WE ARE FOUR LIONS : Entre 1er et 12ème degré

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wearefourlionsafficheLe cinéma anglais se plaît à régulièrement mêler sujets sociaux et comédie. Après tout, il n’y a pas que les gens riches et heureux qui ont droit de rire et de faire rire, tant que ce n’est pas à leurs dépends. We are Four Lions se situe dans cette veine. Sauf que cette fois les prolétaires sont des apprentis terroristes que le film s’amuse à nous dépeindre comme une belle brochette d’abrutis.

Omar rêve de devenir un vrai jihadiste et de commettre un attentat retentissant au cœur de Londres. Pour cela, il part même dans un camp d’entraînement au Pakistan. Il en reviendra en quatrième vitesse après avoir malencontreusement fait exploser un chef religieux en cherchant à abattre un drone de l’armée américaine. Il ne se décourage pourtant pas, bien que ses complices n’aient rien d’une équipe de choc compétente et efficace.

We are Four Lions est visiblement un film au budget limité, cherchant avant tout à exploiter jusqu’au bout la bonne idée de départ. Faire d’un groupe terroriste un objet de dérision constitue un point de départ assez audacieux. Je ne discuterai pas ici si ce genre de procédé est légitime pour combattre ce genre d’extrémisme. Le rire peut accomplir de grand chose, mais je ne suis pas sûr qu’il faut voir dans ce film autre chose qu’une histoire qui cherche simplement à divertir, même si les auteurs ont sûrement voulu afficher une certaine forme de résistance face à un mouvement qui cherche avant tout à se nourrir de la peur.

We are Four Lions provoque quelques moments de franches rigolades. Mais ce de manière un peu intermittente. C’est vraiment là la plus grande limite de ce film qui restera un objet de curiosité sympathique, mais peut-être pas un film culte. En fait, il pêche surtout au début à la fin. Si la préparation de l’attentat par cinq bras cassés constitue un vrai moment de bravoure, en particulier la manipulation des explosifs, l’introduction et surtout la conclusion restent beaucoup plus brouillonnes. Le dénouement est partagé entre comédie et drame et Christopher Morris semble hésiter entre les deux tons, sans trouver le bon. Du coup, cela donne un résultat assez bancal et le spectateur n’arrive vraiment à rire, ni à être ému ou choqué.

L’humour de We are Four Lions est un mélange de premier et de douzième degré. Certains gags ou situations provoquent de vrais éclats de rire. Mais ils restent relativement peu nombreux au regard du comique de situation qui englobe tout le film. Là encore, Christopher Morris semble avoir un peu de mal à se situer parfois. Il y a donc pour tous les goûts, même si personne ne sera totalement satisfait. Le tout est mis en image par une réalisation qui tient plus du bon téléfilm que du grand 7ème art. Mais bon, dans ce genre de film, ce n’est pas forcément gênant, même si cela contribue à une impression générale que l’idée de base a été exploitée de manière inaboutie.

wearefourlionsWe are Four Lions séduit tout de même grâce à ses personnages. C’est sans doute ce qu’il y a de plus troublant dans ce film. Car en se moquant d’eux, le film arrive à rendre cette bande de vrais imbéciles presque sympathiques et attachants. En effet, il ne s’agit pas de vrais méchants qui font peur, mais plus des victimes de leur propre stupidité. On a du mal à les prendre au sérieux. C’est pourquoi la fin laisse un goût bizarre, car on se rend quand même finalement compte de qui ils sont vraiment.

Cette bande de bras cassés est interprétée par des acteurs qui à défaut d’être géniaux, s’en donnent à cœur-joie. Riz Ahmed tient le haut de l’affiche, déjà parce qu’il interprète le rôle principal, mais aussi parce que son rôle est sans doute le plus subtil et le plus intéressant. Nigel Lindsay interprète l’autre principal élément comique de We are Four Lions et parvient souvent à nous faire rire. De manière générale le casting représente une des grande force de ce film.

We are Four Lions présente donc bien des défauts, mais est d’une originalité assez radicale pour qu’on prenne plaisir à partager un moment avec ces bras cassés du terrorisme.

Fiche technique :
Production : Warp films, Film4, Wild Bunch
Distribution : UFO distribution
Réalisation : Christopher Morris
Scénario : Jesse Armstrong, Sam Bain, Christopher Morris, Simon Blackwell
Montage : Billy Sneddon
Photo : Lol Crawley
Décors : Dick Lunn
Durée : 105 mn

Casting :
Riz Ahmed : Omar
Benedict Cumberbatch : Edmund
Kayvan Novak : Waj
Nigel Lindsay : Barry
Craig Makinson : Matt
Peeya Kalidas : Sophia
Asher Ali : Hassan

PALMARES 2011

thetreeoflife
thetreeoflifeRappel : ce palmarès regroupe tous les films auxquels j’ai mis la note maximum sur le site Ciao.fr où je publie mes critiques.
 
Un palmarès resserré cette année, puisque j’avais fait figurer 28 films en 2009 et 23 films en 2010. Cette année seulement 13, mais avant tout parce que j’ai décidé d’être plus impitoyable et de ne donner la note maximum qu’aux films auxquels je n’avais vraiment rien à reprocher. Du coup, sont éjectés du palmarès des films comme Le Discours d’un Roi (que je trouve traversé par un grand trou d’air narratif entre un début et une fin très réussis) et surtout Drive, pour beaucoup le meilleur film de 2011, mais que j’ai trouvé trop froid pour être totalement enthousiaste.

