TYRANNOSAUR : Bonheur fossile

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tyrannosaurafficheL’amour reste quand même de loin le sujet le plus abordé au cinéma. Dans quel film n’est-il pas présent à un niveau plus ou moins élevé ? Parfois, tout cela est synonyme de fleurs bleues, de paillettes et de bonheur doux et sucré. Et parfois, pas du tout… Il y a bien sûr parfois de purs drames, mais aussi toutes ces histoires entre deux êtres trop marqués par les difficultés de la vie pour que le mot romance possède encore le moindre sens pour eux. C’est notamment le cas dans Tyrannosaur.

Joseph boit. Joseph a tendance à perdre ses nerfs et à se servir de ses poings un peu trop facilement. En fait, Joseph vit très mal le décès de son épouse. Un jour, après une bagarre, il se réfugie dans la boutique tenue par Hannah. Cette dernière se propose de prier pour lui, mais ne récolte que de l’hostilité. Cependant, Joseph reviendra le lendemain pour s’excuser. Il se rendra vite compte que chacun d’eux portent en lui une grande souffrance. Mais peut-on encore soulager la peine de l’autre quand on ne peut plus supporter la sienne ?

Autant le dire tout de suite, Tyrannosaur n’est pas le film le plus gai de l’année. Mais il est également néanmoins loin d’être le plus sinistre. Les personnages sont certes au plus bas, le film est parfois dur. Mais il s’en dégage finalement un grand optimisme, même si, rassurez-vous, il est loin de s’achever sur un happy-end hollywoodien. Un film noir donc, où l’on aperçoit cependant la lumière qui pointe à l’horizon. Un horizon lointain, mais un horizons visible quand même.

Tyrannosaur tient avant tout sur les deux personnages principaux et leur relation. La grande force de ce film est d’arriver finalement à nous attacher à eux. En effet, c’est loin d’être gagné à la base puisqu’ils se caractérisent justement dans leur incapacité à nouer des relations avec les autres. Ils finiront pas s’apprivoiser mutuellement (enfin le plus sauvage reste quand même de loin Joseph), nous entraînant par la même avec eux. Paddy Considine a pris le parti de nous montrer d’abord les conséquences des blessures subies par les deux personnages, puis de nous faire découvrir peu à peu d’où elles viennent. On apprend donc à les comprendre et à les connaître et par la même de les aimer.

Tyrannosaur est typique d’un cinéma britannique qui sait si bien donner un fond social à des films de genres très différents. Souvent des comédies (The Full Monty, Fish and Chips), mais ce film se situe évidemment plutôt dans lignée du cinéma de Ken Loach. Un cinéma profondément humain, qui nous plonge également au cœur de la misère sociale. On aurait pu imaginer une même histoire dans un milieu plus aisé, mais le décor aurait été si différent que les deux films ne se seraient que peu ressemblés.

tyrannosaurLa réalisation de Paddy Considine est sobre, malgré un réel travail sur la photographie. Là encore, ça rappelle fortement Ken Loach. Une caméra au service de l’histoire et des acteurs et ne cherche jamais à faire dans l’esbroufe. Ca peut paraître un peu austère parfois, mais cela colle parfaitement avec l’ambiance et le propos de Tyrannosaur. De plus, la sobriété n’a jamais été antinomique avec la maîtrise.

Tyrannosaur met en avant un très beau duo d’acteurs. Peter Mullan tient là un de ses rares premiers rôles. Il faut dire qu’il semble être né pour interpréter ce personnage. Il fait preuve de beaucoup de justesse dans un rôle où on pouvait aisément en faire trop. A ses côtés, Olivia Colman nous livre elle-aussi un performance proche de la perfection. Elle contribue fortement à l’émotion qui se dégage de ce film et, sans elle, il n’aurait constitué une telle réussite.

Tyrannosaur est donc un très beau film, dont la noirceur n’arrive pas à éclipser un certain optimisme qui donne tout son sens à cette histoire.

Fiche technique :
Production : Warp X, Inflammable films, Optimum Releasing, Film4
Distribution : DistriB Films
Réalisation : Paddy Considine
Scénario : Paddy Considine
Montage : Pia Di Ciaula
Photo : Erik Alexander Wilson
Décors : Simon Rogers
Musique : Chris Baldwin, Dan Baker
Durée : 91 mn

Casting :
Peter Mullan : Joseph
Olivia Colman : Hannah
Eddie Marsan : James

DESOLANT DEBAT

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debathollandesarkozyBon voilà un billet que j’ai quelque peu hésité à écrire. Déjà parce qu’en tant que militant socialiste, je suis censé répandre la bonne nouvelle et toujours positiver. Mais bon, restant un modeste conseiller municipal d’opposition dans une ville ignorée des hommes et de Dieu s’il existait, je m’octroie le droit de dire ce que j’ai vraiment pensé du débat d’hier soir.

