127 HEURES : Danny Boyle reste au sommet en nous emmenant au fond du trou

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127heuresafficheDanny Boyle avait connu la consécration en 2008 en raflant pas moins de 8 Oscars avec son Slumdog millionnaire (dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur). Il fait désormais parti des cinéastes qui comptent et dont chaque nouvelle œuvre sera attendue et disséquée par tous les cinéphiles. Le revoilà donc avec 127 heures, tiré d’une histoire vraie et qui lui a valu une nouvelle nomination pour l’Oscar du meilleur film. Il ne l’a pas remporté et c’est logique, malgré beaucoup de qualités. Car on compte aussi quelques défauts.

Aron Ralston est un randonneur invétéré, un peu barré et qui a surtout la fâcheuse habitude de partir sans dire à personne où il va. Cela contribue certainement à son sentiment de liberté, mais un beau jour, cela n’a pas été sans lui poser problème. Le jour où il s’est retrouvé au fond d’une crevasse, le bras coincé pas un bloc de pierre, sans moyen de se libérer, ni d’appeler du secours.

Le 7ème art nous avait déjà offert l’année dernière un beau moment de claustrophobie avec Buried, où un homme passait 1h30 enfermé dans un cercueil. Cette fois-l’espace est un peu plus large, mais à peine. Le défi reste cependant le même : comment raconter une histoire maintenant l’intérêt du spectateur de bout en bout sans que le personnage principal ne puisse se déplacer ? Mais voilà un challenge qui n’allait pas faire peur à un cinéaste aussi doué que Danny Boyle.

127 heures nous permet de retrouver toutes les facettes du talent du réalisateur britannique : tout d’abord un sens esthétique évident. Il fait partie avec Daren Aronofsky ou Gaspard Noe de ceux sachant le mieux exprimer des sentiments en jouant sur les couleurs, l’éclairage ou les angles de caméra les plus improbables. Dans ce film, il en joue surtout pour nous montrer comment Aron Ralston alterne les moments de lucidité, où il cherche sérieusement un moyen de s’en sortir, et les périodes où la folie guette. Le décor reste évidemment toujours le même, mais nous est montré à chaque fois de manière très différente, nous faisant partager ainsi avec force les moments d’espoir et de désespoir.

127 est un film visuellement imaginatif, mais aussi visuellement dur par moment. Danny Boyle ne cherche jamais le gore spectaculaire superflu, mais nous montre les choses de manière réaliste. Et vous imaginez bien que pour survivre et s’en sortir, le personnage est parfois réduit à certaines extrémités. On en frissonne parfois, d’autant plus que l’on sait que tout cela a réellement été vécu par le vrai Aron Ralston. D’ailleurs, si cette histoire n’était pas une histoire vraie, elle perdrait certaintement énormément de son intérêt et prêterait même quelque peu à sourire.

127heuresDanny Boyle nous prouve encore sa faculté à utiliser toujours à propos des titres musicaux déjà connus (sans être Kubrick ou Tarantino tout de même). On s’amusera notamment d’entendre résonner « Ca plane pour Moi » de Plastic Bertrand. Mais dans 127 Heures, elle écrase parfois le travail visuel, qui s’apparente du coup par moment plus à clip vidéo qu’à une œuvre cinématographique. C’est sans doute là la plus grande limite de ce film. Danny Boyle en fait parfois un peu trop, manquant de subtilité. Bien sûr filmer un personnage coincé au fond d’une crevasse pendant une bonne heure demande d’y mettre les grands moyens pour maintenir l’attention du spectateur, mais le résultat ressemble parfois à une exercice de style, où la forme prime trop sur le fond. Mais heureusement, les moments où le spectateur est fasciné et partage les émotions du personnage dominent largement.

L’émotion est également largement véhiculée par la performance de James Franco, qui tient là son premier grand rôle. Pourtant le défi était de taille, car rarement un acteur aura eu droit à autant de gros plans dans un seul film. Il se doit d’exprimer tour à tour la surprise, la peur, l’espoir, la folie, le désespoir…, le tout sans pouvoir réellement bouger. Tout passe donc par la voix et les expressions du visage. Et James Franco s’en sort merveilleusement bien.

127 Heures est donc un film racontant remarquablement bien une histoire dont il était difficile d’imaginer qu’on puisse en tirer un film aussi prenant. Danny Boyle confirme ainsi son statut de réalisateur majeur au style affirmé. Peut-être un peu trop parfois…

Fiche technique :
Production : Pathé, Darlow Smithson Productions, Everest Entertainment, Cloud Eight Films, Dune Entertainment III
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Danny Boyle, Simon Beaufoy
Montage : Jon Harris
Photo : Enrique Chediak, Anthony Dod Mantle
Son : Glenn Freemantle
Musique : A.R. Rahman
D’après l’oeuvre d’Aron Ralston
Durée : 94 mn

Casting :
James Franco : Aron Ralston
Amber Tamblyn : Megan
Kate Mara : Kristi
Clémence Poésy : Rana

AVANT L’AUBE : Entre noir et blanc

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avantlaubeafficheLa neige est blanche, mais constitue un décor parfait pour les films noirs. Il y a le polar nordique, mais aussi le polar de montagne. Le cinéma français nous a déjà offert cette année, Poupoupidou, mais avec un ton résolument décalé et original. Retour à une ambiance plus classique, mais aussi plus sombre, avec Avant l’Aube. Mais si le premier nous avait très agréablement surpris, le second déçoit, malgré d’incontestables qualités.

Le jeune Frédéric est en stage dans un hôtel des Pyrénées. Il n’est pas très bavard et sort de quelques mois de prison pour coups et blessures. Un soir, il indique son chemin à un client, qui est déclaré disparu quelques jours plus tard. Le même soir, il surprend son patron et son fils rentrant à l’hôtel après ce qui semble être un accident de voiture. Le patron prend alors Jérémy sous son aile, lui témoignant une étonnante affection. Mais à quel point est-elle sincère ? N’est-elle pas juste un moyen de s’assurer que certains secrets restent bien gardés ?

Le fil rouge principal de Avant l’Aube est avant tout la relation entre Frédéric et son patron. Une amitié ambiguë et qui donne un caractère malsain à ce qui pourrait être une sorte de conte de fées social. Le tout est traité avec beaucoup d’intelligence et de subtilité et aurait pu à faire de ce film une vraie réussite. Mais cet aspect est insuffisant pour porter le film à lui tout seul. Il a du être enrobé d’éléments nettement moins intéressants.

