INVICTUS : un rêve ovale

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invictusafficheTous les sports ne sont pas cinémagéniques. Si la boxe l’est (Raging Bull), le football ne l’est pas du tout (A nous la victoire). En fait, plus globalement, les sports de combat se prêtent tout à fait à servir de support à un film, les sports collectifs beaucoup moins. Qu’en est-il du rugby qui est un peu les deux ? On ignorait la réponse avant qu’Invictus, le nouveau film de Clint Eastwood, vienne apporter la réponse. Et la réponse est largement positive.

Nelson Mandela vient d’être élu Président de l’Afrique du Sud. Mais l’apartheid est encore présent dans toutes les têtes et divisent toujours profondément la nation. En sport aussi. Les blancs jouent au rugby, les noirs au football. Il décide alors de se servir de la prochaine Coupe du Monde de rugby organisée dans son pays pour enfin unir son peuple.

Invictus est largement plus un film politique qu’un film de sport. Seule sa dernière demi-heure nous plonge vraiment au cœur du terrain. Mais quelle demi-heure ! Honnêtement, j’ai retrouvé en regardant ce film les émotions que j’ai pu vivre en étant moi-même sur un terrain. Filmé largement en caméra suggestive, certains plans vous feront vivre ce que c’est de foncer tête baissée vers trois armoires à glace qui n’ont qu’une seule idée, celle de vous plaquer violemment au sol. Et ce de manière totalement volontaire ! Mais non, jouer au rugby n’a rien de masochiste…Enfin ce n’est pas le débat ici.

Le pari n’était pas évident à relever. Déjà parce que filmer un sport n’est pas facile, surtout quand on est un réalisateur qui ignore tout de ce dernier. Les anecdotes d’ailleurs ne manquent pas concernant l’étonnement de Clint Eastwood sur l’absence de protection… Ah les Américains… Bref, évidemment quand c’est un génie comme notre cow-boy préféré qui s’y colle, malgré la difficulté du challenge, la réussite est au rendez-vous. Il réussit même le double exploit de rendre passionnant la finale contre la Nouvelle-Zélande, qui avait été en vrai très ennuyeuse à suivre en dehors de l’enjeu, et surtout de faire de Matt Damon un François Pienaar crédible, malgré une légère différence de gabarit entre l’acteur et son modèle.

invictusAlors, évidemment, on pourra regretter que la demi-finale contre la France, qui fut un magnifique moment de rugby, soit tout juste évoquée. Vous ne verrez donc pas dans Invictus Abdelatif Benazzi échouer à 5 centimètres de l’en-but sud-africain, quelques secondes avant le coup de sifflet final. D’un autre côté, cela nous épargne également de revivre l’arbitrage très particulier de Monsieur Bevan. Les plus pointilleux regretteront que soit passé sous silence le mystérieux empoisonnement de l’équipe de Nouvelle-Zélande quelques jours avant la finale…

Vous l’aurez compris, tout dans Invictus est un peu idéalisé. Ce film cherche à faire passer un message qui va bien au-delà du rugby. C’est d’ailleurs la seule image de Nelson Mandela arrivant sur la pelouse avec le maillot de l’Afrique du Sud que la postérité a retenu. Heureusement, en 1998, tout le monde a oublié Jacques Chirac avec son maillot qui le boudine par dessus sa chemise et sa cravate… mais encore une fois, c’est un autre débat. Ce film nous raconte une moment de légende. Comme toutes les légendes, la vérité est forcément un peu déformée et enjolivée. Mais qu’importe si l’histoire est belle et si le message est fort.

Invictus n’est sans doute pas le Clint Eastwood le plus inoubliable, mais c’est un vrai moment beau moment de cinéma… et d’espoir !

Fiche technique :
Production : Spyglass Ent., Revelations Ent., Mace Neufeld, Malpaso
Distribution : Warner Bros Pictures France
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Anthony Peckham, d’après le livre de John Carlin
Montage : Joel Cpx Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Décors : James J. Murakami
Musique : Kyle Eastwood, Michael Stevens
Costumes : Deborah Cooper
Durée : 132 mn

Casting :
Morgan Freeman : Nelson Mandela
Matt Damon : François Pienaar
Tony Kgoroge : Jason Tshabalala
Patrick Mofokeng : Linga Moonsamy
Matt Stern : Hendrick Booyens

LOST IN TRANSLATION : Jamais l’ennui n’a été aussi sublime

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lostintranslationafficheRevoir un film que l’on a pas forcément vraiment aimé au cinéma peut s’assimiler parfois à du masochisme. Mais parfois, une seconde lecture peut vous permettre de mieux apprécier une œuvre qui doit s’apprivoiser. C’est souvent vrai en musique, un peu moins évident pour le cinéma. Quand on m’a offert Lost in Translation, je n’allais évidemment pas dire « oui mais tu sais, je me suis un peu fait chier au ciné ». Je me suis donc même décidé à le regarder. Et bien, si je ne suis toujours pas un grand fan de Sofia Coppola, je dois admettre qu’elle a un sens inné, pour ne pas dire génétique, du cinéma.

Bob Harris, star de cinéma, est au Japon pour le tournage d’une pub pour un whisky. Au même moment, Charlotte a suivi son mari photographe et reste seule à l’hôtel et déambule dans les rues de Tokyo. Les deux sont un peu perdus dans cette cité étrange, où la barrière de la langue est infranchissable. Mais ils vont finir par se trouver et affronter ensemble ce monde inconnu.

Raconter l’histoire de gens qui s’ennuient sans ennuyer le spectateur est le défi que Sofia Coppola tente de relever avec Lost In Translation. Comme vous l’aurez compris, il n’est pas pour moi totalement réussi. Aussi sympathiques soient les deux personnages, aussi attendrissante soit leur amitié qui naît malgré la différence d’âge, aussi dépaysant soit l’univers dans lequel ils sont plongés, il manque à ce film un petit souffle scénaristique pour faire dépasser au spectateur le stade de l’intérêt pour l’entraîner vers celui de l’enthousiasme. Enfin, ce n’est pas forcément un avis partagé par tous puisque ce film a reçu l’Oscar du meilleur scénario.

