THE LADY : Sous le film politque, le mélo

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theladyafficheLuc Besson est un peu le Jean-Jacques Goldman du cinéma. Il écrit et produit de la bouse en tube pour les autres et garde ses éclairs de génie pour lui-même. Enfin génie est peut-être un bien grand mot, mais au moins un réel et incontestable talent. Une nouvelle preuve avec The Lady avec un sujet plutôt inattendu pour le réalisateur du Grand Bleu et du Cinquième Elément, mais un sujet plutôt maîtrisé.

Michael Aris annonce à son frère qu’il est atteint d’un cancer et n’en a plus pour longtemps. Les derniers jours de sa vie, il ne pourra les passer auprès de son épouse. Car cette dernière est San Suu Kyi, leader de l’opposition birmane et assignée à résidence dans son pays. Une femme qui voue sa vie au combat pour la démocratie. Un combat qui la pousse à tout sacrifier.

The Lady porte assez mal son nom. Ou plutôt, il passe sous silence ce qui constitue une bonne moitié de ce film. Il aurait du plutôt s’appeler The Lady and his husband. En effet, les deux personnages jouent chacun un rôle aussi important l’un que l’autre et leur relation constitue le vrai fil rouge de l’intrigue. On n’est donc pas devant le film avant tout politique auquel on s’attendait, mais aussi face à un pur mélo, combien même le contexte est quant à lui extraordinaire (au sens premier du terme).

The Lady peut décevoir si on n’accepte pas le fait de ne pas assister au spectacle attendu. Mais on peut aussi se laisser prendre dans cette histoire qui fonctionne parfaitement. L’émotion est réelle et arrachera des larmes même aux plus durs à cuire. Et puis, on apprend tout de même beaucoup de choses sur San Suu Kyi, son histoire et son combat. Le portrait est très intime, presque people diront les détracteurs, mais même les grands hommes ont une vie privée. On peut trouver regrettable de faire passer le combat contre la junte birmane au deuxième plan derrière des drames domestiques, mais le film cherche à montrer comment la petite histoire se mêle à la grande, même si c’est cette dernière que la postérité retient.

Si on se laisse totalement prendre par The Lady, il faut bien admettre que faire pleurer avec un cancer n’est pas non plus l’exploit cinématographique du siècle. Dans un autre contexte, on trouverait peut-être ça larmoyant et insupportable. L’émotion est un peu facile. Mais elle est là et bien là, alors on ne peut que saluer le talent de Luc Besson pour avoir su masquer certaines grosses ficelles qu’il emploie. Le cinéma, c’est comme la magie, il y a des trucs qui marchent à tous les coups, du moment qu’ils sont réalisés avec assez d’habileté. Après, on peut toujours jouer a posteriori les « on ne me la fait pas à moi », n’empêche que sur le moment, on y a vu que du feu !

theladyThe Lady nous rappelle aussi que Luc Besson sait tenir une caméra. On l’oublie souvent, mais ses films sont souvent visuellement très travaillés et c’est sûrement un de meilleur dans ce domaine avec Jean-Piere Jeunet au niveau de l’Hexagone. Il a opté cette fois pour la sobriété mais il alterne les scènes intimistes avec les scènes de foule avec le même bonheur. Par contre, il s’obstine à confier la bande-originale à Eric Serra, son éternel complice, qui continue à faire un tantinet dans le too much. Du coup, au lieu de porter l’émotion, elle exaspère parfois par une lourdeur superflue.

Niveau interprétation, on retiendra la métamorphose de Michelle Yeoh, qui rejoint la longue liste des acteurs mimétiques d’un personnages célèbres. Pas de prothèse ou de maquillage, juste du talent à l’état pur, comme en avait fait preuve Forest Whitaker dans le Dernier Roi d’Ecosse ou Jamie Foxx dans Ray. Mais il ne faut pas oublier David Thewlis, le Remus Lupin de Harry Potter, qui, vous l’aurez compris, n’est pas loin finalement d’occuper le rôle principal. Il contribue lui aussi à tirer le film vers le haut dans un très beau rôle.

The Lady n’est sans doute pas un grand film. Il possède certaines limites qui auraient pu être dans d’autres circonstances totalement rédhibitoires. Mais au final, le film fonctionne parfaitement et le spectateur finit par adhérer. San Suu Kyi méritait peut-être mieux, mais Luc Besson n’a sûrement pas à rougir de ce bel hommage.

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Left Bank Pictures, France 2 Cinéma
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Rebecca Frayn
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Son : Ken Yasumoto, Didier Lozahic
Musique : Eric Serra
Costumes : Olivier Bériot
Durée : 127 mn

Casting :
Michelle Yeoh : Aung San Suu Kyi
David Thewlis : Michael Aris, Anthony Aris
Jonathan Raggett : Kim
Jonathan Woodhouse : Alex
Susan Wooldridge : Lucinda
Benedict Wong : Karma
Htun Lin : Général Ne Win

LE STRATEGE : Un histoire plutôt bath

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lestrategeafficheLe cinéma et le sport ne font pas forcément bon ménage, à l’exception notable de la boxe. Le mélange des deux a plus souvent donné des navets que des chefs d’œuvre. Cependant, il arrive que le résultat soit tout de même de qualité. C’est le cas de Le Stratège, le nouveau film de Bennett Miller, avec Brad Pitt dans le rôle titre.

En 2002, l’équipe de baseball d’Oakland fut tout proche de remporter le titre suprême, malgré un budget très limité. Mais du coup, ses trois meilleurs joueurs partent pour des clubs plus fortunés. Pourtant, Billy Beane, en charge du recrutement, ne renonce pas à mener son équipe à la victoire. Il embauche pour le seconder un jeune statisticien qui lui propose une méthode « scientifique » pour recruter des joueurs. Le duo va en attirer plusieurs sur lesquels aucune autre franchise n’était prête à miser. Les moqueries ne manquent pas de fuser, au sein même du club. Mais les résultats seront-ils au rendez-vous ?

