SOURCE CODE : Ou comment laisser le spectateur sur sa faim

sourcecodeafiche

sourcecodeaficheUne très bonne idée de base, ou pitch pour les anglophiles, peut conduire à réaliser d’excellents films, même avec peu de moyens. Mais ce n’est évidemment pas suffisant car il faut également savoir la développer, l’enjoliver, pour au final la sublimer. Source Code ne manquait pourtant pas de moyens pour y arriver. Mais il se contente de trop peu pour être véritablement intéressant.

Colter Stevens se réveille un jour en sursaut dans un train en direction de Chicago, dans lequel il n’a aucun souvenir d’être monté. Il va surtout vite s’apercevoir qu’il occupe le corps d’un autre. 8 minutes plus tard, le train explose et il se retrouve dans un endroit étrange où on finit par lui expliquer sa mission. Il doit revivre encore et encore ces 8 minutes pour découvrir l’auteur de l’attentat et l’empêcher de remettre ça sous peu. Une course contre la montre commence, où Colter va surtout chercher à modifier le présent et sauver les passagers, tandis qu’on lui explique qu’il est trop tard et qu’il est impossible de modifier la réalité.

Source Code se base sur un thème classique de la science-fiction, celui des voyages dans le passé et leur impact paradoxal éventuel sur le présent. En le mélangeant avec une intrigue policière, cela aurait pu, aurait du, aboutir un film réellement original, et surtout passionnant. Malheureusement, le scénario semble ne pas trop savoir quoi faire se sa bonne idée et rien ne vient l’enrichir. Ni vrai sens du suspense, ni fausses pistes, ni réels rebondissements. Bref, si les premières minutes offrent aux spectateurs de réelles promesses, la suite ne permet pas du tout au film de les tenir.

Et c’est vraiment en cela que Source Code constitue une réelle déception. Car, objectivement, le film n’est pas si mal foutu que ça. Des moyens, du rythme, des acteurs plutôt bons, font que l’on ne s’ennuie jamais vraiment, surtout que le film est court. Au moins n’est-il pas rempli de vide. J’aurais même envie de dire qu’au contraire, on aurait aimé que tout soit développé un peu plus longuement. Mais bon, on est quand même face à un divertissement qui se laisse regarder et pendant lequel, tout du long, on se demande bien comment tout cela va finir.

N’empêche qu’au final, la déception domine, surtout que le dénouement est d’une platitude désespérante. Sans se dire qu’on a passé un mauvais moment, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu, sans grandes difficultés, être bien meilleur. J’ai peut-être là le regard d’un spectateur exigeant, mais l’idée de départ est objectivement terriblement sous-exploitée.

sourcecodeEn tout cas, on ne pourra pas blâmer les acteurs. Jake Gyllenhall s’affirme de films en films comme une valeur très sûre d’Hollywood. Certes, on attend de lui un nouveau grand rôle après Le Secret de Brokeback Mountain, mais il est incontestable qu’il tire tous les films où il apparaît vers le haut, que ce soit du gros film d’action, comme Prince of Persia, ou de la comédie romantique américaine, comme Love, et Autres Drogues. A ses côtés, un très charmant duo composé de Michelle Monaghan et Vera Farmiga. On ne sait pas très bien laquelle on aimerait le plus emmener faire un tour, mais en tout cas, on n’osera les départager d’un point de vue purement cinématographique, tant les deux s’acquittent de leur rôle avec talent.

Au final, Source Code est un film mineur… dont on a envie qu’Hollywood fasse au plus vite un remake pour enfin exploiter pleinement la très bonne idée de départ.

Fiche technique :
Production : Vendôme Pictures, the Mark Golden Compagny
Distribution : SND distribution
Réalisation : Ducan Jones
Scénario : Ben Ripley
Montage : Paul Rish
Photo : Don Brugess
Format : 35mm
Décors : Barry Chusid
Musique : Chris Bacon
Effets spéciaux : Louis Morin
Durée : 93 mn

Casting :
Jake Gyllenhaal : Colter Stevens
Michelle Monaghan : Christina Warren
Vera Farmiga : Collen Goodwin
Jeffrey Wright : le docteur Rutledge
Michael Arden : Derek Frost

RABBIT HOLE : Juste émotion

rabbitholeaffiche

rabbitholeaffichePerdre un enfant est sans doute l’épreuve la plus douloureuse que l’on puisse connaître ici-bas, une douleur que nul ne peut imaginer sans l’avoir vécu. En faire le thème central d’un film est donc extrêmement périlleux, surtout si l’on veut dire autre chose qu’une simple description de la souffrance et du deuil. Mais le moins que l’on puisse dire est que Rabbit Hole y parvient avec un brio, teinté de beaucoup d’émotion.

Huit mois après la perte de leur fils, Becca et Howie forment un couple qui a du mal à se reconstruire. Il reste présent à chaque moment de leur vie et ils se retrouvent déchirés entre l’envie de tourner la page et celle de se replonger inlassablement dans les mêmes souvenirs. Une épreuve qui les sépare chaque jour un peu plus, malgré leurs efforts pour l’affronter ensemble.

A la lecture de ce synopsis, on pourrait facilement imaginer que Rabbit Hole est un film sinistre et déprimant. Bien sûr, il ne va pas vous tordre de rire du début à la fin, même s’il est loin d’être dénué d’humour. Mais il ne va pas non plus vous plonger dans les tréfonds de la tristesse et de la souffrance. Le film ne parle pas de cela, mais de la manière dont les deux personnages principaux tentent de surmonter cela. Et s’il ne se termine pas par un happy-end béat, il est tout de même parcouru par un certain optimisme.

Le plus remarquable dans Rabbit Hole est justement son équilibre et sa justesse. Entre tristesse et tendresse, entre douleur et espoir, entre deuil et volonté d’avancer, entre oubli et acceptation… tout cela est merveilleusement bien traité pour ne jamais plomber l’ambiance inutilement et surtout nous couper de personnages qui auraient pu être trop tournés vers leur chagrin pour être réellement attachants. Ce film dégage une grande émotion par sa subtilité, sa retenue et au final sa simplicité.

