SWITCH : Un scénario en bois…

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switchafficheLe cinéma français nous a livré ces derniers mois des polars plutôt musclés et plutôt réussis. On citera notamment A Bout Portant et la Proie. Et c’est plutôt une bonne nouvelle, parce que bon, Julie Lescaut, ça va bien cinq minutes. Switch voulait s’inscrire dans cette même lignée. Avec un scénario signé Jean-Baptiste Grangé, on pouvait se dire que l’objectif avait toutes les chances d’être atteint. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on en est loin… Très loin…

Sophie Malaterre est une Québecoise qui traverse une mauvaise passe. Pas de boulot, pas de mec, pas d’argent pour partir en vacances… Jusqu’à ce qu’on lui conseille le site switch.com, un site internet d’échange d’appartements. En quelques clics, elle réussit à troquer pour le mois d’août sa petite maison au bord du St Laurent contre un appartement avec jardin et vue sur la Tour Eiffel. Arrivée à Paris, les premières 24h ressemblent à un rêve… avant que tout ne tourne au cauchemar.

Switch est un gros navet pour une seule et unique raison : un scénario en bois… C’est bien surprenant venant d’un maître français du polar, au moins littéraire, mais c’est comme ça. S’il y a une notion qui échappe totalement à cette histoire, c’est celle de la crédibilité. Elle est absente de la première à la dernière seconde. On veut bien être magnanime pour ce qui est du réalisme quand on va au cinéma, mais il existe quand même des limites à ne pas dépasser. Croire aux évènements relatés dans ce film tient de la candeur la plus absolue.

Premier exemple. Dans Switch, la police française affronte un terrible ennemi, qui vient contrarier toutes ses investigations et la réduire à l’impuissance : le mois d’août ! Alors certes, beaucoup de gens sont en vacances, tout demande un peu plus de temps, mais ceci est totalement surexploité par ce scénario. En fait, cela devient la parade magique à toutes les faiblesses, et dieu qu’elles sont nombreuses, de cette histoire. A chaque fois que la police cherche à faire quelque chose qui, dans un monde juste un tantinet réaliste, mettrait fin à cette intrigue fumeuse en deux secondes, on se heurte au même « ah mais oui, ça ne va pas être possible, on est au mois d’août… » . La première fois, ça peut passer, la quinzième, on se demande de qui on se moque.

L’autre énormité vient du personnage de Sophie, jeune Québécoise, censée être une simple graphiste… Je ne sais pas ce qu’ils apprennent dans les écoles d’art canadienne, mais visiblement cela tient de l’entraînement paramilitaire de très haut niveau. Le quidam obligé de se muer en super-héros pour survivre ou sauver celui ou celle qu’il aime est ultra classique. Sauf que généralement, justement, ce genre d’histoire s’appuie sur la maladresse du personnage. Dans Switch, la police n’arrête pas de répéter « Ca se voit que c’est une professionnelle… »… sauf qu’elle ne l’est pas du tout, mais semble capable de mettre une raclée à James Bond. Par contre, si elle est capable de sauter d’une fenêtre à une autre comme Jason Bourne, elle n’est guère maligne et ne pense même pas à donner le nom et l’adresse de gens qui la connaissent, genre sa mère, pour prouver son identité.

switchDernier grief, la linéarité du scénario. Avec un tel titre, on s’attend à ce que Switch se termine par un twist final… Et bien non pas du tout… Aucun rebondissement final n’est programmé et le tout se termine de manière abrupte et totalement prévisible. Même l’explication du pourquoi du comment est visible de très loin et arrive avec de gros sabots à clochettes.

Et c’est vraiment dommage qu’un scénario aussi navrant vienne gâcher le très bon travail sur la mise en forme. En effet, l’histoire est ridicule, mais rythmée. Les scènes d’action sont parfaitement exécutées et très spectaculaires. On retiendra notamment une très belle poursuite à pied à travers les jardins de la zone pavillonnaire de Rueil-Malmaison. Les acteurs n’ont absolument rien à se reprocher. Eric Cantona est très bon et livre une performance propre et professionnelle. A ses côtés, Karine Vanasse s’en sort elle aussi très bien. On notera surtout sa superbe poitrine qu’elle exhibe à deux occasions, ce qui représente peut-être au final le seul réel intérêt de ce film.

Switch est plombé irrémédiablement par un scénario d’une médiocrité invraisemblable, où rien n’incite le spectateur à croire à la plausibilité de l’histoire.

Fiche technique :
Réalisation : Frédéric Schoendoerffer
Scénario : Jean-Christophe Grangé (scénario original, adaptation et dialogues) et Frédéric Schoendoerffer (adaptation et dialogues)
Images : Vincent Gallot
Musique : Bruno Coulais
Production : Carcharodon, L&G
Durée : 100 minutes

Casting :
Karine Vanasse : Sophie Malaterre
Éric Cantona : Damien Forgeat
Mehdi Nebbou : Stéphane Defer
Aurélien Recoing : Delors
Karina Testa : Bénédicte Serteaux
Bruno Todeschini : Verdier
Stéphan Guérin-Tillié : Policier, 3ème de groupe
Maxim Roy : Claire Marras
Karim Saleh : Kourosh
Jacob Desvarieux : Pat

CHICO & RITA : Amour et musique

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chicoritaafficheEn 1998, Wim Wenders et son Buena Vista Social Club permettait au monde entier de se rappeler que Cuba était une formidable terre de musiciens, avant que le régime castriste ne les isole du reste de l’humanité et ne les plonge ainsi dans l’oubli. Sans lui, peut-être que Chico & Rita, un film d’animation espagnol qui nous replonge dans le La Havane des années 50 et la frénésie de création musicale qui y régnait.

Chico est un des tous meilleurs pianistes du Cuba des années 50. Mais il lui manque encore la voix pour interpréter ses compositions et l’accompagner jusqu’au succès. Il la trouvera par hasard, en la personne de Rita, qui chante dans les clubs et les bals populaires. Ils vivront une histoire d’amour qui se heurtera vite leur passion dévorante pour la musique, une maîtresse bien possessive, mais qui les entraînera au bout du monde.