Le choc des cultures est un thème classique dans le cinéma (cf encore récemment Où sont passés les Morgan ?). Mais Lost In Translation ne cherche pas à en faire un ressort comique. Non que ce film soit dénué d’humour, mais Sofia Coppola s’est avant tout , et presque exclusivement, concentré sur Bob et Charlotte. Leur errance dans Tokyo est en fait révélateur de leur errance dans la vie. Et dans ce monde inconnu et étranger, qui leur fait perdre tous leurs repères, ils vont devoir y faire face sans pouvoir se raccrocher à une routine quotidienne.

Lost In Translation est en fait un film inclassable et étrange. Il provoque d’ailleurs des réactions aussi contrastées qu’inattendues chez les spectateurs. Il peut y avoir des personnes totalement hermétiques, les sceptiques comme moi et les enthousiastes. Et ces derniers sont parfois ceux chez qui auraient le moins attendu cette réaction. Il s’agit tout simplement d’un film qui peut vous toucher au plus profond de soi et ce de manière très personnelle. Il est donc impossible de savoir à l’avance quelle sera son impact.

lostintranslationMais s’il y’a une chose sur laquelle tout le monde peut s’accorder, c’est que Lost In Translation est un film éblouissant dans sa forme. Le fond peut toucher ou pas, mais la manière dont il est mis en scène est quant à elle splendide. L’ennui n’a jamais été aussi sublime, j’ai envie de dire. La photographie, la musique, le montage, tout concorde pour faire de ce film un moment de grâce esthétique absolue. Les personnages n’ont pas besoin d’exprimer leurs sentiments, ni même de les faire passer par des mimiques théâtrales, car leurs états d’âmes flottent littéralement dans l’air que Sofia Coppola nous fait respirer.

Et que dire du duo d’acteurs, qui tiennent là peut-être leurs plus beaux rôles respectifs. Tout d’abord, honneur aux dames, la « y’a pas de mot pour dire à quelle point elle est belle » Scarlett Johansson. Bien sûr, son physique avantageux contribue largement à la manière dont elle illumine l’écran, amis il n’y a pas que ça. Et en face d’elle Bill Murray… le trop rare Bill Murray, l’immense Bill Murray, le génial Bill Murray. Il est ici éblouissant et nous livre une performance inoubliable.

Lost In Translation est donc de ces films cultes dont le génie échapper à certains. J’avoue être un peu à la frontière entre les deux sentiments. Mais j’invite, avec toute l’autorité qu’il m’est possible d’avoir, d’inviter chacun à se faire sa propre idée (avec VF totalement prohibée).

Fiche technique :
Production : Focus Features, American Zoetrope, Elemental Films
Distribution : Pathé
Réalisation : Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola
Montage : Sarah Flack
Photo : Lance Acord
Musique : Kevins Shields, Brian Reitzell, Air
Durée : 102 mn

Casting :
Bill Murray : Bb Harris
Scarlett Johansson : Charlotte
Giovanni Ribisi : John
Anna Faris : Kelly

GAINSBOURG : VIE HEROIQUE : Biopic poétique

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gainsbourgLa mode des biopics ne faiblit pas. Pour preuve la sortie de Gainsbourg : Vie héroïque qui, après Coluche, l’histoire d’un mec, fait renaître un homme qui a bercé l’enfance des gens de ma génération. Mais l’homme à la tête de chou a vécu plusieurs vies et le film qui nous intéresse ici ne les traite pas toutes avec le même bonheur.

Le jeune Lucien Ginsburg, dans le Paris occupé, est à la fois juif et a les oreilles décollés. De quoi vous coller quelques complexes. Après la guerre, il tente de vivre de sa peinture mais très vite, le destin le conduira à revenir vers la musique vers laquelle son père, professeur de piano, a toujours essayé de le pousser.

Pour les gens de ma génération, Serge Gainsbourg était un homme capable de dire à Whitney Houston « I want to fuck her » et dont le look ressemblait à celui d’un clochard en fin de vie. Dérangeant, provocateur, lubrique, à la frontière du vieux dégueulasse, il n’en restait pas moins un personnage sympathique. On a oublié qu’il a été avant ça, un vrai artiste de music-hall, ami de Boris Vian et écrivant pour les frères Jacques. Une époque où ce genre n’était pas synonyme de passer chez Patrick Sébastien. Et c’est surtout sur cette époque que le film se concentre et on peut être déçu de ne pas retrouver le Serge Gainsbourg que l’on a connu.

En fait, ce film, où plutôt ce conte comme il est précisé dans le générique, nous raconte surtout comment ce petit garçon a pu devenir « Gainsbarre ». La fin de sa vie est plus évoquée que racontée, et surtout largement édulcorée. On peut y voir peut-être là une forme de respect et de pudeur. Car avouons-le, il a, sur la fin, plus ressemblé à un déchet qu’à un artiste flamboyant. De même on peut préférer Love on the Beat ou No Comment au Poinçonneur des Lilas, mais ils représentent deux étapes différentes d’un même chemin. Gainsbourg : Vie héroïque se concentre surtout sur les premiers kilomètres. On peut le regretter, mais c’est un choix, un peu frustrant certes car il donne l’impression d’une fin quelque peu bâclée.

gainsbourg2Si Gainsbourg : Vie héroïque se définit comme un conte, c’est parce qu’il essaye de traiter les faits de manière poétique. Gainsbourg est hanté par un personnage, sa gueule, qui est une sorte de conscience à l’envers. Non pas qu’elle le pousse forcément vers le vice, mais le pousse à assumer tout ce qu’il est. Son physique d’abord, mais aussi ses envies, ses pulsions, et évidemment son talent. Comme si la création était forcément liée à sa propre auto-destruction. Les dialogues entre les deux entités constituent le cœur de ce film, qui n’est pas donc pas un biopic qui cherche à reconstituer fidèlement la réalité.

