ILS TOUCHENT LE FOND, MAIS CREUSENT ENCORE

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francechineLa France était inquiète pour son Equipe Nationale avant d’attaquer la Coupe du Monde. Elle est désormais intimement persuadée que l’on courre à la catastrophe. La défaite face à la Chine plonge les supporters des Bleus dans une abîme de perplexité. On aimerait encore y croire, mais cela devient impossible, tant l’ensemble des voyants sont au rouge.

Voici quatre ans que l’Equipe de France joue mal. Le problème est surtout qu’elle joue de plus en plus mal et que rien ne semble vouloir la sortir de cette spirale négative. L’émergence de Gourcuff a semble allumé un temps une lueur d’espoir, mais depuis, le meneur de jeu girondin est largement rentré dans le rang. Du coup, on voit mal comment les Bleus pourraient être performant dès vendredi prochain.

Domenech semble se montrer incapable de régler les problèmes qui se posent à lui depuis le déclin définitif des champions du monde de 98. La défense, qui fut très longtemps le point fort de l’Equipe de France, n’en finit plus de tâtonner. Vues les multiples essais en charnière centrale effectués ces deux dernières années, il devient improbable qu’il s’agisse d’un problème de choix de joueurs. On pensait qu’avec le duo Gallas-Abidal, on tenait enfin un axe central solide et expérimenté. Les trois matchs de préparation nous ont montré qu’on avait encore du soucis à se faire à ce niveau là. C’est désespérant et incompréhensible vue la qualité intrinsèque de ces deux joueurs.

Quant à l’animation offensive, là on marche en plein désert. Domenech continue les essais à quelques jours du début de la compétition et parfois on se demande s’il ne fait pas ses choix par tirage au sort. L’entrée de Henry et Gignac devant la Chine apparaissait logique, mais placer l’attaquant de Barcelone dans l’axe et le Toulousain sur le côté a étonné tout le monde. Il ne faut pas avoir un bac+5 en football pour comprendre que ce choix est absurde. On pourra toujours me rétorquer que je ne suis pas sélectionneur, mais on ne peut pas dire que les résultats donnent non plus raison à Raymond.  

Ce n’est pas la première fois qu’ils attaquent une compétition sans vraiment avoir convaincu. C’était déjà le cas en 1998 ou en 2006, pour les résultats que l’on sait. Mais à la différence de ce qui se passe en ce moment, c’est que même sans vraiment bien jouer, ils gagnaient, ou du moins ne perdaient pas. Ils n’ont ni la manière, ni les résultats, alors comment espérer ?

On peut cependant encore le faire et c’est bien là ce qui fait toute la beauté et la popularité du football. Les vérités du jour peuvent être très différentes de celles du lendemain. Si évidemment, il est nettement plus probable que l’Espagne soit champion du Monde que la France, cette possibilité reste envisageable. C’est pour ça que l’on suivre cette Coupe du Monde avec la même passion et la même ferveur ! Alors, malgré tout, encore une fois, allez les Bleus !

LE TROISIEME HOMME

robinsoderling

robinsoderlingFederer-Nadal ou Nadal-Federer ? Superman ou Batman ? Mais c’est oublier Robin ! Alors celle-là, elle est bonne, comme diraient deux potes à moi ! Avouons-le, on l’espérait tous, on la voulait, on la désirait, mais une nouvelle finale entre les deux inséparables n’aura pas lieu. Et comme l’année dernière, c’est la faute à Robin Soderling. Franchement, qu’est ce que ce maudit Suédois vient contrarier la bonne marche de la planète tennis !

Plus sérieusement, on ne peut remercier Soderling de venir ainsi casser la routine dans laquelle la balle ronde s’était quelque peu enfermée. Evidemment, les affrontements Federer-Nadal nous ont offert des moments de tennis inoubliables. Rarement une rivalité n’aura été aussi forte et surtout avec une telle intensité sur un si long laps de temps. Mais quand la noble incertitude du sport s’efface au profit de scénarios écrits d’avance, l’ennui guette.