Chico & Rita possède bien des qualités qui en font une œuvre originale et charmante. Tout d’abord, un scénario riche en rebondissements qui tient l’intérêt du spectateur éveillé du début à la fin. Il déroule un fil rouge narratif vraiment consistant qui n’est pas qu’un support pour la musique ou le simple plaisir de voir revivre une époque depuis longtemps révolue. Si le film est plutôt nostalgique, ce sentiment n’a pas du tout servi d’excuse à une intrigue paresseuse et minimaliste.

Une histoire d’amour n’est jamais bien passionnante à suivre si on est pas soi-même charmé par les deux tourtereaux. C’est heureusement bien le cas dans Chico & Rita. Les deux personnages ont leur caractère propre, et plutôt bien trempé. Ils sont très attachants, malgré leur défaut et le capacité à ruiner leurs élans amoureux. Mais bon, si leur passion était simple et linéaire, il n’y aurait pas de film. Seuls les sentiments contrariés valent le coup d’être racontés.

Chico & Rita est bien sûr bercé par une musique très présente. Il ne s’agit pas d’une comédie musicale, mais nos deux personnages sont souvent en action et on profite largement des morceaux qu’ils interprètent. Cela donne un petit supplément d’âme à ce beau film car, évidemment, la musique reste un des meilleurs supports qui soient pour créer l’émotion. Elle se ressent au moins autant qu’elle ne s’écoute… un peu comme son cœur devant l’être aimé. Dieu que c’est beau ce que je dis !

chicoritaGraphiquement enfin, Chico & Rita possède une vraie personnalité et une réelle originalité. L’animation a un aspect rétro, loin de ce à quoi nous ont habitué les images de synthèse. Du coup, on retrouve le caractère unique que peut avoir un coup de crayon, bien plus qu’une programmation informatique. Le graphisme contribue largement à la sensation d’exotisme et plus largement au charme de ce film.

Une belle histoire, de la bonne musique, de l’amour et des graphismes de qualité… que demander de plus alors ! Pas grand chose en fait, même s’il est difficile de classer ce film parmi les purs chefs d’œuvre. Il lui manque peut-être une dernière étincelle de créativité et d’imagination. Chico & Rita est original, mais pas forcément super surprenant. Rien dans l’histoire ou dans les images n’est réellement inattendu une fois le décor posé. Mais bon, je cherche là la petite bête, car le résultat reste globalement remarquablement agréable à suivre.

Chico & Rita ravira donc tous les amateurs d’animation qui change de l’animation. Et bien sûr tous les amoureux de la musique… et les amoureux tout court en fait.

Fiche technique :
Production : Christina Huete, Santi Errando, Martin Pope, Michael Rose, Angelica huete, Andrew Fingret
Distribution : Studio 37, Rezo Films
Réalisation : Fernando Trueba et Javier Mariscal
Scénario : Fernando Trueba et Ignacio Martinez de pison
Montage : Arnau Quiles
Son : Pelayo Gutierrez
Musique : Bebo Valdes
Durée : 93 mn

Casting :
Idania Valdes : Rita
Bebo Valdes : Chico
Michael Phillip Mossman : Dizzy Gillesoie
Pedrito Martinez : Miguelito Valdes
Jimmy Heath : Ben Webster
Freddy Cole : Nat King Cole
Estrella Morente : Estrella Morente
Amadito Valdes : Tito Puente
German Velazco : Charlie Parker

J’AI RENCONTRE LE DIABLE : Noir paroxysme

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jairencontrelediableafficheRares sont les films distribués en France avec la mention « interdit aux moins de 16 ans ». C’est le cas pourtant de J’ai Rencontré le Diable, un film noir, très noir, très très noir, très très très très noir. Un film aussi extrêmement violent et assez dérangeant, mais qui ne manque ni d’intérêt, ni d’une certaine intelligence et encore moins de profondeur dans le propos. Ames sensibles s’abstenir néanmoins.

Kyung-chul est un tueur psychopathe et sadique particulièrement redoutable. Cependant, sa dernière victime est la fille d’un chef de la police retraité et fiancée à un agent des services secrets coréens. Les deux hommes vont donc décider de mener leurs propres recherches. Mais traquer ainsi un homme pour se venger et le faire souffrir ne fait-il pas du chasseur un être aussi cruel que sa proie ?

Les chasses à l’homme et la vengeance représentent des thèmes classiques des films noirs. On les retrouve d’ailleurs très souvent dans le cinéma coréen qui excelle plus que tout autre dans ce genre cinématographique. J’ai Rencontré le Diable en constitue une nouvelle preuve, tant il arrive à marquer sa différence. Tout est poussé à son paroxysme dans ce film, mais avec assez d’intelligence, et non gratuitement, pour lui donner une force et intensité incroyable.

J’ai Rencontré le Diable va notamment incroyablement loin dans l’ambiguïté des personnages. On semble pourtant parti pour un film extrêmement manichéen et très vite tout bascule. Au final, on se demande même qui est bien le Diable dont parle le titre du film. C’est pourquoi, ce film est particulièrement troublant et nous offre une vraie réflexion sur la violence qui sommeille en chacun de nous, sur l’existence ou non de raisons valables pour la mettre en œuvre et sur la manière dont elle peut dévorer et faire perdre tout contrôle à celui qui s’y adonne.

Le tout est mise en image de manière particulièrement crue. On ne se situe pas dans un cinéma d’horreur où on cherche à faire couler l’hémoglobine pour le spectacle et le plaisir. Mais si elle coule autant dans J’ai Rencontré le Diable, c’est parce qu’elle est la conséquence de la violence que mette en œuvre le chasseur et sa proie dans leur lutte sans merci. Une violence qui se situe autant dans l’intrigue elle-même que dans les images, ce qui justifie pleinement l’interdiction aux moins de 16 ans. Le sang qui coule ici ne fait pas rire, c’est ce qui le rend si dérangeant.

