INSIDE LLEWYN DAVIS : Folk et loi de Murphy

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insidellewyndavisafficheDieu sait si j’aime le cinéma des frères Coen. Sa poésie, sa variété, ses personnages, sa profondeur, le tout couplé à une mise en scène toujours élégante et imaginative. Ils apportent films après films l’éclatante démonstration que c’est avant tout le talent qui compte, quelque soit le genre cinématographique auquel on s’attaque, bien avant le budget dont on dispose. Leur dernière œuvre, Inside Llewyn Davis, a reçu un accueil critique très favorable au dernier Festival de Cannes et à sa sortie en salle. C’est donc avec une certaine avidité que je m’y suis rendu. Mais voilà, en toute honnêteté, je ne peux que souligner ce constat… Je me suis fait un peu chier…

Inside Llewyn Davis me rappelle A Serious Man. Bon, autant je n’avais pas accroché du tout à ce dernier, autant je trouve au film qui nous intéresse bien des qualités. Simplement, j’ai trouvé que cela manquait trop souvent de souffle, que les bonnes idées, notamment chez les personnages secondaires, n’étaient pas exploités jusqu’au bout. Et surtout, au final, l’absence d’intrigue forte et de réel dénouement ne nous permet pas de rester totalement dans le film dans les moments un peu plus faibles, qui ne sont quand même pas négligeables.

insidellewyndavisInside Llewyn Davis a cependant par ailleurs de grandes qualités. Tout tourne largement autour du personnage principal et ce dernier est très réussi. La manière dont il subit une loi de Murphy implacable est un ressort comique qui n’a rien de nouveau, mais les frères Coen l’utilisent avec leur poésie et leur subtilité habituelles et arrivent ainsi à donner un réel intérêt à leur histoire par ce biais. Le tout est complété par l’omniprésence de la musique folk qui ravira tous les amateurs du genre. Mais encore une fois, j’ai trouvé qu’il manquait un petit quelque chose, une petite étincelle pour que tout ça décolle vraiment.

Inside Llewyn Davis m’a donc laissé sur une impression quelque peu mitigée. Un film que j’aurais aimé adorer, mais qui n’a pas su au final m’enthousiasmer.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Production : Mike Zoss Productions, Scott Rudin Productions, StudioCanal
Réalisation : Ethan & Joel Coen
Scénario : Ethan & Joel Coen
Montage : Roderick Jaynes
Photo : Bruno Delbonnel
Décors : Jess Gonghor
Distribution : StudioCanal
Musique : T Bone Burnett
Durée : 105 mn

Casting :
Oscar Isaac : Llewyn Davis
Carey Mulligan : Jean Berkey
Justin Timberlake : Jim Berkey
John Goodman : Roland Turner
Garrett Hedlund : Johnny Five
F. Murray Abraham : Bud Grossman
Stark Sands : Troy Nelson

BLOOD TIES : Brillant mais éculé

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bloodtiesafficheDe mon point de vue personnel, qui n’engage évidemment que moi, Guillaume Canet est un très bon acteur, mais un très grand réalisateur. Dis le à Personne et les Petits Mouchoirs font partie des meilleurs films hexagonaux de ce début de siècle. C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais ces débuts de l’autre côté de l’Atlantique avec des moyens et un casting de haute volée. Malheureusement, Blood Ties m’aura au final laissé largement sur ma faim.

On retrouve dans Blood Ties le talent de metteur en scène de Guillaume Canet. C’est tourné avec beaucoup de classe et de style, sans jamais être tape à l’œil, en restant surtout totalement au service des acteurs. Il fait partie de ces réalisateurs dont le génie, un peu à l’image de Polanski, est de savoir se faire oublier pour que l’on admire pleinement tout le reste, les comédiens, le décor, les costumes, la musique et bien sûr le scénario… mais ça j’y reviendrai un peu plus loin.

bloodtiesLe casting est de haute volée, même si chacun reste dans un registre assez habituel pour lui. On a souvent raillé les limites d’une Marion Cotillard ou d’un Clive Owen, mais Guillaume Canet arrive vraiment à tirer le meilleur de ces derniers, leur permettant d’exprimer pleinement leur charisme naturel. A leurs côtés, Mila Kunis et le toujours épatant Matthias Schoenaerts restent des valeurs sûres, eux-aussi parfaitement mis en valeur. Enfin, le personnage principal est interprété par un Billy Crudup qui tient là son rôle le plus marquant depuis Watchmen.