L’aspect polar classique déjà. Ce n’est vraiment pas la préoccupation première de Rapahel Jacoulot. Si les évènements déclencheurs ne nous sont pas montrés explicitement, aucun suspense n’est maintenu à propos de ce qui s’est réellement passé. Du coup, on guette quand même du coin de l’œil le retournement de situation qui nous ferait comprendre que l’on a été mené en bateau. Il n’en est rien. Encore une fois, l’intérêt de Avant l’Aube est ailleurs, mais dans ce cas pourquoi abuser ainsi des ellipses qui donnent l’impression qu’on nous cache quelque chose, alors qu’ au final, on ne nous cache strictement rien ? Le film aurait fortement gagné en intérêt si, à l’ambiguïté des rapports entre les personnages, s’ajoutait un vrai suspense.

Avant l’Aube souffre également d’un manque d’intérêt des relations des protagonistes principaux avec les personnages secondaires. Le patron et son fils d’un côté, Jérémy et sa petite amie de l’autre. Certes, ces rapports sont là pour illustrer l’évolution de la relation entre l’employé et son patron et ses conséquences. Mais on ne s’attache pas à ces personnages franchement antipathique pour l’un et relativement transparent pour l’autre, alors qu’ils occupent une place importante dans le scénario.

avantlaubePar contre, Avant l’Aube compte un protagoniste secondaire fort réussi en la personne de l’inspectrice de police qui vient mettre son nez là où les autres préfèreraient qu’elle s’abstienne. Malheureusement, comme l’aspect « polar » passe quelque peu au second plan, elle ne prend pas toute la place qu’elle aurait mérité. C’est dommage car voir Sylvie Testud à l’écran est toujours un régal.

Jean-Pierre Bacri tient là un rôle quelque peu à contre-emploi, mais s’en sort avec son habituel talent. Bien sûr, il interprète à nouveau un personnage quelque peu bougon et taciturne, mais dans un contexte, assez sombre, dans lequel on n’a nettement moins l’habitude de le voir évoluer. Il n’est pas là pour créer un effet comique, mais au contraire pour inquiéter et entretenir l’ambiguïté qui émane de la sympathie qu’il témoigne au jeune garçon. Ce dernier est interprété par Vincent Rottiers, un solide espoir du cinéma français, qui signe là une prestation correcte, sans être exceptionnelle.

Avant l’Aube est donc un film inégal. Si le corps du film aurait pu lui permettre d’être un excellent film noir, les à côté souffrent d’un manque d’intérêt trop flagrant pour que le tout soit réellement enthousiasmant.

Fiche technique :
Réalisation : Raphaël Jacoulot
Scénario : Lise Macheboeuf et Raphaël Jacoulot
Production : Dominique Besnehard, Michel Feller
Coproducteur : Nicolas Steil
Image : Benoit Chamaillard (AFC)
Décors : Denis Renault (ADC)
Costumes : Judy Shrewsbury
Maquillage : Fabienne Adam
Coiffure : Céline Van Heddegem
Montage : Mirjam Strugalla
Son : Carlo Thoss, Pia Dumont, Michel Schillings
Musique originale : André Dziezuk
Casting : Christel Baras (ARDA)
1ère assistante réalisateur : Delphine Daull

Casting :
Jean-Pierre Bacri :Jacques Couvreur
Vincent Rottiers :Frédéric Boissier
Ludmila Mikaël : Michèle Couvreur
Sylvie Testud: Sylvie Poncet
Céline Sallette: Julie
Xavier Robic : Paul Couvreur
India Hair : Maud
Pierre-Felix Gravière : Olivier
Marc Brunet: Barthod

GREMLINS : Réveillez l’enfant et le sadique qui est en vous !

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gremlinsafficheAh, revoir les films cultes de son enfance-adolescence, après une abstinence d’une quinzaine d’années d’abstinence est toujours un plaisir. Madeleine de Proust quand tu nous tiens ! Après avoir fait l’acquisition du DVD de Ghostbusters il y a un an et demi, je viens tout juste d’acheter celui de Gremlins. On a toujours une petite appréhension, comme le jour où l’on revoit son amoureuse de primaires après l’avoir retrouvé sur Facebook. Mais comme les belles histoires ne peuvent jamais se terminer mal, généralement tout se passe bien.

Randall Peltzer est un inventeur dont les inventions ne fonctionnement que rarement, ce qui nuit évidemment à son compte en banque. Mais il a quand même décidé d’acheter un beau cadeau de Noël pour son fils. Il erre dans Chinatown et tombe sur une vielle boutique, où il trouve un trésor rare : un mogwai, une adorable petite créature au poil doux. Cependant, le propriétaire de la boutique refuse de le lui vendre. Une fois ressorti, Randall est rattrapé par le petit-fils du vendeur qui lui confie finalement le petit animal. Il lui rappelle surtout les trois règles absolues auxquelles il ne faut jamais déroger avec un mogwai : ne jamais l’exposer à la lumière, ne jamais le mettre en contact de l’eau et surtout ne jamais lui donner à manger après minuit.

Alors commençons par ce qui aurait pu fâcher. Naturellement, les effets-spéciaux de 1984 n’étaient pas tout à fait ce qu’ils sont aujourd’hui. Et je n’ai pas réchappé à la réflexion intérieure en revoyant Gremlins, la même que pour Ghostbusters : « Ah, je ne me rappelais pas que c’était si mal fait… ». Mais voilà, ce ne fut vraiment que l’espace d’un quart de huitième de seconde, avant de goûter à la joie de revoir cette bonne bouille de Gizmo. Evidemment, c’est une marionnette, ça se voit comme le nez au milieu de la figure, mais cela lui donne un charme incomparable. Un peu comme le Yoda de la première trilogie Star Wars, qui aura toujours quelque chose que le Yoda bondissant en image de synthèse n’aura jamais. Enfin l’inverse est vrai aussi, mais là n’est pas le débat…

Gremlins a donc le charme de son âge. Et il est incontestable. Peut-être que c’est une question de génération et que mes enfants trouveront bizarre mon attachement à ce vieux film mal fait. Mais à l’époque c’était le top du top (ou presque) et je suis malheureusement assez âgé pour m’en rappeler. Alors oui, cette madeleine vaut largement autant par les souvenirs qu’elle réveille que par ses qualités cinématographiques intrinsèques, mais il n’est pas question d’oublier ces dernières.

gremlinsCar Gremlins c’est aussi, et avant tout, quelques moments d’anthologie. Comment oublier cette scène où une brave ménagère américaine défend avec un courage et une violence rares sa cuisine, envahie par ses hargneuses créatures ? Quelle belle allégorie de la défense des valeurs du rêve américain ? Bien sûr, tout cela est à prendre au second degré car Joe Dante prend un malin plaisir dans ce film à détourner les éléments constitutifs de l’American Way of Life. Ces derniers deviennent les instruments avec lesquels les gremlins s’amusent à torturer ces braves Américains moyens.

