HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT, 1ère PARTIE : La fidélité a un prix

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harrypotter71afficheLes rythmes de narration cinématographiques et littéraires sont généralement très différents. Si l’écrit supporte une certaine lenteur, une montée en puissance progressive, le 7ème art nettement moins. Cela pose une difficulté particulière quand il s’agit de porter à l’écran un roman dont une large partie n’est là que pour faire monter la pression avant l’action finale. Il faut alors faire le choix de soit adapter fidèlement l’œuvre originale, soit la transformer pour lui donner une forme plus proche des canons du grand écran. C’est tout à fait le genre de dilemme auquel ont du faire face l’équipe chargée de l’écriture du scénario de Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie.

Voldemort et ses Mangemorts prennent peu à peu le pouvoir. Harry Potter et ses amis n’ont alors d’autre possibilité que celle de se cacher et de fuir une menace de plus en plus présente et surtout mortelle. Cependant, en même temps, ils se doivent de trouver un moyen de détruire leur ennemi. Mais où commencer à chercher ?

Cette critique pourrait facile tourner en débat existentiel. Mais je rappellerai simplement que beaucoup de fans avaient sévèrement critiqué le précédent épisode cinématographique pour les multiples coupes, ellipses et modifications par rapport au roman. La question de le découper en deux films s’était déjà d’ailleurs posée. Pour Harry Potter et les Reliques de la Mort, le choix a été fait de coller beaucoup plus au roman et à sa richesse. Mais du coup, ce sont ceux qui n’ont pas lu l’œuvre originale qui se plaignent. La vie de scénariste est décidément bien difficile.

Soyons clair, le rythme de ce film est lent et, au final, il ne se passe pas grand chose. Mais cela correspond tout à fait au rythme du roman. Cela fait des heureux et des déçus. Si les choix avaient été autres, cela aurait abouti à la même situation. Le dilemme est insoluble et il est impossible d’avoir un regard purement objectif et neutre. Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie possède d’indéniables qualités qui laisseront froid bien des spectateurs qui n’ont pas lu le roman. Je serai bien tenté de dire tant pis pour eux car, au fond, les films ne sont que des produits dérivés d’une œuvre romanesque formidablement passionnante et incroyablement riche.

Cependant, aussi fan que je sois des romans, je dois avouer que Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère Partie est sans doute celui qui m’a le moins enthousiasmé en lui-même. Par contre, il a renforcé mon envie de voir la suite ! On retrouve l’impatience provoquée par la première partie du roman et pour ça, à mon sens, le film est plutôt réussi. De plus, David Yates est vraiment le réalisateur, avec Chris Colombus, qui aura le mieux réussi à faire le lien entre œuvre littéraire et cinématographique. Sa réalisation est à la fois pleine de maîtrise technique, tout en gardant une certaine humilité face à la richesse de l’univers qu’il décrit. Il pourrait noyer la magie du monde d’Harry Potter dans une avalanche d’effets spéciaux et de scènes d’action échevelés, mais il n’en est rien.

harrypotter71Par contre, Harry Potter et les Reliques de la Mort possède une grande faiblesse, qui grandit de films en films. Une faiblesse nommée David Radcliffe. L’acteur enfant qui collait parfaitement au personnage et nous transmettait sa vivacité et son audace s’est mué en jeune adulte au jeu plat et sans intérêt. Heureusement pour lui, il évolue dans un univers visuel assez spectaculaire et il est entouré par un casting de très haute gamme pour les personnages adultes et pas deux acolytes dont le jeu a au contraire gagné en maturité à chaque épisode. Emma Watson et Ruppert Grint apportent une vraie dimension à leur personnage et tire heureusement leur compère vers le haut.

Le choix de faire deux films fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup y voit une manœuvre purement commerciale, surtout vu le rythme de Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie. Mais pour moi, et tous les fans des romans que je connais, cette solution était le seul moyen pour retranscrire fidèlement à l’écran une œuvre qui nous a tant enthousiasmés. Ce film ne nous aura peut-être pas fait entrer en transe, mais il nous fait plus que jamais trépigner d’impatience, comme à la lecture des pages écrites par J.K. Rowling.

Fiche technique :
Production : Heyday Films, Warner Bros Pictures
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : David Yates
Scénario : Steve Kloves, d’après le roman de J.K. Rowling
Montage : Mark Day
Photo : Eduardo Serra
Décors : Stuart Craig
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 145 mn

Casting :
Daniel Radcliffe : Harry Potter
Emma Watson : Hermione Granger
Rupert Grint : Ron Weasley
Ralph Fiennes : Voldemort
Helena Bonham-Carter : Bellatrix Lestrange
Tom Felton : Drago Malfoy
Bill Nighy : Brtus Scrimgeour
Rhys Idans : Xenophilius Lovegood
Clémence Poésy : Fleur Delacour
 

MON POTE : Amitié et optimisme

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monpoteafficheDans la série des thèmes à la mode au cinéma, et en particulier dans le cinéma français, voici l’amitié virile. Ce n’est pas non plus très nouveau, mais le succès fulgurant du Cœur des Hommes, il y’a quelques années, aura considérablement relancé le genre. Les Petits Mouchoirs l’illustre, mais aussi, dans un genre différent, Mon Pote, de Marc Esposito, le réalisateur… du Cœur des Hommes. Comme quoi, quand on a une bonne idée, autant l’exploiter jusqu’au bout.