La petite consiste en un portrait d’un homme qui vit sa vie par procuration, pour citer un chanteur français célèbre. Il ne met pas du vieux pain sur son balcon, mais cherche dans son métier de recruteur à exorciser une carrière de joueur extrêmement médiocre, alors qu’on faisait de lui une future star, statut qu’il n’a jamais confirmé. Cette partie est vraiment réussie et si le contexte sportif est omniprésent, il nous parle tout simplement de la nature humaine. Mais il s’agit d’un portrait vraiment vivant, tracer au fil de l’intrigue, jamais dans la contemplation.

La grand histoire repose dans le destin de cette équipe dont la saison fut légendaire pour bien des raisons. On est là devant une histoire très hollywoodienne du David qui défie les Goliath, armé de sa simple intelligence et d’une inébranlable volonté. On est là en plein rêve américain, même si ce genre de mythe est lui aussi universel. L’histoire étant vraie, cela reste crédible et évite totalement le ridicule sympathique d’un A nous la Victoire par exemple. En tout cas, on se prend à aimer cette équipe et même ceux qui ne comprennent rien aux règles pourront avoir des raisons de s’enthousiasmer…

lestratege… Mais soyons honnêtes. Le Stratège souffre tout de même d’une limite indéniable pour nous, pauvres Français. Il s’agit de baseball, un sport totalement obscur pour nombre d’entre nous. Heureusement grâce à ma Wii, je connais désormais les règles, mais je me souviens aussi d’être déjà tombé sur du baseball à la radio quand j’étais au Québec et d’avoir entendu la retransmission la plus inintéressante qui soit, vu qu’il ne se passe à peu près rien la plupart du temps. Du coup, il manque cette dernière étincelle qui aurait pu donner à ce film une dimension supplémentaire. Si les qualités cinématographiques sont indéniables, il manque un écho à nos propres émotions. Certes, on peut facilement transposer tout cela à un sport qui nous est plus familier, mais cela rend les sentiments plus distants, moins profonds et moins naturels.

Le Stratège constitue un rôle taillé sur mesure pour Brad Pitt. Il épouse totalement son personnage, même si là encore, on a du mal à voir à quel point il s’approche de l’original. Par contre, on peut regretter qu’on lui ait encore confié un rôle où il doit passer son temps à mâchonner quelque chose. Du coup, on a parfois l’impression qu’il s’imite lui-même. Enfin, c’est assez léger et ne vient en rien gâcher le plaisir. On appréciera aussi la jolie performance de Jonah Hill, qui nous avait plutôt habitué aux mauvaises comédies lourdingues. Enfin, Philippe Seymour Hoffman est égal à lui-même, ce qui est gage de qualité.

Au final, le Stratège est un beau moment de cinéma, mais qui souffre, très légèrement certes, d’un des rares vrais décalages culturels entre les deux rives de l’Atlantique.

 
Fiche technique :
ProduBrad Pitt : Billy ction : Film Rites, Michael De Luca Productions, Scott Rudin Productions, Specialty Films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Bennett Miller
Scénario : Steve Zaillian, Aaron Sorkin, d’après le livre de Michael Lewis
Montage : Christopher Tellefsen
Photo : Wally Pfister
Décors : Jess Gonchor
Musique : Mychael Danna
Durée : 133 mn

Casting :

Beane
Jonah Hill : Peter Brand
Philip Seymour Hoffman : Art Howe
Robin Wright : Sharon
Chris Pratt : Scott Hatteberg
Stephen Bishop : David Justice

 

OR NOIR : Du pétrole, mais pas beaucoup d’idées

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ornoirafficheJean-Jacques Annaud a longtemps été en quelque sorte le James Cameron français. Il faut dire qu’avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger pour son premier long métrage, la Victoire en Chantant en 1976, vous ouvre pas mal de portes et délie plus facilement la bourse des producteurs à l’international. Le problème est qu’après avoir enchaîné trois chefs d’œuvre, Coup de Tête, la Guerre du Feu et le Nom de la Rose, sa carrière s’apparente désormais de plus en plus à un long et inexorable déclin. Sa dernière œuvre, Or Noir, l’enfonce malheureusement encore un peu plus. A tel point qu’on a désormais envie de le comparer plutôt à Roland Emmerich.

Dans les années 30, deux émirs mettent fin à plusieurs années de guerre sanglante. Une des conditions de la paix et de déclarer la bout de désert qu’il se dispute comme un no man’s land qui n’appartient à personne. L’équilibre semble perdurer jusqu’au jour où des prospecteurs américains y trouvent du pétrole et arrose d’argent un des deux émirs, quand l’autre refuse tout contact avec ces infidèles. La guerre va-t-elle reprendre ?

