Chaque année, il y’a Pâques, le 14 juillet, Noël et un film de Woody Allen. C’est un repaire immuable, telles la rentrée des classes ou la finale de la Coupe de France de football. C’est d’ailleurs quelque chose qu’on lui reproche parfois, car évidemment, au rythme d’un film par an, il ne peut pas non plus toujours nous livrer que des chefs d’œuvre. Si son précédent, Whatever Works, avait fait l’unanimité, ce Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu laissera les fans sur leur faim.
Helena vient de se faire quitter par son mari, pris par le démon de midi, après 40 ans de vie commune. Totalement perdue, elle trouve le réconfort auprès d’une voyante qui lui prédit une belle rencontre prochaine. En attendant, sa fille et son beau fils voient leur couple s’étioler.
Bon, quand on lit le synopsis, on a du mal à imaginer que Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu est une comédie. Mais il s’agit bien d’un marivaudage léger, avec des maris, des femmes et des amants. Les situations, les personnages sont souvent à la fois attachants et ridicules, humains en somme. Un regard tendre sur les faiblesses humaines, celles qui, au fond, constituent le vrai charme de l’existence.
Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu reprend donc des thèmes chers à Woody Allen. Mais justement, peut-être un peu trop. On pourrait même considérer qu’il s’auto-plagie, tant on retrouve ça et là des éléments déjà vus dans ces précédentes productions. L’exemple le plus frappant étant le personnage interprété par Anthony Hopkins, septuagénaire, qui épouse une jeunette, nous rappelant là le thème centre de Whatever Works.
On peut donc considérer Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu comme un film de transition. Ce n’est pas première fois qu’il nous livre un film relativement moyen, à l’occasion duquel certains annoncent un déclin inexorable. Mais généralement, il est suivi d’un pur chef d’œuvre qui fait taire les détracteurs pour quelques temps encore. On verra donc ce que nous réserve son prochain opus, avec une Madame Sarkozy…ou ce qu’il en reste après le montage.
Bon, ne croyez pas non plus que Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu soit désagréable à suivre. On est face à un bon vaudeville, bien foutu, dirigé de main de maître et aux dialogues de haut niveau. Mais ceux qui connaissent bien l’œuvre de Woody Allen ne pourront être que déçus par un manque totale de surprise. Les autres y trouveront certainement beaucoup plus de plaisir.
Un mot enfin sur celle qui éclaire Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu de son talent et sa grâce, j’ai nommé Naomi Watts. 42 ans et le charme d’une femme de…42 ans. Voir une actrice hollywoodienne de ce calibre assumer avec autant de charme ses rides constitue une incongruité, à une époque où le lifting règne en maître. Bref, tous ceux qui trouvent que Cher ne ressemble plus à rien seront ravis.
Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu constitue donc une petite déception puisque ce film fera très certainement partie des films de Woody Allen dont on se souviendra le moins.
Fiche technique : Production : Mediapro, Gravier productions Réalisation : Woody Allen Scénario : Woody Allen Montage : Alisa Lepselter Photo : Vilmos Zsigmond Décors : Jim Clay Distribution : Warner Bros. Durée : 98 mn
Casting : Naomi Watts : Sally Josh Brolin : Roy Anthony Hopkins : Alfie Antonio Banderas : Greg Freida Pinto : Dia Lucy Punch : Charmaine Gemma Jones : Helena
N’attendons pas plus longtemps pour le dire, The Social Network est un vrai grand film. Pourtant, qui aurait pu croire qu’on aurait pu tirer un tel moment de bonheur cinématographique d’un telle histoire ? Certes, Facebook est un des phénomènes de société les plus étonnants que l’humanité ait jamais vécu, mais la création d’un site Internet n’est a priori pas le processus le plus passionnant à décrire. Cependant, qu’est ce qui peut se targuer d’avoir connu un tel succès, si rapide, si universel, si envahissant diront certains, à partir de si peu ? Personne à part le bébé de Mark Zuckerberg. Enfin, est-on bien sûr qu’il soit de lui ?
Mark Zuckerberg est le plus jeune milliardaire de l’histoire. Mais il doit faire face à deux procès l’accusant d’avoir volé le travail des autres. Au gré des témoignages, on découvre peu à peu comment un jeune étudiant en informatique de Harvard est devenu une célébrité planétaire.
Dans The Social Network, si le fond est intéressant, la forme est elle extraordinaire. David Fincher signe là une incroyable leçon de narration cinématographique. La dramaturgie, dans le 7ème art, naît bien sûr du scénario lui-même, mais aussi de sa mise en scène et du montage. S’il est impossible de faire passer un mulet pour cheval de course, la magie de la réalisation peut faire un grand film à partir d’éléments dont d’autres n’auraient tiré qu’un sympathique documentaire.
David Fincher utilise pourtant un certains nombres de procédés tout ce qu’il y’a des plus classiques. Raconter une histoire sous forme de flash-backs issus d’interrogatoires n’est pas vraiment une invention à Hollywood, où le film de procès est un exercice parfaitement maîtrisé. Mais si le pinceau est un outil accessible à tous, il n’en reste pas moins qu’il y’a des Picasso et des gens comme moi, qui dessinent comme leur pied gauche. Dans The Social Network, ce n’est pas un, mais deux interrogatoires qui s’entrecroisent. Cela démultiplie les possibilités de nous donner de petits aperçus de ce qui sera raconté dans les minutes qui suivent, tenant ainsi le spectateur dans une haleine permanente. Bref, avant d’aller voir ce film, penser à vous laver les dents.