Déjà, je l’ai trouvé guère intéressant, voire même parfois assez désolant. J’ai bien une idée sur la faute à qui, je vais y revenir, mais force est de constater qu’aucun des deux candidats n’a vraiment été la hauteur dans la teneur et la précision de ses propos. Le temps respectif passé sur les sujets a parfois été consternant, comme si l’important était de mettre son adversaire en défaut, qu’importe si le sujet est au fond anecdotique. Bref, mon côté côté cartésien-scientifique-ingénieur a été profondément déçu.

Dans l’exercice pur du débat et de la rhétorique, à mon sens Nicolas Sarkozy a démontré sa supériorité. En effet, il a emmené François Hollande sur son terrain, loin du débat d’idées clair et courtois, comme avait pu l’être celui de 1995. Le candidat socialiste s’en est sorti bien mieux que ce l’on n’aurait pu craindre, faisant parfois preuve d’une énergie et d’une agressivité qu’on ne lui connaissait pas forcément, mais, tous les amateurs de sport vous le diront, quand on joue sur le terrain de l’adversaire, on perd. En fait, ce que je regrette vraiment, c’est que le Corrézien n’ait pas su remettre le débat à la hauteur des enjeux. Face aux insinuations, raccourcis, pour ne pas dire mensonges (sur certains points, ils ont été avérés) de son adversaire, il a parfois essayé de se lancer dans des explications de fond avec pédagogie. Et il faut bien avouer qu’à ces moments-là, il a parfois bafouillé et ce n’est pas toujours montré convaincant. Mais on touche là les limites de l’exercice : comment expliquer une politique chargée de résoudre un problème aussi structurel et pérenne que le chômage en quelques minutes, avec quelqu’un qui vous interrompt régulièrement pour détruire la clarté de votre raisonnement ? Et à ce petit jeu là, le Président sortant est bien meilleur.

Mais la victoire de Nicolas Sarkozy n’est qu’une victoire à la Pyrrhus. Autrement dit une défaite… Le débat d’hier soir était sa dernière carte, il l’a abattu et on sait bien qu’elle ne changera pas le cours profond du jeu. En fait, si Nicolas Sarkozy a réussi à entraîner François Hollande sur son propre terrain, il n’a sans doute pas bien mesuré que ce dernier n’était pas celui où il pourrait gagner des électeurs (si tant est que cela soit possible à trois jours de l’élection et après plusieurs mois de campagne). Le Président sortant a réussi magnifiquement à renverser les rôles comme il sait si bien le faire. Mais ceci a eu en fait deux résultats fâcheux : faire apparaître François Hollande comme son égal et surtout concentrer le débat sur les propositions et les positions de ce dernier. Or, en politique, quand on parle d’un adversaire qui n’est pas le sortant, que ce soit en bien ou en mal, on lui fait de la publicité. Décidément, la campagne de Nicolas Sarkozy aura été au final qu’une succession de mauvais choix.

Il y a bien des choses que j’aurais aimé entendre hier soir. Evidemment, il est un peu facile de tenir ce genre de propos, à froid, le cul dans son fauteuil. Je le mesure bien en repensant à toute mes debriefings personnels après chaque Conseil Municipal, où je n’arrête pas de me dire « merde, j’aurais du dire ça ! J’aurais du répondre ceci ! ». En fait, j’aurais surtout aimé que François Hollande mette plus en avant le vrai enjeu de civilisation que peut recouvrir le choix de dimanche. Le mot peut paraître fort, mais on est bien dans une vraie opposition qui va bien au-delà des points techniques sur lesquels les discussions ont tourné.

Nicolas Sarkozy s’est beaucoup vanté hier soir, et parfois avec habileté, sur la manière dont notre pays a mieux résisté que certains pays. Parfois avec une certaine mauvaise foi, notamment sur le chômage qui ne pouvait pas augmenter autant qu’ailleurs en proportion pour la simple et bonne raisons qu’il était déjà haut avant la crise. Souvent en mettant en avant des faits ou des chiffres qui sont tout à fait exacts. Face à ça, François Hollande a essayé de démontrer que le pays n’a pas bien si résister que ça de manière pas toujours très convaincante pour la simple et bonne raison que ce n’était pas tout à fait exact (mais pas complètement faux). Le vrai contre-argument est que la politique de Nicolas Sarkozy n’y est pour rien, bien au contraire.

Notre pays bénéficie de ce que l’on appelle en économie « des amortisseurs automatiques ». Ce sont tous les mécanismes de solidarité et de protection sociale qui limite l’impact immédiat des crises sur les ménages. C »est ainsi que la consommation s’est toujours bien maintenue et nous a évité une récession beaucoup plus profonde. Or, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de s’attaquer à ces mécanismes, jugés archaïques et inefficaces. Le fameux « assistanat, cancer de la société ». Mais c’est bien ce dernier qui a permis au Président-candidat de se targuer de résultats moins pires qu’ailleurs. Or en les affaiblissant, il rendra d’autant plus difficile le redémarrage de notre économie et surtout nous fragilisera en cas de nouvelles crises…

… Bon, je m’arrête là parce que sinon, je vais me lancer dans une très longue explication technique et qui nécessitera moult arguments et exemples. Ce qui démontre justement que ce genre de raisonnement est totalement inadapté à un débat de ce type. Pour y réussir, il vaut mieux être maître de la simplification et la caricature et guère de se soucier de la cohérence et de la pertinence du fond… Tout ce que n’est pas François Hollande et c’est tant mieux !

