Le thème du couple interculturel est à la mode ces dernières années dans le cinéma français. C’est un sujet récurent dans notre société, il est donc normal que le 7ème art, qui en est un miroir, s’en empare régulièrement. Mais du coup, on est tenté d’établir des comparaisons entre les différents longs métrages. Avec Il Reste du Jambon ?, on pense immédiatement à Mauvaise Foi. Malheureusement, Anne Depetrini n’arrive pas à trouver la même justesse que Roschdy Zem.
Djalil et Justine se rencontrent, s’aiment et finissent par emménager ensemble. L’histoire pourrait être simple et terriblement banale, si l’un n’était pas français d’origine algérienne et l’autre une Française plus « traditionnelle ». Ils semblent se moquer des différences culturelles et religieuses. Mais pour leurs familles respectives, c’est plus difficile à accepter. Ces tensions vont-elles finir par ruiner leur couple ?
Il Reste du Jambon ? souffre d’un gros défaut : ça se veut drôle, mais c’est juste lourdingue. Et on pourra lui trouver toutes les autres qualités du monde, une comédie pas drôle, c’est tout de même relativement rédhibitoire. Il y’a bien quelques moments qui nous arrachent un sourire, voire même quelques vrais éclats de rire. Mais on soulève aussi souvent les sourcils, prenant un air un peu consterné par le spectacle proposé. La courte apparition d’Eric Judor en est le meilleur exemple. Un passage à l’écran qui nous rappelle les pires moments des films avec son compère Ramzy. C’est dire !
Si c’est un peu lourdingue, c’est surtout que l’humour se base quasi uniquement sur l’exploitation de tous les clichés possibles et imaginables à propos de l’islam, des émigrés, de la banlieue… et de la bourgeoisie française. Rire des clichés pour mieux les dénoncer ? Pas vraiment, cela sonne plutôt ici comme un manque criant d’imagination et surtout de subtilité. C’est vraiment sur ce dernier point que la différence est énorme avec Mauvaise Foi. Dans Il Reste du Jambon ?, tout est au premier degré et cela décrédibilise totalement le propos.
C’est dommage car il y’a quelques moments tout de même où Il Reste du Jambon ? sonne vraiment juste. Ce sont les moments où il arrête d’essayer d’être drôle, pour prendre un ton plus grave. Oh rien de très sombre, mais juste une farce qui s’efface pour laisser place à un peu plus d’émotion et de sérieux. On voit là que ce film était porteur d’un certain potentiel, malheureusement bien mal exploité.
On reconnaîtra à Anne Depetrini un vrai talent dans la direction d’acteurs. En effet, rarement, pour ne pas dire jamais, Ramzy Bedia n’aura autant ressemblé à un vrai acteur et non un comique cabotin grimaçant et incontrôlable. Non pas qu’il mérite un César pour ce rôle de médecin hospitalier, qui ne fera pas vraiment pâlir George Clooney, mais au moins, il n’en fait jamais trop. A ses côtés, on retrouve la charmante Anne Marivin, qui nous prouve qu’il n’y pas besoin d’avoir le physique d’une bimbo siliconée pour être absolument craquante.
Il Reste du Jambon ? ne brille pas par la forme, très rarement par le fond. Cela fait peu de raison de se réjouir.
Fiche technique : Production : Les films du Cap, 4 mecs à lunettes production, TF1 Films, Gaumont Distribution : Gaumont distribution Réalisation : Anne Depetrini Scénario : Anne Depetrini, Benjamin Guedj, Ramzy Bedia Montage : Béatrice Herminie Photo : Christophe Offenstein Décors : Johann Georges Musique : Akhenaton Durée : 90 mn
Casting : Ramzy Bedia : Djalil Anne Marivin : Justine Marie-France Pisier : Nicole Mohamed Fellag : Mahmoud Biyouna : Houria Jean-Luc Bideau : Charles Géraldine Nakache : Sophie Leïla Bekhti : Anissa Alex Lutz : Benoit
Ah les films de capes et d’épées de notre enfance. Du temps où Le Bossu, le Capitan ou les Trois Mousquetaires passaient tous les ans à la télé, où Jean Marais nous donnait envie de nous mettre à l’escrime. Il est loin ce temps et le genre est un peu tombé en désuétude. Bertrand Tavernier aurait pu le faire renaître avec sa Princesse de Montpensier. Au-lieu de ça, il signe un mélo tristounet.
Marie de Mézières est promise au plus jeune des fils du Duc de Guise, alors qu’elle est amoureuse de son frère aîné. Mais son père change subitement d’avis et la marie finalement au Prince de Montpensier. Elle part alors vivre sa vie de Princesse dans un château loin de tout, et surtout de la guerre qui fait rage. Cependant, la sagesse qu’elle semble avoir acquise n’a en rien diminué l’extraordinaire pouvoir qu’elle exerce sur les hommes.
Pour sa Princesse de Montpensier, Bertrand Tavernier s’est donné les moyens de réussir. Casting brillant, costumes et décors splendides et un classique de la littérature comme base pour le scénario. Le succès semblait inévitable, mais il est passé totalement à côté. C’est un vrai gâchis, surtout que ce n’est pas forcément l’essentiel qui cloche, mais trop de détails constituant autant de tue l’amour.
