C’est l’histoire d’un mec qui téléphone… Voilà, fin de la critique… Vous trouvez ça un peu court ? Pourtant objectivement, cela pourrait parfaitement résumer The Guilty puisque ce film ne comporte quasiment que des plans où son personnage principal est en train de téléphoner. Dis comme ça, on voit mal comment il pourrait ressembler à un thriller captivant. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences car c’est bien ce qu’il est, grâce à beaucoup d’intelligence et une interprétation convaincante de son premier rôle. Une curiosité cinématographique certes, mais avant tout un bon film.
Evidemment, le personnage principal de The Guilty n’est pas au standard de Pizza Hutt et tout le suspense ne repose pas sur le fait de savoir si la 4 fromages va être livrée à temps ou pas. Il travaille au standard de la police et quand une femme appelle pour faire comprendre qu’elle en train de se faire enlever, il va tout faire pour dénouer les fils du mystère et l’aider sans quitter son poste. L’intérêt de The Guilty repose donc entièrement sur la qualité de son scénario et certainement pas sur le caractère spectaculaire des images. Ceci n’est pas vraiment la normes des longs métrages que l’on peut voir sur nos écrans. Il s’agissait donc d’un pari, mais un pari réussi et assez brillamment l’avouer. Certes, ce choix imposait forcément des limites, mais Gustav Möller a sur tiré le meilleur de la liberté qu’il lui restait.
En effet, livrer des images qui n’ont rien de spectaculaires ne veut surtout pas dire que l’on ne peut pas soigner sa réalisation. C’est même nécessaire, sous peine de donner à son film un caractère statique pouvant facilement conduire à l’ennui. Mais Gustav Möller parvient à jouer sur les types de plan et les angles de prise de vue pour vraiment faire vivre sa narration. Il parvient surtout à vraiment nous faire partager l’état d’esprit du personnage remarquablement interprété par Jakob Cedergren. Cette dimension du film joue d’ailleurs un rôle important dans l’histoire qui se révèle beaucoup plus riche que ce que l’on pouvait imaginer au départ. Et tout cela fait de The Guilty un peu plus qu’un simple exercice de style réussi.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Gustav Möller Scénario : Gustav Möller et Emil Nygaard Albertsen Photographie : Jasper Spanning Montage : Carla Luffe Heintzelmann Musique : Carl Coleman et Caspar Hesselager Pays d’origine : Danemark Durée : 85 minutes
Casting : Jakob Cedergren : Asger Holm Jessica Dinnage : Iben Johan Olsen : Michael, le mari d’Iben Katinka Evers-Jahnsen : Mathilde, la fille d’Iben et Michael Omar Shargawi : Rashid, le coéquipier d’Asger Jeanette Lindbæk : le responsable de la zone nord de Seeland Jakob Ulrik Lohmann : Bo Simon Bennebjerg : le junkie Laura Bro : la journaliste
Je l’ai souligné dans ma critique de Infinity War (et peu dans celle de Deadpool 2), les films de super-héros arrivent à un tournant de leur histoire. Ils ont connu un succès grandissant ces dernières années, grâce à un renouvellement, voire même parfois une réinvention, constante. Le processus semble être arrivé à son terme et les réelles nouveautés se font rares. Du coup, on commence à craindre à chaque fois que l’on va voir un nouveau long métrage tiré de l’univers Marvel de tomber sur l’épisode vraiment raté et sans intérêt. Ant-Man et la Guêpe avait le potentiel pour être celui-là. Il n’en est rien. Et le plaisir demeure !
Ant-Man et la Guêpe fait partie de ces films dont on n’attend pas grand chose, mais dont on sort presque enthousiaste car il s’avère bien meilleur que prévu. Il ne s’agit certainement pas là du film Marvel le plus inoubliable, mais dans la lignée du premier, il constitue un divertissement de premier ordre, mêlant action, humour premier et second degré et des personnages particulièrement attachants. Le tout sur un rythme relativement endiablé qui ne laisse pas une seconde de la place à l’ennui. Un film qui ne cherche pas à être plus que ce qu’il est et qui remplit donc sa mission à la perfection. Si on ajoute les quelques clins d’œil qui raviront les fans, on en a vraiment pour notre argent.