En tête, la Palme d’Or, The Tree of Life, qui confirme que la Croisette sacre des films qui ne laissent pas indifférents, tant l’œuvre de Terrence Malick a divisé critiques et spectateurs. Derrière lui, un formidable tir groupé du cinéma français qui a connu une année faste :5 films sur 13 au palmarès dont 3 dans les 4 premiers. Le cinéma européen occupe d’ailleurs plus de la moité du palmarès (7 films sur 13) avec les renforts de l’Italie et de l’Espagne. Le cinéma asiatique est absent, mais plusieurs films coréens ont été tout près d’intégrer le classement. On pourra noter l’absence de film d’animation, mais celle tout de même de deux films de genre : Insidious et Sucker Punch.

 
laguerreestdeclaree2011 fut une année difficile pour les grands réalisateurs américains : Clint Eastwood, les frères Coen, Steven Spielberg, David Cronenberg, Jean-Jacques Annaud sont absents du palmarès malgré des films à l’affiche. Seul Martin Scorcese tire son épingle du jeu avec une formidable déclaration d’amour au cinéma, accueilli froidement par une critique qui a depuis longtemps perdu son âme d’enfant. Y aurait-il une transmission de flambeau à une nouvelle génération qui avait déjà dominé le palmarès 2010 avec Chistopher Nolan (Inception) et David Fincher (The Social Network) ? 2012 permettra peut-être de le savoir définitivement…
 
Bref une année cinématographique s’éteint, une autre tout aussi passionnante s’éveille.
 
1-The Tree of Life
Un film peut-être difficile d’accès, mais qui offre des moments de grâce cinématographique absolue. Une Palme d’Or méritée donc.
 
2-La Guerre est Déclarée
Un sujet difficile mais traitée avec une grande intelligence et une formidable imagination. Valérie Donzelli nous livre sa propre histoire, mais surtout un film formidable d’audace et d’émotion.
 
3-The Artist
Un film qui s’annonce comme un des plus gros succès du cinéma français à l’étranger. Il faut dire qu’en réalisant un film muet, Michel Hazanavicius s’est affranchi de la barrière de la langue. Un choix osé mais qui a débouché sur une étonnante réussite, portée par un Jean Dujardin entré définitivement dans la cour des très grands.
 
4-Polisse
Un film choc, qui fait passer du rire aux larmes de manière étonnante. Maïwenn peut agacer par certains choix esthétiques, mais elle nous offre un troisième moment d’audace, qualité qui a tant manqué au cinéma français depuis de longues années.
 
5-Le Complexe du Castor
Un film passé trop inaperçu, malgré un duo Mel Gibson – Jodie Foster absolument époustouflant. Le premier tient son meilleur rôle depuis… toujours et la seconde nous prouve qu’elle est au moins aussi brillante derrière que devant la caméra.
 
6-La Piel que Habito
Après plusieurs films moins convaincants et tournés vers les mêmes éternelles obsessions, Pedro Almodovar signe un nouveau grand film qui propose à la fois un scénario particulièrement réussi et une mise en images toujours aussi soignée.
 
7-Habemus Papam
Nanni Moretti signe là un petit chef d’œuvre d’humour et de réflexion humaniste. Un film qui critique vertement l’institution religieuse, mais apporte un regard neuf sur les hommes qui la font vivre.
 
8-Et Maintenant on va où ?
Une formidable fable sur la tolérance religieuse dans un Liban déchiré par les tensions entre Chrétiens et Musulmans. C’est drôle et dramatique, mais surtout délivre avec force un très beau message qui évite toutes les facilités.
 
9-Hugo Cabret
Un film sur l’enfance du cinéma, mais surtout sur la manière dont on tombe amoureux du cinéma dans son enfance. Un film pour cinéphiles, qui sauront voir au-delà de l’aimable divertissement familial qu’il est par ailleurs.
 
10-Sucker Punch
Je suis peut-être le seul à faire figurer ce film dans son top 10. Peut-être parce que film reprend à son compte des éléments générationnels très précis que la grande majorité considéreront comme de la sous-culture.
 
11-Intouchables
Le succès du box-office de l’année en France et peut-être même bientôt de l’histoire. Comme quoi le succès ne s’explique pas… Enfin il s’explique quand même avant tout par de formidables qualités qui font que cette comédie hilarante et intelligente a su toucher un très large public et fonctionne à la perfection.
 
12-Insidious
Un film de genre certes, mais un film de genre qui fait preuve d’une incroyable dextérité. On tremble du début à la fin, sans que jamais le film ne soit violent ou gore visuellement. Un cours magistral sur la manière de créer une tension à l’écran à partir d’éléments anodins.
 
13-Captain America
Le film de super-héros de l’année. Peut-être moins subtil que X-Men, le Commencement, il arrive à donner une crédibilité à un personnage né dans les années 40, avec un costume qui aurait pu facilement être ridicule à l’écran. Ce film réalise donc le tour de force de moderniser un des personnages les plus emblématiques de l’univers Marvel, tout en se montrant incroyablement fidèle au comics original. Le tout pour un divertissement de haut niveau.