Mais il n’y a pas que le montage qui nous tient en haleine, il y’a surtout le rythme effréné sur lequel cette histoire est racontée. Et là, je ne parle pas d’une réalisation façon clip vidéo, mais bien d’un récit d’une incroyable intensité. Il n’y aucun délayage, aucune scène superflue, mais une intrigue qui avance avec célérité et surtout brio. Pourtant, le récit est d’une incroyable clarté… si vous savez tout de même un minimum de quoi les personnages parlent. Je connais des personnes très peu familières avec Facebook et les réseaux sociaux en général qui ont été assez subjugués par l’exercice cinématographique, mais sans tout forcément saisir. Car une chose ne peut faire que l’unanimité, la maîtrise totale et absolue de David Fincher dans la construction de son film.
Pourtant, aussi passionnant, prenant, fascinant, enthousiasmant, décoiffant soit-il, il ne recèle évidemment aucune scène d’action en tant que telle. Filmé comme un polar, The Social Network ne voit pourtant jamais pointer la moindre arme à feu. Mais tous les personnages manient une arme bien plus redoutable : des dialogues. Au niveau mots à la minute, ce film possède sûrement un des scores les plus élevés de l’histoire du 7ème art. Ces échanges de répliques valent toutes les fusillades ou les poursuites du monde. Même avec tant de paroles, ce film n’est pas une seule seconde verbeux, ou même bavard, mais tout simplement incroyablement intense et puissant.
Dernier pilier sur lequel s’appuie l’étonnante réussite de The Social Network, l’interprétation. Car pour débiter autant de dialogues tranchants à la seconde, il faut bien des acteurs capables de les servir avec talent. Le premier d’entre eux est le futur plus jeune Oscar du meilleur acteur de l’histoire, Jesse Eisenberg. Bon, je m’avance peut-être un tantinet, mais je serai quand même prêt à miser quelques euros sur ses chances de remporter la précieuse statuette. Certains trouveront peut-être lassant de récompenser systématiquement des acteurs pour leur talent mimétique, mais il est vrai que la ressemblance avec le vrai Mark Zuckerberg est absolument frappante. Mais surtout, quelle dextérité dans le débit verbal ! Cependant, la performance de Jesse Eisenberg ne se limite pas à une fantastique élocution, mais c’est surtout la profondeur dont il arrive à doter son personnage qui parachève la réussite totale de ce film.
The Social Network est à la fois un récit passionnant sur la naissance de Facebook et un portrait vivant de son créateur. Que le portrait soit fidèle ou pas, peu importe, car ce film nous décrit un personnage incroyablement fascinant et complexe, dont les couches de se personnalité se dévoilent une à une au fur et à mesure de l’avancée du récit. Le film ne nous explique pas simplement comment est né Facebook (c’est qui le rend formidablement prenant), mais aussi pourquoi est né Facebook (ce qui le rend incroyablement intéressant).
Un petit mot pour finir sur les prestations de Adrew Garfield et Justin Timberlake. Il serait dommage qu’ils soient totalement éclipsés par Jesse Eisenberg. La lutte d’influence que mènent leurs deux personnages est un des ressorts principaux de l’intrigue. Et s’il fonctionne aussi bien, c’est que les deux acteurs font preuve d’un talent que l’on avait fait que deviner lors de leurs précédents rôles.
Reste une dernière question en suspens. Pour l’Oscar du meilleur film, Inception ou The Social Network ? Personnellement, je voterai tout de même pour le premier, mais rarement le jury n’aura à choisir entre deux chefs d’œuvre de ce calibre.
Fiche technique : Production : Columbia pictures, Relativity Media, Michael De Luca, Scott Rudin, Trigger Street Distribution : Sony Picture Releasing France Réalisation : David Fincher Scénario : Aaron Sorkin, d’après le livre de Ben Mezrich Montage : Kirk Baxter, Angus Wall Photo : Jeff Cronenweth Décors : Donald Graham Burt Musique : Trent Reznor, Atticus Ross Durée : 121 mn
Casting : Jesse Eisenberg : Mark Zuckerberg Rooney Mara : Erica Albright Andrew Garfield : Eduardo Saverin Max Minghella : Divya Narendra Bryan Barker : Billy Olsen Justin Timberlake : Sean Parker Joseph Mazzello : Dustin Moskovitz Armie Hammer : Cameron Winklevoss / Tyler Winklevoss
Les relations à distance sont une nouvelle forme de romance que nous sommes nombreux à avoir expérimentées. Le loin des yeux, loin du cœur est battu en brèche, même s’il est évident que c’est une situation qui ne peut pas non plus s’éterniser. Il était normal que le cinéma finisse par s’en emparer pour nous offrir une énième comédie romantique. C’est chose faite avec Trop Loin pour Toi.
Eric et Garret se croisent par hasard dans un bar new-yorkais. Lui sort tout juste d’une grosse déception, elle est stagiaire et ne va pas tarder à repartir à San Francisco. Alors, ils conviennent que ça ne sera qu’une passade. Cependant, les sentiments finissent pas naître et ils ne veulent pas renoncer à leur amour. Mais comment faire avec la distance ?
Dans comédie romantique, il y’a comédie et romantique. Là, tout le monde se lève et m’applaudit…. Bon, niveau comédie, Trop Loin pour Toi est quelque peu inégal. Des scènes très drôles, d’autres tombent un peu plus à plat. L’humour est souvent assez premier degré, pas tout à fait pipi-caca, mais le niveau tout juste au dessus. Le film aurait presque gagné à être moins drôle, car l’humour pratiqué constitue un facteur plutôt alourdissant. On retiendra tout de même une scène d’amour sur la table de la cuisine qui constitue le moment de bravoure du film.