Victor dirige un magazine consacré à l’automobile. Alors qu’il donne une conférence dans une prison, il est abordé par Bruno, passionné par le sujet, qui pourrait obtenir une libération conditionnelle s’il trouvait un emploi. Victor accepte de lui laisser sa chance et va naître entre les deux hommes. Mais Bruno a-t-il vraiment rompu avec son passé de délinquant ?

Alors évidemment, un tel synopsis pourrait donner à penser qu’il s’agit là d’un drame social sombre et larmoyant, comme le cinéma hexagonal nous en livre parfois. Il n’en est rien. Il s’agit bien là d’une comédie des mœurs, avec un vrai fond social certes, qui reste cependant assez léger, autant dans la place qu’il prend que dans sa pertinence. C’est avant tout un beau duo d’acteurs qui donnent à leur personnage une dimension supplémentaire.

Tous ceux qui connaissent bien les problèmes liés à la réinsertion des anciens détenus pourront sourire face à la légère naïveté de ce petit conte de fée. Bien sûr, c’est plus ou moins censé être une histoire vraie, mais on peut facilement s’imaginer que tout cela est largement romancé. Mais ce n’est pas si grave car Mon Pote n’est absolument pas moralisateur. Bien au contraire… Bon, là, j’aurais bien des choses à dire, mais je serais obligé de dévoiler quelque peu l’évolution des personnages, qui n’est pas forcément celle attendue. Simplement, ce n’est pas les bons contre les méchants, les honnêtes contre les malhonnêtes et la morale finale de l’histoire n’est pas celle que l’on aurait pu craindre. Bref, ce film ne nous donne pas envie de nous enfoncer deux doigts au fond de la gorge, comme l’aurait très certainement fait une version hollywoodienne de la même histoire.

monpoteDeux potes, deux acteurs. Le film a été bâti autour et pour le duo Benoît Magimel – Edouard Baer. Si j’ai déjà fait part de mes réserves concernant le premier, je voue une admiration sans limite pour le second. Mais, pour Mon Pote, je dois admettre que les deux donnent le meilleur d’eux-mêmes et il est difficile d’en congratuler un plus que l’autre. On assiste à une vraie symbiose qui donne son brillant, son épaisseur et surtout sa crédibilité à cette fable, qui aurait pu sombrer dans le ridicule.

Il n’en est vraiment rien et ce film est prenant du début à la fin, jamais ennuyeux, soutenu, il est vrai, par un fil conducteur narratif de qualité. Marc Esposito ne s’est pas contenté d’admirer le jeu de ses deux acteurs principaux. Mon Pote comporte des rebondissements et un vrai rythme. On ne crie pas au génie à ce niveau-là, mais cela a le mérite de donner du corps à ce film qui se laisse regarder avec un vrai plaisir.

Mon Pote est donc un film pleinement réussi pour ce qu’il a cherché à raconter. On pourra lui reprocher certaine faiblesse du fond social, mais il s’agit là plus d’un film sur les rapports humains que sur les problèmes sociétaux. Et puis, un peu d’optimisme parfois, cela fait du bien !

Fiche technique :
Réalisateur : Marc Esposito
Production : Les Films Du Kiosque et Wayan Productions
Producteurs : Marc Esposito, François Kraus et Denis Pineau-Valencienne
Coproduit par France 2 Cinéma, Mars Films et Alvy Productions
Avec la participation de TPS Star, Canal+ et CinéCinéma
Scénario : Marc Esposito
Image : Pascal Caubère
Directeur de production : Claude Parnet
Régie : Eric Duchêne
1er assistante réalisateur : Carole Amen

Casting :
Edouard Baer : Victor, patron d’un magazine automobile
Benoît Magimel : Bruno, ancien braqueur fan d’autos
Diane Bonnot : Agathe, la femme de Victor, prof de français
Leonie Simaga : Anna, la femme de Bruno
Atmen Kélif : Sami, le directeur artistique du magazine
Anthony Levesque : Roland, le frère d’Anna
Albane Duterc : Gigi, une collègue de Victor
Solo : Augustin, fournisseur de « coups faciles »
Riton Liebman : Thierry, un collègue de Victor

A BOUT PORTANT : Bonne surprise hexagonale

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aboutportantafficheThriller, film d’action et cinéma français, voici des notions qui ne se sont que rarement mariés. Et encore moins souvent, pour des mariages heureux. Guillaume Canet a pourtant montré la voie avec son formidable Ne le Dis à Personne. Fed Cavayé emprunte le même chemin avec A Bout Portant, avec un film rare pour le cinéma hexagonal.

Samuel est aide-soignant, sur le point de devenir papa et de passer le concours d’infirmier. Un jour, un truand blessé par balles est amené dans son service. Peu après, il s’interpose face à un homme visiblement venu pour achever le blessé. Il pense alors avoir simplement accompli un geste héroïque. Mais son geste va le plonger dans un cauchemar de plus en plus profond et mettra en danger la vie de sa femme et de son futur enfant.

Si A Bout Portant est relativement enthousiasmant, c’est que l’on ne s’attend vraiment pas à ça pour un film français. Le cinéma hexagonal n’est pas avare en très bon polar, mais ils prennent souvent la forme de film noir, doté d’une bonne dose de psychologie. Ils brillent rarement par leurs rebondissements incessants et leur rythme échevelé. C’est pourtant le cas de ce film parfaitement maîtrisé et particulièrement réussi.