Mais alors qu’est ce qui cloche ? Le vrai problème de Blood Ties réside dans son scénario. Non qu’il soit inintéressant dans l’absolu ou mal construit. Mais cette histoire de deux frères l’un flic, l’autre voyou, c’est du archi-réchauffé. Et pas seulement parce que ce film est un remake d’un film français passé largement inaperçu. Mais en choisissant un thème aussi classique et en l’alliant à une réalisation qui l’est tout autant, Guillaume Canet n’apporte vraiment rien de bien nouveau et encore moins de surprenant. Du coup, sans s’ennuyer, on n’est guère passionné pas cette histoire déjà entendu mille fois.

Au final, Blood Ties confirme tout le bien que l’on peut penser de Guillaume Canet en tant que cinéaste. Simplement, le meilleur réalisateur du monde ne peut pas facilement donner de l’intérêt à un sujet trop éculé.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Les productions du Trésor, Worldview Entertainment, Canéo Films, Mars films, Wild Bunch, Le Grisbi productions, Chi-Fou-Mi productions
Réalisation : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet, James Gray, d’après le film de Jacques Maillot
Montage : Hervé de Luze
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Ford Wheeler
Distribution : Mars distribution
Musique : Yodelice
Durée : 144 mn

Casting :
Clive Owen : Chris
Billy Crudup : Franck
Marion Cotillard : Monica
Mila Kunis : Natalie
Zoe Saldana : Vanessa
Matthias Schoenaerts : Scarfo
James Caan : Léon
Noah Emmerich : Lt. Colon
Lili Taylor : Marie

SNOWPIERCER : Seoul-Hollywood en train

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snowpiercerafficheDécidément cette fin d’année cinématographique nous réserve de vrais moments de bonheur. Certes, Snowpiercer ne boxe pas tout à fait dans la même catégorie que La Vie d’Adèle ou Gravity, mais il constitue indéniablement un des moments forts de 2013. Il apporte la preuve qu’il est encore possible de livrer des œuvres originales, même dans des domaines où tout semble avoir été déjà raconté.

Pourtant, Snowpiercer a une base hyper éculée. Une vision du futur où une minorité de riches oppressent une majorité réduite à la misère suite à une apocalypse quelconque, voilà un point de départ qui tourne au cliché. Elyseum a déjà cette année tenté d’exploité le filon, mais sans vraiment renouveler le genre. Ce coup-ci, c’est le décor qui fait toute la différence, puisque toute l’action se déroule dans un train, dernier refuge d’une humanité réduite à une poignée de survivants, sur une Terre totalement recouverte de glace. Le genre d’idée qui peut paraître saugrenue et surtout dont on peut facilement craindre qu’elle aboutisse à un navet complètement idiot.

Or le scénario de Snowpiercer est d’une remarquable intelligence. Il réserve un nombre incroyable de surprises et jusqu’aux dernières secondes, il est très difficile de savoir ce qui nous attend. Les personnages sont eux aussi beaucoup moins attendus que ce que l’on peut craindre après quelques minutes. Du coup, on oublie ce point de départ assez peu crédible pour entrer totalement dans cette histoire rythmée et par moment vraiment passionnante.

snowpiercerMais ce qui fait encore plus la différence, c’est le petit plus apporté par le réalisateur Bong Joon -Ho, qui nous avait déjà enchantés avec The Host ou Mother, réalisés en Corée du Sud. Avec Snowpiercer, il réalise la synthèse parfaite entre le cinéma coréen et hollywoodien. Il allie une maîtrise narrative, visuelle et technique propre au cinéma américain, tout en insufflant l’énergie et surtout la diversité du cinéma venu de Séoul. En effet, on passe ici de scène d’action ultra-violente à des passages flirtant avec la comédie sans aucun problème. Cela donne un résultat peut-être quelque peu déstabilisant pour le spectateur occidental, mais qui ravira tous ceux qui aiment ce cinéma si particulier et toujours si jouissif.

Au final, Snowpiercer est tout simplement un putain de bon film, de ceux qui ressortent du lot en alliant créativité débridée avec maîtrise artistique.