Par contre, côté romance, Trop Loin pour Toi ne nous laisse pas indifférent. Certes, la présence à l’écran de Drew Barrymore y est pour beaucoup, vu que je suis secrètement amoureux d’elle depuis de longues années. Pas depuis E.T. mais presque. Mais Justin Long contribue également fortement à la réussite de cette histoire d’amour. On avait pu le découvrir notamment dans Jusqu’en Enfer de Sam Raimi. Bref, le couple fonctionne parfaitement et on s’y attache immédiatement.
Ce dernier facteur était capital pour la réussite de Trop Loin pour Toi. Car contrairement à la plupart des comédies romantiques, le problème n’est pas de s’avoir s’ils font finir à s’aimer, mais s’ils vont pouvoir continuer à s’aimer. Donc, pour vraiment apprécier l’histoire, il faut avoir envie de les voir poursuivre leur idylle. Et à ce niveau, il faudrait avoir un cœur de pierre pour avoir envie de voir nos tourtereaux se séparer. Le tout fait de ce film un bon film dans sa catégorie. On pourrait presque le qualifier d’original. Mais on pourra surtout féliciter Nanette Burstein pour le dénouement vraiment intelligent.
Trop Loin pour Toi est donc typiquement le genre de film plaisant, possédant quelques qualités bien marquées, mais qui manquent un peu d’ambition. La base est bonne, mais on sent qu’elle n’a pas été pleinement exploité. Il s’agit de la première grosse production de Nanette Burstein et elle n’a sûrement pas osé mettre un peu plus de folie dans son film, se contentant de ingrédients pour en faire un divertissant sympathique, mais qui n’avait aucune chance d’être génial. Malgré Drew…
Trop Loin pour Toi est donc à réserver aux amateurs de comédie romantique. Les autres pourront toujours agrémenter une soirée télévisuelle avec ce petit morceau de romantisme sympathique, à défaut d’être vraiment enchanteur.
Fiche technique : Production : Offspring Entertainment, New Line Cinema Distribution : Warner Bros. France Réalisation : Nanette Burstein Scénario : Geoff LaTulippe Montage : Peter Teschner Photo : Eric Steelberg Décors : David Schlesinger Musique : Mychael Danna Costumes : Catherine Marie Thomas Directeur artistique : John Kasarda Durée : 101 mn
Casting : Justin Long : Garrett Drew Barrymore : Erin Charlie Day : Dan Christina Applegate : Corinne
Le cinéma français s’intéresse à nouveau aux films de genre et c’est tant mieux. Captifs est la dernière sortie en date d’un film hexagonal qui fait peur. Et on ne peut que se réjouir de la belle réussite qu’elle constitue.
Carole, Mathias et Samir viennent de terminer leur mission humanitaire dans un hôpital de l’ex-Yougoslavie. Ils reprennent donc la route de la France, mais suite à une opération de déminage, ils décident de s’aventurer sur les petites routes. Mal leur en prend puisqu’ils tombent dans une embuscade tendue par deux hommes armés. Ils se retrouvent enfermés sans savoir ce que veulent leurs ravisseurs.
Captifs est un film simple, court, sans grand moyen, mais terriblement efficace. Le scénario est réduit à sa plus simple expression, les personnages pas particulièrement fouillés, mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans la manière dont Yann Gozlan nous fait partager l’angoisse de ses personnages. Et il y arrive particulièrement bien.
Il suffit souvent d’une idée simple pour contribuer à créer une vraie ambiance oppressante. Par exemple, des ravisseurs qui parlent une langue comprise ni par les personnages, ni par tout spectateur non familier avec le serbo-croate. L’incompréhension est donc totale des deux côtés de l’écran et l’angoisse largement partagée.
Evidemment, cela déshumanise totalement par la même les « méchants » qui, du coup, s’apparentent plus à des rouages du scénario qu’à des protagonistes dotés d’une vraie personnalité. On ne sait rien d’eux, ni au début, ni à la fin, à part leur motivation que l’on finit par comprendre. Mais cela produit l’effet escompté, tant pis pour ceux qui ne jurent que par la psychologie de haute volée.
En fait, nos trois victimes ne sont pas non plus vraiment dotées de plus de profondeur. Yann Gozlan tente timidement de nous donner des éléments sur leur passé pour mieux les comprendre et faire naître un sentiment d’attachement, mais ça ne va pas très loin. On pourrait même se dire qu’il aurait mieux fait de carrément tout zapper, car cette esquisse est, au final assez superflue du fait de son manque d’intérêt.
Captifs prendra donc place parmi les bons huis-clos, où l’étroitesse des murs est au moins aussi oppressante que la perspective de finir… Ah bah non, je ne vais pas non plus vous dévoiler quoique ce soit. La confusion partagée entre les protagonistes et le spectateur est au cœur du mécanisme narratif de ce film. Et, encore une fois, il fonctionne vraiment bien.
Captifs n’a par contre rien de très original, surtout au niveau de son dénouement. Film de genre, mais qui ne renouvelle pas le genre. On pourrait s’attendre à un peu plus que ça de la part d’un film français, mais bon, on a aussi droit dans notre pays à produire des films qui se situent entre le brillamment génial et le incroyablement chiant.