Alors évidemment, on peut toujours rechigner en disant que si ce film avait été une production hollywoodienne, il aurait été jugé réussi certes, mais relativement classique. Objectivement, ces remarques sont fondées, mais on peut tout de même se réjouir d’en voir naître une bien de chez nous, avec un fond culturel qui nous parle réellement, même si ceux des films américains nous sont aussi, à force, parfaitement familiers.

Le parallèle avec Ne le Dis à Personne est difficilement évitable sur bien des points. Certes, le scénario de A Bout Portant est nettement plus basique. Mais certaines scènes d’action, dont notamment une poursuite à pied haletante, ressemblent presque à un clin d’œil. Et oui, en France, on ne donne peut-être pas dans le délire pyrotechnique ou la destruction massive de voitures, mais on sait tout de même réaliser des scènes d’action qui tiennent la route et ne sont pas loin, parfois, de littéralement nous scotcher au fauteuil.

aboutportantComme je l’ai évoqué, la plus grande limite de A Bout Portant reste son scénario. Niveau rythme, il n’y a vraiment rien à dire et il faut vraiment le souligner car c’est souvent là où pêchent bien des productions hexagonales. Les rebondissements sont nombreux, mais sans jamais nous prendre totalement au dépourvu. Mais sa vraie faiblesse reste dans ses personnages, qui même s’ils peuvent nous inspirer une réelle sympathie ou au contraire une forte antipathie, il faut bien avouer qu’ils ne présentent pas non plus un intérêt fantastique. Certains pourront donc dire que le film abandonne ici ce qui fait d’habitude la force du cinéma français. Mais que voulez-vous on ne peut pas tout avoir, même au cinéma… Enfin si, ça arrive, mais tous les quatre matins non plus.

La relative faiblesse des personnages entraîne du coup une interprétation qui ne reste parfois au ras du cliché. Gilles Lellouche, quelque peu à contre emploi, et Gérard Lanvin, dans un rôle par contre tout à fait classique pour lui, n’économisent guère leur énergie, mais ils ont bien du mal à donner de l’épaisseur à leurs personnages respectifs. Mais heureusement, Roschdy Zem est là. Il est certes aidé par un rôle nettement plus ambiguë et complexe que ses deux compères, mais il faut reconnaître qu’il est réellement en train de devenir un très très grand acteur au registre extrêmement large et il le prouve ici une nouvelle fois.

A Bout Portant a donc réussi là où la plupart des productions Besson se plantent. Certes, ce n’est pas du grand cinéma, il possède bien des imperfections, mais aussi énormément de qualités. Et des qualités rares par chez nous !

Fiche technique :
Production : LGM films, Gaumont
Distribution : Gaumont
Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé, Guillaume Lemans
Montage : Benjamin Weill
Photo : Alain Duplantier
Son : Pierre Mertens, Alain Feat, Marc Doisne
Musique : Klaus Badelt
Durée : 85 mn

Casting :
Gilles Lellouche : Samuel
Roschdy Zem : Hugo Sartet
Gérard Lanvin : Commandant Werner
Elena Anaya : Nadia
Mireille Perrier : Commandant Fabre
Claire Perot : Capitaine Susini
Valérie Dashwood : Capitaine Moreau

RED : Les vieux ont la cote

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redafficheLa mode est visiblement aux vieux sur le retour. Après, le très musclé, mais très réussi, the Expandables, voici Red, qui lui joue beaucoup plus la carte de la comédie parodique. Leur point commun : Bruce Willis. Mais s’il ne faisait qu’une courte apparition dans le premier, il est ici l’acteur principal d’un casting particulièrement réjouissant. Au final, on obtient un film très drôle et très divertissant.

Franck Moses est un relativement jeune retraité dans une banlieue américaine sans histoire. Son seul rayon de soleil : appeler sous n’importe quel prétexte sa conseillère de sa caisse de retraite, qu’il n’a jamais vu, mais avec qui il flirte allégrement. Mais un jour, un commando de tueurs débarque chez lui et lui rappelle qu’il n’y pas si longtemps, il était encore un des agents les plus efficaces de la CIA.

Red est symbolique d’un nouveau style de parodie, largement influencé par le cinéma de Quentin Tarantino. Un genre parodique, mais réalisé exactement comme les films du genre dont il se moque. Il ne s’agit donc pas d’une grosse farce à la Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion, qui se moquait alors de la mode des films catastrophes. Non il s’agit d’un vrai film d’action, avec un rythme, un scénario, des scènes typiques du genre, mais parsemés d’éléments comiques entre premier et second degré.

Et Red est une réussite sur les deux plans. Les scènes d’action sont tournées avec talent. Ni trop longues, ni trop courtes, filmées sans génie, mais sans les transformer en clip vidéo, elles agrémentent le film et permettent au spectateur de ne pas s’ennuyer une seule seconde. Le tout est porté par un scénario certainement pas révolutionnaire, qui ne vous fera pas mal à la tête, mais qui vous divertira pendant 1h50.

