RIEN NE VAUT UNE TRAGEDIE GRECQUE

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papandreou_sarkozy_merkelLe feuilleton à rebondissements écrit par le célèbre auteur grec George Papandreou a passionné le monde entier toute cette dernière semaine. Mais si le public était au rendez-vous, les critiques ont été nombreuses. Il est vrai que cette œuvre reste inclassable et on ne sait pas encore si on doit la ranger dans la catégorie comédie ou drame. En attendant, cette tragi-comédie donc met en exergue deux enseignements majeurs sur l’état de la scène européenne.

Déjà, on peut s’étonner qu’au fond, tout cela prenne autant d’importance. En effet, l’économie grecque n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’UE. C’est d’ailleurs bien le problème car sa capacité à créer de la valeur ajoutée est extrêmement limitée. On ne fait pas vivre un pays occidental avec le tourisme et l’huile d’olive. Tout y est à construire, aussi bien au niveau des infrastructures productives que d’une force publique efficace. Et pourtant, toute l’Europe tremble, c’est dire à quel point l’économie européenne s’apparente plus à un grand chaos qu’à une économie structurée.

La construction d’une vraie gouvernance européenne est de plus en plus urgente. La prise de conscience est générale et affichée dans tous les bords politiques. Le problème est que cela s’apparente plus à une phrase que l’on se répète à loisir pour se rassurer. Car si cela éviterait de retomber dans les mêmes travers à l’avenir, cela n’apporterait qu’une réponse très partielle aux difficultés les plus immédiates. Au mieux, cela faciliterait l’émergence d’un début de sortie de crise, mais qui reste à ce jour à inventer.

George Papandreou a réussi à faire trembler l’Europe entière avec un mot : referendum. Cette panique soudaine montre à quel point la construction de l’Europe en tant qu’espace économique échappe de plus en plus aux processus démocratiques classiques. On tremble désormais à l’idée de demander leur avis aux peuples… On a pu s’amuser des réactions de certains politiques, gênés aux entournures, ne pouvant décemment pas nier au peuple grec le droit de s’exprimer sur une question qui engage durablement leur avenir, mais tout en ayant une trouille bleue que cela aboutisse à une réponse contraire à leurs intérêts.

Objectivement, ils ont raison. Tout simplement parce l’Union Européenne s’est tellement éloignée des citoyens, le fonctionnement même d’économies totalement esclaves de la finance est devenu tellement nébuleux, que ce qui devrait être source de la plus grande légitimité devient menaçant pour des processus qui n’en ont aucune. Et c’est sans doute là le plus gros effort à fournir, bien plus que les efforts budgétaires. Il faut arriver à refaire de la construction européenne un facteur d’espoir pour les peuples et que ces mécanismes soient à nouveau totalement appropriés.

Je dis bien à nouveau. Quand j’étais enfant, j’imaginais, moi et mes copains, qu’un jour il y aurait une équipe de foot de la CEE, car, pour nous, c’est un seul et grand pays qui était en train de se construire. Nous étions trop jeunes pour savoir si cela représentait une bonne ou une mauvaise chose, mais elle nous semblait naturelle et inexorable. Mais je doute fort que les enfants d’aujourd’hui soient habités par ces mêmes idée naïves, mais qui auraient pu servir de base à un vrai sentiment d’appartenance à un grand et beau projet.

Dans tous films d’aventures, il y a un moment où tout espoir semble perdu. La construction européenne est une formidable aventure. Je suis peut-être trop cinéphile, mais je n’ai pas encore perdu espoir qu’elle se termine un jour par un beau happy-end hollywoodien.

L’EXERCICE DE L’ETAT : Exercice périlleux

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lexercicedeletatafficheDécidément, la dernière semaine fut celle des films politiques avec d’un côté les Marches du Pouvoir de George Clooney et de l’autre l’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller. L’occasion de voir comme un même sujet peut être traité de manière différente d’un côté et de l’autre de l’Atlantique. Mais si les formes diffèrent quelque peu, la conclusion reste la même. Et elle n’est guère rassurante.

Bertrand Saint-Jean est une star montante de la politique française. Ministre des transports, il doit son ascension à son seul talent, sans implantation locale et sans réseau très développé. Il reste un homme tenace attaché à ses convictions. Mais alors que la prochaine élection approche, les grandes manœuvres politiques commencent au sein du gouvernement et vont vite le placer devant des choix impossibles.