Soderling nous aura donc rappelé que ces deux monstres sont humains. Cette année, il aura surtout revalorisé sa performance de l’année précédente, où, pour beaucoup, sa victoire face à Nadal était avant tout du à la méforme de ce dernier. Cette fois-ci, il a prouvé qu’il était bien un grand joueur de terre battue car sa victoire contre Federer a été acquise sur son seul talent. Est-ce que ce sera suffisant pour remporter Roland Garros ? Pas sûr, car Rafael Nadal semble bien décidé à reconquérir son pré carré.

Cependant, les vrais admirateurs de Federer en veulent un peu à Soderling. La victoire de leur idole l’année dernière, même si elle l’a définitivement propulsé au sommet de l’histoire du tennis, était un peu entaché d’un « bah oui mais c’était pas Nadal en face ». Jugement un peu cruel et injuste, mais que l’on ne peut s’empêcher de formuler. Ah si le Suisse avait terrassé l’Espagnol en finale, plus aucun débat ne serait possible !

Mais n’aime-t-on pas le sport justement parce qu’on peut en débattre à l’infini ? Alors pour ça, merci Monsieur Soderling.

EPEE DE BOIS ET RAQUETTE DE PLOMB

tsongarolandgarros2010

tsongarolandgarros2010Avec l’abandon de Jo-Wilfried Tsonga, le derniers feux tricolores vient de s’éteindre à Roland-Garros. Non, promis, ce billet ne sera pas un festival de calembours foireux, mais une petite réflexion pour comprendre comment on est arrivé à connaître quasiment les pires performances jamais enregistrées pour les joueurs français pendant cette quinzaine. Un fiasco que l’on avait pourtant pas tellement anticipé.

Pourtant, si on regarde les performances individuelles, le seul à s’être vraiment planté est Gaël Monfils. Chacun des autres résultats, que ce soit sur la manière ou la différence de niveau, il n’y avait jamais à crier au scandale. Mais n’est-ce pas justement cela qui est vraiment inquiétant ? N’est-ce pas le symptôme d’un mal beaucoup plus profond qui touche le tennis français ?

Pourtant, nous sommes censés être dans une période faste, au moins chez les hommes. La France a ses nouveaux Mousquetaires. Sauf que leurs épées sont en bois… Ok, j’ai dit que j’arrêtais les calembours, mais il est indéniable que notre quatuor, s’il possède un talent comme on en a rarement connu chez nous, il possède également de gros points faibles.

Pour deux d’entre eux, Simon et Tsonga, c’est le corps qui pêche. Ca casse souvent, à tel point que Gilles Simon n’était même pas présent cet année. Jo-Wilfried, qui possède peut-être le potentiel le plus impressionnant, est trop souvent sur le flanc pour s’installer dans le top 5. Le voir abandonner aujourd’hui était un déchirement car rien, à part ça, ne nous empêchait d’imaginer qu’il aille très loin dans ce tournoi.

Pour les deux autres, Monfils et Gasquet, c’est le mental qui fait souvent faux bond. Sur ce blog, j’ai souvent répété tous les espoirs que je place en Richard Gasquet, sûrement le plus talentueux de tous, malgré ses limites physiques. Mais voilà, si les éclairs de génie peuvent encore frapper, la constance dans les résultats ne sont toujours pas là, ce que sa suspension n’a évidemment pas aidé. Mais à ce sujet, il ne peut s’en prendre qu’à sa propre bêtise. Dans ces pages, j’ai aussi souvent rapporté tout le mal que je pense de Gaël Monfils. Ses deux derniers Roland-Garros m’auraient presque fait changer d’avis, mais sa défaite lamentable au deuxième tour cette fois-ci, dans un match qu’il aurait pu gagner les doigts dans le nez, nous rappelle qu’il n’est pas un vrai champion. On ne verra jamais un Nadal ou un Federer commettre une telle faute professionnelle, devant leur propre public qui plus est. Il n’y aucune excuse à lui trouver.

