche à nous montrer les êtres humains, avec leurs défauts et leurs faiblesses, on se rend vite compte que les arcanes du pouvoir sont le lieu rêvé pour un excellent vaudeville. Grands et petits de ce monde sont souvent frappés des mêmes travers, que l’Histoire, avec un grand H, a tendance à effacer. La Conquête constituait un pari osé, qui nous plonge au cœur de l’histoire avec un petit h de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Le résultat est particulièrement convaincant, malgré quelques limites.

2002, Jacques Chirac est réélu Président de la République. Comme premier ministre, il choisit Jean-Pierre Raffarin, au grand dam de Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier, ne va pas tarder à afficher clairement ses ambitions présidentielles pour 2007. Et rien, ni personne ne l’arrêtera. Surtout avec Cécilia à ses côtés…

On a beaucoup parlé de la performance de Denis Podalydes, imitateur bluffant de notre Président. La voix, les tics, la démarche, le regard, tout y est. Un travail aussi impressionnant que celui de Marion Cotillard dans la Môme. Après, on peut toujours débattre sur la valeur réelle de tels rôles d’imitation plus que de composition. Surtout, que cela concerne à peu près tous les personnages. Bernard Le Coq en Chirac et Samuel Labarthe en De Villepin sont eux-aussi criants de ressemblance. Et vous n’aurez aucun mal à reconnaître d’autres personnalités politiques, pas forcément nommés, comme Rachida Dati ou Frédérique Lefebvre.

L’axe principal du scénario se situe sur la relation entre Nicolas Sarkozy et sa femme Cécilia. Quelque part, la conquête du pouvoir n’est qu’un décor pour ce mélo dont la fin est déjà connue. Un décor qui prend beaucoup de place, mais le fil rouge reste bien le déchirement de ce couple qui doit malgré tout sauver les apparences jusqu’au jour de l’élection. Notre Président y apparaît comme un homme éperdument amoureux, constamment partagé entre l’amour pour sa femme et son amour du pouvoir. On sait bien celui qui finir par l’emporter, mais la Conquête nous montre bien comment un tel destin en mouvement est inarrêtable.

laconqueteMais la Conquête reste néanmoins sans complaisance pour ses personnages et il est difficile de dire qu’il les rend plus sympathiques en les rendant plus humains. Au contraire, on plonge en plein cœur du décalage entre leur médiocrité d’hommes et la grandeur qu’ils doivent afficher en public. Ce décalage, s’il est inévitable en politique, donne un air de farce à chacun de leur agissement, alors que c’est le destin même du pays qui se joue. D’ailleurs, la musique est là pour le souligner constamment, avec des airs que l’on attendrait plus sur la piste d’un cirque que dans les salons de l’Elysée. Si on ajoute à cela des répliques sûrement trop bonnes et cinglantes pour être véridiques, ce film nous offre quelques moments d’anthologie délectables, comme le dernier déjeuner de travail entre Domique De Villepin qui vient de prendre la tempête CPE en pleine figure et un Nicolas Sarkozy qui sati pertinemment qu’il n’a plus rien à craindre de lui. Tout cela est étonnamment drôle, même si, parfois, on aimerait penser que tout cela n’est pas vrai.

Mais toutes ces qualités constituent au final la grande limite de La Conquête. A force de vouloir nous raconter les évènements au plus près de ce qui s’est réellement passé, on n’apprend au final pas grand chose… pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la politique. Certes, vous me direz, tel n’était pas du tout là le propos de ce film. Mais il lui manque quand même des éléments qui en ferait autre chose qu’une imitation du réel même particulièrement réussie. Chaque médaille a son revers, on ne peut pas voir le beurre et l’argent du beurre… Bref, il était sûrement impossible de franchir cette limite sans changer radicalement le film, alors apprécions-le pour ce qu’il est.

La Conquête est donc un exercice cinématographique osé, mais parfaitement exécuté. Mais le partie pris d’un récit qui colle à la réalité ne nous permet pas de dépasser le stade de la sympathie pour cette histoire donc connaît déjà le dénouement.

