LES HEURES SOMBRES : Grandes heures pour un grand acteur

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lesheuressombresafficheOn reste dans la politique avec ce nouvel avis, mais cette fois pour revivre un moment légendaire de l’histoire contemporaine. Un de ces moments où tout bascule, où l’action d’un homme fait toute la différence. Des moments évidemment que chaque personne engagée aimerait vivre. Enfin pas tout à fait non plus… Je n’aimerais évidemment pas vivre les événements racontés par les Heures Sombres. Mais disons que prononcer un discours comme celui de Wiston Churchill est chargé d’un peu plus de sens et de d’impact sur le destin d’une nation que de discuter des tarifs des concessions au cimetière au Conseil Municipal de Viroflay.

Certains reprochent à les Heures Sombres d’être clairement une hagiographie de Wiston Churchill. Ce dernier fait est incontestable, mais on peut simplement le prendre comme un choix artistique comme un autre. A la fois, on est bien devant un film, non un documentaire. Il est moins question ici d’explorer la complexité d’un homme que de faire revivre un épisode clé de l’histoire d’un pays. Un épisode chargé d’imaginaire collectif et qui ne correspond donc certainement pas tout à fait à la réalité historique au sens strict. Mais qu’importe en fait, donner corps à cette légende vaut bien un film.

lesheuressombresCependant, il serait malhonnête à l’inverse de ne pas soulever le fait que la volonté de glorifier son personnage conduit à un moment donné Joe Wright à frôler le n’importe quoi. Une scène dans le métro, qui se veut pourtant décisive, est tout simplement ridicule et vient un peu gâcher la fin d’un film qui aurait du finir sur une apothéose. Cela ne remet pas heureusement pas le plaisir que l’on a devant l’incroyable numéro d’acteur d’un Gary Oldman méconnaissable mais absolument génial. Un rôle à Oscar assurément. Le film en lui-même n’en vaut certainement pas un, mais vous vaudra bien mieux que du sang, de la sueur et des larmes.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Perfect World Pictures, Working Title Films
Distribution : Universal Pictures International
Réalisation : Joe Wright
Scénario : Anthony McCarten
Montage : Valerio Bonelli
Photo : Bruno Delbonnel
Décors : Katie Spencer
Musique : Dario Marianelli
Costumes : Jacqueline Duran
Durée : 125 min

Casting :
Gary Oldman : Winston Churchill
Kristin Scott-Thomas : Clemmie
Ben Mendelsohn : le Roi George VI
Lily James : Elizabeth Layton
Ronald Pickup : Neville Chamberlain
Stephen Dillane : Le Vicomte Halifax
Nicolas Jones : Sir John Simon
Samuel West : Sir Anthony Eden

EL PRESIDENTE : Chemins tortueux

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ElpresidenteafficheTout le monde connaît mon amour pour la politique, pour l’avoir moi-même pratiqué pour me remettre doucement à la pratiquer à nouveau. Tout le monde connaît aussi mon amour pour le cinéma, sinon vous ne seriez pas en train de lire cette critique écrite de mes propres petites mains. Vous ne connaissez peut-être un peu moins mon amour pour le cinéma argentin, né avec Dans Tes Yeux, et mon admiration pour Ricardo Darin. Donc vous imaginez bien mon impatience quand j’ai vu arriver sur nos écrans un thriller politique avec ce dernier. El Presidente n’a malheureusement pas déchaîné mon enthousiasme.

Pourtant, El Presidente possède une qualité que j’apprécie particulièrement au cinéma, à savoir qu’il propose un scénario vraiment surprenant qui vous emmène sur des chemins plutôt inattendus. J’en dirais rien pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui souhaiteraient y aller. Simplement, même si je ne m’y attendais pas, je n’ai pas vraiment été convaincu par ces choix audacieux. Je trouve que l’histoire perd progressivement en tension narrative et à force de partir dans trop de direction, chacune se dilue quelque peu. La fin laisse un peu perplexe et on aurait apprécié une conclusion beaucoup plus forte.