Or Noir est tout simplement un très mauvais film. Et le plus remarquable, c’est qu’il l’est à tout point de vue. Déjà, le scénario ressemble à un film d’aventures de série B des années 60, la désuétude et la nostalgie en moins. Ramassis de clichés, il développe une intrigue aussi peu crédible qu’elle est prévisible. Les personnages sonnent tous incroyablement faux, sombrant souvent dans un ridicule involontaire et consternant. Quant aux dialogues, on se pince parfois pour croire ce qu’on entend. Ca serait réellement drôle si cela ne se prenait pas autant au sérieux, sans aucun humour, ni second degré.

ornoirMais le pire dans Or Noir reste la direction d’acteurs. Je ne pouvais pas imaginer qu’Antonio Banderas puisse être aussi mauvais. Et encore, je reste poli pour qualifier cette performance absolument indigne d’un acteur professionnel. C’est tellement surjoué, qu’on se demande si le bel Espagnol ne fait pas exprès pour finir de décrédibiliser ces dialogues ineptes. Cela donne envie de revoir La Piel que Habito, où il était formidable, pour finir de mesurer ce qui sépare désormais un réalisateur comme Pedro Almodovar de Jean-Jacques Annaud. Mark Strong s’en sort un peu mieux, malgré un personnage d’opérette. Quant à Tahar Rahim, il sombre carrément se contentant de nous servir le même air de chien battu pendant plus de deux heures.

Car en plus de transpirer la médiocrité par tous les derricks, Or Noir est aussi désespérément long. La seule chose qui pourrait éventuellement sauver le film, ce sont les magnifiques paysages, mais on n’est pas venu pour une séance du National Geographic. Et puis du désert et du sable sur une telle durée, ça vous dégouterait presque de la plage. Jean-Jacques Annaud voulait nous livrer une grande fresque épique, il n’arrive en fait qu’à étirer sa misère cinématographique sur des kilomètres de désert artistique.

Au final, on a envie de qualifier Or Noir de Laurence d’Arabie du pauvre. Mais franchement, ça ne serait pas très gentil pour les pauvres de dire ça. Jean-Jacques Annaud n’est plus ce qu’il était et je pense que cette fois-ci, on peut être à peu près sûr qu’il ne sera plus jamais.

Fiche technique :
Production : Quinta communications, Caethago Films, Doha Film Institute, France 2 Cinema
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Jean-Jacques Annaud
Scénario : Jean-Jacques Annaud, Alain Godard, Menno Meyjes, d’après l’oeuvre de Hans Ruesch
Montage : Hervé Schneid
Photo : Jean-Marie Dreujou
Décors : Fabienne Guillot
Musique : James Horner
Durée : 129 mn

Casting :
Tahar Rahim : Prince Auda
Mark Strong : Roi Amar
Antonio Banderas : Nessib
Freida Pinto : Princesse Lallah
Riz Ahmed : Ali
Eriq Ebouaney : Hassan Dakhil

 

KABOOM : Osé hasard

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kaboomafficheDans la série des films que j’ai vu complètement par hasard, voici Kaboom. On remerciera Canal Plus à la Demande de connaître autant de bugs, de m’avoir empêché de voir We Are Four Lions et donc de m’avoir poussé à me rabattre sur ce film, qualifié de comédie d’après le service. Il s’agit en fait d’un film totalement inclassable… mais plutôt réussi.

Simth entre à l’université. Comme tous les garçons de son âge, il pense avant tout au sexe, qu’il aime pratiquer aussi bien avec les hommes que les femmes. C’est d’ailleurs pour ça qu’il fantasme abondamment sur son camarade de chambrée, un surfeur blond nommé Thor. Un soir, après avoir abusé de substances illicites, il croit voir une jeune femme assassinée par des hommes portant des masques d’animaux. Mais a-t-il rêvé sous l’effet de la drogue ou bien est-ce vraiment arrivé ?

Kaboom est un grand mélange détonnant entre film de serial killer, film d’adolescent, film policier, film fantastique… Le tout donne un cocktail psychédélique qui décontenance quelque peu le spectateur parfois, mais lui offre un spectacle réellement original. Cela ressemble parfois un peu à un grand n’importe quoi, mais le scénario finit par donner un sens à l’ensemble. Bref, un petit OVNI cinématographique jouissif et plein d’imagination.

L’imagination est là avant tout pour compenser un manque évident de moyens. Mais au final, il vaut cela que l’inverse. Kaboom est un film osé, dans tous les sens du termes. Gregg Araki ne s’est imposé aucune limite, va vraiment au bout de ses idées et les exploite à fond. Et comme, il n’en manque pas, on va de surprises en surprises. On est donc là devant un vrai film d’auteur. Un auteur un peu trash et nourri à culture pop, mais qui au moins assume ses choix et ne cherche pas à entrer dans des cases toute faites.

Le ton général de Kaboom est plutôt parodique. Tous les genres qu’il aborde sont traités avec second degré. Il reprend les codes des genres, mais avant tout pour s’en moquer. Mais encore une fois, le tout est cohérent et jamais le film ne s’égare de son fil rouge narratif. D’ailleurs, le film n’est pas du tout hilarant, il y a rarement de gags à proprement dits. Les âmes les plus sensibles pourront même voir leur dos parcouru par quelques frissons de peur. Mais globalement, le spectacle prête à sourire car jamais il ne se prend au sérieux.

kaboomSi le budget de Kaboom ne devait sûrement pas atteindre des sommes astronomiques, ce n’est pas pour autant que la réalisation vaut trente centimes d’euros. Là encore, c’est l’imagination au pouvoir. Gregg Araki pêche parfois peut-être pour le coup un peu par excès, mais cela contribue largement à l’originalité de l’ensemble. Le film est très stylisé visuellement d’autant plus facilement que les personnages ont parfois tendance à abuser de certaines substances ayant un impact certain sur la perception.

Kaboom offre un premier à quelques jeunes acteurs. Thomas Dekker est ici plus à l’aise et à son avantage que dans le très mauvais remake des Griffes de la Nuit. Juno Temple est ici plus à l’aise et à son avantage que dans ce beau navet qu’est les Trois Mousquetaires. Haley Benett est ici aussi à l’aise et à son avantage que dans l’excellent Le Come-Back.