Captifs bénéficie aussi de la présence de Zoé Felix à l’écran. Mais non, je ne parle pas de sa plastique des plus avenante, mais bien de son charisme et de son talent. Elle n’a rien des blonde à short ultra-court que l’on trouve souvent dans ce genre de production. A ce niveau-là, le film n’a pas voulu reprendre à son compte certains poncifs. Ces deux compagnons à l’écran font vraiment office de faire-valoir, aussi bien au niveau des personnages eux-mêmes que de la qualité de l’interprétation.
Captifs détonne donc dans le paysage du cinéma français, qui a bien du mal à accepter les films de genre comme de réels champs d’expression artistique tout ce qu’il y’a de plus respectable (pourtant même Kubrick s’y est essayé). Il ne restera pas comme un chef-d’œuvre du genre, mais tire le maximum des moyens mis en œuvre. Espérons juste qu’il créera des vocations.
Fiche technique : Réalisation : Yann Gozlan Scénario : Yann Gozlan et Guillaume Lemans Directeur de production : Thomas Jaubert Directeur de la photographie : Vincent Mathias Chef décorateur : Philippe Van Herwijnen Costumier : Mahemiti Deregnaucourt Monteur : Grégoire Sivan Directrice du casting : Marie de Laubier Compositeur :Guillaume Feyler Ingénieur du son : Frédéric Heinrich
Casting : Zoé Félix : Carole Eric Savin : Mathias Arié Elmaleh : Samir Ivan Franek : férailleur #1 Igor Skreblin : férailleur #2 Philippe Krhajac : le médecin Margaux Guenier : Ana
Ben Affleck est connu pour porter une moumoute et ne pas l’assumer. Il est aussi connu comme étant le meilleur ami de Matt Damon. On le connaît également pour ses rôles dans des films d’action à la qualité diverse et variée. Il y brille par un certain charisme que je n’irai pas jusqu’à qualifier de talent dramatique bouleversant d’intensité. Par contre, on ignore trop souvent qu’il est un réalisateur talentueux. Enfin, jusqu’à présent, il n’avait tourné qu’un seul film, Gone Baby Gone, vraiment réussi… La sortie de The Town va-t-il lui permettre de confirmer définitivement ce titre ? (suspense intense…)
Charlestown, quartier de la banlieue de Boston, a vu naître plus de braqueurs que n’importe quel autre endroit au monde. Et les meilleurs dans ce domaine, ce sont Doug et sa bande. Ils multiplient les braquages avec assez de minutie pour ne pas craindre de se faire prendre. Mais un jour, ils se voient obligés de prendre en otage la directrice de la banque. Ils sont masqués et la relâchent vite, mais ils craignent qu’elle puisse aider la police à les identifier… surtout qu’ils s’aperçoivent qu’elle habite le même quartier qu’eux. Doug se décide à la surveiller en liant connaissance avec elle… jusqu’à en tomber amoureux.
Autant mettre tout de suite fin au suspense. Si Gone Baby Gone était un film intéressant, élégant et vraiment réussi, The Town ne brille ni par son originalité, ni par un intérêt artistique démesuré. Non qu’il soit un mauvais film, mais tout simplement un film de gangster-braquage comme un autre. Ni l’histoire d’amour ambiguë, ni la volonté de dépeindre l’ambiance d’un quartier existant, qui auraient pu constituer des éléments quelque peu novateurs, n’arrivent à chasser l’impression de déjà-vu.
The Town est donc un film frustrant car Ben Affleck a voulu nous livrer une histoire qui le touche personnellement, lié à son propre passé. Mais au final, il ne nous offre qu’un film divertissant et sans relief particulier. Si ce film avait été réalisé par n’importe quel tâcheron sans âme, on aurait pu s’en contenter, mais ici, on ne peut s’empêcher de regretter le potentiel inexploité. Si on reconnaît un grand réalisateur à sa capacité à faire d’un film bien plus que la somme de toutes ses parties… et bien Ben Affleck a encore du boulot devant lui pour accéder à ce statut.
Une des plus grandes erreurs commises par Mister Moumoute est sans doute de s’être lui même mis en scène dans The Town. Pour Gone Baby Gone, il avait choisi de mettre devant la caméra son petit frère, Casey Affleck, et la complicité fraternelle avait apporté à un vrai plus au film. Ici, Ben Affleck a quelque peu tendance à se mettre inutilement en avant et à flirter avec le cabotinage. On regrettera notamment cette scène qui n’a d’autre utilité que nous permettre d’admirer en long, en large et en travers la musculature que Monsieur s’est forgée pour l’occasion. Les dames seront peut-être ravies, les autres trouveront ça un peu ridicule, à défaut de se voir pousser des complexes.
The Town reste néanmoins agréable à suivre, avec sa dose d’action et de romance. Encore une fois, le scénario est totalement sous-exploité, mais il vaut bien mieux que la plupart des productions du genre. Un soir de pluie, si votre cerveau n’est plus capable d’analyser les faiblesses que connaît parfois ce film, ce dernier vous permettra de passer un bon moment cinématographique, sans envergure, certes, mais non dénué de plaisir.
Entre frustration et divertissement, The Town peut être regarder d’un œil sévère ou indulgent. A chacun de choisir.