Pour moi, le plus gros défaut reste la prestation d’une médiocrité à peine croyable des acteurs. Même Lambert Wilson déclame son texte plus qu’il ne le joue, comme s’il faisait partie d’une troupe de théâtre amateur, écumant les MJC de Poitou-Charentes (je n’ai rien contre les MJC du Poitou-Charentes, j’aurais pu tout aussi bien choisir n’importe quelle autre région, mais je trouvais que ça sonnait bien). Il faut dire que les acteurs ne sont pas vraiment aidés par les dialogues. Ca sonne comme du mauvais théâtre classique et on peut être à peu près sûr que personne sur terre n’a jamais parlé comme ça. Je dirais bien aussi beaucoup de mal de Gaspard Ulliel, mais j’en pensais déjà beaucoup, alors ça serait trop facile.
Un autre élément qui ne fonctionne pas, mais alors pas du tout, ce sont les scènes de combats ou de batailles. On y croit autant qu’à l’élection de Raymond Domenech au titre de personnalité française la plus populaire. En ayant l’air de manier une épée comme une manette de Wii, Lambert Wilson arrive tout de même à occire une bonne demi-douzaine d’adversaires qui l’attaquent un par un avec la lenteur d’un escargot après une entorse. Et je ne vous parle même pas du Duc de Guise qui se ballade à cheval au milieu d’un champ de bataille où tout le monde semble ravi de se faire tuer par lui.
Il ne reste plus donc qu’une histoire d’intrigues amoureuses à tiroir, vu le nombre impressionnant de prétendants que possèdent la belle Marie de Montpensier. Elle aurait pu posséder une certaine grandeur et une réelle noblesse si les défauts que je viens de citer ne la privait du moindre souffle. On au bien du mal à croire à tous ces élans amoureux qui s’expriment par des mots totalement improbables. Les personnages portent de bien beaux costumes, certes, mais c’est tout de même loin d’être suffisant.
La Princesse de Montpensier constitue donc une lourde déception. Pour une fois qu’un film français se donnait les moyens d’être visuellement spectaculaire, il a fallu que le reste apparaisse comme bâclée et prête plus à rire qu’à s’enthousiasmer. Dommage.
Fiche technique :
Production : Paradis Films, Pandora Filmproduktion, France 2 cinéma Réalisation : Bertrand Tavernier Scénario : Bertrand Tavernier, Jean Cosmos, François-Olivier Rousseau, d’après la nouvelle de Mme de La Fayette Montage : Sophie Brunet Photo : Bruno de Keyzer Décors : Guy-Claude François Distribution : StudioCanal Musique : Philippe Sarde Durée : 139 mn
Casting : Mélanie Thierry : Mademoiselle de Mezieres Lambert Wilson : Comte de Chabannes Gaspard Ulliel : Duc de Guise Grégoire Leprince-Ringuet : Prince de Montpensier Raphaël Personnaz : Duc d’Anjou Michel Vuillermoz : Duc de Montpensier
Dans la famille Scott, je voudrais le fils. Bonne pioche ! Welcome to the Rileys est le premier film (d’envergure) de Jake Scott, le fils de Ridley. Et il prouve une nouvelle fois que la génétique joue tout de même un rôle dans l’émergence des talents artistiques. Bon évidemment, on est encore loin de pouvoir le comparer à son père, mais Jake Scott signe là une entrée remarquée dans le grand monde, à défaut d’être fracassante.
Doug et Loïs Riley ne forment vraiment plus un couple unie et passionnée. Depuis la mort de leur fille dans un accident de voiture, cette dernière ne sort plus de chez elle et lui a pris une maîtresse. Lors d’un congrès professionnel à la Nouvelle-Orléans, Doug va croiser le chemin de Mallory, une jeune strip-teaseuse un peu paumée qui va réveiller en lui un certain instinct paternel. Va alors commencer une improbable amitié qu pourrait bien définitivement briser le couple.
Le thème des amitiés improbables est un grand classique du cinéma. Différence d’âge, d’éducation, de milieu social, de couleur de peau, le 7ème art a tout explorer en long en large et en travers. Le sujet central de Welcome to the Rileys n’est donc pas particulièrement surprenant ou original. Par contre, on appréciera comment Jake Scott l’a enrichi en le mélangeant avec d’autres thèmes comme le deuil ou l’usure du temps dans le couple. C’est la somme de tout ça, qui aboutit à une sorte de ménage à trois, qui rend le film un tout petit peu plus intéressant que la moyenne.
On peut aussi reprocher à Welcome to the Rileys d’être une énième célébration des valeurs familiales à l’Américaine, qu’Hollywood sait si bien cuisiner à tous les sauces, parfois jusqu’à la nausée. Pourtant, sans rien dévoiler du dénouement, ce film nous offre une vision un peu plus subtile et un peu moins manichéenne que d’habitude. Il ne se termine pas dans un happy end béat autour de la dinde de Thanksgiving, même s’il est tout de même profondément marqué par cette culture typiquement américaine. Le ton reste avant tout léger et résolument optimiste, ce qui rend le film plutôt sympathique.