Enfin, quand je dis torturer, je tiens quand même à rappeler que Gremlins n’a rien d’un film d’horreur gore. S’il n’est pas à montrer au plus jeunes, il constitue tout de même un divertissement somme toute relativement familial. Les moins âgés prendront tout au premier degré, les adultes apprécieront cette version quelque peu dévoyée de l’esprit de Noël à l’américaine. Les plus petits aimeront les chants de Gizmo, les plus grands les rires sadiques des gremlins.

Si Gremlins a connu un tel succès et est devenu un tel film culte, c’est vraiment grâce à cette ironie jubilatoire. On ne peut s’empêcher d’être quand même au moins autant du côté des gremlins que de ces braves humains à qui il font subir les pires misères. Ah ce qu’on aimerait en avoir un ou deux sous la main, pour les envoyer discrètement chez son patron, son banquier ou sa belle-mère (au choix !). Et puis, si on gardé une pure âme d’enfant, on aimerait toujours pour garder un gentil mogwaï pour soi…

Gremlins est donc une délicieuse madeleine, qui flatte nos souvenirs d’enfance… et nos penchants les plus sadiques !

Fiche technique :
Réalisation : Joe Dante
Scénario : Chris Columbus
Production : Michael Finnell
Production exécutive : Steven Spielberg, Kathleen Kennedy et Frank Marshall
Musique : Jerry Goldsmith
Photographie : John Hora
Montage : Tina Hirsch
Décors : James H. Spencer
Format : Couleurs – 1.85:1 – Dolby – 35 mm
Durée : 104 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 8 juin 1984
France : 5 décembre 1984

Casting :
Zach Galligan : Billy Peltzer
Phoebe Cates : Kate Beringer
Hoyt Axton : Randall Peltzer
Frances Lee McCain : Lynn Peltzer
Polly Holliday : Ruby Deagle
Glynn Turman : Roy Hanson
Dick Miller : Murray Futterman
Scott Brady : Le shérif
Frank

TRUE GRIT : La vengeance est un plat qui se mange à l’Ouest

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truegritafficheLes frères Coen font partie des réalisateurs que, n’ayons pas peur des mots, j’idolâtre. Je n’ai pas jamais fait le compte, mais ils font partie des cinéastes les plus représentés dans ma liste de films culte que vous pouvez retrouver sur ce site… avec Tim Burton, Stanley Kubrick, Steven Spielberg ou encore Quentin Tarantino. Une de leur grande force réside dans leur capacité à sauter d’un genre cinématographique à l’autre, avec le même bonheur, la même imagination, la même créativité. Il en manquait encore un à leur tableau de chasse, le western. C’est désormais chose faite avec True Grit.

Mattie Ross n’a que quatorze ans, mais sait déjà ce qu’elle veut. Elle est capable de négocier et tenir tête à n’importe quel adulte dans cet Ouest pourtant sauvage. Et ce qu’elle veut vraiment, c’est venger la mort de son père en capturant son meurtrier. Pour cela, elle va embaucher le marshall Rooster Cogburn. L’homme, plus très jeune et plutôt porté sur la boisson, accepte la mission. Lorsqu’elle lui annonce qu’elle va l’accompagner, il refuse. Mais on ne peut rien refuser longtemps à Mattie Ross.

True Grit est sans doute objectivement le meilleur western depuis Impitoyable. Tout y est parfait, à la hauteur du talent des frères Coen. Photographie sublime, personnages originaux et séduisants, sans être une seule seconde lisses, pointe d’ironie très appréciable et un vrai souffle d’aventures. Bref, un film qui refait vivre la légende de l’Ouest, comme à ses plus beaux jours.

Ce film est tellement parfait dans sa forme qu’il est même difficile d’en parler longuement. Mais justement, le seul défaut de True Grit est sans doute sa perfection. On peut trouver que je coupe les cheveux en quatre, mais ce film ne m’a pas enthousiasmé. Rien à voir avec l’état dans lequel je me trouvais à la sortie de The Big Lebowski, Fargo, Intolérable Cruauté ou No Country for Old Men. J’aurais bien du mal à dire clairement pourquoi. Simplement, j’ai parfois eu la sensation d’être devant un impressionnant exercice de style, mais qui ne m’a jamais vraiment surpris ou ému. L’admiration, même la plus profonde, ne suffit pas toujours.

Par contre, avec le recul, je tiens à exprimer mon désaccord avec beaucoup des commentaires que j’ai pu lire avant d’aller voir True Grit, comme quoi les frères Coen réinventait le western. Il ne réinvente rien du tout. Si un film peut se targuer d’une telle performance, c’est Impitoyable. Depuis, le cinéma hollywoodien a repris goût, certes modestement, à ce genre trop longtemps oublié. Open Range, Appaloosa, 3h10 pour Yuma, autant d’excellents films qui n’aurait sûrement pas vu le jour sans le chef d’œuvre de Clint Eastwood. True Grit vient se rajouter à cette liste, sans marquer spécialement un tournant particulier.

Ceci n’est évidemment pas un reproche envers le film en lui-même, qui reste magnifiquement réalisé. True Grit constitue un futur classique à n’en pas douter, même s’il est toujours difficile de savoir ce que le postérité retiendra. Et classique est bien un des mots qui caractérise le plus ce film. La patte des frères Coen est nettement moins présente que dans la plupart de leurs réalisations, si ce n’est cette formidable faculté à diriger les acteurs.

truegritLes retrouvailles entre les frères Coen et Jeff Bridges sont un vrai régal. Ce dernier est juste parfait en vieux baroudeur de l’Ouest. D’ailleurs, il devient l’acteur à embaucher pour jouer les vieux baroudeur, tant il est comme le bon vin et se bonifie avec l’âge. Avec son physique qui sent l’Amérique profond par tous les pores, il incarne son personnage d’une manière remarquable. A ses côtés, Matt Damon est un peu plus pâle. Certes, ce n’a jamais été de toute façon l’acteur le plus expressif d’Hollywood, mais on l’a connu un peu plus charismatique. Mais bon, tout cela reste relatif. Enfin on saluera la performance de la jeune Hailee Steinfeld qui tient tête avec un aplomb incroyable à ses deux aînés. Son personnage a un cran phénoménale (c’est le sens du mot anglais, grit), son interprète en a aussi visiblement à revendre.