Chez les filles, on le sait, l’époque où Mauresmo et Pierce s’affrontaient au Masters est bien révolue. J’ai écrit un article très élogieux sur Marion Bartoli au moment de sa finale à Wimbledon, mais force est de constater que son ego est nettement plus démesuré que son mental de championne. Pourtant, je reste convaincu que le potentiel est là, mais pas sûr que son mode de fonctionnement si particulier et discutable lui permette jamais de l’exprimer pleinement. Quand à Aravane Rezaï, on peut guère lui reprocher l’emballement médiatique qui a suivi sa victoire à Madrid. Là aussi, un potentiel est là, et on peut, dans son cas, encore espérer qu’il soit pleinement exprimé un jour. Il reste cependant à étoffer un jeu encore très basique.

Le tennis français porte donc en lui beaucoup d’espoir. Mais ce Roland-Garros nous a montré une nouvelle fois que ce sont les plus grands espoirs qui provoquent les plus grandes déceptions.

GUY ET JOSE SUR LE TOIT DE L’EUROPE

guynoves

guynovesAprès un week-end occupé, mais bien occupé, je peux enfin reprendre ma plume (ou plutôt mon clavier) et je ne pouvais pas ne pas écrire au moins un petit mot sur la belle soirée européenne de samedi dernier. Toulouse et Milan ont réussi leur pari en remportant un titre continental amplement mérité.

J’ai déjà parlé de l’histoire d’amour entre le Stade Toulousain et la Coupe d’Europe dans un billet précédent. Cela se confirme puisqu’il est devenu le premier club français à être quadruple champion d’Europe, tout sport collectif confondu. Je ne pourrai donc plus répéter que Bourges est le club français le plus titré au niveau européen. Guy Novés, à la tête de l’équipe rouge et noire depuis près de 20 ans, vient de se forger un palmarès d’entraîneur à nul autre pareil dans l’histoire du sport français. Et au niveau mondial, seul un Alex Ferguson en football ou un Phil Jackson en basket peuvent lui être comparés (pour les entraîneur en activité).

Certains diront que j’oublie dans cette liste José Mourinho, victorieux de sa deuxième Ligue des Champions. Un titre conquis avec l’Inter de Milan, 6 ans après celui conquis avec Porto. Un personnage que l’on adule parfois, que l’on déteste souvent. Sa morgue, son ego démesuré qui le conduise à s’octroyer lui-même le titre de « the special one », horripilent et agacent. Mais personne ne peut lui enlever son incroyable talent de meneur d’hommes et un sens tactique hors du commun. Il est incontestablement le meilleur entraîneur actuel.

Que lui manque-t-il pour être au même rang que les entraîneurs cités plus haut ? Au-delà du palmarès brut, il n’est jamais resté assez longtemps dans un même club pour devenir un bâtisseur, qui instaure une véritable culture destinée à lui survivre et qui transforme un club bien au-delà du terrain. Cette œuvre, il l’a commencé à Chelsea mais n’a pas pu la poursuivre jusqu’au titre suprême. Et son départ annoncé vers le Real Madrid prouve bien qu’il ne construit pas sa carrière dans cette optique-là, comme si sa propre gloire était vouée à toujours dépasser celle des équipes qu’il entraîne. C’est dans doute là sa plus grande force… mais aussi sa plus grande limite.

24 HOMMES SUR UN BATEAU

domenech

domenechCa y’est, le grand comique Raymond Domenech a mis fin à son sketch hilarant « j’annonce la liste des 23, qui sont en fait 30, avant d’être 24, cinq jours plus tard ». Ah sacré Raymond, toujours le mot pour rire ! Bon, ce n’est pas évident que les 6 couillons du jour aient vraiment goûté le sens de l’humour si particulier de notre sélectionneur adoré.