Welcome to the Rileys se démarque aussi par une grande qualité de réalisation. Et là, on voit bien que Jake Scott à de qui tenir. Pourtant, il n’y a ni action, ni effets visuels ou spéciaux pour briller avec une caméra. Mais c’est justement savoir filmer les simples relations humaines en leur offrant une forme aussi réussie que le fond qui fait la marque des grands réalisateurs. Il faudra biens sûr d’autres film à Jake Scott pour confirmer ces promesses, mais il a dors et déjà démontré un vrai sens de l’image et de la mise en scène.
Welcome to the Rileys nous permet aussi de retrouver avec grand plaisir James Gandolfini, qui réussit doucement son passage du petit au grand écran. Espérons qu’il ne restera pas pour toujours Tony Soprano. En tout cas, dans ce film, il prouve que son charisme est intact, même quand il n’incarne pas un mafieux dépressif. Il porte une large part du film sur ses épaules, même si la jeune et talentueuse Kristen Stewart ne s’en laisse pas compter.
Welcome to the Rileys n’est donc pas le film du siècle, le sujet ayant été déjà trop souvent traité. Cependant, il restera comme tous ces films qu’on oublie un peu avant de dire « ah oui, c’était pas mal » le jour où on est amené à en reparler. En tout cas, on attend avec impatience le retour de Jake Scott derrière la caméra.
Fiche technique : Production : Scott Free Productions et Argonaut Pictures Distribution : BAC Films Réalisation : Jake Scott Scénario : Ken Hixon Montage : Nicolas Gaster Photo : Christopher Soos, CSC Décors : Happy Massee Musique : Marc Streitenfeld Durée : 110 mn
Casting : James Gandolfini : Doug Riley Kristen Stewart : Mallory Joe Chrest : Jerry Melissa Leo : Lois Riley Ally Sheedy : Harriet Tiffany Coty : Tara Eisa Davis : Vivian Peggy Walton Walker : Brenda
Douglas Kennedy est un des auteurs les plus en vogue du moment et à raison. Un succès international mérité pour un auteur qui nous livre une vision critique, ironique ou tendre de notre société. Il manquait encore une adaptation réussie à l’écran pour un de ses romans… Bon en fait, il y’avait déjà Bienvenue à Woop Woop, tiré de Cul de Sac, mais qui s’en souvient ? Hollywood ne pouvait donc passer plus longtemps à côté… Bah en fait si, puisque l’adaptation en question est française avec L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie, avec l’acteur préféré de ses dames, Romain Duris.
Paul Exben est avocat d’affaires, une belle maison, une belle femme, de beaux enfants. Tout pour être heureux en somme. Mais il a mis depuis longtemps de côté son grand rêve, celui de devenir photographe. Un rêve qui va resurgir alors qu’une série d’évènements inattendus vont le pousser à fuir sa propre existence.
Douglas Kennedy étant spécialiste des virages brutaux à 90° dans ses récits, j’ai dévoilé le minimum vital pour le synopsis car en dire plus serait déjà en dire trop. L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie est un film qui nous emmène beaucoup plus loin que ce que laissent présager les premières minutes du film et il serait vraiment dommage de dévoiler à l’avance la destination. Comme souvent dans la vie, le plaisir est dans la surprise.
Le titre même de L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie parle de lui-même quant au sujet du film. Mais comme dans tout récit imaginé par Douglas Kennedy, les thèmes abordés ne le sont pas au travers de réflexions contemplatives, mais bien à travers des péripéties et des rebondissements. En cela, les scénaristes, Eric Lartigau, aussi réalisateur, et Laurent de Bertillat, ont tout à fait respecter l’esprit de l’auteur original (même si je dois avouer que je n’ai pas lu le livre).
Par contre, un élément est absent de L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie, qui l’est peut-être aussi du roman, mais qui est généralement caractéristique de l’œuvre de Douglas Kennedy. En effet, le film est presque totalement dénué d’humour, même noir, même au 26ème degré. Cette absence plombe quelque peu le récit et lui donne une prétention, qui gâche un peu ses bons côtés. La réflexion reste pertinente, l’intrigue parfois surprenante, mais le toute se prend quand même un tout petit peu trop au sérieux.
Et c’est particulièrement dommage car cela amène une sous-exploitation du talent de Romain Duris. Seule la scène d’ouverture laisse entrevoir son potentiel pour passer du comique au tragique avec la même réussite. Après, il livre une prestation certes brillante, mais sans génie, car trop limitée à un seul registre. Romain Duris est un acteur génial, qui aurait pu rendre l’Homme qui Voulait Vivre sa Vie génial, mais la réalisation d’Eric Lartigau ne lui permet que d’être bon. C’est déjà pas mal, mais un tantinet frustrant.
D’autres adaptations de Douglas Kennedy sont programmés ici et de l’autre côté de l’Atlantique. Espérons qu’elles exploitent totalement la grande richesse de l’œuvre de cet auteur. L’Homme qui Voulait Vivre sa Vie n’y parvient qu’imparfaitement, assez pour intéresser le spectateur, pas assez pour le passionner.