Fiche technique : Production : Warner Bros pictures, Legendary pictures, GK Films, Thunder Road pictures Distribution : Warner Bros films Réalisation : Ben Affleck Scénario : Ben Affleck, Peter Craig, Aaron Stockard, d’après le roman de Chuck Hogan Montage : Dylan Tichenor Photo : Robert Elswit Décors : Sharon Seymour Musique : David Buckley, Harry Gregson-Williams Directeur artistique : Peter Borck Durée : 123 mn
Casting : Ben Affleck : Doug MacRay Rebecca Hall : Claire Keesey Jon Hamm : Adam Frawley Jeremy Renner : James Coughlin Blake Lively : Krista Coughlin Pete Postlethwaite : Fergus Colm Chris Cooper : Stephen MacRay
Après le succès mérité de Indigènes, Rachid Bouchareb s’attaque à un autre épisode douloureux du passé de notre pays et des relations avec ses anciennes colonies. Avec Hors-la-loi, il s’attaque également à un sujet peu connu, celui des conséquences de la guerre d’Algérie sur le territoire métropolitain. Malheureusement, il se montre cette fois loin d’être à la hauteur du propos qu’il essaye de tenir.
Chassé de leur terre, Abdelkader et ses deux frères voient leur vie bouleversée par le massacre de Sétif en 1945. L’un va en prison, l’autre part faire la guerre d’Indochine, le troisième emmène sa mère pour s’installer à Paris, dans le bidonville qu’est alors Nanterre. Mais les évènements sur le territoire algérien vont vite les rattraper tous les trois et chacun réagira différemment face au combat mené par, mais également au sein, de leur communauté.
Hors-la-Loi est donc une fresque familiale qui s’étale sur plusieurs décennies. Il est donc assez classique dans la forme, même si le contexte est une nouvelle fois encore relativement inexplorée par le cinéma hexagonal. Il y’a une certaine ambition dans la reconstitution historique du scénario, qui cherche à la fois à développer une intrigue et à la fois posséder un caractère démonstratif et explicatif. Je ne rentrerai évidemment pas dans la polémique autour de ce dernier aspect. Ce n’est pas non plus un documentaire, mais une œuvre forcément empreinte de la subjectivité de son auteur mais qui m’a, personnellement, donné envie de creuser le sujet un peu plus profondément.
Reste donc l’intrigue, et c’est là que ça pêche. Hors-la-loi est basé sur le parcours parallèle des trois frères, dont les destins se croisent, s’épousent et parfois se heurtent. Il s’agit donc là d’un triple portrait de trois archétypes des personnages qu’une telle situation peut engendrer : l’indifférent qui cherche à faire son beurre, l’idéaliste jusqu’à l’aveuglement et l’homme de main. Mais les trois personnages sont bancals, pas toujours vraiment crédibles et pas toujours très intéressants.
Rachid Bouchareb a cherché à montrer comment les évènements peuvent écraser les personnalités. Ces dernières sont ici trop caricaturales pour réserver la moindre surprise. Du coup, les relations entre protagonistes sont convenues et cela nuit considérablement à l’intérêt de l’ensemble. De plus, certaines scènes frisent le ridicule, notamment celle où Jamel Debouzze débarque au milieu d’une fusillade dans sa voiture de parvenu et arrive échapper, en compagnie de ses deux frères, à une petite armée de policiers qui ont visiblement une conception assez étrange de l’encerclement.
Le trio Jamel Debouzze, Sami Bouajila et Roschdy Zem retrouve sa complicité acquise avec Indigènes. On sent bien que la fraternité va au-delà de l’écran. Malheureusement, la faiblesse de leur personnage ne leur permet vraiment pas de briller. Leur jeu sonne souvent faux, mais pas plus faux que les personnages auquel ils tentent tant bien que mal de donner vie. Bien que le propos soutenu par le film leur tient très certainement particulièrement à cœur, leur talent n’était pas suffisant pour vraiment transformer Hors-la-loi en réussite.
Le plus grand mérite de Hors-la-loi est celui d’ouvrir un débat et de posséder malgré tout un caractère « documentaire ». Mais sur le sujet, on préférera cent fois revoir l’Ennemi Intime qui était moins démonstratif, mais constituait une vraie réussite cinématographique.
Fiche technique : Production : Tessalit productions, Novak production, France 2, StudioCanal Réalisation : Rachid Bouchareb Scénario : Rachid Bouchareb Montage : Yannick Kergoat Photo : Christophe Beaucarne Décors : Yan Arlaud Distribution : StudioCanal Musique : Armand Amar Costumes: Edith Vesperini
Casting : Jamel Debbouze : Saïd Sami Bouajila : Abdelkader Roschdy Zem : Messaoud Bernard Blancan : Colonel Faivre
Le plus dur dans une critique, c’est de savoir quoi dire en introduction. Généralement, après, ça va tout seul. Quand j’écris la critique d’un film coréen, je n’ai d’habitude pas de problème puisque je profite des premières lignes pour rappeler à quel point j’apprécie ce cinéma. Mais, ces derniers temps, les sorties venues du Pays du Matin Calme ont été relativement nombreuses, alors je me dis que ça va commencer à se voir. Il faut donc que je trouve autre chose. Quoi ? On me dit dans l’oreillette que mon temps imparti pour l’introduction est écoulé. Passons donc au synopsis de The Housemaid, film dont je dois vous parler ici.
Euny est embauché comme gouvernante chez un riche homme d’affaires coréen, dont la femme attend des jumelles. Très vite, il la prend comme maîtresse et comme d’habitude, ce genre de relation va quelque peu perturber la vie de la maison.
Les amateurs de films troublants et un peu malsains se souviennent sûrement de l’excellent La Secrétaire. Pendant une petite moitié, The Housemaid y fait largement penser. En effet, la jeune Euny est loin d’être l’oie blanche qu’elle peut paraître dans les premières minutes. En fait, dans ce film, aucun personnage n’est tel qu’il semble l’être à première vue. C’est même-là tout l’intérêt du film. C’est souvent chez les plus propres sur eux que se cachent la plus grande perversité.