elpresidenteIl reste le plaisir assez unique d’admirer le talent et le charisme de Ricardo Darin. Il fait une nouvelle fois preuve de toute sa classe dans ce rôle visiblement taillé pour lui. Pourtant son jeu n’a rien de spectaculaire ou flamboyant. Mais quant on possède autant de classe, la sobriété est suffisante pour occuper toute la place à l’écran. La réalisation de Santagio Mitre parvient à créer de vraies ambiances qui mettent parfaitement en valeur ses comédiens. Cependant, le tout manque d’une vraie tension qui pourrait maintenir l’intérêt du spectateur au plus haut. Finalement, El Predisente se regarde surtout avec un œil poli mais guère enthousiaste.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : K&S films, Maneki films, La union de los rios, Mod producciones, Arte france cinéma, Memento films, Telefe
Réalisation : Santiago Mitre
Scénario : Santiago Mitre, Mariano Llinas
Montage : Nicolas Goldbart
Photo : Javier Julia
Décors : Sebastian Orgambide
Distribution : Memento Films distribution
Musique : Alberto Iglesias
Durée : 114 min

Casting :
Ricardo Darin : Hernan Blanco
Dolores Fonzi : Marina Blanco
Eric Rivas : Luisa Cordero
Elena Anaya : Claudia Klein
Daniel Gimenez Cacho : Sebastian Sastre
Paulina Garcia : Paula Scherson
Gerardo Romano : Castex
Christian Slater : Dereck Mc Kinley

LE GRAND JEU : Départ moyen

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legrandjeuafficheL’univers du jeu représente une source d’inspiration non négligeable pour les scénaristes. Quoi de mieux pour commencer 2018 que se plonger dans une histoire de poker et des gros sous qui vont avec. Une histoire vraie en plus. Mais la réalité dépasse-t-elle toujours la fiction ? On peut en douter en allant voir le Grand Jeu. Un film brillant sur la forme, au scénario riche, à la distribution de haut vol, mais auquel il manque un petit quelque chose. Un départ mi-figue mi-raisin donc pour cette année cinématographique. Une paire de deux, pas un carré d’as.

Le Grand Jeu est tiré de la vraie vie d’une certaine Molly Bloom au destin qui, il est vrai, vaut bien un film. J’ignore évidemment à quel point le film est fidèle à son autobiographie et à quel point cette dernière était fidèle à la réalité. Mais le récit nous amène vers un dénouement assez plat et décevant, rendant un peu futile et vain ce qui a précédé. Cela s’est peut-être réellement passé comme ça. Cependant, le spectateur n’est pas venu voir un documentaire, mais bien un film dont il attend une histoire convaincante et forte. Ce n’est pas le cas ici et on en ressort un peu chagrin.

legrandjeuAaron Sorkin signe là un premier film, lui qui était précédemment un des plus brillants scénaristes d’Hollywood. Il fait prendre d’une grande maîtrise dans la réalisation, mais peut-être d’un peu trop justement. Le Grand Jeu est un produit formaté, maîtrisé et efficace, mais sans génie, surprise ou avouons-le génie. La seule réelle étincelle vient de la présence à l’écran toujours aussi remarquable et remarquée de Jessica Chastain. Elle éclipse totalement le reste de la distribution, y compris Kevin Costner, je dois bien l’admettre. Et pourtant Dieu sait si j’ai une admiration sans borde pour Kevin Costner. Au final, le film reste un objet aussi rutilant qu’un jeton de casino neuf, mais aussi vain qu’une partie de jeu de hasard.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation : Aaron Sorkin
Scénario : Aaron Sorkin, d’après les mémoires Molly’s Game: From Hollywood’s Elite to Wall Street’s Billionaire Boys Club, My High-Stakes Adventure in the World of Underground Poker de Molly Bloom
Décors : Patricia Larman
Costumes : Susan Lyall
Photographie : Charlotte Bruus Christensen
Montage : David Rosenbloom
Musique : Daniel Pemberton
Production : Mark Gordon et Amy Pascal
Durée : 140 minutes

Casting :
Jessica Chastain : Molly Bloom
Idris Elba : Charlie Jaffey, l’avocat de Molly
Kevin Costner: Larry Bloom, le père de Molly
Chris O’Dowd: Douglas Downey
Brian d’Arcy James : Bad Brad
Michael Cera : joueur X
J. C. MacKenzie : Harrison Wellstone
Bill Camp : Harlan Eustice

I AM NOT A WITCH : Si loin, si proche

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iamnotawitchafficheLe continent africain reste encore le parent pauvre du cinéma. Mais dans le monde du 7ème art, comme ailleurs, les choses évoluent doucement, le succès de Timbuktu aux Césars il y a trois ans est là pour le rappeler. I Am Not a Witch vient poursuivre cette lente émergence. Il nous emmène cette fois en Zambie pour nous faire découvrir un monde qui nous semble incroyablement éloigné du monde occidental, tout en ayant des liens forts avec lui (une scène inoubliable sur des perruques vient le rappeler). Un voyage dépaysant donc, mais aussi un portrait social assez sombre et qui laisse peu de place à l’optimisme.