Si les Marches du Pouvoirs se basait sur une intrigue solide pour nous dépeindre un milieu et des personnages, l’Exercice de l’Etat se focalise avant tous sur les hommes, leurs sentiments, leurs relations. Cependant, il s’appuie sur un fil rouge narratif tout ce qu’il y a de plus consistant et si le côté polar n’est pas vraiment présent, on se demande bien comment tout cela va finir. La conclusion surviendra après plusieurs rebondissements et beaucoup de péripéties.

L’Exercice de l’Etat nous parle donc dont fonctionnent les élites politiques. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’en dresse pas un portrait très glorieux, même si s’il ne s’agit absolument pas ici d’un pamphlet. Simplement, il nous montre sans détours comment le pouvoir et la volonté de le conserver peuvent influencer les comportements. Après, il reste des hommes, avec leurs faiblesses et leurs contradictions. Pierre Schoeler ne cherche pas à juger, simplement à mieux nous faire comprendre comment tout cela fonctionne et à quel point il est difficile de survivre en dehors du système.

L’Exercice de l’Etat a ceci de passionnant qu’il ne nous emmène pas du tout là où on s’y attendait. De ce point de vue là, il est beaucoup moins prévisible que les Marches du Pouvoir. Car en se focalisant sur l’humain, il se focalise sur le maillon le plus imprévisible du système. Après tout, on sait à peu près tous comment cela fonctionne, consacrer tout le film à le décrire n’aurait pas apporter grand chose. Par contre, nous montrer comment les uns et les autres vivent cette obligation inexorable de s’y plier a offert à ce film un sujet beaucoup plus original et intéressant. Il n’y a pas ici de bons ou de méchants, simplement des hommes qui essayent de faire de leur mieux entre leurs idéaux et la nécessité d’être au pouvoir pour agir.

lexercicedeletatL’Exercice de l’Etat jouit d’une réalisation sobre, mais sûrement pas sans talent. Pierre Schoeler possède un vrai sens de la mise en scène. Ce film est tout sauf statique et même si les intrigues sont de couloir, le montage est assez nerveux pour créer une vraie tension. Tout est feutré, dans le non-dit dans ce milieu et on ressent ici parfaitement comment tout est en fait en ébullition permanente, jamais très loin de l’explosion.

L’Exercice de l’Etat offre sans doute un de ses plus grands rôles à Olivier Gourmet. Comme quoi, il fallait sûrement un acteur belge pour personnaliser les arcanes du pouvoir français. A moins que ça soit la crise politique en Belgique qui l’ait inspiré. Enfin, il n’empêche qu’il est en tout point excellent. A ses côtés, Michel Blanc confirme qu’il est loin le temps de Jean-Paul Dusse… enfin si on oublie les Bronzés 3… En tout cas, on le préfèrera dans ce rôle-ci ! Enfin, c’est toujours un plaisir de voir à l’écran Zabou Breitman, actrice que j’aime personnellement beaucoup.

L’Exercice de l’Etat confirme la bonne santé actuelle du cinéma français. Un film riche, remarquablement construit, qui à défaut d’apporter un œil vraiment neuf sur la politique, peut nous permettre de mieux comprendre ceux qui la font.

  

Fiche technique :
Production : Archipel 35, Les Films du Fleuve, Belgacom, France 3 Cinéma, RTBF
Réalisation : Pierre Schoeller
Scénario : Pierre Schoeller
Montage : Laurence Briaud
Photo : Julien Hirsch
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Distribution : Diaphana Distribution
Son : Olivier Hespel
Musique : Philippe Schoeller
Maquillage : Michelle Constantinides
Durée : 112 mn

 

Casting :
Olivier Gourmet : Bertrand Saint-Jean
Michel Blanc : Gilles
Zabou Breitman : Pauline
Sylvain Deblé : Martin Kuypers
Jacques Boudet : Le sénateur Juillet
Didier Bezace : Woessner
Laurent Stocker : Yan
Arly Jover : Séverine

LOGEMENT SOCIAL : PAYE TON LOYER D’ABORD !