LE PRENOM : Au nom de la famille

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leprenomafficheAdapter une pièce de théâtre au cinéma constitue toujours un exercice particulièrement délicat. C’est pourquoi, je le dis à chaque fois pour introduire la critique d’un tel film… Le décor forcément limité dans l’espace, la place prépondérante des dialogues conduisent souvent à cette impression de « théâtre filmé », pas toujours très agréable. Si le Carnage de Roman Polanski n’y avait pas échappé, il faut reconnaître à Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte le mérite d’avoir éviter beaucoup de ces écueils à leur film, le Prénom. Mais ce dernier souffre néanmoins de quelques autres défauts.

Vincent est agent immobilier, a de l’argent, est plutôt de droite et n’est pas un puits de culture. Mais il s’apprête à devenir papa pour la première fois. Il se rend à un dîner organisé par sa sœur et son beau-frère, prof de lettres, franchement à gauche. Mais lorsque la discussion se porte sur le choix du prénom du futur bébé, une annonce plutôt surprenante va faire ressurgir toutes les tensions familiales.

Tout d’abord, un gros « big up », comme disent les jeunes aux personnes qui ont réalisé la bande-annonce de le Prénom. Déjà parce qu’elle ne dévoile pas le prénom qui fait débat (je pensais même qu’on l’ignorait pendant tout le film) et surtout elle ne nous montre que le point de départ du propos. J’avais peur que tout tourne autour de ça dans un comique de répétition qui aurait pu finir par lasser. Il n’en est rien et le scénario réserve au final beaucoup de rebondissements et de surprises.

Comme je l’ai évoqué en introduction, le Prénom nous apparaît comme un film. Enfin, quelqu’un qui l’ignorerait ne serait pas étonné d’apprendre qu’il s’agit à la base d’une pièce de théâtre Mais au final, par les cadrages et les angles de prises de vue, on échappe tout à fait à la sensation d’être assis devant une scène statique. On reste dans le décor confiné d’un appartement, mais la réalisation arrive vraiment à en exploiter tout le volume et tous les axes. Cela ne peut paraître qu’un détail, mais un détail qui compte et nous permet de rentrer pleinement dans ce film.

Par contre, le Prénom souffre un peu d’un manque de souffle pendant une bonne moitié. En fait, c’est même la partie qui tourne autour uniquement autour du fameux prénom qui se révèle être la moins intéressante. Mais au fur et à mesure que cela fait ressortir l’ensemble des tensions familiales, le film prend de l’ampleur et l’humour aussi. Ca devient plus tranchant, plus méchant, moins caricatural. Décidément, les histoires de famille constitue un sujet inépuisable d’inspiration. La dernière demi-heure est vraiment savoureuse, marquée en plus par de vrais rebondissements scénaristiques.

leprenomOn rit donc devant le Prénom de manière un peu intermittente, mais croissante. On ressort donc plutôt sur une bonne impression. Mais le film reste globalement sympathique et drôle, mais il lui manque un petit quelque chose pour devenir vraiment culte. Pourtant, certaines répliques sont vraiment excellentes et constituent le principal vecteur d’humour. Sans doute manque-t-il aux personnages un peu plus d’humanité et de tendresse pour faire de ce film l’égal du meilleur Jaoui-Bacri.

Enfin le Prénom souffre d’une autre limite flagrante. Une limite qui se nomme Patrick Bruel. J’ai toujours dit qu’il était bien meilleur acteur que chanteur, mais pour le coup, il est un cran en dessous du reste du casting. En fait, c’est le seul dont le jeu reste trop théâtral. Cela semble souvent surjoué, oubliant que la caméra ne nécessite pas la même énergie qu’une scène qu’il faut occuper. A l’inverse, Valérie Benguigui est extraordinaire et tient là sûrement son meilleur rôle. Rien que pour l’admirer, ce film mérite d’être vu, même si cela peut bien attendre un passage à la télévision.