Comme son titre l’indique, I Am Not a Witch nous fait découvrir le sort réservé aux femmes accusées d’être des sorcières et reconnues comme telle par les autorités gouvernementales (largement corrompues) elles-mêmes. Un destin dramatique qui vient frapper une jeune fille juste parce que la femme qu’elle croise trébuche alors qu’elle la regarde. Le film précise bien en introduction qu’il s’agit d’une pure fiction, mais qu’il décrit une situation qui reste encore une réalité à notre époque en Zambie.

iamnotawitchIl est regrettable que la promotion du film survende à ce point une forme finalement assez classique. Rugano Nyoni possède de vraies qualités de réalisatrice, c’est incontestable, mais sa mise en scène reste sobre, nous montrant la réalité de manière assez crue. Mais on est marqué à jamais en allant voir I Am Not a Witch par le regard de la jeune Maggie Mulubwa qui voit impuissante sa vie lui échapper totalement puisque le reste du monde a décrété qu’elle était une sorcière sans aucune raison valable. On ne peut être que touché par ce destin funeste et par ce film plus incroyable par l’histoire qu’il raconte que par la forme du récit.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Rungano Nyoni
Scénario : Rungano Nyoni
Directeur de la photographie : David Gallego
Montage : George Cragg, Yann Dedet, Thibault Hague
Son : Maiken Hansen, Olivier Dandre
Décor : Nathan Parker
Durée : 93 minutes

Casting :
Maggie Mulubwa : Shula
Nellie Munamonga : Policière
Dyna Mufuni : Chef

PALMARES 2017 : 120 bravos pour un an

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120battementsparminuteafficheLa grande leçon de cette année 2017 aurait pu être le retour au premier plan du cinéma hollywoodien. Avec 6 films (dont un indépendant il est vrai) sur 10, les Etats-Unis prouvent qu’ils restent bien la première puissance cinématographique mondiale. Cela constitue tout de même une très bonne nouvelle pour le 7ème art car il était dommage de voir autant de moyens engloutis dans autant de productions médiocres ces dernières années.

Cependant, on retiendra avant tout la seconde première place consécutive pour un film français. Là aussi, il s’agit d’une excellente nouvelle. J’ai assez souvent dénoncé ici les insuffisances du cinéma hexagonal pour ne pas me réjouir de voir mon pays capable de nous proposer aussi régulièrement de grands films comme 120 Battements par Minute. On pourrait faire remarquer qu’ils ne sont que deux à figurer dans le classement, contre trois l’année dernière, mais Au-Revoir Là-Haut est un moment assez magistral de cinéma pour oublier ce détail insignifiant.

Ce palmarès prouve également que ce sont souvent les grands réalisateurs qui font les grands films. Christopher Nolan, Damien Chazelle, Kathryn Bigelow et Albert Dupontel avaient déjà prouvé l’immensité de leur talent à plusieurs reprises avant cette année 2017. On verra si Robin Campillo les rejoindra sur le long terme au panthéon des cinéastes.

dunkerqueNiveau interprétation, 2017 aura été marqué par la révélation brutale et éclatante de Nahuel Perez Biscayart, tête d’affiche des deux films français figurant au palmarès.Rarement une année aura été aussi faste pour un comédien. Du côté des actrices, aucune performance n’écrase les autres, alors j’ai là aussi envie de mettre en avant quelques jolies révélations : Noée Abita pour son rôle dans Ava, Danielle McDonald dans Patty Cake$ et Daphné Patakia dans Djam. Autant de nom encore très méconnus du grand public, mais dont le talent ne mérite pas d’être passé sous silence.

Pour finir, une petit retour sur tous les films qui forment ce palmarès 2017 :

1-120 Battements par Minute
Un film qui ressemble à un coup de poing dans l’âme. Un film d’une force incroyable qui vous secoue très fort. Un film qui fait revivre un combat peut-être un peu tombé dans l’oubli, alors qu’il est toujours d’actualité, et qui a marqué au plus profond d’eux les gens de ma génération. Du cinéma comme on en voit rarement.

