MON AMIE VICTORIA : Message brouillé

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monamievictoriaafficheLa richesse est une qualité que j’apprécie particulièrement pour juger de la qualité d’un scénario. Il est évidemment de très bons films ne traitant que d’un seul sujet, mais si plusieurs sont traités en parallèle avec le même bonheur, c’est encore mieux. Cependant, évidemment, il y a le risque que les sujets se télescopent et se brouillent ainsi mutuellement. La richesse se transforme alors quelque peu en bouilli. C’est un peu le cas avec Mon Amie Victoria.

Le personnage principal de Mon Amie Victoria est victime de beaucoup de choses. Elle est noire, elle est orpheline, elle est pauvre, elle n’a pas un caractère très combatif et elle n’a pas toujours le hasard avec elle. Cela fait beaucoup pour une petite fille puis pour une jeune femme. Le petit malaise que j’ai ressenti devant ce film est que Jean-Paul Cyverac a toujours l’air de plus ou moins suggérer que c’est quand même surtout du racisme dont est victime. Or, j’ai quand même passé une bonne partie du film avec l’envie de crier « mais secoue-toi un peu !!!! », ce qui a considérablement limité ma capacité d’empathie envers le personnage.

monamievictoriaAu final, Mon Amie Victoria est un film sans conclusion. Je n’ai pas tout compris où tout cela était censé nous mener. Le propos ne prend jamais de hauteur et est largement parsemé de clichés. La figure de la famille gauche-caviar à la bonne conscience souvent contre-productive est trop caricaturale pour être vraiment intéressante. Au final, le film poste incontestablement de très bonnes questions, s’attaque à des sujets très pertinents, mais livre des réponses trop partielles pour être vraiment convaincantes.

LA NOTE : 9/20

Fiche technique :
Réalisation : Jean-Paul Civeyrac
Scénario : Jean-Paul Civeyrac, d’après le roman de Doris Lessing
Montage : Louise Narboni
Photographie : David Chambille
Producteur : Philippe Martin Coproducteur : Olivier et Jacques-Henri Bronckart
Durée : 95 minutes

Casting :
Guslagie Malanda : Victoria
Nadia Moussa : Fanny
Catherine Mouchet
Pascal Greggory
Alexis Loret
Pierre Andrau
Elise Akaba : Diouma
Tony Harrisson : Sam
Aurore Broutin : une actrice

CLASSEMENT 2014 : Tabarnak, quelle année !

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mommy2014 n’aura pas été la plus grande année cinématographique qui soit. Peu de très grands films, mais cela ne l’empêche pas de nous avoir offert de très bons moments de cinéma. Mon classement comportera donc beaucoup de coups de cœur, dont les qualités artistiques pures n’auraient pas du leur permettre d’être si bien placées, mais faute de concurrence, ils bénéficient de mon enthousiasme totalement subjectif.

De mon point de vue, la première place du film de Xavier Dolan ne souffre aucune contestation. Il est de loin le plus le plus marquant de cette année, aussi bien sur la forme et sur le fond. Un vrai choc porté par un duo de comédiens éblouissant. Anne Dorval et Antoine Olivier Pilon ont offert les deux performances les plus impressionnantes de cette année.

2014 reste une bonne année pour le cinéma francophone avec trois films classés. Même si, pour moi, il est paradoxal que le cinéma français batte son record d’audience dans le monde grâce au Lucy de Luc Besson à qui je décernerai volontiers le titre de plus mauvais film de l’année. C’est assez inexplicable tant ce film est lourdingue et ridicule.

Et si on ne doit réduire 2014 qu’à une seule scène, je choisirais les dernières minute de Whiplash. La preuve qu’un film imparfait peut prendre soudainement une toute autre dimension en offrant un pur moment de grâce cinématographique.

1-MOMMY

Un film qui vous prend aux tripes et les sert très fort. La plus grosse vague d’émotion brute de 2014 qui secoue le spectateur comme rarement, grâce notamment à la performance hallucinante des deux acteurs principaux.

2-GONE GIRL

Un film assez classique dans sa réalisation, mais de très loin le meilleur scénario de l’année. Un polar qui offre de vraies surprises et des personnages beaucoup plus étonnants et intéressants que ce que les premières minutes laissent penser.

3-12 YEARS A SLAVE

Récompensé par plusieurs Oscars, donc celui du meilleur film, 12 Years A Slave nous fait mesurer toute l’horreur de la condition d’esclave, sans jamais tomber dans une surenchère visuelle. Un film parfois dur, mais instructif et porté par une histoire passionnante.