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logementsocialParmi les grands comiques qui font de la politique, il y a Laurent Wauquiez. Le seul problème réside dans le fait qu’il ne fait rire personne, bien qu’il débite des absurdités à la pelle. Après les bénéficiaires des minima sociaux vivant plus aisément que les travailleurs devant effectuer des travaux forcés, voici venue une nouvelle idée brillante : réserver une partie des logements sociaux aux travailleurs… Cette idée n’aurait pas été aussi absurde, si la majorité des logements sociaux n’étaient pas déjà occupés par des travailleurs. Si on exclut les retraités, le chiffre se monte à environ 70%. Et ce pour une raison bien simple : pour occuper un logement social, il faut être en mesure de payer son loyer.

Je ne pense pas que Laurent Wauquiez soit un idiot ou un ignorant. Sa sortie est un acte politique délibéré pour flatter son électorat et exploiter la méconnaissance générale de la population sur la réalité du logement social. Car s’il y a bien un domaine où tout le monde dit tout et n’importe quoi, c’est bien celui-là. C’est un sujet complexe, si bien que même ceux qui sont en demande n’en connaissent pas clairement les mécanismes.

Déjà, il y a logement social et logement social. Plus précisément, il y a trois catégories de logements sociaux : les PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Intégration), PLUS (Prêt Locatif d’Usage Social) et PLS (Prêt Locatif Social). Elles tirent leur nom des moyens de financement dont elles peuvent bénéficier, sur lesquels je reviendrai un peu plus tard. Chacune de ces catégories est associé à un plafond maximal de revenu mensuel. Pour une personne seule, en Ile de France, il se monte à 1013 euros pour un logement PLAI, 1842 euros pour un logement PLUS et 2395 euros pour un logement PLS.

La loi SRU qui impose l’obligation d’au moins 20% de logements sociaux par commune ne fait aucune distinction entre les catégories (ni entre les tailles de logement, ce qui est un autre problème que je ne vais pas traiter ici). Et vous imaginez facilement que beaucoup de communes aisées, genre…Viroflay, ont essentiellement construit des logements PLS, où l’on peut loger de jeunes cadres. Depuis les pouvoirs publics ont réagi et il devient difficile de financer un projet ne comprenant que des logements PLS, mais le mal est fait. Aujourd’hui, une large part du logement social est tout simplement inabordable pour un chômeur… car trop cher.

En effet, le deuxième élément que l’on oublie trop vite, c’est qu’une large part du logement social, notamment celui qui se construit aujourd’hui, appartient à des bailleurs sociaux privés. Car le logement social est un business comme un autre et ces entreprises, aussi louable soit leur activité, ont besoin de recettes et de dégager un minimum de bénéfices, même si ces derniers servent surtout à être réinvestis dans de nouvelles constructions. Leurs logements ne sont donc pas loués à des personnes n’ayant pas des revenus suffisants pour pouvoir payer leur loyer, même si ce dernier est plus modeste que dans le privé. Et même les offices publics, comme les HLM de la ville de Paris, sont tenus à un minimum de résultat financier.

Evidemment, si les bailleurs sociaux peuvent proposer des loyers inférieurs au marché, c’est qu’ils sont subventionnés. Mais ils le sont non pas dans leur fonctionnement, mais lors de la construction de nouveaux logements. Cela diminue le coût de l’investissement, mais cela n’enlève rien au fait qu’il faudra le rentabiliser par la suite. Pour une même opération, un bailleur social va s’adresser à plusieurs collectivités (commune, département, région, Etat, 1% logement…) qui vont chacun l’aider de deux façons. Elles peuvent verser une subvention directe (10 000 euros par logement environ à Viroflay, ce qui ne pèse que très peu sur le budget communal). On parle alors de surcharge foncière puisque l’on compense le prix élevé du foncier. Elles vont surtout garantir l’emprunt contracté par le bailleur social (les fameux PLAI, PLUS et PLS) auprès de la Caisse des Dépôts (financé par les livrets A) pour construire ces logements. En contrepartie, la collectivité pourra choisir les attributaires d’un nombre de logements proportionnels à leur contribution.