Ant-Man et la Guêpe bénéficie d’une réalisation de Peyton Reed, qui était déjà à la tête du premier qui a le bon goût de ne pas faire ressembler son film à un clip vidéo. Le film n’a rien de particulièrement esthétique et ne présente pas d’un intérêt artistique délirant, mais on se situe tout de même un cran au-dessus de l’efficacité pure et simple. On se divertit, mais sans risque de mal de crâne à la fin. Le duo formé par Paul Rudd et Evangeline Lily fonctionne à merveille, en s’amusant de manière particulièrement communicative à l’écran, sous le regard bienveillant de Michael Douglas. Tout ce petit monde entraîne le spectateur avec lui, permettant à ce dernier de ne surtout pas regretter d’être venu.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Peyton Reed Scénario : Chris McKenna, Erik Sommers, Gabriel Ferrari, Andrew Barrer et Paul Rudd, d’après les personnages créés par Stan Lee, Larry Lieber et Jack Kirby Direction artistique : Clint Wallace Décors : Shepherd Frankel Costumes : Louise Frogley Photographie : Dante Spinotti Montage : Dan Lebental et Craig Wood Musique : Christophe Beck Production : Kevin Feige Production déléguée : Victoria Alonso, Stephen Broussard, Stan Lee et Charles Newirth Coproduction : Mitchell Bell et Lars P. Winther Durée : 118 minutes
Casting : Paul Rudd : Scott Lang / Ant-Man Evangeline Lilly : Hope van Dyne / la Guêpe Michael Peña : Luis Walton Goggins : Sonny Burch Bobby Cannavale : Paxton Judy Greer : Maggie David Dastmalchian : Kurt T. I. : Dave Hannah John-Kamen : Ava Starr / Fantôme Abby Ryder Fortso : Cassie Lang Randall Park : l’agent du FBI Jimmy Woo Michelle Pfeiffer : Dr Janet van Dyne / l’ancienne Guêpe Laurence Fishburne : Dr Bill Foster Michael Douglas : Dr Henry « Hank » Pym / l’ancien Ant-Man
Tous les amateurs de football en sont convaincus depuis le dernier Euro, les Islandais sont des guerriers. Mais les Islandaises ? Pour leur équipe de football, je ne sais pas bien, mais pour ce qui est de leurs militantes écologistes, il suffit d’aller voir Woman at War pour en être convaincu. Un film écolo et féministe et surtout un film bien mené et bien construit. Un long métrage qui vous donnera aussi envie de découvrir ce pays aux paysages grandioses. Déjà que le tourisme y explose, le succès de ce film ne va pas inverser le phénomène. Et si en plus, le pays compte d’autres cinéastes aussi talentueux que Benedikt Erlingsson, alors il s’agit définitivement d’une contrée qui gagne à être mieux connue et qui vaut bien un clapping !
Dans un premier temps, Woman at War peut paraître un film relativement naïf et plein de bonnes intentions. Mais très vite, on réalise qu’il ne faut pas confondre l’idéalisme du personnage principal et le propos porté par le scénario. Certes, ce dernier épouse largement son point de vue et prend clairement son parti, mais en soulignant fortement les difficultés auxquelles elle va se heurter. L’intérêt du film est donc double. Il porte à la fois un message presque politique, mais un rien désabusé, et reste avant tout un film de personnage. Le contenu est donc riche, mais jamais indigeste. Il est à la fois léger et grave, drôle et émouvant, riche en surprises et rebondissements. On ne peut que s’attacher à l’héroïne et finir par partager ces combats, quelque soit le camp dans lequel on se serait trouvé dans la vraie. C’est là la magie du cinéma et la force d’un propos convaincant.