4-NEW YORK MELODY

Une anti-comédie romantique qui nous enchante par la musique qui la traverse. Un film au scénario parfaitement écrit, mais aussi un vrai film sur le processus de création artistique.

5-LA FAMILLE BELIER

Bon, certains se demanderont ce que fait ce film si haut dans le classement. Un film léger, mais un film enthousiasmant et beaucoup plus riche et intelligent ce qu’il paraît. Un film qui nous ferait presque aimer Sardou, c’est dire !

6-INTERSTELLAR

Encore un grand film signé Christopher Nolan. Artistiquement parlant, c’est peut-être ce qui s’est fait de mieux cette année. Le tout accompagné d’un scénario encore une fois formidablement bien écrit, arrivant à allier complexité et clarté. Dommage qu’un manque de rythme vienne quelque peu gâcher le plaisir.

7-DEUX JOURS, UNE NUIT

De très loin le film des frères Dardenne que j’ai le plus aimé. Une histoire très forte, remarquablement portée par Marion Cotillard dans un rôle qui lui vaut encore une fois d’être nominée aux Oscars dans un film européen, exploit dont on ne mesure pas assez la portée dans son propre pays. Le tout est mis en image avec beaucoup de sobriété qui fait à la fois la force et la faiblesse d’un film qui ne comporte par exemple aucune musique.

8-LES GARDIENS DE LA GALAXIE

Marvel s’autoparodie et cela donne un résultat particulièrement savoureux. Humour et aventures sont au rendez-vous pour le film à grand spectacle le plus réussi de l’année.

9-BOYHOOD

Un film tourné sur une dizaine d’années avec les mêmes acteurs que l’on voit grandir et vieillir. Une très belle histoire surtout, pleine d’émotion et d’humanité. Le film présente un intérêt qui va bien au-delà de la simple originalité de l’idée de base.

10-LE VENT SE LEVE

L’ultime film de la carrière d’Hayao Miyazaki n’est peut-être pas son plus réussi. Mais un grand film assurément !

11-WHIPLASH

Troisième film « musical » de ce classement. Un film qui swingue et effraye par moments. Un film fort sur la souffrance de l’apprentissage quand on vise la perfection. Un film imparfait mais qui offre une fin absolument extraordinaire.

12-MALEFIQUE

Une réussite que je n’attendais pas avec une Angelina Jolie extraordinaire. Un film qui est loin d’être aussi enfantin qu’il en a l’air et qui revisite avec bonheur un des mythes Disney.

ET APRES ?

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Facebook-20150117-091125Il ne faut pas que le souffle retombe. Il y aura un avant et un après. Espérons que les choses ne seront plus jamais les mêmes après ça… Voilà le genre de commentaires que l’on aura pu entendre après les manifestations du week-end dernier et cet incroyable moment de communion nationale. Le genre de commentaires qui vont bien, mais auxquels on a bien de la peine à donner un sens précis et une traduction pragmatique. Qu’est ce qui doit changer ? Qui doit changer ? Dans quelle mesure ? Comment cela doit-il se concrétiser ?

Il n’y aura pas vraiment d’après. Rien ne sera profondément bouleversé, rien ne sera fondamentalement différent, les changements seront ténus. Je ne doute pas, par exemple, que l’abstention sera moins abyssale que prévu aux élections départementales du mois de mars, mais cela ne changera pas grand chose au résultat et si l’élection de conseillers départementaux modifiaient vraiment le cours du monde, cela se saurait. Les gens seront déçus, forcément. Une déception qui finira bientôt par transparaître dans les discours, que ce soit dans les médias ou au café du commerce. Les hommes politiques n’ont pas été à la hauteur, la société française n’a pas été à la hauteur, les autres n’ont pas été à la hauteur, mais personne pour dire qu’il n’a pas été lui-même à la hauteur évidemment.

Il n’est pas question pour moi de me lancer dans la rédaction d’un texte cynique. J’espère que ceux qui me lisent de temps à autre savent bien que ce n’est certainement pas mon genre. Simplement, les déséquilibres géopolitiques et les fractures spécifiques à la société française ne vont pas se résorber du jour au lendemain, surtout que si quelqu’un avait la moindre idée de comment y arriver en ne serait-ce qu’une décennie, j’ose espérer qu’il l’aurait clamé haut et fort.

