
Déjà, on peut s’étonner qu’au fond, tout cela prenne autant d’importance. En effet, l’économie grecque n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’UE. C’est d’ailleurs bien le problème car sa capacité à créer de la valeur ajoutée est extrêmement limitée. On ne fait pas vivre un pays occidental avec le tourisme et l’huile d’olive. Tout y est à construire, aussi bien au niveau des infrastructures productives que d’une force publique efficace. Et pourtant, toute l’Europe tremble, c’est dire à quel point l’économie européenne s’apparente plus à un grand chaos qu’à une économie structurée.
La construction d’une vraie gouvernance européenne est de plus en plus urgente. La prise de conscience est générale et affichée dans tous les bords politiques. Le problème est que cela s’apparente plus à une phrase que l’on se répète à loisir pour se rassurer. Car si cela éviterait de retomber dans les mêmes travers à l’avenir, cela n’apporterait qu’une réponse très partielle aux difficultés les plus immédiates. Au mieux, cela faciliterait l’émergence d’un début de sortie de crise, mais qui reste à ce jour à inventer.
George Papandreou a réussi à faire trembler l’Europe entière avec un mot : referendum. Cette panique soudaine montre à quel point la construction de l’Europe en tant qu’espace économique échappe de plus en plus aux processus démocratiques classiques. On tremble désormais à l’idée de demander leur avis aux peuples… On a pu s’amuser des réactions de certains politiques, gênés aux entournures, ne pouvant décemment pas nier au peuple grec le droit de s’exprimer sur une question qui engage durablement leur avenir, mais tout en ayant une trouille bleue que cela aboutisse à une réponse contraire à leurs intérêts.
Objectivement, ils ont raison. Tout simplement parce l’Union Européenne s’est tellement éloignée des citoyens, le fonctionnement même d’économies totalement esclaves de la finance est devenu tellement nébuleux, que ce qui devrait être source de la plus grande légitimité devient menaçant pour des processus qui n’en ont aucune. Et c’est sans doute là le plus gros effort à fournir, bien plus que les efforts budgétaires. Il faut arriver à refaire de la construction européenne un facteur d’espoir pour les peuples et que ces mécanismes soient à nouveau totalement appropriés.
Je dis bien à nouveau. Quand j’étais enfant, j’imaginais, moi et mes copains, qu’un jour il y aurait une équipe de foot de la CEE, car, pour nous, c’est un seul et grand pays qui était en train de se construire. Nous étions trop jeunes pour savoir si cela représentait une bonne ou une mauvaise chose, mais elle nous semblait naturelle et inexorable. Mais je doute fort que les enfants d’aujourd’hui soient habités par ces mêmes idée naïves, mais qui auraient pu servir de base à un vrai sentiment d’appartenance à un grand et beau projet.
Dans tous films d’aventures, il y a un moment où tout espoir semble perdu. La construction européenne est une formidable aventure. Je suis peut-être trop cinéphile, mais je n’ai pas encore perdu espoir qu’elle se termine un jour par un beau happy-end hollywoodien.

L’Exercice de l’Etat jouit d’une réalisation sobre, mais sûrement pas sans talent. Pierre Schoeler possède un vrai sens de la mise en scène. Ce film est tout sauf statique et même si les intrigues sont de couloir, le montage est assez nerveux pour créer une vraie tension. Tout est feutré, dans le non-dit dans ce milieu et on ressent ici parfaitement comment tout est en fait en ébullition permanente, jamais très loin de l’explosion.

Visuellement, Poulet aux Prunes fait aussi preuve de beaucoup d’imagination et de poésie. Si la majeure partie du film est tourné « normalement », certains passages sont sous forme d’animation et certains plans larges apparaissent en partie dessinés, sans que l’on cherche vraiment à nous le cacher. Personnellement, je n’ai pas lu la bande-dessinée, mais on sent bien que Marjane Satrapi a vraiment voulu conserver son esprit aussi bien visuel que narratif. A la fois, elle était la mieux placée pour le faire.

Les Marches du Pouvoir met en scène le beau et sémillant Ryan Gosling. Ce n’est pas vraiment une surprise tant il est omniprésent sur nos écrans depuis quelques mois. Il faut dire que le garçon à du talent et un charisme fou et qu’on comprend que les producteurs se l’arrachent. Cependant, gare à l’overdose. Enfin, elle ne viendra pas avec ce film où il brille encore par son jeu sobre mais d’une justesse remarquable. George Clooney est bon comme George Clooney, ce qui n’est pas peu dire, même si son rôle n’est pas le plus essentiel de ce film. Enfin, le casting est complété par deux des meilleurs seconds rôles d’Hollywood, qui confirment ici ce statut : Philippe Seymour Hoffman et Paul Giamatti.

En choisissant un réalisateur qui ne baignait pas dans une culture science-fiction, les producteurs ont évité certains excès ou caricatures du genre. Mais à l’inverse, on en reste vraiment au stade l’aimable divertissement. On est loin des rapports homme-machine vus par Azimov. Il y avait pourtant moyen de voir plus grand, d’être plus ambitieux dans le propos. Certes, on aurait pu prendre le risque de se planter et de sombrer dans le ridicule, mais cela aurait valu le coup. Mais bon, c’est un thème tout de même très classique de science-fiction, alors on ne doute pas que d’autre films plus audacieux viendront.

Ensuite, la partie intrigue policière proprement dite, c’est à la dire la recherche des coupables, est suffisamment solide et riche en rebondissements pour que Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans maintienne l’intérêt du spectateur éveillé jusqu’au bout. Ce n’est pas la plus fantastique qui soit, là non plus ça ne brille pas par son originalité, mais au moins cela ravira tous les amateurs de polars au scénario relativement consistant.
Commentaires récents