J’avais vraiment espérer que True Grit soit le premier film cinq étoiles de l’année, que grâce à lui, enfin en 2011, je sorte du ciné avec l’envie de sauter partout (rassurez-vous, je ne le fais jamais vraiment pour de vrai, même quand j’en ai très envie). Ce ne sera encore pas pour cette fois. Cependant, ce film est certainement le meilleur qui soit sorti cette année (même si l’Académie des Oscars lui a préféré le Discours d’un Roi).

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures, Skydance Prods,Scott Rudin Productions, Mike Zoss Productions
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Ethan & Joel Coen
Scénario : Ethan & Joel Coen, d’après l’oeuvre de Charles Portis
Montage : Ethan Coen
Photo : Roger Deakins
Décors : Jess Gonchor, Nancy Haigh
Musique : Carter Burwell
Directeur artistique : Stefan Dechant, Christina Ann Wilson
Durée : 125 mn

Casting :
Jeff Bridges : Rooster Cogburn
Matt Damon : Laboeuf
Josh Brolin : Tom Chaney
Barry Pepper : Ned Pepper
Hailee Steinfeld : Mattie Ross
Dakin Matthews : Colonel Stonehill

LARGO WINCH II : Aussi crédible, mais surtout aussi bon qu’une James Bond

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largowinchIIafficheLe premier volet des aventures de Largo Winch m’avait beaucoup séduit. Non pas que c’était le chef d’œuvre du siècle, mais c’était un film d’aventures et d’action extrêmement divertissant, spectaculaire et bien foutu, à un niveau rarement atteint pour une production hexagonale. De plus, les auteurs avaient eu le bon goût de préserver l’esprit original de la bande-dessinée culte dont il est l’adaptation. Il était évident qu’il engendrerait au moins une suite. Exercice toujours délicat, surtout quand le premier volet est un vrai succès.

Largo Winch est désormais bien installé à la tête de l’empire industriel crée par son père, le groupe W. Mais comme il est un peu rebelle, il se décide à tout vendre pour réutiliser les fonds ainsi obtenus pour des œuvres humanitaires. Il sollicite les conseils d’Alexandre Jung, le plus vieil ami de son père, qui le met en garde contre les dangers d’une telle opération, qui ne manquera pas de bouleverser le monde de la finance et lui créer beaucoup d’ennemis. D’ailleurs, quelques minutes après avoir signé son mandat de vente, il voit débarquer sur son yatch une procureur de la Cour Pénale Internationale, Diane Francken.

Largo Winch II, tout comme le premier volet, est bon comme un James Bond. Intrigues, cascades et personnages sont totalement improbables, mais on s’en tamponne le coquillard. On est là pour le spectacle et le divertissement et tous ces éléments se mettent à leur service pour un résultat aussi réussi qu’efficace. De plus, on retrouve les mêmes touches de voyage et d’exotisme qu’une aventure de l’agent 007. Bref, on y trouve exactement ce qu’on est venu y chercher. Et si certains ont été déçus en espérant plus, c’est qu’ils n’ont pas du beaucoup réfléchir avant d’acheter leur billet.

Techniquement, il n’y a vraiment rien à dire. Il n’y a pas cette impression d’un léger manque de moyens, habituel chez les films d’espionnage français tournés vers l’action, comme Secret Défense par exemple. Et si Gérard Lanvin était plus crédible que Tomer Sisley, on préfèrera tout de même ce personnage de milliardaire philanthrope, n’hésitant jamais à mettre les mains dans le cambouis et asséner quelques baignes au passage. Mais toujours pour la bonne cause of course !

Tomer Sisley confirme ici un vrai talent de comédien. Alors bien sûr, ce n’est pas le rôle de composition du siècle, mais il fait preuve ici d’un charme et d’un charisme incontestables. Et pour un ancien comique, il ne donne jamais l’impression d’en faire trop. Heureusement qu’ils n’ont pas choisi Franck Dubosc à sa place… En face de lui, Sharon Stone ne semble toujours avoir pris une seule ride. Enfin si, peut-être une ou deux, mais ça n’enlève pas grand chose à son sex-appeal. Alors bien sûr, son rôle n’est pas crédible une seule seconde, mais encore une fois, on s’en fout complètement et on se contentera de profiter de son charme et son talent. Saluons également le dernier rôle de Laurent Terzieff, immense acteur, décédé en juillet dernier.

largowinchIILargo Winch II brille aussi dans un domaine où le cinéma français pêche parfois, surtout quand on quitte le domaine de la comédie pure. En effet, les seconds rôle sont ici tous excellents et apportent une vraie plus-value. On saluera notamment Nicolas Vaudé, en domestique maladroit, obligé de jouer les agents secrets. Cela a des parfum d’Indiana Jones, mais des références de cette qualité, on n’a jamais rien contre.

Largo Winch II propose donc un très bon équilibre entre humour et action. Là encore, le parallèle avec James Bond est évident. Même en pleine poursuite, notre milliardaire n’est jamais avare d’un bon mot ou d’une réplique qui fait mouche. C’est aussi la preuve que ce film ne se prend pas vraiment au sérieux sur le fond. Mais cela n’a pas empêché Jerôme Salle de soigner, avec le plus grand sérieux, la forme.

Largo Winch II n’est pas la copie d’un film américain. C’est juste un bon film d’aventures divertissant. Après, ce n’est pas de leurs faute, s’ils sont les meilleurs pour ça à Hollywood. Mais ce film prouve que l’on peut faire aussi bien qu’eux dans ce domaine. Alors pourquoi se priver ?