Pas de cynisme, mais peut-être quand même un peu de découragement face à ce monde qui m’inquiète de plus en plus. Comment on est-on arrivé là ? Et pas simplement à cet attentat ignoble, mais à l’état plus général de notre planète. Le premier événement marquant auquel ma génération a assisté est la chute du Mur de Berlin. La fin de l’histoire pour certains… A l’époque au moins, la fin d’un monde coupé en deux. Ensuite, je me rappelle avoir pleuré devant ma télévision, en assistant en direct à la poignée de main entre Yasser Arafat et Yitzakh Rabin. Cette décennie a vu le monde prendre, à Rio, les mesures efficaces pour sauver la couche d’ozone, grâce à une coordination à l’échelle mondiale. A cette époque, toute la France regardait en prime time les Inconnus parodier la vie de Jésus et toute la France se marrait dans une bonne humeur partagée et bon enfant.

Puis Yitzhak Rabin est mort assassiné. Le 11 septembre a poussé certains à parler de choc des civilisations. Le protocole de Kyoto s’est enlisé. Jusqu’à Charlie…. Peu à peu, une espérance collective en des lendemains meilleurs a laissé place à une immense angoisse. Le monde paraît aujourd’hui terriblement anxiogène, même pour ceux qui semblent à l’abri du besoin. La tension semble au plus haut un peu partout. L’obscurantisme fleurit et couvre de son ombre une partie de plus importante de la société. Les liens entre les humains se délitent de manière inexorable. Et lorsqu’ils se resserrent, c’est généralement face à un ennemi à abattre.

Mais le tout n’est pas de constater tout cela, mais de se demander pourquoi. Et là, j’avoue faire face à une abîme de perplexité. Je ne sais pas, je ne comprends pas. Evidemment, chaque événement pris isolément a son explication, son contexte, son histoire. Mais le tout semble porté par une vague sous-jacente prête à tout emporter, y compris ceux qui essayent tant bien que mal de ramer à contre sens. Mon impuissance à saisir les raisons profondes de tout ça et de là mon incapacité à agir me met en colère.

Peut-être qu’au fond que cette colère nouvelle est la meilleure nouvelle qui soit. Peut-être que nous avions peu à peu perdu notre capacité à nous indigner. A nous indigner vraiment. Les forces qui me font peur aujourd’hui ont sans doute toujours été présentes. C’est sans doute notre capacité à les repousser qui s’est étiolée. Pas forcément de beaucoup, mais suffisamment pour briser un équilibre fragile. Peut-être qu’au fond à force de lutter contre l’intolérance, nous sommes devenus tolérants à des choses qui hier nous révoltait.

Pourquoi ne sommes-nous pas descendus dans la rue après la tuerie perpétrée par Mohammed Merah ? Je ne crois pas qu’il y ait là la moindre forme d’antisémitisme. Tout simplement, la mort, aussi tragique soit-elle, d’inconnus n’arrivera pas à nous toucher autant que la mort de gens qui font partie de notre vie, de notre quotidien. Beaucoup de gens de mon âge ont souligné qu’ils ont connu Cabu en regardant le Récré A2. Avec lui est mort une partie de nous-mêmes, de nos souvenirs. Face à l’horreur anonyme, nous avons su au contraire développer un mécanisme de détachement pour ne pas être emporté par le flot d’horreurs qui se déversent sur nous dès que l’on regarde les infos. On ne peut pas vivre en étant bouleversé tous les jours par tous les drames du monde. Mais n’est-on pas collectivement devenus trop passifs et résignés ?

Au cours de ces derniers jours, j’ai été marqué par quelques détails qui m’inquiètent. Voir autant de monde rassemblé m’a forcément fait penser au 1er mai 2002, quelques jours du deuxième tour de l’élection présidentielle entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac. Les mêmes rues avaient été envahies par une foule peut-être pas aussi considérable, mais presque. Aujourd’hui, la présence ou non du Front National parmi les invités au rassemblement de dimanche fait débat, y compris au sein de ceux qui s’étaient alors levés contre lui, il y a moins de 13 ans. On peut refaire l’histoire, critiquer les uns ou les autres pour les mots exacts employés, mais rien que le fait qu’on en fasse un objet de discussion et de polémique, montre le chemin parcouru depuis. Et certainement pas dans le bon sens.

Comment a-t-on pu oublier Brahim Bouarram, mort noyé le 1er 1995 après avoir eu le malheur de croiser le cortège du Front National ? Si l’union nationale se fait contre quelque chose, alors elle ne vaut pas mieux que ce qu’elle combat. L’union nationale doit se faire atour de quelque chose, de valeurs à défendre au-delà de toutes nos autres différences. Comment en est-on arrivé à ce degré d’indifférence vis-à-vis du FN pour concevoir ne serait-ce qu’une seconde que l’on puisse se rassembler autour de quoique ce soit avec lui ? N’est-on pas en train d’adopter ce replis, cette solidarité d’assiégé qui guident justement ceux que l’on dit vouloir combattre ? Et surtout, pourquoi faut-il attendre désormais l’horreur absolue pour envahir la rue, quand avant un simple discours haineux parvenait à mobiliser à ce point ceux qui le refusait il y a encore peu de temps ?