Le hasard fait donc bien les choses. Kaboom est un film au vrai potentiel de film culte. Original, décalé, n’ayant pas froid aux yeux, il constitue une preuve que l’imagination et l’audace peuvent compenser le manque de moyen. Et rien que pour ça, ce film mérite d’être vu !

Fiche technique :
Production : Why not productions, The Next World, Graveyard Machine, Desperate pictures, Crispy Films
Réalisation : Gregg Araki
Scénario : Gregg Araki
Photo : Sandra Valde-Hansen
Décors : Todd Fjelsted
Distribution : Wild Bunch Distribution
Musique : Vivek Maddala
Durée : 88 mn

Casting :
Thomas Dekker : Smith
Juno Remple : London
Kelly Lynch : Nicole
Haley Bennett : Stella
James Duval : Le messie
Jason Olive : Hunter
Chris Zylka : Thor
Roxane Mesquida : Lorelei
Andy Fischer-Price : Rex

LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE : Pari réussi, mille sabords !

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tintinafficheAprès plusieurs décennies d’attente et de préparation, Steven Spielberg nous propose enfin son adaptation des aventures du plus célèbre des journalistes belges. Autant dire que s’attaquer à une œuvre aussi culte est toujours un exercice risqué. Surtout quand le culte a plus de 70 ans. Mais ce n’est pas non plus n’importe qui à la baguette, alors les fans étaient bien plus impatients que craintifs. Et Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne a répondu à leurs attentes… mais peut-être pas complètement.

Se promenant sur une brocante, Tintin déniche une superbe maquette de bateau. A peine a-t-il payé le vendeur que deux hommes viendront successivement lui proposer de la lui racheter à prix d’or, ce qu’il refuse. Un peu plus tard, son domicile est cambriolé et la maquette dérobée. Mais quel secret peut bien recéler cette reproduction de la légendaire Licorne ?

Autant être clair tout de suite, je ne fais absolument pas parti des tintinophiles acharnés. Certes, j’ai lu et relu ses aventures quand j’étais petit, mais jamais avec le même enthousiasme que les Astérix ou les Lucky Luke. J’ai toujours pris ça pour d’aimables récits d’aventures, colorés d’un peu d’humour et d’exotisme, divertissants, mais sans être totalement passionnants. Et bien les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne m’a inspiré exactement le même sentiment. Je n’ai donc ressenti aucune déception devant les limites de ce film.

Le scénario mixe plusieurs albums de Tintin, mais avec une grande cohérence. Les clins d’œil sont nombreux et le tout est parfaitement dans l’esprit originel. Après, ce n’est pas non plus le scénario du siècle, surtout qu’il est forcément quelque peu enfantin. Mais après tout aucun album originel ne brille par une intrigue particulièrement complexe. En ne voulant pas trahir Hergé, Steven Spielberg s’est imposé les limites du talent de ce dernier. Tant pis ou tant mieux, c’est à chacun de juger.

tintinEnsuite graphiquement, l’esprit est là aussi. Mais l’esprit, pas le pinceau d’Hergé. En choisissant le « motion capture », Steven Spielberg a trouvé à mon sens un bon compromis entre la volonté de faire un « vrai film » et de respecter un univers graphique entré dans la légende. De toute façon, un film, même d’animation, ne sera jamais une BD. Si on ne peut l’accepter, alors il ne vaut mieux pas se déplacer dans une salle obscure. En tout cas, on ne peut que se réjouir qu’il ait attendu aussi longtemps pour faire aboutir son projet, car il n’est pas évident que les effets spéciaux d’il y a quinze ans auraient permis d’aboutir à un tel résultat esthétique.

Le respect des graphismes d’Hergé impliquent aussi que l’on ne reconnaît pas « physiquement » les acteurs qui interprètent les personnages. Il est donc difficile de féliciter Jamie Bell, Andy Serkis ou Daniel Craig pour leurs performances. Cependant, il serait tout de même injuste de leur dénier tout crédit dans la réussite de Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne.

Au-delà de la nostalgie, les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne est un bon film d’aventures, même s’il est loin d’être le meilleur film de Steven Spielberg. Les tintinophiles que je connais ont eux-aussi apprécié le spectacle. Et quand je vois l’enthousiasme de mon neveu de 10 ans à propos de ce film, je me dis que Tintin a encore de beaux jours devant lui.

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, Paramount Pictures, Hemisphere Media Capital, Amblin Entertainment, Wingnut Films, Kennedy/Marshall
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Steven Moffat, Edgar Wright, Joe Cornish, d’après Hergé
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Effets spéciaux : Joe Letteru, Scott E. Anderson, Chris Guise
Directeur artistique : Andrew Jones, Jeff Wisniewski
Durée : 107 mn

Casting :
Jamie Bell : Tintin
Andy Serkis : Capitaine Haddock
Daniel Craig : Sakharine
Nick Frost : Dupont
Simon Pegg : Dupont
Toby Jones : Aristide Filoselle
Gad Elmaleh : Ben Salaad
Enn Reitel : Nestor
Cary Elwes : le pilote

CONTAGION : Soderbergh fidèle à lui-même

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contagionafficheOn a tendance à l’oublier, mais Steven Soderbergh a marqué à jamais l’histoire du cinéma. En effet, son film Sexe, Mensonges et Vidéo a remporté la Palme d’Or à Cannes en 1989 et l’Oscar du Meilleur Scénario l’année suivante. Ceci n’aurait rien de particulièrement étonnant s’il n’avait été produit par Miramax, première société de production américaine « indépendante » à remporter un tel succès. Vu de chez nous, ça n’a l’air de rien, mais à Hollywood, ce fut une vraie révolution… et un vrai sujet d’inquiétude. Depuis, le meilleur ami de Geroge Clooney a signé beaucoup de grands films, d’autres plus décevants (sa biographie du Che notamment), mais toujours des films élégants aux castings prestigieux. Contagion est le dernier de cette longue liste, pour un résultat plutôt réussi.

