LE DISCOURS D’UN ROI : La voix de Colin

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lediscoursdunroiafficheAux prochains Oscars, deux statuettes semblent déjà attribuées, selon beaucoup de commentateurs. Pour la meilleure actrice, Natalie Portman est de loin la mieux placée et, à mon humble avis, c’est entièrement mérité. Pour le meilleur acteur, le trophée a longtemps été promis à Jesse Eisenberg, le formidable Mark Zuckerberg de The Social Network. Puis les pronostics se sont subitement retournés au profit de Colin Firth, qui incarne le Duc d’York dans Le Discours d’un Roi. Un film dont le sujet pouvait sembler bien léger à la base, mais qui se révèle finalement comme le meilleur de ce début d’année.

Le Duc d’York, second fils de George V, Roi d’Angleterre, est atteint d’un terrible bégaiement qui l’empêche quasiment de prendre la parole en public. Son épouse le pousse à consulter tous les docteurs et orthophonistes possibles et imaginables, pour autant d’échecs. Jusqu’à ce qu’il se rende chez Lionel Logue, aux méthodes pas réellement orthodoxes.

Faire un film de près de deux heures sur des cours d’orthophonie, voilà un défit qui pouvait sembler difficile à relever. Evidemment, le Discours d’un Roi nous parle de beaucoup d’autres choses, mais la relation entre le prince et son docteur constitue plus qu’un fil rouge. C’est réellement là le cœur et même le corps de ce film remarquable. C’est surtout la révélation d’un réalisateur de très grand talent, qui n’avait à sa filmographie, jusque là, que quelques téléfilms ou séries de seconde zone.

Le Discours d’un Roi n’est pas pour autant un film parfait. Dès la première seconde, on est absolument passionné et avide de connaître la suite de cette histoire. Et puis, au bout d’un moment, on s’attend tout de même à un rebond de l’intrigue. Il tarde quelque peu à venir, avant un final absolument magnifique. Ce léger trou d’air ne gâche pas réellement le plaisir que l’on peut avoir face à ce film qui reste un très bon moment de cinéma.

Ce film m’a rappelé d’une certaine manière The Social Network. Non que les sujets soient proches, mais il y a là deux grands moments de l’art de la narration. L’intérêt que présente une histoire tient évidemment à son contenu, mais aussi par la manière de la raconter. Il y a dans Le Discours d’un Roi un travail de mise en scène, au sens le plus fort du terme, absolument remarquable. Sans cela, cette histoire aurait pu tout aussi bien plonger le spectateur dans le plus grand ennui et ne présenter strictement aucun intérêt.

lediscoursdunroiLe Discours d’un Roi aurait pu être une histoire classique de relation mentor-élève. Mais cette fois-ci, l’élève est un potentiel futur Roi d’Angleterre et le maître un obscur orthophoniste sans référence. Là repose évidemment tout l’intérêt de cette relation contre nature, où les rôles doivent s’inverser dans le secret du cabinet du médecin. Cela enrichit considérablement le propos et constitue un des facteurs clés qui le rendent passionnant.

Le Discours d’un Roi figurera dans les plus grands rôles de la carrière de Colin Firth. D’ailleurs, je ne comprends même pas qu’une version française peut exister pour ce film où la performance d’acteur repose en grande partie sur la diction. Je n’ai rien contre l’acteur qui le double, mais bon… Enfin, on a déjà beaucoup parlé de Monsieur Bridget Jones à l’occasion de la sortie de ce film, alors je voudrais insister sur les interprétations remarquables de Geoffrey Rush et Helen Bohnam-Carter. On n’assiste pas ici simplement à un numéro d’acteur exceptionnel, mais à un triple dose de bonheur.

Le Discours d’un Roi est à mon sens le film le plus marquant de ce début d’année cinématographique un peu tristounette. Un film étonnant qui marque, espérons-le, les débuts d’un futur très grand réalisateur.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company, UK Film Council, Momentum Pictures, Aegis Film Fund, Molinare London, FilmNation
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Tom Hooper
Scénario : David Seidler
Montage : Tariq Anwar
Photo : Danny Cohen
Décors : Eve Stewart
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 118 mn

Casting :
Colin Firth : Le Roi George VI, Duc de York
Helena Bonham-Carter : La Reine Elizabeth, Duchesse de York
Geoffrey Rush : Lionel Logue
Guy Pearce : Le Roi Edouard VIII
Michael Gambon : Le Roi George V
Derek Jacobi : L’archevêque Cosmo Langi
Timothy Spall : Winston Churchill
 

RIEN A DECLARER : Cette fois, le Titanic peut dormir tranquille

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rienadeclarerafficheRien à Déclarer est un film que je n’avais pas prévu de voir. Mais par la faute de tous ces vacanciers qui n’ont rien de mieux à faire que d’encombrer MON cinéma en soirée (alors qu’ils pourraient très bien y aller l’après-midi, non mais je vous jure !), je me suis retrouvé devant une séance complète, ce qui a perturbé tout mon beau programme. J’ai voulu d’abord me rabattre sur Qui A Envie d’Etre Aimer ?, mais la séance était trop tardive par rapport à la mienne. Je n’ai donc eu d’autres choix, si je ne voulais pas rebrousser chemin, que d’aller voir le nouvelle comédie de Dany Boon. Au final, je ne regrette pas mon choix, même si c’est typiquement le film pour lequel je suis content d’avoir un abonnement.