Rabbit Hole n’est donc pas un film sur des gens tristes, mais sur des gens qui se battent. Pas de grande leçon de morale sur la vie qui continue malgré tout ou sur la nécessité d’aller de l’avant. Mais une vraie conclusion sur laquelle je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle est au fond la seule vraiment possible. Elle achève brillamment un scénario jamais contemplatif, qui, au contraire, nous permet de suivre un processus qui constitue un fil narratif assez épais pour que jamais l’intérêt du spectateur ne faiblisse.

rabbitholeParadoxalement, cette justesse pudique constitue la grande force, mais aussi la principale limite de Rabbit Hole. Si on s’attache aux personnages, il est difficile de partager leur peine, de s’identifier à eux, à moins d’avoir soi-même connu un drame similaire. En ne nous faisant pas partager le drame, en refusant tout voyeurisme, le film crée malgré tout une distance qui nous empêche de rentrer totalement dans cette histoire remarquablement touchante, mais pas bouleversante. Il s’agit là d’un choix, qui se comprend très bien. Et chercher à dépasser ces limites aurait conduit à un autre film, pas forcément plus réussi.

Le tout est merveilleusement interprété par deux grands acteurs. On ne présente plus Nicole Kidman qui tient un rôle peut-être moins glamour que d’habitude. Mais un tel talent de comédienne lui permet de se sentir aussi à l’aise et surtout crédible dans la peau d’une madame « tout le monde »… Enfin une très belle madame tout le monde…. A ses côtés, l’excellent Aaron Eckhart qui tient là un de ses rôles les plus intéressants, lui qui souvent se contente, avec brio certes, de seconds rôles.

Rabbit Hole est un film touchant mais jamais sinistre, non dénué optimisme, d’humour et d’espoir. En tout cas, il s’agit d’une belle réussite qui appréhende parfaitement un sujet particulièrement difficile.

Fiche technique :
Production : Olympus pictures, Blossom films, Oddlot entertainment
Distribution : Haut et Court
Réalisation : John Cameron Mitchell
Scénario : David Lindsay-Abaire, d’après sa propre pièce
Montage : Joe Klotz
Photo : Frank G. DeMarco
Décors : Kalina Ivanov
Musique : Anton Sanko
Costumes : Ann Roth
Durée : 92 mn

Casting :
Nicole Kidman : Becca
Aaron Eckhart : Howie
Dianne Wiest : Nat
Tammy Blanchard : Izzy
Miles Teller : Jason
Giancarlo Esposito : Auggie
Sandra Oh : Gabby

MON PERE EST FEMME DE MENAGE : …mais on s’en fout un peu en fait…

monpereestunefemmedemenageaffiche

monpereestunefemmedemenageafficheParmi les exercices casse-gueules au cinéma, et ils sont nombreux, on trouve faire un film sur l’adolescence. La difficulté est extrêmement élevée et le résultat est souvent très mauvais, pour ne pas dire catastrophique. Entre clichés et bons sentiments (mais si, les ados sont des êtres humains comme nous !), tout cela sombre souvent dans le ridicule. C’était donc avec une certaine appréhension que je suis allé voir Mon Père est une Femme de Ménage. Et j’avais raison d’avoir peur, car j’aurais mieux fait de rester chez moi.

Polo, un adolescent de 16 ans, n’est pas moche, pas trop con et pourrait donc être un ado heureux. Mais voilà, son père est femme de ménage… Et ça, c’est quand même la honte !

Pour mieux se rendre compte d’à quel point Mon Père est une Femme de Ménage n’est qu’un catalogue à poncifs, un seul exemple. Polo, caucasien blanc, a trois grands potes : un noir, un arabe et un juif… Bah voyons, il a choisi ses amis pour qu’ils fassent partie d’un panel représentatif ou quoi ? Bien sûr, tous ces jeunes gens ont bien le droit d’être amis, mais avouez que voilà un hasard heureux, tellement improbable qu’il coupe toute crédibilité au propos, aussi pertinent soit-il.

En fait, Mon Père est un Femme de Ménage est entièrement ampli de détails comme celui-ci. Cela donne un aspect totalement artificiel aux situations. Du coup, tout sonne faux, même quand les clichés n’en sont pas tant que ça. Son pote qui veut faire du rap me rappelle fortement mon neveu, à qui il ne faut surtout pas expliquer que vivre dans une zone pavillonnaire de Montigny-le-Bretonneux et être le fils d’une institutrice et d’un journaliste ne fait pas de lui un cas social de banlieue… Enfin, ça c’est une autre histoire, mais tout ça pour dire, que tous les détails pourraient effectivement être tirés de vrais ados du monde réel, mais leur accumulation rend les personnages totalement inintéressants.

Mais le pire dans Mon Père est une Femme de Ménage est le manque totale de profondeur. Il y avait pourtant de quoi faire un film assez fort. Polo, en effet, souffre de se sentir supérieur au reste de sa famille, par rapport à laquelle il apparaît plus ouvert, infiniment plus curieux, ambitieux et cultivé. Le sujet du fils complexé par ses parents est archi-éculé, l’inverse l’est nettement moins, alors qu’il s’agit l’un d’un vrai sujet. Combien d’enfants sont tirés vers le bas par leur milieu familial et ne peuvent donner vie à leurs ambitions par la simple incompréhension de leurs parents !

monpereestunefemmedemenageMon Père est une Femme de Ménage a malheureusement décidé d’en rester au stade de la comédie sociale légère. Pourquoi pas, mais ce film confond légèreté et superficialité. Lancer une piste de réflexion sans l’explorer ne sert à rien, si ce n’est à frustrer le spectateur qui n’en retirera pas grand chose. Et comme le film n’est pas non plus vraiment drôle, on reste le cul entre deux chaises au bord de l’ennui, avec laquelle on flirte dangereusement tout du long.

Car enfin, Mon Père est une Femme de Ménage pêche aussi dans la forme. Les personnages et les situations auraient pu nous paraître réellement sympathiques, si chaque scène n’était systématiquement légèrement trop longue, ce qui sape constamment le rythme du scénario qui ne décolle donc pas aucun bout. Saphia Azzeddine tourne autour de son propos sans jamais y plonger vraiment et on a parfois l’impression qu’elle cherche à masquer cela par un ou deux tours supplémentaires. Sauf qu’au final, cela ne fait qu’apparaître de manière encore plus criante les nombreuses faiblesses de ce film.