Woman at War se démarque aussi par sa forme. Benedikt Erlingsson prouve qu’un budget moyen n’empêche en rien l’imagination visuelle et le travail artistique de premier ordre. Par quelques trouvailles, notamment les groupes qui viennent jouer la musique du film à l’écran, il donne à son film un supplément de poésie qui ajoute le charme à l’intérêt. Evidemment, la beauté des paysages islandais aide aussi à faire de ce film une œuvre à l’esthétique marquée. Le film doit beaucoup également à Halldóra Geirharðsdóttir qui interprète non pas un seul, mais deux rôles. Elle tient largement son rôle sur ses frêles épaules. Mais comme veut le prouver ce film, aussi frêles soient-elles, elles ont la capacité à changer le monde. Enfin au moins à essayer…
LA NOTE: 14/20
Fiche technique : Réalisation : Benedikt Erlingsson Assistants-réalisateurs : Vasiliy Belousov, Sigurdur Kjartan Scénario : Benedikt Erlingsson et Ólafur Egilsson Costumes : Sylvia Dögg Halldórsdóttir et Maria Kero Directeur de la photographie : Bergsteinn Björgúlfsson Montage : David Alexander Corno Musique : Davíð Þór Jónsson Son : François de Morant Durée : 101 minutes
Casting : Halldóra Geirharðsdóttir : Halla / Ása Jóhann Sigurðarson : Sveinbjörn Juan Camillo Roman Estrada : Juan Camillo Jörundur Ragnarsson : Baldvin Bjön Thors : le Premier ministre Jón Gnarr : le Président de la République islandaise Jón Jóhansson : le fermier Hjörleifur Hjartarsson : un conseiller du Premier ministre Olena Lavrenayuk : la responsable de l’orphelinat Antoine Huré : un touriste
Steven Soderbergh figure incontestablement parmi les cinéastes les plus prolifiques de l’histoire du 7ème art, du moins dans son histoire la plus récente. Certains trouveront du coup qu’il dilue quelque peu son immense talent. Il est vrai que toutes ses œuvres ne se valent pas et certaines sortent sur les écrans dans un certain anonymat. Il n’y a pas eu par exemple d’hystérie autour de la sortie de Paranoïa, son dernier film passé relativement inaperçu. Ceci s’explique aussi assez naturellement par le fait qu’il ne figurera certainement pas parmi les éléments les plus marquants de sa filmographie. Ceci dit il ne s’agit pas non plus d’un mauvais film.
Paranoïa reprend un point de départ assez classique. Les hôpitaux psychiatriques ont toujours constitué un lieu relativement fascinant pour les scénaristes. Il est vrai qu’ils offrent de multiples possibilités, même si on retrouve toujours plus ou moins les mêmes éléments d’intrigue. Rien de très nouveau ici, mais on reconnaîtra volontiers à Steven Soderbergh une réelle habileté pour construire son histoire de manière à maintenir une tension et un intérêt du spectateur constants. Tout cela n’apportera rien à longue histoire du 7ème art, mais aura offert un agréable moment au public, ce qui n’est pas si mal, avouons-le.
Steven Soderbergh reste un des maîtres de la réalisation style « reportage » avec une impression de caméra à l’épaule et un grain d’image qui fait plus penser à une vidéo prise avec un téléphone portable qu’à un classique hollywoodien. Ceci n’est évidemment qu’illusion, tant on sent que la photographie, assurée par Soderbergh lui-même, est soignée. Paranoïa permet aussi à Claire Foy de quitter le monde de la série télévisée pour tenir un premier rôle au cinéma. La transition du petit au grand écran se déroule sans soucis tant elle paraît à l’aise dans ce rôle qui demandait pourtant beaucoup de maîtrise. Mais Soderbergh reste aussi un merveilleux directeur d’acteur. Bref, un grand cinéaste, même dans ses œuvres les moins marquantes.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche techique : Claire Foy : Sawyer Valentini Joshua Leonard : David Strine Amy Irving : Angela Valentini Jay Pharoah : Nate Hoffman Juno Temple : Violet
Production : Production : Extension 765, New Regency Pictures, Regency Enterprises Distribution : Twentieth Century Fox France Réalisation : Steven Soderbergh Scénario : Jonathan Bernstein, James Greer Montage : Steven Soderbergh Photo : Steven Soderbergh Musique : Thomas Newman Costumes : Susan Lyall Durée : 98 min
Le cinéma nous raconte bon nombres d’histoires dont le héros est fort, grand et courageux. A la fois, comment en pourrait-il être autrement pour être un héros ? Il ne reste donc guère de place pour les petits, les chétifs, les timides. Pourtant, ils existent tout autant, si ce n’est plus, dans la vraie vie. Pour Dogman, Matteo Garrone a choisi de nous parler une nouvelle fois de l’emprise du grand banditisme sur certaines régions d’Italie, mais cette fois-ci non pas du point de vue de ceux qui veulent se faire une place au soleil, mais de ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre et sont condamnés à toujours subir. Enfin même si le film démontrera que tout n’est pas si simple.