Une jeune femme revient d’un voyage en Asie. Elle a de la fièvre, elle tousse, elle est de plus en plus fatiguée. L’effet du décalage horaire sûrement. Quand elle perd connaissance, son mari la conduit à l’hôpital, mais elle décède peu après. Leur fils meurt lui aussi quelques heures plus tard. Un peu partout dans le monde les cas similaires se multiplient. Les services de santé se mobilisent pour une mortelle course contre la montre.

Contagion pourrait s’appeler « Traffic de virus », tant, sur la forme, ce film rappelle celui pour lequel Steven Soderbergh a reçu l’Oscar du meilleur réalisateur. Le scénario pose une situation de départ, celle d’un pandémie incroyablement virulente, et nous propose de suivre différents personnages et la manière dont ils font face à cette situation. Ces derniers n’ont pas forcément des liens entre eux, le fil qui le relie reste uniquement l’épidémie. Certes, ils leur arrivent de se croiser, mais jamais l’intrigue ne cherche à les rassembler. On est donc un peu devant un « film à sketchs », même si pour le coup, le sujet n’est pas drôle.

Et comme pour tous les films de ce genre, Contagion est forcément un peu inégal. Les histoires parallèles fonctionnent plus ou moins, sont plus ou moins convaincantes, plus ou moins crédibles. La foule de personnages nous inspire des sentiments divers, entre attachement et indifférence. Mais globalement, le puzzle est très réussi et les pièces sont à peu près toutes de qualité. Seul le fil avec Marion Cotillard ne présente franchement aucun intérêt. Les autres prouvent toutes une nouvelle fois la dextérité de Steven Soderbergh dans ce genre d’exercice.

Si le fil rouge général de Contagion reste la mobilisation mondiale contre la pandémie, il ne s’agit pas d’un film d’épidémie classique, type Alerte. Steven Soderbergh ne cherche pas spécialement à créer un suspense autour d’un remède miracle. La seule chose à laquelle ce film s’intéresse vraiment reste les destins individuels, la palette de réactions humaines face à une telle situation. Il n’y a pas vraiment de héros dans ce film, pas de gentils ou de méchants. Il y a ceux qui luttent, ceux qui profitent de la situation, ceux qui sont résignés à l’attente, ceux qui veulent sauver le monde, ceux qui veulent juste sauver leur fille. Mais jamais le film ne porte un jugement, il explore simplement ce dont les êtres humains sont capables face à de telles difficultés.

contagionLe tout est filmé par l’extraordinaire caméra de Steven Soderbergh. Il possède un vrai style visuel bien à lui, tout en élégance, avec un vrai sens esthétique et une photographique toujours hyper soignée. On pourrait simplement lui reprocher d’exposer une nouvelle fois un talent dont il a fait preuve déjà à maintes reprises. Contagion est un film très beau cinématographiquement, mais venant de ce réalisateur, sans vraie prise de risque. Enfin de là à dire que l’on se lasse, il y a un gouffre que ne suis pas prêt de franchir.

Contagion nous propose une nouvelle fois une casting incroyablement riche. On passera donc rapidement sur notre Marion Cotillard nationale qui n’apporte pas grand chose à ce film. On citera plutôt un Jude Law qui est un tout petit moins sexy avec des dents tordus, Laurence Fishburne, qui mérite mieux que les navets dans lesquels il tourne depuis Matrix et enfin Kate Winslet qui est sûrement la plus belle étoile de ce casting pourtant particulièrement brillant.

Contagion se situe donc dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Steven Sorderbergh, même s’il ne constitue sûrement pas son film le plus inoubliable. Et vue la filmographie du bonhomme, voilà plutôt un beau compliment.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Double Feature Films, Regency Enterprises, Participant Media, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z. Burns
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Steven Soderbergh
Décors : Howard Cummings
Son : Mark Weingarten, Dennis Towns
Musique : Cliff Martinez
Effets spéciaux : Thomas J. Smith, John D. Milinac
Directeur artistique : Abdellah Baadil, Simon Dobbin, David Lazan
Durée : 106 mn

Casting :
Gwyneth Paltrow : Beth Emhoff
Matt Damon : Mitch Emhoff
Laurence Fishburne : Dr. Ellis Cheever
Jude Law : Alan Krumwiede
Marion Cotillard : Dr. Leonora Orantes
Kate Winslet : Dr. Erin Mears
Elliott Gould : Dr. Ian Sussman

L’ORDRE ET LA MORALE : Le fond et la forme

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lordreetlamoraleafficheLa Nouvelle-Calédonie est un morceau de France qui semble bien lointain à tous ceux qui habitent la Métropole. Elle reste pourtant au centre de grandes tensions quant à son avenir au sein de la République. Un référendum d’autodétermination devrait intervenir en 2014, aboutissement d’un processus amorcé en 1988 par les accords de Matignon. Ces derniers ont fait suite aux évènements survenus sur l’ile d’Uvéa. Evènements que Matthie Kassowitz, pour son retour en France, se propose de nous raconter dans son nouveau film, l’Ordre et la Morale.

Le Capitaine Philippe Legorjus est envoyé en Nouvelle-Calédonie, avec son équipe du GIGN, suite à l’enlèvement de 30 gendarmes, retenus en otage dans un lieu inconnu. Une fois le contact établi avec les rebelles, il commence alors un travail de dialogue pour arriver à une issue pacifique. Mais y a-t-il quelqu’un pour l’écouter alors que le second tour de l’élection présidentielle est dans quelques jours ?