Fiche technique : Production : Europacorp, TF1 Films productions, Ciby 2000 Distribution : Europacorp distribution Réalisation : Eric Lartigau Scénario : Eric Lartigau, Laurent de Bartillat, d’après le roman de Douglas Kennedy Montage : Juliette Welfling Photo : Laurent Dailland Décors : Olivier Radot Son : Pierre Excoffier, Gwenolle Leborgne, Dominique Gaborieau Musique : Evguéni Galperine, Sacha Guelperine Durée : 115 mn
Casting : Romain Duris : Paul Exben Marina Foïs : Sarah Exben Catherine Deneuve : Anne Niels Arestrup : Bartholome Branka Katic : Ivana Eric Ruf : Grégoire Enzo Caçote : Hugo
Je pense que quasiment tout le monde a désormais compris qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak, contrairement à ce qu’a affirmé, contre vents et marées, l’administration Bush. S’il y’en encore qui ont quelques doutes, ils peuvent aller voir Fair Game, qui nous plonge au cœur des processus de manipulation de l’opinion et surtout de la vérité, orchestrés depuis la Maison Blanche.
Valerie Plane est une brillante analyste et agente de terrain de la CIA, spécialisée dans la non-prolifération nucléaire. Chargée d’apporter des preuves sur l’existence d’un programme d’armement en Irak, elle ne peut que conclure que rien ne donne à penser qu’une telle chose puisse exister. Et quand son mari, Joe Wilson, ancien ambassadeur, lui-même impliqué dans l’enquête de sa femme, décide de prendre la plume pour attaquer le discours officiel, l’administration décide de jeter la réputation de sa femme aux chiens et surtout de révéler sa vraie profession, grillant ainsi sa couverture et ses missions en cours.
Du coup, Fair Game est un film vraiment intéressant, si ce n’est qu’il développe une théorie que l’on connaît déjà très bien. Il n’y a pas de révélations dans ce film, qui ne nous apprend rien de nouveau. Certes, on en apprend un peu plus sur les rouages exactes de la manipulation, mais comme je l’ai dit, le tout n’est pas traité avec assez de recul et d’objectivité pour que l’on puisse prendre ça pour argent comptant.
L’autre aspect développé dans Fair Game est les relations au sein du couple Valerie Plane – Joe Wilson, qui évidemment est bien chahuté par la tempête médiatique à laquelle il est exposé. Cet aspect là aussi est un peu mi-figue, mi-raisin. D’un côté, on retrouve le discours très hollywoodien sur l’importance des valeurs familiales à l’américaine. Aucune surprise de ce côté là, voire même un peu d’exaspération chez le spectateur. Mais d’un autre côté, la performance du duo Sean Penn – Naomi Watts est à l’origine d’une large part de l’intérêt que l’on peut porter à ce film. Deux acteurs au sommet de leur art et de leur maturité. Il est évidemment que sans eux, le film aurait sombré définitivement du côté obscur.
Fair Game est donc un film largement prévisible dans le fond. Mais la forme en fait tout de même un film où on ne s’ennuie pas, à défaut d’être passionné par le propos. La réalisation de Doug Liman n’est pas la plus imaginative qui soit, mais elle prouve que même un second couteau hollywoodien est capable de faire preuve d’assez d’efficacité pour divertir un large public.
Paradoxalement, Fair Game n’est pas forcément à conseiller à ceux que le sujet passionne. Sûrement pas un grand film politique ou sentimental, mais un divertissement tout de même très intelligent et pas si mal foutu que ça.
Fiche technique : Production : River Road Entertainment, Participant Media Imagenation Abu Dhabi, Zucker pictures, Weed Road pictures, Hypnotic Réalisation : Doug Liman Scénario : Jez Butterworth, John-Henry Butterworth, d’après Fair Game de Valerie Plame Wilson et The Politics of Truth de Joseph Wilson Montage : Christopher Tellefsen Photo : Doug Liman Décors : Jess Gonchor Distribution : UGC Distribution Musique : John Powell Costumes: Cindy Evans Durée : 106 mn
Casting : Naomi Watts : Valerie Plame Wilson Sean Penn : Joseph Wilson Sam Shepard : Sam Plame Bruce McGill : Jim Pavitt David Andrews : Lewis Libby
Depuis quelques années, Javier Bardem est devenu un des acteurs les plus en vogue du 7ème art. Il faut dire qu’il y’a de quoi, entre charisme et talent fous. Il fait aussi parti de ces acteurs qui savent se métamorphoser physiquement pour chacun de leur rôle, tels un Johnny Depp ou un Russel Crowe. Il fait donc partie de ces acteurs autour duquel on peut imaginer bâtir entièrement un film. C’est le cas de Biutiful, le 4ème film de Alejandro Gonzalez Inarritu.
Uxbal gagne comme il peut sa vie. D’un côté, il fournit du travail à des immigrés sans papier, de l’autre, il monnaye sa capacité à parler aux fantômes de ceux qui viennent juste de mourir. Ainsi, il peut prendre soin de ses deux enfants, dont la mère, bipolaire et incontrôlable, n’est pas d’un grand secours. Mais comment va-t-il pouvoir continuer ainsi alors qu’il apprend qu’il est mourrant ?