Ceci a plusieurs conséquences, notamment pour l’usager. Lorsqu’un immeuble de logements sociaux se construit, plusieurs acteurs choisiront les attributaires. S’il se construit 30 logements, cela ne va pas dire que la commune pourra en attribuer 30, mais généralement 6 ou 7. La pile de demandeurs enregistrée auprès des services communaux ne va donc pas diminuer de 30 dossiers, mais de beaucoup moins. Un demandeur a donc tout intérêt à déposer des dossiers auprès d’un maximum de collectivités et non auprès uniquement de sa commune de résidence. Or, il est rare que les personnes qui effectuent ces démarches en aient vraiment conscience, ce qui explique leur incompréhension totale face au délais d’attribution (qui seront de toute façon très longs).

J’ai évoqué plus haut le fait que les collectivités garantissent les emprunts des bailleurs sociaux. Cela veut dire que si un de ces derniers faisaient faillite, chose heureusement très rare, ce sont les communes, les conseils généraux ou les régions qui continueront à payer les traites des emprunts. Ces dernières n’ont donc aucun intérêt à proposer des attributaires qui ne peuvent payer leurs loyers et donc menacer la pérennité financière du bailleur. Enfin, reste le problème de la transparence des attributions. Elle est évidemment variable d’une collectivité à l’autre. A Viroflay, par exemple, il a fallu attendre 2008 pour qu’un élu de l’opposition puisse siéger à la commission d’attribution de la commune. On peut penser qu’il y a encore beaucoup de communes où cette anomalie perdure.

L’idée de Laurent Wauquiez n’est donc même pas absurde. Elle n’a juste aucun sens. Mais je doute fort qu’il ait jamais cherché à ce qu’elle est en est un.

POULET AUX PRUNES : On est jamais aussi bien servi que par soi-même

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pouletauxprunesafficheOn n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Voici un adage auquel Marjane Satrapi doit adhérer puisqu’elle a pris la très bonne habitude (vue la qualité du résultat) d’adapter elle-même ses bandes-dessinées au cinéma. Elle l’avait fait sous forme d’un film d’animation pour le formidable Persepolis, là voilà cette fois avec un film tourné avec de « vrais » acteurs : Poulet aux Prunes.

Nasser Ali est désespéré. Violoniste, on vient de lui briser son instrument et il semble incapable d’en retrouver un qui lui convienne. Alors, il décide de mourir. Trouvant, toute forme de suicide trop douloureuse, il se contente de s’allonger dans le noir et d’attendre que la mort le prenne. Elle viendra 8 jours plus tard, le temps de découvrir quel est vraiment son histoire.

Poulet aux Prunes est une fable, un conte, appelons-cela comme on le souhaite. Une très belle histoire en tout cas, une histoire triste, une histoire d’amour. Marjane Satrapi met dans son récit une poésie envoûtante et aussi délicieuse qu’un met oriental. En nous montrant très vite quel sera le dénouement, elle évite un faux suspense et l’émotion facile. Ce film est un puzzle qui nous fait découvrir pièces après pièces ce qui a bien pu conduire cet homme à vouloir quitter la vie. Car vous l’imaginez bien, l’explication ne tient pas que dans un violon…

Comme tout film puzzle, Poulet aux Prunes est parfois un peu inégal. On met un peu de temps à entre totalement dans cette histoire et certains passages laissent plus froid que ce qui était voulu et certains apartés semblent parfois quelque peu superflus. Mais paradoxalement, c’est aussi du à la remarquable intelligence d’un scénario qui semble dans un premier temps décousu, avant que toutes les pièces ne finissent pas s’assembler pour rendre le tout parfaitement cohérent. Une fois le flou du début estompé, on entre totalement dans cette histoire et on se laisse totalement pénétrer par l’émotion.

pouletauxprunesVisuellement, Poulet aux Prunes fait aussi preuve de beaucoup d’imagination et de poésie. Si la majeure partie du film est tourné « normalement », certains passages sont sous forme d’animation et certains plans larges apparaissent en partie dessinés, sans que l’on cherche vraiment à nous le cacher. Personnellement, je n’ai pas lu la bande-dessinée, mais on sent bien que Marjane Satrapi a vraiment voulu conserver son esprit aussi bien visuel que narratif. A la fois, elle était la mieux placée pour le faire.