Fiche technique :
Production : Pan Européenne, Wild Bunch, TF1 films production, Casa productions, LW production, Climax Films
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Jérôme Salle
Scénario : Jérôme Salle, Julien Rappeneau
Montage : Stan Collet
Photo : Denis Rouden
Décors : Laurent Ott
Son : Marc Engels, Jean-Paul Hurier
Musique : Alexandre Desplat
Costumes : Gabrielle Binder
Durée : 119 mn

Casting :
Tomer Sisley : Largo Winch
Sharon Stone : Diane Francken
Ulrich Tukur : Dwight Cochrane
Mame Nakprasitte : Malunaï
Olivier Barthélémy : Simon Ovronnaz
Laurent Terzieff : Alexandre Jung
Nicolas Vaudé : Gauthier
Nirut Sirichanya : Général Kyaw Min
Clemens Schick : Dragan Lazarevic

JEWISH CONNECTION : De l’ecstasy sous la kippa

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jewishconnectionafficheIl y a eu la French, voici la Jewish Connection. Vous allez me dire, c’est un peu facile comme entrée en matière. Cependant, je ne fais pas mieux que les distributeurs de ce film en France. En effet, son titre original est Holly Rollers. Magie de la traduction… On peut facilement imaginer que leur but était de faire le lien avec le film de William Friedkin. Il est vrai qu’il y a quelques similitudes…

Sam Gold est un jeune juif orthodoxe que sa modeste famille destine à devenir rabbin et cherche à marier. Il se plie à leur volonté sans enthousiasme. Alors quand son voisin Yosef cherche à l’embaucher dans ce qui lui décrit comme de la simple contrebande de médicaments, il se laisse vite convaincre. Il s’agit en fait d’un large trafic d’ecstasy, qui voyage d’Amsterdam à New York. Très vite Sam va commencer à apprécier cette existence tellement différente et tellement plus pleine de liberté.

Jewish Connection a été écrit à partir de faits réels. Il nous décrit donc avec réalisme le milieu assez fermé de la communauté juive orthodoxe de New York. C’est d’ailleurs ici le principal sujet du film, le milieu des trafiquants étant décrits plus succinctement et sans aller au-delà des clichés habituels. Tout repose sur l’écartèlement de Sam entre une vie oppressante et une existence plus exaltante mais qui le coupe de sa famille et des valeurs dans lequel il a toujours grandi. A côté de ça, pas de fusillades ou de poursuites spectaculaires.

On est donc dans le domaine du polar, mais Jewish Connection est au moins tout autant un portrait. Mais aucun des deux aspects n’est creusé autant qu’il l’aurait mérité. Il aurait peut-être fallu déséquilibrer l’intrigue au profit de l’un d’entre eux pour en renforcer l’intérêt. Le milieu de la drogue tel qu’il est décrit ressemble à ce que l’on voit dans nombre de films du genre. Les truands sortent en boîte, les truands d’une communauté négocient avec ceux de l’autre communauté, les truands inventent des stratagèmes pour faire passer la drogue en douce. Bref que du classique.

C’est donc réellement dans le portrait de la communauté juive qu’il faut chercher un éclair d’originalité. Cela donne un côté un peu « dépaysant » à Jewish Connection. Le film aurait pu être bien meilleur si cet aspect avait été encore plus privilégié. Il aurait alors fallu veiller à ne pas tomber non plus dans le film sociologique descriptif à l’intrigue minimaliste. Mais encore une fois, le film aurait gagné à un équilibre un peu différent.

jewishconnectionJewish Connection, c’est aussi l’occasion de retrouver Jesse Eisenberg, l’acteur principal de The Social Network. Il tient là un rôle fort différent, même si on y retrouve son côté introverti et pas très causant… sauf quand il parle de ce qui le passionne. Ce coup-ci, ce n’est pas l’informatique, mais les chiffres et les négociations commerciales. Le film repose en grande partie sur ses épaules et s’il ne s’en sort pas trop mal, on est loin de la performance oscarisable.

Jewish Connection est au final un bon film, mais qui aurait sûrement pu être très bon. Sans doute, Kevin Asch aurait du pour cela romancer beaucoup plus cette histoire vraie. Mais pour un premier film, il signe là une œuvre propre et non dénuée d’une certaine élégance dans la réalisation. Un film intéressant, à défaut d’être passionnant. Un film qui parle avant tout de ses personnages et de leur milieu, avant de chercher le spectaculaire et l’action. Une intention louable, mais qui souffre d’une certaine retenue.

Jewish Connection n’est donc pas un film indispensable. Mais un bon film tout de même qui nous fait découvrir un milieu objet de bien des fantasmes.

Fiche technique :
Réalisateur : Kevin Asch
Scénariste : Antonio Macia
Chef décorateur Tommaso Ortino
Costumier : Jacki Roach
Coiffeuse : Laynea Roberts
Maquilleuse : Brenda Bush
Musiques additionnelles (compositeur) : André Anjos
Directeur de la photographie : Ben Kutchins

Casting :
Jesse Eisenberg : Sam Gold
Justin Bartha : Yosef Zimmerman
Ari Graynor : Rachel Apfel
Danny A. Abeckaser : Jackie Solomon
Q-Tip : Ephraim
Mark Ivanir : Mendel Gold
Elizabeth Marvel : Elka Gold
Jason Fuchs : Leon Zimmerman
Hallie Kate Eisenberg : Ruth Gold
Bern Cohen : Rebbe Horowitz

PREPAREZ VOS MOUCHOIRS : Transgression oscarisée

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preparezvosmouchoirsafficheSi vous voulez briller en société, vous pouvez jouer à un petit jeu. Demander à vos interlocuteurs de retrouver les 12 (+2) films français qui ont été récompensés aux Oscars depuis 1948. Ce petit jeu peut vous occuper assez longtemps car rien ne garantit que quelqu’un dans l’assemblée cite spontanément Les Dimanches de Ville d’Avray, de Serge Bourguignon, ou La Vie Devant Soi, de Moshé Mizrahi. Un Homme et une Femme, de Claude Lelouch, ou La Nuit Américaine, de François Truffaut, auront peut-être un peu plus de chance d’être mentionné. Et pour épater vos amis, n’oubliez pas de répondre Préparez vos Mouchoirs, de Bertrand Blier, récompensé en 1979.

Raoul est marié à Solange. Il en est encore terriblement amoureux et se désespère de la voir sombrer dans un état léthargique et dépressif. Pour l’en sortir, il « l’offre » à un inconnu, Stéphane, assis derrière eux au restaurant. Mais rien n’y fait. Les deux hommes, devenus amis, mettent alors tout en œuvre pour redonner le sourire à Solange.

Que Préparez vos Mouchoirs ait été récompensé aux Oscars est doublement étonnant. Déjà parce que ce n’est pas le film de Betrand Blier ayant eu le plus de succès, ni celui qui a le plus marqué les esprits dans notre pays. Les Valseuses, Buffet Froid ou Tenue de Soirée restent ses œuvres ses plus significatives. Enfin, il est vrai que nombre de prix ont été donnés à de nombreux films totalement oubliés aujourd’hui (souvent à tort, parfois à raison).

Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que l’académie des Oscars ait récompensé un film aussi transgressif, à des années lumières d’un puritanisme qui colle pourtant à la peau d’Hollywood. Une telle chose serait totalement inimaginable aujourd’hui et c’est bien dommage. Mais voilà, nous étions encore dans les années 70 et la chape du politiquement correct n’était pas encore tombé sur le monde. Dans un autre style, un producteur accepterait-il encore aujourd’hui de donner vie aux Aventures de Rabbi Jacob ?

Mais revenons plus précisément à Préparez vos Mouchoirs. On y retrouve tout ce qui a fait le succès de Bertrand Blier. Un sens inné de la provocation, de la critique acerbe du conformisme et des bonnes mœurs. On y retrouve encore une fois des personnages bien comme il faut, finissant par se lâcher et trouver ainsi un bonheur et une joie de vivre qui les avaient depuis longtemps abandonnés. Le tout s’accompagne d’un humour parfois noir, souvent décalé et presque toujours subversif. On y retrouve aussi le témoignage de la libération sexuelle survenue dans la décennie précédente et qui s’exprime ici avec force.

preparezvosmouchoirsMais si Préparez vos Mouchoirs est moins culte que les Valseuses ou que Buffet Froid, c’est tout simplement parce qu’il est un peu moins drôle. Il recèle bien quelques morceaux de bravoure, quelques apparitions succulentes, Sylvie Joly et Michel Serrault en tête. Mais aussi quelques passages un peu longuets, où le propos et l’humour tournent en rond. On est bien là devant un classique du cinéma français, mais pas un de ses plus grands chef d’œuvres.

Préparez vos Mouchoirs constitue aussi l’occasion de retrouver un des plus extraordinaires duos du cinéma français, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. C’est aussi une nouvelle occasion de regretter que ce dernier soit parti trop tôt, bien trop tôt. Leur complicité à l’écran est nouvelle fois évidente et constitue l’axe principal sur lequel repose le film. Car en face d’eux, Carole Laure est un peu palote. On est loin du trio Miou-Miou, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert qui les accompagnait dans les Valseuses. Ceci explique en grande partie la légère différence de qualité entre les deux films.

Préparez vos Mouchoirs reste un grand moment de cinéma transgressif, à une époque où ce dernier avait encore droit de cité, même sur Hollywood Boulevard.

P.S : Pour ceux qui se demandent pourquoi j’ai mis (+2) lors de mon introduction à propos des films français primés aux Oscars, c’est que je compte aussi Z de Costa-Gavras qui a concouru sous le drapeau algérien et La Victoire en Chantant de Jean-Jacques Annaud sous les couleurs ivoiriennes.

Fiche technique :
Réalisateur : Bertrand Blier
Scénario, Adaptation et Dialogue : Bertrand Blier
Photographie : Jean Penzer
Musique : Georges Delerue, ainsi que des oeuvres de Mozart et Schubert
Décors : Eric Moulard
Montage : Claudine Merlin
Son : J.P Ruh
Production : Ariane-Films et CAPAC (France) – Belga Films et SODEC (Belgique)
Pellicule 35mm, couleur par Eastmancolor
Date de sortie : France : 11 janvier 1978
Durée : 1h48

Casting :
Gérard Depardieu : Raoul
Carole Laure : Solange
Patrick Dewaere : Stéphane
Michel Serrault : Le voisin
Eléonore Hirt : Mme Belœil
Jean Rougerie : M. Belœil
Sylvie Joly : La passante
Riton Liebman : Christian Belœil (sous le nom de Riton)
Liliane Rovère : Marthe la serveuse de bar (« Bernadette »)
Michel Beaune : Le médecin dans la rue

TRON L’HERITAGE : C’est beau, mais c’est bien tout, mais c’est déjà pas mal

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tronlheritageafficheQuelques fois, je me demande s’il n’y a pas des personnes à Hollywood employées spécialement à chercher de quel film n’a-t-on pas encore fait de suite. Le jour où j’ai appris qu’ils s’apprêtaient à s’attaquer à Tron, j’ai trouvé que c’était une idée fort saugrenue. Un remake, encore, j’aurais été moins surpris. Mais 30 ans après, alors que ce film figure dans la liste des tournants certes historiques, mais dont la qualité artistique est contestable (L’Arrivée du Train en Gare de la La Ciotat, Le Chanteur de Jazz, la Tunique…), en voilà une drôle d’idée. Mais pourquoi pas…

Sam Flynn est un jeune homme un peu rebelle, mais surtout le fils de Kevin Flynn. Ce dernier a disparu mystérieusement il y a de nombreuses années, alors qu’il était, semble-t-il, sur le point de réaliser une avancée historique dans le domaine de la réalité virtuelle. Son fils et quelques fidèles ne veulent croire en sa mort, alors que la société Encom est devenue une entreprise commerciale de la pire espèce. Mais quand Alan Bradley, son ancien collègue et créateur du programme Tron, reçoit un message sur son antique bipeur, semblant provenir de l’ancien bureau de Kevin, ils reprennent espoir.

Tron l’Heritage porte très bien son nom. En effet, au lieu de réinventer l’univers du premier volet, il lui rend un hommage constant, multipliant les références plus ou moins cachées. A tel point qu’on se demande vraiment si ça n’aurait pas été plus intelligent de carrément faire un remake, si c’était pour nous proposer ainsi les mêmes moments cultes. Les combats de disque lumineux et la course à moto sont à nouveau présents, sans vraiment être révolutionnés. C’est simplement plus beau, plus spectaculaire, plus grandiose, plus tout en fait, à part plus imaginatif.

En fait, Tron l’Héritage déçoit pas un scénario manquant totalement de profondeur et d’originalité. Certes, on ne s’attendait pas à une intrigue à la Christopher Nolan, mais tout de même. On a là le minimum syndical, pour ne pas dire le niveau zéro de l’ambition. C’est prévisible, sans grande intelligence, ni grand intérêt en fait. Les personnages ne brillent pas spécialement par leur charisme et Kevin Flynn, passé d’ado geek à vieux sage zen, a perdu entre temps un peu de son capital sympathie.