S’attaquer à un tel sujet est une entreprise très courageuse de la part de Matthieu Kassovitz. En effet, même quinze ans plus tard, les plaies sont encore vives, pour preuve les doutes sur la distribution de ce film sur le territoire de Nouvelle-Calédonie. La polémique fait encore rage sur le déroulé exact des évènements et les responsabilités des uns et des autres dans ce qui a constitué incontestablement un désastre humain. L’Ordre et la Morale prend clairement partie et on ne pourra pas reprocher à l’auteur de la Haine de s’être servi d’un événement tragique pour ne chercher qu’à produire un film spectaculaire. Il a souhaité délivrer un message fort. Après on peut toujours le contester, mais ce n’est sûrement pas l’objet d’une critique ciné.

Malheureusement, si on fait abstraction du sujet, L’Ordre et la Morale reste un film cinématographiquement très moyen. On passera rapidement sur le fait qu’une large partie du casting soit composée d’acteurs non professionnels. Si les kanaks s’en sortent plutôt bien, les militaires sont parfois vraiment à la limite du hors-jeu. Comédien, c’est comme soldat, c’est un métier. Mais plus globalement, ce film souffre de trop d’effets de style lourdingues, une sorte de Apocalypse Now du pauvre. On citera notamment une utilisation parfois malheureuse d’effets sonores, censés souligner le caractère dramatique de la situation, mais qui flirtent parfois avec la parodie.

lordreetlamoraleL’Ordre et la Morale pêche donc autant par la forme qu’il était courageux par le fond. Au final, on ne peut pas vraiment dire que l’on s’ennuie, malgré quelques longueurs. On reste vraiment intéressé par le sujet et même si la fin est connue, on a très envie de voir jusqu’où le gâchis va aller. Si le but de Mathieu Kassovitz était avant tout de délivrer un message, il a pleinement atteint son but. Si son retour en France, après la réalisation d’une série de navets hollywoodiens, devait signifier une confirmation des espoirs nés au moment de la Haine ou de Un Héros Très Discret, c’est déjà nettement moins réussi.

Matthieu Kassovitz n’est pas que le réalisateur de l’Ordre et la Morale, il en est aussi le principal acteur. Sa performance est à l’image de son film. Il y met toute sa conviction et son énergie, mais son rôle connaît trop de faiblesses pour que la performance soit inoubliable. Les dilemmes moraux de son personnage sont au centre du scénario, mais le Colonel Legorjus reste avant tout un militaire qui obéira quoiqu’il arrive aux ordres. Jamais, on ne sent pointer en lui l’envie de révolte et du coup, le personnage paraît un peu plat.

Beaucoup des défauts de l’Ordre et la Morale tiennent à sa volonté de coller avec la réalité des évènements. Mais cette dernière n’a pas toujours le sens du rythme et la profondeur d’une bonne fiction. Du coup, il reste un film qui inspire des sentiments partagés, même si on ne pourra que saluer le courage de Matthieu Kassovitz de s’attaquer à ce sujet encore douloureux.

 

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, UGC Images, Studio 37, France 2 Cinéma, Orange Cinéma Séries, Kasso Inc, MNP
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Mathieu Kassovitz
Scénario : Mathieu Kassovitz, Pierre Geller, Benoît Jaubert, Serge Frydman, d’après le livre de Philippe Legorjus
Montage : Mathieu Kassovitz, Thomas Beard, Lionel Devuyst
Photo : Marc Koninckx
Son : Yves Coméliau, Guillaume Bouchateau, Cyril Holtz, Philippe Amouroux
Musique : Klaus Badelt, Les tambours du Bronx
Durée : 136 mn

 
Casting :
Mathieu Kassovitz : Capitaine du GIGN Philippe Legorjus
Iabe Lapacas : Alphone Dianou
Malik Zidi : JP Perrot
Alexandre Steiger : Jean Bianconi
Daniel Martin : Bernard Pons
Philippe Torreton : Christian Prouteau
Steeve Une : Samy
Sylvie Testud : Chantal Legorjus

INTOUCHABLES : Un joli rayon de soleil

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intouchablesafficheDécidemment, le cinéma français vole de succès en succès en cette fin d’année 2011. Alors que l’on pensait avoir atteint des sommets au box-office avec The Artist, voilà que Intouchables vient tout balayer sur son passage avec un succès populaire aussi fulgurant qu’inattendu. Une bonne nouvelle pour le 7ème art hexagonal et une nouvelle preuve que le public fait ses propres choix et il est parfois difficile de les expliquer. Enfin, dans le cas qui nous intéresse ici, les qualités du film constituent la première des explications.

Driss est un jeune de banlieue qui colle parfaitement aux clichés. Noir, vêtu d’un survêtement, grande gueule, il sort tout juste de six mois de prison pour un braquage. Il postule alors pour un poste d’assistant de vie auprès d’un riche tétraplégique, uniquement pour justifier de sa recherche d’emploi et toucher ses Assedic. Mais contre tout attente, en au premier lieu la sienne, il est embauché. Le succès de Intouchables s’explique par différentes, et surtout bonnes raisons.

Tout d’abord, le message qu’il délivre est simple, clair et extrêmement positif. Le film possède une formidable capacité à emporter l’adhésion du spectateur qui ne demande qu’à croire qu’à cette histoire presque trop belle pour être vraie (même si elle est largement). Le tout est porté par un humour efficace qui permet au film d’échapper totalement au misérabilisme. « Les jeunes de banlieue n’ont aucune pitié ! » « C’est justement pour ça que je l’ai embauché », citation approximative, mais qui résume très bien l’esprit de ce film.