Sur la commune de Courquain (pour les Français), ou Koorkin (pour les Belges), on attend le 1er janvier 1993 avec angoisse. En effet, cette date marquera l’avènement de l’Europe et la disparition du poste frontière, qui a toujours fait vivre cette ville frontalière. Pour Ruben Vandevoorde, douanier Belge et anti-Français convaincu, c’est même le drame. Mais ce qui en constituerait un autre serait qu’il apprenne que son collègue de l’autre côté de la ligne, Mathias Ducatel, qu’il méprise, comme tous les « camemberts », sort avec sa sœur depuis plus d’un an et s’apprête à la demander en mariage.

Si Rien à Déclarer a connu le meilleur démarrage pour un film français de l’histoire, très vite, le flot s’est calmé sous l’effet d’un bouche à oreille plutôt négatif. Dany Boon ne signera donc pas un second Bienvenue chez le Ch’tis, dont le parcours avait été totalement inverse. Et ce pour une raison biens simple. Rien à Déclarer est moins drôle, beaucoup moins drôle. Cela reste une comédie respectable, mais certainement pas inoubliable.

Heureusement, Rien à Déclarer monte en puissance au fur et à mesure de son déroulement. Car au bout d’une demi-heure, on aura eu que quelques légers rires francs, quelques sourires, mais rien de bien consistant. On sera également resté froid devant des passages qui se voulaient visiblement drôles. Puis, au fur et à mesure que l’on apprend à connaître et aimer ces personnages quelques peu antipathiques à la base, on se détend et on rit plus franchement. La fin du film passe comme un lettre à Poste (de Berck).

Rien à Déclarer a le même thème central que Bienvenue chez le Ch’tis, ce qui rend réellement les comparaisons inévitables. Un film contre l’intolérance et les préjugés ordinaires. Mais ce coup-ci, le propos est plus sombre, plus pessimiste, presque désabusé parfois. Bon, je vous rassure, le film reste sur le ton de la comédie pure et dure, mais il n’y a pas de « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil ». Cela le rend sans doute plus intéressant, mais du coup, il hésite entre deux tons, sans en épouser un complètement. Cela donne un côté un peu bancal qui explique, de mon point-de-vue, une bonne partie de la déception qu’il a pu provoquer.

rienadeclarerRien à Déclarer, comme beaucoup de comédie, repose sur un duo d’acteurs que tout opposent et qui vont être obligés de cohabiter. C’est sans doute le ressort comique le plus éculé qui soit, mais quand c’est bien fait, on ne s’en lasse pas. Dany Boon et Benoît Poelvoorde, voilà un couple prometteur. Si le cinéma était une compétition, la médaille d’or reviendrait incontestablement à la Belgique. Le rôle déjà à la base est nettement plus intéressant, mais il faut bien admettre que l’essentiel de l’énergie comique de ce film émane d’un Benoît Poelvoorde en pleine forme. Dany Boon apparaît plus comme un faire-valoir. Mais pour sa défense, il s’est écrit un rôle qui ne lui permet que trop rarement de sortir de son rôle habituel de brave gars sympathique.

Rien à Déclarer a déçu parce qu’on en attendait sans doute trop. On peut pas couler le Titanic à chaque fois. Il n’en reste pas moins une comédie tout de même sympathique, à défaut de casser des briques et des paquebots

Fiche technique :
Production : Pathé, Scope pictures, TF1 Films productions, Les productions du Ch’timi, Canal +
Distribution : Pathe distribution
Réalisation : Dany Boon
Scénario : Dant Boon
Montage : Luc Barnier
Photo : Pierre Aïm
Décors : Alain Veissier
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Durée : 108 mn

Casting :
Benoit Poelvoorde : Ruben Vandevoorde
Dany Boon : Mathias Ducatel
Julie Bernard : Louise Vandevoorde
Karin Viard : Irène Janus
François Damiens : Jacques Janus
Bouli Lanners : Bruno Vanuwem
Olivier Gourmet : le prêtre de Chimay

TRON : Et Disney dit au pixel « Lève-toi et marche ! »

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tronafficheAvant d’aller voir la suite sortie la semaine dernière sur nos écrans, je me devais de combler un des plus grands manques de ma culture cinématographique et voir enfin Tron, premier du nom. C’est donc chose faite, cette faille béante et impardonnable n’est plus. Il faut dire qu’il s’agit là d’un film historique, puisque c’est le premier à avoir mélangé prises de vue réelles et images de synthèse générées par ordinateur. Sans lui, Avatar ne serait pas. Sauf qu’évidemment, les moyens de 1982 n’étaient pas tout à fait ceux d’aujourd’hui.

Encom est une des plus grandes sociétés d’informatique. Mais son contrôle échappe de plus en plus à Dillinger, son PDG, au profit de MCP, un super-ordinateur qui prend doucement le pouvoir de tout le réseau informatique, et demain du monde. Au sein de la même société, Alan met au point un programme, Tron, qui pourrait contrôler les agissements de MCP, mais son travail est neutralisé avant d’être finalisé. L’équipe de Lora quant à elle a mis au point un rayon laser capable de numériser n’importe quoi. Alan et Lora rejoignent Flynn, un ancien collègue, créateur génial de jeu vidéo, que Dilligner a spolié de son travail avant de le renvoyer. A eux trois, ils vont tenter de faire la lumière sur ce qui se passe à Encom. Très vite, Flynn se heurte au MCP qui utilise le laser de Loran pour l’envoyer dans le monde numérique.

Tron est vraiment à prendre ce qu’il est : un tournant de l’histoire du cinéma, un film à l’époque totalement révolutionnaire, mais aujourd’hui totalement dépassé. En effet, les effets spéciaux font ici gentiment sourire. Un graphisme désuet, parfois minimaliste, où tout manque de profondeur, de relief et de fluidité. Tron est aux images de synthèse, que Pong est aux vidéos. Un respectable ancêtre qu’on regarde plus par curiosité qu’admiration.