Dogman est l’archétype du film de personnage. Le portrait d’un personnage singulier, même si derrière cela se dessine le portrait d’une société tout entière. On peut craindre dans les premières minutes que Matteo Garrone ait quelque peu forcé le trait en choisissant un personnage aussi diamétralement opposé de la figure du truand redoutable, flamboyant et sûr de lui. Mais on comprend vite que le scénario va vite exploiter de manière particulièrement brillante ce point de départ relativement improbable. Surtout qu’il nous mènera dans des directions que l’on ne soupçonnait pas forcément au début. On reste vraiment captivé par cette histoire inattendue jusqu’à la dernière minute.
Cela ressemble quelque peu à un cliché, mais ce film de personnage doit beaucoup à son interprète principal. La récompense reçu par Marcello Fonte à Cannes n’a vraiment rien d’usurpée, tant il brille dans un rôle de composition qui aurait vite pu tourner à la farce, sans un minimum de crédibilité. Son interprétation est d’une justesse remarquable. Elle entre surtout en synergie avec la réalisation de Matteo Garrone qui nous fait ressentir avec force la noirceur et l’impression de décadence des lieux. Chaque pan de mur semble témoigné de la déliquescence d’un lien social où seul la loi du plus fort prime. Le tout donne un film vraiment réussi qui nous offre un nouveau point de vue brillant sur un univers pourtant maintes fois montré au cinéma.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Archimede Film, Rai Cinema, Le Pacte Réalisation : Matteo Garrone Scénario : Maurizio Braucci, Ugo Chiti, Matteo Garrone, Massimo Gaudioso Montage : Marco Spoletini Photo : Nicolai Brüel Distribution : Le Pacte Durée : 102 min
Si le trafic de drogue constitue bien un fléau partout où il s’installe, d’un point de vue purement cinématographique, il constitue plutôt une source d’inspiration inépuisable. La thématique a offert au 7ème art bon nombre de bons scénarios, de héros et au moins autant d’anti-héros. De méchants qui ressemblent à des gentils ou de gentils qui n’ont pas grande différence avec les pires vilains. Mais c’est cette confusion, cette ambiguïté constante qui font le charme de ce genre d’histoire. Sicario n’a pas fait forcément partie des films les plus inoubliables dans cette lignée. Sicario : la Guerre des Cartels n’y appartiendra pas non plus. Mais ce qui s’apparente désormais à un franchise nous fait passer tout de même un agréable moment.
Parfois, un film nous procure beaucoup de plaisir pour ce qui s’apparente pourtant à un détail. Un nom au générique par exemple. Ici, c’est Benicio Del Toro qui nous offre ce petit supplément de bonheur cinématographique qui fait la différence. Pas forcément une grande différence, mais suffisamment pour suivre Sicario : la Guerre de Cartels sans jamais le regretter. Son personnage est de loin le plus marquant du scénario et lui offre un rôle sur mesure. Il est dans un registre qu’il connaît par cœur et se sent assez à l’aise pour nous ravir sans se forcer. Et l’ouverture finale vers un troisième volet nous donne le sourire, car on a vraiment envie de le retrouver une nouvelle fois dans ce rôle.