Alejandro Gonzalez Inarritu n’a pas une longue filmographie mais de celle qui compte. Après s’être fait remarquer avec le formidable Amours Chiennes, il était parti à Hollywood signer 21 Grammes et Babel, unanimement salués par la critique du monde entier. Mais je dois avouer que si le premier fait partie de mes films préférés par son énergie et la force qu’il dégage, les deux autres, nettement plus contemplatifs, m’avaient laissé relativement froid, pour ne pas dire glacé dans le cas de Babel.
On dira que Biutiful se situe un peu entre ces deux extrêmes. Après, le Mexique et les Etats-Unis, il a tourné son nouveau film en Espagne et il y’a effectivement quelque chose de très européen dans Biutiful. Enfin, on retrouve quand même une vraie patte Inarritu et pas simplement parce que le film est encore une fois assez long (2h15). Encore une fois, il signe un film d’une beauté et d’une maîtrise visuelles magistrales. La manière dont il filme ses personnages et ses décors expriment largement autant de choses que les dialogues. Inarritu nous parle au travers de sa caméra, exprimant des sensations que des mots ne sauraient faire naître.
Mais voilà, Biutiful possède aussi ce côté contemplatif qui va parfois un peu trop loin. On n’est loin du très onirique Babel, mais on y retrouve pas du tout la même énergie que dans Amours Chiennes. Le film est sans doute trop beau pour que le spectateur y rentre totalement. On reste à l’extérieur, admiratif certes, comme devant un magnifique tableau, mais sans jamais amorcer un processus d’attachement ou d’identification. L’émotion est bien là, on la comprend, on y assiste, mais sans totalement la partager. Ce film aurait pu être incroyablement bouleversant, mais au final, il ne provoque que de l’admiration. Mais on aime pas toujours ceux que l’on admire.
Biutiful restera néanmoins un des rôles les plus remarquables de Javier Bardem. Il y est moins extraordinaire que dans No Country for Old Men, mais porte littéralement le film sur ses épaules. L’histoire étant uniquement centré sur son personnage, il apparaît à l’écran 90% du temps. Heureusement, son charisme lui permet d’y faire face avec tout le talent qu’on lui connaître et d’être un parfaite relais de la caméra exigeante d’Inarritu.
Bitutiful est donc un très beau film assurément, mais qu’une sorte de perfection habille d’une froideur, là où l’émotion aurait du jaillir en bouffées incontrôlées.
Fiche technique : Production : Menage Atroz, MOD producciones Réalisation : Alejandro Gonzalez Inarritu Scénario : Alejandro Gonzalez Inarritu Montage : Stephen Mirrione Photo : Rodrigo Prieto Décors : Brigitte Broch Distribution : ARP Selection Musique : Gustavo Santolalla Durée : 138 mn
Casting : Javier Bardem : Uxbail Maricel Alvarez : Maramba Hanna Bouchaib : Ana Diaryatou Daff : Ige Guillermo Estrella : Mateo Luo Jin : Liwei Cheng Tai Shen : Hai Eduard Fernandez : Tito Riben Ochandiano : Zanc
Le super-héros sont à la mode au cinéma, depuis que Sam Raimi a redonné vie au mythe de Spiderman. Mais à côté des héros Marvel classiques, on a pu voir quelques productions s’amusant à traiter le sujet sur le ton de la parodie. Les Indestructibles, Hanckok, Kick-Ass nous ont fait rire tour à tour. Voici venu Moi, Moche et Méchant, qui cette fois épouse le point de vue des méchants, qui sont toujours, on le sait bien, les personnages les plus intéressants.
Gru pensait que son titre de plus grand méchant du monde n’était pas près d’être remis en question. Mais quand quelqu’un arrive à voler la pyramide de Gizeh, il passe tout de suite pour un has been. Du coup, il aura bien du mal à faire financer son grand projet pour reconquérir son titre : voler la lune.
Contrairement aux trois films cités plus haut, Moi, Moche et Méchant vise un public nettement plus jeune. Les Indestructibles aussi diront certains, mais ce dernier possédait deux niveaux de lecture, dont un plus adulte, comme dans un album d’Asterix. Là, ça reste quand même nettement plus basique et on a beau chercher, on a bien du mal à trouver la moindre trace d’un second degré qui échapperait à nos chères têtes blondes.
Cependant, ce n’est pas pour ça que Moi, Moche et Méchant ne peut pas séduire un adulte… du moment qu’il ait gardé tout ou partie de son âme d’enfant. Je pense que quiconque me connaissant un minimum n’a plus aucun doute à ce sujet, et ne sera donc pas le moins du monde étonné que j’ai pu apprécier ce film qui m’a fait bien rire et fait passer un très bon moment.
Car même si l’humour de Moi, Moche et Méchant est accessible à tous les âges, il n’en reste pas moins efficace… et drôle surtout. Et pour de l’humour, cela constitue tout de même une qualité plutôt appréciable. Il y’a aussi du rythme dans ce film où gags et péripéties s’enchaînent pour ne laisser aucune place à l’ennui. Un scénario donc très réussi, pas exceptionnellement subtil vous l’aurez compris, mais efficace et distrayant.
L’esprit général de Moi, Moche et Méchant est proche des grands classiques du cartoon. On revient à des fondamentaux du film d’animation. On pourra qualifier ça à un manque d’ambition, mais comme la réussite est au bout, il serait bien sévère de transformer ce constat en reproche. Beaucoup de gags visuels donc, générés plus le plus souvent par les Minions, de petites créatures ovales et jaunâtres, qui servent d’assistants au méchant Gru… qui, en fait, n’est pas si méchant que ça, vous vous en doutez bien.