LA DELICATESSE : Le cul entre deux chaises

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ladelicatesseafficheLa comédie romantique a longtemps été un genre totalement ignoré par le cinéma français. Pas assez profond, pas assez intellectuel très certainement. Puis les choses ont commencé à changer avec des films sympathiques comme L’Amour c’est Mieux à Deux ou la Chance de ma Vie et surtout un chef d’œuvre, l’Arnacoeur. La Délicatesse aurait pu être un nouvel bel exemple, mais en choisissant un ton plus sérieux, alors que le film n’a rien à dire, il gâche sérieusement le plaisir.

François et Nathalie ont tout pour être heureux. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont heureux. Mais la mort viendra frapper le jeune homme. Son épouse se plongera alors dans le travail et ne laissera plus d’homme entrer de près ou de loin dans sa vie pendant trois ans. Jusqu’au jour où, sans presque s’en rendre compte, elle embrasse un de ces collègues, alors que ce dernier n’a rien d’un apollon.

La Délicatesse commence sur un ton plutôt dramatique. Celui qui ignorerait tout du synopsis peut alors avoir des raisons de s’inquiéter, car ce n’est pas la mine de chien battu d’Audrey Tautou qui vous porte un film à elle toute seule. Puis enfin apparaît François Damiens. Et là tout s’éclaire. Son potentiel comique est immense et sa seule présence constitue une bonne raisons de se réjouir.

Commence alors une bonne heure de romance improbable, auquel, il faut bien l’admettre, on se prend à croire. On passe du rire à l’émotion, sans que ni l’un, ni l’autre n’atteigne jamais des sommets. La Délicatesse reste un peu le cul entre deux chaises, mais fonctionne quand même plutôt bien. On passe un bon moment et on rentre dans cette histoire. On est a pays des Bisounours, mais cela fait du bien et on a très envie de voir cet homme un peu pataud et pas très séduisant arriver à conquérir complètement cette femme qu’il trouverait inaccessible dans d’autres circonstances.

Et puis, soudainement, à une petite demi-heure de la fin, la Délicatesse arrête d’être drôle pour prendre un ton beaucoup plus sérieux, pour ne pas dire pédant. On a l’impression que les frères Foenkinos nous disent « bon assez rigoler, maintenant on va vous donner de la profondeur ». Sauf qu’expliquer que les mecs gentils et délicats, même s’ils ne sont pas très beaux, peuvent eux aussi séduire les plus belles femmes, ce n’est pas être profond, c’est nous livrer un cliché cinématographique des plus éculés. Du coup, le ton devient complètement inapproprié au propos et le film devient strictement sans intérêt.

ladelicatesseEn fait, la Délicatesse en ne choisissant pas pleinement le ton de la comédie met lui-même en lumière ses propres limites. François Damiens est largement sous-exploité et Audrey Tautou est incapable d’être au même niveau sur ce plan là. Au final, on assiste donc à un film bancal qui fait plus rire que sourire et qui ne convainc pas par ailleurs. On en ressort avec un léger sentiment de gâchis. Les frères Foekinos ont sûrement cherché à être fidèles à l’œuvre de David, mais ils ont du coup légèrement oublié d’en faire vraiment un film.

Le duo François Damiens – Audrey Tautou fonctionne donc très bien sur le plan des sentiments. Sur le potentiel comique, l’acteur belge écrase évidemment sa partenaire, même si on a vraiment le sentiment qu’il est sérieusement bridé par les choix de réalisations. Le reste du casting est sympathique, mais sans plus. Enfin, il y a Audrey Fleurot… Ah Audrey…

La Délicatesse nous prouve qu’en cette année faste pour lui, le cinéma français est encore capable de tomber dans ses pires travers en se prenant parfois beaucoup trop au sérieux.

 
Fiche technique :
Production : 2,4,7 Films, StudioCanal, France 2 cinéma
Distribution : StudioCanal
Réalisation : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Scénario : David Foenkinos, d’après son propre roman
Montage : Virginie Bruant
Photo : Rémy Chevrin
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Emilie Simon
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Durée : 108 mn

Fiche technique :
Audrey Tautou : Nathalie
François Damiens : Markus
Bruno Todeschini : Charles
Mélanie Bernier : Chloé
Joséphine de Meaux : Sophie
Pio Marmai : François
Ariane Acaride : la mère de Nathalie
Christophe Malavoy : le père de Nathalie
Monique Chaumette : la grand-mère de Nathalie

A DANGEROUS METHOD : Cronenberg moins à l’aise à la lumière

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adangerousmethodafficheA Dangerous Method de David Cronenberg est la dernière sortie cinématographique très attendue de 2011. Un sujet audacieux, un duo d’acteurs qui semblait être fait pour tourner devant la caméra du réalisateur canadien. Bref, beaucoup de promesses. Malheureusement, le film est loin de toutes les tenir.

Le docteur Carl Jung décide de s’inspirer des travaux révolutionnaires de Sigmund Freud pour soigner une patiente hystérique, Sabrina Spielrein. Très vite, les résultats sont probants et la jeune femme devient même son assistante… et plus. En même temps, il commence une correspondance avec le maître viennois de la psychanalyse. Ce dernier se révèle être une figure tutélaire enrichissante, mais aussi intransigeante.