Pour le reste, Sicaro : la Guerre des Cartels est un film d’action qui n’échappe pas, loin s’en faut, aux clichés. Le déroulé du scénario ne réserve pas vraiment de surprises et les quelques scènes d’action n’ont vraiment rien d’inoubliables. Les autres personnages sont quelque peu caricaturaux (enfin même celui incarné par Benicio Del Toro l’est quelque peu). Mais le tout est assez rythmé pour que l’on ne s’ennuie jamais et reste parcouru par assez de tension narrative pour que l’on est tout de même envie de savoir où tout cela va mener. Et combien même cela ne conduit à aucune terre réellement inconnue, on est quand même satisfait d’avoir fait ce voyage, quand bien même il ne nous marquera pas profondément.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Stefano Sollima Scénario : Taylor Sheridan Direction artistique : Marisa Frantz Décors : Kevin Kavanaugh Costumes : Deborah Lynn Scott Photographie : Dariusz Wolski Montage : Matthew Newman Musique : Hildur Guðnadóttir Production : Trent Luckinbill, Thad Luckinbill, Molly Smith et Denis Villeneuve Productrice déléguée : Ellen H. Schwartz Durée : 122 minutes
Casting : Benicio del Toro : Alejandro Gillick Josh Brolin : Matt Graver Isabela Moner : Isabela Reyes Jeffrey Donovan : Steve Forsing Manuel Garcia-Ruflo : Gallo Catherine Keener : Cynthia Foards Matthew Modine: James Ridley David Castaneda : Hector Elijah Rodriguez : Miguel Hernandez Ian Bohen : Carson Wills
L’humour absurde est connue pour être une spécialité anglaise, dont les Monty Python ont longtemps été le fer de lance. Mais un peu comme pour le football, ce n’est pas parce que les Anglais ont tiré les premiers qu’ils restent forcément les meilleurs et les seuls à exceller. En France aussi, nous possédons notre savoir faire en la matière, même s’il s’est plus souvent concrétisé à la télévision qu’au cinéma. D’ailleurs, Au Post !e ne possède pas toutes les caractéristiques d’un long métrage avec une durée de 1h13 seulement. Mais il n’en reste pas moins une fable à l’humour décalé et parfois même poétique, se laissant regarder avec grand plaisir. Un film qui n’a pas la prétention d’être plus que ce qu’il est. Et on ne s’en plaint pas.
J’avoue que, pendant longtemps, ce genre d’humour m’a laissé relativement insensible. Je l’apprécie désormais nettement plus, sans en être encore tout à fait un grand fan. Mais je dois admettre que c’est sans grand effort que je me suis laissé séduire par Au Poste !. Pendant les premières minutes, on ne sait d’ailleurs pas vraiment à quelle sauce nos zygomatiques vont être mangés, jusqu’à une histoire d’œil brouillé qui plante définitivement le ton du film. Je comprends parfaitement que l’on puisse ne pas accrocher et rester en dehors de cet univers sans queue ni tête. On est plus amusé que l’on éclate de rire. Mais on est surtout charmé par cet inattendu réjouissant.
Au Poste ! offre une occasion en or à Benoît Poelvoorde de cabotiner comme il l’aime. Certes, on aimerait parfois que Quentin Dupieux l’ait dirigé de manière un peu plus ferme, mais à la fois, on est aussi venu voir ce film pour assister à son numéro habituel. Il est parfois un peu en roule libre, mais assez à son aise pour valoir un petit détour. Grégoire Ludig lui tient tête avec un certain talent, surtout qu’il fait preuve de bien plus d’application et de maîtrise dans son interprétation. Enfin, le casting compte pas mal de caméos et de petits rôles particulièrement réjouissants, en premier lieu Orelsan et Anaïs Demoustier. Ils concourent tous à la réussite de ce film qui nous fait passer un court mais bon moment.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Atelier de production, UMedia, Cinéfrance Distribution : Diaphana Réalisation : Quentin Dupieux Scénario : Quentin Dupieux Montage : Quentin Dupieux Photo : Quentin Dupieux Décors : Joan Le Boru Durée : 73 min
Casting : Benoit Poelvoorde : Buron Grégoire Ludig : Fugain Marc Fraize : Philippe Anaïs Demoustier : Fiona Orelsan : Sylvain Philippe Duquesne : Champonin John Sehil : Franchet
Si je n’ai pas pleinement apprécié Love, Simon pour sa fin dénuée de toute crédibilité, je reste particulièrement mitigé à propos de Joueurs pour des raisons très proches. Mais ici, ce n’est pas le dénouement qui pèche mais le point de départ. Et ce défaut est encore plus problématique car il vous empêche de rentrer dans l’histoire et c’est toujours très difficile de le faire en cours de route. Du coup, difficile d’apprécier tout le reste à sa juste valeur et de donner du crédit à une intrigue dont on la sensation qu’elle n’aurait jamais du se produire, puisqu’elle n’aurait jamais du commencer. Tout ce qui suit manque d’impact du coup et le film vous laisse froid.