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Gaumont
Réalisation : Xavier Durringer
Scénario : Patrick Rotman
Montage : Catherine Schwartz
Photo : Gilles Porte
Décors : Eric Durringer
Distribution : Gaumont
Musique : Nicola Piovani
Durée : 105 mn

Casting :
Denis Podalydès : Nicolas Sarkozy
Florence Pernel : Cécilia Sarkozy
Benrard Le Coq : Jacques Chirac
Jippolyte Girardot : Claude Guéant
Samuel Labarthe : Dominique de Villepin
Grégory Fitoussi : Laurent Solly
Pierre Cassignard : Frédéric Lefebvre
Saïda Jawad : Rachida Dati
Dominique Besnéhard : Pierre Charron

LE GAMIN AU VELO : Deux claques et au lit !

legaminauveloaffiche

legaminauveloafficheLes frères Dardenne sont deux petits rigolos qui réalisent toujours des comédies hilarantes. A côté d’eux, les frères Farelly sont tristes à mourir… Bon, je plaisante, les réalisateurs belges étant les champions du monde du film social pas drôle qui finit mal. En ressortant d’un de leur film, soit vous êtes déprimé et avez envie de vous tirer une balle, soit vous avez la pêche, à l’idée qu’il y a infiniment plus malheureux que vous. Le Gamin au Vélo n’échappe à la règle, même s’il est parcouru d’un peu plus d’optimisme que d’habitude.

Cyril a bientôt 12 ans et ne nage pas vraiment dans le bonheur. Placé dans un foyer par un père qui semble s’être volatilisé dans la nature, il cherche à tout prix à la retrouver, ainsi que son vélo qui a visiblement été vendu. Cette quête le conduira à croiser Samantha, qui va se prendre d’affection pour le gamin et commencer à l’accueillir chez elle le week-end.

Le Gamin au Vélo ressemble à tous les autres films des frères Dardenne, c’est à dire qu’il nous raconte l’histoire de quelqu’un qui n’a vraiment pas eu de chance de la vie. Etre abandonné par ses parents fait partie des situations que l’on ne souhaite à personne et qui donne rarement envie de rigoler. Cela peut bien sûr constituer un très bon sujet pour un film, à la condition de faire naître chez le spectateur un minimum de compassion et de tendresse pour la victime.

Et c’est bien là le problème avec le Gamin au Vélo ! De mon point de vue en tout cas. Certes, le jeune Cyril a eu bien des malheurs dans sa vie, mais il y a des limites à tout, y compris dans l’agressivité, l’ingratitude et l’agitation perpétuelle. Du coup, il est antipathique dès la première seconde et toute la générosité du monde ne suffit pas à comprendre l’attachement qui naît chez Samantha pour ce gamin qui aurait pu figurer comme la 8ème plaie d’Egypte. Du coup, on n’a pas envie qu’il retrouve son père ou qu’il soit heureux, on veut juste qu’il se calme et qu’il disparaisse. Bref que le film se termine au plus vite.

Tout cela noie du coup complètement l’intérêt que peut avoir le sujet du film en lui-même. Et c’est dommage, car pour une fois, le film des frères Dardenne est bien équilibré entre lueur d’espoir et « vous ne pensiez pas que ça pouvait être pire… et bien si !». Le Gamin au Vélo alterne les hauts et les bas et on se demande jusqu’au bout où le curseur va bien pouvoir s’arrêter. Cela change des pures descentes aux enfers qu’ils nous racontent le plus souvent. A côté du Silence de Lorna, ce film aurait pu figurer dans la filmographie de Claude Zidi.

legaminauveloReste tout de même cette réalisation épurée qui, elle, n’a jamais varié. Si on est méchant, on dit que ça a le relief d’un téléfilm ou d’un film roumain, si on est gentil, on parle de sobriété au service de l’histoire et des acteurs. Dans tous les cas, le problème est que, si on accroche pas à l’histoire, il ne reste plus grand chose pour satisfaire le spectateur. Et comme ce fut mon cas, ce film ne restera pas pour moi un grand souvenir.

Il y avait pourtant la charmante et sémillante Cécile de France, qui est bien belge, ne l’oublions pas. Elle apporte toute l’énergie positive qu’elle peut, portée par son sourire à nul autre pareil, mais elle ne peut rien faire face à cette tête à claques, interprété par le jeune Thomas Doret, dont on espère qu’il ne ressemble pas à ça dans la vie… Reste enfin, Jérémie Régnier, le fonctionnaire du cinéma des Frères Dardenne, puisqu’il joue dans chacun de leur film. Vous l’aurez compris, sa performance n’a vraiment rien de transcendant et il se contente du minimum.