LA NOTE : 15,5/20

Fiche technique :
Production : Moho Film, Opus Pictures, Stillking Films
Distribution : Wild side, le Pacte
Réalisation : Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho, Kelly Masterson, d’après l’oeuvre de Jean-Marc Rochette, Jacques Lob, Benjamin Legrand
Montage : Changju Kim, Steve M. Choe
Photo : Alex Hong Kyung-Pyo
Décors : Ondrej Nekvasil
Musique : Marco Beltrami
Effets spéciaux : Eric Durst
Durée : 125 mn

Casting :
Tilda Swinton : Mason
John Hurt : Gilliam
Ed Harris : Wilford
Song Kang-ho : Namgoong Minsoo
Chris Evans : Curtis
Jamie Bell : Edgar
Luke Pasqualino : Grey
Kang-ho Song : Namgoong Minsu

GRAVITY : S’envoyer en l’air !

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gravityafficheIl s’en est fallu de quelques minutes pour que je passe la plus extraordinaire soirée cinématographique de toute mon existence. En effet, j’ai failli voir dans la foulée Gravity et la Vie d’Adèle. Il est difficile d’imaginer tellement mieux, tant ces deux films resteront comme les deux grands chef d’œuvres de cette année 2013. Deux films très différents, mais qui confirment l’infinie richesse du 7ème art, capable de nous offrir toute la palette des émotions grâce à sa diversité sans limite.

Gravity vous permet de vous envoyer en l’air. Et ce dès les premières secondes. Rarement un film ne vous aura emmené si loin en quelques secondes. Vous ne contemplez pas simplement l’espace, vous y êtes ! C’est incroyablement immersif, même quand vous vous y attendez à force de lire des critiques dithyrambiques. De toute façon, après quelques instants, vous ne penserez plus à rien qu’à la beauté des images, totalement transporté, dépaysé, bouleversé par ce fascinant et intense voyage.

Mais Gravity n’est évidemment pas que beau, sinon le souffle retomberait vite. Si l’histoire est au fond assez classique, elle est assez rythmée (le film a la bonne idée d’être court) pour créer une tension très forte et constante qui ne relâche pas une seule seconde son étreinte sur le spectateur. Alfonso Cuaron est arrivé à insuffler un vrai souffle épique sur son film, ne s’accordant qu’un seul moment un petit peu faible. C’est sans doute le seul moment où le film oublie d’être simplement génial, mais c’est aussi une façon de mieux repartir de plus belle.

gravityDes images d’une telle beauté ne doivent pas faire oublier le duo d’acteurs qui participent largement à la réussite de Gravity. Si George Clooney fait jouer sa classe habituelle, on peut être plus surpris par le charisme dont fait preuve Sandra Bullock. On lui connaissait un certain talent, mais sa filmographie ne nous avait pas habitué à des choix aussi judicieux. Il y a des rôles à ne pas rater, qui peuvent effacer d’un coup tous les navets de la terre et celui-ci en fait partie.

Cependant, il est indéniable que la plus grande star de Gravity est de loin le décor. Il nous offre des séquences comme on en a rarement vues, de celles qui font les grands classiques inoubliables. La scène qui voit la destruction de la Station Spatiale Internationale est proprement ahurissante, sublime, incroyablement intense. On est au-delà de la maîtrise, on est dans la composition la plus totale, mais une composition tellement criante de vérité, dotée d’une telle profondeur qu’elle happe le spectateur pour ne le relâcher qu’au générique de fin.

Gravity restera comme le film hollywoodien de l’année 2013… et sûrement un des plus marquants de la décennie. Un moment cinématographique rare où tout concorde pour nous offrir un chef d’œuvre.

LA NOTE : 17,5/20

Fiche technique :
Production : Esperanto Filmoj, Heyday Films, Warner Bros
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Alfonso Cuaron
Scénario : Alfonso Cuaron, Jonas Cuaron
Montage : Alfonso Cuaron, Mark Sanger
Photo : Emmanuel Lubezki
Format : 2.35 : 1, Dolby Digital
Décors : Andy Nicholson
Musique : Steven Price
Costumes : Jany Temime
Durée : 91 min

Casting :
Sandra Bullock : Ryan Stone
George Clooney : Matt Kowalski
Ed Harris : la voix au centre de contrôle

L’EXTRAVAGANT VOYAGE DU JEUNE ET PRODIGIEUX T.S. SPIVET : Retour vers l’enfance

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tsspivetafficheIl est quelque peu difficile de m’assurer de mon objectivité pour cette critique de L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet, le dernier film de Jean-Pierre Jeunet. Et pas simplement parce que j’ai eu la chance de lire ce livre, un des plus étonnants et extraordinaires qui soit. Mais aussi parce que ce roman occupe une place particulière dans ma vie et ce film a été pour moi chargé d’une émotion totalement personnelle.