Marie Monge aura commis une erreur que l’on qualifiera « de la débutante » puisque Joueurs est son premier film. Elle a voulu plonger le plus rapidement possible au cœur du sujet, ce qui aurait pu effectivement donner du rythme à son long métrage. Cependant, pour traiter un sujet tournant autour de l’amour et de l’addiction, on peut difficilement faire totalement l’impasse sur la manière dont ils naissent. Les bonnes intentions initiales s’apparentent donc au final à une erreur dommageable. On suit le reste de l’intrigue avec un intérêt poli, mais sans réelle émotion, sans trembler pour des personnages auxquels on reste modérément attachés. Surtout que le dénouement ne propose pas vraiment de vraie surprise, ni de conclusion forte.
Marie Monge aura quand même eu l’immense privilège de compter Tahar Rahim au casting de son premier film. Voilà qui n’est pas donné à tout le monde. Malheureusement, cela n’est pas suffisant, on l’a vu, pour nous faire croire à cette histoire. S’il donne de sa personne et de son talent, tout comme sa partenaire Stacy Martin, il ne parvient pas à incarner de manière convaincante des sentiments qui semblent trop sortis de nul part pour y croire vraiment. Leurs performances resteront plus académiques que réellement marquantes. Joueurs n’est pas au final pas un film raté, mais ses quelques défauts sont placés à des moments trop stratégiques pour passer outre. On en ressort en se disant que l’on oubliera vite ce film. Ce que l’on manquera pas de faire.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Réalisation : Marie Monge Scénario : Julien Guetta et Marie Monge, avec la collaboration de Romain Compingt Photographie : Paul Guihaume Son : Antoine-Basile Mercier Décors : Marion Burger Costumes : Virginie Montel Musique : Nicolas Becker Montage : François Quiqueré Durée : 105 minutes
Casting : Tahar Rahim : Abel Stacy Martin : Ella Bruno Wolkowitch : Ivo Karim Leklou : Nacim Marie Denarnaud : Sandra Jean-Michel Correia : Diako
Un peu de bons sentiments peuvent faire du bien parfois. Il ne faut pas en abuser bien sûr, mais la guimauve n’est pas toujours écœurante si elle est servie avec un minimum de modération. C’est surtout au moment du dessert que l’équilibre doit être surprise. Pour un film, c’est au moment du dénouement que tout se joue, où le doux sirop peut se transformer d’un coup en une mélasse beaucoup trop sucrée et indigeste. Love, Simon s’apparente pendant longtemps à une petite douceur cinématographique très agréable au palais. Malheureusement, la fin du menu reste sur l’estomac et ne nous incite pas du tout à recommander ce restaurant.
La scène qui vient conclure l’intrigue de Love, Simon reste une des plus idiotes que je n’ai jamais vue. Elle ne possède pas une once de crédibilité et se révèle même totalement risible. Les scénaristes ont cru tenir là une idée originale pour apporter une conclusion inoubliable à leur jolie histoire, mais au final ils n’auront fait qu’ôter toute profondeur à la réflexion. Pourtant, on avait fini par s’attacher à ces personnages un peu caricaturaux, mais filmés avec beaucoup de tendresse par Greg Berlanti. Le message était plutôt simpliste, assez agréablement délivré cependant pour prendre beaucoup de plaisir à le recevoir. Difficile cependant de se rattacher à cela pour oublier ce final particulièrement raté.
