MA PART DU GATEAU : Une bonne part de clichés

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marpartdugageauafficheOn m’avais prévenu, mais j’y suis allé quand même, troisième ! Comme pour Route Irish, le nom de réalisateur m’a poussé à donner une chance à ce film et à me faire ma propre opinion. Et encore une fois, je dois me résigner à me ranger derrière l’avis de la majorité et dire qu’il s’agit d’un film raté. Ma Part du Gâteau sera donc un raté dans la longue et réussie carrière de Cédric Klapisch.

Stéphane est trader et vit dans un monde d’argent et de superficialité. C’est sans penser aux conséquences qu’il coule des entreprises afin de recevoir sa part du gâteau, comme il dit. A l’autre bout, il y a France, ouvrière d’une usine sur le point de fermer. Elle se décide à monter à Paris et devient la femme de ménage de Stéphane, sans se douter que c’est lui qui est à l’origine de tout ça.

Que Cédric Klapisch et Ken Loachse soient plantés en même temps a ceci d’amusant (ou pas d’ailleurs) que Cédric Klapisch est justement un peu le Ken Loach français… Voilà, c’était la minute comparaison à la con. Bon contrairement au réalisateur irlandais, notre compatriote est resté dans ce qu’il sait faire de mieux, c’est à dire le film humaniste et social… mais l’a très mal fait. Après tout, on ne peut pas toujours être dans un grand jour.

Ma Part du Gâteau est un film en trois temps. Un début qui livre plus de clichés à la minute qu’un McDo de frites en heure de pointe. Bref, on se dit que ça commence mal. Puis le film prend un peu de corps et la relation entre France et Stéphane évolue vers quelque chose que l’on se surprend à aimer, alors qu’on pouvait aisément craindre de trouver ça ridicule. Puis, vient le dénouement… Au moins, ce n’est pas tout à fait ce à quoi on pouvait attendre, c’est déjà ça. Mais avec le recul, je ne sais pas si je n’aurais pas préféré qu’ils se marient et aient de nombreux enfants plutôt que cette fin qui n’en est même pas une et qui laisse quelque peu circonspect.

En fait, ces dernières minutes sont symptomatiques de l’impasse dans laquelle Cédric Klapisch s’est retrouvé avec ce film. A part nous livrer des lieux communs et des choses que l’on sait déjà sur les traders et les ouvriers, il n’a rien à dire et se retrouve donc incapable de conclure quoique ce soit. Il tourne en rond pendant tout le film, arrivant simplement à faire monter doucement une tension sexuelle entre les deux protagonistes, auquel on s’attache de plus en plus. Puis, il sombre corps et bien dans un océan de vacuité… ou sur la plage de Dunkerque comme on veut. Ma Part du Gâteau aurait pu être un film de personnages réussi, mais il finit par exploser en plein vol après avoir eu du mal à décoller. Bref, le spectateur est loin de s’envoyer en l’air.

mapartdugateauCe n’est évidemment pas la présence de Gilles Lellouche à l’écran qui vient sauver Ma Part du Gâteau. Non qu’il ne soit pas un acteur talentueux, mais comme il est en train de supplanter Kad Merad dans le rôle de l’acteur français que l’on voit dans tous les films hexagonaux, il n’apporte plus guère de valeur ajoutée. Karine Viard est aussi une habituée des écrans tricolores, mais elle confirme encore une fois ici qu’elle est la plus sexy des femmes pas sexys. Bref, ça s’appelle le charme et ça ne s’explique pas. Ils sont bons, il n’y a rien à dire, on arrive même à croire à leurs personnages pourtant trop caricaturaux pour être vrais. Mais quand le scénario finit par leur faire faire n’importe quoi, le charme se rompt et c’est bien dommage.

Le couple Viard-Lellouche offre donc quelques moments de charme dans ce film qui n’en a guère par ailleurs. On comprend bien que le sujet ait pu passionner Cédric Klapisch. Mais malheureusement, le spectateur est, lui, guère passionné.

Fiche technique :
Production : Ce Qui Me Meut, Move Movie
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Montage : Francine Sandberg
Photo : Christophe Beaucarne
Son : Cyril Moisson, Philippe Heissler, Cyril Holtz
Musique : Christophe Minck, Loïk Dury
Costumes : Anne Schotte
Durée : 109 mn

Casting :
Karin Viard : France
Gilles Lellouche : Steve
Audrey Lamy : Josy
Jean-Pierre Martins : JP
Zinedine Soualem : Ahmed
Raphaële Godin : Mélody
Fred Ulysse : le père de France

RANGO : Sergio Camelone

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rangoafficheLe Far West a toujours été peuplé de personnages inoubliables et colorés. Avec Rango, ils peuvent même changer de couleur puisque ce film d’animation, hommage au western, a pour personnage principal un caméléon. Un film plutôt original qui rassemblera toute la famille, chacun y trouvant des raisons différentes de l’apprécier.

Lars rêve d’être un héros de film d’aventures, bien à l’abri dans son bocal. Mais un jour, la grande aventure, la vraie, l’attend après que son bocal soit tombé de la voiture de ses propriétaires. Il se retrouve alors en plein désert. Il finira par atteindre la ville de Dirt, frappée par une terrible sécheresse qui inquiète de plus en plus ses habitants. Notre lézard y voit surtout l’opportunité de devenir le héros enfin qu’il a toujours souhaité être. Mais en a-t-il vraiment la carrure ?

Rango plaira aux plus petits, parce qu’il reste un film d’animation à l’intrigue accessible, comporte quelques effets cartoon, un gentil attachant et des méchants. Mais ces chères petites têtes blondes (ou brunes ou rousses en fait) trouveront peut-être que le film manque quelque peu d’action, de rythme et d’humour premier degré. Il n’en est pas dénué, mais il est aussi riche de bien d’autres choses.