Un biopic demande forcément un acteur qui entre dans la peau d’un personnage que tout le monde connaît. C’est toujours un exercice délicat car, du coup, le spectateur est particulièrement exigeant quant à la ressemblance. Si on se moque d’avoir dans un film un Louis XIV qui ne ressemble pas à l’original, pour un homme qu’on a vu si souvent à la télé, c’est plus difficile. Cette fois c’est Eric Elmosnino qui s’y colle. C’est aussi l’occasion pour cet éternel troisième rôle d’enfin occuper le haut de l’affiche. Si on a connu métamorphose plus impressionnante, il épouse parfaitement son personnage… au moins dans la première moitié de sa vie. Car à mesure que Gainsbourg s’enfonce dans une décadence physique, moins la ressemblance est frappante. Cela concoure à l’impression plus mitigée que procure la dernière demi-heure.

Gainsbourg : Vie Héroïque est également marqué par une série d’apparition parfois surprenantes, mais généralement très réussies. On notera notamment un Philippe Katerine excellent en Boris Vian. Mais la révélation vient de Laetitia Casta, formidable en Brigitte Bardot. A telle point qu’elle est beaucoup plus classe et sexy que l’originale à mon humble avis, qui n’engage que moi.

Gainsbourg : Vie Héroïque n’est donc pas le meilleur biopic de l’histoire. Mais il est assez original pour que l’on prenne beaucoup de plaisir à le regarder et avoir une envie soudaine de faire des trous, des petits trous, toujours des petits trous…

Fiche technique :
Production : One World Films, Studio 37, Focus Features, France 2 Cinéma, Lilou films, Xilam films
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Joann Sfar
Scénario : Joann Sfar
Montage : Maryline Monthieux
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Christian Marti
Son : Daniel Sobrino, Jean Goudier, Cyril Holtz
Musique : Serge Gainsbourg, Olivier Daviaud
Durée : 135 mn

Casting :
Eric Elmosnino : Serge Gainsbourg
Lucy Gordon : Jane Birkin
Laetitia Casta : Brigitte Bardot
Doug Jones : La gueule
Anna Mouglalis : Juliette Gréco
Mylène Jampanoï : Bambou
Sara Forestier : France Gall
Yolane Moreau : Fréhel
Philippe Katerine : Boris Vian

A SERIOUS MAN : La fin d’une idylle ?

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aseriousmanafficheMais que m’arrive-t-il ? Moi qui vivais une histoire d’amour passionnel sans l’ombre d’un nuage. Oh bien sûr, il y’avait bien un petit Ladykillers, un peu plus faible que le reste, mais à peine. Je pensais le bonheur éternel, mais voilà, l’incroyable est arrivé. La première fois, ça ne m’a pas vraiment inquiété, cela fait partie des aléas de la vie. Ca peut arriver comme l’on dit. Mais là, deux fois de suite, je suis inquiet. Est-ce la fin d’un idylle ? Dois-je annoncer qu’après tant de bonheur partagé (ok dans un seul sens, mais quand même), vient se s’achever ma lune de miel avec les frères Coen… Après un Burn After Reading qui ne m’avait pas vraiment fait rire, voici A Serious Man, qui m’a carrément ennuyé…

Larry Gopnik voit sa vie, déjà pas terrible à la base, partir en sucette… Sa femme est sur le point de le quitter… et de le foutre dehors de chez lui. Des lettres anonymes sont envoyés à l’école où il l’enseigne le calomniant alors que sa titularisation est sur le point d’être examinée. Son frère est un débile léger qu’il traîne comme un boulet. Et ses enfants sont des adolescents qui ne ressemblent à rien… Bref, des ados… Il va alors chercher de l’aide et une oreille attentive… Mais y’a-t-il vraiment quelqu’un sur terre qui ait vraiment envie de l’aider ?

A Serious Man ressemble un peu à un remake de La Crise, le film de Coline Serreau. L’histoire d’un homme qui essaye d’exposer ses problèmes aux membres de son entourage, mais chacun d’eux est trop occupé avec ses propres problèmes pour lui prêter la moindre attention. C’est exactement le même ressort dans les deux films, mais si l’un était vraiment drôle et bien senti, le film des frères Coen est juste passablement vain et ennuyeux.

A Serious Man est largement parcouru par le thème de la religion puisque le fil rouge de cette histoire est la rencontre de Larry avec les trois rabbins de sa communauté. Beaucoup d’éléments du film renvoie au judaïsme et il y’a sans doute là une part assez personnelle de la part des frères Coen. Mais c’est malheureusement là le seul élément structurant de cette histoire qui manque dramatiquement de corps et d’épaisseur. Le héros n’est guère plus avancé au début qu’à la fin et on passe le film à se demander où les frères Coen veulent en venir. Malheureusement, la réponse n’arrive jamais.

aseriousmanTout cela est regrettable car on retrouve malgré tout ce qui fait le génie des frères Coen dans A Serious Man. La même ambiance quasi fantastique alors qu’ils mettent en scène des éléments très terre à terre, la même imagination visuelle et les mêmes personnages hauts en couleurs, parfois attachants, parfois inquiétants. Bref, ce film porte leur patte… l’intérêt en moins. Quand on est fan, on est donc particulièrement frustré ! Il y’avait moyen de faire de A Serious Man un excellent film, il aurait juste fallu penser à le doter d’une intrigue. Parfois, ça peut servir…

Du coup, il y’a quelques moments de vrai bonheur cinématographique. Mais le tout forme trop un méli-mélo informe pour qu’on puisse vraiment les apprécier. A Serious Man aurait été réellement un films à sketchs, on aurait pu pardonner une certaine inégalité entre les scènes. Mais là, rien n’a vraiment de sens et du coup, l’intérêt du spectateur est plus que limité. C’est vraiment regrettable car, comme je l’ai dit, ce film est sans doute l’œuvre la plus personnelle des frères Coen.