L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet fait partie de ces livres que l’on pense inadaptable. Mais si quelqu’un en était capable, c’est bien Jean-Pierre Jeunet dont l’imagination visuelle pouvait permettre de retranscrire à l’écran la richesse d’un roman qui se lit aussi bien dans le texte que dans les multiples notes, schémas, dessins qui peuplent les marges des pages. A ce niveau-là, l’objectif est atteint, mais peut-être qu’à moitié. Car ceux qui auront aimé le livre trouveront sûrement qu’il ne va pas assez loin dans l’exploitation de cette particularité. Mais sans doute, cela était le prix à payer pour ne pas perdre le spectateur néophyte qui n’aurait pas saisi le sens profond de tout cela.

tsspivetIl en résulte que L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet est un film sans doute plus classique dans la forme que ce l’on aurait pu imaginer. Mais cela n’enlève rien à ses qualités de poésie, à cette douce mélancolie qui le caractérise. Il ne s’agit pas d’un film pour enfants, contrairement à ce qu’on essayé de nous vendre les distributeurs, mais un film sur l’enfance, sur les souffrances et l’incompréhension qui naissent de la distance et des non-dits entre parents et enfants. Un road movie qui prend les codes du genre à l’envers, où le personnage principal ne va pas grandir, mais au contraire apprendre à nouveau à n’être qu’un enfant.

Le tout est mis en images avec élégance et douceur par Jean-Pierre Jeunet. Comme je l’ai souligné précédemment, il est peut-être moins flamboyant que ces œuvres précédentes, mais cela épouse totalement le rythme et l’esprit du scénario. Mais on sent bien sa maîtrise habituelle où chaque centimètre carré de l’image est travaillée pour être correspondre à ce qu’il souhaite. L’Extravagant Voyage du Jeune et Prodigieux T.S. Spivet reste donc une œuvre aboutie, sûrement pas au niveau du livre (que je vous conseille de lire au plus vite), mais qui offre assez de poésie et de surprises pour parcourir le chemin avec plaisir et émotion.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Epithète Films, Tapioca Films, BBR Productions, Filmarto, Cross Creek Pictures, Gaumont
Distribution : Gaumont
Réalisation : Jean-Pierre Jeunet
Scénario : Jean-Pierre Jeunet, Guillaume Laurant, d’après le roman de Reif Larsen
Montage : Hervé Schneid
Photo : Thomas Hardmeier
Décors : Aline Bonetto
Musique : Denis Sanacore
Durée : 105 mn

Casting :
Kyle Catlett : T.S. Spivet
Helena Bonham-Carter : Dr. Clair, la mère
Callum Keith Rennie : le père
Judy Davis : G.H. Jibsen
Niamh Wilson : Gracie, la soeur
Dominique Pinon : Two Clouds
Jakob Davies : Layton, le frère
Julian Richings : Ricky

MALAVITA : Comme une production Besson…

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malavitaafficheLuc Besson est un réalisateur dont le talent a toujours été inversement proportionnel à la médiocrité dont il fait preuve en tant que producteur. Cette opposition a toujours été assez étonnante et je fais partie de ceux qui ont toujours espéré qu’elles finissent par disparaître. Mais mon espoir portait par un nivellement par le haut. Or, Malavita, son dernier film, souffre des même défauts que ceux qu’il ne fait que financer. Espérons que cela ne soit qu’un accident de parcours.