Rango est aussi un hommage aux classiques du genre. Entre parodie et respect des codes, il aurait pu figurer parmi les meilleurs westerns spaghetti si ses protagonistes avaient été des humains. L’ombre d’un Sergio Leone plane sur ce film, même si le résultat est évidemment très loin de ce que le maître italien a pu produire. Il y a cependant un peu de Clint Eastwood dans ce lézard… Enfin plutôt, il y a du Clint Eastwood dans ce que rêve d’être ce lézard qui fait semblant d’être Clint Eastwood… Euh, c’est clair ?

L’intrigue en elle-même est agréable sans être inoubliable. La volonté de rassembler un large public autour d’un film d’animation a sûrement empêché les auteurs de Rango de la rendre trop complexe. Cependant, l’action de déroule avec juste assez d’épaisseur pour que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Mais encore une fois, ce film est avant tout un film d’ambiance et possède ce second degré qui manquait peut-être à True Grit, le dernier film des frères Coen.

rangoVisuellement, Rango ne souffre d’aucun défaut. L’univers graphique est agréable et les personnages tous très expressifs. Humaniser des animaux est un principe aussi vieux que le cinéma d’animation lui-même, mais le travail dans ce domaine est ici vraiment remarquable. L’équipe artistique ne s’est pas contentée de mettre des habits à des animaux, ils ont cherché comment les faire réellement incarner le rôle qu’ils occupent dans le film. Un casting virtuel peut-être, mais en tout cas un excellent casting.

Gore Verbinski s’est donné les moyens de faire de Rango un succès en débauchant Johnny Depp pour doubler le personnage principal. Cela constitue une vraie valeur ajoutée car il est tout simplement parfait. Il a compris que ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un film d’animation qu’il faut brailler son texte en en faisant une tonne et demi. Il y met autant de talent et de maîtrise que s’il avait interprété ce personnage pour de vrai. Et vu le talent du bonhomme, autant vous dire que c’est un vrai bonheur.

Rango est donc une œuvre aussi agréable qu’originale. Elle ravira tous ceux qui aiment les westerns ou les films d’animation, et bien entendu encore plus ceux qui aiment les deux.

Fiche technique :
Production : ILM, Blind Wink, GK Films, Nickelodeon Movies
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Gore Verbinski
Scénario : John Logan
Montage : Craig Wood
Décors : Mark McCreery
Musique : Hans Zimmer
Directeur artistique : John Bell
Durée : 116 mn

Casting :
Johnny Depp : Rango, Lars
Isla Fisher : Beans
Abigail Breslin : Priscilla
Ned Beatty : le maire
Alfred Molina : Roadkill
Bill Nighy : Rattlesnake Jake
Harry Dean Stanton : Balthazar
Ray Winston : Bad Bill
Timothy Olyphant : L’esprit de l’Ouest

ROUTE IRISH : Sortie de route pour Ken Loach

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routeirishafficheDans la série, on m’avait pourtant prévenu, après L’Assaut, voici Route Irish, le dernier film de Ken Loach. Sorti dans un anonymat complet, unanimement descendu en flamme par la critique, il a déjà quasiment disparu des écrans après tout juste deux semaines d’exploitation. J’aurais bien aimé m’insurger contre cette situation et la juger injuste, mais il n’en est malheureusement rien. Il s’agit bien là d’un film raté et il ne mérite que l’oubli.

Fergus vit mal la mort de son ami, autant dire son frère, Frankie. En effet, c’est lui qui l’a poussé à la rejoindre dans son job d’agent de sécurité à Bagdad. Mais ce qu’il vit encore moins bien, c’est la version officielle de la société qui les emploie. Il va mener sa propre enquête et très vite découvrir qu’on cherche à cacher quelque chose.

Il arrive à tout le monde de se planter et ce jour est arrivé pour Ken Loach. Il faut dire qu’au rythme d’un film par an, cela devait bien finir par arriver. Vue la longueur de sa filmographie, on lui pardonnera aisément et Route Irish ne représentera qu’une toute petite tâche, presque invisible à l’œil nu. Mais bon, puisque tel est mon lot, je vais tout de même vous en faire une critique un tantinet plus développée avant de rejeter ce film au tréfonds de ma mémoire.

Si la forme reste propre, c’est au niveau du scénario que Route Irish se plante totalement. Le sujet est pourtant au cœur de l’actualité et aurait pu être traité avec force. Au contraire, il est ici sans grande surprise. Le suspense est un faux suspense et même le retournement de situation final ne surprend pas vraiment. Un air de déjà-vue, pour ne pas dire de mauvais téléfilm. Les personnages y sont peut-être un peu plus fouillés, mais on ne s’y attache guère. Ken Loach a déserté les thèmes sociaux pour signer ici un film plus proche du polar, mais cela constitue un échec complet.

Route Irish confond ambiguïté et antipathie. On peut être une victime et provoquer guère de compassion. Le seul axe qui aurait pu sortir le film de sa torpeur est celui des rapports entre Fergus et la veuve de son ami. Mais, cela aboutit évidemment à la scène attendue où ils finissent par se sauter dessus… Bon ok, il renonce en cours de route, mais franchement, cela n’a rien de surprenant, rien de dérangeant, rien de provoquant et n’apporte par ailleurs rien au scénario. Un exemple assez symptomatique de ce qui pêche dans ce film qui ne fait jamais frémir l’encéphalogramme du spectateur.

routeirishRoute Irish reste tout de même un film de Ken Loach. Photographie élégante et discrète, direction d’acteurs impeccable. Mais son cinéma est bien trop basé sur le sens et la qualité des histoires qu’il raconte pour que la forme puisse un seul instant compenser les manques du fond. On sent bien que ce film n’est pas non plus réalisé par n’importe qui, mais au-delà de ce constat, cela ne nous console guère.