Je ne veux pas déjà jouer à 35 ans, mais j’ai de plus en plus l’impression qu’une partie de la génération qui s’est construite dans ce monde de plus en plus inquiétant l’accepte comme il est. Qu’elle confond respect des différences avec la construction d’une société de plus en plus atomisée. Qu’elle ne hiérarchise plus les idées. Qu’elle fait la confusion entre l’esprit critique et la construction de raisonnements volontairement biaisés au service d’une idéologie. Peut-être est-ce là uniquement de la nostalgie mal placée et qu’à l’adolescence, une bonne partie de ma génération aurait ri devant Dieudonné. Nous avons eu la chance de rire à ce moment de notre vie devant Elie et Dieudonné, à une époque où être noir et juif pouvait être encore avant tout un prétexte pour en rire.

Le « vivre ensemble » a été au centre de beaucoup de discours. C’est vrai que peut-être tout part de ça au final. Que sans aller jusqu’à résoudre les grands problèmes géopolitiques ou sociaux, nous pouvons tous individuellement nous demander comment contribuer à une société où on aurait pas besoin d’institutionnaliser la fête des voisins pour à nouveau se parler. Mon père me racontait que quand il était petit, le soir dans le village près de Toulouse dont est originaire ma famille, on s’asseyait sur des bancs et on parlait. Et puis, un jour la télévision est arrivée et le soir chacun a fini par s’enfermer chez soi. J’ai parfois l’impression que nous revivons une pareille évolution à une autre échelle sans doute.

Je sais bien qu’il ne suffit pas de « se parler » pour résoudre tous les problèmes. Mais bordel de merde pourquoi y a-t-il aujourd’hui tant de problèmes qui, il y a encore si peu de temps, n’en était pas ? Vous l’aurez compris, je n’ai pas aujourd’hui de réponses à ces questions et je ne trouve personne qui m’en donne. Je me dis parfois que cela serait peut-être mieux d’oublier tout ça et de construire mon bonheur au sein de mon cercle de proches. Mais en tant que militant politique, j’ai évidemment envie d’autre chose, de contribuer à répondre à toutes ces questions, à toutes ces angoisses. Je ne sais pas si j’y consacrerai toute ma vie, mais au moins est-ce une quête qui vaut bien d’y consacrer son existence.

WHIPLASH : Ca valait vraiment la peine d’attendre

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whiplashafficheJe sais que vous vous demandez tous pourquoi je n’ai toujours pas proposé mon classement des meilleurs films de l’année alors que nous sommes déjà le10 janvier. Bon, je vous accorde que l’actualité permet difficilement de penser à des choses aussi futiles, alors je vous pardonne le fait que cela nous vous a pas même effleuré l’esprit. Si je tarde tant, c’est avant tout parce que cette semaine fut marquée de mon côté par de nombreuses réunions politiques pour cause de Conseil Municipal et par une bonne grippe qui m’a mis KO ces deux derniers jours. Mais surtout c’est parce qu’il fallait que je prenne le temps de rédiger la critique du dernier film devant figurer dans ce classement, à savoir Whiplash et que je n’ai vu que dans les premiers jours de janvier. (A noter que les films sorti le 31 décembre, notamment A Most Violent Year, que je n’ai pas encore vu, seront considérés comme des films sortis en 2015).

Whiplash est pendant 100 minutes un excellent film, mais qui m’a laissé quelque peu circonspect. Le thème n’est pas nouveau, celui du jeune prodige bourré de talent qui doit faire face à mentor incapable de la moindre compassion. Et la morale que le film en tire est ambiguë : justifie-t-il ces comportements proche du sadisme mais qui pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes aux victimes de ces tortures ou bien les dénoncent-ils au contraire ? La réponse donnée par Damien Chazelle n’a rien d’évident et cela m’a quelque peu gêné car cela reste le thème central du film. Sans point de vue tranché, le film n’a pas vraiment de sens au-delà de ses qualités purement cinématographiques.

whiplashEt puis, vient les dernières minutes pour ce qui est peut-être la meilleurs scène de l’année. Un très grand moment de cinéma qui à lui seul justifie le très grand intérêt que l’on peut porter à ce film. Une scène qui change également quelque peu la perspective avec laquelle on regarde Whiplash. Il s’agit d’un face à face entre deux personnages quelque peu extrêmes, où il n’y a pas forcément un bon et un méchant (même si je pense que l’empathie du spectateur penche clairement d’un côté) et donc duquel il ne faut pas forcément attendre une leçon de morale.