L’aspect comique est lui aussi à la hauteur. Il repose principalement sur deux acteurs. D’un côté, Helen Mirren nous livre un personnage pince-sans-rire dont l’humour au second degré est un vrai régal. On en attendait pas moins d’une actrice qui a été primée à la fois aux Oscars, à Cannes et à Venise au cours de sa longue carrière, excusez du peu. A l’opposé, le grand John Malkovitch apporte lui un humour très premier degré, mais livré avec le talent qu’on lui connaît. Si tous les personnages avaient été comme lui, Red aurait été tout simplement insupportable et lourdingue, mais là, il apporte avant tout une touche de fraîcheur et de vrais éclats de rire.

redMais le vrai couple vedette de Red est bien sûr le duo Bruce Willis – Mary Louise Parker. Pour le premier, pas de surprise, il nous livre une prestation chargée de son charisme habituel et de son inimitable lever de sourcils pendant l’action. De toute façon, le film a clairement été taillé pour lui, il s’y sent donc particulièrement à l’aise. A ses côtés, les fans de Weeds seront heureux de retrouver une de leur héroïne préférée et ceux qui, comme moi, ont revu récemment Beignets de Tomates Vertes, se diront que la jeune fille est devenue une femme magnifique et charmante. Allez, soyons honnêtes, ce n’est pas la plus grande actrice de l’histoire du 7ème art non plus, mais ce film n’est pas non plus en lice pour l’Oscar.

Red reste donc un cocktail agréable d’humour et d’action. Un cocktail que j’ai bien failli ne pas goûter, tant la bande-annonce me faisait craindre le navet lourdingue. Il n’en est rien. On n’est pas ici face à un chef d’œuvre, mais face à un divertissement relativement réjouissant.

Fiche technique :
Production : Di Bonaventura Picturesa, Summit Entertainment, DC Entertainment
Distribution : SDN
Réalisation : Robert Schwentke
Scénario : Jon Hoeber, Erich Hoeber
Montage : Thom Noble
Photo : Florian Ballhaus
Format : 35mm
Décors : Alec Hammond
Musique : Christopher Beck
Effets spéciaux : James Madigan
Durée : 111 mn

Casting :
Bruce Willis : Franck Moses
Morgan Freeman : Joe Matheson
John Malkovich : Marvin Boggs
Helen Mirren : Victoria
Karl Urban : William Cooper
Mary-Louise Parker : Sarah
Brian Cox : Ivan simanov
richard Dreyfuss : Alexander Dunning
Ernest Borgnine : Henry

MANON : Noir, blanc, sublime

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manonafficheAdapter une œuvre littéraire au cinéma, mais en transposant l’histoire dans une toute autre époque que celle de l’œuvre originelle, constitue souvent un choix osé et sujet à polémique. Mais c’est aussi un moyen de montrer que les sentiments humains sont intemporels, en particulier l’amour. C’est ainsi que les Liaisons Dangereuses ont souvent été l’objet d’une telle transposition. Mais ce fut également le cas en 1949 de Manon Lescaut, porté au cinéma par Henri-Georges Clouzot sous le simple titre de Manon.

Un navire de marine marchande en pleine Méditerranée. A son bord, cachés dans la cale, des familles juives, réchappées du génocide, qui s’apprêtent à immigrer clandestinement en ce qui est encore appelé la Palestine. Mais aussi, un couple de passagers clandestins qui finissent par se faire prendre et sont emmenés dans la cabine du Capitaine. Là, l’homme est reconnu comme étant, Robert Desgrieux, un homme recherché pour meurtre. Il est alors décidé des les livrer à la police lors de leur escale à Alexandrie. Pour y échapper et convaincre le Capitaine de les débarquer avec les autres passagers, ils racontent leur histoire.

Le roman de l’Abbé Prévost avait été jugé scandaleux et condamné à être brûlé en 1733 et 1735. Il constitue une des œuvres les plus audacieuse de l’histoire de la littérature. Cette histoire d’amour « entre un fripon et une câtin » pour reprendre les mots de Montesquieu (oui, j’aime bien cité Montesquieu, comme ça, juste pour faire bien) ne correspondait pas vraiment aux canons de l’amour courtois alors en vigueur, en particulier sous la plume d’un ecclésiastique.

Deux siècles plus tard, de l’eau avait passé sous les ponts, mais il régnait encore un puritanisme très fort sur l’industrie cinématographique. Cela était certes moins vrai en France qu’à Hollywood, mais tout de même, on ne badinait pas impunément avec la morale. Mais ce n’était pas le genre de chose à arrêter Henri-Georges Clouzot, capable, en pleine occupation, de sortir un film, le Corbeau, dont le thème principal était la délation. Une vraie audace scénaristique, mais aussi visuelle puisque on peut voir dans Manon le sein nu de l’héroïne, chose quasi impensable pour l’époque.

manonCette audace, cette noirceur, ce réalisme des sentiments auront peut-être choqué à l’époque, mais n’auront pas freiné le succès de Manon, récompensé notamment par le Lion d’Or au Festival de Venise. Il faut dire qu’au-delà des thèmes abordés, Henri-Georges Clouzot nous livre là un chef d’œuvre d’un esthétisme que seul permet le noir et blanc. Ce dernier, au cinéma comme pour la photographie, permet de réaliser des portraits à nul autre pareil. L’expressivité des personnages est sublimée, donnant parfois quelque peu l’impression que les acteurs surjouent. Mais à l’époque, sans effets spéciaux, où les décors de grande ampleur étaient réservés aux super-productions hollywoodiennes, les comédiens formaient le pilier central sur lequel devait s’appuyer tous les flims. Et Henri-Georges Clouzot n’a eu guère d’équivalent pour les mettre en valeur.