Un mot enfin sur l’interprétation, à laquelle on ne peut pas reprocher le relatif naufrage de Route Irish. Les deux acteurs principaux remplissent leur rôle avec un réel talent. Mark Womack et Andrea Lowe confirment que le cinéma britannique possède une réserve inépuisable de comédiens de haut niveau… et avec des accents délicieux. Car si le cinéma de Ken Loach a une vertu, c’est celle de nous faire découvrir la richesse linguistique de la Grande-Bretagne.

Route Irish est donc un film à oublier. D’ailleurs, c’est déjà fait… Mais vivement le prochain Ken Loach !

Fiche technique :
Production : Sixteen films, Why not productions, Wild bunch
Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Montage : Jonathan Morris
Photo : Chris Menges
Décors : Fergus Clegg
Distribution : Diaphana
Musique : George Fenton
Directeur artistique : Grant Armstrong
Durée : 109 mn

Casting :
Mark Womack : Fergus
Andrea Lowe : Rachel
John Bishop : Frankie
Geoff Bell : Walker

L’ASSAUT : Sortez-moi de là !

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lassautafficheDans la série des films que j’ai quand même été voir malgré une majorité d’échos très négatifs, voici l’Assaut. Je ne suis pourtant pas le dernier à exhorter le cinéma français à faire plus de films tirés de l’actualité plus ou moins récente (c’est à dire moins de deux siècles, vue la frilosité de notre pays dans ce domaine). Oui, mais faudrait-il encore que les films en questions ressemblent à quelque chose. Parce que c’est loin d’être le cas ici.

Samedi 24 décembre 1994, sur le tarmac de l’aéroport d’Alger, l’avion pour Paris est immobilisé, pris en otage par quatre terroristes du GIA. A Paris, c’est la panique dans les différents ministères concernés. On ordonne au GIGN de se tenir près, même si les autorités algériennes refusent toute intervention pour l’instant. Dans ses rangs, Thierry a promis à sa femme et ses enfants que tout ira bien. Mais il sait qu’un éventuel assaut pourrait bien lui coûter la vie.

L’Assaut est un film tout pourri. Il y a tellement de trucs qui ne vont pas, qu’on ne sait pas bien par où commencer. Alors du coup, je vais débuter par ce qui va bien. Soit 16 minutes, le temps de l’assaut final filmé en temps réel. Non que ce passage brille particulièrement par des qualités cinématographiques remarquables, c’est le moins que l’on puisse dire, mais au moins, on est un minimum pris par l’action et on cesse quelque peu de sourire devant ce spectacle pitoyable qui fait parfois rire involontairement.

Parce que le reste du temps, on a du mal à croire ce que l’on voit, tant ce film déborde de médiocrité. L’Assaut nous fait vivre les événements de trois points de vue. Celui de Thierry, soldat du GIGN, celui de Carole, jeune ambitieuse du Ministère des Affaires Etrangères et celui des terroristes eux-mêmes. Pour ces derniers, rien à dire. Ils sont un minimum crédibles, on croit à ce que l’on voit. Julien Leclercq a la bonne idée de ne pas pousser trop loin leur analyse psychologique et ne cherche pas à nous expliquer le pourquoi du comment du fondement de leurs motivations. Ils se contentent des faits et c’est tant mieux.

Car pour les deux autres, c’est une catastrophe. A un moment donné, son supérieur demande à Thierry « Je viens de dire que certains d’entre vous risquent de ne pas survivre à l’assaut et vous me demandez de rentrer dans l’avion en premier. Que dois-je comprendre ? » Et bien, c’est une bonne question et on aimerait bien avoir une réponse. Le problème, c’est que le film oublie de nous l’apporter. Pourtant, Julien Leclercq multiplie les gros plans sur un Vincent Elbaz prié de jouer le mec torturé. Les relations avec sa femme prennent une place importante dans l’Assaut, mais jamais on ne comprend vraiment quel est le problème. Et pour tout dire, on s’en fout complètement.

Mais la prime du ridicule vient de la description de ce qui se passe dans les coulisses des ministères. Julien Leclercq a sûrement beaucoup regardé les différentes saisons de 24h Chrono et a voulu faire pareil. Sauf que ce n’est pas crédible une seule seconde, c’est même parfois franchement drôle tellement ça se prend au sérieux tout en flirtant constamment avec le ridicule. Le personnage de Carole est tout simplement affligeant.

lassautLa réalisation de Julien Leclercq ne vient malheureusement pas relever le niveau. Elle se veut pourtant très certainement élaborée artistiquement avec ses couleurs un peu sépias et cet espèce de flou permanent. En fait, c’est marrant cinq minutes, mais guère plus. Ce genre d’effet de style ne se justifie que s’il possède une signification à un moment donné d’un film, pas quand il est de mise tout du long. Le réalisateur sait mettre un filtre devant ses caméras, tant mieux pour lui. C’est de l’esbroufe sans aucun intérêt. Et que dire du montage et de la bande-son qui cherchent à faire de l’Assaut un vrai film d’action, à l’américaine j’ai envie de dire. Sauf qu’à Hollywood, plus personne n’ose produire de tels navets, que surpasse n’importe quel épisode de série produit de l’autre côté de l’Atlantique.

On pardonnera donc à l’ensemble du casting son naufrage. Malgré tout leur talent, ni Vincent Elbaz, ni Mélanie Bernier ne pouvait faire grand chose pour sauver son personnage du désastre. Ils font ce qu’ils peuvent, mais à l’impossible nul n’est tenu. Comme les otages dans l’avion, ils semblent nous supplier d’arriver au plus vite à l’assaut final, histoire d’abréger leurs souffrances. A moins que ce soit celles des spectateurs. Encore une fois, c’est du côté des terroristes que l’on trouve quelques minces motifs de satisfaction avec Aymen Saïdi dont la prestation est peut-être la seule chose de convaincante dans ce film.

L’Assaut est un naufrage, un film d’où le talent est absent à tous les étages. Une perte de temps que vous pouvez aisément vous épargner.