Tron, c’est aussi une intrigue. Mais là aussi, le poids des années se fait sentir. Pourtant, on peut lui reconnaître une nouvelle fois un caractère visionnaire remarquable. Il y est développé l’idée d’un réseau interconnecté dont tous les composants formeraient un monde en soi. Ce film a été réalisé près de 15 ans avant l’explosion d’Internet, mais contient les prémisses d’interrogations qui hantent notre société actuelle sur l’omnipotence de l’informatique. Evidemment, cette crainte de l’émergence d’une conscience et d’une volonté propres de la part des machines, idée que l’on retrouve dans d’autres films de l’époque (Terminator, War Games), ne s’est toujours pas concrétisée. Et vues les intentions que ces films leur prêtent, on ne peut que s’en réjouir.

tronRestent des personnages sans grand relief, des rebondissements pas toujours très convaincants (ah il est mort, ah bah non finalement, il a survécu !). Mais l’intérêt de Tron est ailleurs. Hier dans le caractère révolutionnaire et spectaculaire de ses graphismes. Aujourd’hui, par sa mise en perspective avec tout ce qu’il a pu enfanter. Sur le coup, les studios Disney avaient frappé un grand coup, à une époque où leur branche animation avait bien du mal à produire le moindre film de premier plan.

Tron attise également la curiosité du cinéphile car il lui permet de découvrir, ou de redécouvrir, que Jeff Bridges a été jeune, voire même très jeune. Voir celui qui ne joue plus que des rôles de vieux briscards, faisant étalage de son expérience et souvent d’un certain désabusement, interpréter un post-ado fana de jeux vidéos nous fait dire une nouvelle fois que ce film appartient définitivement à l’histoire.

On peut facilement imaginer l’enthousiasme qu’avait pu ressentir les ancêtres de nos geeks contemporains le jour où ils ont pu voir Tron pour la première fois. Cela demande désormais un petit travail d’imagination, mais rien de rédhibitoire. Il faut se dire que nos petits enfants se diront sans doute la même chose en regardant Avatar depuis un écran 3D qui fera passé la plus belle télé HD d’aujourd’hui pour une antiquité.

Tron n’est pas un chef d’oeuvre, Tron est tout sauf intemporel, mais Tron est un vrai morceau d’histoire.

Fiche technique :
Réalisation : Steven Lisberger
Scénario : Steven Lisberger, d’après une histoire de Steven Lisberger et Bonnie MacBird
Musique : Wendy Carlos
Direction musicale :
Richard Bowden avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles
Douglas Gamley avec l’Orchestre philharmonique de Londres
Direction artistique : John Mansbridge et Al Roelofs sous la direction de Dean Edward Mitzner
Conception de l’univers électronique : Syd Mead, Jean « Moebius » Giraud, Peter Lloyd et Richard Taylor
Décors : Roger Shook
Costumes : Eloise Jensson et Rosanna Norton
Photographie : Bruce Logan
Ingénieurs du son : Michael Fremer et Frank Serafine
Effets spéciaux : R.J. Spetter
Effets visuels : Steven Lisberger

Casting :
Jeff Bridges : Kevin Flynn / Clu
Bruce Boxleitner : Alan Bradley / Tron
David Warner : Ed Dillinger / Sark / Voix du Maître Contrôle Principal (MCP)
Cindy Morgan : Lora / Yori
Barnard Hughes : Dr Walter Gibbs / Dumont
Dan Shor) : Ram
Peter Jurasik : Crom
Tony Stephano : Peter / Lieutenant de Sark

CARANCHO : L’Argentine, la nouvelle patrie du polar

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caranchoafficheLe cinéma argentin a connu un très beau succès l’année dernière avec Dans ses Yeux, Oscar largement mérité du meilleur film étranger, et n°4 dans mon top de l’année 2010, classement qui fait évidemment mondialement référence. Cette reconnaissance soudaine pour un pays qui n’a pas pour tradition de peupler nos salles obscures n’est évidemment pas étrangère à l’apparition sur nos écrans de Carancho, un nouveau film venu de Bueno Aires. Bon, l’autre bonne raison est que c’est coproduction franco-argentine, mais insister sur ce fait ruinerait mon idée d’introduction… Oups…Trop tard.

Sosa est un avocat spécialisé dans l’aide aux victimes d’accidents de la route, marché juteux dans un pays où la délinquance routière est proche de la tradition. Enfin aider, c’est vide dit, car les personnes pour qui ils travaillent détournent une large part des indemnités destinées à ses clients. Un jour, il croise la route de Lujan, jeune urgentiste dont il tombe vite amoureux. Pour elle, il est prêt à revenir dans le droit chemin. Mais ses « associés » ne l’entendent pas de cette oreille.

Avec Carancho, le cinéma argentin revient à l’ordinaire. Polar noir, un rien dépaysant, il ne figurera pas dans les palmarès en fin d’année. Mais sans pour autant mériter le voyage, il mérite tout de même le détour. Déjà parce que dans ce genre cinématographique où l’offre ne manque pas, il est agréable de tomber sur un film vous faisant découvrir un univers jamais vu encore. Bien sûr les ressorts de l’intrigue sont archi-classiques : le « repenti » empêché par son ancien milieu de se ranger des voitures (vous admirerez au passage ce superbe jeu de mots !) n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit. Mais cette histoire d’arnaque autour des accidents de voiture en Argentine, voilà qui nous change de la mafia nord-américaine.