Tron l’Héritage fait donc exactement comme son géniteur. Il mise tout sur l’aspect visuel. Alors oui, c’est beau, vraiment beau, assez beau pour en faire un film digne d’intérêt. Mais on est très loin de la révolution de 1982 ou celle d’Avatar. L’univers crée est intéressant, ampli d’une certaine grandeur. Le travail esthétique est réellement remarquable, souligné par une bande-son signée Daft Punk vraiment réussie et qui pourra plaire même à ceux, comme moi, que la musique électronique ne fait absolument pas grimper au plafond. Bref, ce film se laisse regarder au sens premier du terme.

tronlheritageTron l’Héritage ne rentrera sûrement pas dans l’histoire du cinéma comme le premier volet. On assiste là à un divertissement de science-fiction techniquement très réussi, mais qui tire toute sa personnalité, toute son originalité d’éléments imaginés il y a près de 30 ans. Joseph Kosinski est passé à côté de quelques choses de grand. Mais confier un tel projet à un réalisateur sans expérience (et donc plus malléable ?) montre bien que l’ambition n’était pas ce qui animait en premier lieu les producteurs. On pouvait pourtant imaginer que quelques grands noms auraient été ravis de prendre le projet en main.

Tron l’Héritage ne lèguera que très peu de choses à la légende du 7ème art. Tel le fils prodigue, il se contente de vivre sur ce qui lui a légué son père, sans chercher à créer quelque chose par lui-même. Alors on retiendra tout de même un travail esthétique époustouflant qui fait oublier à lui seul bien des faiblesses. Un film spectaculaire, mais aussi spectaculairement ordinaire, quand il aurait du être extraordinairement novateur.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Eddy Kitsis, Adal Horowitz
Montage : James Haygood
Photo : Claudio Miranda
Format : 35mm, Imax
Décors : Lin Macdonald
Son : Gwendolyn Yates Whittle, Addison Teague
Musique : Daft Punk
Directeur artistique : Sean Haworth
Durée : 126 mn

Casting :
Jeff Bridges : Kevin Flynn, Chu
Garrett Hedlund : Sam Flynn
Olivia Wilde : Quorra
Bruce Boxleitner : Alan Bradley, Tron
James Frain : Jarvis
Beau Garrett : Gem
Michael Sheen : Castor, Zuse
Daft Punk : Les DJ masqués

QUI A ENVIE D’ETRE AIME ? : Sujet à peine effleuré

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quiveutetreaimeafficheIl paraît que depuis le succès, plus que mérité, de Des Hommes et des Dieux, le nombre de vocations auraient augmenté. Peut-être que les églises se rempliront également après que les foules se soient pressées pour voir Qui a Envie d’Etre Aimé ?. Sauf que le film est sorti dans un relatif anonymat et ne représente pas une très grande réussite.

Antoine, suite à une rencontre avec le professeur principal de son fils, est invité à assister à une catéchèse. Il s’y rend par politesse, comme il dit, n’était ni croyant et encore moins pratiquant. Mais un grand intérêt commence à naître après cette première séance. Il décide à continuer à s’y rendre, mais face aux moqueries de son entourage, et notamment de sa femme, il s’y rend en cachette. Ce parcours lui permettra-t-il de résoudre ses problèmes de communication qu’il connaît avec sa femme, son fils, son frère, son père ?

Le plus gros défaut de Qui a Envie d’Etre Aimé ? est qu’il met en parallèle deux éléments sans vraiment nous expliquer quels sont les liens entre les deux. Du coup, on ne croit ni à l’un, ni à l’autre. Sa curiosité croissante pour la religion catholique, pourquoi pas. Cependant, on n’arrive pas à sentir vraiment pourquoi Antoine trouve dans la catéchèse un réconfort, quand d’autres participants annoncent à la fin qu’ils n’y ont rien trouvé. Ce film n’a rien de mystique, mais du coup, il ne fait qu’effleurer ce qui peut pousser un homme à se mettre à pratiquer à près de 40 ans. On reste à la surface des choses et c’est regrettable. Peut-être que Anne Giafferi n’a pas voulu effrayer les plus rétifs à la religion et sa pratique, mais son film n’y gagne rien, et surtout pas en crédibilité.

Pareillement, si les soucis de communication avec les autres membres de sa famille sont décrits avec minutie, on ne sais pas comment il arrive à les résoudre et même s’il les résout vraiment d’ailleurs. Certes, Qui a Envie d’Etre Aimé ? se termine par des grandes embrassades avec son fils et sa femme, sans vraiment comprendre ce qui a changé depuis hier. On est censé faire un lien avec le processus de la catéchèse, mais on ne voit pas bien le rapport puisque l’on ne comprend pas bien quel impact ça a réellement sur lui.

Qui a Envie d’Etre Aimé ? est un film qui n’a pas osé être plus ambitieux et qui du coup passe à côté de son sujet. Les risques étaient effectivement grands de sombrer dans ridicule. Mais à ne pas vouloir en faire trop, on n’en fait pas assez et le propos perd une bonne part de son intérêt. Parler d’un malaise du quotidien avec des personnages que l’on pourraient connaître, qui pourraient être nous, demande d’aller beaucoup plus loin que le fait Anne Giafferi ici.

quiveutetreaimeQui a Envie d’Etre Aimé ? n’est ni vraiment drôle, ni caustique, ni profond, ni réellement émouvant. Il cherche à ménager la chèvre et le chou et ne trouve jamais un ton qui aurait peut-être été moins juste, mais aurait présenter beaucoup plus d’intérêt. Il y a zéro prise de risque dans ce scénario qui parle pourtant d’un sujet pas franchement sexy. On n’en ressort absolument pas bousculé dans nos convictions qu’elles soient religieuses ou même tout simplement sur notre capacité à réellement communiquer avec les autres.

L’échec de Qui a Envie d’Etre Aimé ? n’est pourtant en rien la faute de la distribution. Eric Caravaca confirme ici son statut de valeur montante du cinéma hexagonale. On appréciera d’autre part les rôles quelques peu à contre-emploi de Philippe Dusquene, ancien Deschiens, et Jean-Luc Bideau, que l’on est heureux de voir dans des rôles plus sérieux et graves qu’à leur habitude. Enfin, on saluera l’apparition de Benjamin Biolay, en frangin vraiment, mais alors vraiment détestable.

Qui a Envie d’Etre Aimé ? est donc un film qui ne fait qu’effleurer un sujet qui aurait du l’emmener beaucoup plus profondément.