Au final, le Prénom a très bien réussi son passage de la scène à l’écran. Patrick Bruel un peu moins malheureusement…

Fiche technique :
Production : Chapter 2, Fargo films, Pathé, TF1 Films, M6 Films, Nexus Factory
Distribution : Pathé distribution
Réalisation : Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaporte
Scénario : Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaporte, d’après leur piède de théâtre
Montage : David Ungaro
Photo : Célia Lafitedupont
Décors : Larie Cheminal
Musique : Jérôme Rebotier
Costumes : Anne Schotte
Durée :
109 mn

Casting :
Patrick Bruel : Vincent
Valérie Benguigui : Eilsabeth
Charles Berling : Pierre
Guillaume De Tonquédec : Claude
Judith El Zein : Anna
Françoise Fabian : Françoise
Yaniss Lespert : le livreur de pizza

LA REVANCHE DES ANGLO-SAXONS

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bayernOn a tellement parlé du duel entre le FC Barcelone et le Real Madrid depuis un an et demi, qu’on en oublierait presque qu’il existe d’autres championnats en Europe, tout aussi compétitifs que la Liga. Les demi-finales de la Ligue des Champions sont venues le rappeler. Le monde pariait, et souvent espérait, une finale nous proposant un énième classico, avec cette fois, le plus grand des enjeux. Nous aurons à la place un affrontement entre le Bayern Munich et Chelsea qui ne s’annonce pas moins savoureux !

La présence de 6 clubs sur 8 venus de la péninsule ibérique en demi-finale des deux Coupe d’Europe pour la deuxième année consécutive devait constituer une preuve de la nouvelle domination sans partage du foot latin. Mais c’était oublier les valeurs de courage et d’abnégation du football anglo-saxon. C’était également oublier que si on voudrait que les qualités techniques soient une garantie absolue de victoire, la vérité reste que les qualités physiques et l’organisation tactique jouent elles-aussi un rôle primordial.

Cependant, il faut aussi juger la situation honnêtement. Car si le Bayern aurait du l’emporter bien avant les tirs aux buts, la qualification de Chelsea tient plus du miracle qu’autre chose. Il n’est pas question ici de leur dénier tout mérite, mais ils ont tout de même bénéficié d’un enchaînement de circonstances favorables tout à fait improbable. Pas sûr que le scénario puisse se répéter une nouvelle fois face à une équipe allemande plus que jamais favorite, puisqu’elle jouera à domicile. Et si on organisait un véritable championnat européen, ne doutons pas que les deux clubs espagnols le dominerait très certainement largement.

La Ligue des Champions, et les Coupes d’Europe en général, ont ceci de magique qu’elles permettent à des équipes au style très différent de s’affronter. Et même si la mondialisation du football a nettement lissé les choses, on continue tout de même, pour ne plus grand bonheur, à assister à de magnifiques chocs des cultures.

FISH AND CHIPS : Intolérance sans frontière

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fishandchipsafficheLes années 90 ont été une sorte d’âge d’or pour les comédies sociales anglaises. La plus célèbre d’entre elles fut The Full Monty, mais le cinéma d’Outre-Manche nous a livré bien d’autres petites pépites. Parmi elles, Fish and Chips, sorti en 1999, que je me rappelle avoir vu dans un cinéma caennais, inondé quelques jours plus tôt et dont les sièges n’étaient pas tout à fait sec… Bon ok, l’anecdote n’a aucun intérêt, mais pourquoi dire toujours des choses intéressantes…

George Khan vit en Angleterre depuis 30 ans désormais. Il a épousé une Anglaise qui lui a donné 7 enfants. Il tient un petit restaurant et est fier de sa réussite. Il est aussi fier d’être Pakistanais et musulman, malgré l’exil. Il rêve d’élever sa progéniture dans le pur respect de la tradition. Mais le jour de son mariage, arrangé comme il se doit, son aîné s’enfuit. Ce dernier est alors mort aux yeux de son père, qui compte bien se rattraper avec les six autres. Mais cela sera-t-il possible quand eux se sentent Anglais et ont un fort désir de liberté ?

Ce qu’il y a de formidable dans ce genre de film, et celui-ci en particulier, c’est la manière dont ils arrivent à mêler humour et sujets très sérieux, voire graves. Immigration, intégration, racisme, voilà qui prête rarement à sourire. Mais Fish and Chips réussit à nous montrer la réalité sans l’édulcorer, tout en nous faisant rire aux éclats à plusieurs reprises. A la fois, on reste dans la mise en avant des travers humains et, avec du recul, ils restent le plus souvent risibles.

Mais le plus grand mérite de Fish and Chips est d’éviter, et de très loin, tout manichéisme. Il n’y a ni bons, ni méchants. On est plus dans « United Color of Bande de Cons ». Les personnages négatifs ne sont pas jugés, même si on prend évidemment parti pour les victimes de leur intransigeance. Le film n’élude rien, ne fait sûrement pas preuve d’angélisme. Le film porte évidemment un appel à la tolérance, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’achève dans un happy end où tout le monde s’aime dans le pays des Bisounours. Il est des fossés qui ne peuvent se refermer le temps d’une vie, l’espoir ne pouvant venir que des générations futures.