J’ai Rencontré le Diable souffre néanmoins d’un défaut non négligeable. Sa longueur, 2h12. Je le répète à chaque fois que je parle d’un film coréen, mais le cinéma du pays du Matin Calme ne ressemble en rien à ses confrères chinois ou japonais. Le rythme de narration est souvent nerveux et rapide, comme n’importe quel film occidental. C’est aussi le cas ici, car jamais le scénario ne traîne en longueur, allongeant inutilement une scène. Par contre, à un moment donné, il tourne un peu en rond et on aurait pu arriver au dénouement plus rapidement, sans que le film n’y perde. Cependant, on ne peut jamais vraiment parler d’ennui.

jairencontrelediableSi j’apprécie autant le cinéma coréen, c’est aussi pour les incroyables acteurs qu’il est capable de nous offrir. La palme revient sans contexte à Choi Min-sik, absolument extraordinaire dans son rôle de tueur psychopathe, à côté duquel Hannibal Lecter est un bisounours. Il nous avait déjà époustouflé dans les fabuleux Ivre de Femmes et de Peinture et Old Boy et on peut vraiment le considérer comme un des tous meilleurs acteurs au monde. A ses côtés, au plutôt en face, Lee Byung-Hun, que l’on avait découvert dans le jouissif Le Bon, la Brute et le Cinglé et qui avait gagné de l’argent en jouant dans GI-Joe. Si son personnage est sans doute moins charismatique que son adversaire, il s’en acquitte avec un aplomb et un talent magistraux.

J’ai Rencontré le Diable est peut-être LE film noir de l’année, malgré quelques défauts. Une œuvre forte, un paroxysme du cinéma coréen, qui n’a d’égal en Occident que les Promesses de l’Ombre de David Cronenberg.

Fiche technique :
Production : Softbank ventures, Showbox, Peppermint & Co, Siz Entertainment
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Kim Jee-woon
Scénario : Hoon-jung Park
Montage : Na-young Nam
Photo : Mogae Lee
Musique : Mowg
Durée : 142 mn

Casting :
Lee Byung-hun : Kim Soo-hyeon
Min-sik Choi : Kyung-chul
Gook-hwan Jeon : Jang
Ho-Jin Jeon : Oh
San-ha Oh : Joo-Yeon

BEGINNERS : Amours vues de loin

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beginnersafficheIl n’y a pas d’âge pour apprendre à aimer, à s’ouvrir aux autres, à accepter qui on est vraiment et qui sont les autres. A l’heure où l’espérance de vie s’allonge inexorablement, ce lieu commun est de plus en plus d’actualité. C’est justement le sujet de Beginners. Un film qui aurait pu n’être que beau et touchant, mais qui est malheureusement aussi long et un rien ennuyant.

Oliver s’est enfermé dans une misanthropie qui ressemble de plus en plus à une dépression. Son regard sur l’amour est de plus en plus désabusé. Elevé par des parents qui ne s’aimaient pas, il a accompagné les derniers mois de l’existence de son père, auteur d’un coming-out à 75 ans. Ses amis commencent à redouter de le voir finir ses jours avec son chien… Jusqu’à ce qu’il rencontre Anna, une actrice française au passif familial aussi lourd que le sien.

Beginners est un film débordant d’amour. L’amour entre un homme et une femme, un homme et un homme, un père et son film, un homme et son chien… Un amour source de bonheur, mais aussi de frustration et qui parfois fait aussi peur qu’il est attirant. Bref, voilà un sujet immortel et universel, même si l’homosexualité a été pendant bien longtemps un sujet totalement tabou. On peut cependant se demander ce qu’il peut bien rester à dire sur un thème aussi éculé.

Beginners aurait pu figurer dans le registre des comédies romantiques, si le ton n’était pas aussi empreint d’une certaine gravité. Pourtant, le scénario nous conduira à la même conclusion, à savoir l’amour, c’est beau et cela rend heureux. Le spectateur est donc quelque peu décontenancé face à ce film qui semble un peu la pellicule entre deux chaises. L’émotion est là, le tout est filmé avec beaucoup de tendresse, mais on a du mal à s’y adonner complètement. On reste un peu en retrait de cette belle histoire, touchante mais jamais enthousiasmante. Or, l’amour sans enthousiasme est-il encore de l’amour ? (vous avez quatre heures…)

Du coup, le rythme assez lent du récit plonge parfois le spectateur dans un certain ennui. Non pas qu’il ne trouve pas d’intérêt à l’histoire, mais simplement il ne la vit ni avec son cœur, ni avec ses tripes. Le travail de la réalisation et de montage aurait du faire de Beginners un film faisant vibrer à l’unisson les sentiments des personnages et des spectateurs. Il en fait au final un film aux qualités cinématographiques incontestables, mais qui laisse trop indifférent pour que le spectateur tombe à son tour amoureux.

Des deux histoires d’amour racontés en parallèle, celle d’Oliver et d’Anna et celle du père et de son petit ami, plus jeune que lui de 40 ans, c’est surtout la seconde qui permet à Beginners de présenter un certain intérêt dans son propos. Au moins, cette partie ne ressemble pas à ce que l’on a vu déjà mille fois dans toutes les productions qui nous parlent d’amour. Et dieu sait si elles sont nombreuses.

beginnersBeginners met en scène deux acteurs à propos desquels je suis intarissable dans mes critiques. Mais pas vraiment pour les même raisons. Tout d’abord, mon grand ami Ewan McGregor, sur le dos duquel j’ai cassé du sucre à bien des occasions. Ce film ne nous réconciliera pas, tant son jeu manque de l’étincelle de génie que l’on peut attendre d’une telle star. Sa performance est à l’image du film, du talent, mais pas de magie, ni d’enthousiasme. Par contre, à ses côtés, Mélanie Laurent confirme tout le bien que je pense d’elle depuis bien longtemps. Quel charisme, quelle présence à l’écran ! Elle illumine de sa grâce ce film, qui sans cela aurait définitivement endormi le spectateur.