Pour Poulet aux Prunes, Marjane Satrapi a réuni un casting plus que prestigieux. Rien que la présence de Matthieu Almaric à l’écran pourrait suffire, tant cet acteur est capable de porter à lui tout seul un film sur ses épaules. Mais il est parfaitement secondé par Edouard Bear qui est un parfait narrateur. Ce film nous permet également d’admirer l’immense talent de la beaucoup trop rare Maria De Medeiros. On notera également les très belles apparitions de Djamel Debouzze, Chiara Mastroianni et Isabella Rosselini, rien que ça…

Poulet aux Prunes est donc un très beau film mêlant rire et tristesse, poésie et belle histoire, le tout dans un emballage visuel très imaginatif. Une nouvelle grande réussite pour Marjane Satrapi donc !

 

Fiche technique :
Production : Celluloïd Dreams, The Manipulators, uFilm, Studio 37, Le Pacte, Lorette productions, Arte France Cinéma
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Marjanne Satrapi, Vincent Paronnaud
Scénario : Marjanne Satrapi, Vincent Paronnaud, d’après la BD de Marjane Satrapi
Montage : Stéphane Roche
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : Udo Kramer
Son : Gilles Laurent
Musique : Olivier Bernet
Durée : 91 mn

 

Casting :
Mathieu Amalric : Nasser Ali
Maria De Medeiros : Faringuisse
Golshifteh Farahani : Irâne
Edouard Baer : Azraël
Eric Caravaca : Abdi, le frère
Chiara Mastroianni : Lili adulte
Rona Hartner : Soudabeh
Jamel Debbouze : le mendiant et Houshang
Isabella Rossellini : Parvine

UN PARIS BIEN LANCE

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psgbienlanceEn 1994, alors que le PSG d’Arthur Jorge venait de remporter très logiquement le titre de champion de France, si on m’avait dit que 17 ans plus tard, le club parisien n’aurait toujours pas connu à nouveau une telle consécration, j’aurais sûrement ri au nez de mon interlocuteur. Pourtant, ce dernier aurait eu raison. Du coup, toutes ces années de déceptions ont rendu le supporter du PSG méfiant et quelque peu désabusé.

Je dois bien l’avouer, j’ai accueilli assez froidement l’arrivée des investisseurs qatari à la tête du club de la capitale. L’argent règne certes en maître sur la planète football, mais l’arrivée de ce genre de mécène n’a que rarement donné de résultats probants. Le meilleur exemple étant Manchester City… Mais ce début de saison est en train de me donner doublement tort.

Déjà parce que Manchester City semble lancé inexorablement vers le titre de champion d’Angleterre. Mais surtout parce qu’avec six victoires consécutives et une solide première place au classement, le PSG apparaît un peu plus à chaque journée comme le grand favori de la Ligue 1. Les commentateurs font parfois la fine bouche face au niveau de jeu, à la solidité de la défense ou le réalisme des attaquants. En attendant, les résultats sont là et les buts pleuvent. Et Javier Pastore, l’homme le plus cher de l’histoire du championnat de France, semble bien être le crack annoncé.

Alors oui, aujourd’hui, l’espoir renaît dans tous les cœurs des supporters parisiens. Les beaux principes d’éthique dans lesquels on pourrait se draper disparaissent avec les victoires qui s’enchaînent et ceux qui les usent encore passent de plus en plus pour des aigris. Cependant, on sait aussi qu’à Paris, tout ne se passe jamais comme ailleurs et on a trop souvent vu les résultats chuter avec le printemps. Mais cette fois, aucun fan n’a envie de faire preuve de circonspection.

Par contre, on a tous retrouvé l’envie de rêver !

LES MARCHES DU POUVOIR : Attention montée glissante !

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lesmarchesdupouvoirafficheOn parle beaucoup de politique depuis quelques mois et cela ne va aller qu’en s’amplifiant au fur et à mesure que va approcher l’élection présidentielle. C’était donc le bon moment pour sortir un film politique. Il y en a même eu deux pour le prix d’un cette semaine, avec notamment Les Marches du Pouvoir, de George Clooney. Bon certes, il est peu probable que l’homme le plus beau du monde se soit calé sur le calendrier électoral français pour la réalisation de son film, mais je trouve que cela sonnait bien comme introduction.