Film historique sur les débuts de la psychanalyse, mais aussi récit classique de la relation entre un maître et son élève, A Dangerous Method brille par l’intérêt de son sujet. On prend plaisir à voir s’humaniser des personnages qui ont habité nos cours de philo et qui ont surtout été à l’origine d’un des bouleversements majeurs de notre perception de l’être humain. Sur le fond, notamment le conflit entre Freud, persuadé que tout se rapporte au sexe, et Jung qui veut élargir le champ de cette science nouvelle, le film est vraiment prenant et rend vivant des éléments qui étaient parfois rébarbatifs scolairement.

Mais David Cronenberg a échoué à insuffler le petit quelque chose qui aurait pu donner à A Dangerous Method une dimension supplémentaire. Car si l’aspect historique est parfaitement réussi, la description des relations entre les deux hommes et entre le docteur et sa patiente n’arrive pas totalement à nous passionner et à nous convaincre. Le propos est crédible, mais il manque une profondeur et une originalité qui auraient vraiment fait la différence. Que les grands hommes aient des relations ordinaires constitue certes déjà une thèse intéressante, mais peut-être pas suffisante pour en faire un film.

adangerousmethodA Dangerous Method est d’une forme extrêmement classique. Le sujet était pourtant très « cronenbergien », avec une exploration des faces cachées des personnalités humaines. Mais pris par la dimension historique, le réalisateur n’a pas su nous offrir son habituel regard sur la noirceur des âmes. La photographie reste élégante, la direction d’acteur parfaite, mais cela reste extrêmement lisse et lumineux, loin de l’ambiance sombre et inquiétante de Les Promesses de l’Ombre notamment. Les fans seront donc un peu décontenancés. Le style est peut-être plus accessible que d’habitude, mais il semblerait que le génie du Canadien s’y exprime avec moins d’aisance.

A Dangerous Method signe une nouvelle collaboration entre David Cronenberg et Viggo Mortensen. Les deux hommes se connaissent visiblement très bien et on ne pourra rien reprocher à l’interprétation. Surtout que le reste du casting se montre au niveau. Michael Fassbender conclue une année qui l’aura vu multiplier les apparitions dans des rôles parfois difficiles, mais en faisant preuve d’un talent constant et bien supérieur à la moyenne. Mais la plus grande surprise de ce film reste la performance de Keira Knightley que l’on n’attendait pas dans un rôle aussi physique avec autant de réussite. Enfin, on notera l’apparition d’un Vincent Cassel qui n’apporte pas grand-chose au propos, mais sans que l’acteur ne soit à blâmer.

A Dangerous Method ne conclue donc pas l’année cinématographique en beauté, comme on aurait pu l’espérer. Un film intéressant, mais qui est très loin d’exploiter pleinement le potentiel du sujet.

Fiche technique :
Production : Recorded Picture Company (RPC), Lago Film, Prospero Pictures
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : Christopher Hampton, d’après les oeuvres de Christopher Hampton et John Kerr
Montage : Ronald Sanders
Photo : Peter Suschitzky
Décors : James McAteer
Musique : Howard Shore
Directeur artistique : Nina Hirschberg, Frances Soeder, Anja Fromm
Durée : 99 mn

Casting :
Keira Knightley : Sabrina Spielrein
Viggo Mortensen : Sigmund Freud
Michael Fassbender : Carl Jung
Vincent Cassel : Otto Gross
Sarah Gadon : Emma Jung

CHOMAGE, YFO, YAKA

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chomage2Alors que Xavier Bertrand nous promettait encore il y a peu une courbe qui allait s’inverser, les chiffres du chômage continuent de battre des records mois après mois. A chaque parution des chiffres donnés par l’INSEE les articles de journaux foisonnent. Ils donnent généralement deux bonnes occasions d’être consternés.

Déjà par les commentaires laissés par les internautes. Bon, il est vrai qu’ils offrent souvent de grands moments de pensées et d’analyses profondes, quand ils ne proviennent pas tout carrément de la cellule web du Front National. Mais à propos du chômage, on bat tous les records. En effet, il s’y développe la vieille théorie du « quand on veut vraiment bosser, on y arrive ». Voilà une idée toute faite qui n’est généralement formulée que par des gens qui n’ont jamais eu l’occasion de chercher du travail en période de crise économique. 3 millions de chômeurs ne sont pas égaux à 3 millions de feignants.

On nous rétorque aussi que de nombreux recruteurs n’arrivent pas à trouver de candidats satisfaisants à leurs exigences. Par contre, ceux qui avancent cet argument qu’ils jugent massue oublient de se demander si le problème, ou au moins une partie, ne proviendrait pas justement de ces exigences. J’en ai récemment parlé avec un ingénieur suisse qui m’a bien confirmé que la France était le seul pays au monde à accorder autant d’importance au diplôme. Le recruteur français de base voudrait toujours trouver un candidat ayant exactement le bon cursus, le bon diplôme, les bons stages et la bonne expérience. Bref, le candidat doit prouver qu’il a voulu, depuis son berceau, exercer exactement ce métier et que l’entretien représente l’aboutissement d’un rêve.