Beginners n’est pas dénué de qualités. Mais une certaine froideur et un manque de rythme nous laisse malheureusement sur le seuil d’une histoire dans laquelle on aurait aimé rentrer.

Fiche technique :
Production : Olympus Pictures, Parts and Labor
Distribution : MK2 Diffusion, Focus Features
Réalisation : Mike Mills
Scénario : Mike Mills
Montage : Olivier Bugge Coutté
Photo : Kasper Tuxen Andersen
Décors : Coryander Friend
Son : Michael Perfitt, Leslie Shatz
Musique : Roger Neill, Dave Palmer, Brian Reitzell
Maquillage : Veronica Lorenz, Tina Roesler-Kerwin
Durée : 104 mn

Casting :
Ewan McGregor : Oliver
Christopher Plummer : Hal
Melanie Laurent : Anna
Kai Lennox : Elliot
Goran Visnjic : Andy
Mary Page Keller : Georgia

INSIDIOUS : Les 102 minutes où j’ai flippé ma race !

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insidiousafficheJe dois l’avouer, je déteste les films d’horreur… C’est pour ça que j’aime bien en voir un de temps en temps. Bah oui, avoir peur et passer la moitié du film à cacher l’écran avec sa main (oui, je sais, je suis un vraie chochotte), pourrait constituer une activité purement désagréable. Mais comme en moi, comme en chaque être humain, il y a un masochiste qui sommeille, j’ai été voir Insidious. Et je n’ai pas été déçu du voyage.

Josh, Renai et leurs trois enfants viennent d’emménager dans une nouvelle maison, qui possède notamment un vieux grenier un peu inquiétant. Leur fils aîné s’y aventure un jour, fait une mauvaise chute visiblement anodine. Mais une fois endormi, il ne se réveille pas et se retrouve plonger dans un coma que les médecins ne s’expliquent pas. Les parents sont bouleversés. Ils le seront encore plus quand de phénomènes de plus en plus inquiétants commencent à se produire dans la maison.

Insidious est un film qui repose sur des ficelles archi-éculées. Une vieille maison, des bruits étranges, une présence qui se fait sentir, une musique qui nous fait comprendre qu’il a sûrement un fantôme dans le placard qu’elle s’apprête à ouvrir. Alors non, Renai, ne l’ouvre pas !!! Aaaaaaaaaaaaah… Ah bah non, finalement il n’y a que des vêtements dedans… Bref, le bon vieux mythe de la maison hantée qui effraie petits et grands depuis longtemps. Mais ce film est la preuve que ça marche encore et encore.

La réussite d’Insidious est difficile à expliquer, si ce n’est par le talent de James Wan, réalisateur notamment du premier Saw, le seul qui ressemble à quelque chose. Un sens du timing, une porte qui claque au bon moment, la musique qui démarre quand il le faut, la tension qui monte, le truc qui fait peur qui apparaît d’un coup alors qu’on ne s’y attendait plus… Bref encore une fois, rien de révolutionnaire, mais terriblement efficace pour provoquer l’anxiété du spectateur, qui se trouve totalement à la merci du cinéaste. Je ne peux que l’admettre, je n’ai pas arrêté de flipper et d’être tendu comme un string du début à la fin. J’ai déjà largement eu aussi peur au cinéma, mais aussi longtemps, de manière aussi constante, je ne m’en souviens pas…

Et la plus grande force d’Insidious est d’arriver à nous surprendre après une bonne moité de film aussi classique. Dans sa seconde partie, il prend un ton inattendu, mais qui n’apaise que très peu la tension. D’un film de maison hantée, il devient un méli-mélo de tout ce qui peut nous faire peur. Du coup, le spectacle est plus grand-guignolesque, mais je mentirai en vous disant que ça m’a permis de me détendre. Le scénario est sans doute au final infiniment moins intéressant que celui d’un Esther notamment. Il lui manque sûrement de vraies scènes d’anthologie qu’on pourrait se passer encore et encore avec le même effroi. Mais en termes d’intensité sur un peu plus d’une heure et demi, ce film reste inégalable.

On saluera ici la musique composé par Joseph Bishara, qui n’avait pour l’instant travaillé que sur des films d’horreur de 8ème zone. Il s’agit d’un élément indispensable pour créer tension et inquiétude et on ne peut parler de la réussite d’un tel film en oubliant de mentionner sa qualité. Il n’y a pas là non plus un vrai morceau d’anthologie vraiment mémorable, mais sur la durée, la musique remplit toujours son rôle avec brio.

insidiousL’interprétation est par contre plus anodine. Rose Byrne est une sympathique actrice de série (Damages), mais que ce soit ici ou dans X-Men, le Commencement, elle ne brille pas d’un charisme particulier sur grand écran. A ses côtés, Patrick Wilson nous livre une performance solide et professionnelle, à laquelle il nous a habituée lors des dizaines de seconds rôles qu’il a pu interprété.

Insidious est donc un petit bijou de tension et de terreur. Il n’a rien de gore (je ne sais même pas si on voit une seule goutte de sang), mais arrive de la première à la dernière seconde à maintenir une chaire de poule constante chez le spectateur. Et comme il est justement venu chercher cela, il ne peut être que ravi.