Au-delà de ça, l’intrigue est assez bien traitée pour maintenir de bout en bout l’intérêt du spectateur. L’histoire d’amour, si elle est capitale dans l’enchaînement des évènements, n’est ni envahissante, ni gnangnan. De toute façon, cela cadrerait assez mal avec l’ambiance assez noire de Carancho. On se doute vaguement de comment tout cela va finir, mais le scénario ménage un certain suspense jusqu’au bout. Pas le polar du siècle, mais du solide avec assez de matière pour justifier chaque centimètre de pellicules.

caranchoComme pour Dans ses Yeux, mais un degré moindre, le principal attrait de Carancho repose dans ses personnages et leurs interprètes. On ne s’étonnera donc pas de retrouver en haut de l’affiche Ricardo Darin, qui est donc de tous les succès du cinéma argentin. C’est évidemment un bonheur de le revoir sur les écrans tant son charisme et son talent se suffisent à eux-mêmes. Mais à ses côté, la charmante Martina Gusman ne s’en laisse pas compter et prouve que ce pays possède un réservoir d’excellents comédiens que l’on ne soupçonnait pas.

Pablo Trapero manie la caméra avec sobriété, mais aussi une certain élégance. On reste très loin des ambiances oppressantes à la David Cronenberg. La noirceur de Carancho provient bien plus des péripéties et du jeu des acteurs. La photographie ne fait que la souligner, même si le fait qu’une bonne partie de l’histoire se déroule de nuit y contribue largement.

Carancho n’est donc pas le film noir du siècle, mais apporte un peu dépaysement, à défaut de réel originalité.

Fiche technique :
Production : Matanza cine, Patagonik, Ginecut, Ad vitam, L90
Réalisation : Pablo Trapero
Scénario : Alejandro Fadel, Martin Mauregui, Santiago Mitre, Pablo Trapero
Montage : Ezequiel Borovinsky, Pablo Trapero
Photo : Julian Apezteguia
Distribution : Ad Vitam
Son : Federico Esuerro
Musique : Lim Giong
Durée : 107 mn

Casting :
Ricardo Darin : Sosa
Martina Gusman : Lujan

BLACK SWAN : Requiem for a swan

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blackswanafficheS’il y a bien un art auquel je suis totalement hermétique, c’est bien la danse classique. Et encore, c’est pour ne pas parler d’allergie totale. Alors évidemment, un film dont le personnage principal est une danseuse étoile n’était pas forcément le plus attirant pour moi. Mais quand un long métrage, réalisé par Daren Aronofsky, l’auteur de Requiem for a Dream et The Wrestler, reçoit autant d’éloges médiatiques, on y réfléchit à deux fois et on finit par se rendre dans une salle obscure.

Nina, membre du New York City Ballet, rêve d’obtenir enfin le rôle principal du Lac des Cygnes. Mais la concurrence est rude. Et même si elle choisit, elle n’est pas à l’abri d’un revirement de Thomas, qui dirige la troupe d’une manière parfois ambiguë. Jusqu’où est-elle prête à aller pour épouser son rôle ?

Black Swan débute par une séquence de danse absolument sublime. Vu mon habituel absence total d’enthousiasme pour ce genre d’exercice, je me suis vraiment dit que j’étais parti pour 1h43 de pur génie. Je me suis surtout dit que ce n’était décidément pas n’importe qui de l’autre côté de la caméra et que j’avais vraiment bien fait de venir.

La suite de Black Swan n’est pas tout à fait à la hauteur. La plongée de Nina vers une forme de folie ressemble quand même comme deux gouttes d’eau au parcours des personnages de Requiem for a Dream. Alors bien sûr, si vous n’avez pas vu ce dernier, cela ne vous gênera pas. Mais les autres auront un peu l’impression d’assister à un « best of » Daren Aronofsky… enfin best of, c’est vite dit, car la chute est ici moins vertigineuse.

On retrouve ainsi cette impression d’oppression, cette angoisse communicative, que Daren Aronofsky sait si bien créer, mais de manière moins spectaculaire que précédemment. On retrouve les obsessions qui peuplent sa filmographie : la drogue, le sexe, la mutilation. Un caméra qui nous plonge dans des délires hallucinatoires, mais avec infiniment plus d’élégance que chez un Gaspar Noé par exemple. Cependant, dans Black Swan, c’est pour le meilleur, parfois pour le plus médiocre. Bon encore une fois, c’est un jugement tout relatif… mais enfin quel jugement ne l’est pas.

Puis, on arrive à la séquence finale. Black Swan prend alors une toute autre dimension. Il s’agit là d’un grand, d’un très grand moment de cinéma. Quelque part, les faiblesses de ce qui a précédé ne comptent plus vraiment, car il n’existait que pour nous amener là, au bord d’une abîme où Nina plongera d’une manière sublimement onirique. Vingt minutes d’une force esthétique rare où l’expression du corps et du regard vaut tous les dialogues du monde.

blackswanBlack Swan constitue surtout une vraie révélation relativement inattendue. Celle de Natalie Portman comme une très grande actrice, dans un rôle incroyablement difficile, à des années-lumières de ceux qui lui avaient précédemment proposés. Mais elle s’y abandonne corps et âmes pour une interprétation qui vaut largement l’Oscar qui lui est promis. Une performance artistique mais aussi physique. Elle nous fait vivre la douleur, les douleurs ressenties par son personnage avec une force et une intensité rares. Une nouvelle preuve que c’est en poussant les acteurs dans leurs retranchements les plus profonds que naissent les numéros d’acteurs inoubliables.