Mon Père est une Femme de Ménage est une comédie sociale, ni vraiment comédie, ni vraiment sociale. Mais vraiment ratée…

Fiche technique :
Production : Berel Films, La petite Reine, ARP Sélection, TF1 Films production, Lagardère Entertainment
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Saphia Azzeddine
Scénario : Saphia Azzeddine, d’après son roman
Montage : Jennifer Augé
Photo : Jean-Pierre Sauvaire
Décors : Laurent Ott
Costumes : Julia Dagany
Durée : 80 mn

Casting :
François Cluzet : Michel
Jérémie Duvall : Polo
Nanou Garcia : Suzanne
Zlison Wheeler : Alexandra
Aïmen Derriachi : Marwan
Jules Sitruk : Rudy

SCREAM 4 : Pas de quoi hurler de joie, mais de peur un peu

scream4affiche

scream4afficheIl y a 15 ans (et oui, ça ne nous rajeunit pas), Wes Craven, le papa de Freddy, nous offrait Scream, un vrai faux film de serial killer, parodie filmée avec le plus grand sérieux et le plus grand talent. Pour des millions de spectateurs, un film culte qui les a fait autant rire que hurler de terreur. Dans les quatre ans qui ont suivi, le film eu droit à deux suites, plutôt réussies et qui semblaient avoir épuisé le sujet… 10 ans plus tard, Scream 4 nous confirme que cela était bien le cas.

Sydney est de retour à Woodsboro pour la sortie de son livre. Un retour qui coïncide avec l’anniversaire des évènements qui ont marqué sa vie à jamais… et le retour manifeste d’un tueur en série arborant le célèbre costume de « Ghostface ». Le cauchemar ne prendra-t-il donc jamais fin ?

Le principe de base des films de la série Scream est toujours le même. Ils suivent les codes des films d’horreur, puisque le tueur s’amuse lui-même à commettre ses crimes selon ces derniers. Cela permet donc de parodier sans se moquer, à faire rire mais sans une seule seconde oublier de nous faire sursauter à tous les coins de caméra. C’était la grande force et la réelle originalité du premier volet, enrichie par les volets suivants qui s’amusaient à démonter les codes des suites qui sont généralement donnés à ce genre de film. Wes Craven en sait quelque chose puisque son personnage de Freddy a donné naissance à près d’une dizaine de longs métrages.

Scream 4 s’attaque quant à lui aux remakes (ou reboots, terme à la mode, dont a justement bénéficié récemment… le Freddy de Wes Craven). L’idée peut sembler logique et susceptible d’apporter une vraie nouveauté. Le problème c’est qu’entre une suite et un remake, il n’y a finalement pas de si grande différence. Du coup, Scream 4 ne renouvelle que très peu les idées exploitées à l’occasion des volets 2 et 3. On ressort assez déçu car le charme de cette saga reposait justement sur cet aspect décalé et parodique, qui est largement éteint ici. La série devient ainsi elle-même victime des travers dont elle s’est toujours moquée.

Au-delà de ça, Scream 4 reste un film efficace et réalisée avec talent. Sans cette impression de déjà-vue, ce film, sans atteindre les sommets du premier volet de la saga, constituerait un joli moment d’ironie cinématographique. Wes Craven continue de savoir créer comme personne chez le spectateur l’angoisse du tueur caché dans le placard susceptible de surgir à tout instant. Un effet basique, mille fois mis en œuvre, mais qui marchent toujours quand il est mis en œuvre avec autant de talent.

scream4Scream 4 laisse un peu moins de place à l’humour que les volets précédents. C’est largement du à l’épuisement du pouvoir parodique que j’ai évoqué plus haut. Les ressorts sont quelque peu épuisés, mais surtout les personnages sont nettement moins réussis que dans les premiers volets. Les survivants sont toujours bien là, mais la nouvelle génération ne leur arrive pas à la cheville, il faut bien l’admettre. Du coup, on a envie que l’on nous débarrasse au plus vite de ces adolescents un peu palots pour se concentrer sur la vieille garde. Mais cette dernière est censée désormais ne jouer que les seconds rôles. Peut-être que je suis trop nostalgique… Cependant à quoi sert de donner un 4ème volet à cette saga, si ce n’est pour satisfaire la nostalgie des fans de la première heure ?

Scream 4 est l’occasion de revoir Neve Campbell à l’écran. Elle n’est pas devenue la grande star qu’elle semblait destinée à devenir. On comprend mieux ici pourquoi. Je suis peut-être un peu méchant, mais on ne peut vraiment pas dire que son jeu soit éblouissant. Dans la série nostalgie, on se réjouit de revoir Courteney Cox, qui, comme tous ses petits camarades de Friends, avait quelque peu disparu (à l’exception peut-être de Jennifer Anniston). Chez la jeune génération, les amateurs de séries seront heureux de retrouver leur cheerleader préférée, en la personne de Hayden Panettiere, vue dans la série Heroes. Bref, rien de très éblouissant dans ce casting, à l’image de ce film : propre mais sans génie.

Faire un Scream 4 n’était donc vraiment pas indispensable. Attendre 10 ans pour le produire pouvait faire espérer qu’ils rassemblent un maximum de bonnes idées accumulées au fin du temps. Il n’en est rien et au-delà du divertissement bien foutu, il n’y a pas grand chose dans ce film, loin d’être digne du premier du nom donc !

Fiche technique :
Production : Dimension Films
Distribution : SND
Réalisation : Wes Craven
Scénario : Kevin Williamson
Montage : Peter McNulty
Photo : Peter Deming
Décors : Helen Britten
Musique : Marco Beltrami
Effets spéciaux : Ron Bolanowski
Directeur artistique : Gerald Sullivan
Durée : 110 mn

Casting :
Emma Roberts : Jill Kessler
Courteney Cox : Gale Weathers
David Arquette : Dwight Dewey Riley
Neve Campbell : Sidney Prescott
Hayden Panettiere : Kirby Reed
Anna Paquin : Rachel
Heather Graham : Casey

MORNING GLORY : Professionnalisme à outrance

morninggloryaffiche

morninggloryafficheLa fille jeune et sympa qui doit cohabiter avec un vieux grincheux, voilà un ressort comique largement éculé. Cela n’empêche pas certains de vouloir le réutiliser encore et encore. Bon, il est vrai que certaines recettes sont indémodables et leur saveur fait que l’on se moque bien de l’arrière-goût de déjà-vue. Mais dans le cas de Morning Glory, on se dit surtout qu’on aurait mieux fait d’aller dans un autre restaurant.