Stephen Meyers est un des principaux conseillers du gouverneur Morris, qui est en pleine campagne des primaires démocrates. Il est encore jeune et très idéaliste. Mais la concurrence est rude avec leur rival. Les coups tordus et les manipulations en tout genre se multiplient. Est-il possible dans un tel contexte de conserver son intégrité envers et contre tout ?

Filmer les coulisses du pouvoir n’est pas nouveau et la politique peut être un excellent sujet pour un film à suspense. Même sans meurtre, on peut mettre facilement en place les mécanismes d’un polar-thriller avec ces « qui va trahir qui ? » et « quel est le plan machiavélique qui se cache derrière tout cela ? ». C’est exactement ce que fait les Marches du Pouvoir, un film à l’intrigue solide et mise en scène avec beaucoup d’intelligence par George Clooney.

En plus d’être la preuve de l’existence de Dieu, George Clooney s’affirme un peu plus à chaque film comme un excellent réalisateur. On sent chez lui le même potentiel que chez un Clint Eastwood, même si rien n’assure encore qu’il atteindra les mêmes sommets. Cependant, les Marches du Pouvoir traduise déjà une maîtrise. Car à l’heure où 24h Chrono a imposé aux scénaristes la règle du 24 rebondissements à la seconde, George Clooney prend le temps de nous dérouler lentement mais sûrement son histoire. Il y a certes de nombreux rebondissements, mais il ne se sent pas obligé de nous emmener sur d’incessantes fausses pistes tellement énormes que l’on voit tout de suite où on veut nous emmener. On échappe même au retournement de situation de la dernière seconde, exploit à l’heure où il semblait devenu obligatoire.

De toute façon, avec les Marches du Pouvoir, George Clooney ne cherche pas qu’à nous livrer un film à suspense. Il y a aussi du fond derrière tout ça, avec une volonté de nous montrer l’envers du décor et la manière dont la machinerie politique peut broyer les intentions les plus pures. Le propos n’est pas nouveau, on n’apprend guère de choses très surprenantes, mais la thèse est exposée avec assez de maîtrise et de brio, pour être tout à fait convaincante. Et moi qui fait activement de la politique, à un niveau plus modeste certes, je peux vous assurer que l’on est pas loin de la vérité, même si tout cela est évidemment extrêmement romancé pour les besoins de l’intrigue.

lesmarchesdupouvoirLes Marches du Pouvoir met en scène le beau et sémillant Ryan Gosling. Ce n’est pas vraiment une surprise tant il est omniprésent sur nos écrans depuis quelques mois. Il faut dire que le garçon à du talent et un charisme fou et qu’on comprend que les producteurs se l’arrachent. Cependant, gare à l’overdose. Enfin, elle ne viendra pas avec ce film où il brille encore par son jeu sobre mais d’une justesse remarquable. George Clooney est bon comme George Clooney, ce qui n’est pas peu dire, même si son rôle n’est pas le plus essentiel de ce film. Enfin, le casting est complété par deux des meilleurs seconds rôles d’Hollywood, qui confirment ici ce statut : Philippe Seymour Hoffman et Paul Giamatti.

Les Marches du Pouvoir est donc un film solide, élégant et bien construit, avec tout plein de très bons acteurs dedans. Un programme pour lequel on a tout de suite envie de voter !

 

Fiche technique :
Production : Cross Creek Pictures, Exclusive Media Group, Smoke House
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : George Clooney
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Beau Willimon d’après sa pièce Farragut North
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Phedon Papamichael
Décors : Sharon Seymour
Musique : Alexandre Desplat
Costumes : Maggie Martin
Directeur artistique : Chris Cornwell
Durée : 95 mn

Casting :
Ryan Gosling : Stephen Meyers
George Clooney : Gouverneur Mike Morris
Philip Seymour Hoffman : Paul Zara
Paul Giamatti : Tom Duffy
Evan Rachel Wood : Molly Stearns
Marisa Tomei : Ida Horowicz
Jeffrey Wright : Senateur Thompson
Max Minghella : Ben Harpen
Jennifer Ehle : Cindy Morris

LE NAVIRE PS VOGUE VERS 2012

francoishollande

francoishollandeSi j’ai quelque peu délaissé certaines parties de mon site depuis quelques semaines et donc n’ai pas eu l’occasion de parler des primaires socialistes, c’est notamment à cause de l’organisation de ces dernières qui m’a prise un peu de temps (enfin entre beaucoup d’autres choses). D’ailleurs, je suis bien content que cela soit fini, car pour le militant et élu socialiste que je suis, ce fut une période où ce sont mêlés espoirs et inquiétudes. Sans parler évidemment des deux journées à passer 5h derrière une urne, activité sympathique mais un peu longuette parfois.