2-Dunkerque
Christopher Nolan réinvente le film de guerre en nous proposant une œuvre magistrale du point de vue formelle et un récit surprenant dans sa narration. Dommage que le film ait reçu d’injustes critiques sur ce qu’il ne raconte pas, au lieu de souligner à quel point ce qu’il raconte est raconté magnifiquement.

3-Lalaland
Il y a eu l’Italie en finale de l’Euro 2000 et Lalaland aux derniers Oscars. Mais au final, il reste surtout une grande comédie musicale, qui change des comédies musicales. Le récit d’un amour qui n’aura au final rien d’éternel, sans que cela empêche les personnages d’être heureux l’un sans l’autre. Bref, un vrai moment de vie.

detroitaffiche4-Detroit
Un film qui a eu une résonance particulière avec l’actualité. Un film magnifique et puissant qui vaut mille fois mieux que les quelques polémiques qui là-aussi l’ont accompagné. La compétition avec Dunkerque s’annonce rude aux prochains Oscars.

5-Au Revoir Là-Haut
Il existe des gens particulièrement énervant qui réussissent dans tout ce qu’ils entreprennent. Avec ce petit chef d’œuvre, Albert Dupontel confirme qu’il est un artiste protéiforme mais qui transforme en or tout ce qu’il touche.

6-Logan
Le film de super-héros qui change des films de super-héros. Une vision crépusculaire, des personnages prenant une réelle dimension dramatique, autant de risques pris par Marvel (et donc Disney) avec ce film assez inattendu. Une très belle réussite.

7-Dans un Recoin de ce Monde
L’école japonaise d’animation compte bien des immenses artistes. Sunao Katabouchi n’a rien à envié à Hayao Miyazaki avec ce récit bouleversant sur le quotidien des Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Tout cela porté par un trait particulièrement gracieux.

8-Corps et Ame
Ours d’Or au Festival de Berlin, ce film a connu un parcours de tout juste deux semaines sur les écrans français. Incompréhensible pour un film aussi beau et touchant. Une injustice artistique majeur.

9-Moonlight
Un Oscar surprise et inattendu, mais pas immérité pour cette histoire forte, merveilleusement bien mise en scène.

10-Spiderman : Homecoming
Que pouvait-on espérer du deuxième reboot d’une série ? Et bien le meilleur finalement pour ce film aussi drôle que spectaculaire, aux personnages particulièrement réussis.

L’ECHANGE DES PRINCESSES : Histoire, histoire et petit caillou

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lechangedesprincessesafficheEn tant que passionné d’histoire, j’apprécie particulièrement les films qui vous apprennent quelque chose sur une époque, des événements ou un personnage historique. Je le souligne régulièrement dans mes critiques en considérant l’aspect « pédagogique » comme une qualité cinématographique comme une autre. C’est pourquoi, aller voir l’Echange des Princesses a représenté un vrai plaisir. Cependant, au-delà de ma culture un peu moins lacunaire, il est vrai que le film n’est pas exempt de défauts.

L’intérêt historique de l’Echange des Princesses est multiple. Il nous offre un regard éclairé à la fois sur la géopolitique de l’époque et la vie quotidienne à la cour. La petite et la grande histoire se rejoignent constamment, ce qui rend le film particulièrement enrichissant. Il aurait sans doute gagné à être un peu moins long, mais il est assez riche pour que l’amateur d’histoire ne s’ennuie pas une seule seconde. Pour les autres, j’ai moins de garantie malheureusement.

lechangedesprincessesLes costumes et les décors de l’Echange des Princesses sont réellement convaincants et les moyens ont été mis pour vraiment faire revivre les cours françaises et espagnoles du 18ème siècle. Par contre, le film pêche vraiment par son interprétation. Le casting est pourtant particulièrement alléchant, mais la direction des comédiens est défaillante et le film est surjoué par l’ensemble de la distribution. Au moins les personnages sont marquants, mais sonnent parfois un peu faux. Cela ne remet pas tout en question, mais ressemble à petit caillou dans la chaussure du spectateur qui lui gâche quelque peu le spectacle. Un petit caillou, mais un caillou quand même.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : High Sea Productions, Scope Pictures
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Marc Dugain
Scénario : Marc Dugai, Chantal Thomas, d’après son roman
Montage : Monica Coleman
Photo : Gilles Porte
Décors : Patrick Dechesne, Alain-Pascal Housiaux
Musique : Marc Tomasi
Durée : 100 min