Becky Fuller est engagée par une chaîne de télévision nationale pour relancer leur « matinale » qui est loin derrière ceux de leurs concurrents en termes d’audience. Elle s’aperçoit vite qu’il s’agit d’un cadeau empoisonné. Mais il lui en faut plus pour la décourager. Pour remonter la pente, elle force Mike Pomeroy, journaliste légendaire, lié contractuellement à la chaîne à coprésenter ce programme très orienté divertissement, qu’il méprise. Il s’agit surtout d’un vieux grincheux que ces anciens collaborateurs considèrent comme un des pires êtres humains au monde…

… mais qui se révèlera tout de même avoir bon fond. Ah diantre, j’ai en partie révélé la fin. J’en suis fort contrit. A la fois, il suffit de voir la bande-annonce pour la connaître. N’attendez aucune surprise, aucun contre-pied et surtout aucune idée politiquement incorrecte. Morning Glory est un film totalement prévisible du début jusqu’à la fin. Certes, une comédie n’a pas forcément besoin de briller de ce point de vue. Mais tout de même, un peu de d’imprévu, ça ne gâte rien.

Par contre, une comédie se doit avant tout d’être drôle. C’est quand même sa vocation première. Morning Glory l’est-il ? Oui et non… Je serais bien sévère en disant que je me suis ennuyé, mais de là à dire que j’ai vraiment ri, il y a un pas que je ne franchirai pas. Quelques éclats oui, mais rien de quoi avoir des crampes aux abdominaux. C’est au mieux amusant, mais même pas cocasse ou ironique. Il s’agit là d’un comique de situation tout ce qu’il y a de plus classique, pour ne pas dire de plus lisse.

Mais le plus énervant avec Morning Glory, c’est de voir des légendes du cinéma comme Harrison Ford et Dian Keaton se faire débaucher pour leur proposer des rôles aussi plats. Ils y mettent pourtant beaucoup de cœur, apportant tout leur talent dans la bataille. Mais il reste totalement sous-exploité et ne leur permet jamais de compenser le manque de relief de leurs personnages respectifs. Harrison Ford fait très bien le vieux grincheux, une fois, deux fois, trois fois… Ok, c’est bon, on a compris, on n’a plus qu’à attendre le moment où il va faire quelque chose de sympa… C’est censé être inattendu, sauf que ça ne l’est pas du tout.

morninggloryEn face de ces deux poids lourds, Rachel McAdams déploie une énergie folle pour rappeler que c’est quand même elle l’actrice principale de Morning Glory. Il est vrai que c’est le personnage qui veut ça, celui d’une productrice hyperactive et passionnée par son job. Mais malgré toute l’amitié que l’on a pour son visage sympathique et son talent très professionnel, elle est loin de posséder le charisme pour tirer le film vers le haut.

Morning Glory à défaut d’être une comédie vraiment drôle, aurait pu être un excellent film de personnages. Mais ces dernières ne quittent jamais les lieux communs dans lesquels le scénario les enferme. Seul petit moment de grâce, celui où les deux présentateurs vedettes commencent à s’insulter avec le sourire le plus professionnel en direct. Mais même là, on reste dans le bien propre sur soi et aucun vent de folie ou de subversion ne se met alors à souffler.

Morning Glory n’es pas la pire comédie qui soit. Mais elle reste tellement sur les sentiers balisés du professionnalisme hollywoodien qu’on préfèrera largement n’importe quel chemin un peu détourné.

Fiche technique :
Réalisation : Roger Michell
Scénario : Aline Brosh McKenna
Producteurs : J.J. Abrams et Bryan Burk
Producteurs exécutifs : Sherryl Clark et Guy Riedel
Producteurs associés : Udi Nedivi et Lindsay Paulson
Musique : David Arnold
Directeur de la photographie : Alwin H. Kuchler
Montage : Daniel Farrell et Nick Moore
Distribution des rôles : Marcia DeBonis et Ellen Lewis
Création des décors : Mark Friedberg
Direction artistique : Alex DiGerlando et Kim Jennings

Casting :
Rachel McAdams : Becky Fuller
Harrison Ford : Mike Pomeroy
Diane Keaton : Colleen Peck
Jeff Goldblum : Jerry Barnes
50 Cent : lui-même
Patrick Wilson : Adam Bennett
John Pankow : Lenny Bergman
Arden Myrin : producteur « Day Break »
Steve Park : météorologue « Channel 9 »
Vanessa Aspillaga : Anna Garcia
Lloyd Banks : lui-même
Liam Ferguson : le producteur de « Day Break News »
Reed Birney : Gouverneur Willis
Jayne Houdyshell : régisseur plateau

L’AGENCE : Les rectificateurs de destin

lagenceaffiche

lagenceaffichePhilipp K. Dick est un des auteurs les plus adaptés au cinéma, souvent pour le meilleur, parfois pour le pire. En voici une nouvelle preuve, avec l’Agence qui perpétue cette tradition. Si nous sommes très loin de la qualité d’un Blade Runner ou d’un Total Recall, nous sommes tout de même face à un film plutôt réussi qui fonctionne très bien.

David Norris est une star montante de la politique. Jeune et impulsif, il rate de peu l’élection au poste de Sénateur de New York, suite à la publication de photos compromettantes. Peu avant son discours de soir de défaite, il croise Elise qui lui inspirera un discours qui va le relancer. Trois ans après, il la croise à nouveau par hasard et en tombe définitivement amoureux. Mais cette relation est vue d’un très mauvais œil par les superviseurs de « l’Agence », chargés de veiller à ce que l’on accomplisse bien le destin qui nous est promis, et qui vont tout faire pour mettre fin à l’idylle.

Les amours contrariés constituent un excellent sujet d’histoire depuis Tristan et Iseult et Roméo et Juliette. Bon, il n’est pas sûr que l’Agence devienne aussi légendaire. Il reste un film relativement inégal, comportant de bonnes idées, mais aussi quelques moments un peu plus faibles. Heureusement, le final est plutôt réussi et nous laisse globalement sur une bonne impression. Un divertissement entre histoire d’amour, film fantastique et de science-fiction.