Le succès des primaires socialistes sont incontestables et ceux qui ont cherché à le faire se sont tout simplement couverts de ridicule. L’organisation sans accro, malgré sa complexité (je peux en témoigner), la participation inespérée (notamment à Viroflay!) et surtout la bonne tenue des débats ont donné une image extrêmement positive du Parti Socialiste, la meilleure depuis bien des années. Elle a aboutit à la nomination d’un candidat qui part au combat contre Nicolas Sarkozy dans les meilleures conditions qui soient.

D’un point de vue personnel, ces primaires ont donc constitué une double satisfaction puisque j’ai soutenu François Hollande depuis juin dernier. Avec le recul, cela me semble d’ailleurs relativement incroyable. Je n’aurais pas parié un seul centime sur lui il y a tout juste un an de cela. Comme quoi la ténacité et la constance peuvent parfois payer en politique. Bien sûr, l’affaire DSK lui a été particulièrement favorable puisque c’est sûrement à l’ancien patron du FMI que serait allé mon vote sans tout cela. Et cela aurait été sûrement le cas d’une majorité des votants à ces primaires.

Bien sûr, le plus dur attendent François Hollande et le Parti Socialiste désormais. Le dernier qui a parlé a souvent raison et la manière dont ils ont occupé le temps d’expression médiatique depuis deux mois explique une partie de l’avance que leur donnent les sondages. Il est évident que tout cela va se rééquilibrer et il est impensable que l’élection présidentielle se termine sur un score de 65-35. Il va falloir faire le dos rond jusqu’à la fin de l’année 2011, où les autres formations politiques font tout faire pour réoccuper l’espace médiatique. Ensuite, viendra la campagne à proprement dite et là il faudra savoir repartir de plus belle.

Comme disait Pierre Moscovici avant l’été : « On ne voit pas comment on pourrait ne pas gagner, mais on voit encore comment on pourrait perdre ». Le premier écueil résidait dans les primaires. Elles furent un succès. Les probabilités d’un échec se sont encore amenuisés. Mais tant qu’elles existeront, il faudra être vigilant !

REAL STEEL : Rocky d’acier

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realsteelafficheCe qu’il y a de bien avec Real Steel, c’est qu’il me permet de ressortir mon introduction classique sur le fait que la boxe soit le sport le plus cinémagénique. C’est très pratique et je remercie le réalisateur Shawn Levy pour cela. Bon certes, cette fois, il s’agit de boxe entre robots et non entre humains, on est donc loin de l’esthétisme en noir et blanc d’un Raging Bull. Mais avouons-le, cela reste tout de même un spectacle très distrayant.

Charlie Kenton aurait pu devenir champion du monde de boxe. Mais alors qu’il aurait pu y prétendre, les robots ont supplanté les humains sur les rings pour des combats plus violents et spectaculaires. Il essaye tant bien que mal, et plus mal que bien, de vivre en faisant combattre des machines qu’il achète au rabais. Après la destruction de sa dernière acquisition, il n’a d’autre choix que d’accepter de garder pour l’été son fils de 11 ans qu’il n’a jamais vu. Ce dernier est un fondu de boxe et voit les choses en grand.

Shawn Levy est un réalisateur de comédies familiales. A son actif, le remake de la Panthère Rose, les deux La Nuit au Musée et le très sympathique Crazy Night. Il fait son job avec un talent certain, à défaut d’être un génie du 7ème art. Le voir réaliser une film de science fiction constitue donc une petite surprise, même s’il s’agit d’une production Disney tout ce qu’il y a de plus familial. Mais ceci explique en grande partie les qualités, mais aussi les limites de ce Real Steel.