Voilà pour le fond ! Mais Fish and Chips s’apprécie surtout parce qu’il est drôle. L’humour reste largement situationnel, mais certaines répliques, certaines péripéties arrachent de vrais éclats de rire. On est clairement pas dans l’idée d’un gag toutes les deux secondes, mais le film nous propose vraiment tous les degrés d’humour, avec toujours la même réussite. Cela ne masque pas, cela n’édulcore pas du tout le fond des problèmes qui sont traités ici. Au final, ce mélange se révèle particulièrement savoureux. Bien meilleur que la cuisine anglaise en tout cas…

fishandchipsVisuellement, notamment au niveau de sa photographie, Fish and Chips est assez daté. Mais cela n’enlève rien à l’intelligence de la mise en scène qui donne à ce film son rythme et son caractère percutant. On peut vraiment regretter que Damien O’Donell n’ait rien fait d’autre de marquant. C’est même relativement incompréhensible. Mais bon, beaucoup de réalisateurs aimeraient réaliser ne serait-ce qu’un seul film de cette qualité.

Fish and Chips est une des multiples manifestations du réservoir incroyable de talents du cinéma britannique. L’interprétation est tout simplement remarquable, bien que le casting ne soit composé que d’acteurs que l’on a très peu vu par ailleurs. Seuls Om Puri et Archie Panjabi ont tenu quelques seconds rôles dans des films ou des séries. Cela n’enlève rien au talent de l’ensemble des comédiens qui contribuent largement à faire de ce film un classique du genre.

Fish and Chips est donc un film à voir et revoir, pour son humour, mais aussi pour les sujets qu’il aborde et qui sont toujours bien d’actualité.

Fiche technique :
Titre original : East Is East
Réalisateur : Damien O’Donnell
Scénario : Ayub Khan-Din d’après sa pièce
Dialogues : Ayub Khan-Din
Musique : Deborah Mollison
Direction artistique : Henry Harris
Costume : Lorna Marie Mugan
Photographie : Brian Tufano
Montage : Michael Parker
Production : Stephanie Guerrasio, Shellie Smith, Leslee Udwin et Alan J. Wands
Durée : 97 minutes

Casting :
Om Puri : George Khan
Linda Bassett : Ella Khan
Jordan Routledge : Sajid Khan
Archie Panjabi : Meenah Khan
Emil Marwa : Maneer Khan
Chris Bisson : Saleem Khan
Jimi Mistry : Tariq Khan
Raji James : Abdul Khan
Ian Aspinall : Nazir Khan
Lesley Nicol : Tante Annie

SARKOZY OU LA POLITIQUE DE LA TERRE BRULEE

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sarkozyliberationLe 6 mai 2007, au soir de la victoire de Nicolas Sarkozy, j’écrivais : Ce soir, la défaite est cruelle. Elle laisse surtout un pays coupé en deux, comme il ne l’a jamais connu dans son histoire. Jamais un candidat élu n’aura autant cristallisé la haine sur nom. Si les hommes de gauche subissaient Chirac, sans jamais vraiment totalement le haïr, Nicolas Sarkozy représente ce que nous exécrons le plus : défense des plus forts contre les plus faibles, xénophobie latente qui ne dit pas son nom, eugénisme social et biologique, mépris des travailleurs justifié par une morale « travail, famille, patrie »… Mais si la défaite est cruelle, j’espère qu’elle fera naître un mouvement d’opposition plus soudée et plus fort que jamais.

Au soir du premier tour des cantonales en 2011, je m’étais insurgé contre l’attitude de l’UMP qui refusait d’appeler à voter PS lorsque ce dernier était opposé à un candidat du FN, alors que même le PC avait appelé à voter pour la droite parlementaire pour faire barrage à l’extrême-droite (cf. le temps des quasi regrets). Aujourd’hui, on a la morbide confirmation d’un calcul politique prêt à franchir la frontière de l’ignoble dans l’espoir d’une réélection, quelqu’en soit le prix.

Mais dans quel état serait la société française si Nicolas Sarkozy devait être réélu dans ces conditions ? La fracture serait terrible et une moitié du peuple français ne pardonnerait jamais à l’autre de l’avoir ainsi entraîné dans un territoire dont la droite parlementaire ne s’était jusqu’alors jamais approché. Le Président ne serait définitivement plus celui de tous les Français, pour autant qu’il ne l’ait jamais été.

Nous sommes un des plus vieux Etat-Nation au monde et notre unité est une de nos plus grandes richesses. Elle nous est tellement naturelle que l’on a du mal à comprendre comment des peuples peuvent se déchirer jusqu’aux pires atrocités. Evidemment, on n’en est encore très loin en France. Mais cela fait bien longtemps que le ciment qui nous unit n’a été à ce point proche de se fendre. La dernière fois, ce fut sous la coupe du Maréchal Pétain que notre société s’est brisée en deux. C’est bien sur ses pas que marche actuellement Nicolas Sarkozy.

L’année dernière, j’avais souligné combien cette attitude de l’UMP semblait suicidaire politiquement. Je le maintiens et je reste tout à fait persuadé que ce que je viens d’exposer va rester de la pure politique-fiction. La Nation française ne se laissera pas détruire ainsi, Nicolas Sarkozy ne saura être son fossoyeur. Mais François Hollande récoltera d’un pays qui n’a jamais été si proche de la rupture. Une rupture bien sociétale, avant même d’être économique, même si les deux sont évidemment liés.