L’idée de départ aurait peut-être mérité un traitement plus en profondeur. Mais George Nofli a choisi de se focaliser presque exclusivement sur le couple David-Elise. On aimerait pourtant en savoir un peu plus sur cette mystérieuse Agence, ou du moins de manière moins directe. Le suspense quant à sa nature n’est guère entretenu, ce n’est pas le sujet du film. Cela a sûrement contribué à la préservation du rythme de l’intrigue, mais les amateurs du genre auraient sûrement souhaiter un autre équilibre dans le scénario.

C’est d’autant plus dommage que l’Agence tourne un peu en rond pendant le tiers central du film. Une entame prometteuse, un dénouement réussi, mais entre les deux, le film ne fait que dérouler l’idée de base que l’on a pourtant déjà bien comprise. Mais dire que l’on s’ennuie serait un jugement un peu trop sévère. Simplement, on aimerait être un peu plus surpris par une intrigue un peu trop linéaire, surtout que l’on a guère de doute sur la nature heureuse de la conclusion apportée à cette histoire.

lagenceL’Agence reste tout de même globalement un divertissement agréable par l’efficacité de sa réalisation. C’est sans fioriture, mais effectué avec assez de moyens pour que l’emballage soit largement à la hauteur du contenu. Là encore, pas vraiment de surprise, ni d’imagination débridée, mais un professionnalisme tout hollywoodien qui, à défaut d’enthousiasmer, nous permet de rentrer totalement dans cette histoire pourtant improbable.

Mais ce qui fait définitivement la différence et nous permet de pardonner sans état d’âme les faiblesse de ce film, c’est un casting solide. Matt Damon est vraiment devenu un des acteurs de premier plan d’Hollywood et sa seule présence à l’écran est gage d’une interprétation de qualité. Il ne tient pas là le rôle de sa vie, mais fait preuve de son talent et de son charisme habituel. On n’a aucune peine à croire qu’il puisse un jeune politicien populaire. Mais à ses côtés, Emily Blunt ne s’en laisse pas compter et on comprend aisément pourquoi David est prêt à tout pour vivre son amour avec elle. Enfin, Terence Stamp, en vieux routier d’Hollywood, livre une prestation parfaite en agent résolu et manipulateur.

L’Agence n’est donc définitivement pas le film de l’année. Mais il constitue un moment agréable de cinéma, auquel on pardonne aisément ses imperfections.

Fiche technique :
Production : Gambit pictures, Electric Shepherd Productions, Media Rights Capital, Universal Pictures
Distribution : Universal Pictures France
Réalisation : George Nolfi
Scénario : George Nolfi, d’après la nouvelle de Philip K. Dick
Montage : Jay Rabinowitz
Photo : John Toll
Décors : Kevin Thompson
Musique : Thomas Newman
Directeur artistique : Stephen H. Carter
Durée : 107 mn

Casting :
Matt Damon : David Norris
Emily Blunt : Elise Sellas
Terence Stamp : Thompson
Anthony Mackie : Harry
John Slattery : Richardson
Michael Kelly : Charlie Traynor
Anthony Ruivivar : McCrady
Pedro Pascal : Paul DeSanto
Shane McRae : Adrian

EASY MONEY : Jolie importation suédoise

easymoneyaffiche

easymoneyafficheLa Scandinavie est peuplée de grands blonds, de rennes, de neige et de bons polars. Ils en écrivent beaucoup, et des très bons, déferlant même parfois sur le monde comme la saga Millenium. Mais ils savent aussi les porter à l’écran. C’est le cas de Easy Money, qui, comme son nom ne l’indique pas, est un film suédois, qui, sans révolutionner le genre, ravira les amateurs de films noirs.

JW est étudiant dans une grande école de commerce. Ses amis sont riches et enchaînent les fêtes et sorties dispendieuses. Alors, il fait comme eux, même s’ils n’en a pas vraiment les moyens. Ils leurs cachent qu’il vit dans une minuscule chambre d’étudiant et qu’il travaille comme chauffeur de taxi la nuit pour gagner de quoi entretenir l’illusion. Mais un jour, son patron lui propose un tout autre travail, beaucoup plus rémunérateur, mais aussi beaucoup plus dangereux.

Allez, je vais me faire plaisir, avec mes 5 minutes, traduction à la con. Le titre original est « Snabba Cash », ce qui signifie effectivement argent facile en Suédois. Mais alors pourquoi le traduire par Easy Money ???? Je suppose que les distributeurs ont voulu attirer un public qui aurait été rebuté par le fait d’aller voir un film scandinave, et l’ont ainsi maquillé en film américain. Les petits malins !

Il est vrai que Easy Money n’a rien à envier aux productions d’outre-Atlantique. C’est propre, efficace et rythmé. Il y a peut-être un léger arrière-plan social typiquement européen, mais ce film reste un polar extrêmement classique, nous racontant la plongée dans le grand banditisme d’un ambitieux qui va vite être dépassé par les évènements. Une histoire pas franchement nouvelle, traité ici avec intelligence, à défaut d’une réelle originalité. C’est là, la plus grande limite de ce film qui ne restera pas inoubliable, ressemblant de trop près à bien d’autres productions du même genre.

Que l’intrigue se situe à Stockholm donne à Easy Money un léger aspect « exotique ». Il tord le cou à tous les clichés sur la société suédoise, que l’on imagine très policée. Mais elle recèle aussi ses bas-fonds, sa délinquance, ses trafics et ses règlements de compte. On plonge encore un peu plus loin que dans Millenium, qui nous présentait plutôt les travers de la haute société suédoise. Les Suédois sont finalement des gens comme nous !

Easy Money se focalise essentiellement sur le personnage de JW et de sa plongée dans un monde qu’il ne connaît pas et qui ne va pas tarder à le manger tout cru. Il y a évidemment un contraste fort entre cet étudiant, certes fauché, mais bien propre sur lui et la pègre suédoise, où s’affrontent différents groupes d’immigrés. Encore une fois, tout cela est très bien amené, traité de manière tout ce qu’il y a de plus crédible, sans manichéisme. On comprend tout à fait son parcours et on finit par s’attacher très fortement au personnage. Mais encore une fois, cela reste d’un grand classicisme.

easymoneyLa seule touche d’originalité d’Easy Money repose peut-être sur son dénouement, très réussi. Il lui permet définitivement de basculer du côté des bons films. Cela prouve vraiment l’art scandinave dans ce domaine. Ce film a sûrement été distribué suite au succès de Millenium et on peut espérer que les salles hexagonales continueront à nous proposer le meilleur de ce qui fait au nord de chez nous.