Fiche technique :
Production : Jason Blum, Steven Schneider, Oren Peli
Distribution : Wild Bunch
Réalisation : James Wan
Scénario : Leigh Whannell
Montage : James Wan, Kirk Morri
Photo : John R. Leonneti ASC, David M. Brewer
Décors : Aaron Sims
Musique : Joseph Bishara
Effets spéciaux : Bart Dion
Maquillage : Eleanor Sabaduquia
Durée : 102 mn

Casting :
Patrick Wilson : Josh Lambert
Rose Byrne : Renai Lambert
Lyn Shaye : Elise Rainier
Barbara Hershey : Lorraine Lambert
Andrew Astor : Foster Lambert
Angus Sampson : Tucker

OMAR M’A TUER : En quête de vérité

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omarmatuerafficheGrand lecteur de journaux papier ou en ligne, toujours à vérifier ce qui vient de se passer dans le monde, j’ai pourtant un principe, celui de ne pas lire ce qui concerne les faits divers. Ce n’est pas de l’actualité et on ne comprend jamais vraiment pourquoi l’un va attirer l’attention des médias plutôt qu’un autre qui passera totalement inaperçu. Il en est cependant que l’on ne peut pas totalement ignorer. Ce fut le cas notamment de l’affaire Omar Raddad, sujet du dernier film de Roschdy Zem, Omar m’a Tuer.

24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte assassinée. Sur la porte de la cave où elle s’est barricadée, elle semble avoir utilisé ses dernières forces pour inscrire avec son sang « Omar m’a Tuer ». Omar, c’est son jardinier, à son service depuis de longues années. Marocain, sachant assez mal parler français, il est arrêté mais ne cesse de clamer son innocence. Il sera condamné après une enquête qui a, volontairement ou non, écarté tous les éléments à décharge. C’est pourquoi, l’écrivain Pierre-Emmanuel Vaugrenard se décide à écrire un livre sous forme de contre-enquête.

Omar m’a Tuer est un film, une reconstitution, non une documentaire. Il prend un parti évident, même si la démarche de Roschdy Zem était très certainement animée de la volonté de rétablir enfin une vérité que la justice semble vouloir nier. Mais comme toute œuvre de fiction, elle n’est certainement pas totalement fidèle à la réalité et ce n’est pas à elle de rendre un verdict… même si objectivement, toute cette affaire est quand même troublante et ce n’est pas nouveau.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les faits tels qu’ils sont présentés ici sont vraiment convaincants. Omar m’a Tuer rappelle furieusement le JFK d’Oliver Stone. Un film à thèse, mais qui emporte l’adhésion du spectateur. En plus, le film est court, moins de une heure et demi, va droit au but, se concentre sur le faits et s’il cherche à nous faire découvrir l’homme qu’est Omar Raddad, il ne tombe jamais dans un pathos interminable et lourdingue. Centré autour de son personnage, le film nous le présente en oubliant jamais de faire avancer l’intrigue…même si la fin (pour l’instant provisoire?) est connue.

Le travail de reconstitution est vraiment impressionnant. Évidemment, j’ignore si tous les faits présenté sont véridiques, mais au moins Roschdy Zem n’a pas fait l’impasse sur le travail de recherche et étaye son propos de manière remarquable. Peut-être a-t-il passé certains éléments sous silence, mais encore une fois, il ne faut pas non plus demander trop à une fiction qui porte forcément sa part de subjectivité.

omarmatuerLa réussite de Omar m’a Tuer tient aussi de la manière magistrale dont les acteurs sont entrés dans leurs personnages. La ressemblance physique de Sami Bouajila avec Omar Raddad porte la marque des grands acteurs. Il est possible qu’après ce rôle sa carrière prenne une autre ampleur. Il ne faut pas non plus oublier la manière dont Maurice Bénichou arrive à ressembler à Jacques Verges. Par contre, Denis Podalydes ne ressemble qu’à lui-même puisque son personnage n’existe pas dans la réalité, même s’il est largement inspiré de Jean-Marie Rouart qui a écrit un ouvrage similaire à celui que le film prête au dénommé Pierre-Emmanuel Vaugrenard. Enfin, on ne va pas le lui reprocher, car il a prouvé récemment avec la Conquête qu’il savait aussi se transformer physiquement pour un rôle et entrer parfaitement dans la peau d’un homme connu.

Omar m’a Tuer est donc un film remarquable sur la forme. Sur le fond, il est difficile de ne pas être convaincu par la démonstration, même s’il faut toujours se méfier des vérités qui semblent évidentes. Ce que les enquêteurs n’ont visiblement pas fait…

Fiche technique :
Production : Tessalit Productions, Mars Films, France 2 Cinéma, Hole in one Films
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Olivier Gorce, Roschdy Zem
Montage : Monica Coleman
Photo : Jérôme Almeras
Format : 35mm
Décors : François Emmanuelli
Son : Brigitte Taillandier
Musique : Alexandre Azaria
Durée : 85 mn

Casting :
Sami Bouajila : Omar Raddad
Denis Podalydès : Pierre-Emmanuel Vaugrenard
Maurice Benichou : Jacques Vergès
Nozha Khouadra : Latifa
Salomé Stevenin : Maud
Ludovic Berthillot : Enrique

UNE SEPARATION : Regard persan

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uneseparationafficheEtre cinéaste aujourd’hui en Iran n’est pas vraiment une sinécure, surtout si vous voulez décrire avec précision cette société si particulière. Vous pouvez travailler dans la clandestinité, comme Bahman Ghobadi, le réalisateur des Chats Persans, et vous exposer ainsi à la colère des autorités. Vous pouvez aussi essayer de contourner la censure, comme Asghar Farhadi et son film la Séparation, Ours d’Or au dernier festival de Berlin. Un film sur une situation universelle, mais dans un contexte qui l’est heureusement nettement moins.

Nadar refuse de partir hors d’Iran avec sa fille et sa femme, malgré la volonté de cette dernière. En effet, il refuse de quitter son père, atteint de la maladie d’Alzheimer. Alors elle retourne alors vivre chez ses parents, en attendant qu’il accepte le divorce. Il se retrouve alors obligé d’embaucher une aide-soignante et, dans l’urgence, accepte la candidature d’une femme enceinte, qui n’a pas l’accord de son mari. La situation se révèle vite problématique dans une société où les rapports hommes-femmes sont si difficiles. Surtout qu’un incident va définitivement bouleverser cette équilibre précaire.