Ce serait un crime de dévoiler ne serait qu’un temps soit peu la tournure que prennent les évènements et les relations entre personnages. Vous aurez bien du mal à deviner à l’avance comment tout cela finit. Alors certains diront peut-être que le film part un tantinet en sucette sur la fin. Mais au moins, cela garde le goût de la surprise. De tout façon, le scénario est tout sauf formaté et possède le même petit (gros) grain de folie que les personnages qu’il met en scène. Bref, un film un peu barré, mais ça fait du bien parfois.
Néanmoins, il ne faut pas croire que Im Sang-soo ne maîtrise pas totalement son sujet. The Housemaid développe un univers esthétique tout asiatique, qui a le goût de l’exotisme, mais aussi un tantinet de la perversion. La photographie est très travaillée et participe largement à créer l’ambiance si particulière qui fait tout l’intérêt de ce film. La direction d’acteur est elle-aussi sans reproche. Jamais les acteurs ne se laissent aller même dans les moments où le scénario dérive un peu vers le n’importe quoi organisé.
On saluera donc la double performance des deux acteurs principaux : Jeon Do-youn et Lee Yung-jae. Les deux arrivent parfaitement à retranscrire la dualité de leurs personnages respectifs. Ils contribuent donc largement aussi à la réussite de The Housemaid, tout comme Youn Yuh-jung, qui joue un second rôle mais dont l’apport à l’écran est loin d’être négligeable.
The Housemaid n’est pas le film coréen qui m’a le plus enthousiasmé. Mais il confirme la richesse incroyable de ce cinéma qui nous réserve toujours des surprises et dont la maîtrise technique est toujours impressionnante.
Fiche technique : Production : Mirovision Réalisation : Im Sang-soo Scénario : Im Sang-soo Montage : Lee Eun-soo Photo : Lee Hyung-deok Distribution : Pretty pictures Musique : Kim Hong-jip Directeur artistique : Lee Ha-jun Durée : 107 mn
Casting : Jeon Do-youn : Euny Lee jung-jae : Hoon Youn Yuh-jung : Byung-shik Seo Woo : Hera
Certains films semblent pour moi frappés d’une malédiction qui m’empêchent inlassablement de les voir. Casablanca en faisait partie… Mais grâce à Arte et à mon antique magnétoscope, j’ai pu enfin triompher de la bête et du démon et découvrir après tant d’années ce chef d’œuvre du 7ème art. Un des plus grands classiques du cinéma qui n’a pas pris une ride…ou si peu…
Rick Blaine, américain, est le patron d’un night-club de Casablanca pendant l’occupation allemande. Il reste au maximum en dehors des tensions et des conflits qui règnent entre collaborateurs et résistants. Sa neutralité va cependant être mise à mal par l’arrivée de Ugarte, un petit truand qui lui confie, avant de mourir, deux précieux sauf-conduits, permettant à n’importe qui de partir pour l’Amérique. Mais aussi celle de Ilsa avec qui il avait vécu une intense histoire d’amour quelques années plus tôt à Paris.
Casablanca reste avant tout le plus grand rôle de Humphrey Bogart, ce qui n’est évidemment pas peu dire. Son charisme, son regard, sa voix à nuls autres pareils ont fait de lui l’archétype du mâle, du pur, du vrai. Le personnage de Rick Blaine est sans doute celui dans lequel il s’incarna le plus parfaitement. Sa présence irradie l’écran comme peu d’acteurs dans l’histoire du cinéma ont pu le faire. Il n’y a rien de spectaculaire dans son jeu, jamais de grimaces ou d’élans dramatiques expansifs. Mais il est là et c’est bien suffisant.
Mais delà de Bogart lui-même, c’est le couple qu’il forme avec Ingrid Bergman qui a propulsé à jamais Casablanca dans la légende du 7ème art. Deux monstres sacrés réunis à l’écran pour un moment inoubliable de cinéma, échappé d’un temps, avant les effets spéciaux et le numérique, où les acteurs et les actrices étaient à la base de tout. Un temps où les stars faisaient réellement rêver et n’étaient jamais photographiées complètement saoules ou seins nus dans de la presse à bas prix.
Bon, arrêtons un peu la séquence nostalgie, surtout que même ma mère n’était pas née à l’époque où Casablanca est sorti au cinéma. Revenons un peu à cette histoire, car il y’en a une, indépendamment de ses protagonistes. Sans un grand scénario, ce film n’aurait évidemment pas autant marqué l’imaginaire collectif. Pour aboutir à la scène finale de l’aéroport, une des plus célèbres de l’histoire, il aura fallu bien des rebondissements, des revirements et des trahisons. Histoire d’amour, politique, instinct de survie, devoir, les motivations des personnages sont nombreuses et s’entremêlent et bien souvent s’entrechoquent, avant un dénouement légendaire.
Casablanca est aussi une ambiance. Bien sûr, tout cela fait un peu carte postale. Un univers recrée depuis l’autre côté de l’Atlantique dans un monde en guerre. Il cherche à nous faire pénétrer au cœur de la petite société coloniale et occidentale de Casablanca, où tout le monde se connaît, mais où, en ces temps troublés, tout le monde peut trahir tout le monde. Le film se déroule en grande partie dans le night-club tenu par Rick Blaine, en endroit dédié à l’amusement et à la détente, mais où bien d’autres choses se jouent, à une époque où il était bien difficile de garder l’esprit à la bagatelle.