Une sélection pour une grande compétition, c’est, au moment de son annonce, avant tout une formidable occasion de débats sans fin dans tous les cafés du commerce. Et pour la Coupe du Monde de football, ce sont tous les cafés du commerce de la planète qui s’animent soudain d’expertises très pointues en terme de composition d’équipe. Mais il faut avouer qu’en France, le débat est particulièrement vif car les choix de Domenech ont encore une fois quelque peu surpris.

Bon, si la liste des 30 recelaient quelques éléments qui ont permis à Domenech de faire son intéressant, pour les 24, on revient aux fondamentaux. Bien sûr, le débat se poursuit, tous les choix étant contestables par nature, venant de notre sélectionneur en particulier. Je vais donc, rapidement, participer moi aussi au grand déballage général d’avis super pointus.

Je passerai rapidement sur le cas Marc Planus, qui est là pour faire joli, vu que Gallas semble bien parti pour être apte. Par contre, on peut évidemment s’étonner de l’absence de Escudé et même Mexes, dont les performances en club devraient leur permettre de figurer dans la liste. Mais pour une fois, je vais donner raison à Raymond, puisque on ne peut vraiment pas lui reprocher de ne pas leur avoir donné leur chance à tous les deux. Ce n’est pas de sa faute si leurs performances ont souvent frôlé le catastrophique, une fois le maillot bleu enfilé.

La présence de Valbuena prête aussi à discussion. Personnellement, je ne l’aurais pas pris. Mais voilà, personne ne m’a donné à mon avis à la FFF. Mais il est vrai que son profil assez particulier peut être un élément de complément intéressant. Il ne s’agit pas toujours de prendre les meilleurs, mais aussi d’assurer une cohérence et une diversité suffisante à la sélection pour que l’équipe puisse faire face à toutes les situations. Et le petit Marseillais a déjà brillé en Ligue des Champions, prouvant qu’il savait rester performant quand le niveau général s’élève.

Le dernier choix de cette liste qui fait couler beaucoup d’encre est bien sûr l’absence de Benzema. On ne peut que regretter l’absence d’un joueur d’un tel talent. Bien sûr, sa saison moyenne et son attitude parfois limite n’ont pas joué en sa faveur, mais réclamer sa présence reste tentant. Cependant, il faut ensuite répondre à l’épineuse question : à la place de qui ? Et c’est là qu’on s’aperçoit que choisir, c’est renoncer et que ce n’est pas toujours facile.

Anelka paraît incontournable par sa bonne saison et son caractère souvent décisif en équipe de France. Cissé a doublé tout le monde dans la dernière ligne droite, mais son excellente saison et les promesses offertes par les quelques minutes passées sur le terrain lors du dernier France-Espagne rendent sa présence somme toute logique. Ensuite, on peut éventuellement contester la présence de André-Pierre Gignac, dont la saison fut plutôt laborieuse. Mais il a toujours répondu présent en Equipe de France et fait preuve d’un enthousiasme dont est bien incapable l’avant-centre du Real Madrid.

En fait, de tous les attaquants de pointe, c’est sans doute Thierry Henry dont on serait tenté de se passer au profit de Benzema. Mais comment toucher au capitaine ? Comment toucher à un homme qui a toujours si souvent sauvé l’Equipe de France de situations périlleuses ? Bien sûr, il a très peu joué ces derniers mois (même si cela ne l’a pas empêché de souvent marqué lorsqu’il était sur le terrain), mais on voit mal les Bleus faire sans lui. Bien sûr, si sa Coupe du Monde se passe mal, nombreux seront ceux pour dire « je l’avais bien dit ! », mais aujourd’hui, ce discours semble surtout totalement hors de propos. Mais il est si commode de brûler ce que l’on a adoré hier.

Bon, finalement, j’ai passé mon article à défendre la sélection de Raymond Domenech. Mais que voulez-vous, il ne peut pas avoir tous les défauts non plus. Il en déjà suffisamment comme cela. Enfin, de toute façon, une seule chose compte : Allez les Bleus !