Du coup, on peut enfin apprécier pleinement le travail artistique réalisé par Damien Chazelle. Je dois admettre que cet enthousiasme est une nouvelle preuve du faible très personnelle que j’éprouve pour les films où la musique joue un rôle central. Mais la qualité de Whiplash ne tient pas seulement au swing entraînant des morceaux qui le parcourt. La musique est bien présente, mais le film parvient aussi à nous faire ressentir toute la souffrance du personnage, celle qu’on lui inflige mais aussi celle qu’il s’inflige à lui-même, le tout sublimé par l’interprétation fantastique de Miles Teller, révélation éclatante de ce film. C’est une plongée au cœur des limites de la volonté humaine, une resplendissante mise en images du prix à payer pour n’être pas simplement très bon, mais tout simplement le meilleur. Le tout donne justement un des films parmi les meilleurs de 2014.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Blumhouse Productions, Bold Films, Exile Entertainment, Right of Way Films
Réalisation : Damien Chazelle
Scénario : Damien Chazelle
Montage : Tom Cross
Photo : Sharone Meir
Décors : Hunter Brown
Distribution : Ad Vitam
Musique : Justin Hurwitz
Directeur artistique : Melanie Jones
Durée : 105 mn

Casting :
J.K. Simmons : Terence Fletcher
Miles Teller : Andrew Neyman

Austin Stowell : Ryan
Paul Reiser : le père d Andrew
Melissa Benoist : Nicole
Jayson Blair : Travis

 

MR TURNER : Le rôle, mais pas le film, d’une vie

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mrturnerafficheLes seconds rôles ne tiennent pas, contrairement à ce que leur nom indique, une place secondaire au cinéma. Ce sont souvent eux qui font basculer un long métrage du statut de très bon film à celui de chef d’œuvre. Certains acteurs auront passé toute leur carrière à occuper ce poste stratégique. Mais parfois ce genre de comédiens se voient tout de même à un moment donné offrir le grand rôle de leur vie, pour prouver qu’ils auraient pu occuper plus souvent le haut de l’affiche. C’est le cas de Timothy Spall, pilier du cinéma anglais, avec Mr Turner. Son interprétation lui a même valu un prix à Cannes. Mais un grand rôle fait-il forcément un grand film ?

J’ai aimé Mike Leigh lorsqu’il remportât la Palme d’Or avec Secrets et Mensonges. Mais il est vrai que, depuis, j’ai bien du mal à suivre la critique dans son enthousiasme unanime à son sujet. Pour faire simple, je me suis quand même fermement ennuyé pendant les 2h30 que dure Mr Turner. Certes, un peu moins pendant la dernière heure, mais j’ai quand même trouvé le temps particulièrement long. Ce film nous montre certainement beaucoup de choses sur la vie de cet immense artiste, sur son travail et son époque, mais à force de ne rien vouloir expliciter, il ne nous apprend pas grand chose. Trop d’éléments nous échappent pour que l’on suive avec enthousiasme ce biopic qui n’en est pas vraiment un du coup.

mrturnerReste une réalisation élégante et l’interprétation assez exceptionnelle de Timothy Spall. Il n’y a strictement rien à dire sur son prix à Cannes. Il reste lui même, avec son physique relativement inoubliable, mais arrive tout de même à incarner totalement son personnage. Il prouve que la ressemblance physique n’est pas un point obligé pour donner vie à une figure historique à l’écran. Le talent suffit parfois. Et celui de Timothy Spall est sûrement plus immense que ne le laisse penser sa place habituelle dans les castings.

LA NOTE : 9/20

Fiche technique :
Production : A Thin Man Film, Film4, Focus Features, BFI, Diaphana, Amusement Park Films, France 3 Cinéma, Xofa productions, Lipsync Prod.
Réalisation : Mike Leigh
Scénario : Mike Leigh
Montage : Jon Gregory
Photo : Dick Pope
Décors : Suzie Davies
Distribution : Diaphana
Musique : Gary Yershon
Durée : 149 mn

Casting :
Timothy Spall : J.M.W. Turner
Paul Jesson : William Turner Sr
Dorothy Atkinson : Hannah Danby
Marion Bailey : Sophia Booth
Karl Johnson : John Booth
Ruth Sheen : Sarah Danby
Sandy Fister : Evelina Dupuis
Lesley Manville : Mary Somerville

COMING HOME : Mélo et Révolution Culturelle

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cominghomeafficheJ’aurais donc enchaîné en deux jours, un film sur AQMI (Timbuktu… la critique viendra plus tard… quand j’aurais vu la fin puisque ma projection a été interrompue 20 minutes avant le dénouement, pour cause de surchauffe inopinée du projecteur), un film sur les khmers rouges (le Temps des Aveux) et un film sur les conséquences de la Révolution Culturelle, Coming Home, donc je vais vous parler ici. Fallait garder le moral pendant les fêtes ! Il est intéressant de voir comment tous ces sujets pas si éloignés entre eux ont pu donner des films aussi radicalement différents.