Casablanca est à la fois un chef d’œuvre intemporel et un film bien dans son époque. Par le sujet bien sûr déjà, mais aussi évidemment par une manière de filmer et de diriger les acteurs qui n’ont évidemment plus court aujourd’hui. Cela va bien au-delà de l’emploi du noir et blanc. Mais le cinéma est un art vivant qui a connu des évolutions techniques et artistiques et un chef d’œuvre rester un chef d’œuvre pour toujours.
J’ai donc bouché un gros trou dans ma culture cinématographique en voyant enfin Casablanca. Il me reste encore bien des cavités à combler, alors, même si je ne le ferai jamais aussi bien que Bogart, je prends mon air de mâle dominateur et sûr de lui pour vous dire à bientôt !
Fiche technique : Réalisation : Michael Curtiz Scénario : Julius J. Epstein, Philip G. Epstein, Howard Koch d’après la pièce Everybody Comes to Rick’s de Murray Burnett et Joan Alison Photographie : Arthur Edeson Montage : Owen Marks Direction artistique : Carl Jules Weyl Costumes : Orry-Kelly Musique : Max Steiner Production : Hal B. Wallis (producteur) et Jack Warner (producteur délégué) Sociétés de production : Warner Bros. et First National Pictures Société de distribution : Warner Bros. Budget : 1 039 000 $ Format[4] : Noir et blanc – Son monophonique (RCA Sound System) – 1,37:1 – 35 mm Genre : Drame romantique Durée : 102 minutes Pays d’origine : États-Unis Dates de sortie : États-Unis : Avant-première à New York le 26 novembre 1942. Sortie nationale le 23 janvier 1943 France : 23 mai 1947
Casting : Humphrey Bogart : Rick Blaine Ingrid Bergman : Ilsa Lund Paul Henreid : Victor Laszlo Claude Rains : Capitaine Renault Conrad Veidt : Major Strasser Sydney Greenstreet : Señor Ferrari Peter Lorre : Ugarte S. Z. Sakall : Carl Madeleine Lebeau : Yvonne Dooley Wilson : Sam Joy Page : Annina Brandel John Qualen : Berger Leonid Kinskey : Sascha
Le biopic musical est devenu un genre cinématographique à part entière ces dernières années. Il faut dire que les rock-stars ont souvent une existence suffisamment épique pour valoir le coup d’être portée à l’écran. C’est au tour des Runaways, le premier groupe de Joan Jett, de faire l’objet d’un long métrage. Ma méconnaissance de leur histoire ne m’aurait jamais donné l’idée d’en faire un film… et ça n’aurait pas été forcément plus mal.
Les jeunes Joan Jett et Cherie Currie ont à peine 15 ans quand elles croisent Kim Fowley, producteur de rock, avec qui elles vont créer les Runaways, un groupe provoquant qui connaîtra vite un succès phénoménal. Mais en pleine adolescence, ces deux jeunes rebelles sont elles prêtes à vivre un telle aventure.
Les Runaways m’aura au moins appris que Joan Jett avait eu une vie avant d’aimer le rock’n’roll. C’est déjà bien, mais pas tout à fait suffisant pour faire un film. En fait, Flora Sigismondi axe surtout l’intrigue sur le « couple » Joan Jett – Cherie Currie. Le reste n’est qu’anecdotes qui intéresseront néanmoins tous ceux qui souhaitent mieux connaître l’histoire du rock. Malheureusement, le récit de cette relation ambiguë et forte, au milieu du succès, de la drogue et de la musique, ne passionne jamais vraiment. Du coup, c’est tout le film qui ne déchaîne guère l’enthousiasme.
Les Runaways est sauvé par la musique. Comme dans de nombreux film du genre, celui-là laisse une large place à la découverte des morceaux composés par le groupe. Il n’y a pas de longue scène purement musicale, mais les œuvres du groupe sont omniprésentes. L’énergie de leur musique vient donc largement compenser la relative indifférence qu’inspire le scénario. Mais bon du coup, au lieu de dépenser le prix du ticket de cinéma, vaut mieux carrément investir dans un de leurs albums, même si c’est toujours agréable de mieux connaître l’histoire d’une musique pour mieux l’apprécier.
Un autre élément qui sauve les Runaways est la performance de ses deux actrices principales, Kristen Stewart et Dakota Fanning. La première a été révélée très jeune par le film Panic Room, avant de décrocher le premier rôle dans la saga Twilight. La seconde a débuté en jouant le rôle d’Ally McBeal à l’âge de 5 ans avant d’elle aussi jouer dans Twilight. En tout cas, elles tiennent là deux beaux rôles de composition dont elles s’acquittent avec brio et talent. On retrouve là une opposition classique blonde contre brune, introvertie contre délurée… Elles apportent cependant surtout une touche d’ambiguïté et de sensualité un peu dérangeante pour des personnages censés avoir 15 ans. Mais c’est bien tout l’intérêt et l’épaisseur de ses personnages à la fois familiers (enfin surtout Joan Jett pour ma part), attachants et intrigants.
La réalisation de Flora Sigismondi est elle aussi non dénuée de qualités. C’est encore dans la sensualité que les Runaways se distinguent avec une scène particulièrement élégante et troublante, sans être une seule seconde vulgaire. L’expression sexe, drogue et rock’n’roll prend ici tout son sens et le scénario nous compte tout autant le succès de ces jeunes filles que leur dérive. Mais jamais, la réalisatrice ne tombe dans un spectaculaire trash qui n’aurait pas du tout été de bon aloi.
Les Runaways est donc un film doté de qualités non négligeables, mais gâchées par un scénario un peu trop faible et trop peu emballant.