A ses côtés, Vincent Cassel confirme sa stature d’acteur international. Ce n’est peut-être pas ici son plus grand rôle, mais il y semble totalement à l’aise. La bonne surprise de Black Swan s’appelle Mila Kunis, parfaite dans le rôle de la rivale principale de Nina. Ah, on est loin de ses débuts à 13 ans, dans un épisode de Walker Texas Ranger.

Enfin, on retiendra de Black Swan, une magnifique bande-son. Il faut dire que quand le principal compositeur s’appelle Tchaïkovsky, tout devient tout de suite plus facile. Des extraits du Lac des Cygnes sont incorporés dans des compositions plus modernes, même si les plus beaux moments restent ceux où l’œuvre originale sert de fond à une mise en image sublime des scènes de ballet.

Black Swan est donc un film sublime par instants, mais qui recèle aussi quelques passages où Daren Aronofsky fait preuve d’une certaine paresse. Mais on retiendra avant tout vingt minutes magnifiques et une Natalie Portman étonnante.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight Pictures, Protozoa, Phoenix pictures, Cross Creek
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Mark Heyman, Andres Heinz
Montage : Andrew Weisblum
Photo : Matthew Libatique
Décors : Thérèse DePrez
Musique : Clint Mansell
Durée : 103 mn

Casting :
Natalie Portman : Nina
Mila Kunis : Lilly
Winona Ryder : Beth MacIntyre
Vincent Cassel : Thomas Leroy
Toby Hemingway : Rom
Barbara Hershey : Erica

LES CHEMINS DE LA LIBERTE : Pas un grand chemin

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lescheminsdelaliberteafficheVoilà huit ans qu’on attendait le nouveau film de Peter Weir, le réalisateur de Witness, Le Cercle des Poètes Disparus, The Truman Show ou encore Master and Commander (entre autres). Un cinéaste assez peu prolifique, mais qui signe généralement des films qui font date. Sa dernière production, les Chemins de la Liberté est sorti dans un anonymat relatif (il y a quand même eu un peu de promotion), indigne d’un metteur en scène de ce calibre. Comme quoi à force d’être trop longtemps absent, on se fait quelque peu oublier.

1940, un camp de prisonniers en Sibérie regroupe des détenus de différents horizons. Il semble impossible de s’évader de cet endroit entouré par une immensité vide et glaciale. Impossible sauf pour des hommes prêts à parcourir 10 000 km à pied…

Master and Commander, le précédent film de Peter Weir, m’avait laissé quelque peu sur ma faim. Magnifiquement réalisé, avec des acteurs superbement dirigés, mais malgré tout, un résultat pas totalement passionnant. Il s’agissait là d’un avis très personnel vu l’enthousiasme de la critique d’alors et celui de tous les cinéphiles que je connais. Les Chemins de la Liberté m’a fait exactement la même impression. Sauf que cette fois, si j’en crois la critique relativement tiède vis-à-vis de ce film, l’impression est nettement plus partagée.

Si Les Chemins de la Liberté est un rien décevant, c’est par rapport à ce que l’on peut attendre d’un tel réalisateur, surtout vue l’ambition du sujet. Quand on fait parcourir 10 000 km à ses personnages, au milieu de décors grandioses, en essayant d’y glisser un message politique (oh les vilains communistes !), le tout sous un titre de roman d’aventures du XIXème siècle, on se doit de faire un grand film. Or, nous sommes là face à un bon film… C’est peut-être injuste de le lui reprocher, mais n’empêche que ça gâche un peu le plaisir.

lescheminsdelaliberteSurtout que les Chemins de la Liberté ne brille pas par son suspense. On sait dès la première seconde qu’ils seront trois à arriver jusqu’en Inde. Reste à savoir qui, mais tout au long du film, on n’a jamais trop de doute sur l’identité du prochain qui va succomber. L’intérêt est donc ailleurs. Il est dans le sentiment d’évasion, dans l’admiration que l’on peut avoir pour l’abnégation de ces personnages. Mais encore un fois, il manque un grand souffle épique pour ce film soit totalement passionnant, pour que le spectateur rentre vraiment dans cette histoire incroyable, mais pourtant vraie. On y trouve tout ce à quoi on pouvait s’attendre, mais absolument rien de plus. Il n’y a aucune prise de risque, ni artistique, ni narrative. Alors même si ce qui nous ait proposé est plutôt réussi, on reste un peu sur notre faim.

Le casting minimise lui aussi la prise de risque. Colin Farrell en chien fou, Ed Harris en sage un peu bougon, pas vraiment des rôles à contre-emploi. On pourra simplement saluer la performance de Jim Sturgess qui tient là son premier grand rôle. Etre dirigé par Peter Weir doit évidemment faciliter les choses, mais c’est aussi grâce à son talent qu’il s’en sort aussi bien. Bon, ce n’est pas vraiment un rôle à Oscar, mais il n’y a cependant pas grand chose à redire sur son interprétation et celles de ces petits camarades d’évasion.

Les Chemins de la Liberté n’est donc pas le grand film qu’il aurait pu être. C’est propre, c’est beau, mais ce n’est jamais vraiment passionnant. On ne s’y ennuie pas, mais on ne s’y enthousiasme pas non plus.