Coming Home n’est pas un film politique, mais un mélo. Certes, le contexte historique sert de point de départ, mais ce qui compte ce sont les relations entre les personnages. Un triangle entre une femme amnésique, son mari de retour après des années mais qu’elle ne reconnaît pas et leur fille rongée par la culpabilité. Tout l’enjeu du scénario est de savoir si cette famille totalement éclatée va réussir à se reformer et permettre aux protagonistes d’accéder à une forme de bonheur et d’apaisement.

cominghomeAu final, Coming Home propose un scénario assez linéaire. Certaines scènes dégagent une émotion réelle et touchante, mais il manque quand même cette étincelle qui nous bouleverserait définitivement. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on est bercé par un certain train-train dont rien ne vient jamais vraiment nous sortir. Une expérience pas désagréable donc, mais qui n’a rien d’exceptionnelle, malgré trois acteurs formidables, dont Gong Li, qui surjoue peut-être un tantinet, mais toujours avec son immense talent.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : LeVision Pictures
Réalisation : Zhang Yimou
Scénario : Zou Jingshi
Montage : Peicong Meng, Zhang Mo
Photo : Zhao Xiaoding
Distribution : ARP Sélection
Son : Tao Jing
Autres infos : D’après l’oeuvre de Yan Geling
Durée : 109 mn

Casting :
Chen Daoming : Lu Yanshi
Gong Li : Feng Wanuy
Zhang Huiwen : Dan Dan

LE TEMPS DES AVEUX : Le bon, le bourreau et la Révolution

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letempsdesaveuxafficheIl y a-t-il un être humain derrière le bourreau ? Voilà une question difficile à laquelle beaucoup d’œuvres ont tenté de répondre. Le Temps des Aveux en fait partie. Il s’agit d’une histoire vraie, mais il n’en reste pas moins que la manière dont elle a été portée à l’écran est issue évidemment des choix scénaristiques et artistiques de Régis Wargnier. Ce dernier développe son film selon deux axes, mais qui ne présentent au final pas tout à fait le même intérêt.

Le Temps des Aveux nous plonge au cœur de la prise du pouvoir des khmers rouges au Cambodge. Il nous relate, aux premiers jours de la « Révolution », le face à face entre Douch, qui dirigera plus tard le terrible camp S21 où mourront des milliers de Cambodgiens, et un anthropologue français, fait prisonnier et soupçonné d’espionnage. Le film nous en apprend beaucoup sur cette période, le fonctionnement des khmers et sur l’évacuation des ressortissants étrangers lorsque la capitale est tombée. Pourtant le film est toujours focalisé sur l’intrigue, sans éléments purement descriptifs ou superflus pour l’avancée de la narration, nous faisant découvrir l’Histoire à travers l’histoire. De ce point de vue là, le film est une totale réussite.

letempsdesaveuxMon sentiment est par contre plus mitigé sur le portrait du bourreau. Je cherche peut-être la petite bête, mais je suis ressorti de le Temps des Aveux un petit peu frustré. A force de vouloir traité son sujet avec objectivité et distance, Régis Wargnier ne tire pas de conclusion ou de leçon. Peut-être parce qu’il y en a pas justement pour une question aussi complexe. Mais du coup, le film manque légèrement d’un sens profond pour prendre une dimension supplémentaire. Certes, il n’y a rien de mal à pousser le spectateur à tirer ses propres conclusions, mais cela donne à ce film une certaine froideur quand on aurait aimé un peu plus d’émotion et de parti pris. Il n’en reste pas moins que ce film est un des meilleurs de cette fin d’année cinématographique.