Un mot enfin sur l’interprétation. Easy Money propose une belle galerie d’acteurs. Les rôles de truands sont tous parfaitement interprétés, avec assez de personnalité, mais sans tomber dans la caricature. Une mention spéciale à Dragomir Mrsic, parfait en mafieux qui doit s’occuper du clan d’en face et de sa fille de 6 ans qu’il vient de récupérer. Mais le rôle le plus marquant reste celui de JK, remarquablement interprété par Joel Kinnaman.

Easy Money n’est donc pas le polar le plus inoubliable qui soit. Mais il y a temps de films américains cent fois plus médiocres qui sont distribués, qu’il aurait été dommage que cette production suédois n’apparaisse pas sur nos écrans.

Fiche technique :
Production : Tre Vänner Produktion
Distribution : MK2 Diffusion
Réalisation : Daniél Espinosa
Scénario : Maria Karlsson, d’après Stokholm noir l’argent facile de Jens Lapidus
Montage : Theis Schmidt
Photo : Aril Wretblad
Décors : Roger Rosenberg
Costumes : Denise Ostholm
Durée : 124 mn

Casting :
Joel Kinnaman : JW
Matias Padin Varela : Jorge
Dragomir Mrsic : Mrado
Lisa Henni : Sophie
Mahmut Suvakci : Abdulkarim

THE COMPANY MEN : Regarde les cadres tomber

thecompanymenaffiche

thecompanymenafficheLa crise économique que l’on vient de connaître a profondément marqué les esprits. Le débat reste ouvert sur ses conséquences à long terme et sur l’efficacité des mesures qui ont été prises pour éviter qu’elle se renouvelle. En attendant, des millions de personnes ont été frappées de plein fouet par ses effets. Si on a beaucoup parlé des classes « populaires » (dieu que ce terme est détestable !) qui ont fini à la rue, suite à la saisie de leur maison, elle a frappé dans toutes les strates de la société, même chez les cadres. C’est ce que nous raconte The Company Men. 

Bobby Walker est à un peu moins de 40 ans. Cadre commercial dans une multinationale, il mène un train de vie que beaucoup lui envie et bat régulièrement son record au golf. Certes, la crise vient de passer et les licenciements se multiplient. Il est loin d’imaginer qu’il puisse un jour être concerné. C’est pourtant ce qui finit par lui arriver. Mais qu’importe, il est persuadé de retrouver rapidement un travail équivalent, vu son CV impressionnant. Alors pourquoi changer de train de vie ?

The Company Men est un film aux multiples qualités, mais recèlent aussi pas mal de faiblesses. Parmi ces dernières, un certain manque d’épaisseur dans le propos. Le film ne nous apprend rien, ne tire pas vraiment de conclusion et n’apporte rien de très nouveau. On est plus là en présence d’un témoignage que d’une réelle réflexion. Du coup, le film finit par tourner quelque peu en rond et avant que le dénouement ne redonne un peu de souffle à l’intrigue, il est vrai que le scénario comporte quelques longueurs.

Il y avait pourtant matière à donner à The Company Men une toute autre ampleur. En effet, ce qui est traité est traité avec intelligence, même si on aimerait que tout cela soit quelque peu approfondi. Il se fait un malin plaisir à démontrer la fragilité du rêve américain, sorte d’anti-success-story, prenant à contre pied le discours hollywoodien classique. Cependant, le dénouement apporte un trait d’optimisme, nous rappelant tout de même qu’il n’est pas encore tout à fait mort. C’est quelque peu cousu de fil blanc, mais au final, la fin est à l’image de ce film au sujet relativement grave, mais qui n’est au final, et c’est tant mieux, jamais plombant.

thecompanymenCe qui fait finalement basculer The Company Men du côté des films réussis reste la qualité de ses personnages. Comme son titre l’indique, il ne traite pas tant des causes de la crise que de ceux qui en essuient les conséquences. Cependant, il n’y a pas au final les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Chacun d’eux doit faire face à ses propres dilemmes, partagés entre solidarité et instinct de survie. C’est là la plus grande force de ce film, même si cela renforce aussi quelque peu notre frustration puisqu’on se dit qu’avec une telle base, il y avait vraiment moyen de faire quelque chose de beaucoup plus grand.

La qualité des personnages de The Company Men est également renforcé par un casting de tout premier ordre. En tête d’affiche, Ben Affleck qui n’est définitivement pas l’acteur le plus impressionnant d’Hollywood, mais dont le charisme reste incontestable. Face à lui, deux légendes du 7ème art, Tommy Lee Jones et Kevin Costner. On est heureux de voir ce dernier qui se fait de plus en plus rare sur nos écrans. En tout cas, ce beau trio tire le film vers le haut et contribue largement au sentiment finalement positif qui en ressort.

On peut reprocher à The Company Men de ne pas être le grand film qu’il aurait pu être. John Wells a sûrement manqué d’ambition, mais le sujet était difficile. Il préserve le spectateur de l’ennui, des bons sentiments gratuits et la compassion facile. Et c’est déjà pas mal !

Fiche technique :
Production : Battle Mountain films, Spring Creek productions
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : John Wells
Scénario : John Wells
Montage : Robert Frazen
Photo : Roger Deakins
Décors : David J. Bomba
Musique : Aaron Zigman
Durée : 104 mn

Casting :
Ben Affleck : Bobby Walker
Tommy Lee Jones : Gene McClary
Chris Cooper : Phil Woodward
Maria Bello : Sally Wilcox
Kevin Costner : Jack Dolan
Craig T. Nelson : James Salinger

SUCKER PUNCH : Le premier waouh ! de 2011

suckerpunchaffiche

suckerpunchafficheMon année 2011 attendait encore son premier « waouh ! » cinématographique, un film méritant la note maximale de 5 étoiles. Je l’ai refusé aussi bien à Black Swan, Le Discours d’un Roi ou encore True Grit, pour diverses raisons. Je commençais à me demander si cette année n’était pas maudite. Et puis, un éclair est venu déchiré l’obscurité. Un éclair venu d’un film dont je n’attendais pourtant pas grand chose, voire même dont je redoutais le pire. Un éclair inattendu donc, mais non pas moins brillant. Un éclair nommé Sucker Punch.