Le Gamin au Vélo ne restera pas comme l’œuvre les plus aboutie des Frères Dardenne, faute à un personnage principal plus repoussant qu’attachant. Mais cela reste un point de vue personnel, qui est loin d’être partagé par la majorité.

Fiche technique :
Production : Archipel 35, Les films du fleuve, Lucky Red
Réalisation : Jean-Pierre & Luc Dardenne
Scénario : Jean-Pierre & Luc Dardenne
Montage : Marie-Hélène Dozo
Photo : Alain Marcoen
Décors : Igor Gabriel
Distribution : Diaphana
Son : Jean-Pierre Duret
Durée : 87 mn

Casting :
Thomas Doret : Cyril
Cécile de France : Samantha
Egon di Mateo : Wes
Jérémie Rénier : Guy Catoul
Fabrizio Rongione : le libraire

THE TREE OF LIFE : La Palme retrouve son or

thetreeoflifeaffiche

thetreeoflifeafficheL’année dernière, j’avais été la seule personne de mon entourage, pourtant rempli de cinéphiles émérites, voire compulsifs, a avoir trouvé le courage d’aller voir la Palme d’Or, l’inoubliable, mais par pour les bonnes raisons, Oncle Boonmee, Celui qui se Souvient de ses Vies Antérieures. Un film qu’on aimait ou que l’on détestait, ou plutôt que l’on détestait si on était sain d’esprit. Cette année The Tree of Life divise de la même façon et les détracteurs formulent les mêmes reproches : c’est long, chiant et incompréhensible. Sauf que cette fois, le camp des défenseurs est nettement plus fourni et c’est normal. Ce film est un vrai chef d’œuvre… imparfait, mais chef d’œuvre tout de même.

The Tree of Life nous fait partager l’enfance de Jack. Une enfance passée entre une mère affectueuse et protectrice, un père exigeant et parfois violent et ses deux petits frères. Une enfance qui se terminera par un évènement tragique. Mais ce film ne nous raconte pas que la naissance et l’essor d’une existence, mais aussi la naissance et l’essor de notre univers et de la vie.

J’ai hésité avant d’inclure un synopsis à cette critique. Car parler d’une intrigue pour The Tree of Life n’a pas vraiment de sens. Cela reviendrait à définir un tableau ou un morceau de musique par l’histoire qu’ils cherchent à raconter (Par exemple, pour décrire l’Automne des Quatre Saisons de Vivaldi, se contenter de dire que la musique décrit une partie de chasse). Il y a certes une histoire, mais elle ne joue pas ici le même rôle central que dans un film classique. On est sûrement plus proche de l’Opéra de ce point de vue, surtout que la musique est ici au cœur du film.

Evidemment tout cela peut dérouter. Entre cinéma, opéra et clip vidéo, The Tree of Life est tout simplement une œuvre d’art originale qui s’affranchit des règles préconçues inhérentes à chaque domaine. Pendant plus de deux heures, c’est vrai que cela peut faire long, mais quand c’est beau, c’est beau… A condition de trouver ça beau, sinon, c’est vrai, c’est juste chiant. On peut parler ici d’art pour l’art, mais à la fois, est-ce que l’art est là pour autre chose que lui-même… Vous avez deux heures… Bon, je m’égare.

Après que dire de plus sur The Tree of Life à part que c’est beau, vraiment très beau, sans tomber dans le verbiage creux du critique de cinéma qui ce la raconte. Mais bon, comme j’aime bien me la raconter un peu, je rajouterai que certains passages sont particulièrement émouvants. Qu’importe que l’on ne comprenne pas toujours le lien entre ce qui nous est présenté, on se situe ici dans le ressenti. Les images de la création de notre univers n’éblouiront pas que les fondus d’astronomie. Mais le plus beau passage reste la naissance et les premières années de Jack, tournés sans paroles avec la Moldau en musique de fond. Un moment d’émotion pure, de grand cinéma, tourné à la fois avec une très grande sobriété et un fascinant génie.

thetreeoflifeCar la réalisation de Terrence Mallick tient du miraculeux, sans jamais la moindre fraction d’esbroufe ou de spectaculaire faussement élaboré. Certains plans constituent de pures merveilles, simplement par le positionnement de la caméra. On retiendra notamment celui où Jack s’approche du berceau de son petit frère, où comment la simple vision d’un bébé marchant vers un couffin touche au divin. Comme quoi, il ne faut parfois pas grand-chose, si ce n’est un talent et la force si mystérieuse du génie et de l’inspiration.