MA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Les films du Cap, Gaumont, Scope Pictures, Bophana production, France 3 Cinéma, OCS
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Régis Wargnier
Scénario : Régis Wargnier, Antoine Audouard, d’après le livre de François Bizot (Le portail)
Montage : Véronique Lange, Yann Malcor
Photo : Renaud Chassaing
Effets spéciaux : Joel Pinto
Costumes : Elisabeth Lehuger-Rousseau
Durée : 95 mn

Casting :
Raphaël Personnaz : Bizot
Phoeung Kompheak : Douch
Olivier Gourmet : Marsac
Thanet Thorn : Neang
Boren Chhith : Lay
Rathana Soth : Phuong

EXODUS : Au milieu du gué… ou de la Mer Rouge qui s’ouvre en deux

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exodusafficheRidley Scott semble se spécialiser désormais dans la réécriture des histoires mythiques déjà portées à l’écran. Après avoir donné une seconde jeunesse à Robin des Bois (enfin personnellement, j’avais été très déçu), le voilà lancé dans une sorte de remake des Dix Commandements. Une sorte simplement car le point de vue adopté dans Exodus n’est pas du tout le même que dans la chef d’œuvre de Cécil B. De Mille.

Sans vouloir trop dévoilé le contenu du film, Exodus propose une vision de la Fuite d’Egypte mettant en doute, sans vraiment trancher, la réalité d’une intervention divine. C’est un peu l’histoire de Moïse telle qu’elle aurait pu être historiquement. Malheureusement, l’idée n’est qu’à moitié exploitée. Déjà parce que la dernière des plaies ne peut difficilement être expliquée autrement que par une forme ou une autre de magie. C’est un point parmi tant d’autres, mais il suffit à remettre en cause toute la démarche et l’intérêt profond de cette réécriture de l’histoire.

exodusMais plus globalement, Exodus manque de consistance. Il n’y a pas réellement de temps morts, mais le film s’étire quelque peu en longueur. A 77 ans, il serait facile de parler de déclin au sujet de Ridley Scott, mais il est vrai qu’il a bien du mal à nous proposer un film dont le souffle épique ferait l’unanimité. Personnellement, j’ai adoré Prometheus, mais je sais bien que je suis un des rares dans ce cas. Je suis sûr qu’il y en aura pour être conquis par Exodus, car l’homme sait encore tenir une caméra avec un incomparable talent, mais il ne me comptera pas ce coup-ci dans ses supporters.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Chernin Entertainment, Scott Free productions, Babieka, Volcano Films
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Steven Zaillian, Jeffrey Caine, Bill Collage, Adam Cooper
Montage : Billy Rich
Photo : Dariusz Wolski
Décors : Arthur Max, Celia Bobak
Musique : Alberto Iglesias
Costumes : Janty Yates
Durée : 150 mn

Casting :
Christian Bale : Moïse
Joel Edgerton : Ramses
John Turturro : Seti
Aaron Paul : Joshua
Ben Mendesohn : Hegep
Maria Valverde : Zipporah
Sigourney Weaver : Tuya
Ben Kingsley : Nun
Hiam Abbass : Bithia
Golshifteh Farahani : Nefertiti

UN REGARD SUR 2014

renaudlavillenie

renaudlavillenieBon, comme je n’ai pas été très fidèle à cette partie de mon site en 2014, je vais brosser d’un seul coup un rapide tour d’horizon de ce que dont j’aurais pu parler au cours de l’année.

Premièrement, je n’ai pas eu l’occasion de faire honneur à plusieurs de nos grands champions qui auraient mérité bien plus qu’un billet. Au premier rang d’entre eux, Renaud Lavillenie dont le record du monde au saut à la perche représente une performance historique pour le sport français et même mondial. On n’efface pas des tablettes une légende comme Sergueï Bubka sans y rentrer soi-même. Le grand public ne mesure pas encore assez la place qu’il occupe au panthéon des athlètes. Un deuxième titre olympique en 2016 l’y aiderait évidemment.

Un objectif qui sera aussi celui de Teddy Riner à Rio. Champion du monde pour la 7ème fois à seulement 25 ans, le géant écrase son sport comme rarement un sportif français l’avait fait. David Douillet avait lui aussi longuement dominé le judo mondial, mais pas avec cet éclat, cette écrasante facilité apparente et cette formidable aura de sympathie. A force, il banalise ses propres performances. Mais une telle constance ne peut que forcer le respect. Un immense respect !

Martin Fourcade aura lui gagné deux titres olympiques d’un seul coup, échouant pour quelques centimètres à réaliser le triplé comme Jean-Claude Killy avant lui. Mais il a triomphé dans une position qu’affectionnent rarement les athlètes français : celle du grand favori. Il fut cependant bien fidèle au rendez-vous et c’est tout en son honneur. Ne doutons pas qu’il règnera encore quelques temps sur sa discipline. Espérons-le pendant encore un peu plus de trois ans.

Moins médiatisée fut la résurrection de Julien Absalon. On l’avait quitté abandonnant à Pékin, échouant dans sa quête d’un troisième titre olympique. A nouveau champion du Monde, il peut envisager de le conquérir à Rio. La capitale brésilienne pourrait être le lieu du sacre de Florent Manaudou. Champion olympique surprise en 2012, il s’est imposé depuis comme le maître absolu du sprint court mondial. Mais un an et demi, c’est long et il faudra savoir rester au sommet.