Fiche technique :
Production : Exclusive Media Group, National Geographic Entertainment, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Peter Weir
Scénario : Peter Weir, Keith Clarke, d’après le livre A marche forcée de Slavomir Rawicz
Montage : Lee Smith
Photo : Russell Boyd
Décors : John Stoddart
Musique : Burkhard Dallwitz
Costumes : Wendy Stites
Durée : 134 mn

Casting :
Jim Strugess : Janusz
Ed Harris : M. Smith
Saoirse Ronan : Irena
Colin Farrell : Valka
Mark Strong : Khabarov
Gustaf Skarsgard : Voss
 

L’AVOCAT : Un avocat sans goût

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lavocatafficheA la base, je n’aime pas trop Benoît Magimel, alors je n’ai pas vraiment très chaud pour aller voir l’Avocat. Et puis, on m’en a dit du bien et comme j’ai plutôt confiance dans les avis familiaux, je m’y suis rendu tout de même. Et bien, je n’aurais pas du !

Léo est un jeune avocat débordant d’ambition. Il vient d’être embauché dans un grand cabinet, lorsqu’il est approché par un proche de Paul Vanoni. Ce dernier règne sur la collecte et le retraitement des ordures dans la région par des méthodes quelque peu controversées. Il hésite à accepter cette mission, mais son patron lui indique que les avocats sont là pour défendre leurs clients, non les juger. Mais quand est-il quand on découvre que tout cela cache une organisation mafieuse et criminelle ?

Ceux qui parmi vous suivent la série Damages peuvent immédiatement passer leur chemin. Les similitudes sont assez nombreuses… enfin aussi similaire que peut l’être le meilleur foie gras et le pire pâté premier prix. Si l’Avocat avait l’ambition de rivaliser avec les meilleurs films du genre américains, c’est raté car le résultat est juste plat et sans intérêt. Les gangsters sont censés faire peur, pas donner envie de rire, tant ils sont caricaturaux.

Donc premier point qui ne va pas, le scénario. Ce n’est même pas qu’il soit vraiment mauvais. Mais c’est tellement prévisible et cousu de fil blanc qu’on se demande si son écriture a demandé plus de cinq minutes. Ca a été fait mille fois déjà et la plupart du temps en beaucoup mieux. Aussi bien les rebondissements que l’évolution des personnages ne nous surprennent pas une seconde. Allez, si on est vraiment généreux, il y a bien un élément quelque peu inattendu. Mais comme cela reste relativement anecdotique, cela n’a aucune chance de sauver une intrigue globalement sans intérêt.

Deuxième point qui fâche, la réalisation. Cédric Anger est à la fois le metteur en scène et le scénariste de l’Avocat. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher un manque de constance dans la performance. Le moindre épisode de série américaine est désormais réalisée avec plus d’imagination, de punch et d’originalité que ce film. La caméra est plantée là à filmer ce qui se passe, sans jamais contribuer à créer une ambiance oppressante, propice à l’angoisse et au suspense. Quant au fait que le film commence par la fin, il s’agit d’une technique tellement sur-utilisée que l’on n’y prête plus aucune attention. De plus, ce coup-ci, cela n’apporte strictement rien à la narration, qui, de toute façon, est cousue de fil blanc à grosses mailles.

lavocatEnfin, terminons par ce qui est vraiment confondant de médiocrité. L’interprétation ! A la limite Benoît Magimel ne s’en sortirait pas trop mal par rapport à ses compagnons. Certes, il a l’air d’y croire comme le candidat socialiste à l’élection municipale de Neuilly-sur-Seine, mais au moins, il nous sert le minimum syndical. Par contre, en face de lui, Gilbert Melki nous livre peut-être son plus mauvais rôle. On se pince pour y croire tellement son jeu tire sur la caricature. On serait dans une parodie, on pourrait presque le trouver excellent. Le problème, c’est qu’on est dans un film qui se veut on ne peut plus sérieux, pour ne pas dire qui se prend au sérieux, et du coup, ça finit de couler l’Avocat, qui prenait déjà pas mal l’eau par ailleurs.

L’Avocat est donc un film qui se voulait l’égal des meilleures productions du genre, essentiellement hollywoodienne. Au final, cela donne un mauvais téléfilm bien de de chez nous.

Fiche technique :
Production : Sunrise film
Distribution : SND distribution
Réalisation : Cédric Anger
Scénario : Cédric Anger, Jean-François Leforsonney
Montage : Simon Jacquet
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Antoine Platteau
Musique : Grégoire Hetzel

Casting :
Benoît Magimel : Léo Demarsan
Gilbert Melki : Paul Vanoni
Aïssa Maïga : Eve
Eric Caravaca : Le flic
Vincent Demoury : Eric Boyer
Samir Guesmi : Ben Corey

Durée : 102 mn

ANGELE ET TONY : Un peu d’amour dans ce monde de brutes

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angeleettonyafficheAngèle et Tony, voilà bien un film à côté duquel j’ai failli passer. Pas de bande-annonce, pas de campagne marketing, pas de stars au générique, juste un affiche qui ne me donnait guère envie. Cette dernière sentait le film ennuyeux au pathos lourdingue à plein nez. Mais heureusement, le bouche à oreille a fonctionné et c’est avec plaisir que j’ai pu voir ce film, bourré d’optimisme et d’amour.

Angèle sort de prison et cherche à récupérer son fils, qui vit chez ses beaux parents. Elle se débrouille comme elle peut pour joindre les deux bouts. Un jour, suite à une petite annonce matrimoniale, elle rencontre Tony, un marin qui lui propose finalement un boulot plutôt que de l’amour. Deux êtres pas vraiment destinés l’un à l’autre mais qui vont finir par nouer des liens inattendus.

Le synopsis et les premières minutes de Angèle et Tony ne font pas vraiment penser que ce film puisse être une comédie romantique… Bon déjà parce que ce n’est pas une comédie romantique, au sens où on l’entend habituellement, mais une belle histoire d’amour qui nous montre que l’on peut trouver le bonheur même si on n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche.