A Serious Man ne peut évidemment à lui seul remettre en cause le génie des frères Coen. Mais bon, j’aimerais infiniment que le dicton « jamais deux sans trois » ne se vérifie pas ce coup-ci.

Fiche technique :
Production : Mike Zoss prod, Relativity Media, Studio Canal, Working Title
Distribution : Studio Canal
Réalisation : Ethan & Joel Coen
Scénario : Ethan & Joel Coen
Montage : Ethan & Joel Coen
Photo : Roger Deakins
Décors : Jess Gonchor
Musique : Carter Burwell
Directeur artistique : Deborah Jensen
Durée : 105 mn

Casting :
Michael Stuhlbarg : Larry Gopnik
Richard Kind : Oncle Arthur
Fred Melamed : Sy Ableman
Sari Lennick : Judith Gopnik
Peter Breitmayer : Mr. Brandt

OU SONT PASSES LES MORGAN ? : Le bonheur d’être abonné !

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ousontpasseslesmorganafficheL’avantage de la carte UGC, c’est que l’on a plus jamais à se dire « Oui, bon, ce n’est pas que ce n’était pas bien, mais enfin 10 euros pour ça… ». C’est un immense avantage car cela permet d’apprécier pleinement sur grand écran les films que l’on peut placer dans la catégorie « ça sera aussi bien à la télé ». C’est le cas de Où sont passés les Morgan ?, une comédie romantico-policière bien sympathique, même si elle ne casse pas trois pattes à un canard.

Meryl et Paul Morgan sont séparés depuis trois mois, suite à une infidélité de ce dernier. Sa femme accepte enfin de dîner avec lui, mais lors de cette soirée, ils vont être les témoins d’un meurtre dont ils ont clairement vu le visage de l’auteur. Pour les protéger, la police les envoie au fin fond du Wyoming. Pour ces deux purs New-yorkais, le choc va être rude.

Où sont passé les Morgan est donc à réserver au détenteur d’une carte d’abonnement ou bien aux fans purs et durs du genre. Et les fans de Hugh Grant alors ?… Mademoiselle, au fond, si vous pouviez arrêter de hurler son prénom en vous tirant les cheveux, ça m’arrangerait et me permettrait de finir tranquillement ma critique. Merci. Alors je disais… Ah oui, Hugh Grant.. Et bien il fait évidemment ici du Hugh Grant. Là, logiquement, j’aurais du poursuivre par « et c’est encore ce qu’il fait de mieux… ». Sauf que justement, c’est un Hugh Grant en petite forme que l’on retrouve ici. Non pas qu’il soit mauvais, ça reste Hugh Grant quand même, mais il n’arrive pas à faire décoller le film par son seul talent, comme il sait si bien le faire d’habitude. Ceci explique en grande partie pourquoi le film en restera au stade de divertissement sympathique.

Oui, alors là, j’entends déjà les protestations féministes m’accusant de la pire misogynie. Et Sarah Jessica Parker alors ? Bon sachez tout d’abord, mesdames, que j’adôôôôôôôôôôôôôre Sex and The City, ce qui fait de moi presque une des vôtres. Mais bon, en toute honnêteté intellectuelle, elle ne boxe quand même pas tout à fait dans la même catégorie que Hugh Grant. Mais au moins, ces fans ne seront eux pas du tout déçu. Un personnage de New-Yorkaise qui étouffe dès qu’elle quitte Manhattan, ça ne vous rappelle rien ?

ousontpasseslesmorganBon revenons plus largement à Où sont passés les Morgan ? Le thème du choc des cultures ville-campagne est archi-classique, pour ne pas dire archi-éculé. Quelque part, Avatar, est dans la même veine. Mais bon, ce film a tout de même le bon goût de ne pas faire de jugement sur l’un et sur l’autre des modes de vie et de ne pas nous livrer un « vivre au milieu de nul part, c’est mieux, c’est plus sain et les gens y sont plus sympas ! ». Non, rien de moralisateur ici et c’est sans doute la grande force de ce film, qui aurait été sinon totalement insupportable. Après, le ressort comique, un peu usé donc, est correctement exploité, mais avec rien de nouveau, ni de tout à fait génial.

Cependant, on ne s’ennuie pas une seule seconde car les personnages restent attachants et on a plaisir à suivre leurs pérégrinations. Et puis, comme dans tous les films du genre, il y’a un ou deux petits moments de magie où le film fonctionne vraiment bien, que ce soit dans l’humour pur ou dans le romantisme. Ces petits instants de bonheur pur nous font oublier le reste, qui de toute façon, sans être désagréable, était fait pour être oublié aussitôt vu. Je mentionnerai notamment le personnage de la secrétaire blonde, mais alors vraiment blonde, interprétée par Kim Shaw, que l’on avait vu dans… rien du tout. Et c’est bien dommage car chacune de ses apparitions provoque un vrai moment d’hilarité !

Voilà, ne vous précipitez pas au cinéma pour aller Où sont passés les Morgan ?. Mais vous aurez le droit, lors de sa diffusion sur le petit écran, de répondre oui à la question « Y’a un truc bien ce soir à la télé ? »

Fiche technique :
Production : Columvia Pictures, Relativity media, Castle Rock, Banter films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Marc Lawrence
Scénario : Marc Lawrence
Montage : Susan E. Morse
Photo : Florian Ballhaus
Décors : Kevin Thompson
Musique : Theodore Shapiro
Directeur artistique : Steve Carter
Durée : 105 mn

Casting :
Hugh Grant : Paul Morgan
Sarah Jessica Parker : Meryl Morgan
Mary Steenburgen : Emma Wheeler
Sam Elliott : Clay Wheeler
Elisabeth Moss : Jackie Drake
Michael Kelly : Vincent

CITY ISLAND : Je vous ai dit que c’était excellent ?