Casting :
Igor Van Dessel : Louis XV
Lambert Wilson : Philippe V
Catherine Mouchet : Madame de Ventadour
Olivier Gourmet : Philippe d’Orléans
Kacey Mottet-Klein : Don Luis
Juliane Lepoureau : Marie-Victoire
Anamaria Vartolomei : Louise Elisabeth
Andréa Ferreol : Princesse Palatine

THE FLORIDA PROJECT : Sous le soleil…

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thefloridaprojectafficheLe ciel d’azur et Disneyworld. La Floride a de quoi faire rêver. Le poète dit que la misère serait moins pénible au soleil. The Florida Project peut sembler lui donner raison dans un premier temps . Mais la légèreté du début va vite laisser place à un portrait sans concession de la pauvreté aux États-Unis. Une pauvreté qui se moque bien du climat ou des parcs d’attraction et brise les vies. Un film aux deux visages donc qui nous montre avec brio que la surface des apparences peut vite cacher des réalités bien sordides.

Ceux qui ont vu la bande-annonce de The Florida Project seront peut-être surpris par mon introduction, pensant plutôt que j’allais décrire un film plus léger sur l’innocence de l’enfance. C’est effectivement ainsi que ce long métrage débute avant de changer peu à peu de ton. Le scénario illustre à la perfection la notion de trappe à pauvreté, c’est-à-dire l’ensemble des forces qui ramènent inexorablement un pauvre vers la pauvreté, ruinant ses espoirs et ses aspirations à en sortir.

thefloridaprojectLa forme de The Florida Project contribue également à renforcer la force de son propos. Une photographie lumineuse souligne à la perfection cette volonté de paraître de ce territoire se voulant paradisiaque. Mais on se souviendra surtout de l’intelligence du récit. Le personnage incarné par Willem Defoe partage le sort du spectateur en étant lui aussi le témoin impuissant mais bienveillant de destins brisés. On ne peut être que touché par un casting enfantin détonnant et surtout par la performance aussi émouvante qu’énergique de Brooklyn Kimberly Prince. Un film aussi lumineux que sombre dont on ne sort pas indemne.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Cre film, Freestyle Picture Company, June Pictures, Sweet Tomato Films
Réalisation : Sean Baker
Scénario : Sean Baker, Chris Bergoch
Montage : Sean Baker
Photo : Alexis Zabe
Décors : Stephonik Youth
Distribution : Le Pacte
Musique : Lorne Balfe
Durée : 111 min

Casting :
Brooklynn Prince : Moonee
Willem Dafoe : Bobby
Bria Vinaite : Halley
Valeria Cotto : Jancey
Christopher Rivera : Scooty
Mela Murder : Ashley
Sandy Kane : Gloria

TOUT L’ARGENT DU MONDE : Sans génie

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toutlargentdumondeafficheRidley Scott appartient au cercle des réalisateurs pour lequel j’ai le plus d’admiration. Cependant, il faut avouer que sa filmographie particulièrement fournie est peuplée de chefs d’œuvre, mais aussi de quelques navets. Aller voir un de ses films revient donc à prendre le risque d’être déçu. Pourtant, j’ai un peu de mal à décider de quel côté de sa carrière placer Tout l’Argent du Monde. Un film formellement réussi mais qui a bien du mal à soulever l’enthousiasme.

Le principal reproche que l’on peut formuler à l’encontre de Tout l’Argent du Monde est de ne rien proposer de nouveau dans aucun domaine. Ridley Scott y apparaît comme un réalisateur en roue libre, fort de ses certitudes, sûr de son talent, mais incapable ici de le forcer. On ne s’ennuie pas, mais on suit les événements avec un intérêt plus poli que profond. On apprécie la qualité de la mise en scène, le scénario est assez riche pour ne jamais connaître de réels temps mort malgré la longueur du film. Pourtant, aucun éclair de génie ne vient éclairer tout ça.

toutlargentdumondeLe fait que l’histoire est supposée être une histoire vraie aurait pu donner à Tout l’Argent du Monde une dimension historique. Il n’essaye même pas d’exploiter cette dimension. Il se contente d’éléments déjà vus. Le casting de trés haut niveau est à l’image du film. Ne pas le trouver talentueux serait injuste, mais jamais il ne transcende les personnages, les situations ou les dialogues. Je ne sais donc si je dois conseiller à quiconque d’aller voir ce film à qui il ne manque pas grand chose, si ce n’est beaucoup.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Imperative Entertainment, Scott Free Productions
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : David Scarpa
Montage : Claire Simpson
Photo : Dariusz Wolski
Musique : Daniel Pemberton
Durée : 132 min