Angèle et Tony est donc un film résolument optimiste et rafraîchissant. Les personnages ne finissent pas par gagner au loto au son de violons enthousiastes. Ils ne leur arrivent au final rien d’extraordinaire, rien qui les fasse changer de vie. Une histoire n’a pas besoin de finir mal pour être crédible. Le film véhicule une vraie émotion, mais avant tout il donne le sourire et le cœur léger.

Angèle et Tony possède tout de même un vrai fond social, mais on reste quand même loin de Ken Loach. Ou alors le Ken Loach optimiste de Looking for Eric. Il ne s’agit pas vraiment pas ici d’un film sur les difficultés économiques que connaissent les marins-pêcheurs, sur la réinsertions des anciens détenus ou sur le combat d’une mère pour récupérer la garde de son enfant. Ce sont bien des éléments de l’intrigue, mais jamais Alix Delaporte ne s’y appesantit. Le film nous parle de gens « modestes » sans insister sur ce point. Bref, il faut bien qu’une histoire de se situe dans un milieu social, alors pourquoi pas celui-là plutôt qu’un autre.

angeleettonyIl faut cependant bien le reconnaître, tout cela contribue à notre attachement aux personnages et à notre envie de les voir accéder au bonheur. A la fois, si tout était facile pour eux, il n’y aurait même pas de film. Mais comme pour le scénario, les protagonistes ne restent pas focalisés sur leurs problèmes et décident d’avancer et de vivre leur vie. Pas d’optimisme béât non plus, juste des gens de la vraie vie vraie, qui n’ont rien de winners implacables ou de losers pathétiques.

Ces deux personnages principaux d’Angèle et Tony sont magnifiquement interprétés par le duo Clotilde Hesme, une valeur montante du cinéma français, et Grégory Gadebois, une valeur sûre, qui quitte là son statut d’éternel second rôle pour tenir avec brio le haut de l’affiche. Deux révélations parfaitement dirigées par Alix Delaporte qui signe là un premier film remarquablement réussi.

Angèle et Tony constitue donc une des premières vraie bonne surprise de cette année 2011 qui, avouons-le, commence plutôt doucement. Un film qui donne de la joie et du baume au cœur. Ca fait quand même du bien parfois !

Fiche technique :
Production : Lionceau films, Cinécinéma
Distribution : Pyramide distribution
Réalisation : Alix Delaporte
Scénario : Alix Delaporte
Montage : Louise Decelle
Photo : Claire Mathon
Décors : Hélène Ustaze
Musique : Mathieu Maestracci
Durée : 87 mn

Casting :
Clotilde Hesme : Angèle
Grégory Gadebois : Tony
Evelyne Didi : Myriam
Jérôme Huguet : Ryan
Antoine Couleau : Yohan
Patrick Descamps : le grand père
Patrick Ligardes : le conseiller d’insertion
Lola Duenas : Anabel 

AU-DELA : Au 2/3 réussi… mais donc 1/3 raté

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audelaafficheAller voir un film de Clint Eastwood, c’est forcément s’attendre à voir un chef d’œuvre, vu la qualité et la densité de sa filmographie. Mais bon, même les meilleurs ont droit à de petits moments de faiblesse. Au-Delà ne sera certainement pas le film que l’on retiendra quand on examinera la carrière de réalisateur de celui qui sera à jamais le Bon.

Trois destins marqués par la mort. Celui de Marie, journaliste vedette de France Télévision, qui y a réchappé de peu pendant ses vacances dans le Sud-Est asiatique lors d’un tsunami. De tellement peu, qu’elle est désormais hantée par la vision qu’elle a eu lorsque les sauveteur la considérait comme cliniquement morte. Celui de George, ancien médium, qui a le don de parler au personnes décédées. Un pouvoir auquel il essaye désespérément d’échapper. Celui de Marcus, jeune garçon qui vient de perdre son frère jumeau et essaye de trouver un moyen de communiquer avec lui.

Au-Delà est donc un film aux trois parties distinctes, même si elles finissent par se rejoindre. Trois histoires ayant le même thème central mais très différentes. Trois histoires surtout diversement réussies. Celle des deux jumeaux est de loin la plus intéressante, la mieux construite et surtout la plus émouvante. Cet intérêt vient très certainement du fait qu’elle est la plus ancrée dans le réel. Elle nous parle de la difficulté du deuil, ce qui peut évidemment concerner n’importe lequel d’entre nous.

L’histoire de George est également une réussite, mais est un peu frustrante. Ce pouvoir que tout le monde prend pour un don, alors que, pour son possesseur, il se révèle être une malédiction constitue une base solide et intéressante pour un propos que l’on aimerait voir développé. Mais Clint Eastwood ne se donne pas le temps de creuser. On retiendra cependant que cette partie du film nous offre une scène réellement extraordinaire, qui nous rappelle d’un coup qui est derrière la caméra. Une scène d’une sensualité ébouriffante autour de l’art culinaire, qui vous donnera faim… et pas que de nourriture.

Et puis, il y a l’histoire de Marie. Bien sûr, on peut trouver agréable qu’un tiers d’un film réalisé par une légende de Hollywood soit interprété par des acteurs francophones s’exprimant dans leur langue maternelle. Mais cela reste malheureusement anecdotique devant le manque d’intérêt de cette partie de l’intrigue. A cela s’ajoute parfois un peu de ridicule, quand Clint nous fait partager la vision de Marie. Représenter l’Au-Delà n’est pas chose aisée, mais s’il existe réellement, j’espère bien qu’il ressemble à autre chose que ce mauvais décor de téléfilm des années 80.

audelaCes trois morceaux convergent vers une fin pas vraiment convaincante. Du coup, on ressort avec un sentiment de déception. On aimerait voir le verre au deux tiers plein, mais malheureusement le gros tiers de vide marque fortement l’esprit du spectateur. Et ce n’est pas les prestations pâlottes de Matt Damon, dont on peut admirer les yeux de chien battu pendant deux heures, et Cécile de France dont le personnage était de toute façon trop inintéressant pour être sauvé, qui arrivent à inverser la tendance. Seuls les deux jumeaux, interprétés par les jeunes Frankie et George McLaren, viennent quelque peu éclairer cette grissaille.