CAPITAINE BLANC A LA BARRE !

laurentblanc

laurentblancIl n’y avait déjà plus guère de suspense, et même si ce n’est pas encore tout à fait officiel, on le sait désormais, Laurent Blanc succèdera à Raymond Domenech après la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Toute la France du football pousse un soupir de soulagement et se réjouit de cette nouvelle.

La future tâche de l’ancien défenseur des Bleus sera à la fois particulièrement facile… et particulièrement ardue. Succéder à un homme aussi détesté que Raymond Domenech permet de partir plutôt confiant quant à sa propre popularité. De plus, vu le niveau affiché par l’Equipe de France, Laurent Blanc ne pourra qu’améliorer les choses. En termes d’image, les Bleus sont tellement bas, qu’on peut douter qu’ils puissent encore creuser. Leur côté d’amour  ne sera donc pas très difficile à améliorer, surtout que le public français ne rêve que de retomber amoureux de son équipe.

Mais d’un autre côté, Laurent Blanc va faire face à un formidable défi. Combien même, l’Equipe de France serait championne du monde en Afrique du Sud, Raymond Domenech n’a rien bâti, ni plan de jeu, ni socle de joueurs sur lesquels s’appuyer sur le long terme. L’émergence de Yoann Gourcuff est une bonne nouvelle, mais Laurent Blanc y aura justement beaucoup plus contribué que l’actuel sélectionneur. Et aussi talentueux soit le jeune Breton, il est encore loin d’avoir l’étoffe pour être la seule pierre angulaire d’un projet de reconstruction de cette ampleur. Bref, recommencer presque à zéro est un formidable défi, mais il est parfois plus facile de construire alors que des fondations solides sont déjà là.

Ne doutons pas que Laurent Blanc saura être la hauteur. Avant cela, il y’a à une Coupe du Monde à jouer et Domenech à supporter pendant encore deux mois. Pour le meilleur, mais peut-être pour le pire…

VIVE LE TOP 14 !

perpignantoulouse

perpignantoulouseLe championnat de France de rugby, ou Top 14, c’est beaucoup plus in de l’appeler comme ça, va donc connaître la même finale que l’année dernière. Pourtant ce n’est en rien le signe d’une compétition routinière et dénuée d’intérêt. Les deux demi-finales qui se sont déroulées ce week-end ont été deux matchs des très haut niveau, pleins de suspense, d’engagement et de qualités techniques. Elles confirment la domination de la compétition hexagonale sur toutes ses consœurs du vieux continent.

La présence de deux clubs français en finale de Coupe d’Europe ne doit donc rien au hasard. Et quand on sait que le futur champion d’Europe ne sera donc même pas en finale du championnat de France, on mesure mieux l’hégémonie exercée par les clubs français. Peut-être que cela ne sera plus le cas dès la saison prochaine, mais le modèle économique du Top 14 semble avoir pris une sérieuse longueur d’avance.

Mais le succès du championnat de France, toujours croissant auprès du grand public, s’explique aussi justement par la qualité des matchs qui sont proposés et par le suspense qui règne de bout en bout de la compétition. Plus de spectateurs, plus de recettes, plus de moyens pour recruter des stars internationales, plus de spectacle et, au final, plus de spectateurs. Le rugby français est donc entré dans un cercle vertueux. Et le récent Grand Chelem du XV tricolore nous donne même à penser que l’Equipe de France profite aussi de cette dynamique.

Pourvu que ça dure car ces deux matchs furent un vrai régal et on en redemande !

DEUX SI BELLES HISTOIRES D’AMOUR

toulouseleinster

toulouseleinsterCet article, j’espérais vraiment pouvoir l’écrire, sans trop y croire. Mais voilà, j’avais tort de douter car tout s’est passé exactement comme le prévoyait…le passé. Certes, ce dernier ne se répète pas toujours, mais, dans le cas du Stade Toulousain et du Paris-Saint-Germain, la tradition semble être immuable.