Pourtant, le casting était alléchant. La présence de Robert De Niro à l’écran constitue toujours la promesse d’un moment de bonheur cinématographique. Il compte pourtant quelques navets dans sa filmographie et Malavita n’est pas loin de figurer dans cette catégorie. Même le charme de Michèle Pfeiffer n’arrive pas à masquer les insuffisances du film à à peu près tous les niveaux. Ils mettent pourtant tout leur talent et leur énergie au service de cette histoire ni vraiment drôle, ni vraiment passionnante.

malavita2Nous livrer un film de gangsters sur le ton parodique, pourquoi pas. Mais on est loin avec Malavita de la subtilité ou de l’ironie des Sopranos. Tourner les clichés du genre à la dérision est une bonne idée… mais faudrait-il ne pas répéter dix fois la même chose. Le film souffre d’un manque terrible d’imagination et se révèle totalement sans surprise une fois que l’on a cerné les personnages… ce qui ne prend pas longtemps vu leur manque flagrant de subtilité. Le tout est porté par une intrigue assez médiocre.

Le tout donne donc un film pas vraiment ennuyeux, mais certainement pas d’un intérêt débordant. Avoir mobilisé une distribution d’un tel niveau pour ça ne peut que donner une impression de gâchis.

LA NOTE : 9,5/20

Fiche technique :
Production : Europacorp, Malavita, Relativity Media
Distribution : EuroparCorp distribution
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson, Michael Caleo, d’après le livre de Tonino Benacquista
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Costumes : Aude Bronson-Howard, Olivier Bériot
Durée : 111 mn

Casting :
Robert De Niro : Fred Blake, Giovanni Manzoni
Michelle Pfeiffer : Maggie Blake
Dianna Agron : Belle Blake
John D’Leo : Warren Blake
Tommy Lee Jones : Robert Stansfield
Jimmy palumbo : Di Cicco
Vincent Pastore : Fat Willy
Cédric Zimmerlin : M. lemercier

LA VIE D’ADELE : La vie au-delà du cinéma

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laviedadeleafficheJ’ai rarement vécu un moment de grâce cinématographique absolu comme les dix dernières minutes de La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche. Mais pour le reste, j’avais trouvé le film trop long, mal maîtrisé dans sa première partie. Bref, je ne partageais pas l’enthousiasme critique dont ce film avait bénéficié. Quant à l’Esquive, c’est pour moi un des pires longs métrages que je n’ai jamais vus et je n’arrive toujours pas à comprendre comment il a pu remporter le César du meilleur film. Autant dire que ce n’est pas sans une petite appréhension que je suis allé voir La Vie d’Adèle. Peur d’être déçu face à tant d’éloges et à une Palme d’Or que personne, pour une fois, n’a contesté. Mais aussi avec le profond espoir de vivre le grand moment de cinéma annoncé. Au final, le résultat a dépassé de très loin toutes mes espérances.

Pour commencer cette critique comme j’en écrirai peu dans ma vie, je choisirai un seul mot : sensualité. Non au sens sexuel du terme, mais bien au sens premier. La Vie d’Adèle n’est pas fait que d’images et de son, il parle à tous les sens. Le cinéma de Kechiche se caractérise par l’usage du gros plan près de la moitié du temps Ce qui chez certains se transformerait en tic artistique énervant contribue avant tout ici à créer une incroyable intimité avec les personnages. On n’est pas dans la simple contemplation, le simple regard sur des acteurs. On est dans le ressenti par tout son être, dans l’émotion partagée comme rarement le cinéma a pu le faire.

L’exemple le plus frappant est la manière dont la peau joue un grand rôle dans la Vie d’Adèle. Evidemment, l’usage du gros plan met naturellement en avant cet attribut des personnages. Mais cela va ici bien au-delà. A l’écran, c’est comme si on pouvait sentir son odeur, sa texture, comme si elle se trouvait réellement près de nous, à portée de nos doigts ou de nos lèvres. Elle véhicule un nombre incroyable de choses, notamment le désir qu’elle suscite ou les frissons qui la parcourent. Rarement, pour ne pas dire jamais, un film était parvenu à s’échapper ainsi de l’écran pour d’adresser à tout notre être.

Par ces sensations, ces infimes expressions corporelles, la Vie d’Adèle nous fait vivre toutes les émotions de l’héroïne, au sens littéral du terme. Du coup, pas besoin d’en rajouter. Quelle puissance dans ces quelques scènes où Adèle va se heurter à ces instants où le cœur se brise au détour d’une réflexion, d’un refus, d’une infime humiliation. Ces moments qu’on a tous vécu. Ces moments où tous ceux qui nous entourent n’ont aucune idée de l’infinie souffrance dans laquelle on se retrouve plongé. On n’est vraiment ici ni dans le théâtre, ni même quelque part dans le cinéma. On est dans la vie, la vraie, que l’on traverse ici comme si les acteurs, l’écran n’était plus un vecteur, mais notre propre réalité.