Une jeune fille est enfermée dans un hôpital psychiatrique par son beau-père, qui cherche avant tout à récupérer l’héritage qu’il convoitait. A l’aide d’une jolie somme d’argent, il la condamne à la lobotomie sous cinq jours. Mais d’ici là, elle est bien décidée à monter un plan d’évasion avec l’aide de quelques compagnes d’infortune. Un plan qu’elle va vivre entre rêve et réalité.

Zack Snyder est un réalisateur qui ne laisse pas indifférent. Ses films possèdent tous une esthétique extrêmement marquée. Du coup, si on n’accroche pas visuellement, on sent vite la nausée monter. Ainsi, ses deux œuvres principales, 300 et Watchmen, m’ont laissé des impressions quelque peu contrastées. D’un côté, un de mes pires souvenirs cinématographiques avec des hommes en slips qui beuglent « Spaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaartians » pendant deux heures, me plongeant dans une consternation totale. De l’autre, un film culte, d’un ésotérisme fascinant, visuellement superbe et d’une incroyable profondeur. Honnêtement, surtout vu ce que j’en avais lu, je craignais vraiment que Sucker Punch tienne plus du premier que du second. Mais il n’en est rien.

Sucker Punch est une œuvre qui s’apprécie à différents niveaux. Au premier, il est vrai que l’on peut trouver ça parfois ridicule. Des nymphettes en costume d’écolière qui se battent contre des zombis nazis ou des orcs en armure, cela peut laisser quelque peu circonspect. Vous lirez d’ailleurs très certainement souvent ce même reproche, teinté d’un mépris condescendant, à propos de ce film : il ne s’agit que d’un grand jeu vidéo. Et bien oui, disons-le haut et fort, ce film, dans sa structure même, est marqué par cette culture. Mais après tout, en quoi serait-ce forcément négatif ? Les jeux vidéos sont depuis plusieurs années les produits culturels les plus vendus, il est logique que des éléments qui y sont nés irradient vers d’autres formes d’expression artistique.

Mais Zack Snyder ne se contente pas de s’inspirer de la culture des jeux vidéos. Il puise également largement dans le cinéma de science-fiction ou fantastique, dans l’héroic fantasy et également dans l’univers du manga. Bref autant de domaines estampillés « sous-culture », auquel Sucker Punch rend un splendide hommage. Car ne nous y trompons pas, ce film n’est pas la mauvaise adaptation d’un jeu vidéo. Sucker Punch n’est pas non plus un film, comme Tron, cherchant à nous prouver que finalement les geeks sont eux-aussi des gens formidables. Sucker Punch n’est pas un film sur l’univers des jeux vidéos. Non, simplement, Sucker Punch reprend des éléments culturels nés sur ce support, des codes et aussi une structure narrative bien particulière. Pendant une bonne partie du film, le scénario ressemble à la succession des niveaux d’un jeu vidéo, avec un aspect quelque peu redondant, telle la déclinaison d’une même idée sous diverses variantes. Certains y verront la preuve de l’absence d’un scénario vraiment solide. D’autres, retrouveront simplement une manière familière de raconter une histoire, certes inhabituelle au cinéma, mais nullement dévalorisante.

Sucker Punch exploite en fait des dizaines, voire des centaines d’éléments issus de ces cultures. On peut trouver l’idée des nymphettes en costume d’écolière ridicule, il n’empêche que pour moi et beaucoup d’autres pour qui les mangas font intégralement partie de notre univers culturel, elles font partie de notre imaginaire, au même titre que les figures du cow-boy dans les westerns ou du détective privée dans un polar, qui sont, au cinéma, très éloignées de ce qui existe dans le monde réel. Zack Snyder n’est pas le premier à mettre sur grand écran une guerrière en jupette, Tarantino l’avait fait avant lui dans son Kill Bill, avec un second degré peut-être plus évident, mais tout aussi réel.

Sucker Punch est par bien des aspects dans la même lignée que le cinéma Tarantino. Il reprend à son compte des éléments tirés de ce que certains jugent comme de la sous-culture pour en faire une œuvre originale réalisée avec un infini talent. Je veux bien admettre que Zack Snyder le fait avec moins de subtilité, moins de détachement que Quentin Tarantino. D’ailleurs, si on doit faire un reproche à ce film, c’est paradoxalement sa richesse quasi infinie. Il y a une référence à la seconde, si ce n’est plus. Par exemple, le temps d’un plan extrêmement court, on s’aperçoit que les jeunes filles portent à la ceinture des pistolets ressemblants fort aux mousquets que l’on retrouve sur l’affiche de Pirates des Caraïbes. C’est juste un détail, mais qui parle à l’imaginaire des familiers de ces univers. Et on trouve ici des centaines de clin d’œil de ce type. Alors, il est vrai, parfois, cela donne un peu une impression de catalogue, de zapping. Mais cela avant tout constitue un jeu dans lequel on peut facilement rentrer avec enthousiasme. Personnellement, ça me donne fortement envie d’aller le revoir pour essayer de repérer toutes les références que j’ai ratées, et je pense qu’elles sont extrêmement nombreuses.

suckerpunchMais Sucker Punch est avant tout un film visuellement superbe, à la personnalité extrêmement prégnante. C’est à la fois sa plus grande force et sa plus grand faiblesse, puisque soit on aime, soit on déteste. Cependant, on ne peut que s’incliner devant l’incroyable travail de Zack Snyder. Rassembler autant d’éléments disparates pour en tirer un univers esthétique aussi cohérent et personnel ressemble à un tour de force. Cela prouve également que ce réalisateur n’est pas doué uniquement pour adapter à l’écran des univers visuels nés dans des pages de comics. Il sait créer un monde bien à lui, sublimé par un travail de photographie prodigieux, une bande-son incroyable et des effets spéciaux à couper le souffle.

Bon, c’est bien tout ça, mais ça a quand même ses limites. Le festival de références, agencées en une structure de jeux vidéos, c’est amusant, mais relativement vain si on s’arrête là. Et une des plus grande qualité de Sucker Punch est de savoir, à un moment donné, abandonner son concept de base pour apporter une vraie conclusion à tout ça. Le dénouement de ce film est en tout point remarquable, avec un vrai retournement de perspective inattendu. Il n’y a pas qu’un talent de metteur en « image » chez Zack Snyder, il y a aussi beaucoup d’intelligence dans son écriture scénaristique. Ce n’est pas la qualité qu’il met le plus en avant dans ce film, c’est incontestable, mais en nous livrant une vraie fin, il fait définitivement de Sucker Punch un vrai grand et beau moment de cinéma.