Ces deux clubs vivent une passion folle avec une compétition : la Coupe d’Europe pour Toulouse, la Coupe de France pour le PSG. Quelque soit leur état de forme du club, ils figurent toujours dans les favoris en début de saison, tant cela semble ancré dans leur culture et leurs gènes. Il y’a-t-il une explication à ce phénomène ? La noble incertitude du sport devrait nous interdire de le penser. Cependant, il est probable que cette histoire d’amour procure un excès de confiance et de motivation au moment d’entrer sur le terrain.

Bien sûr, pour Toulouse, il ne s’agissait que d’une demi-finale, le trophée n’est pas du tout encore acquis. Mais arriver en finale européenne, alors que la saison en championnat fut relativement moyenne (enfin à l’échelle du Stade) montre bien que c’est pour lui une compétition à part où il donne toujours son plein potentiel. Et la même remarque peut être formulée à propos du PSG qui remporte ce trophée après une saison  plus que moyenne, c’est le moins que l’on puisse dire.

En fait, ces deux histoires d’amour sont tout de même diamétralement différentes sur un point. L’une est logique, l’autre irrationnelle. Le Stade Toulousain est le club français le plus titré et le plus régulier au niveau national depuis vingt ans. Il est logique, vue la valeur du championnat français, qu’il figure également dans le gratin européen. Cependant, il est clair qu’il cultive un lien particulier avec la H Cup qui n’est partagé ni par le Stade Français, ni par Clermont, ses rivaux les plus réguliers.

psgcoupedefrance2010Par contre, l’histoire d’amour du PSG pour la Coupe de France est au-delà de toute explication rationnelle. Le club vient de remporter son 8ème trophée, revenant à deux titres du record détenu par l’Olympique de Marseille avec 10 coupes remportées. Mais, l’OM dispute cette compétition depuis sa première édition, il y’a bientôt un siècle, et la remporta pour la première fois dans les années 20. Le PSG a été lui fondé en 1970 et ne souleva la Coupe pour la première fois qu’en 1982. C’est donc une réussite incomparable que connaît ce club dans cette compétition. Et c’est d’autant plus surprenant que Paris est à l’inverse très souvent décevant en championnat, qu’il n’a remporté que deux fois, alors qu’il figure généralement parmi les favoris.

Je propose donc que dorénavant le PSG ne joue plus que la Coupe de France. Franchement, on verrait à peine la différence. Allez, cessons l’ironie car si ce trophée n’efface pas totalement une saison vraiment décevante, ce trophée est plus qu’une consolation. Paris reste quand même un club à part. Un club (un peu) magique.

REVENIR…OU PAS

lyonbayern

lyonbayernLa déception est grande, les espoirs sont déçus. Lyon n’ira donc pas en finale de Ligue des Champions. Le Bayern était plus fort, beaucoup plus fort… mais pas tant que ça. Il y’a à la fois un fossé immense et trois fois rien entre les deux clubs. Mais ce trois fois rien est justement la capacité de transformer un trois fois rien en fossé immense.

Cette demi-finale reste très frustrante car on a vraiment l’impression que Lyon n’a pas su saisir toutes ses chances de faire basculer le sort en sa faveur. Evidemment, nul ne saura jamais si cela aurait été suffisant pour combler un déficit de talent indéniable. Mais le Bayern n’est certainement pas meilleur que le Real Madrid.

Que serait-il advenu si Toulalan avait gardé son sang-froid et n’avait pas été expulsé ? Avec des si, on peut facilement réécrire l’histoire. Celle de Cris a certainement été un tournant moins décisif, mais ces deux cartons rouges sont quand même symptomatiques d’un manque de maîtrise assez désolant à ce niveau.

Pour expliquer cela, on en revient toujours à ce même constant : il y’avait une différence d’expérience entre les deux clubs. Sur l’histoire des Coupes d’Europe peut-être, sur les dernières années, l’explication ne tient pas. Et voir Cris se faire piéger aussi bêtement, alors qu’il est le capitaine et le plus expérimenté de l’équipe, montre que l’on ne peut pas résumer l’échec lyonnais à ce seul paramètre.