Fiche technique :
Production : Labyrinthe Films
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Julien Leclercq
Scénario : Julien Leclercq, Simon Moutaïrou
Montage : Christine Lucas Navarro, Frédéric Thoraval, Mickael Dumontier
Photo : Thierry Pouget
Musique : Jean-Jacques Hertz, Francois Roy
D’après l’oeuvre de Roland Môntins
Durée : 90 mn

Casting :
Vincent Elbaz : Thierry
Aymen Saïdi : Yahia
Mélanie Bernier : Carole
Grégori Derangère : Commandant Denis Favier

WE WANT SEX EQUALITY : Une réussite pour un thème encore (trop) d’actualité

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wewantsexequalityafficheLe cinéma anglais sait mieux que tout autre marier comédie et social. C’est presque devenu une marque de fabrique, si bien qu’on parle souvent de « comédie à l’anglaise » pour désigner ce genre de production. Voici un nouvel exemple avec We Want Sex Equality, un film tiré d’une histoire vraie, se déroulant en 1968, mais qui reste, bien malheureusement, toujours d’actualité.

Rita est ouvrière dans un des usines Ford installées en Grande-Bretagne. Les femmes y sont peu nombreuses et sont surtout payées nettement moins que les hommes. Pour remédier à cette injustice, elles se décident à mener une action que l’on pensait typiquement masculine : elles se mettent en grève. Si le mouvement reçoit d’abord la sympathie de leur collègue du sexe soi-disant fort, quand il finit par bloquer toute la production et par mettre tout le monde au chômage, leur combat n’est plus vu avec un œil si favorable.

Les inégalités salariales entre les hommes et les femmes restent malheureusement une réalité toujours bien présente. En voyant We Want Sex Equality, on peut se dire que l’on revient de très loin et qu’il y a eu déjà beaucoup de progrès accomplis. Mais enfin, l’optimisme enthousiaste du texte qui début le générique prête un peu à sourire. Enfin, cela n’enlève rien à la portée de ce film et du combat que Rita et ses collègues ont mené à l’époque.

Il est évidemment toujours difficile de mesurer exactement la part de fiction dans cette reconstitution qui se veut fidèle. Le générique de fin nous montre des photos de l’époque et nous présente les protagonistes tels qu’elles sont aujourd’hui (autant dire qu’elles ont bien vieillis). C’est une technique de plus en plus utilisée (cf. Fighter), comme si cela constituait une caution sur la véracité des évènements tels qu’ils apparaissent dans le scénario. Cela reste évidemment à prouver… mais honnêtement on s’en fout !

We Want Sex Equality est un film, pas un documentaire. Et c’est un film très réussi. Sûrement pas la comédie anglaise du siècle, mais une production fort sympathique, parfois même enthousiasmante. On prend très vite le parti de ces ouvrières contre leurs collègues mâles, dont la solidarité connaît très vite ses limites. C’est d’ailleurs là, l’élément le plus intéressant de ce film où de nombreux personnages se voient tiraillés entre une solidarité entre classes sociales et une solidarité entre genres. Marx peut parfois aller se rhabiller quand il s’agit de défendre le machisme !

wewantsexequalityWe Want Sex Equality mélange avec bonheur le rire, l’émotion et la critique sociale. L’équilibre trouvé par Nigel Cole est remarquable et chacun pourra donc trouver son bonheur dans ce film. On ne s’y ennuie jamais, l’intrigue avance toujours avec un rythme suffisant pour maintenir notre attention du début à la fin. Le dénouement est amené en conservant un certain sens du suspense, ce qui constitue une barrière radicale contre l’ennui.

Mais We Want Sex Equality brille surtout pas la sympathie que nous inspire tous les personnages. Si cela n’avait pas été le cas, si nous n’avions pas envie de mener le combat avec elles, ce film n’aurait évidemment pas connu la même réussite. Bien sûr, le personnage de Rita, parfaitement interprété par Sally Hawkins, définitivement une valeur sûre du cinéma britannique, est particulièrement mis en avant, mais c’est tout le casting féminin qui est à salué. Mais ne soyons pas non plus sexiste et n’oublions pas ce bon vieux Bob Hoskins, qui se fait désormais plutôt rare, mais que l’on retrouve ici avec bonheur comme contremaître épousant totalement le combat de ses protégées.

We Want Sex Equality ne va certainement pas devenir aussi culte qu’un Full Monty ou qu’un Looking For Eric, mais il prouve s’il en était encore besoin que les Anglais sont les champions incontestés de la comédie sociale.

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures UK, Number 9 Films Ltd., BBC Films, Audley Films, UK Film Council
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Nigel Cole
Scénario : William Ivory
Montage : Michael Parker
Photo : John De Borman
Décors : Andrew McAlpine
Musique : David Arnold
Directeur artistique : Grant Armstrong, Ben Smith
Durée : 113 mn

Casting :
Sally Hawkins : Rita O’Grady
Bob Hoskins : Albert
Rosamund Pike : Lisa Hopkins
Miranda Richardson : Barbara Castle

FIGHTER : Des acteurs vainqueurs par KO

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fighterafficheLa boxe et le cinéma vivent une folle histoire d’amour. Pourtant, si j’aime passionnément le second, je voue le plus grand mépris au premier, qui n’a rien du noble art qu’il prétend être. Mais je dois admettre que quand les deux sont réunis, cela nous offre souvent de très beaux moments de cinéma. Raging Bull, Ali, Rocky, Million Dollar Baby… autant de films devenus des classiques qui m’ont tous beaucoup marqués. Cela sera également le cas de Fighter, un très beau film sur cet univers, récompensé par deux Oscars.