Soyons honnêtes, il sera quand même difficile à ceux à qui la grand majorité des références vont échapper d’apprécier pleinement Sucker Punch. Mais, il n’est pas impossible qu’ils se laissent charmer par cet univers esthétique ésotérique et fascinant, tout à la fois extrêmement personnel et chargé des œuvres dont il s’inspire. Ils ne pousseront peut-être pas un waouh ! aussi enthousiaste que le mien, mais un petit waouh ! quand même.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Lennox House Films, Legendary Pictures, Cruel and Unusual Films
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Zack Snyder
Scénario : Zack Snyder, Steve Shibuya
Montage : William Hoy
Photo : Larry Fong
Décors : Rick Carter
Musique : Tyler Bates, Marius De Vries
Effets spéciaux : John DesJardin
Directeur artistique : Patrick Banister, Todd Cherniawsky
Durée : 110 mn

Casting :
Emily Browning : Babydoll
Vanessa Hudgens : Blondie
Abbie Cornish : Sweet pea
Jena Malone : Rocket
Carla Gugino : Le docteur Vera Gorski
Scott Glenn : Le sage

WORLD INVASION : BATTLE LOS ANGELES : Pas de quoi casser quatre pattes à un alien

worldinvasionaffiche

worldinvasionafficheEn voyant la bande-annonce de World Invasion : Battle Los Angeles, on se dit tout de suite qu’on a devant soi la promesse d’un gros navet. On sent immédiatement le scénario qui tient sur une feuille de papier à cigarette et on se doute que la psychologie des personnages ne doit pas casser trois pattes à un canard. Par contre, on se dit que visuellement, ça a l’air de tenir la route alors on espère quand même tenir là un divertissement un peu bourrin, mais qui se laisse regarder. Au final, on est entre les deux.

Des Aliens envahissent la Terre, comme ça, sans prévenir. Heureusement les marines sont là, même s’ils ne tardent pas à prendre cher. Cela n’empêche cependant pas un petit groupe d’entre eux de mener une mission de sauvetage d’un groupe de civils isolé au milieu du champ de bataille, en plein cœur de Santa Monica, à Los Angeles.

Le problème depuis la fin de la guerre froide, c’est que l’on plus d’ennemis vraiment méchants et cruels à combattre et on se doit désormais de ressentir au moins un peu de compassion pour l’adversaire. Depuis le 11 septembre, le cinéma aime bien nous livrer quelques islamistes belliqueux, mais cela aboutit éventuellement à des scènes de guérilla, rarement à de grandes batailles épiques. Bref, difficile de signer un vrai film de guerre à l’ancienne à notre époque. Mais les auteurs de World Invasion : Battle Los Angeles ont trouvé la parade : des aliens !

Résultat, aucun besoin de contexte géopolitique bidon ou d’humanisme obligatoire envers l’ennemi. L’humanité est attaquée violemment et soudainement et elle est bien obligée de se défendre. Cela donne un film qui rentre très vite dans le vif du sujet, sans s’alourdir de quoique ce soit. Cela donne à la fois un côté basique au scénario, mais aussi quelque part une vraie intelligence, puisqu’on n’est pas venu voir un tel film pour autre chose que des scènes d’action.

En fait, World Invasion : Battle Los Angeles nous raconte une histoire contée mille fois déjà. Celle d’un groupe d’hommes qui doit traverser un territoire hostile avant d’arriver à leur but. A ce niveau-là, ce film n’a vraiment rien d’original. Qu’on ait des aliens en face, ne change strictement rien, il s’agirait d’Allemands sous la Seconde Guerre Mondiale, le film serait quasi identique. Mais bon quelques bonne vieilles soupes valent le coup qu’on le resserve encore et encore, sans que l’on ne s’en lasse… ou presque.

World Invasion : Battle Los Angeles commence plutôt bien. Comme je l’ai dit, on est très vite plongé dans le cœur de l’action. Bien sûr, un discours pro-militariste, pro-américain, pro-marines pointe ci ou là, mais bon, il y a longtemps qu’Hollywood nous y a habitué et on n’y prête guère plus attention, surtout quand il se fait aussi discret. Les péripéties s’enchaînent et on se dit vraiment que l’on tient là un film qui a le mérite de se concentrer sur l’essentiel. Un film d’action épuré en quelques sortes.

worldinvasionMais malheureusement, vient le quart d’heure qui gâche sérieusement le plaisir. Cette longue scène célébrant les valeurs militaires, la solidarité entre soldats, le sens du devoir envers la patrie, le sens du sacrifice, genre c’est super de se faire sauter le caisson si c’est pour la défense du drapeau… C’est long, lourdingue et donne limite la nausée. Comme si la certaine retenue dont avait fait preuve jusqu’alors Johathan Libesman n’était plus tenable et qu’il fallait qu’il lâche son flot de poncifs d’un goût et d’une philosophies douteux.

Et comme, l’ultime assaut n’est absolument pas crédible (à la fois, une scène d’un film sur une invasion extraterrestre a-t-elle besoin d’être crédible ?), on reste sur cette mauvais impression et on oublierait presque les bons moments du début. Sans cela, World Invasion : Battle Los Angeles n’aurait de toute façon pas constitué un grand film, mais au moins, on aurait eu droit à un divertissement plutôt bien foutu, à tout point de vue.

Un film mi-figue, mi-raisin, qui ne casse pas trois pattes à un alien.

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, Relativity Media, Original Films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Jonathan Liebesman
Scénario : Christopher Bertolini, Shane Black
Montage : Christian Wagner
Photo : Lukas Ettlin
Décors : Bob Kensinger
Son : Chris M. Jacobson
Musique : Brian Tyler
Directeur artistique : Chris L. Spellman, Tom Valentine
Durée : 116 mn

Casting :
Aaron Eckhart : Sergent Michael Nantz
Michelle Rodriguez : Sergent Chef Elena Santos
Ramon Rodríguez : 2nd Lieutenant William Martinez
Bridget Moynahan : Michele
Ne-Yo : Caporal Kevin Harris
Michael Peña : Joe Rincon