Le 6 mai 2012 ne sera définitivement pas un jour comme les autres. Il devra rester celui où le peuple français a dit non à sa propre implosion.

VIVA RIVA ! Il était une fois au Congo

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vivarivaafficheViva Riva ! constitue un événement que l’on attendait depuis 20 ans. En effet, voilà deux décennies qu’aucun long métrage n’avait été tourné en République Démocratique du Congo. Bon, il faut dire que le pays a eu bien d’autres choses à penser, avec une terrible guerre civile. Si un film ne fait pas le printemps, on peut quand même se réjouir de voir la création artistique renaître dans un pays aussi durement marqué. Surtout que le résultat est plutôt bon.

Riva retourne à Kinshasa après de longues années d’exil en Angola. Il ne vient pas les mains vides, mais avec un camion rempli de bidon d’essence, alors que la pénurie de carburant fait montrer les prix très très hauts. Malheureusement, arrivent dans son sillage ceux à qui il l’a dérobé. Ils vont alors se mettre à sa recherche, tandis qu’il flambe et cherche à séduire la compagne d’un petit truand local.

La promotion de Viva Riva ! l’a présenté comme le Scarface congolais. Bon, la comparaison est peu-être un peu facile et trompeuse, mais nous sommes clairement dans un vrai film de gangsters où l’influence des grands films hollywoodiens du genre se fait sentir de manière évidente. Par contre, on se situe bien loin de l’Amérique puisque ce film nous offre aussi une vraie séance de dépaysement. Le film a été en partie produit par la France et la Belgique, mais il s’est vraiment tourné au Congo avec des acteurs locaux, souvent amateurs, à deux exceptions près (notamment Manie Malone que l’on a vu dans Braquo). Un film réalisé avec peu de moyens, mais Djo Tunda Wa Munga a su magnifiquement le cacher et on connaît des films français qui font beaucoup plus cheap que ça !

Sur le fond, l’intrigue est vraiment classique pour le genre. Un jeune ambitieux qui convoite notamment la femme d’un autre, tout en se heurtant au méchant en place qui veut se débarrasser de lui…. et réciproquement. Sans son aspect exotique, il est vrai que Viva Riva ! n’aurait vraiment rien d’original de ce point de vue là. Enfin, on peut surtout y voir un message universel qui démontre que les truands sont les mêmes partout dans le monde… Enfin même si elle est très classique, l’intrigue reste rythmée, pleine de rebondissements avec moult trahisons et retournements de situation. Bref, on ne s’ennuie pas.

J’ai déjà insisté sur la manière dont Djo Tunda Wa Munga réussit à nous faire oublier le manque de moyens. Cela passe par une mise en scène imaginative et soignée. Il cherche et parvient à nous livrer un long métrage artistiquement et techniquement élaboré. Il n’a pas du tout négligé cet aspect ou cherche d’excuse du genre « je suis un réalisateur du tiers monde alors caméra à l’épaule, ça ira bien ! ». Alors évidemment, il touche parfois ses limites et fait preuve quelque fois d’une certaine naïveté. Mais cela apporte aussi beaucoup de fraîcheur à ce film, qui ne constitue peut-être pas une leçon de cinéma, mais est incontestablement celui d’un élève brillant et appliqué.

vivarivaOn pourra aussi noter que Viva Riva ! est assez cru, en particulier sexuellement. Ce qui fait qu’il a été censuré et donc non distribué… au Congo… C’est quand même ballot que ce pays n’ait pas la chance de voir le premier qui y soit réalisé en vingt ans. Les âmes les plus sensibles devront donc s’abstenir même si, objectivement, il n’y a pas non plus de quoi fouetter un quart de chat. Il suffit d’avoir vu un seul épisode de Californication pour avoir vu bien pire.

Viva Riva ! nous permet donc de découvrir des acteurs vraiment nouveaux. Patsha Bay est vraiment excellent dans le rôle principal. Entre dilettantisme et confiance en soi tirant sur l’arrogance, il donne à son personnage beaucoup de personnalité et d’épaisseur. L’affection que cela engendre participe grandement à la réussite de ce film. On doit cependant admettre que Manie Malone reste l’interprète la plus charismatique du casting, par sa beauté mais aussi son professionnalisme.

Viva Riva ! nous permet donc de nous rappeler qu’il existe un cinéma africain. Ce film a raflé six récompenses aux derniers « Oscars africains » et c’est entièrement mérité.

Fiche technique :
Réalisation : Djo Tunda Wa Munga
Scénario : Djo Tunda Wa Munga
Photo : Antoine Roch
Pays : République démocratique du Congo
Durée : 100 minutes

Casting :
Patsha Bay : Riva
Manie Malone : Nora
Hoji Fortuna : Cesar
Marlene Longage : la Commandante

LECONS POUR UNE PREMIER TOUR

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1ertourLe premier tour vient de s’achever et les commentaires se multiplient. Et comme je suis quelqu’un de particulièrement conformiste, je vais m’y mettre à mon tour. Je ne sais pas si mon analyse est plus pertinente qu’une autre, mais l’écrit à au moins le mérite de mettre les idées au clair. Alors si ce billet ne sert peut-être pas à la marche du monde, au moins, il m’aura rendu service.