Une Séparation nous raconte donc une histoire qui aurait pu se produire dans n’importe quel pays. Il nous parle des difficultés liés au divorce, à la garde des enfants, aux personnes âgés et dépendantes. Les humains étant à peu près constitués de la même manière d’un bout à l’autre de la planète, les réactions des protagonistes auraient pu être similaires partout. Le film aurait pu se contenter d’une petite touche d’exotisme qui aurait rendu le tout un peu dépaysant.

Mais Une Séparation est bien plus que cela. C’est une plongée dans le cœur et le quotidien de la société iranienne. Ce n’est pas un film politique, un documentaire ou un pamphlet. Il n’y a aucun parti pris. D’ailleurs quel parti prendre, car il n’y a ni méchants, ni gentils dans cette histoire ? Il n’y a pas des victimes d’un côté, des oppresseurs de l’autre. Il y a simplement des êtres humains tentant de vivre leur vie dans un contexte incroyablement pesant, où non-dits et tabous sont omniprésents. Ce film n’est contre rien, mais montre de manière si simple, si directe ce à quoi peut ressembler le quotidien des Iraniens ordinaires que le message est d’une force incroyable.

Réalisé de manière très épuré, Une Séparation aurait pu ressembler à un mauvais téléfilm, sans la grande intelligence de Asghar Farhadi. On peut trouver incroyable qu’il ait réussi à produire et tourner ce film dans son propre pays. Avec notre regard d’Occidentaux, tant de choses nous sautent aux yeux, nous choquent, nous mettent mal-à-l’aise. Mais que pourrait reprocher un censeur précisément à un film qui ne fait que décrire un quotidien de manière aussi neutre ? Si on ajoute à cela certains détails, comme le fait que les femmes restent voilées à l’écran, même chez elle, on voit bien comment le cinéaste a réussi à contourner ce quoi même le film cherche à nous montrer.

uneseparationAu-delà du fond, on pourra reprocher au réalisateur une forme parfois imparfaitement maîtrisée. Une Séparation est relativement long (un peu plus de deux heures) et il aurait certainement pu être raccourci. Mais il se serait sans doute quelque peu artificialisé. En devenant une œuvre d’art et suivant trop de conventions, il aurait perdu de sa force brute, même si, encore une fois, ce film n’est définitivement pas un documentaire, mais un vrai récit avec son début, ses rebondissements et sa conclusion.

L’ensemble de l’interprétation a été elle-aussi récompensée à Berlin. C’est mérité, tant les acteurs et actrices sont incroyables. Là encore, un jeu hésitant, forcé ou trop cabotin aurait ruiné la force d’un message qui émerge de détails pouvant passer pour anodins. Ils épousent tous parfaitement leurs personnages, comme si c’était leur propre vie qui se retrouvait à l’écran.

Une Séparation se révèle donc être une formidable histoire sur les rapports humains, à travers laquelle transparait la critique d’une société oppressante et destructrice.

Fiche technique :
Production : Negar Eskandarfar, Asghar Farhadi
Distribution : Memento films distribution
Réalisation : Asghar Farhadi
Scénario : Asghar Farhadi
Montage : Hayedeh Safiyari
Photo : Mahmood Kalari
Décors : Keyvan Moghadam
Durée : 123 mn

Casting :
Sarina Farhadi : Termeh
Sareh Bayat : Razieh
Shahab Hosseini : Hodjat
Peyman Moadi : Nader
Leila Hatami : Simin

KUNG-FU PANDA 2 : Un film qui ne tourne pas autour du Po !

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kungfupanda2affiche2008 avait été une grande année pour le cinéma d’animation avec la sortie de deux petits chefs-d’œuvre. Tout d’abord, Wall-E, peut-être le plus émouvant de tous, et Kung-Fu Panda, peut-être le plus drôle de tous. Bon, j’ai mis peut-être pour laisser le débat ouvert, mais il n’est pas question de le démarrer ici. Tout cela simplement pour dire que l’amateur d’animation, que je suis, espère pouvoir revivre une année aussi riche. Il fondait donc beaucoup d’espoirs sur 2011, puisqu’elle voyait le retour de Po et ses amis, pour une Kung-Fu Panda 2 très attendu. Evidemment, l’effet de surprise n’est plus là, mais le plaisir est lui presque intact.

Po savoure son titre de Guerrier Dragon. Mais évidemment, cela n’est pas de tout repos. Surtout quand un nouvel ennemi menace la Chine tout entière. Il se lance alors à l’attaque, accompagné bien sûr des « Furious Five » : tigre, serpent, mante, singe et grue. Mais leur adversaire possède une arme qui semble plus forte que toutes les techniques de kung-fu imaginables.

La première et plus grande qualité de Kung-Fu Panda 2 est de n’avoir pas cherché à tout prix à reprendre tous les éléments qui ont fait le succès du premier volet. Po est désormais le Guerrier Dragon, il sait se battre et même si son appétit et une relative maladresse restent des ressorts comiques, ils ne sont pas mis constamment en avant. L’évolution du personnage était l’axe principal du scénario de l’épisode précédent, ce n’est plus le cas. Certes, il cherchera dans cette quête à atteindre un stade supérieur, mais tout cela reste très anecdotique.

Kung-Fu Panda 2 fait ainsi une place beaucoup plus grande, pour ne pas dire exclusive, à l’action. De l’action chargée d’humour certes, mais de l’action quand même. Le méchant est vite identifié et il faut aller le combattre. Cela donne un scénario certes très linéaire, mais qui se révèle au final très efficace. On a envie de voir nos 6 amis en pleine action et on va vite être servi. En face, le méchant est sans doute moins charismatique que dans le premier volet, mais il n’est de toute façon là que pour mettre en valeur les héros. On reste dans un film qui s’adresse à un large public, une trop grande ambigüité des personnages n’est donc pas de mise.

kungfupanda2On passe donc un très agréable moment et l’ennui ne vient jamais une seule seconde pointer le bout de son nez. On rit aussi beaucoup, avec moins d’enthousiasme que dans le premier volet sans doute, mais avec de joie pour ne pas regretter d’être aller voir Kung-Fu Panda 2. On s’amusera aussi beaucoup à reconnaître le casting vocal. Le méchant est doublé par un Gary Oldman qui prend visiblement son rôle très au sérieux. Mais la vraie bonne surprise vient de la présence de Jean-Claude Van Damme, qui, s’il n’a qu’un petit rôle, prouve définitivement qu’il a quand même un vrai sens de l’auto-dérision.