Intouchables ne rit pas d’un jeune des banlieues et d’un tétraplégique, mais avec eux. Le couple qu’ils forment, où chacun taquine l’autre sur ses différences et ses faiblesses, fonctionne à la perfection. On s’attache aussi bien à Driss qu’à son employeur car jamais l’un ne prend le pas sur l’autre, aussi bien dans le scénario que dans l’interprétation. Du coup, on entre totalement dans cette comédie qui ne faiblit jamais et nous fait rire du début à la fin par un humour qui va du premier au dixième degré, jamais vulgaire, jamais facile.

intouchablesIl ne faut voir dans Les Intouchables qu’une comédie. Une comédie incroyablement intelligente, qui possède un vrai fond, qui délivre un message fort et percutant, mais une comédie avant tout. Car le film possède par ailleurs certaines limites. Le personnage de Driss notamment passe du statut jeune braqueur de banlieue à celui de bisounours de manière un peu trop immédiate pour être tout à fait crédible. Il manque sûrement d’une certaine ambiguïté, son parcours n’est sans doute pas assez jalonné de doute pour donner à ce film une autre dimension sociale et une profondeur supplémentaire. Mais l’équilibre du scénario en aurait été profondément bouleversé, le film aurait été tout autre et son succès sûrement moindre. Et le message qu’il délivre sûrement moins entendu…

Intouchables nous prouve une nouvelle fois qu’un comique se révèle quasiment toujours à coup sûr un grand acteur, pour peu qu’il soit un minimum dirigé. Omar Sy constitue la vraie révélation de ce film, à un niveau lui aussi inattendu. Qu’il arrive à tenir tête ainsi à François Cluzet prouve la qualité de son interprétation. Les deux sont tout simplement géniaux, encore plus dans leur jeu en commun que dans leur performance individuelle. Ce film vaut bien plus que la somme de ses parties. Le reste du casting est lui aussi formidable, avec une foule d’excellents seconds rôles. On notera notamment la présence à l’écran de la sublime Audrey Fleurot toujours aussi… aussi… Bref, les amateurs me comprendront.

Intouchables connaît donc un succès peut-être irrationnel, mais sûrement pas immérité. Une comédie aussi drôle qui parle avec autant d’intelligence de sujet aussi grave, voilà le tour de force réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache. Un vrai rayon de soleil dans la morosité ambiante.

Fiche technique :
Production : Quad productions, Gaumont, TF1 Films productions, Chaocorp, Ten Films
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Eric Toledano, Olivier Nakache
Scénario : Eric Toledano, Olivier Nakache, d’après une histoire vraie
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Photo : Mathieu Vadepied
Décors : François Emmanuelli
Musique : Ludovico Einaudi
Durée : 112 mn

Casting :
François Cluzet : Philippe
Omar Sy : Driss
Anne Le Ny : Yvonne
Audrey Fleurot : Magalie
Clothilde Mollet : Marcelle
Cyril Mendy : Adama
Grégoire Oestermann : Antoine

ENGAGEZ VOUS QU’ILS DISAIENT !

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overbookeSi j’avais consulté mon agenda avant d’acheter mes billets de train, j’aurais donc eu 6 réunions en 4 jours dans le cadre de mes activités non professionnelles. Finalement, j’en aurai eu que 5 en trois jours, mais c’est quand même déjà pas mal. Trop même j’ai envie de dire parce que ce soir par exemple, j’aurais nettement préféré passer ma soirée tranquille sur mon canapé ou au cinéma. Mais comme le devoir m’appelle, je vais remettre le couvert une nouvelle fois.

 

Evidemment, toutes mes semaines ne ressemblent pas à celle-là. Je ne vais pas non plus joué le mec super overbooké, même si objectivement, j’ai quand même un emploi du temps extra-professionnel assez chargé. Et encore, j’ai déjà mis le holà à un certain nombre de sollicitations et j’hésite à répondre à d’autres, afin de préserver un minimum de liberté dans mon planning. J’en connais qui ont perdu toute vie personnelle en dehors du militantisme et je n’ai pas du tout envie de ressembler à ça.

Mais pourquoi me plaindre d’avoir ma semaine surchargée alors que personne ne m’a forcé à militer et à me faire élire conseiller municipal ? Je l’ai voulu, je l’ai eu… Globalement, je ne me plains pas en fait, c’est juste cette semaine qui se goupille mal. Mais il est vrai que ce n’est pas non plus la première fois que je traîne les pieds, que je n’ai pas envie, mais que j’y vais quand même puisque je suis quand même quelqu’un de plutôt consciencieux. Cependant une question demeure : pourquoi ?

Je pourrais évidemment répondre que je fais cela parce que j’estime que c’est mon devoir de citoyen de n’impliquer, que je fais ça par pur altruisme envers la collectivité et en particulier les plus fragiles de mes concitoyens, que mes convictions les plus profondes me poussent à vouloir changer le monde… Tout cela ne serait que du blabla. Non que cela soit sans fondement, mais je ne crois pas que l’on tient là l’étincelle qui a tout déclenché.

En effet, je ne crois pas avoir cela dans le sang. En effet, avant mon adhésion au PS, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy (à prendre au sens littéral, puisque j’ai effectivement fait ça le lundi matin), je n’avais jamais eu aucune activité extra-scolaire ou professionnelle (hors les activités en école d’ingénieur, période un peu à part). Et quand je dis aucune, c’est aucune. Pas de club ou de cours quels qu’ils soient, à part pour apprendre à nager ou à conduire.

Mon engagement est venu à un moment de ma vie qui m’a amené à me poser. J’ai beaucoup déménagé dans ma vie et mon arrivée à Viroflay correspond à la première fois où je suis à un endroit sans savoir si et quand je vais en repartir. Je n’avais donc plus aucun obstacle à un investissement à long terme dans une activité.