Côté sports collectifs, l’année fut plutôt bonne, dans la foulée de nos handballeurs à nouveau invincibles, même si beaucoup d’exploits ont été suivis de petites déceptions. Ah le mal français ! Nos basketteurs ont signé contre l’Espagne, en quart de finale du Championnat du Monde, un exploit retentissant, faisant preuve d’une force et d’une maîtrise assez inattendues en l’absence de Tony Parker. Dommage qu’un début de match catastrophique en demi contre la Serbie les ai privés d’une finale contre les Américains que tout le monde attendait. Le crash de l’équipe féminine de handball à l’Euro a été lui aussi aussi spectaculaire que ses deux victoires du premier tour contre les deux favorites du tournoi. Enfin, quelle cruauté de voir nos rugbywomen échouer ainsi en demi-finale à domicile alors qu’elles avaient largement les moyens de conquérir ce titre de championne du monde !

Pour finir, un mot sur notre équipe de France de Coupe Davis. Elle résume à elle seule tous les paradoxes du sport français. Dans l’absolu, sa performance fut remarquable. Comment lui demander de dominer une équipe composée des 2ème et 4ème joueurs mondiaux ? Atteindre la finale dès sa première année de capitanat aurait du assurer à Arnaud Clément un avenir serein. Pourtant, on est ressorti de cette finale avec un goût d’inachevé. Faisant preuve d’une arrogance un peu mal placée avant le jour J, les joueurs français n’ont pas tous donné l’impression de donner le meilleur d’eux-mêmes et le public leur en a beaucoup voulu. Mais c’est peut-être le signe que notre pays perd peu à peu son goût pour les Poulidor. Et ça, c’est vraiment tant mieux !

LA FRENCH : Froidure

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lafrenchafficheOn considère souvent que Benjamin Gates est l’Indiana Jones du pauvre, ou encore que le Trou Noir est le Star Wars du pauvre. Et bien désormais, grâce à la French, nous avons le Heat du pauvre. Pourtant, le duo Jean Dujardin – Gille Lellouche a de la gueule, mais certainement pas autant que l’inoubliable confrontation entre Al Pacino et Robert de Niro. Mais si ce film est vraiment raté, c’est avant tout à cause d’un scénario particulièrement mal écrit et mal équilibré.

J’aurais pu émettre la même critique sur ce film que celle que j’ai formulée pour Secret d’Etat, c’est à dire la transformation du personnage « historique » en héros sans grande ambiguïté. Mais franchement, c’est le dernier des soucis comparés aux autres faiblesses de la French. Pour résumer, le film est atrocement long, hyper répétitif. On passe plusieurs heures à contempler Jean Dujardin tourner en rond sans arriver à avancer. Il perd son temps et nous aussi. Les à côtés du scénario, notamment la relation du Juge Michel avec sa femme, sont traités de la même façon : on s’éloigne du point de départ, non pour avancer, mais pour y retourner aussi sec. Et comme en plus, on sait très bien comment tout cela va finir, l’histoire finit de perdre le reste d’intérêt qu’il pouvait présenter.

lafrenchLa comparaison avec Heat n’est pas qu’un trait d’ironie. On se demande vraiment si Cédric Jimenez a volontairement voulu rendre hommage au chef d’œuvre de Michael Mann avec la French. La scène, largement dévoilée dans la bande-annonce, où le juge fait directement face aux voyou est une référence peut-être involontaire, mais flagrante. Le problème, c’est qu’en plus du scénario faiblard, les acteurs ne sont pas au top de leur forme. Gille Lellouche a ses limites, ce n’est pas nouveau. Quant à Jean Dujardin, il nous propose un jeu entièrement à base de froncements de sourcils. Certes, il fronce les sourcils comme personne, mais ça reste un peu léger quand même.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : Légende Films, Gaumont, France 2 Cinéma, Scope pictures
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Cédric Jimenez
Scénario : Cédric Jimenez, Audrey Diwan
Montage : Sophie Reine
Photo : Laurent Tangy
Décors : Jean-Philippe Moreaux
Musique : Guillaume Roussel
Durée : 135 mn

Casting :
Jean Dujardin : Le juge Pierre Michel
Gilles Lellouche : Gaëtan « Tany » Zampa
Céline Sallette : Jacqueline Michel
Mélanie Doutey : Christiane Zampa
Benoît Magimel : le Fou
Guillaume Gouix : José Alvarez
Bruno Todeschini : Le banquier