Enfin techniquement, le film est évidemment impeccable. Peut-être trop. Comme souvent chez Dreamworks, Kung-Fu Panda 2 est visuellement relativement lisse. C’est beau, c’est presque parfait, mais ça manque parfois un peu d’une réelle imagination, que l’on retrouve presque toujours à coup sûr chez Pixar, leurs principaux concurrents. La 3D est moyennement exploitée et ce film ne devrait pas convaincre les sceptiques du réel intérêt de cette technique.

Kung-Fu Panda 2 n’est pas la petite perle qu’était le premier volet. Mais il constitue une suite agréable et divertissante, pas indispensable, mais qui ravira les petits et grands enfants.

Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jennifer Yuh
Scénario : Jonathan Aibel, Glenn Berger
Montage : Maryann Brandon, Clare Knight
Décors : Raymond Zibach
Musique : John Powell, Hans Zimmer
Durée : 95 mn

Casting :
Jack Black : Po
Angelina Jolie : Tigresse
Dustin Hoffman : Shifu
Gary Oldman : Shen
Jackie Chan : Singe
Seth Rogen : Mantis
Lucy Liu : Vipère
Michelle Yeoh : la prédictrice
Jean-Claude Van Damme : Maître Croc

LIMITLESS : Plus malin qu’il en a l’air

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limitlessafficheIl paraît que nous utilisons moins de 20% du potentiel de notre cerveau. Bon, quand on entend certains, on se dit que parfois ce chiffre est encore bien inférieur. Mais ceci n’est pas le sujet ici. Parlons plutôt du film Limitless, avec le beau Bradley Cooper, qui utilise cette affirmation comme idée de départ d’un scénario qui se révèle au final bien plus réussi que prévu.

Eddie Mora est loser, écrivain raté en mal d’inspiration, qui voit sa petite amie le quitter, fatiguée de lui servir de soutien moral et financier. Alors quand il croise son ancien beau-frère, ancien dealer, prétendument reconverti en commercial pour l’industrie pharmaceutique et que ce dernier lui propose une drogue révolutionnaire capable de booster son intelligence et l’aider à écrire enfin une ligne, il finit par essayer. Le résultat est spectaculaire… mais temporaire. Et quand il cherche à en obtenir plus, il trouve un cadavre, mais finit par dénicher le stock que le assassins recherchaient probablement. Commence alors pour lui une fulgurante ascension. Mais entre les effets secondaires et les convoitises, son rêve flirte vite avec le cauchemar.

Limitless tient plus du polar que du film de science-fiction. La drogue révolutionnaire n’est qu’un prétexte et représente simplement une forme nouvelle et originale d’une recette vieille comme le cinéma : un personnage se retrouve en possession d’un objet qu’il n’est pas censé posséder, qui lui apporte beaucoup, mais le met en danger. Et pendant une bonne partie du film tout se déroule comme on pouvait s’y attendre. Le dénouement qui se dessine semble vraiment cousu de fil blanc, et si le spectacle fut tout de même divertissant, on s’attend à en repartir un tantinet déçu. Puis les ultimes secondes nous offrent un rebond inattendu qui change radicalement le regard que l’on peut porter sur ce scénario, plus intelligent qu’il en avait l’air.

Limitless échappe, et c’est tant mieux, à un discours moralisateur lourdingue. On parle de drogue, de succès obtenu en « trichant », il aurait donc été facile de nous livrer une conclusion manichéenne. Il n’en est rien et sans dévoiler la teneur du dénouement, sachez simplement que tout ne se termine pas par « il a été puni, il se repend et trouve finalement le vrai bonheur dans une vie simple et honnête ».

En plus de cela, Limitless est réalisé avec efficacité, à défaut de brio. Neil Burger s’essaye bien à quelques effets « artistiques » originaux, mais franchement, cela n’apporte rien, si ce n’est quelques fois prêter un peu à sourire. L’effort était louable certes, mais le résultat n’apporte pas grand chose. Ca ne gâche pas le plaisir non plus. Mais enfin, cela contribue avec le côté faussement attendu du scénario à laisser le spectateur un rien sceptique pendant une bonne partie du film.

limitlessSi le spectateur ne décroche jamais vraiment, c’est grâce au beau duo d’acteurs formé par Bradley Cooper et Robert De Niro. Evidemment, on ne présente plus le second et si Limitess ne figurera jamais dans ses plus grands rôles, il y apporte assez de talent et de charisme pour tirer le film vers le haut. Le premier, quant à lui, confirme de films en films qu’il est destiné à devenir une valeur sûre d’Hollywood. Il n’est peut-être pas l’acteur le plus expressif qui soit, mais son charme irradie à l’écran, surtout qu’il sait ne pas en abuser et à jouer tout de même aussi un tantinet la comédie.

Limitless est donc un film qui nous laisse sur une assez bonne impression finale pour nous faire totalement oublier qu’on a craint pendant fort longtemps d’être devant d’une production moyenne, si ce n’est médiocre. Il ne révolutionnera certainement pas le 7ème art, mais peut vous permettre néanmoins de passer un bon moment.

Fiche technique :
Production : Gaumont, Relativity Produced, Rogue-Many River / Boy of the Year, Intermedia Film
Distribution : Gaumont Distribution
Réalisation : Neil Burger
Scénario : Leslie Dixon
Montage : Naomi Geraghty
Photo : Jo Wilems
Format : 35mm
Décors : Patrizia Von Brandenstein
Musique : Paul Leonard-Morgan
Durée : 105 mn

Casting :
Bradley Cooper : Eddie Morra
Abbie Cornish : Lindy
Robert De Niro : Van Loon
Anna Friel : Melissa
Andrew Howard : Gennady
Johnny Whitworth : Vernon

X-MEN : LE COMMENCEMENT : Et le mutant fut !