Mais tout cela n’aurait vraiment pu prendre vie sans un scénario de grande qualité. La Vie d’Adèle n’est pas un film contemplatif, mais une histoire forte, construite et passionnante. Elle offre péripéties et rebondissements, avec un vrai rythme, ce qui avait jusqu’alors toujours manqué à Kechiche. C’est d’ailleurs, et de loin, le film le plus intelligent, le plus remarquable jamais réalisé à ma connaissance sur l’adolescence, même si l’histoire dépasse largement ce stade. C’est un film d’apprentissage et si les clins d’œils sont nombreux vis-à-vis de ce genre littéraire, ce n’est évidemment pas par hasard.

laviedadeleOn ne peut évidemment pas parler de ce film sans parler de la performance de Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Je n’évoquerai pas ici la polémique qui les a opposé au réalisateur. Mais le résultat dépasse le simple travail de comédien. Parler simplement d’incarnation est même déjà en-deçà de la réalité, car ce terme est employé pour des interprétations n’ayant rien à voir avec ce que nous livre les deux actrices. Ce film est de toute façon si particulier que l’interprétation ne pouvait que sortir elle-aussi de l’ordinaire et du vocabulaire habituel pour le qualifier.

Je finirai cette critique en évoquant tout de même la scène qui fait tant parler. Le terme de cru pour la qualifier ressemble à un doux euphémisme. On peut considérer que Kechiche a été un peu loin, surtout que la longueur de la scène peut donner à penser qu’il insiste lourdement. Personnellement, je pense que la Vie d’Adèle n’aurait rien perdu de sa force en étant, pour le coup, un tout petit peu plus dans la suggestion. Mais d’un autre côté, elle est le prolongement logique de la sensualité et de l’intimité totales que nous fait partager ce film. Et puis, même si cela s’apparente à de la provocation un peu gratuite, il est assez intéressant d’observer les réactions de la salle au fur et à mesure que la scène s’éternise. La gène est palpable et se transforme même parfois en rires qui n’en n’est que l’expression. Il est vrai que le spectacle à de quoi troubler, mais les réactions auraient-elles été les mêmes pour une scène d’amour hétérosexuelle ?

La Vie d’Adèle est bien plus qu’une simple Palme d’Or mérité. Il s’agit d’un grand moment de cinéma. Que dis-je, un grand moment de vie !

LA NOTE : 18/20

Fiche technique :
Production : Wild Bunch, Quat’s sous Films
Réalisation : Abdellatif Kechiche
Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalya Lacroix, d’après Le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh
Montage : Albertine Lastera, Camille Toubkis, Jean-Marie Lengellé, Ghalya Lacroix
Photo : Sofian El Fani
Distribution : Wild Bunch
Son : Jérôme Chenevoy
Durée : 175 mn

Casting :
Léa Seydoux : Emma
Adèle Exarchopoulos : Adèle
Salim Kechiouche : Samir
Jérémie Laheurte : Thomas
Aurélien Recoing : le père d Adèle
Mona Walravens : Lise

SHERIF JACKSON : Personnages fantaisistes pour intrigue ultra classique

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sherifjacksonafficheAllez, il y a longtemps que je n’ai pas poussé mon petit coup de gueule. Le film dont je vais vous parler s’appelle en VO, Sweetwater. Alors pourquoi l’appeler Shérif Jackson en France ? Bon dans l’absolu ça ne serait pas très grave, si ce n’était tout simplement pas du tout approprié. Certes, le rôle tenu par Ed Harris occupe une place importante, mais ce n’est pas le personnage central. Sûrement que les producteurs ont pensé que mettre le mot shérif dans le titre d’un western sonnait plutôt bien, même si cela donne une idée assez fausse du film.