Manon possède d’ailleurs un casting riche. Axé autour d’un sublime trio Cécile Aubry – Michel Auclair – Serge Reggiani (dont on oublie trop souvent qu’il fut avant tout un immense acteur), il nous permet de profiter pleinement de cette histoire d’amour dramatique et intemporelle. Les plus cinéphiles s’amuseront aussi à retrouver un Michel Bouquet d’à peine 25 ans et même à assister aux débuts à l’écran de Rosy Varte… Mais si rappelez-vous, l’actrice qui interprétait Maggy à la télévision !

Manon nous parle donc de tout ce que les hommes d’aujourd’hui, d’hier et de demain sont prêts à faire par amour. Et quand cette histoire est racontée par un réalisateur qui n’aura été surpassé peut-être que par Orson Welles dans sa maîtrise technique du noir et blanc, cela donne un immense classique intemporel du cinéma français.

Fiche technique :
Titre : Manon
Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Scénario : Henri-Georges Clouzot et Jean Ferry, d’après le roman de l’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost
Musique : Paul Misraki
Photographie : Armand Thirard
Année : 1948
Genre : drame
Durée : 100 mn
 
Casting :
Cécile Aubry : Manon
Michel Auclair : Robert Desgrieux
Serge Reggiani : Léon Lescaut
Gabrielle Dorziat : Mme Agnès
Andrex : Le trafiquant
Raymond Souplex : M. Paul
André Valmy : Le lieutenant Besnard
Henri Vilbert : Le commandant du navire
Héléna Manson : La commère
Dora Doll : Juliette
Simone Valère : Isé, la soubrette
Gabrielle Fontan : La vendeuse à la toilette
Michel Bouquet : Le second
Robert Dalban : Le maître d’hôtel
Jean Hébey : L’hôtelière
Jean Témerson : Le portier du ‘Magic’ (sous le nom de Témerson)
Edmond Ardisson (sous le nom de Ardisson)
Don Angel : Soldat qui danse avec Manon
Wanda Ottoni
Rosy Varte
 

BURIED : Claustrophobes s’abstenir !

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buriedafficheParfois un réalisateur a une idée un peu folle. Une idée qui semble saugrenue et dont il est tentant de penser qu’elle ne se transformera jamais en film digne d’intérêt. Raconter une histoire en montant les scènes dans un ordre chronologique inverse ? Vous n’y pensez pas… Et pourtant, cela a donné Memento, le premier chef d’œuvre de Christopher Nolan. Tournez un film qui se passerait uniquement à l’intérieur d’un cercueil, uniquement éclairé au briquet ou à l’écran de portable ? Inimaginable… Pourtant Rodigro Cortes l’a osé et nous offre ce formidable Buried.

Paul Conroy est chauffeur de poids-lourd en Irak. Après que son convoi ait été attaqué, il reprend connaissance enfermé dans un cercueil, enterré sous une bonne couche de sable. Son seul lien avec le monde extérieur : un téléphone portable dont la batterie n’est pas éternelle.

Pour Buried, Rodigro Cortes a du faire face à deux défis. Le premier est relativement technique. Comment varier les plans dans un espace aussi exiguë ? Essayez de prendre en photo sous différents angles une pièce de dimension modeste et vous comprendrez très vite les difficultés rencontrées.

Mais le défi va ici encore plus loin. Il ne s’agit pas uniquement de nous montrer ce qui se passe, mais de nous faire partager les angoisses du personnage. Et à ce niveau, la réussite est au rendez-vous. Buried est un film à déconseiller à toute spectateur atteint de claustrophobie. Le film s’appuie énormément sur cette peur relativement primale. Rodigro Cortes n’est pas le premier à s’y essayer, mais il pousse le concept à l’extrême, tout en gardant une parfaite maîtrise. Il ne s’agit pas d’un film expérimental, mais simplement d’une idée audacieuse exploitée à son maximum. L’espace, la lumière et le son sont totalement appréhendés pour servir le propos du réalisateur.

buriedLe second défi consistait dans l’écriture d’un scénario qui nous offre assez de rebondissements pour maintenir l’intérêt du spectateur du bout en bout. C’était sans doute là la clé qui pouvait faire basculer Buried d’un côté ou de l’autre de la réussite. Sans être génial dans son contenu, le scénario déploie assez d’intelligence pour que le challenge soit parfaitement relevé. Son plus grand mérite réside dans sa capacité à faire monter la pression peu à peu jusqu’à un final de toute beauté. Cette histoire n’était sûrement pas facile à conclure et une fin ratée aurait pu tout gâcher. Heureusement, il n’en est rien, bien au contraire.

Rarement un film n’aura reposé autant sur un seul acteur. Dans le cercueil, il n’y a pas de place pour deux et Ryan Reynolds est le seul acteur apparaissant à l’écran. Il dialogue avec d’autres acteurs qui ont prêté leur voix aux personnages qu’il a bout du fil, mais à l’image, on ne voit que lui. Là aussi, il y’avait un vrai challenge et qui est encore une fois relevé avec une grande réussite. Ce n’est pas la plus grande performance d’acteur du siècle, mais vue la promiscuité entre le personnage et le spectateur, il valait mieux que l’interprétation soit porteuse d’un minimum de talent.