Au-Delà est une œuvre sur un sujet difficile qu’il essaye de traiter par différentes perspectives. L’intention était louable, mais Clint Eastwood n’est pas arrivé à créer une synergie entre elles. Il nous livre donc un film bancal, auquel il n’a pas manqué tant que ça pour être franchement réussi mais qui constitue au final une petite déception.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Entertainment, The Kennedy / Marshall company, Malpaso productions, Amblin Entertainment
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Peter Morgan
Montage : Joel Cox, Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Décors : James J. Murakami
Musique : Clint Eastwood
Durée : 128 mn

Casting :
Matt Damon : George Lonegan
Cécile de France : Marie Lelay
Frankie McLaren, George McLaren : Marcus et Jason
Bryce Dallas Howard : Melanie
Jay Mohr : Billy
Thierry Neuvic : Didier
Lyndsey Marshal : Jackie

ARRIETTY, LE PETIT MONDE DES CHAPARDEURS : Une histoire simple pour un joli conte

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arriettyafficheLe studio Ghibli est avant tout connu pour être le lieu de création du maitre Hayao Miyazaki. Mais il abrite bien d’autres artistes, dont les œuvres sont parfois distribués en France. C’est le cas d’Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs. Un film peut-être moins magique que ceux du maître, même si ce dernier est au scénario, mais qui nous offre un bien beau conte, plein de poésie.

Sho est un jeune garçon de 12 ans qui part se reposer chez sa grand-mère avant une délicate opération au cœur. Des ses premiers pas dans le jardin, il croit remarquer une jeune fille pas plus haute que quelques centimètres. Elle s’appelle Arrietty et vit avec son père et sa mère, à l’abri du regard des humains, qu’ils considèrent comme particulièrement dangereux. Mais elle est irrésistiblement attirée par Sho qui fait tout pour nouer le contact.

Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs est très classique sur bien des points. Visuellement, déjà, on est dans le pur style studio Ghibli, qui se situe entre un graphisme européen et celui habituel des mangas. Pas de grands yeux et de nez à peine esquissé, mais demeure tout de même un trait typiquement japonais… Notamment du fait que les personnages sont dessinés avec un physique qui n’a rien d’asiatique…

Comme souvent également dans ce genre de production, Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs met en scène des protagonistes principaux se situant entre l’enfance et l’adolescence. On peut se demander d’où vient cette fixation nippone. Peut-être est-ce une façon de pouvoir rendre asexué et innocent des rapports entre personnages du sexe opposé. Bon, le but de ma critique n’est pas d’explorer la sociologie du Pays du Soleil Levant, mais tout ça pour dire que l’on est dans un cadre plutôt familier.

Par contre, puisque la comparaison est inévitable, on ne retrouve pas le foisonnement visuel et l’imagination débordante auquel nous habituent les films de Miyazaki, même si ce dernier a signé ici le scénario. Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs est une histoire plutôt simple et son aspect imaginaire ne donne pas pour autant dans le fantastique… Plus clairement, une fois accepté le fait qu’il existe des êtres semblables à nous à part qu’ils ne mesurent que quelques centimètres de haut, le film reste relativement réaliste.

arriettyEn fait, une grande partie du charme d’Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs, repose sur ce jeu incessant entre les échelles. Les objets changent de fonction selon par qui ils sont utilisés, une simple épingle devenant une véritable épée par exemple. Alors bien sûr, tous ceux qui regardaient les Minipouss à la télé dans les années 80 ou qui ont succombé (ou subi) la mode des Minimoys connaissent bien ce principe. Mais il est utilisé ici avec beaucoup plus de finesse et de poésie, et surtout dans un univers visuel beaucoup plus fouillé et tout simplement joli.

Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs est dénué de toute violence ou de tension sexuelle. Pourtant, l’histoire n’est en rien simplette ou gnangnan. On peut lui reprocher éventuellement un aspect un peu enfantin. Mais c’est avant tout une histoire simple, encore une fois très poétique. Un vrai conte qui s’adresse à un public large, que les enfants et les parents apprécieront, pas forcément pour les mêmes raisons.

Le plus difficiles reprocheront à Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs de ne pas être un Miyazaki. Mais il reste une très beau film d’animation, preuve que le Japon possède une richesse artistique incomparable dans ce domaine.

Fiche technique :
Shinobu Ôtake : Homily
Tomokazu Miura : Pod
Kirin Kiki : Haru
Ryunosuke Kamiki : Sho
Mirai Shida : Arrietty
Keiko Takeshita : Sadoko
Production : Studio Ghibli, Toho Company
Distribution : Walt Disney Company France
Réalisation : Hiromasa Yonebayashi
Scénario : Hayao Miyazaki, d’après les romans de Mary Norton
Photo : Atsushi Okui
Musique : Cécile Corbel
Durée : 94 mn

Casting :
Shinobu Ôtake : Homily
Tomokazu Miura : Pod
Kirin Kiki : Haru
Ryunosuke Kamiki : Sho
Mirai Shida : Arrietty
Keiko Takeshita : Sadoko