Jouer des demi-finales de Coupe d’Europe implique forcément d’en perdre. Le côté dramatique de celle que nous venons de vivre tient surtout du fait qu’elle a été obtenue après tant et tant de tentatives. Le jour où Lyon en aura joué autant que le Bayern, il pourra les attaquer plus sereinement et en remportera certaines. On peut certes appeler ça l’expérience, mais c’est plus large. Si les clubs français étaient aussi régulièrement en demi-finale que dans les années 90, Lyon aurait certainement abordé la sienne dans un autre état d’esprit.

Alors il faudra revenir ! La constance paye, Lyon l’a prouvé cette saison. Bien sûr, cela prend du temps, cela se fait marche par marche, la chance joue forcément un rôle important. Mais vient le jour où tout est réuni et où on va au bout. Il serait bon de s’y remettre dès l’année prochaine. Mais faudrait-il pour ça que Lyon soit qualifié pour la prochaine Ligue des Champions. Et ça, c’est encore loin d’être gagné…

AJ AUXERRE, LE MIRACLE PERMANENT

ajauxerre

ajauxerreQuelque soit le classement final de l’AJ Auxerre à la fin de ce championnat, elle aura réussi une saison magnifique, au-delà de toutes les espérances formulées en début de saison. Certains parleront même de miracle. Mais dans l’Yonne, le miracle se répète depuis près de 30 ans.

Longtemps, la réussite exceptionnel de ce club sorti de nul part au début des années 80 a été lié à un seul homme, Guy Roux. Il a fait d’Auxerre une des plus petites communes championne de France, mais aussi demi-finaliste de Coupe d’Europe. Sa présence à ce niveau, avec une telle constance, est donc une hérésie sportive, mais surtout économique. Pourtant à chaque saison un peu difficile, où on annonce le début de son déclin, succède une saison où l’AJA joue les premiers rôles.

Auxerre a bâti son succès en grande partie sur une double réussite. Réussite de sa formation d’abord, longtemps parmi les plus performantes de l’hexagone, voire d’Europe. Elle était l’élevage de champions caricaturés par les Guignols. Mais c’était aussi une vraie culture du recrutement malin avec des joueurs de classe internationale comme Enzo Scifo, Alain Roche ou encore Laurent Blanc, qui sont venus se ressourcer à des époques où leur carrière connaissait un creux. Chacun d’eux a brillé sous le maillot auxerrois et ont su mener la jeune garde les entourant vers les sommets du classement.

Mais le plus étonnant dans le parcours de l’AJA cette saison, c’est que ce qui a fait son succès pendant 25 ans a quasiment disparu, sans pour autant voir le club plonger. Guy Roux fait désormais parti du passé du club, le centre de formation a perdu bien de sa gloire. Reste une science du recrutement qui ne faiblit pas, avec une trouvaille comme Jelen ou un ancien international comme Pedretti, dont beaucoup doutait de la capacité à retrouver son niveau d’antan. C’est aussi une volonté de faire confiance à un entraîneur sur le long terme qui porte ses fruits cette saison. Jean Fernandez, à défaut de gros moyens, a eu le temps de travailler et de bâtir son équipe pour la mener à la lutte pour le titre.

Le parallèle avec Nantes, qui a longtemps partagé la même culture, est édifiant. Quand le club de Loire-Atlantique n’en finit pas de sombrer, Auxerre affiche une santé sportive éclatante. L’un a su parfaitement négocier le virage du départ de Guy Roux, quand l’autre ne s’est jamais vraiment remis du départ de Suaudeau puis Denoueix. L’un a su évoluer tout en gardant ses valeurs, l’autre s’est perdu dans un modèle de fonctionnement aux antipodes de sa culture et de ce qui a fait sa gloire.

Sans doute un jour, Nantes retrouvera les sommets et Auxerre rentrera dans le rang. Mais d’ici là, on ne peut que continuer à admirer ce club qui fait beaucoup avec peu. Ah si seulement, ma carte bleue pouvait faire pareil…