Buried fait donc partie de ces films qui marquent, parce que réellement uniques. Alors quand ils sont en plus très réussis à tout point de vue, cela donne une de perle cinématographique de l’année.

Fiche technique :
Production : Versus Entertainment, The Safran Company, Dark Trick Films, Studio 37
Distribution : Rezo films
Réalisation : Rodrigo Cortés
Scénario : Chris Sparling
Montage : Rodrigo Cortés
Photo : Eduard Grau
Musique : Victor Reyes
Effets spéciaux : Alex Villagrasa
Durée : 95 mn

Casting :
Ryan Reynolds : Paul Conroy

LE NOM DES GENS : Du rire intelligent

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lenomdesgensafficheQu’est ce qui constitue notre identité ? Voilà une question fort profonde, mais qui peut être traitée avec intelligence et surtout beaucoup d’humour. La preuve en est avec Le Nom des Gens une très bonne comédie française qui sait être à la fois drôle et intelligente. Même si certains riront plus que d’autre.

Bahia Benmahmoud et Arthur Martin sont différents du tout au tout. L’une est extravertie, jeune et délurée, l’autre est discret, quadragénaire et un rien coincée. Ils portent néanmoins tous deux sur leurs épaules le poids de l’histoire familiale. Une attraction irrésistible naît pourtant entre les deux. Mais leur histoire résistera-t-elle à un léger point de détail : s’ils partagent tous les deux les mêmes convictions politiques, la belle Bahia mène la lutte d’une manière plutôt originale : elle couche avec les gens de l’autre bord pour les convertir…

Le Nom des Gens parle de choses sérieuses, voire très sérieuses, comme la Shoah, mais avec un humour réjouissant qui ne compromet en rien la finesse du propos. C’est vraiment là que réside le grand intérêt de ce film, car arriver à un tel équilibre n’est pas chose aisée et Michel Leclerc y est arrivé à la perfection. De l’intelligence rafraîchissante, jamais prise de tête, mais qui nous amène dans une vraie réflexion. Bref, on retrouve là ce que le cinéma français sait faire de mieux, mais qu’il ne fait malheureusement pas si souvent que ça.

Le film parle aussi beaucoup de politique. Et là, je dois bien l’admettre, il vaut mieux être du bon bord pour totalement apprécier ce film… ou alors avoir beaucoup d’humour. Car pour rire réellement à plein poumon en voyant la jeune Bahia fondre en larmes après avoir été contrainte de voter Chirac en 2002, il vaut mieux, à mon sens, avoir eu la même réaction à l’époque… Ok, je change de sujet, parce que j’ai quelques larmes qui me montent aux yeux…

lenomdesgensPlus généralement, la principale limite de Le Nom des Gens réside dans son inégalité. Que ce soit dans l’humour ou la réflexion, il recèle quelques moments un peu faibles. Oh rien de bien méchant, ni de bien long surtout, rien qui ne gâte réellement le plaisir, mais juste assez pour ne pas classer ce film parmi les petits chef-d’œuvres. Il reste un film remarquable, bourré de qualités vraiment rares, mais il manque un petit je ne sais quoi pour en faire véritablement un film culte.

Le Nom des Gens est largement porté par son duo d’acteurs. On ne présente plus Jacques Gamblin et on s’étonnera surtout pas qu’il soit dans ce film, comme à son habitude, réellement excellent. Un films entre sérieux et comédie, c’est tout à fait ce qu’il lui faut, lui qui brille aussi bien dans un registre que dans l’autre. A ces côtés, la magnifique, la pétillante, la troublante Sara Forestier. Il est loin le temps de l’Esquive, où elle n’avait d’actrice que le titre. Désormais, elle joue la comédie et rayonne à l’écran. De toute façon sans une actrice au charme dévastateur, jamais son personnage n’aurait jamais eu la moindre crédibilité.

Le Nom des Gens est donc une comédie intelligente des plus réussie qui séduira peut-être plus un électorat que l’autre… Mais enfin, comme dans le film, qui pourrait résister à Sara Forestier ?

Fiche technique :
Production : Delante Films, Kare productions
Réalisation : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc, Baya Kasmi
Montage : Nathalie Hubert
Photo : Vincent Mathias
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Distribution : UGC Distribution
Musique : Jérôme Bensoussan, David Euverte
Durée : 95 mn

Cating :
Jacques Gamblin : Arthur Martin
Sara Forestier : Bahia Benmahmoud
Zinedine Soualem : Mohamed Benmahmoud
Jacques Boudet : Lucien Martin
Michelle Moretti : Annette Martin
Carole Franck : Cécile Benmahmoud
Lionel Jospin : Lionel Jospin

INSIDE JOB : Simplement indispensable

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insidejobafficheLa crise économique que nous venons de connaître et que nous nous connaissons encore a fait couler beaucoup d’encre. Les facteurs qui l’ont déclenchée touchent à la finance et ne sont pas toujours évidents à saisir. L’excellent documentaire Inside Job, actuellement sur nos écrans, nous aide à y voir plus clair et à comprendre avant tout ce qui a conduit le système financier à connaître un tel séisme. Et surtout à démontrer qu’ils étaient nombreux à savoir qu’on en arriverait là et que personne n’a rien fait, de peur de compromettre les profits à courts termes.