Love, Simon nous délivre également un message inattendu sur les méfaits de la chirurgie esthétique. Qu’il est dur pour un ancien fan d’Alias comme moi de voir ce qu’est en train de devenir Jennifer Garner. Elle ne fait pas encore peur, mais est tout de même légèrement défigurée. J’étais pourtant de la retrouver à l’écran, elle qui se fait rare. On comprend mieux cependant pourquoi. On mettra donc particulièrement en avant le casting adolescent réellement convaincant, plein de fraîcheur et de conviction. Le jeune Nick Robinson tient le haut de l’affiche avec un réel culot et surtout un grand talent. Son personnage, comme son interprète, méritait en tout cas une autre fin.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Fox 2000 Pictures,Temple Hill Entertainment Distribution : 20th Century Fox Réalisation : Greg Berlanti Scénario : Isaac Aptaker, Elizabeth Berger Montage : Harry Jierjian Décors : Tasha Clarkson Musique : Rob Simonse Durée : 110 min
Casting : Nick Robinson : Simon Spier Josh Duhamel : Jack Spider Jennifer Garner : Emily Spier Katherine Langford : Leah Burke Alexandra Shipp : Abigail Susso Jorge Lendeborg Jr. : Nick Eisner Miles Heizer : Cal Price Keiynan Lonsdale : Bram Greenfeld
Les enfants sont formidables. Mignons. Adorables. Bref on ne peut que les aimer… ou pas. En effet, il est également possible de les voir comme des vampires parasites qui sucent le sang, la sueur, l’énergie et la totalité de leur temps à leurs parents. Et le plus souvent, il faut bien l’avouer, en premier lieu à leur mère. Si vous gardez une vision angélique de la parentalité, je vous conseille vivement d’aller voir Tully. Enfin peut-être pas si vous êtes enceinte, prête à accoucher, vous pourriez avoir des remords avant l’heure. En tout cas, vous n’en n’aurez aucun si vous allez voir ce film.
Tully reprend des thèmes souvent explorés par le cinéma, mais le plus souvent sur le ton de la comédie. En effet, difficile d’assumer un discours sérieux sur le thème « avoir des enfants, ce n’est pas toujours formidable… ça peut même s’assimiler à l’enfer sur Terre ». Le film à le grand mérite d’aborder le sujet de front (même s’il réserve bien des surprises), sans en faire trop. Il conserve sa part de légèreté dans un subtil équilibre qui crédibilise réellement le propos. Aucun personnage n’est caricatural et on s’attache à eux aussi bien pour leurs qualités que pour leurs travers. De vraies rencontres donc qui offrent au film un supplément d’émotion.
Je suis loin d’être le plus grand fan sur terre de Charlize Theron. Je dois pourtant admettre qu’elle porte avec brio le film sur ses épaules. Il faut reconnaître aussi qu’elle est parfaitement secondée par Mackenzie Davis, dont les rôles prennent de l’ampleur à chaque apparition et qui tient là pour la première fois le haut de l’affiche. Le duo fonctionne à la perfection. Tully confirme l’immense talent de Jason Reitman et sa capacité à livrer des films drôles et tendres, tout en abordant intelligemment et en profondeur de vraies questions. Le film n’est peut-être pas aussi marquant que Juno ou In the Air, mais il reste de ceux qu’il serait dommage de ne pas voir.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Bron Studios, Right Way productions, Denver and Delilah productions Distribution : Mars distribution Réalisation : Jason Reitman Scénario : Diablo Cody Montage : Stefan Grube Photo : Eric Steelberg Musique : Rob Simonsen Durée : 95 min
Casting : Charlize Theron : Marlo Mackenzie Davis : Tully Ron Livingston : Drew Mark Duplass : Craig Elaine Tan : Elyse Lia Frankland : Sarah Asher Miles Fallica : Jonah
Commentaires récents