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xmenlecommencementaffichePour introduire cette critique, j’ai d’abord pensé parler des films de super-héros en général, surtout que l’actualité est riche en ce moment à ce niveau-là. Mais comme je fais systématiquement ça pour tous les films de super-héros, je me suis dit que vous, merveilleux lecteurs, méritiez mieux que ça. Alors j’ai envisagé de parler des « prequels », nouvelle mode cinématographique pour scénaristes en mal d’inspiration. Cependant, une telle introduction manquerait elle-aussi sérieusement d’originalité. Du coup, que faire ? J’ai donc décidé finalement d’innover radicalement, en abattant les barrières, en mixant les deux et en vous disant simplement que X-Men : le Commencement est un prequel de super-héros…

Le jeune Charles Xavier sait depuis son plus jeune âge qu’il est différent des autres et doté de pouvoirs télépathiques puissants. Il a vite compris aussi qu’il n’était la seul sur Terre. Pour l’instant, Erik Lehnsherr l’ignore et parcourt le monde pour venger ses parents, morts dans les camps de concentration nazis, grâce à sa maîtrise du magnétisme. Mais le destin des deux hommes vont finir par se croiser, ainsi que celui de nombreux autres « mutants », alors que le monde est au bord d’une guerre nucléaire entre les USA et l’URSS.

Je l’avais dit en conclusion de ma critique sur le très décevant Thor, X-Men : le Commencement était très attendu et les premiers échos très favorables. Ils l’étaient à raison, tant ce film est une réussite. La présence derrière la caméra de Matthew Vaughn, le réalisateur du génialissime Kick-Ass, y est pour beaucoup, même si, on l’a vu avec le Dieu Nordique et son marteau, un grand nom du cinéma n’est pas toujours synonyme de réussite.

Que ceux qui n’ont vu aucun des films de la trilogie initiale se rassurent, ils n’en souffriront pas. Les évènements se situant plusieurs décennies avant, il n’y a évidemment pas d’éléments que l’on est censé connaître avant que ne débute l’intrigue. Après, il est certain qu’une large partie du plaisir que l’on peut éprouver en regardant X-Men : le Commencement réside dans le découverte du passé de personnages familiers. Mais le scénario est assez solide en lui-même pour entrer dans totalement dans cette histoire, qui réécrit l’Histoire, la vraie, la Crise de Cuba en particulier, de manière assez jouissive. Il y a dans ce film une certaine nostalgie des films d’espionnage du temps de la guerre froide. Bref, les jeunes X-Men sont comme des James Bond et le Club des Damnés ressemble fort au SPECTRE. Aux super-pouvoirs près…

Alors évidemment, reste le débat pour l’initié que je suis… Mais si des piles de comics ne s’empilent pas dans votre appartement comme dans le mien, vous serez totalement indifférent au fait que faire de Mystique la sœur adoptive du Professeur Xavier, c’est que…comme dire… Bah tout simplement Mystique n’est pas la sœur adoptive du Professeur Xavier !!! Bon ok, je sens qu’il y a des lecteurs qui décrochent, alors passons… Plus largement, X-Men : le Commencement recèle quand même pas mal de clins d’oeil à l’univers Marvel en général, mais de manière assez discrète pour que les non-initiés n’y voient que du feu. On notera simplement la très courte, mais géniale apparition de Hugh Jackman qui ravira les fans.

xmenlecommencementX-Men : le Commencement, sans être du même niveau que les deux premiers Spider-man de Sam Raimi, constitue sans aucun doute une des meilleures productions Marvel. Les films de super-héros reposant forcément beaucoup sur leurs personnages, leur donner de l’intérêt et de l’épaisseur est fondamental. Matthew Vaughn y parvient à la perfection, ce qui permet d’apprécier encore plus pleinement les scènes d’actions spectaculaires et les effets-spéciaux remarquables. Du grand spectacle donc, mais pas que.

Le casting est aussi un élément déterminant de la réussite de X-Men : le Commencement. Si Kevin Bacon est parfait en grand méchant, mais on pouvait s’y attendre venant d’un tel acteur, la vraie surprise vient du duo formé par James McAvoy et Michael Fassbender. On avait découvert le premier dans l’excellent Wanted. Le second avait impressionné le monde entier par sa performance physique dans Hunger, pour lequel il avait du perdre énormément de poids. Ils arrivent tous deux à donner une grande crédibilité à leur personnage, ce qui n’est jamais facile dans un film de super-héros. Michael Fassbender parvient notamment à parfaitement retranscrire l’ambiguïté de celui qui deviendra Magneto, interprété de manière beaucoup plus manichéenne par Ian McKellen dans la trilogie initiale.

X-Men : le Commencement nous réconcilie donc avec les films de super-héros. Les sorties prochaines, notamment celle de Captain America sera-t-elle réjouissante ?

Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Marvel Enterprises, Bad Hat Harry productions
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Sheldon Turner, Bryan Singer, Zack Stentz, Jane Goldman, Matthew Vaughn
Montage : Eddie Hamilton
Photo : John Mathieson
Son : Simon Hayes
Musique : Henry Jackman
Effets spéciaux : Cinesite (Europe) Ltd.
Maquillage : Nana Fischer
Directeur artistique : Tom Frohling
Durée : 132 mn

Casting :
James McAvoy : Charles Xavier, Professeur X
Michael Fassbender : Erik Lehnsherr, Magneto
Kevin Bacon : Sebastian Shaw
Jennifer Lawrence : Raven Darkholme, Mystique
Rose Byrne : Moira MacTaggert
Nicholas Hoult : Hank McCoy, Le Fauve
Oliver Platt : L’homme en costume noir
Alex Gonzalez : Janos Quested, Riptide
Jason Flemyng : Azazel