Fiche technique :
Réalisateur : Anne Giafferi
Scénario : Anne Giafferi, d’après le roman Catholique anonyme de Thierry Bizot
Photographie : Jean-François Hensgens
Musique : Jean-Michel Bernard
Son : Benjamin Jaussaud, Olivier Laurent et Christophe Vingtrinier
Décors : Sylvie Olivé
Costumes : Elisabeth Rousseau
Montage : Christophe Pinel
Création de l’affiche originale (France) : Jean-Jacques Sempé
Production : Thierry Bizot, Emmanuel Chain et Guillaume Renouil

Casting :
Eric Caravaca : Antoine
Arly Jover : Claire
Valérie Bonneton : Hortense
Jean-Luc Bideau : le père d’Antoine
Benjamin Biolay : Alain (le frère d’Antoine)
Philippe Duquesne : le prêtre
Quentin Grosset : Arthur
Arauna Bernheim-Dennery : Emilie
Agnès Sourdillon : Solange
Guillaume de Tonquédec : le bon élève
Joséphine Fresson : la femme catholique
Jean-Pol Brissart : le mari catholique
Amandine Dewasmes : la caissière

LES FEMMES DU 6EME ETAGE : Bonheur à tous les étages

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lesfemmesdu6emeetageafficheFaire un film avec un fort fond social peut donner des résultats parfois très émouvants, mais quelque peu déprimants. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas vraiment eu envie de danser dans la rue après avoir vu La Vie Rêvée des Anges ou Rosetta. Mais on peut faire également dans le social rigolo. Cela fonctionne aussi et le message passe souvent largement aussi bien, voire même mieux. C’est le cas de Les Femmes du 6ème Etage et c’est une complète réussite.

Au début des années 60, Jean-Louis Joubert, 45 ans, agent de change, vit dans l’immeuble parisien où il est né. Il ne sait presque rien des femmes espagnoles qui vivent au 6ème étage, dans les chambres de bonnes… et qui, à l’époque, étaient effectivement habitées par les bonnes travaillant chez les habitants de l’immeuble. Un jour, il embauche l’une d’entre elles, Maria, dont la jeunesse, la beauté et la gentillesse le touchent. Elle va lui faire découvrir un autre monde, une autre culture, plus gaie, plus exubérante, loin des conventions dans lesquelles il a toujours vécu.

Avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet, j’évoquerai rapidement la limite que connait toujours ce genre de films. Le message « pour être heureux, il vaut mieux être pauvre » est parfois particulièrement convaincant au cinéma. Dans la vraie vie, cette idée se vérifie déjà nettement moins souvent et on s’aperçoit très vite que les valeurs humaines des individus ne sont nullement corrélées à leur niveau de revenu, que ce soit dans un sens ou un autre.

Voilà, parenthèse refermée, car là, nous sommes au cinéma, le pays où les princes épousent les bergères. Il n’est pas question de faire mon rabat-joie plus longtemps, car Les Femmes du 6ème Etage est à consommer sans modération. Alors bien sûr, l’histoire racontée est éternelle et déjà vue mille fois sous une forme ou sous une autre. Mais Philippe le Guay le fait ici avec une infinie intelligence, ce qui fait de ce film un vrai moment de bonheur enthousiasmant.

Déjà parce qu’il n’y a aucune méchanceté gratuite. Il décrit les fractures sociales réelles entre les personnages, mais sans jamais juger qui que ce soit. Il n’y a ni méchants, ni gentils. Jutes des gens qui s’ignorent. Alors bien sûr, on a plus de tendresse pour ces bonnes espagnoles à la joie de vivre communicative que pour la mangeuse d’hommes, coqueluche des salons parisiens (interprétée par la sublime Audrey Fleurot… Au fait, quand est-ce qu’elle arrive la suite d’Engrenages ??!!!). Même la concierge raciste n’est pas inutilement clouée au pilori. Bref, un film humaniste sur la diversité des situations et des caractères et les barrières absurdes qui se dressent parfois entre les gens.

Ensuite, si le message peut sembler très beau et assez simple à comprendre, il aurait pu être à l’origine d’un film complètement cucul ou tombant dans l’émotion de bas étage. Il n’en est rien, car Les Femmes du 6ème Etage a le bon coup de chercher, et surtout de réussir, à avant tout être drôle. Encore une fois, les différences culturelles constituent un élément de base d’un nombre incalculable de comédie, mais toutes n’ont pas la chance d’être interprétée par Fabrice Luchini.

lesfemmesdu6emeetagePourtant, entre Fabrice Luchini et moi, ce n’est pas toujours une folle histoire d’amour. Je lui reconnais un talent rare, mais aussi une tendance au cabotinage et à jouer toujours exactement sur le même registre. Mais là, je dois bien l’admettre, il est tout simplement parfait. Il porte le film largement sur ses épaules, lui insufflant une très large part de son énergie comique, mais sans jamais en faire trop ou chercher à tirer inutilement la couverture à lui. Bon, il faut dire que son rôle ressemble par certains côtés (mais pas du tout par d’autres) à son personnage dans Potiche, autre exemple de film social rigolo très réussi.

Mais Le Femmes du 6ème étage, c’est avant tout et comme son nom l’indique, un film avec beaucoup de femmes dedans. Je passerai rapidement sur Sandrine Kiberlain, parfaite dans son rôle de bourgeoise qui plane à mille kilomètres au-dessus des réalités du monde. Mais je m’attarderai sur la très belle et très talentueuse Natalia Verbeke, que l’on avait déjà pu admirer dans quelque peu controversée Gal, aux côtés de José Garcia. Que son charme naturel soit capable de bouleverser à ce point la vie d’un homme se devait d’être crédible. Heureusement, elle en possède largement assez pour que cela soit le cas et nous aussi, on aimerait bien quitter nos beaux appartements pour une chambre de bonne, si c’est pour vivre à ses côtés.

Les Femmes du 6ème Etage est donc un film vraiment drôle, très touchant, résolument optimiste, parfaitement réussi et avec du fond, ce qui ne gâte rien.

Fiche technique :
Production : Les films de la Suane, France 2 cinéma, Canal +, Cinecinema
Distribution : SND
Réalisation : Philippe Le Guay
Scénario : Philippe Le Guay, Jérôme Tonnerre, Sylvie Koechlin
Montage : Monica Coleman
Photo : Jean-Claude Larrieu
Décors : Pierre-François Limbosch
Musique : Jorge Arriagada
Durée : 106 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Jean-Louis Joubert
Sandrine Kiberlain : Suzanne Joubert
Carmen Maura : Conception
Natalia Verbeke : Maria
Lola Duenas : Carmen
Nuria Solé : Teresa
Concha Galan : Pilar