Fiche technique : Titre original : The Runaways Réalisation : Floria Sigismondi Scénario : Floria Sigismondi, d’après l’autobiographie de Cherie Currie Photographie : Benoît Debie Montage : Richard Chew Décors : Eugenio Caballero Costumes : Carol Beadle Production : Art Linson, John Linson et William Pohlad Co-production : David Grace Production exécutive : Joan Jett, Kenny Laguna et Brian Young Production associée : Jonathan Sanford et Sabrina Sipantzi Société de production : River Road Entertainment, Linson Entertainment, Road Rebel et Runaway Productions Pays d’origine : États-Unis Format : Couleurs – 2,35:1 – Super 16 – Dolby Digital Durée : 109 minutes
Casting : Kristen Stewart : Joan Jett Dakota Fanning : Cherie Currie Scout Taylor-Compton : Lita Ford Stella Maeve : Sandy West Alia Shawkat : Robin Michael Shannon : Kim Fowley Tatum O’Neal : mère de Cherie Johnny Lewis : Scottie
Une génération de jeunes réalisateurs français sont partis à la conquête d’Hollywood. Si un Louis Leterrier a décidé de faire carpette pour producteurs et a signé des merdes comme son Choc des Titans, un autre est en train de se faire remarquer par son imagination et son talent. Alexandre Aja nous avait déjà offert un très bon remake de la Colline à des Yeux. Le revoici avec un nouveau film de genre, Piranha 3D, qui sans révolutionner le genre, lui apporte un peu de fraîcheur.
Un lac, des piranhas féroces, des jeunes insouciants imbibés d’alcool, des actrices pornos… et au final beaucoup de sang.
Bon, pas trop besoin de trop s’attarder non plus sur le scénario et l’intrigue. On est là pour voir des gens se faire bouffer par des piranhas et un petit groupe de héros se battre pour survivre. Le reste s’apparente plus à un prétexte qu’à une intrigue. Alexandre Aja ne s’est d’ailleurs pas embarrassé d’une complexité qui n’aurait rien apporté. Il donne au spectateur ce qu’il est venu voir et il le fait très bien.
Il y’a un petit débat autour de ce film. Est-il ou non un remake du premier film de James Cameron ? L’équipe de Piranha 3D dit que non. Certes, beaucoup d’éléments des deux scénarios diffèrent, mais il n’en reste pas moins que les deux films consistent essentiellement à voir des baigneurs se faire bouffer sauvagement. Donc, oui, pour moi, il s’agit bien d’un remake, surtout que tout a quand même été fait pour pousser les fans de l’original à aller voir cette version largement modernisée.
Mais je m’intéresserai plutôt à un autre débat : vrai film de genre ou parodie ? En effet, Piranha 3D est lisible aussi bien au premier qu’au second degré. Alexandre Aja s’est efforcé de créer une vraie ambiance d’angoisse qui monte peu à peu. Le procédé est toujours un le même avec une caméra sous-marine dont on ne sait jamais si elle épouse le point de vue des sales bêtes ou pas. Du coup, on devient paranoïaque et on s’attend à voir un membre dévoré dès que quelqu’un à la malheureuse idée de mettre un orteil à l’eau. Dans ce domaine effectivement, il n’y a rien de bien innovant ou génial dans ce film, qui pourrait être qualifié de série B. La 3D et le budget conséquent n’y changent pas grand chose, car on sait bien que la réussite d’un film de ce genre n’est que rarement lié aux moyens déployés (cf. Blair Witch).
Par contre, Piranha 3D se fait un plaisir de récupérer les poncifs du genre, de les filmer avec le plus grand sérieux, mais surtout la plus grande ironie. Vous vous souvenez de la blonde en short mini et en chemise offrant une vue plongeante sur son décolleté qui se fait toujours courser par un tueur psychopathe dans ce genre de film ? Et bien ici, pas besoin de tenue vestimentaire improbable puisque le film met notamment en scène une équipe de tournage d’un film porno. On peut prendre ça au premier degré, mais deux plans provoquant l’hilarité dans la salle prouvent bien que ce n’est sûrement pas l’esprit dans lequel ce film a été tourné. Il s’agit plutôt d’une manière assez subtile de mélange horreur et rire, sans tomber dans grosse parodie qui tâche à la Scary Movie.
Le tout fait de Piranha 3D un film de genre qui ravira les fans, mais qui délectera tous ceux qui, sans être spécialement amateurs, regardent ce genre de film avec un œil amusé. Alexandre Aja a su ne pas se prendre au sérieux et rendre un hommage subtil à tous les films qui ont précédé le sien. Ce film est donc au film d’horreur, ce que Starship Troopers était au film de science-fiction.
Pas mal de peur, beaucoup de sang, mais aussi une bonne dose de rire font de Piranha 3D une vraie réussite.
Fiche technique : Production : Chako Film Compagny, Dimension Films, Intellectual Preopeties Management Distribution : Will Bunch Distribution Réalisation : Alexandre Aja Scénario : Alexandre Aja, Josh Stolberg, Pete Goldfinger, Gégory Levasseur Montage : Baxter Photo : John R. Leonetti Format : 35mm Décors : Clark Hunter Musique : Michael Wandmacher Directeur artistique : Marina Frantz Durée : 89 mn
Casting : Jessica Szohr : Kelly Driscoll Steven R. Mcqueen : Jake Forester Christopher Lloyd : M. Goodman Kelly Brook : Danni Arslow Jerry O Connell : Derrick Jones Ving Rhames : Adjoint Fallon Elisabeth Shue : Shérif Julie Forester Richard Dreyfuss : Matt Hooper Riley Steele : Crystal Shepard
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