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cityislandafficheSi j’ai été voir City Island, c’est pour deux raisons. Déjà, l’horaire m’arrangeait bien car collait avec l’heure de fin de Bright Star que j’ai vu juste avant. Mais aussi, parce que j’avais entendu le matin même une critique dithyrambique de la part de Benjamin Gomez, le critique de Ouï FM. Pourtant, on ne peut pas dire que je suive très fidèlement ses avis, vu qu’il passe son temps à faire l’éloge des films sponsorisés par la radio qui l’emploie. Mais bon, pour une fois, son enthousiasme était communicatif et je me suis laissé tenté. Et grand bien m’en a pris !

La famille Rizzo n’est pas vraiment championne du monde dans le domaine de l’honnêteté mutuelle et de la communication. Tout le monde fume en cachette, le père prend des cours de théâtre à l’insu de sa femme, qui du coup, pense qu’il a une liaison. La fille cache à ses parents qu’elle s’est faite virer de la fac et qu’elle exerce le noble métier de strip-teaseuse en attendant. Enfin, le petit dernier cache à tout le monde son addiction pour les obèses. Un jour, le père découvre que son fils illégitime, qui pense que son vrai père est mort, se trouve dans la prison où il est gardien. Il le fait sortir et le ramène dans la famille… sans évidemment expliquer quoi que ce soit à qui que ce soit.

City Island est une comédie humaniste, un peu trash. Voilà, j’ai presque envie d’arrêter ma critique ici, tout est dit, sauf à rajouter qu’elle est vraiment excellente. Mais bon puisqu’il faut développer, sachez aussi qu’elle est enthousiasmante, rafraîchissante, vivifiante, patatifiante… ok, le mot n’existe pas, mais résume bien l’état d’esprit avec lequel on quitte la salle après ce film. Parce que si ce film véhicule des valeurs très positives, du style, la famille c’est formidable, la communication y’a que ça de vrai et il faut suivre ses rêves, et bien il le fait de manière très intelligente.

Déjà les personnages sont loin d’être des américains propres sur eux qui se fondent dans le moule. D’ailleurs, la société américaine bien-pensante en prend un petit coup dans City Island puisque c’est en s’affranchissant de ses standards les plus idiots que les protagonistes accèdent au bonheur ! C’est une sorte de Whatever Works, mais en beaucoup moins bavard ! L’effet produit est à peu près le même, si ce n’est que Raymond De Felita n’est pas tout à fait Woody Allen. Mais il se défend tout de même et nous livre une excellente comédie (mais je crois que je l’ai déjà dit).

cityislandDans ce genre de film, tout se joue dans la sympathie que peuvent nous inspirer les personnages. Pour cela, City Island a tout bon et on a presque envie de faire partie de la famille Rizzo, qui, malgré ses faiblesses toutes humaines, est composée de personnages attachants. Bien sûr, les repas de famille sont quelque peu animés, surtout au début du film, mais c’est souvent mieux que de ne rien se dire du tout. L’autre qualité indispensable pour une comédie est le sens du rythme. Et ce film n’en manque pas, ne laissant jamais au spectateur le temps de s’ennuyer. Tout s’enchaîne, non avec frénésie, mais avec assez de peps pour nous entraîner avec un certain enthousiasme.

City Island, c’est aussi l’occasion de voir le trop rare Andy Garcia à l’écran. Ses premiers rôles se font rares et on peut se rappeler ici qu’il semblait promis il y’a un peu mois de 20 ans à devenir une des plus grandes stars d’Hollywood. L’avion de sa carrière n’a jamais vraiment totalement décollé comme il aurait du. Reste le talent et un immense charisme qui apporte la petite touche supplémentaire qui fait de ce film un vrai bon moment de cinéma.

Je ne sais pas si je vous ai dit mais City Island est une excellente comédie. Alors allez-y !

Fiche technique :
Réalisateur : Raymond de Felitta
Scénariste : Raymond de Felitta
Compositeur : Jan A.P. Kaczmarek
Directeur de la photographie ; Vanja Cernjul
Monteur : David Leonard
Directrice du casting : Sheila Jaffe et Meredith Tucker
Chef décoratrice : Franckie Diago
Directeur de production :Ged Dickersin
Costumier : Tere Duncan

Casting :
Andy Garcia : Vince Rizzo
Julianna Margulies : Joyce Rizzo
Steven Strait : Tony Nardella
Ezra Miller : Vinnie Rizzo
Dominik García-Lorido : Vivian Rizzo
Alan Arkin : Michael Malakov
Emily Mortimer : Molly Charlesworth
Sharon Angela : Tanya
Curtiss Cook : Matt Curniff

BRIGHT STAR : Trop d’émotion tue l’émotion

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brigthstarafficheJane Campion est la première femme à avoir remporter la Palme d’Or au Festival de Cannes, avec la Leçon de Piano, en 1992. Elle est connue pour un cinéma débordant de sensibilité. Une sensibilité toute féminine diront certains. C’est peut-être pour ça que j’accroche rarement avec ses films. Et malheureusement, Bright Star, son dernier film, ne déroge pas à la règle.

John Keats, qui, à 23 ans, ignorait qu’il allait rester pour l’éternité un de plus grands poètes romantiques, et Fanny Brawne, sa voisine, s’aiment. Malheureusement, leur amour est contrarié par bien des obstacles : le manque d’argent, leur entourage…

Bref, Bright Star est une histoire aussi vieille comme le monde. Celui de l’amour impossible, ou du moins fort contrarié, qui va consumer deux êtres qui ne peuvent renoncer à leurs sentiments. Depuis Romeo et Juliette, on n’a pas vraiment fait mieux et ce n’est pas ce film qui va y arriver. Pourtant, tout était réuni pour faire de cette histoire un grand film.