Dick Eklund a connu la gloire 15 ans plutôt en remportant un match de boxe contre Sugar Ray Robinson. Mais aujourd’hui, il n’est plus qu’un drogué accro au crack, même s’il continue à parler d’un éventuel come-back. Il coache pourtant son demi-frère, Micky Ward, managé par leur mère qui ne lui trouve que des combats de seconde zone. Ce dernier possède pourtant un certain talent, mais la présence écrasante de sa famille empêche sa carrière de prendre son envol. Un jour, il rencontre Charlene, barmaid, mais aussi une des rares personnes du coin à avoir fréquenté l’université. Saura-t-elle l’arracher à cette médiocrité dans laquelle sa famille le maintient ?

Fighter nous raconte la véritable histoire de Dick Eklund et Micky Ward. Enfin, aussi vraie que peut l’être un film, dont le scénario romance forcément plus ou moins la réalité des évènements. L’apparition des véritables protagonistes lors du générique de fin nous permet d’apprécier pleinement le travail de Christian Bale et Mark Wahlberg pour leur ressembler. Mais je reviendrai sur l’interprétation, qui constitue la plus grande force de ce film.

Fighter n’est pas qu’un film de boxe. Elle constitue un prétexte, un support à un propos qui n’a rien à voir avec le sport. Enfin, les amateurs de ce dernier apprécieront tout de même le combat final, qui confirme le caractère profondément cinémagénique de cette activité qui me semble n’être qu’une pure barbarie sur petit écran. Pour résumer, ce film nous parle surtout des rapports familiaux au cœur de l’Amérique profonde. Bon depuis Winter’s Bone, on sait que l’on trouve toujours une Amérique encore plus profonde, mais bon, celle-là est déjà pas mal dans son genre.

Comment échapper à la médiocrité intellectuelle du milieu où l’on naît n’est pas un thème vraiment nouveau. C’est sans doute là que réside la plus grande limite de Fighter qui nous raconte une histoire maintes fois contée. Mais David O.Russel nous livre là une vision particulièrement fine et intelligente de ce thème, qui n’a tout de même rien d’éculé. Aucun manichéisme, aucun stéréotype social ici. Il nous offre une vision du rêve américain loin du glamour hollywoodien habituel. Pas de noirceur pessimiste pesante, mais pas d’optimisme béat non plus. Du coup, on apprend à aimer tous ces personnages, même ceux qui, dans un premier temps, nous mettait quelque peu mal à l’aise. On rentre alors totalement dans l’histoire et devenons les premiers supporters de Micky Ward. Et c’est alors qu’on comprend que le réalisateur a parfaitement réussi son pari.

fighterEt si Fighter a donc un minimum de fond, il brille encore plus sur la forme. Le film s’ouvre sur le visage de Christian Bale, les yeux hallucinés, considérablement amaigri pour le rôle. Des ces premières secondes vous sentez que vous aurez affaire à un vrai moment de cinéma. Un acteur ne se transforme pas ainsi pour un rôle médiocre. Son Oscar du second rôle est amplement mérité et on attendait pas forcément cet acteur talentueux et solide à un pareil niveau de composition. Sa performance est un aspirateur à superlatifs de incroyable à hallucinant, en passant par énorme et inoubliable.

Un vrai film d’acteurs donc, car le reste du casting n’est pas en reste. Elle aussi récompensée aux Oscars, Melissa Leo, qui interprète la mère des deux boxeurs, livre une performance peut-être moins spectaculaire mais beaucoup plus subtile et ambiguë. Les rapports d’amour-haine qu’elle entretient avec ses enfants sont remarquablement bien décrits grâce à la crédibilité qu’elle apporte à son personnage qui aurait pu facilement devenir auto-parodique.

Enfin, Mark Wahlberg, dans le rôle principal, est lui aussi étonnant. Certes, il est quelque peu éclipsé à l’écran comme dans le scénario par son frère et Christian Bale, mais il n’en reste pas moins qu’il a su lui aussi élever son niveau de jeu, pour reprendre une expression sportive, et être à la hauteur de ses coéquipiers. De plus, les demoiselles apprécieront sa plastique impeccable… Je penserai désormais à lui quand je soulèverai mes haltères, même si je crains ne jamais avoir, de près et même de loin, le même torse que lui…

Fighter fait pour l’instant partie des meilleurs films de cette année. Je n’y ai toujours pas trouvé toutes les raisons d’un enthousiasme complet, mais bien assez pour une admiration sans bornes pour le remarquable, et parfois étonnant, travail artistique et scénaristique accompli.

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures, Mandeville Films, Relativity Media, Closest to the Hole Productions
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : David O. Russell
Scénario : Scott Silver, Paul Tamasy, Eric Johnson (II)
Montage : Pamela Martin
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Judy Becker
Musique : Michael Brook
Costumes : Mark Bridges
Directeur artistique : Laura Ballinger
Durée : 113 mn

Casting :
Mark Wahlberg : Mickey Ward
Christian Bale : Dicky Eklund
Amy Adams : Charlene
Melissa Leo : Alice Ward

UNE PURE AFFAIRE : Un peu mou du genou

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unepureaffaireafficheFrançois Damiens est devenu mon héros. Déjà en étant un excellent acteur, mais surtout en étant le seul à surnager lors de la dernière cérémonie des Césars, où il a réussi, contrairement à tous ses collègues, à nous faire rire. Visiblement, le salut du cinéma français vient de Belgique ! J’étais donc très heureux de le retrouver à l’affiche d’une comédie française, Une Pure Affaire. Malheureusement, il y est largement sous-utilisé dans un film qui ne décolle jamais vraiment.

David Pelame rêvait d’être Gandhi. Au final, à 40 ans, il n’est qu’un avocat sans envergure et une vie de couple qui n’atteint plus guère de sommets. Son seul bonheur, fumer en cachette pendant qu’il promène son chien. D’ailleurs, un soir, cette activité le conduit à récupérer un sac contenant une quantité non négligeable de cocaïne et un téléphone portable qui n’arrête pas de sonner. Au bout du fil, des clients attendant d’être ravitaillés. David est alors tenté de vendre la drogue et de changer de vie grâce à l’argent ainsi gagné.