Les entreprises françaises souffrent d’un grave handicap culturel. Elles ne savent pas prendre de risque dans leur recrutement et ont des fonctionnements gérontocratiques qui privent notre pays de plusieurs points de croissance. Vous ne savez pas quoi faire faire à un jeune diplômé ? Lui saura… En effet, c’est lorsque l’on finit ses études que l’on a la connaissance la plus pointue des innovations en cours dans son domaine, mais aussi une compréhension plus fine des tendances sociétales à venir. Il n’est ainsi pas étonnant de voir notre pays rater régulièrement les grands virages. Je me rappelle d’avoir visité le stand de St Gobain au salon du bâtiment en 2007, au milieu duquel trônait un superbe panneau solaire. Il faut dire que le photovoltaïque avait alors le vent en poupe. Cependant, les animateurs du stand m’ont expliqué qu’il était là surtout pour faire joli parce que l’entreprise venait juste de se pencher sur la question et que rien ne serait prêt avant un an. On peut imaginer à quel point l’équipe chargée de la stratégie d’entreprise devait être jeune, dynamique et capable d’anticiper les nouvelles tendances.

Mais la consternation se poursuit quand les articles traitent des solutions à apporter. On assiste alors à un festival de « il faut », « y’a qu’à » de la part des politiques, économistes, patrons ou syndicalistes, comme si le chômage pouvait être résorbé par une seule mesure magique. Cette dernière n’existe pas et chaque mesure présente ses avantages et ses inconvénients. On assiste généralement à des discours qui parent les actions proposées de toutes les vertus ou à l’inverse de tous les maux. Il est évident que cette question ne peut être traitée que par une politique à la fois économique, sociale et fiscale. Il faut de la croissance, de l’activité, de l’optimisme, des perspectives, des possibilités de rencontres entre recruteurs et candidats, des procédures d’embauches plus légères, un coût du travail le plus bas possible, mais aussi de la consommation pour soutenir l’activité, une épargne pas trop forte et donc pas trop de précarité… Bref beaucoup de choses parfois totalement contradictoires et qui ne peuvent sûrement pas se résumer en une phrase, soit-elle sortie de la bouche du plus brillant des économistes.

On n’a jamais résolu un problème aussi complexe que la persistance du chômage par le déni ou des slogans. Malheureusement, ces derniers restent encore le meilleur moyen de gagner les élections… Tiens je viens de faire à mon tour une belle phrase toute faite…

LE HAVRE : Humanisme décalé

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lehavreafficheJ’ai découvert Ari Kaurismaki un peu par hasard. Enfin, je l’aurais peut-être découvert de toute façon, mais j’avais reçu une invitation pour une avant-première mystère, c’est-à-dire sans savoir quel film j’allais voir, dans le cadre du label des spectateurs UGC. J’avais alors espéré qu’il s’agisse du Pianiste de Roman Polanski, mais j’avais eu la surprise d’assister à un film finlandais, l’Homme sans Passé. Je ne l’avais absolument pas regretté. J’ai donc été très heureux de le voir tourner à nouveau en France et nous proposer son nouveau film, Le Havre.

Marcel Marx est cireur de chaussures au Havre. Autant dire qu’il ne roule pas sur l’or. Heureusement, Arletty, sa femme, est là pour prendre soin de lui. Mais cette dernière tombe malade et doit être hospitalisée. Marcel va donc devoir se débrouiller seul. C’est alors qu’il croise le chemin d’Idrissa, immigré clandestin qui s’est échappé quand le reste de son groupe s’est fait arrêter sur le port, alors qu’ils tentaient de rejoindre Londres, cachés dans un conteneur. Il mettra alors tout en œuvre pour aider le jeune garçon.

Le Havre est une fable. Pour preuve son caractère intemporel. S’il renvoie à des évènements politiques très récents, notamment le démantèlement du camp de réfugiés de Sangatte, l’univers visuel, les objets, les habits nous revoient plutôt vers les années 60. Ari Kaurismaki a voulu ainsi donner un caractère plus universel à son film qui constitue un très beau moment d’humanisme. Un film sur la solidarité contre les logiques déshumanisées.

Le Havre est un film simple au message clair et direct. C’est ce qui en fait sa plus grande force, mais aussi sa plus grande limite. Pas d’esbroufe, mais une forme qui ne sublime pas son propos et se contente de le porter. Mais cette simplicité est aussi vecteur d’une grande poésie car elle crée un décalage complet par rapport aux canons du cinéma d’aujourd’hui, lui donnant un côté… décalé justement. En fait, c’est un peu comme si c’étaient les rapports humains et la solidarité qui étaient eux-mêmes décalés à notre époque.

On retrouve dans le Havre, ce qui fait le charme du cinéma d’Ari Kaurismaki. Un regard d’une grande tendresse sur le genre humain, ses forces et ses faiblesses. Il n’a pas son pareil pour rendre ses personnages attachants, en faisant toujours preuve d’un humour très subtil et souvent ironique. Ce film vaut autant pour son intrigue que pour la galerie de protagonistes souvent lunaires, mais qui ont toujours en eux quelque chose qui nous renvoie à nos voisins et évidemment à nous-mêmes.

lehavreUne seule chose m’a cependant quelque peu déranger dans Le Havre. C’est l’interprétation très particulière d’André Wilms. Ce vieux routier du cinéma français tient là un de ses rares premiers rôles. Il livre une performance décalée qui colle assez bien avec l’esprit du film, mais qui je trouve sonne souvent faux. Du coup, au lieu d’être lunaire, son personnage semble juste interprété par un très mauvais acteur. Ce qui n’est pourtant pas le cas.