Jane Campion sait tenir une caméra, je ne pourrais jamais lui enlever ça. Il y’a une vraie élégance dans sa mise en scène, dans les angles de prise de vue, dans le montage, la photographie… Bref, elle démontre qu’elle est une grande cinéaste avec un vrai sens artistique. Encore une qualité toute féminine oseront certains… Pour le coup, je ne suis pas loin d’être d’accord avec eux.

Le travail de direction d’acteurs est lui aussi remarquable. Le couple Ben Wishaw et Abbie Cornish n’est pas à proprement parler un couple de stars, mais fonctionne à la perfection. Si le cinéma de Jane Campion est autant apprécié, c’est sûrement parce qu’elle sait, comme nul autre, faire ressortir les sentiments du plus profond de ses personnages. Le moindre geste, le moindre sourire est plus chargé en émotion que toute la filmographie de Roland Emmerich (ou je sais, elle était facile celle-là…).

brigthstarMais alors, avec tout ça, comment Bright Star n’a-t-il pas réussi à déchaîner mon enthousiasme ? Et bien, malgré toutes ses qualités de forme, il souffre d’un immense défaut : une histoire comme celle-là devrait sans peine arracher des torrents de larmes au spectateur. Malheureusement, au final, si on a une très légère envie de sangloter, on garde tout le temps une certaine réserve face à ce film peut-être trop impersonnel à force d’être parfait. L’émotion est bien là, mais trop pure pour toucher vraiment. Trop d’émotion tue l’émotion.

Bright Star est emplis du romantisme littéraire qui caractérise si bien l’époque à laquelle écrivait John Keats. Mais le papier n’est pas l’écran. L’imagination y joue un rôle moins important alors le processus d’identification marche moins facilement. On a beau déjà avoir été fou amoureux, on aura bien du mal à se reconnaître dans un des deux protagonistes. On reste donc constamment en dehors du film, qui est un spectacle magnifiquement réalisé, mais dans lequel on aimerait tant pouvoir vraiment entrer.

Bright Star, comme la Leçon de Piano avant lui, me laisse donc largement sur ma faim. Je ne doute pas qu’il ravira le cœur de bien des spectateurs et des spectatrices. Mais le mien est reste bien froid !

Fiche technique :
Production : Pathé, Screen Australia, BBC Films, UK Film Council
Réalisation : Jane Campion
Scénario : Jane Campion, d’après la biographie d’Andrew Motion
Montage : Alexandre de Franceschi
Photo : Greig Fraser
Décors : Janet Patterson
Distribution : Pathé distribution
Musique : Mark Bradshaw
Costumes: Janet Patterson
Durée : 119 mn

Casting :
Ben Whishaw : John Keats
Abbie Cornish : Fanny Brawne
Paul Schneider : Mr Brown
Kerry Fox : Mrs Brawne
Edie Martin : Toots
Thomas Brodie Sangster : Samuel

ESTHER : C’est avec les vieux ressorts qu’on fait les meilleurs matelas

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estherafficheCertains genres cinématographiques utilisent plus ou moins toujours les mêmes ficelles. Le « ils se détestent, il s’aimeront » des comédies romantiques, le « tout l’accuse, mais en fait ce n’est pas lui le coupable » des films de procès et bien sûr le « il a l’air gentil comme ça, mais il va tous les tuer » des films à suspens. C’est dans cette dernière catégorie que rentre Esther, un film sans vraiment de surprises mais qui vous fera sursauter plus d’une fois.

Les Coleman, après avoir perdu leur troisième enfant à la naissance, décide d’adopter une petite fille dans un orphelinat. Elle se prénomme Esther et semble être la petite fille idéale et modèle. J’ai bien dit semble…

On est dans donc dans un schéma très classique dans ce genre de film. Un tiers arrive dans une famille, manipule ses membres pour le faire se dresser les un contre les autres. Un d’entre eux s’en aperçoit, personne le croit et se retrouve exclu, laissant le champs libre à l’élément extérieur qui peut poursuivre son noir dessin à loisir. Que, dans ce film, celui-ci prenne les traits d’une petite fille de dix ans n’est pas non plus révolutionnaire. D’ailleurs, sans forcément donner dans le genre suspens-horreur, le thème de l’enfant machiavélique et manipulateur reste un grand classique (cf. Desperate Housewives par exemple).

A côté de ça, le réalisateur se débrouille pour créer une tension permanente rendant les moments les plus anodins terrifiants. Non n’ouvre pas ce placard, y’a sûrement un serial killer derrière… Mais elle l’ouvre quand même, on sursaute… et on découvre des fringues… Dans Esther, c’est exactement ce qui se passe, avec une mention spéciale pour un plan où des enfants traversent le champs en riant et qui ont fait sursauter toute la salle…alors que le personnage d’Esther n’était toujours pas apparu à l ‘écran. Car ce qui terrifie vraiment, ce n’est jamais ce qui se passe, mais ce que l’on sent qui pourrait se passer. Après, tout le jeu est de surprendre le spectateur en prenant à revers ses prédictions.

estherEsther fonctionne donc avec des ressorts tout ce qu’il y’a de plus usés. Mais voilà, cela n’empêche pas du tout une seule seconde le film de fonctionner à la perfection. On a beau faire le fier, on tremble et on sursaute comme tout le monde ! Car Esther est réalisé avec beaucoup plus de moyens et de talents que les séries B habituelles du genre. Et ceci à tous les niveaux : réalisation, photographie, casting… Ceci combiné à de l’intelligence, du rythme et de densité, on assiste donc à un film de genre certes, mais d’excellente facture !