Moi, Moche et Méchant est également techniquement très réussi. Mais bon, quel film d’animation ne l’est pas aujourd’hui ? Le style est à mi-chemin entre un certain réalisme et la liberté totale des cartoons classiques. Les personnages sont moins stylisés que dans les Indestructibles par exemple, mais possèdent assez de personnalités pour que l’on s’y attache aussi visuellement. Le film est donc visuellement également agréable à suivre.
Moi, Moche et Méchant n’est donc pas un pur chef d’œuvre du film d’animation, mais constituera une agréable sortie familiale qui fera rire petits et grands.
Fiche technique : Production : Universal pictures, Illumination entertainment Distribution : Universal pictures international France Réalisation : Chris Renaud, Pierre Coffin Scénario : Cinco Paul, Ken Daurion d’après une idée de Sergio Pablos Montage : Pamela Ziegenhagen-Shefland, Gregory Perler Décors : Yarrow Cheney Musique : Pharrell Williams, Heitor Pereira Directeur artistique : Eric Guillon Durée : 95 mn
Casting : Steve Carell : Gru (vo) Russell Brand : Professeur Néfario Jason Siegel : Vector Julie Andrews : la mère de Gru Will Arnett : M. Perkins Kristen Wiig : Miss Hattie
J’ai une carte UGC et du coup, je me permets d’aller voir des films pour lesquels je n’aurais jamais payé. C’est le cas de Very Bad Cops, comédie à l’humour qui tâche, dont la bande-annonce ne me disait rien, mais pour qui les critiques sont plutôt bonnes, y compris celle de Télérama, pourtant pas toujours fan de ce genre de films. Et au final, je suis plutôt heureux de m’être laissé tenté.
Allen Gamble est un flic plus à l’aise dans la paperasse que sur le terrain. Terry Hoitz rêve de gloire, mais sa carrière est sérieusement compromise depuis qu’il a tiré sur la star de l’équipe de base-ball de New York, le prenant pour un déliquant. Les deux équipiers vivent à l’ombre des inspecteurs Highsmith et Danson, les superstars de la police New-Yorkaise. Mais un événement inattendu va enfin leur donner l’occasion de briller.
Autant être clair tout de suite, Very Bad Cops est à des années-lumière de Very Bad Trip, même si les traducteurs ont cherché à faire un parallèle entre les deux. En effet, en VO, le film s’appelle… The Other Guys. On n’est donc pas ici face à un chef d’œuvre d’intensité humoristique, mais face à une bonne grosse comédie assez inégale, parfois bien lourde, mais qui compte de vrais moments d’hilarité pure. Et ces derniers sont suffisamment nombreux pour sauver le film.
Vous l’aurez compris, on n’est pas ici face à de l’humour subtil, entre deuxième et douzième degré. Non, Very Bad Cops, c’est du premier degré, encore du premier degré et toujours du premier degré. Au moins au niveau de l’humour parce que je trouve qu’il y’a dans ce film une petite morale très pertinente et qui est amenée beaucoup plus intelligemment que dans bien des films plus sérieux, où elle arrive avec ses gros sabots.
Ce qui marche le moins bien dans Very Bad Cops, ce sont les seconds rôles, qui constituent pourtant généralement une grande force de ce genre de comédies américaines. Mais ici, que ce soit Eva Mendes (aaaaaaaaaaaaaaaaah Eva !!!) ou Michael Keaton, ils apportent plus de lourdeur qu’un réel impact comique. Leurs personnages respectifs sont très très mal exploités et tombent assez à plat. Les deux acteurs ont l’air de s’amuser, mais ont bien du mal à transmettre quoique ce soit au spectateur. Après, pour Eva, reste le plaisir des yeux.
Par contre, le duo Will Ferrel-Mark Whalberg fonctionne lui parfaitement, l’un dans son élément, l’autre totalement à contre emploi. Eux aussi s’amusent, mais cette énergie est cette fois largement partagée avec une salle souvent hilare. Ils ont aussi le bon goût de ne pas en faire trop, même quand ils sont amenés à partir dans des délires des plus complets. Bien sûr, Will Ferrel est nettement plus démonstratif que son partenaire, mais Mark Whalberg ne donne pas sa part au chien et joue la carte de l’autodérision à fond.
Very Bad Cops ne vaut peut-être le prix d’une place de cinéma, mais pour quelques moments de rigolade mémorables, ce film pourra agréablement occuper une soirée où votre cerveau aura envie de se reposer.