Le reste du casting est par contre tout à fait à la hauteur, au premier rang duquel Jean-Pierre Daroussin. Il est égal à lui-même, ce qui ne constitue pas le dernier des compliments. Oui, bon, je sais j’ai déjà employé cette expression pour Ruppert Everett dans ma précédente critique. Mais que voulez-vous, elle est très pratique pour parler d’un très bon acteur qui est très bon.

Le Havre constitue donc une belle surprise de ce début d’année. Un joli moyen, très poétique, de nous rappeler à l’essentiel.
 
Fiche technique :
Production : Sputnik Oy, Pyramide productiond, Pandora film
Réalisation : Aki Kaurismäki
Scénario : Aki Kaurismäki
Montage : Timo Linnasalo
Photo : Timo Salminen
Décors : Wouter Zoon
Distribution : Pyramide distribution
Son : Tero Malmberg
Durée : 93 mn
 
Casting :
André Wilms : Marcel Marx
Kati Outinen : Arletty Marx
Jean-Pierre Darroussin : Inspecteur Monet
Blondin Miguel : Idrissa
Elina Salo : Claire
Evelyne Didi : Yvette
Quoc-Dung Nguyen : Chang
Jean-Pierre Léaud : le dénonciateur
Pierre Etaix : Dr Becker
Roberto Piazza : Little Bob

BECKHAM, INVESTISSEMENT A RISQUE ?

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beckhamAlors que la tempête médiatique liée au renvoi inique d’Antoine Koumbouaré est vite retombée avec la trêve des confiseurs, le PSG continue d’occuper la une de l’actualité sportive. C’est désormais l’arrivée de David Beckham sous les couleurs parisiennes qui occupent toutes les conversations. Et si le changement d’entraîneur a fait l’unanimité contre lui, le recrutement de la star la plus médiatique du ballon rond divise profondément.

Premier élément de débat son âge. Il est vrai que 36 ans n’est pas tout à fait synonyme d’avenir prometteur et à long terme. Mais il ne faut pas entrer dans l’excès inverse qui pousse les clubs de notre pays à vouloir se débarrasser à tout prix des joueurs de plus de 30 ans. La très belle saison de Cédric Barbosa est là pour prouver qu’il faut savoir parfois faire confiance à des joueurs que d’autres voudraient mettre d’office à la retraite. Le titre de meilleur joueur de Premier League de Ryan Giggs et le capitanat de Javier Zanetti à l’Inter en sont d’autres exemples remarquables.

Cependant tous ces joueurs présentent des différences notables avec le cas Beckham. Barbosa évolue dans un petit club. Quant à Giggs et Zanetti, ils ont « vieilli » au sein de leur club dont ils portent les couleurs depuis plus de dix ans. Il est donc difficile d’émettre un pronostic quant à la réussite du milieu anglais au PSG. Si le bide n’a rien de certain, il n’a rien d’impossible non plus.

Reste la question financière qui occupe le centre des débats. Quoiqu’il en soit, David Beckham ne vaudra plus jamais « sportivement » 800 000 euros par mois. Qu’il apporte un vrai plus, c’est possible, mais là on parle d’un salaire d’une méga star mondial dans la force de l’âge. Mais le Spiceboys vaut économiquement bien plus que son apport sur le terrain. Cet investissement est beaucoup plus rationnel et moins risqué que les 42 millions alignés pour le transfert de Pastore. Le retour sur investissement est quasi obligatoire par les retombés en termes de marchandising et de notoriété à l’étranger, en Asie notamment, où David Beckham est un demi-dieu.

Tout cela ne règle pas la question morale… Mais voilà une dimension ignorée par le monde du football et Leonardo en particulier.

OH MY GOD ! : Plaisir électrique

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ohmygodafficheUne fois n’est pas coutume, je vais saluer la bonne idée d’un traducteur qui a substitué un titre en anglais… à un autre titre en anglais (genre Fast and Furious pour the Fast and the Furious). En effet, le film dont je vais vous parler aujourd’hui porte le titre original de Hysteria, alors qu’il est sorti sur nos écrans sous le nom de Oh my God ! Cela aurait pu être ridicule, si cela ne proposait un excellent jeu de mot, puisque ce film nous parle de l’invention du…vibromasseur.

Mortimer Granville est un médecin idéaliste qui croit en les progrès scientifiques de l’hygiène et de la médecine. En butte à l’autorité de sa hiérarchie qui ne croit pas en l’existence des microbes, il finit une nouvelle fois par se faire renvoyer. Il retrouve une place chez un gynécologue, spécialiste des soins aux femmes hystériques sous forme de massage de la vulve. Il connaît tout de suite un succès foudroyant, mais son poignet a du mal à suivre. Avec son meilleur ami, fasciné par les nouvelles possibilités offertes par l’électricité, ils vont mettre au point un appareil massant automatique.