Enfin, soyons honnêtes, à la base de toute activité, même celles qui semblent la plus altruiste, il y a une forme de plaisir un peu narcissique. Celui de se sentir utile, de s’entendre dire que l’on a besoin de soi, de récolter quelques bravos et quelques compliments admiratifs. Même les critiques quelque part flattent. Les gens importants sont souvent les plus critiqués. En plus, je m’implique dans un domaine qui n’est sûrement pas le dernier à rassembler des égo démesurés et c’est vrai que l’on a vite fait de se prendre au jeu et de se métamorphoser en sale con. Alors, tous ceux qui sortent du « mais non, je ne fais pas du tout ça pour ça » mentent forcément un peu, se mentent forcément un peu.

Mais après tout c’est humain… Et je compte bien le rester…

UN PLAN APPLIQUE AVEC RIGUEUR

fillonsarko

fillonsarkoQuand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage prétend le proverbe. Voilà sûrement un adage que Nicolas Sarkozy et François Fillon connaissent sur le bout de doigts, vu que c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire avec les finances de l’Etat. Cela fait longtemps qu’ils ont commencé et on n’est pas loin d’en arriver à l’exécution finale.

Le gouvernement actuel, et plus généralement la droite depuis dix ans, a suivi une tactique politique vieille comme le monde. Pour se débarrasser de quelque chose (institution, système de protection sociale, organisme paritaire…), commencez par lui couper les vivres, si possible progressivement, histoire que cela ne se voit pas trop. Evidemment, à terme, la chose en question va devenir déficitaire de manière structurelle. Il sera alors temps de dénoncer cet état de fait (pourtant sciemment provoqué par celui qui dénonce) et de tenter de convaincre qu’il est désormais indispensable de couper dans les dépenses.

L’ensemble des cadeaux fiscaux accordés par la droite procède exactement de cette logique. Bien sûr, il n’explique pas à lui seul les difficultés budgétaires actuelles, mais sans eux, notre pays n’aurait aucune crainte quant à la conservation de son triple A, avec notamment une dette inférieure de 20 points de PIB qu’actuellement. En attendant, les 100 milliards de recette fiscale annuelle se sont bien évaporés, principalement au profit des plus aisés, alors que les efforts que le gouvernement vient de nous promettre seront à supporter par tout un chacun.

Evidemment, le gouvernement a justifié les cadeaux passés par une toute autre raison. A son sens, ils devaient favoriser la croissance, reprenant à son compte la vieille théorie qui veut que l’argent que l’on donne aux plus riches finit toujours par ruisseler vers les plus modestes. Idée qu’un siècle d’études économiques a totalement discrédité, mais qui continue de guider bien des politiques étatiques. On sait pourtant, et là on est de l’ordre du fait et non de l’opinion, que le taux global de fiscalité n’a quasiment aucune incidence sur le dynamisme économique. Ce qui ne signifie pas que la fiscalité n’a aucune incidence, bien au contraire. Mais ce qui compte, c’est la manière dont le système fiscal fonctionne globalement, dans quelle mesure est-il juste, est-il redistributif et permet de financer des investissements utiles. Le Danemark est le pays au monde où la pression fiscale est la plus forte, mais aussi un des plus riches, alors que le pays les plus pauvres ont généralement des fiscalité inexistante.

La baisse de la TVA dans la restauration est le meilleur exemple de politique destructrice de recettes pour un bénéfice quasi nul. Le gouvernement fait bien machine arrière, mais passer de 5,5% à 7% n’est pas tout à fait comparable à passer de 19,6% à 5,5%. Le mal est fait, le trou est là et on va demander à chacun de prendre sa retraite plus tôt pour pouvoir le boucher. De manière globale si la politique de Nicolas Sarkozy avait favorisé la croissance et l’emploi, cela se serait vu. Certes, la crise mondiale est passée par là. Mais l’excuse ne tient pas puisque tous les économistes vous expliqueront que c’est justement le système de protection social français (on parle d’amortisseurs automatiques) qui a limité l’impact de la crise dans notre pays, ce même système que le gouvernement s’évertue à détruire. Non, le vrai problème posé par la crise est qu’elle a fait perdre le contrôle de la situation au gouvernement qui ne peut plus procéder de manière progressive et indolore.

Ce qu’il y a de plus insupportable dans cette manière de procéder est qu’elle cherche à nier la possibilité même d’un choix démocratique. Choisir entre une société à fiscalité élevée mais à services publics forts et une société où la feuille d’impôt est plus légère mais sans mécanisme de solidarité très développé est un vrai sujet de débat politique et de clivage droite/gauche. C’est une question de fond sur laquelle les électeurs doivent se pencher à chaque scrutin. Mais ce discours de « on n’a pas le choix », « on ne peut pas faire autrement », comme si l’économie était dirigée par des lois naturelles incontournables, est tout simplement mensonger. On n’est pas dans un débat « ça marche » contre « ça ne marche pas », mais on est face à une vraie alternative où chaque citoyen doit se positionner. Après la mise en œuvre de ce choix pourra être plus ou moins efficace.

Le dernier plan d’austérité n’est qu’un vulgaire saupoudrage de demi-mesures, ne répondant en rien à un enjeu qui est profondément systémique. C’est notre fiscalité tout entière qui est à revoir. François Hollande en a fait un de ses principaux axes de campagne et on peut difficilement lui reprocher de ne pas proposer un projet global et concret dans ce domaine. Après, on peut toujours en contester la validité et proposer autre chose.

En attendant, le gouvernement bricole et nous payerons tous les pots cassés.