Inside Job possède un narrateur de choix puisqu’il s’agit de Matt Damon. Cependant, le film repose surtout et avant tout sur des interviews d’acteurs divers et variés, dont par exemple Dominique Strauss-Kahn et Christine Lagarde. Il liste aussi tous ceux ayant refusé d’être interrogés, et ils sont nombreux, et bizarrement il s’agit surtout de gens qui auraient éventuellement de petites choses à se reprocher…

Mais d’autres ont fait face et essayent tant bien que mal de se justifier. Le plus souvent plus mal que bien et certains, sentant le contrôle leur échapper, tentent d’esquiver les questions. C’est sûrement le plus grand intérêt d’Inside Job d’arriver à mettre un certain nombres de responsables devant leurs contradictions et leurs… responsabilités (puisque, logiquement, un responsable en a). Leurs réactions face à elles en disent un million de fois plus que tous les discours du monde. Un silence gêné, un bafouillement soudain, un argument d’une faiblesse sidérante sorti sous le coup de la panique… autant de propos involontaires qui ont au moins le mérite de la franchise.

A côté de ça, Inside Job possède à la fois une grande force et une grande faiblesse. En effet, si vous vous êtes déjà largement renseignés sur le sujet, le film ne comportera pas non plus d’informations spectaculairement nouvelles. Par contre, si vous voulez un panorama complet et clair, qui vous expliquera simplement mais non de manière simpliste le pourquoi du comment, alors ce film est fait pour vous. Il constitue de ce qui se fait de mieux en la matière. Dans tous les cas, vous trouverez le propos passionnant et surtout remarquablement tenu.

Si je devais faire une seule critique, qui n’en est pas vraiment une, je dirais que j’ai tout de même préféré, sur le même sujet, le film de Michael Moore : Capitalism a Love Story. Bien sûr, leur nature n’est pas tout à fait la même. Inside Job est un documentaire, l’autre un pamphlet à charge. Mais pour le premier l’accroissement des inégalités constitue l’élargissement final, quand il constitue le point de départ du second. Je trouve cette dernière démarche plus pertinente, mais c’est une opinion toute personnelle.

insidejobOn pourra aussi reprocher à Inside Job un certain angélisme quand il aborde les mesures prises par l’Union Européenne en termes de régulation financière, qui ne sont pas, contrairement à ce qui est dit, spectaculairement plus poussées que le plan de Barack Obama. C’est un point de détail certes, mais qui montre que quoi que l’on fasse, un tel sujet ne peut être traité sans au moins une petite part de subjectivité. Cependant, Inside Job laisse la parole à toutes les parties qui exposent leur point de vue en tout liberté. Après, quand on les titille un peu, parfois, le masque tombe, mais non ne va pas non plus reprocher aux auteurs d’avoir fait ce que devrait faire tout journaliste digne de ce nom.

Inside Job est donc un documentaire passionnant, pédagogique et indispensable à tous ceux qui cherche une source claire pour mieux comprendre les heures que nous vivons et surtout les mécanismes qui nous y ont conduit.

Fiche technique :
Production : Sony Pictures Classics, Representational Pictures
Réalisation : Charles Ferguson
Scénario : Charles Ferguson
Montage : Chad Beck, Adam Bolt
Photo : Kalyanee Mam, Svetlana Cvetko
Distribution : Sony pictures
Son : John Bowen
Durée : 100 mn

DATE LIMITE : Du rire crescendo

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datelimiteafficheLe duo comique formé d’un maladroit collant et d’un stressé sûr de lui est presque aussi vieux au cinéma que le cinéma lui-même. Au début, l’un déteste l’autre, mais au final, ils terminent super amis. Le schéma est connu, classique et sans surprise, mais quand ça fonctionne bien, ça continue d’offrir de très bons moments de détente et de rire. Voici, un nouvel exemple avec Date Limite, de Todd Philipps, qui nous avait fait mourir de rire il y’a un an avec son Very Bad Trip.

Peter Highman est pressé de rentré à Los Angeles car sa femme doit accoucher d’ici quelques jours. Malheureusement, il croise à l’aéroport Ethan Tremblay, aussi collant que maladroit. Suite à un quiproquo, ils se retrouvent tous les deux interdits de vol et se voient contraints de faire la longue route ensemble.
 
En fait, Date Limite est moins focalisé sur l’humour et plus sur les personnages, leurs relations, leurs états d’âmes, leur philosophie. On n’ira pas jusqu’à parler de réelle profondeur, mais le réalisateur cherche clairement à nous faire réellement connaître ses personnages et à faire naître l’attachement chez le spectateur. Sauf que cela reste relativement basique et ne présente pas de réel intérêt. Ou du moins, pas un intérêt à la hauteur du temps qui est consacré à cet aspect.

Heureusement, Date Limite va crescendo dans l’humour. Cet aspect-là prend de plus en plus de place au fil des minutes. Et c’est vraiment tant mieux, car à ce niveau-là, Todd Philipps possède un talent rare. Certes, cela reste cantonné au premier degré, mais cela fonctionne tellement bien que l’on ne voit pas pourquoi il chercherait à faire plus subtil. La dernière demi-heure est vrai bon moment d’humour intense qui vous fait rire à gorge déployée. Elle permet surtout de rester sur une très bonne impression et d’oublier un peu le début quelque peu poussif.

datelimiteDate Limite, comme tout film de ce type, repose énormément sur ses deux acteurs principaux. Et là encore, le bilan n’est pas homogène. En effet, Robert Downey Jr se contente vraiment du minimum, usant et abusant de son charme naturel, sans vraiment avoir l’air de trop fatiguer son talent. Du coup, il a bien du mal à donner l’ampleur à son personnage que Tood Philipps semblait souhaiter. A l’inverse, Zach Galifanakis s’en donne à cœur joie. Du coup, certains pourront dire qu’il en fait peut-être un tantinet trop. Mais comme son compère lui laisse tout le champs libre, il aurait bien eu tort de s’en priver. L’un ne compense pas tout à fait l’autre, mais s’il avait été lui aussi un ton en dessous, ce film aurait été vraiment raté.