Oh my God ! est une pure comédie anglaise, à la fois drôle, décalée et irrévérencieuse. Elle arrive magistralement à parler de sexe et de masturbation sans pour autant être une seule seconde vulgaire. Les choses sont dites crûment, mais dans un univers médical où l’emploi de termes rigoureusement scientifiques est de rigueur. C’est justement ce décalage qui constitue le principal ressort comique de ce film. Il est exploité pleinement et avec beaucoup de subtilité et d’efficacité. On ne rit pas forcément aux éclats du début à la fin, mais on sourit au moins tout le temps et on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Mais à la pure comédie s’ajoute aussi un propos social. Là encore, on est dans la plus pure tradition du cinéma britannique, en particulier depuis The Full Monty. Si la lutte des classes est largement évoquée, c’est surtout le féminisme qui prédomine. Bon, cet aspect est lui beaucoup moins subtil et beaucoup moins réussi. Au moins le message est clair, direct et compréhensible par tous, mais du coup, il n’apporte rien de bien nouveau, ni rien qui ne soit évident. Alors bien sûr, il y a certains messages qu’il n’est jamais superflu de rabâcher. Disons simplement que cela n’apporte pas vraiment de plus-value au film.

ohmygodEnfin, Oh my God ! présente aussi un petit aspect romance, mais il resgte vraiment cousu de fil blanc. Cependant, comme on s’attache vraiment aux personnages, cela passe comme une lettre à la poste. Cela représente plus un fil rouge narratif support de la comédie qu’un vrai facteur de tension. Rien de bien génial donc, mais rien de bien gênant non plus.

Hugh Dancy tient le haut de l’affiche de Oh my God ! Il tient là son premier premier rôle dont il s’acquitte avec talent, à défaut de génie. Mais les deux vraies vedettes de ce film sont Maggie Gyllenhaal qui ne sait toujours pas qu’elle finira par m’épouser et Ruppert Everett, égal à lui-même, ce qui constitue en soi un fort beau compliment. Une mention spéciale également à la sémillante Sheridan Smith, qui apporte une pointe de « coquinerie » à ce film.

Oh my God ! n’est certainement pas la comédie de l’année mais propose un divertissement rafraîchissant pour ces fêtes de fin d’année. Comme à son habitude, même quand il n’est pas génial, le cinéma anglais reste quand même très bon.

Fiche technique :
Production : Informant media, Forthcoming Films, Beachfront films, Chimera Films, arte France cinema
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Tanya Wexler
Scénario : Jonah Lusa Dyer, Stephen Dyer, Howard Gensler
Montage : Jon Gregory
Photo : Sean Bobbitt
Décors : Sophie Becher
Musique : Christian Hensen
Durée : 100 mn

Casting :
Maggie Gyllenhaal : Charlotte Dalrymple
Hugh Dancy : Dr Mortimer Granville
Jonathan Pryce : Dr Robert Dalrymple
Felicity Jones : Emily Dalrymple
Ruper Everett : Mprs Edmund St John Smythe

ZAPPONS 2011

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zappingEn regardant l’année du zapping, je me suis demandé si la fin du monde n’était pas proche. En effet, pas beaucoup de raison de se réjouir dans ce déluge d’images plutôt déprimantes. D’habitude, ce rendez-vous traditionnel de fin d’année fait passer le spectateur du rire aux larmes dans une à peu près égale proportion. En 2011, ce ne fut pas vraiment le cas. Bien sûr cela tient aux choix des monteurs, mais aussi à la nature de l’actualité en cette année qui se termine et qui ne nous a pas donné que des raisons de nous réjouir.

Bien sûr, le printemps arabe constitue une excellente nouvelle avec le départ d’un nombre non négligeable de dictateurs et même si d’immenses incertitudes pèsent sur l’avenir politique de ces pays. Mais cela nous a rappelé aussi à quel point la communauté internationale, et la France au tout premier plan, a pu être complice de ces régimes pendant tant de temps. Notre retournement de veste vis à vis de Khadafi fut de loin le plus spectaculaire. Mais ces images de lutte et de répression nous rappellent aussi à quel point le chemin est encore long dans bien des pays, en Syrie notamment. Et surtout, combien de régimes dictatoriaux en Asie centrale ou en Afrique demeurent dans l’indifférence générale ? Le spectacle offert par la Corée du Nord nous a rappelé que l’autocratie a encore de beaux jours devant elle.

Ensuite, il y a eu toute l’actualité liée à la crise financière et le spectacle affligeant offert par les élites dirigeantes de nos pays. Et les extraits d’un documentaire sur la manière dont Goldman Sachs arrive à placer des anciens de la maison dans à peu près tous les gouvernements nous montre que le bout du tunnel est encore loin. Les pompiers pyromanes nous dirigent, les derniers en date étant les nouveaux Président du Conseil Italien et le Président de la Banque Centrale Européenne. Rien que ça… De quoi avoir un peu peur…

2012 sera-t-elle plus souriante ? On peut peut l’espérer puisqu’il n’y a pire ennemi du progrès que la peur et le pessimisme. A notre échelle hexagonale, il s’agira évidemment d’une année exaltante avec les élections qui s’annoncent. Cependant, on sait bien que cela ne pourra modifier de manière brutale la marche du monde. Mais plus personne n’a désormais ce pouvoir. C’est qui fait le pouvoir des élites financières qui, elles, agissent de manière unie et coordonnée. Alors ne lâchons pas et apportons par notre bulletin de vote notre goutte à un océan 2012 qui donnerait enfin des raisons de se réjouir.