Casting :
Michelle Williams : Gail Harris
Mark Wahlberg : Fletcher Chase
Christopher Plummer : J. Paul Getty
Charlie Plummer : John Paul Getty III
Andrew Buchan : John Paul Getty II
Romain Duris : Cinquanta
Timothy Hutton : L’avocat

LA PROMESSE DE L’AUBE : La fête des mères

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lapromessedelaubeafficheCertains films vous font aimer votre propre famille. Même si l’idée de normalité est toute relative, certains portraits de famille font vraiment peur et on est heureux de ne pas être sur la photo. Si vous avez des choses à reprocher à votre mère, allez donc voir la Promesse de l’Aube et vous lui pardonnerez plus facilement. Certes, du coup vous ne deviendrez pas un écrivain de génie comme Romain Gary mais on ne peut pas tout avoir dans la vie non plus. De plus, vous aurez tout de même eu l’occasion de voir un bon film.

La Promesse de l’Aube est un film terriblement romanesque, pas seulement parce qu’il est justement tiré d’un roman. Des personnages marquants, des péripéties en casquade et du coup pas le temps de s’ennuyer. On est constamment saisi par la curiosité de savoir ce qui attend le personnage dans la scène suivante. Le résultat n’est pas inoubliable mais constitue un bon moment de cinéma et on a vraiment pas le temps de relever toutes les petites imperfections qui le ponctuent.

lapromessedelaubeLa Promesse de l’Aube témoigne aussi de la maturité croissante de Pierre Niney. Il abandonne définitivement son costume de minet pour celui d’un acteur mature et sûr de sa force et de son talent. Moi qui suis loin d’être son plus grand fan admets facilement avoir été assez impressionné par la qualité de sa prestation. Elle est cependant quelque éclipsée par celle de Charlotte Gainsbourg qui surjoue peut-être un peu parfois, mais se montre à la hauteur d’un personnage particulièrement fort. Une adaptation réussie donc.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Jerico, Lorette Cinéma, Nexus Factory, Pathé Production, TF1 Films Production, Umedia
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Éric Barbier
Scénario : Éric Barbier, Marie Eynard
Montage : Jennifer Augé
Photo : Glynn Speeckaert
Décors : Pierre Renson
Directeur artistique : Renátó Cseh
Durée : 131 min

Casting :
Charlotte Gainsbourg : Mina Kacew
Pierre Niney : Roman Kacew / Romain Gary
Nemo Schiffman : Roman Kacew (adolescent)
Didier Bourdon : Alex Gubernatis
Pawel Puchalski : Roman Kacew (enfant)
Jean-Pierre Darroussin : Zaremba
Catherine McCormack : Lesley Blanch
Finnegan Oldfield : Capitaine Langer

MARIANA : Le poids du passé

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marianaafficheIl est parfois difficile pour un pays de faire face à son propre passé. En France, la collaboration ou la colonisation ne peuvent être évoquées sans soulever des polémiques. Le phénomène est encore plus fort dans des pays où les acteurs de certaines heures sombres sont encore bien vivants et même parfaitement insérés dans la société. C’est le cas du Chili, un pays qui n’a pas finit de solder le bilan de plusieurs années de dictature. C’est le sujet principal de Mariana qui se montre plus complexe et riche que ce que pouvait laisser penser la bande-annonce.

Comme souvent pour les films dont le titre est le nom du ou de la principale protagoniste, Mariana est avant tout un film de personnage. Un portrait de femme donc, avant d’être une réflexion sociale sur le poids du passé. Mais le grand mérite du scénario reste d’avoir su mêler les deux intimement de manière naturelle, jamais artificielle. Surtout que les deux aspects sont traités avec une grande pertinence, sans jamais enfoncer de portes ouvertes. Du coup, on suit l’intrigue avec grand intérêt, même si cela nous mène à une conclusion décevante.

marianaEn effet, Mariana est typique d’un film que le scénariste n’a pas su finir. Bien sûr, cela ne compromet pas la qualité de ce qui a précédé, mais on en ressort sur une petite impression désagréable. C’est dommage. Pour oublier cela, il suffit de repenser à la performance é éblouissante d’Antonia Zegers dans un rôle complexe. Son personnage aurait facilement pu être horripilant. Elle parvient au contraire à le rendre terriblement attachant. C’est bien grâce à elle que l’on ressort sans regret d’avoir vu ce film.

LA NOTE : 12,5/20