Voilà, j’ai fini et je peux enfin entrer dans le vif du sujet. Shérif Jackson est au final un western plutôt bien foutu, mais surtout super classique. La vengeance de l’innocent qui a perdu un être cher, assassiné par le caïd du coin et sa bande, épaulé par un vieux routier de la justice made in Ouest Américain, voilà qui résume bien des films du genre. Il serait pourtant totalement injuste de nier toute forme d’originalité.

sherifjacksonEn effet, Shérif Jackson se distingue par la qualité de ses personnages. Si la figure de la veuve vengeresse est elle assez attendue, le personnage qui a donné son nom à ce film est quant à lui beaucoup plus inattendu. Un shérif très loin de l’image du mâle viril à la John Wayne. Cela apporte un humour et une fantaisie plutôt bien maîtrisés et très plaisants. Cependant, pour moi, la grande star de ce film reste le méchant, ce gourou sanguinaire et obsédé sexuel, brillamment incarné par Jason Isaacs, que l’on connaît mieux en tant que Lucius Malfoy dans la saga Harry Potter.

Il est vraiment regrettable que le scénario de Shérif Jackson soit par contre totalement n’offre aucune surprise dans son déroulement, particulièrement linéaire. Le duel final a été vu mille fois, même si on ne se lasse pas de cet exercice. Il en reste un western qui flirte avec la comédie, sympathique, mais certainement pas inoubliable.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Logan Miller
Scénario : Andrew McKenzie
Direction artistique : Waldemar Kalinowski
Costumes : Hala Bahmet
Montage : Robert Dalva
Photographie : Brad Shield
Production : Logan Miller et Jason Netter
Sociétés de production : Kickstart Productions et Mythic International Entertainment
Sociétés de distribution :
Pays d’origine : États-Unis et Royaume-Uni
Langue : anglais
Durée : 95 minutes

Casting :
Ed Harris : Shérif Jackson
January Jones : Sarah Ramírez
Jason Isaacs : Prophète Josiah
Eduardo Noriega : Miguel

9 MOIS FERME, EYJAFJALLAJÖKULL : Le meilleur pour commencer

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9moisfermeafficheLe timing est quelque chose d’important, même pour les après-midi ciné. En effet, dimanche dernière, j’ai enchainé deux comédies françaises, 9 Mois Ferme et Eyjafjallajökull. Le problème est qu’elles ne boxent pas tout à fait dans la même catégorie et j’ai pu vérifier la valeur de l’adage qui veut qu’il vaut mieux garder le meilleur pour la fin.

9 Mois Ferme est donc le nouveau film d’Albert Dupontel qui s’affirme définitivement comme un des meilleurs auteurs-réalisateurs de comédies du cinéma hexagonal. Du rythme (le film dure 80 minutes seulement, donc pas de superflu), de l’énergie, de l’imagination, des allers-retours constants entre le premier et le deuxième degré, tous les ingrédients sont là pour faire de ce film une grande réussite. Le travail d’écriture et la réalisation sont tout aussi remarquables l’un que l’autre. Bref, un fond et une forme au top, pour une comédie aussi drôle que surprenante.

Le tout est porté par une interprétation elle aussi tout en énergie. Certes, cela n’a rien de très étonnant de la part d’Albert Dupontel. La performance de Sandrine Kiberlain est elle plus inattendue. Certes, cela fait un long moment déjà que l’on connaît son potentiel comique. Mais elle fait preuve ici d’une palette beaucoup plus large que ce qu’elle a l’habitude de nous offrir. Albert Dupontel est donc aussi un formidable directeur d’acteur. Bref, un artiste plus que complet.

levolcanafficheAprès ça, Eyjafjallajökull m’a paru un peu fade. Non que tout soit à jeter dans cette comédie sympathique, mais on ne dépasse pas le stade de l’aimable divertissement qui peut agrémenter un dimanche soir pluvieux devant sa télé. Mais c’est parfois un peu poussif, c’est un rien répétitif et la psychologie des personnages est quand même sans grande surprise. Beaucoup de situations ressemblent à des choses vues un peu mille fois dans beaucoup de films de ce genre produit dans notre beau pays.

Malgré tout cela fonctionne quand même et on passe un bon moment. Certes, le mien a été un peu gâché par la comparaison avec le film précédent, mais objectivement le duo Dany Boon – Valérie Bonneton arrive à insuffler assez d’énergie et de talent pour que Eyjafjallajökull se laisse voir, sans pour autant vraiment marquer les esprits. On rit assez souvent pour ne pas décrocher et les péripéties sont assez nombreuses pour ne pas avoir l’impression de perdre son temps.