17 FILLES : Bien traité, à défaut d’être convaincant

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17fillesafficheLes films sur l’adolescence sont généralement de très mauvais films. Le plus souvent les personnages ne ressemblent strictement à rien, en tout cas pas à un jeune de la vraie vie vraie… même si l’ado de la vraie vie vraie ne ressemble effectivement généralement à rien, mais c’est un autre débat. A chaque nouvelle production de ce genre, on peut donc s’attendre au pire. 17 filles en est un nouvel exemple, mais se démarque par des protagonistes enfin réalistes… à défaut que l’ensemble soit réellement convaincant.

La jeune Camille, jeune lycéenne, tombe accidentellement enceinte. Elle est terrifiée, mais décide tout de même de garder le bébé. Mais pour finir de conjurer son angoisse, elle arrive à convaincre plusieurs de ses camarades de faire comme elle pour qu’elles élèvent leurs enfants toutes ensemble.

17 filles est inspiré de faits réels. La manière dont les sœurs Coulin ont insisté sur ce point que ce soit lors de la promotion et avec la mention au début du film montre bien qu’elles n’ont qu’une peur : qu’on ne croit pas du tout à cette histoire. Le problème est que quand on regarde les choses de plus près, on s’aperçoit que la transposition entre la réalité et la fiction a pris quelques libertés. En effet, les faits en question se sont déroulés aux Etats-Unis, alors que le film se déroule à Lorient. On peut donc facilement imaginer que le contexte n’est pas tout à fait le même, avec un thème social sous-jacent, celui de la perte de dynamisme économique de la ville, qui s’applique à un contexte très franco-français.

Pris individuellement, tous les personnages d’adolescentes sont assez convaincants, réalistes et provoquent un certain attachement de la part du spectateur. Pour le coup, ça change vraiment des productions habituelles où ce genre de rôle provoque plutôt une aversion complète, comme par exemple pour Les Beaux Gosses, où les deux protagonistes principaux étaient absolument insupportables et antipathiques. Cette sympathie est vraiment ce qui sauve 17 Filles, qui fait que l’on s’intéresse malgré tout à ces jeunes filles et à leur choix quelque peu surprenant.

Malheureusement, ce n’est pas parce qu’on s’y intéresse, que l’on y croit vraiment. Déjà, il y a quelque chose d’extrêmement choquant, c’est l’absence total de personnage masculin. Certes, le propos est centré sur les jeunes filles, mais les deux sœurs Coulin auraient pu s’intéresser au moins un minimum à la réaction des garçons. Surtout que l’on évoque largement la réaction des professeurs et des parents. Ces adolescents savent quand même avec qui ils ont couché et ne doivent quand même être totalement indifférents à voir leurs conquêtes porter leur bébé. Cela appauvrit terriblement le propos et lui faire perdre une large part de sa crédibilité.

17fillesOn appréciera tout de même la sensibilité avec laquelle les sœurs Coulin ont traité le propos dans 17 filles. Elle s’attachent vraiment à nous faire ressentir toutes les émotions typiques de l’adolescence. En cela, le film est une vraie réussite. Le contexte est certes exceptionnel, mais au fond, on ne nous fait partager que des sentiments que beaucoup de nous ont ressenti à un moment ou à un autre entre 13 et 18 ans. L’ordinaire et l’extraordinaire se mêlent donc dans ce film qui, s’il laisse parfois perplexe, maintient l’intérêt du spectateur de bout en bout. On peut être, comme moi, absolument pas convaincu, mais sans pour autant s’être ennuyé.

Réunir un casting adolescent n’est pas toujours chose facile, car, à cet âge, on a souvent perdu la spontanéité qui fait des jeunes enfants souvent des acteurs naturels. Mais 17 filles nous offre une jolie brochette de jeunes actrices prometteuses. Louise Grinberg tient le rôle principal ce qu’elle assume parfaitement, peut-être grâce à son expérience accuse par sa prestation dans Entre les Murs. On saluera également la très jolie performance de Yara Pilartz qui fait de son personnage un des plus marquants du casting.

17 Filles propose donc une histoire quelque peu inattendue et bien traitée, mais à laquelle il est parfois difficile d’y croire. Comme quoi la réalité dépasse parfois la fiction.

Fiche technique :
Production : Archipel 35
Réalisation : Muriel Coulin, Delphine Coulin
Scénario : Muriel Coulin, Delphine Coulin
Montage : Julien Bourdeau
Photo : Jean-Louis Vialard
Décors : Benoît Pfauwadel
Distribution : Diaphana Films
Son : Olivier Mauvezin
Maquillage : Sylvie Aid-Denisot
Durée : 87 mn

Casting :
Noémie Lvovsky : L infirmière scolaire
Esther Garrel : Flavie
Roxane Duran : Florence
Juliette Darche : Julia
Louise Grinberg : Camille
Florence Thomassin : la mère de Camille