On ne pourra que saluer la prestation hallucinante de la jeune Isabelle Fuhrman. Personnellement, je ne sais pas si j’autoriserais ma fille de 12 ans de jouer un tel rôle, combien même le film aurait été réalisé par Stanley Kubrick. Ce n’est pas que le film soit gore, loin de là, mais le rôle demande quand même une énorme maturité pour jouer un monstre aussi cynique et… Bon je m’arrête là parce que je risque de dévoiler le retournement de situation qui, vous vous en doutez, ne manque pas d’arriver ! En tout cas, c’est le genre de rôle qui peut vous marquer pour la vie, surtout en pleine adolescence… mais bon ceci est un autre débat.

Esther est donc à conseiller à tous les fans du genre. Mais aussi à ceux qui apprécient ce genre de film à l’occasion. Esther peut justement être une très bonne occasion…

Fiche technique :
Realisateur : Jaume Collet-Serra
Scénariste : David Leslie Johnson et Alex Mace
Compositeur John Ottman
Directeur de la photographie Jeff Cutter
Monteur Timothy Alverson
Directeur du casting Ronnie Yeskel
Chef décorateur Tom Meyer
Directeur artistique Michele Laliberte

Casting :
Kate Coleman : Vera Farmiga
John Coleman : Peter Sarsgaard
Esther : Isabelle Fuhrman
Soeur Abigail : CCH Pounder

AGORA : Le premier coup de coeur de 2010

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agoraafficheDonner une dimension politco-religieuse à un film à grand spectacle n’est pas forcément le meilleur moyen de faire l’unanimité. On provoque forcément des réactions contrastées selon la manière dont le spectateur est réceptif au message… et bien sûr en accord avec lui. Cela avait été le cas avec Kingdom of Heaven de Ridley Scott (un très grand film à mon sens, avis pas forcément partagé), cela l’est également avec Agora, le nouveau film de Alejandro Amenabar. Même s’il ne s’agit là « que » d’un excellent film (ce qui n’est quand même déjà pas si mal), il s’agit bien là de mon premier coup de cœur cinématographique de l’année… Bon certes, c’est aussi le premier film que je vois en 2010, mais tout de même.

Au 4ème siècle, l’Empire Romain est en plein déclin. La cité d’Alexandrie est un melting-pot de religions, où cohabitent l’ancienne religion païenne, le judaïsme et le christianisme qui prend chaque jour un peu plus d’ampleur. Les tensions entre les communautés sont vives. Malgré tout, la philosophe Hypathie enseigne entre les murs de la grande bibliothèque le savoir et surtout la tolérance. Mais la guerre civile couve…

Agora est un manifeste pour la tolérance. Mais il ne cherche pas à réécrire l’histoire et comme pour Kingdom of Haeven, il ne peut que constater qu’elle doit souvent s’effacer face aux luttes de pouvoir. Il porte aussi en lui une critique sévère du fanatisme religieux, voire même de la religion tout court. Les premiers chrétiens en prennent pour leur grade et apparaissent comme une secte belliqueuse et misogyne.

Mais ne nous y trompons pas, le film ne souffre d’aucun manichéisme. Les victimes du jour seront les bourreaux du lendemain et inversement. Les courageux d’un jour finiront par faire preuve de lâcheté. L’amour fera place à la haine, la haine à l’amour. Seul le personnage d’Hypathie reste constant, en faisant ainsi la clé de voûte de cette histoire. Bref, ce film cherche à balayer toutes les images d’Epinal que l’on peut avoir sur cette époque. Je doute qu’au catéchisme, on y raconte cette histoire. D’ailleurs beaucoup de critiques trouvent ce film parfois trop caricatural, mais il est nettement moins que la plupart des productions occidentales ayant traité du sujet jusqu’à présent. Et sûrement beaucoup plus proche de la réalité.

Agora est une fresque qui s’étend sur plusieurs années. Il renoue avec le grand cinéma historique, comme on a peu en connaître du temps des 10 Commandements, de Cléopâtre ou de Ben Hur. Mais depuis Gladiator et la série Rome, on a cessé d’idéaliser l’Antiquité. Les hommes y transpirent enfin, y sont souvent sales et n’ayant jamais porté d’appareil dentaire, n’y ont pas forcément les dents très droites. Visuellement, le film est impressionnant, aussi bien au niveau des décors que des costumes. Amenabar n’a pas cherché à faire dans le sensationnel, sa vison de la grande bibliothèque d’Alexandrie n’a rien de fantasmagorique, mais il n’empêche qu’on est saisit par la beauté des lieux.

agoraSi on doit faire un petit reproche à Agora, c’est sans doute les effets de caméras parfois superflus utilisés par Amenabar. Certes, cela donne une vraie personnalité visuelle au film, mais cela ressemble parfois à un jeune réalisateur débordant d’enthousiasme, faisant mumuse avec sa caméra. Le réalisateur espagnol a depuis longtemps dépassé ce stade, alors on aurait pu attendre de lui un peu plus de maîtrise. Mais bon, il s’agit là vraiment d’une critique de forme et ça n’enlève pas une once du plaisir que l’on a à regarder ce film.

Pour Agora, Amenabar a donc sorti les grands moyens. Les scènes d’action sont parfaitement réalisées et renforcent l’aspect spectaculaire au delà des décors dans lesquels elles se déroulent. Mais encore une fois, cette forme à grand spectacle ne retire en rien à la consistance du fond. Et le mariage des ces deux aspect est ici particulièrement heureux, même si il n’a pas forcément séduit les tenants purs et durs des deux camps. Comme quoi la tolérance n’est pas forcément non plus une qualité universelle chez les critiques.

Un petit mot enfin sur Rachel Weisz, la star de ce film. Elle est sans doute l’élément le plus consistant d’un casting qui n’est pas tout à fait à la hauteur du reste. Elle est la seule à ne pas être écrasée par la splendeur des décors et l’ambition du propos. Elle tient là à n’en pas douter un des plus grands rôles de sa carrière.

Agora est donc un film particulièrement ambitieux. Amenabar a réussi à être largement à la hauteur. Tout le monde ne partage pas mon avis et c’est bien dommage.