Une Pure Affaire est un film sympathique, amusant, agréable, mais jamais vraiment drôle. La seule scène vraiment comique, celle où David se creuse la tête pour enregistrer un nouveau message pour le répondeur du portable, a été vu mille fois dans la bande-annonce. Cela pourrait ne pas constituer un problème si la présence de François Damiens à l’affiche ne nous faisait espérer autre chose. On connaît le potentiel comique de cet acteur et il est loin d’être pleinement exploité.

Alors bien sûr, il est parfaitement convaincant dans ce rôle de loser sympathique qui s’improvise dealer. Il nous fait d’ailleurs entrapercevoir bien des moyens de valoriser son immense talent ailleurs que dans la pure comédie. Mais voilà, Une Pure Affaire joue dans ce registre, car ce n’est pas les aspects érosion de la vie de couple ou ravage de la drogue qui lui confère le moindre intérêt. Alexandre Coffre cherche à nous faire rire et n’y réussit qu’à moitié.

Une Pure Affaire manque de rien en particulier, mais aussi d’un peu de tout. De rythme, de fantaisie, d’imagination, d’esprit de provocation et de transgression… Alexandre Coffre n’ose pas aller totalement au bout de ses idées, ne lâche jamais les chevaux. On s’attend à une montée en puissance qui ne vient jamais vraiment. Le film reste sur son traintrain qui garde l’attention du spectateur, mais ne l’enthousiasme jamais vraiment.

unepureaffaireJe lui reconnais cependant une grande maîtrise et un vrai talent dans la direction d’acteurs. Jamais son film ne part en sucette, ce qui arrive trop souvent dans les comédies. L’intrigue avance toujours et ne se voit jamais ralenti par des numéros de cabotinage lourdingue. Pour cela peut constituer un divertissement agréable lors d’une soirée pluvieuse passée devant la télé. Mais pour le grand écran, c’est un peu juste.

Si j’ai déjà évoqué la belle, mais un rien frustrante, performance de François Damiens, un mot tout de même sur les autres acteurs à l’affiche. Dans le rôle de son épouse, Pascale Arbillot est vraiment parfaite. C’est d’ailleurs sans doute elle le personnage le plus intéressant et même parfois le plus drôle. Dans le rôle du méchant, Gilles Cohen confirme qu’il est un des tous meilleurs seconds rôles français.

Une Pure Affaire constitue donc une comédie sympathique, mais assez moyenne. Un film non indispensable, mais qui peut se laisser voir à l’occasion.

Fiche technique :
Titre : Une Pure Affaire
Réalisation : Alexandre Coffre
Scénario : Alexandre Coffre d’après la nouvelle Powder de Matthew Kneale
Photographie : Guillaume Desfontaines
Montage : Sophie Fourdrinoy
Musique : Erice Neveux
Durée : 88 minutes

Casting :
François Damiens : David Pelame
Pascale Arbillot : Christine Pelame
Laurent Lafitte : Brice Teller
Gilles Cohen : Patron
Didier Flamand : Michel
Nicolas Marié : Philippe Dalambert
Aurélie Matéo : Actrice

BROTHERS : Pièges évités pour un film poignant

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brothersafficheDans la série des films que je pensais ne jamais voir, voici Brothers. En effet, la bande-annonce, vue maintes fois, ne me faisait pas du tout envie. Mais bon, à force d’un bouche à oreille favorable, j’ai profité de son passage sur Canal+ pour lui donner sa chance. Grâce à cette merveilleuse invention qu’est Canal+ à la Demande (la meilleure depuis l’écriture et la roue, à mon humble avis), j’ai pu apprécier ce film remarquable à bien des points de vue.

Sam Cahill repart pour une nouvelle mission en Afghanistan, quand sa femme et ses deux enfants aimeraient le voir rester à la maison. Il est le modèle de la famille, à l’opposé de son frère Tommy qui sort tout juste de prison. Mais ce dernier sera le premier soutien de son foyer quand sa mort leur est annoncée. Une relation de plus en plus ambiguë nait entre le frère et sa belle-sœur. Seulement, Sam est en fait bien vivant, prisonnier au fond du désert et prêt à tout pour retrouver les siens.

Quand je relis le synopsis, je me dis à nouveau que cette histoire ne fait pas du tout envie. Il y a bien sûr un vrai potentiel pour un récit poignant et fort, mais surtout des dizaines de raisons de tomber dans un pathos et une morale lourdingues, voire écœurantes, comme le cinéma hollywoodien nous en livre parfois. Sauf que Brothers est issu du cinéma américain indépendant et ce pari incroyablement risqué est réussi avec un étonnant talent par Jim Sheridan, un cinéaste polyvalent (réalisateur, producteur parfois acteur). Ce dernier est aussi un habitué des films portant sur les blessures laissées par la guerre, puisqu’il est l’auteur notamment de Au Nom du Père, le film qui avait révélé Daniel Day-Lewis et traitait, avec force, des traces laissés par la guerre civile irlandaise.

Les sujets abordés par Brothers sont nombreux : traumatisme de la guerre, rapports familiaux, jalousie, deuil… Bref que des choses réjouissantes, mais qui sont au final traités avec beaucoup d’intelligence et de finesse. Cette diversité des thèmes est sans doute une grande force, car elle empêche le film de s’appesantir sur un d’eux. L’intrigue rebondit constamment, sans nuire à la profondeur du propos. Il y a vraiment un travail remarquable dans l’écriture du scénario… qui est issu d’un film sorti 5 ans plus tôt, puisque ce film est un remake.