Fiche technique : Production : Colombia Pictures, Sony Pictures Home Entertainment, Mosaic Media Group, Gary Sanchez Productions Distribution : Sony Pictures Releasing France Réalisation : Adam McKay Scénario : Adam McKay, Chris Henchy Montage : Brent White Photo : Oliver Wood Format : 35mm Décors : Clayton Hartley Musique : Jon brion Durée : 107 mn
Casting : Will Ferrell : Allen Gamble Mark Wahlberg : Terry Hoitz Eva Mendes : Sheila Michael Keaton : Le capitaine Mauch Steve Coogan : Ershon Samuel L. Jackson : Highsmith Dwayne Johnson : Danson
Il y’a des films ressemblant à des cartes postales, où le décor de fond compte presque autant que l’histoire qui est racontée. Evidemment, il y’a les Paris ou New York I Love You, qui sont carrément des hommages à un lieu. Mais il y’a surtout beaucoup de films où le réalisateur prend un malin plaisir à s’attarder sur les paysages magnifiques dans lequel ses protagonistes évoluent. Et quand il s’agit de George Clooney dans le décor splendide des Abruzzes, on obtient un bien beau film, The American.
Tueur à gage au vert au fin fond de la Suède, Jack semble couler des jours paisibles dans les bras d’une femme magnifique. Mais son passé le rattrape et surtout deux assassins. L’affrontement tourne au drame et il est obligé de partir pour Rome, où son employeur habituel l’envoie se cacher dans un petit village des Abruzzes. Et lui propose un nouveau contrat. Le dernier ?
Si pour vous film de « gangster » rime avec rythme d’enfer, fusillades à tout va, action échevelée, passez tout de suite votre chemin. The American est un film tranquille, parfois limite contemplatif. Il ne souffre pas de l’absence d’intrigue, simplement cette dernière prend son temps. Un peu comme mon père raconte une histoire… ce qui ne l’empêche pas de le faire très bien. Ce film a quelque chose d’asiatique dans sa narration. Et non, ce n’est pas un gros mot !
Bon, certains diront tout de même que tout ça sert surtout à nous montrer George Clooney sous toutes les coutures, encore et encore. Il est vrai que The American est un film portrait et donc, tout est axé sur son personnage principal, ses faits et gestes et ses interrogations. Donc, entre deux plans sur les montagnes des Abruzzes, il occupe l’écran 90% du temps. Mais voilà, c’est George Clooney alors ce n’est pas si gênant, on ne s’en lasse pas. Un George Clooney version film sérieux, c’est à dire avec zéro grimace, mais juste un charisme incroyable. Bon, je trouve qu’il sous-joue un tantinet. Il occupe donc l’écran, mais sans cabotinage.
L’aspect carte postale n’est peut-être qu’un gadget, mais pose une question qui divise tous les cinéphiles depuis des siècles (oui bon, ok, depuis 115 grand maximum) : de belles images suffisent-elles à faire un bon film ? Je suis plutôt partisan du non, mais je dois admettre que cela peut apporte néanmoins un vrai plus à une production qui possède d’autres qualités par ailleurs. C’est le cas de The American où les plans sur les paysages sont un petit régal pour les yeux.
Au final, The American ne révolutionnera pas le cinéma. Le thème du tueur qui pense à se ranger des voitures est archi-classique. Simplement, avec George Clooney et des paysages magnifiques, cela donne une nouvelle déclinaison du sujet qui se laisse regarder avec plaisir et je dirais avec une certaine sérénité. Un film qui n’agresse pas, où même la violence est reposante.
The American n’est donc pas le rôle le plus marquant pour un George Clooney, que l’on a cependant toujours plaisir à retrouver. Quand je serai grand, je veux faire George Clooney !
Fiche technique : Production : Focus Features, Goldcrest Post production London, Greenlit Rights, Smoke House, This is That Productions Distribution : Mars distribution Réalisation : Anton Corbijn Scénario : Rowan Joffe, d’après le roman de Martin Booth Montage : Andrew Hulme Photo : Martin Ruhe Décors : Mark Digby Musique : Herbert Grönemeyer Durée : 105 mn
Casting : George Clooney : Jack, Edward Irina Björklund : Ingrid Lars Hjelm : le chasseur Johan Leysen : Pavel Thekla Reuten : Mathilde Samuli Vauramo : le jeune suédois Violante Placido : Clara Filippo Timi : Fabio
Voir son film déchaîner à la fois l’enthousiasmes et la haine prouve souvent que l’on est l’auteur d’une œuvre de premier plan. L’indifférence est sûrement la plus grande forme de mépris quand on parle d’art. Quand, en plus, on rencontre un très gros succès commercial, on peut se dire que son film va marquer les esprits et animer les débats dans les chaumières. Guillaume Canet peut donc être satisfait de son Les Petits Mouchoirs. Un film qui ne peut pas laisser indifférent. Et de mon point de vue, un très beau film.
Ludo est le boute-en-train d’une bande de copains inséparables, qui s’apprêtent à partir comme chaque année en vacances au Cap-Ferret. Mais à la sortie d’une boîte de nuit, il se fait renverser par un camion sur son scooter. Il se retrouve entre la vie et la mort. Alors forcément, la petite bande est bouleversée. Elle choisit néanmoins de partir tout de même au soleil pour quinze jours. Mais ces vacances ne seront définitivement pas comme les autres.
Les Petits Mouchoirs soit on aime, soit on déteste. Basé sur l’émotion, sur l’attachement aux personnages, sur la manière dont on se reconnaît en eux, il peut facilement se transformer en calvaire pour qui resterait de marbre. Un calvaire de plus de 2h30 qui plus est. Tout peut alors sembler surfait, caricatural, ridicule, bref, pénible. Mais ce film peut être surtout tout son contraire.