Fiche technique :
Production : A Mod Producciones, Himenoptero, Telecinco cinema
Réalisation : Alejandro Amenabar
Scénario : Alejandro Amenabar, Mateo Gil
Montage : Nacho Ruiz Capillas
Photo : Xavi Gimenez
Décors : Guy Hendrix Dyas
Distribution : Mars distribution
Son : Glenn Freemantle
Musique : Dario Marianelli
Costumes: Gabriella Rescucci
Maquillage : Jan Sewell
Durée : 141 mn

Casting :
Rachel Weisz : Hypatie
Michael Lonsdale : Then
Ashraf Barhom : Ammonius
Oscar Isaac : Oreste
Max Minghella : Davus
Rupert Evans : Synesius

UNE FEMME SOUS INFLUENCE : Une folie douce et dure à la fois

unefemmesousinfluenceaffiche

unefemmesousinfluenceafficheJohn Cassavets est un des réalisateurs fétiches dans ma famille… Enfin sauf qu’en tant que petit dernier, je n’avais jamais eu l’occasion d’en voir un seul. J’ai donc pu me rattraper en regardant Une Femme sous Influence lors de son passage sur Arte. J’ai donc pu me plonger dans l’univers singulier de ce réalisateur, précurseur du cinéma indépendant américain. Mais si le film déborde de qualités cinématographiques pures, je n’ai pas forcément été totalement charmé.

Mabel est un peu cinglée. Une folie douce mais qui met rapidement mal à l’aise ceux qu’elle croise. Un soir, son mari Nick, contremaître sur un chantier, l’appelle qu’il ne pourra rentrer avant le lendemain, alors qu’ils avaient programmé une soirée en tête à tête et confié leurs trois enfants à leur grand-mère. Peu à peu cette folie va devenir de plus en plus dur à supporter pour chacun.

John Cassavets est un peu à la fois le Rohmer américain et l’anti-Rohmer. C’est à dire, que je me suis ennuyé comme devant un Rohmer, mais en assistant à un film extraordinairement construit (oui, désolé, il ne faut pas dire de mal des morts, mais j’ai toujours détesté Eric Rohmer). Une Femme sous Influence dans un film où on rentre totalement, et là j’imagine que ça peut être une expérience extraordinaire, ou alors on reste à la porte et on a l’impression d’assister à un spectacle dont on reste totalement étranger.

Le film est essentiellement composé de longues scènes qui semblent parfois tout droit sorties de l’émission Strip-tease. Plus qu’un spectacle cinématographique, on a souvent l’impression de partager une intimité, d’être la petite souris qui assiste à une scène de la vie quotidienne. Bref, Cassavets place le spectateur dans une position de voyeur. Dans Une Femme sous Influence, on se sent souvent aussi mal à l’aise que ceux que Mabel croise. On est gêné par cette folie, même inoffensive, mais face à laquelle on ne sait comment réagir. Du coup, cela donne une incroyable force au propos et on ressent vraiment les sentiments des personnages, l’isolement dans lequel s’enfonce Mabel alors qu’elle ne cherche qu’à communiquer. Bref, un film absolument bouleversant…

unefemmesousinfluence…si ce n’est que ce procédé implique que les scènes s’étirent en longueur. En effet, le temps de Une Femme sous Influence n’est pas celui d’une narration classique, avec son montage, ses raccourcis, ses ellipses. Ici, on est face à un temps du réel, du quotidien, de la vraie vie vraie, aussi extraordinaire soit-elle. Et parfois, si ce n’est souvent, on s’ennuie. L’absence d’une trame narrative forte tend à faire s’égarer l’attention du spectateur, qui a déjà tendance à vouloir s’échapper du malaise que ce film provoque. C’est sans doute le prix à payer pour atteindre cette fantastique impression de réalisme, sans beaucoup d’équivalent. Mais un prix lourd à payer.

Surtout qu’il ne permet pas non plus de profiter totalement de l’ahurissante prestation des deux acteurs principaux. Ah si Peter Falk n’était pas devenu Columbo, quelle carrière il aurait pu faire ! Une perte inestimable pour le cinéma, un grand bonheur pour les vendeurs d’imperméables. Et que dire de Gena Rowlands ! Elle ne joue pas, elle est ! A côté d’elle, Dustin Hoffman en autiste dans Rain Man ressemble à une imitation de Didier Gustin. Elle était la femme de John Cassavets, mais une chose est sûre, c’est que cela ne lui a pas permis d’accéder à un rôle trop grand pour elle. Elle a toujours été la muse inspiratrice du réalisateur et leur collaboration s’assimile ici à une fusion totale et parfaite.

Une Femme sous Influence est donc incontestablement un moment rare de cinéma. D’un abord difficile, cette œuvre en rebutera plus d’un, mais doit constituer une expérience hors du commun pour celui qui arrive à s’y abandonner complètement.

Fiche technique :
Titre : Une femme sous influence
Titre original : A Woman Under the Influence
Réalisation : John Cassavetes
Scénario : John Cassavetes
Production : Sam Shaw
Musique : Bo Harwood
Photographie : Al Ruban et Mitch Breit
Montage : David Armstrong et Sheila Viseltear
Pays d’origine : États-Unis
Format : Couleurs – 1,85:1 – Mono – 35 mm
Genre : Drame
Durée : 155 minutes
Date de sortie : 20 septembre 1974

Casting :
Peter Falk : Nick Longhetti
Gena Rowlands : Mabel Longhetti
Fred Draper : George Mortensen
Lady Rowlands : Martha Mortensen
Katherine Cassavetes : Margaret Longhetti
Matthew Laborteaux : Angelo Longhetti
Matthew Cassel : Tony Longhetti
Christina Grisanti : Maria Longhetti
O.G. Dunn : Garson Cross
Mario Gallo : Harold Jensen
Eddie Shaw : Docteur Zepp