Jim Sheridan a vraiment su garder une certaine retenue pour rester crédible. Encore une fois, la tentation a du être grande d’en rajouter trois ou quatre couches supplémentaires, de faire sonner les violons ou au contraire d’affubler cette histoire d’une noirceur hors de propos. Rien de tout ça au final. On pourrait même reprocher à Brothers de ne pas aller assez loin, de ne pas cherche à prendre le spectateur aux tripes plus profondément. Du coup, il est vrai que le dénouement, sans être prévisible, n’est pas foncièrement surprenant. Mais cet aspect « ordinaire » rend sans doute le film plus touchant, facilitant ainsi une possible identification.

brothersBrothers constitue surtout son plus beau rôle pour un acteur qu’on attendait pas à ce niveau. Tobey Maguire absolument époustouflant. J’ai beau être fan des Spiderman de Sam Raimi, je dois bien avouer que l’interprète de l’homme araignée n’y avait pas offert des numéros d’acteur bouleversants. Pourtant c’est bien le cas ici, où il signe une performance tout en subtilité et en maîtrise, dans un rôle pourtant assez dur. A ses côtés, Jake Gyllenhaal est lui aussi remarquable, même si son rôle est nettement plus abordable. De plus, on connaît depuis longtemps son talent tout terrain qui s’exprime aussi bien dans un film intimiste que dans une grosse production hollywoodienne. Enfin, Natalie Porman donnait ici les prémisses d’un talent réellement révélé par The Black Swan.

Brothers est donc un film particulièrement émouvant et qui évite tous les pièges dans lesquels il aurait pu tomber. Un film intelligent et puissant, où la tension ne faiblit jamais.

Fiche technique :
Production : Relativity Media, Lionsgate
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Jim Sheridan
Scénario : David Benioff, d’après le film Brode de Susan Bier
Montage : Jay Cassidy
Photo : Frederick Elmes
Décors : Tony Fanning
Musique : Thomas Newman
Durée : 105 mn

Casting :
Tobey Maguire : Sam Cahill
Jake Gyllenhaal : Tommy Cahill
Natalie Portman : Grace Cahill
Sam Shepard : Hank Cahill
Omid Abtahi : Yusuf
Clifton Collins Jr : Major Cavazos

WINTER’S BONE : Là où vous ne passerez pas vos vacances

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wintersboneafficheVous pensez avoir une vie de merde ? Vous trouvez que les gens qui vous entourent ne sont ni intéressants, ni sympathiques, ni très fréquentables ? Vous estimez que l’endroit où vous habitez est un trou sans fond duquel il est dur de sortir ? Et bien, venez rencontrer la jeune Ree Dolly, héroïne du film Winter’s Bone, sorti en catimini en France, mais nominé pour l’Oscar du meilleur film cette année. Vous changerez sûrement alors d’avis et surtout vous aurez l’occasion de voir un excellent film.

Ree Dolly a 17 ans, habite au fin fond du fond du Missouri, et tient sa famille à bout de bras. Sa mère malade ne peut guère l’aider à prendre soin de son petit frère et sa petite sœur. Elle est sans nouvelle de son père, jusqu’au jour où on vient lui annoncer qu’il a mis en gage leur maison pour payer sa caution et sortir de prison, en attendant son jugement pour trafic de drogue. Et s’il ne se présente pas à ce dernier, elle sera alors saisie. La jeune Ree décide donc alors de le retrouver pour ne pas finir à la rue avec sa famille. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que la population locale ne se montre pas très coopérative.

Winter’s Bone est un vrai et beau film noir. Si la première demi-heure donne à penser qu’il s’agit plutôt d’un film social, sur la misère financière (et disons-le intellectuelle) de l’Amérique tellement profonde qu’on a du mal à croire qu’elle existe, l’heure qui suit nous plonge en plein polar parfois dur, parfois violent, mais jamais inutilement spectaculaire. Rassurez-vous, la jeune fille ne finit pas par venger son père en tuant tous les dealers locaux à grands coups de mitraillette. Il s’agit avant tout d’un vrai film de personnages, mais porté par une véritable intrigue, dont on attend avec impatience de connaître le fin mot.

Un personnage domine largement les autres dans Winter’s Bone. Il s’agit bien sûr de l’héroïne principale dont le courage et la détermination sont inversement proportionnels à son âge et son gabarit, plutôt frêle. Elle est particulièrement attachante, par l’admiration qu’elle force, face à des évènements et circonstances plutôt défavorables. Un vrai combat auquel on a particulièrement envie de contribuer. Bref, on entre vraiment de plus en plus dans l’histoire au fur et à mesure que celle-ci s’accélère.

Winter’s Bone est donc un excellent film noir dans un contexte et avec des protagonistes quelques peu inattendus. Cette plongée dans une Amérique profonde qui disons-le fait vraiment peur contribue évidemment également à l’intérêt de ce film, en lui conférant un certain « exotisme ». Des personnages terrifiants qui hantent un monde sauvage, où la loi du plus fort règne en maître. Un monde où votre voisin cherchera bien plus souvent à assurer sa propre survie qu’à vous aider. La jeune Ree semble bien frêle pour frayer son chemin dans un tel contexte, mais c’est justement ce qui rend son histoire aussi admirable.

wintersboneWinter’s Bone est une histoire de femmes. Debra Granik signe là un second long-métrage (le premier distribué en France) réellement remarquable et surtout superbement réalisé. Une nomination aux Oscars amplement méritée pour un film qui souffre simplement d’un léger manque de rythme dans la première demi-heure. On atteint jamais un rythme effréné, car sa caméra s’attache toujours à nous montrer avec précision l’environnement dans lequel le film se déroule. Mais il y a une vraie élégance dans la photographie et comme tout film noir, l’ambiance générale l’emporte largement sur l’action.