La première leçon reste bien sûr la première place de François Hollande. Elle était attendue, elle a bien eu lieu. L’écart avec Sarkozy reste modeste mais elle place dans une dynamique de vainqueur qu’il n’a en fait jamais quitter depuis le début de la campagne. La probabilité d’une défaite au second tour tend de plus en plus vers zéro et même à droite, quand la caméra n’est pas là, on parle déjà comme si tout était déjà fini.

Sarkozy ne semble pourtant ne pas avoir encore renoncé. Alors il continue sur sa lancée… c’est à dire dans un grand n’importe quoi. L’idée du deux, puis trois débats prête à sourire par exemple. Non qu’elle soit si idiote en soi, mais elle sonne tellement comme une tentative désespérée, comme le caprice d’un enfant auquel on s’apprête à voler le jouet. L’offensive immédiate sur les voix du FN, avec le discours du candidat qui parle immédiatement de « frontières » et un Copé qui attaque bille en tête sur le vote des immigrés sur le plateau de France 2 ressemblent à « on ne change pas une tactique qui perd ». Rien ne semble pouvoir inverser la tendance et Sarkozy et ses proches ressemblent de plus en plus à des marins essayant d’éviter le naufrage du Titanic en écopant avec des petites cuillères.

La grande leçon restera tout de même que le Front National est toujours bien présent dans le paysage politique français. On pourra d’ailleurs regretter que les estimations de 20h aient été largement surévaluées permettant à Marine Le Pen de triompher en apparaissant à plus de 20%. Cela ne change pas grand chose dans le fond, mais cette barre était symbolique. Or elle est au final encore loin de l’avoir franchi. Cependant, la progression reste constante et inquiétante : 16% en 1995, 17% en 2002, 18% en 2012. Pas de vague, mais une insidieuse normalisation de ce vote extrême.

Cependant, il faut tout de même garder la tête froide et regarder les choses avec un minimum de recul. De nombreuses analyses ont montré que le vote FN de ce premier tour a été très différent des élections précédentes. Plus rural, plus présent dans la fonction public. Ceci prouve que ce vote n’est pas forcément un vote d’adhésion sur le long terme, mais un vote fortement protestataire, exprimant la peur de l’avenir. Le besoin de boucs émissaires, d’un ennemi sur lequel projeter ses angoisses est tout simplement humain et n’est ni de droite, ni de gauche. En tout cas, si ce scrutin nous a appris quelque chose, c’est bien que c’est ni par l’insulte, ni par l’invective que l’on combat le Front National. Ni même en en parlant constamment d’ailleurs. Jean-Luc Mélenchon a échoué de ce point de vue et il aurait été bon qu’il le comprenne au-lieu de chercher des coupables ailleurs quand dans ses propres insuffisances.

Enfin, la grande leçon de ce premier tour est que, qu’on le veuille ou non, les sondages ont désormais presque toujours raison. Cela ne signifie pas qu’une surprise ne sera jamais plus possible, mais il est clair que les institut ont énormément travaillé depuis 2002 et peuvent être difficilement pris en défaut. Même le score final de Marine Le Pen, un peu moins de 18% est conforme aux derniers sondages qui la donnaient à 17% mais sur une dynamique positive.

Vu ce qu’annoncent les institut quant au score du deuxième tour, c’est peut-être au fond la meilleures nouvelle qui soit pour François Hollande.

LE BIEN ET LE MAL

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barcarealVoici deux ans que la planète football se passionne pour les chocs entre le FC Barcelone et le Real Madrid. Il faut dire que se sont sûrement les deux meilleures équipes actuellement en Europe. Mais c’était surtout l’occasion de voir le bien triompher du mal. Le romantisme l’emporter sur le cynisme. Le gars simple et sympa sur la star gominée et antipathique. L’entraîneur élégant sur le mauvais perdant. Mais ce soir, la victoire a changé de camp. Le Real Madrid a triomphé et va être sacré champion d’Espagne.

D’habitude, on se réjouit quand une équipe arrive enfin à ses fins après tant d’échecs. Mais le désamour dont souffre le Real Madrid est profond. Il est injuste, car cette équipe est composée de grands joueurs et Mourinho est incontestablement un des plus grands entraîneurs de l’histoire. Il est aussi justifié par le chemin que cette équipe a longtemps choisi pour contrer le Barca. La destruction contre la création pure, un choix qu’aucun amoureux du football ne pouvait approuver.