Pourtant, le premier tiers du film m’a quelque peu fait peur. En effet, les Petits Mouchoirs peinent un peu à démarrer, après une superbe séquence d’ouverture. C’est à ce moment là où le film aurait pu basculer dans l’ennui profond. Mais heureusement, le scénario va crescendo et une heure plus tard, on a tout oublié des craintes initiales. Ce film est peut-être un peu trop long, mais il fait partie de ceux à qui on le pardonne totalement.
Les Petits Mouchoirs est un film de personnages, de copains, comme le cinéma français en compte tant. Mais celui-là se démarque pas une formidable justesse de ton. Il sait être drôle, comme ne pas l’être du tout. Cet équilibre est essentiel dans la réussite de ce film. On s’amuse, on pleure, on rit… mais on n’est pas non plus dans le pays de Candy. De toute façon pour nous maintenir en émoi pendant deux heures et demi, il fallait tout faire pour éviter la monotonie. On retrouve tous les archétypes d’un tel film : le dragueur, le looser amoureux, le travailleur qui ne décompresse pas, le père de famille qui doute… Mais avec des variantes que je ne dévoilerais pas ici. On n’est peut-être pas tant surpris que ça, mais on est charmé par cette bande à laquelle on aimerait tant faire partie.
Parmi les dénouements qui ont fait débat, les Petits Mouchoirs occupe désormais une bonne place. Too much or not too much, là est la question ! Là, encore, c’est un peu le tout ou rien. Soit vous êtes restés totalement impassibles devant tout le reste du film, alors la fin vous donnera surtout envie de vous mettre deux doigts au fond de la gorge pour vous soulager. Soit vous êtes totalement entrés dans l’histoire et avez adopté les personnages, alors préparez vous à un grand moment d’émotion.
Mais si Les Petits Mouchoirs laisse aussi peu indifférent, c’est surtout que Guillaume Canet nous prouve, après son formidable Ne le dis à Personne, qu’il est un grand réalisateur. Il s’est beaucoup investi dans ce film et cela se sent à chaque seconde. Une œuvre personnelle à laquelle il prête sa caméra élégante et sobre. Une œuvre qui vaut dans tous les cas bien plus de respect qu’il n’en a récolté auprès de certains critiques. Encore une fois, on a le droit de ne pas du tout être bouleversé par ce film, mais on a le droit aussi d’admettre que c’est parce que l’histoire ne nous a pas parlé, n’a rien éveillé en nous, sans remettre en cause ses qualités artistiques objectives.
Guillaume Canet est surtout un merveilleux directeur d’acteurs. De toute façon, faire un film reposant autant sur ses personnages implique de mettre les comédiens au cœur de son projet artistique. Si l’un d’eux n’est pas à la hauteur, c’est son personnage qui perd en crédibilité, tout comme ses relations avec les autres et c’est tout l’ensemble qui se retrouve fragilisé. Dans les Petits Mouchoirs, pas de lézarde dans la pyramide, c’est du solide !
La relation entre Guillaume Canet et François Cluzet fonctionne visiblement parfaitement. Le réalisateur et l’acteur nous avaient enchanté dans Ne le Dis à Personne et ils remettent ça dans les Petits Mouchoirs. François Cluzet est ici tout simplement énorme, apportant à lui seul une large part de l’aspect comique de ce film. Son personnage n’est peut-être pas le plus intéressant en soi, mais il agit comme une sorte de liant qui fait que la recette preparée par le chef Canet est une totale réussite.
Les Petits Mouchoirs marque aussi le retour de Marion Cottillard comme actrice, pour la première fois depuis La Môme. Et oui, dans ce film, elle joue ! Elle ne se contente pas juste d’être Marion Cotillard, ce qui est déjà pas mal soit-dit en passant. Bon, ce n’est pas encore hyper spectaculaire, mais son aura naturelle faisant le reste, sa présence à l’écran illumine le film. Je n’en dirait pas tant de Benoît Magimel… Bon, là, j’avoue c’est un avis assez personnel sur cet acteur avec qui j’ai un peu de mal. Trop froid, trop impersonnel à mon goût. A mon avis, et il est humble, le film aurait gagné à voir Guillaume Canet se mettre lui-même en scène pour se rôle.
Les Petites Mouchoirs est donc pour moi un des meilleurs films français de l’année. C’est une œuvre personnelle qui ne peut qu’enthousiasmer positivement ou négativement. Mais à la fois, n’aimons-nous pas le cinéma pour les enthousiasmes qu’il fait naître en tous. Tous les enthousiasmes.
Fiche technique : Production : Les productions du Trésor, EuropaCorp, Caneo Films, M6 Films Distribution : Europacorp distribution Réalisation : Guillaume Canet Scénario : Guillaume Canet Montage : Hervé De Luze Photo : Christophe Offenstein Décors : Philippe Chiffre Durée : 154 mn
Casting : François Cluzet : Max Cantara Marion Cotillard : Marie Benoît Magimel : Vincent Ribaud Gilles Lellouche : Eric Jean Dujardin : Ludo Laurent Lafitte : Antoine Valérue Bonneton : Véronique Cantara Pascale Arbillot : Isabelle Ribaud Anne Marivin : Juliette
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