Après, il est vrai que malgré ces moments de grâce, The Tree of Life s’étire peut-être quelque peu au-delà du nécessaire. J’avoue avoir eu quelques minutes où mon intérêt commençait à faiblir et où j’attendais que le film ne rebondisse. Mais c’était une attente chargée d’impatience, espérant de tout mon cœur que la prochaine étape de ce merveilleux voyage serait aussi envoûtante et sublime. En fait, mon seul vrai reproche portera sur la fin du film, dont la symbolique m’a quelque peu échappé. Mais encore une fois, cela ne m’a guère empêché d’avoir la gorge noué, même si j’aurais bien du mal à expliciter le pourquoi.

The Tree of Life est une Palme d’Or totalement méritée. Déjà parce que ce prix n’a jamais eu vocation à récompenser un film faisant l’unanimité, mais plutôt les œuvres audacieuses et originales. Pour le pire parfois, comme l’année dernière. Pour le meilleur, souvent, comme pour The Tree of Life.

Fiche technique :
Production : River Road Entertainment, Plan B
Réalisation : Terrence Malick
Scénario : Terrence Malick
Montage : Hank Corwin, Jay Rabinowitz, Daniel Rezende, Mark Yoshikawa, Billy Weber
Photo : Emmanuel Lubezki
Décors : Jack Fisk, Amy Bell, David Hackl, Jeanette Scott
Distribution : EuropaCorp Distribution
Son : Erik Aadahl, Marcus Chandler, Kay Colvin, Shawn Harper
Musique : Alexandre Desplat
Effets spéciaux : Ryan Roundy, Robert Coquia jr., Donnie Creighton, Tom Debenham, Nick Damico, Devin Fairbairn, Traci Duran, Graham Duglinson, Conrad Dueck, Brian Delmonico
Maquillage : Meredith Johns, Darylin Nagy
Directeur artistique : David Crank
Durée : 138 mn

Casting :
Hunter McCracken : Jack jeune
Sean Penn : Jack
Jessica Chastain : Mme O’Brien
Brad Pitt : M. O’Brien

PRIEST : Un prêtre bien étonnant

priestaffiche

priestafficheDans la très longue série des films que je ne pensais vraiment pas aller voir à première vue, voici Priest. Ce genre de film présente un immense avantage. Il me fournit une idée toute faite pour l’introduction de ma critique, qui représente toujours le passage le plus délicat dans le processus d’écriture. Après tout roule tout seul…

La Terre a été ravagée par une guerre sans merci entre les hommes et les vampires. Ces derniers sont désormais confinés dans des « réserves », tandis que la plupart des humains vivent à l’abri derrière les hautes murailles de villes tentaculaires, où l’Eglise règne en maître. Cette dernière a dissous l’ordre des prêtres, une armée d’élite qui a joué un rôle décisif dans la victoire, mais dont la puissance constituait une menace pour cette autorité dictatoriale. Mais quand l’un d’entre eux apprend que sa nièce a été enlevée par des vampires, il souhaite reprendre du service, malgré l’interdiction de son ancienne hiérarchie, qui nie la possibilité qu’une telle choses ait pu arriver.

Bon, effectivement, en relisant le synopsis, ça sent quand même le gros gros navet à plein nez. Mais justement, c’est peut-être ça qui fait la plus grand force de Priest. Un film de série B à l’ancienne et qui s’assume pleinement. Aussi invraisemblable soit le scénario, il se déroule avec rythme et une étonnante conviction, qui va très vite entraîner celle du spectateur. Cette vision apocalyptique du futur, avec ces guerriers arborant une croix tatouée sur le front, aurait pu provoquer l’hilarité si elle avait sombré, ne serait-ce qu’un instant, dans l’auto-caricature involontaire. Mais le film reste toujours loin de cet écueil, grâce notamment à de vraies qualités cinématographiques quelque peu inattendues.