Autre nominée aux Oscar, la jeune Jennifer Lawrence, que l’on avait pu découvrir en 2009 dans le très beau Loin de la Terre Brûlée, pour lequel elle avait reçu un prix à la Mostra de Venise. Un tel palmarès à 20 ans, ce n’est pas donné à tout le monde et on espère la revoir longtemps à l’écran. Sa performance est à l’image de Winter’s Bone. Pas forcément spectaculaire, mais d’une justesse remarquable. Un mot tout de même, sur un troisième nominé, en la personne de John Hawkes, que les amateurs de la série Deadwood seront heureux de retrouver enfin sur grand écran. Surtout que c’est là une vraie réussite.

La dernière nomination de Winter’s Bone était pour l’Oscar du meilleur scénario. Cela résume très bien la qualité de ce film parfois vraiment noir, mais réalisé avec une sensibilité et une élégance toute féminines.

Fiche technique :
Production : Anonymous Content, Winter’s Bone productions
Distribution : Pretty Pictures
Réalisation : Debra Granik
Scénario : Debra Granik, Anne Rossellini, d’après le roman de Daniel Woodrell
Montage : Affonso Gonçalves
Photo : Michael McDonough
Décors : Mark White
Musique : Dickon Hinchliffe
Durée : 100 mn

Casting :
Jennifer Lawrence : Ree
John Hawkes : Teardrop
Kevin Nrezhnahan : Little Arthur
Dale Dickey : Merab
Garret Dillahunt : le Sheriff
Shreyl Lee : April
Lauren Sweetser : Gail

NEVER LET ME GO : Mort, amour et don d’organes

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neverletmegoafficheLorsque l’on pense science-fiction, on pense souvent à un futur, plus ou moins proche, plus ou moins imaginaire. Plus rares sont les œuvres de ce genre se déroulant dans…le passé. C’est pourtant le cas de Never Let Me Go. Un film qui nous décrit ce qu’aurait pu être notre société si certains progrès de la médecine avait été réalisés dans le courant des années 60. Un film élégant et sensible, mais qui peine parfois à trouver un ton juste.

Kathy, Tommy et Ruth sont amis depuis leur plus tendre enfance. Une enfance qu’ils ont passé dans une institution un peu spéciale. En effet, ils sont, comme tous les autres enfants qui les accompagnaient, destinés, une fois adultes, à donner leurs organes pour prolonger la vie des gens « normaux », avec qui ils ont peu de contact. Une existence qu’ils savent brèves, mais qui ne les empêchent pas de ressentir les mêmes sentiments amoureux que n’importe qui.

Mark Romanek signe avec Never Let Me Go son deuxième film, près de 10 ans après Photo Obsession, où il avait offert à Robin Williams un de ses rôles les plus étonnants. Il signe à nouveau une œuvre assez inclassable, qui brise les barrières entre les genres. Mélo ou film de science-fiction, réflexion sur la bioéthique ou triangle amoureux adolescent ? Ce film est à la fois tout ça, sans être réellement aucun de ces stéréotypes. Du coup, on se sent parfois un peu perdu et déboussolé. Je comprends très bien que ce film ait eu du mal à trouver un public et qu’il ait provoqué des réactions assez contrastées.

Du coup, il est tentant de reprocher à Never Let Me Go de n’aller au bout d’aucune des idées qu’il amorce. C’est en grande partie vraie et parfois un peu frustrant. C’est d’ailleurs la principale limite de ce film qui n’a incontestablement pas su tirer le maximum de son potentiel. Mark Romanek a une certaine retenue, pour ne pas dire une retenue certaine. Mais à l’inverse, peut-être que cela rend le propos d’autant plus effrayant. On peut être choqué, énervé ou déçu face à la résignation des personnages face à leur sort. Mais leur comportement est-il si éloigné de celui qu’ils auraient eu dans la réalité ?

neverletmegoReste alors les sentiments amoureux entre les trois personnages. Ils forment réellement le corps de Never Let Me Go. Mais comme souvent dans ce cas-là, de notre attachement aux protagonistes dépend notre attachement au film tout entier. Si on n’aime pas Kathy, Tommy et Ruth, on n’aimera pas leur histoire. Et là encore, Mark Romanek a choisi la retenue. Leur histoire est au fond ordinaire, pour ne pas dire médiocre et mesquine, quand on pourrait s’attendre à une histoire passionnée et romanesque au vu des circonstances exceptionnelles. Il n’en est rien, mais cela ne rend pas moins attristant de les voir marcher ainsi vers une mort certaine. Au contraire, cela rend d’autant plus monstrueux l’indifférence à leur égard, alors qu’on peut si facilement se sentir proche d’eux.

Never Let Me Go est filmé avec beaucoup d’élégance par Mark Romanek. Si les rapports entre les personnages peuvent apparaître trop superficiels, le travail de photographie est lui empli d’une sensibilité remarquable, qui met parfaitement en valeur, le trio Carey Mulligan, Andrez Garfield et Keira Knightley. On pourra reprocher à leur jeu la même retenue que chez le metteur en scène, mais au moins ils sont à l’unisson du ton général de ce film. Une belle performance de mon point de vue, en tout cas d’une grande justesse.

Never Let Me Go est donc un film élégant et inhabituel. Quelque peu frustrant aussi. Mark Romanek n’a peut-être pas été au bout de toutes ses idées, mais il les a traité avec une délicatesse, qui nous amène à nous interroger sur notre capacité de révolte… et d’indifférence.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight pictures, DNA Films, Film4
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Mark Romanek
Scénario : Alex Garland, d’après le roman de Kazuo Ishiguro
Montage : Barney Pilling
Photo : Adam Kimmel
Décors : Mark Digby
Musique : Rachel Portman
Durée : 108 mn

Casting :
Carey Mulligan : Kathy
Andrew Garfield : Tommy
Keira Knightley : Ruth
Isobel Meikle-Smal : Kathy enfant
Charlie Rowe : Tommy enfant
Ella Purnell : Ruth enfant
Charlotte Rampling : Miss Emily
Sally Hawkins : Miss Lucy
Nathalie Rochard : Madame