Date Limite constitue donc une comédie sympathique, dont l’excellente dernière demi-heure nous permet de lui pardonner ses quelques faiblesses initiales. Tood Philipps est parti pour devenir un grand réalisateur de comédie. Espérons qu’il sache se focaliser sur ce qu’il sait faire de mieux.

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Legendary Pictures, Green Hat Films
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Todd Phillips
Scénario : Alan R. Cohen, Alan Freedland, Adam Sztykiel, Todd Phillips
Montage : Debra Neil-Fisher
Photo : Lawrence Sher
Décors : Bill Brzeski
Musique : Christophe Beck
Durée : 100 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Peter Higman
Zach Galifianakis : Ethan Tremblay
Michelle Monaghan : Sarah Hoghman
Jamie Foxx : Darryl
Juliette Lewis : Darryl
Danny McBrde : Lonnie
RZA : le douanier à l’aéroport 

POTICHE : Ozon oserait presque

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poticheafficheFrançois Ozon est une des valeurs sûres du cinéma français, voir même mondial, puisqu’il a déjà eu la chance de tourner aussi de l’autre côté de l’Atlantique. Mais je me souviens bien de ma critique de Angel que j’avais intitulée « Si Ozon osait ». En effet, malgré une impressionnante maîtrise technique et une grande diversité dans les genres abordés, il nous livre toujours des films brillants mais très académiques. Qu’en est-il de son dernier long métrage, Potiche ?

Robert Pujol est le patron d’une usine de parapluies dans le Nord. Un patron réactionnaire et tyrannique, détesté par tous ses employés. Et il se comporte exactement de la même façon chez lui, où sa femme, Suzanne est reléguée au rang de potiche. Mais une grève et un infarctus vont largement modifier les rôles.

Potiche est tirée d’une pièce de Barrillet et Grédy, qui furent les rois du théâtre de boulevard des années 60 et 70, mettant très souvent Jacqueline Maillant en vedette. Après 8 Femmes, François Ozon nous montre une nouvelle fois un vrai talent d’adaptateur, permettant au spectateur d’échapper à l’impression d’assister à du théâtre filmé. Nous sommes là réellement au cinéma. Et du bon cinéma.

Potiche est donc avant tout une comédie. Une comédie qui nous propose une large palette d’humour entre premier et quinzième degré. On s’amuse tout le temps, on éclate de rire quelques fois et surtout jamais on ne s’ennuie. Ce film pourra donc séduire un large public. Cela prouve encore une fois à quel point François Ozon est un réalisateur polyvalent, aussi talentueux dans la subtilité que dans un humour plus direct.

Potiche se distingue aussi par un vrai fond social. Là encore, François Ozon fait preuve d’une réelle habileté. En effet, d’un côté, le film joue sur la nostalgie d’une époque, les années 70, par les costumes et les décors qui font tout pour nous y replonger. De l’autre, le film s’applique à montrer, sans en avoir l’air, que les combats menés par les personnages sont bien toujours d’actualité. Il multiplie les clins d’œil pour créer des ponts entre nos deux époques, pour montrer que même si beaucoup de progrès ont été réalisés, il reste encore bien du chemin à parcourir.

poticheC’est pour cela que je placerais vraiment Potiche parmi les meilleurs films de François Ozon. En effet, il véhicule réellement une opinion qui provient du plus profond des convictions du réalisateur. Alors bien sûr, il reste encore un tantinet ce côté très académique, mais au moins, on sent que le réalisateur s’est investi dans l’écriture de ce scénario, ce qui lui donne ainsi un côté assez personnel à ce film.

Un mot enfin sur le casting. Quand on s’appelle François Ozon, on est capable de rassembler devant sa caméra trois monstres sacrés comme Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Fabrice Luchini. Cela rend évidemment les choses beaucoup plus faciles. Cependant, on doit reconnaître au réalisateur un vrai talent dans la direction d’acteurs. Depardieu et Luchini ne sont pas toujours les derniers à cabotiner, mais ils livrent ici deux prestations parfaitement maîtrisées.

Potiche est donc un film qui pourra séduire un large publique. A la fois drôle et engagé, il confirme une nouvelle fois le talent polymorphe de François Ozon.

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Scope pictures
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon, d’après la pièce de Barillet et Grédy
Montage : Laure Gardette
Photo : Yorick Le Saux
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Philippe Rombi
Durée : 103 mn

Casting :
Catherine Deneuve : Suzanne
Gérard Depardieu : Maurice Babin
Fabrice Luchini : Robert Pujol
Karin Viard : Nadège
Judith Godrèche : Joëlle
Jérémie Renier : Laurent Pujol
Sergi Lopez : le routier espagnol
Elodie Fregé : Suzanne (jeune)