Priest s’ouvre par une séquence de cinéma d’animation, nous exposant la situation de départ, vraiment élégante et réussie. C’est à ce moment là que le spectateur commence à se dire qu’il ne va peut-être pas assister d’un autre acabit que celui qu’il s’imaginait. Et tout le reste du film sera sur cette lignée. Une photographie soignée, des effets visuels impeccables, des scènes d’action parfaitement exécutées, ni trop courtes, ni trop longues, des acteurs pleinement dans leur rôle. L’intrigue n’est pas incroyablement complexe, mais elle possède assez de consistance pour maintenir l’intérêt du spectateur de bout en bout. Le film est court, un peu moins d’une heure et demi, et c’est bien là la preuve que rien de superflu ne vient parasiter le cours d’une histoire dans laquelle on finit par rentrer bien plus profondément qu’attendu.

Priest est aussi bien plus riche en références cinématographiques que ce qui était imaginable au premier abord. Si l’univers apocalyptique et la présence de vampires auraient pu en faire un clone des sagas Underwold ou Blade (relativement cultes, mais assez moyennes de mon point de vue), c’est au final à un western des plus classiques qu’il ressemble le plus. L’hommage à Il Etait une Fois dans l’Ouest est évident et apporte une touche finale à ce mélange des genres savoureux.

priestLe casting est un des points forts de Priest. Pas de tête d’affiche spectaculaire, mais un certain nombre de valeurs sûres du cinéma hollywoodien. Paul Bettany plutôt habitué au second rôle tient cette fois le premier. Evidemment, ce n’est pas non plus un grand rôle shakespearien, mais il arrive à donner de la crédibilité à un personnage qui, avec sa croix tatoué sur son front, aurait pu facilement faire rire. Face à lui, Karl Urban est lui aussi convaincant, comme à chacune de ses sorties de plus en plus nombreuses depuis ses débuts en Eomer dans le Seigneur des Anneaux. Maggie Q n’est pas l’actrice du siècle, mais elle apporte une vraie touche de charme à ce monde un peu glauque. Enfin, c’est un vrai plaisir de voir apparaître Brad Dourif, excellent acteur trop peu utilisé, que l’on avait lui aussi découvert dans le Seigneur des Anneaux et surtout dans la série Deadwood.

Legion, le premier film de Scott Charles Stewart avait fait rire le monde entier. Il en a visiblement tiré les leçons en signant avec Priest un film ni génial, ni révolutionnaire, mais néanmoins surprenant par les qualités affichées dans tous les aspects techniques et artistiques.

Fiche technique :
Réalisation : Scott Charles Stewart
Scénario : Cory Goodman et Min-Woo Hyung
Production : Josh Bratman et Michael De Luca
Musique : Christopher Young
Costumes : Ha Nguyen
Genre : science-fiction, action
Pays : États-Unis
Budget : 60 millions $
Durée : 87 minutes

Casting :
Paul Bettany : Le prêtre
Karl Urban : Chapeau Noir
Cam Gigandet : Hicks
Maggie Q : la prêtresse
Lily Collins : Lucy Pace
Brad Dourif : le vendeur ambulant
Stephen Moyer : Owen Pace
Christopher Plummer : Monseigneur Orelas
Alan Dale : Monseigneur Chamberlain
Mädchen Amick : Shannon Pace

MINUIT A PARIS : Voir Paris et mûrir

minuitaparisaffiche

minuitaparisafficheUne déclaration d’amour peut prendre bien des formes. On tremble de les formuler, on rêve de les recevoir. Bien des œuvres ressemblent à s’y méprendre à un tel aveu, comme si l’artiste trouvait dans la création un moyen de surmonter sa timidité. Mais les déclarations d’amour ne concernent pas toujours les sentiments entre deux êtres humains. On peut clamer sa flamme pour beaucoup de chose : son chien, sa voiture, son équipe de football préférée. Woody Allen dans Minuit à Paris nous livre lui une formidable déclaration d’amour à Carla Bru… mais non je déconne, c’est à la ville lumière qu’elle s’adresse.