Mais ce soir, le Real Madrid a joué tout simplement. Bien sûr, Pepe a encore réalisé quelques interventions un peu limite, mais rien de bien choquant et rien d’anormal pour un match d’un tel enjeu. En pensant uniquement au jeu, le Real l’a enfin emporté. Alors si ce soir, on peut avoir l’impression que le mal a triomphé du bien, en y regardant de plus près, c’est en fait l’inverse. Ce soir, le football sort grandi et prouve que ce n’est pas en le trahissant que l’on peut l’emporter. Madrid est revenu dans le droit chemin et il en a été récompensé. Ah si seulement, cela pouvait être comme ça aussi dans la vie…

En tout cas, après ce match, on n’a qu’une envie. Que les deux clubs se retrouvent en finale de Ligue des Champions !

L’ENFANT D’EN-HAUT : Un film d’en bas

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lenfantdenhautafficheUrsula Meier est une réalisatrice relativement originale. Déjà parce que les femmes restent encore assez peu nombreuses dans ce métier, même si les choses évoluent doucement. Ensuite, elle est suisse, nationalité plus fréquente chez les banquiers, les vendeurs de montres et les chocolatiers (vive les clichés!). Enfin, son premier film, Home, s’était fait remarqué par son scénario inattendu et surprenant. Mais personnellement, je n’avais pas aimé. Son second, L’Enfant d’En-Haut, a été une nouvelle fois salué par la critique. Mais de mon côté, la déception est encore au rendez-vous.

Simon a une dizaine d’années et vit seul avec sa sœur, en bas d’une grande station de ski suisse. Tous les jours, il monte en haut des pistes pour dérober matériel et vêtements qu’il revend pour leur permettre de survivre. Mais combien de temps avant qu’il ne se fasse prendre ?

L’Enfant d’En-Haut souffre pour moi d’un manque flagrant de contenu. La séquence d’exposition dure en fait plus de la moitié du film, avant le rebondissement qui va changer totalement la perspective. Mais une fois qu’il est survenu, le propos reste avant tout contemplatif et rien n’évolue, ni ne se passe. Bref, on s’ennuie ferme. Il n’y avait pas là de quoi faire un long métrage et ça se sent. Toutes les qualités constatées par ailleurs ne peuvent compenser ce vide.

Le propos évite pourtant beaucoup de pièges. Déjà, il n’est pas un énième « les pauvres sont des gens formidables ». Le film ne cherche pas à expliquer, encore moins à excuser. Il constate, il raconte et c’est tout. Mais c’est peut-être trop peu car du coup, on cherche un peu le sens de tout ceci. A ne pas vouloir prendre parti, Ursula Meier a bien du mal à donner de l’épaisseur à cette histoire, qui par ailleurs manque de péripéties.

En fait, la seule chose qui peut sauver L’Enfant d’En-Haut et qui peut expliquer son succès critique reste l’émotion que cette histoire peut susciter. Pour cela, il faut évidemment s’attacher profondément à ce gamin forcé de faire face aux ambiguïtés logiquement réservées aux adultes. Cela n’a pas fonctionné chez moi, c’est clair. De mon point de vue, le personnage est plus intéressant que touchant. Certes, on ne peut ressentir que de l’empathie, mais pas suffisamment pour vraiment vibrer et se projeter dans l’histoire.

lenfantdenhautLe tout est porté par une réalisation très sobre. On ne retrouve pas le petit grain de folie qui habitait Home. Ici, cela reste lisse. Pourtant la majesté des paysages du haut et la tristesse de celui du bas aurait mérité un traitement artistique plus ambitieux. Ce propos social sur la séparation de deux mondes pourtant très proches constitue le cœur de ce film aurait pu transparaître beaucoup plus dans la mise en image. Cela aurait pu donner une autre dimension à l’Enfant d’En-Haut, à défaut de le rendre réellement passionnant.

L’Enfant d’En-Haut nous offre au moins l’occasion de voir Gilian Anderson à l’écran et c’est toujours un plaisir. Quel dommage que l’ex-Dana Scully n’ait pas connu une carrière d’actrice sur grand écran d’un autre calibre. Son talent le méritait. Léa Seydoux par contre est bien partie pour devenir une future immense star. Sa personnalité s’affirme un peu plus à chaque rôle. Son interprétation est ici encore une fois impeccable. La vraie star de ce film reste tout de même Kacey Mottet Klein, que l’on avait déjà vu dans Home. Une belle performance d’acteur malgré son jeune âge, même si son charme n’a pas tout à fait agi sur moi.

Visiblement, je dois être relativement hermétique à l’univers d’Ursula Meier. L’Enfant d’En-Haut restera donc pour moi un film avant tout vide et ennuyeux.

Fiche technique :
Production : Vega Film, Archipel 35
Distribution : Diaphana Distribution
Réalisation : Ursula Meier
Scénario : Ursula Meier, Antoine Jaccoud
Montage : Nelly Quettier
Photo : Agnès Godard
Décors : Ivan Niclass
Musique : John Parish
Costumes : Anne Van Brée
Durée : 100 mn

Casting :
Léa Seydoux : Louise
Kacey Mottet Klein : Simon
Jean-François Stévenin : Le chef cuisinier
Martin Compston : Mike
Gillian Anderson : Kristin Jansen