LES NOTES :

9 Mois Ferme : 14/20

Eyjafjallajökull : 10,5/20

9 MOIS FERME

Fiche technique :
Production : ADCB Films, Wild Bunch, Manchester Films, France 2 Cinéma, Cinéfrance 1888, Stadenn Productions
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Albert Dupontel
Scénario : Albert Dupontel
Montage : Christophe Pinel
Photo : Jérôme Prébois
Format : 35mm
Décors : Pierre Quefféléan
Son : Jean Minondo
Musique : Christophe Julien
Effets spéciaux : Micros Image-Cédric Fayolle
Durée : 80 mn

Casting :
Sandrine Kiberlain : Ariane
Albert Dupontel : Bob
Nicolas Marié : Maître Trolos
Bouli lanners : Policier vidéosurveillance
Philippe Uchan : Juge de Bernard
Christian Hecq : Lieutenant Edouard

EYJAFJALLAJÖKULL

Fiche technique :
Production : Quad productions, %ars Films, TF1 Films production, Scope pictures, Les productions du Ch’timi
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Alexandre Coffre
Scénario : Alexandre Coffre, Yoann Gromb, Laurent Zeitoun
Montage : Sophie Fourdinoy
Photo : Pierre Cottereau
Décors : Gwendal Bescond
Musique : Thomas Roussel
Costumes : Sonia Philouze
Durée : 92 mn

Casting :
Dany Boon : Alain
Valérie Bonneton : Valérie
Denis Ménochet : Ezechiel
Albert Delpy : Tonton Roger
Bérangère McNeese : Cécile
Malik Bentalha : l’ami de Cécile

PARKLAND : Les anonymes et la légende

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parklandafficheL’assassinat de JFK fait partie des moments mythiques de l’histoire de l’humanité auxquels un nombre considérable d’œuvres littéraires ou cinématographiques ont été consacrées. Quasiment toutes se focalisent sur l’éternelle question : qui a tué Kennedy ? Ce n’est pas le cas de Parkland qui s’intéresse lui à tous les acteurs anonymes qui ont vécu cet événement aux premières loges. Un film qui illustre parfaitement comment on peut rendre la grande Histoire incroyablement passionnante quand on la raconte par le biais de la petite histoire.

Parkland nous permet de suivre plusieurs personnages : l’auteur du film vidéo dont on connaît les images par cœur, le frère de Lee Harvey Oswald, les docteurs qui ont tenté de sauver le Président Américain, les membres des services secrets chargés de sa protection et les policiers de Dallas qui avaient son (présumé?) assassin dans le collimateur. Chacun d’eux va vivre différemment ce moment historique d’une portée telle qu’il broiera facilement le destin de ces anonymes atteints directement par l’onde de choc.

parklandParkland est tout simplement passionnant du début à la fin. En nous racontant le destin de personnages quasi inconnus, il arrive à créer un vrai suspense, une véritable tension narrative, même si le fil rouge est lui connu et sans surprise. Le passage d’une histoire à l’autre donne un rythme soutenu au scénario qui est ainsi parcouru d’un souffle toujours constant. La figure de Kennedy représente le centre du tout, mais s’efface derrière ces destins ordinaires. Ce mélange du mythe et de la banalité donne une portée étonnante à ce film.

D’un point de vue artistique, Parkland est également une réussite. La réalisation est particulièrement élégante et le travail de montage remarquable. Jamais on ne se sent perdu alors que l’on passe d’un personnage à l’autre. Le casting est aussi à la hauteur, avec les toujours excellents Paul Giamatti et Billy Bob Thorton, mais aussi de bonnes surprises comme un Zac Efron, définitivement en version adulte.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : The American Film Company, Exclusive Media Group, Playtone
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Peter Landesman
Scénario : Peter Landesman
Montage : Markus Czyzewski, Leo Trombetta
Photo : Barry Ackroyd
Décors : Bruce Curtis
Musique : James Newton Howard
Durée : 93 mn

Casting :
Zac Efron : Jim Carrico
James Badge Dale : Robert Edward Lee Oswald, Jr.
Colin Hanks : Dr. Malcom Perry
Tom Welling : Roy Kellerman
Marcia Gay Harden : Doris Nelson
Paul Giamatti : Abraham Zapruder
Billy Bob Thornton : Forrest Sorrels