Gil voyage avec sa femme et ses beaux parents dans la ville qui le fascine depuis toujours : Paris. Son rêve est de s’y installer, mais il ne recueille que railleries de ses proches, qui n’y voient là que caprice immature. Il les délaisse volontiers pour parcourir les rues de la capitale seul la nuit. Et un jour, miracle, il se retrouve sans savoir comment au cœur du Paris des années 30 qu’il vénère tant.

Minuit à Paris donne le ton dès les premières minutes : de la musique et des vues de Paris. Cela aurait pu ressembler à un clip du syndicat d’initiative, mais la caméra de Woody Allen vaut bien sûr bien mieux que ça. Des vues ordinaires et non touristiques, mais qui captent avec une justesse rare l’âme de cette ville à nulle autre pareille. Une vision que seul un étranger peut avoir, tant les autochtones dont je fais partie, oublient devant s’extasier devant le moindre immeuble haussmannien. Le court passage à Versailles m’a d’ailleurs fait particulièrement sourire, me rappelant que c’est là un des lieux les mythiques de la planète, mais que je peux aller y pique-niquer tous les dimanches si je veux.

Mais cette déclaration d’amour ne se contente évidemment pas de nous proposer quelques plans fixes. Minuit à Paris nous plonge dans ce qui a construit le mythe parisien au cours du XXème siècle. Le mot mythe est important car ce que nous fait vivre ce film, c’est la vision rêvée d’un Paris qui n’a évidemment jamais existé. C’est là le deuxième thème majeur du scénario. Une ode critique à la nostalgie, le fameux « c’était mieux avant », alors qu’avant, on n’avait pas encore inventé les antibiotiques… Woody Allen à travers son personnage nous chante son amour d’un Paris chargé d’une histoire plus ou moins légendaire, tout en nous rappelant que c’est le présent qu’il faut aimer.

Mais Minuit à Paris reste avant tout une comédie légère très réussie, telle que le réalisateur new-yorkais sait si bien nous offrir. Il en profite pour égratigner au passage l’Américain moyen, tendance Tea Party, sans imagination, ni poésie, incapable d’aimer autre chose que son pays. Il s’amuse aussi à nous livrer cette galerie de personnages hauts en couleur, caricatures des figures mythiques qu’ils incarnent. C’est aussi l’occasion de proposer un casting de seconds rôles de premier choix : Adrien Brody, Kathy Bates, Gad Elmaleh, Léa Seydoux… et Carla Bruni, dont l’apparition a fait couler tant d’encre…pour pas grand chose au final. En tout cas, une chose est sûre, son talent d’actrice est certes limité, mais sans non plus faire tâche. Elle ne serait pas qui elle est, son rôle serait tout simplement passé inaperçu en mal et en bien.

minuitaparisWoody Allen confirme son incomparable talent de directeur d’acteur en offrant à Owen Wilson un des rôles les plus intéressants et le plus subtils. L’habitué des grosses comédies qui tâchent trouve ici un personnage qu’il peut incarner sans grimace ou en faire des tonnes. Et il s’en sort parfaitement, arrivant à attirer immédiatement la sympathie du spectateur. En face de lui, Marion Cotillard est égale à elle-même. Certains diront, quoi encore elle ! Mais si on pense ce qu’on veut de la femme qu’elle est, l’actrice dégage un peu plus de charisme à chacun de ses apparitions, devant peu à peu une véritable étoile du cinéma mondial.

Minuit à Paris est donc un film très agréable qui permet de redécouvrir avec un œil neuf des endroits anodins pour nous, mais exotiques et magiques pour d’autres. D’ailleurs, paradoxalement, ce film donne envie de voyager pour ressentir la même excitation que Gil. Tiens, et si j’allais faire un tour à New-York !

Fiche technique :
Production : Gravier Productions, MediaPro Pictures, Versátil Cinema
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photo : Darius Khondji
Décors : Anne Seibel, Hélène Dubreuil
Distribution : Mars Distribution
Son : Frédéric Pardon, Jean-Marie Blondel
Durée : 94 mn

Casting :
Owen Wilson : Gil
Rachel McAdams : Inez
Kathy Bates : Gert
Marion Cotillard : Adriana
Michael Sheen : Paul
Carla Bruni : guide du musée
Gad Elmaleh : Détective Tisserand
Léa Seydoux : Gabrielle