Le scénario de Real Steel tourne autour de deux axes. Il y a d’abord bien sûr les combats, où ce film parodie, quelque peu Rocky. Ou plutôt lui rend hommage. Les scènes sur le ring sont assez spectaculaires et ont la bonne idée de ne pas s’éterniser. Et surtout, Shawn Levy n’étant pas un réalisateur de clip vidéo, il nous propose des plans qui durent plus d’une seconde chacun. Cela laisse le temps d’admirer les superbes effets spéciaux, de vraiment comprendre ce qui se passe et d’éviter le mal de tête. Après, c’est sûr que ce n’est pas crédible pour deux sous, mais cela n’a guère d’importance une fois que l’on se prête au jeu.

Ensuite, il y a la partie relations familiales avec le fils qui pousse son père à sortir de sa médiocrité et ce dernier qui apprend à aimer ce rejeton dont il n’a jamais voulu. C’est du archi-classique, très Disney, très bons sentiments hollywoodiens, mais Shawn Levy confirme qu’il sait traiter ce genre de sujet avec le minimum d’intelligence pour les rendre digestes. Il ne s’appesantit jamais sur de longues tirades, mais intègre les évolutions des relations entre les personnages dans l’intrigue. Là encore, on ne se lève pas de son siège pour applaudir, mais cela ne gâche en rien le plaisir.

realsteelEn choisissant un réalisateur qui ne baignait pas dans une culture science-fiction, les producteurs ont évité certains excès ou caricatures du genre. Mais à l’inverse, on en reste vraiment au stade l’aimable divertissement. On est loin des rapports homme-machine vus par Azimov. Il y avait pourtant moyen de voir plus grand, d’être plus ambitieux dans le propos. Certes, on aurait pu prendre le risque de se planter et de sombrer dans le ridicule, mais cela aurait valu le coup. Mais bon, c’est un thème tout de même très classique de science-fiction, alors on ne doute pas que d’autre films plus audacieux viendront.

Et puis reste un dernier atout et non des moindres à Real Steel. La présence d’Hugh Jackman à l’écran est évidemment toujours un régal, même s’il ne tient pas là son plus grand rôle. Mais quitte à choisir, je le préfère en Charlie Kenton plutôt qu’en Wolverine. Il reste toujours aussi charismatique, toujours aussi beau et je veux bien échanger son torse contre le mien… C’est un peu léger pour faire un film, mais cela constitue un petit plus. Sinon, les fans de Lost seront heureux de revoir Evangeline Lily (Kate dans la série) à l’écran. Elle aussi est toujours aussi belle…

Au final, Real Steel n’est sûrement pas le film du siècle, mais un divertissement familial bien foutu, un rien prévisible, mais qui permet de passer un bon moment.

 

Fiche technique :
Production : Touchstone Pictures, DreamWorks SKG, 21 Laps Entertainment, Angry Films, ImageMovers, Reliance Entertainment
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Shawn Levy
Scénario : John Gatins
Montage : Dean Zimmerman
Photo : Mauro Fiore
Décors : Tom Meyer
Musique : Danny Elfman
Costumes : Marlene Stewart
Durée : 127 mn
 

Casting :
Hugh Jackman : Charlie Kenton
Dakota Goyo : Max Kenton
Evangeline Lilly : Bailey Tallet
Anthonie Mackie : Finn
Kevin Durand : Ricky
Hope Davis : Tante Debra
Larco Ruggeri : Cliff
Karl Yune : Tak Mashido

RETOUR AUX TRADITIONS

finalecoupedumonderugby

finalecoupedumonderugbyCe n’est parce que j’ai mis une semaine à m’en remettre, mais bien par manque de temps, que ne vous livre qu’aujourd’hui ce billet sur ce qui restera un moment historique du sport français. Quoiqu’il faut bien admettre que la déception perdure encore après tout ce temps, tant le XV de France a semblé tout prêt de devenir Champion du Monde. Cela s’est joué à rien, à un arbitrage quelque peu partial diront certains, nous livrant une nouvelle preuve que la fameuse noble incertitude du sport peut provoquer les plus grandes joies, comme aussi les plus amères déceptions.

En devenant les énièmes perdants magnifiques de l’histoire du sport français, ce XV de France s’est réconcilié avec tout un pays en l’espace de 80 minutes. Mais cette rédemption soudaine va bien au-delà du sentiment d’injustice, car cet amour n’aurait pas été moindre dans la victoire, bien au contraire. C’est dans son attitude, son abnégation, son application, son engagement de tous les instants que l’Equipe de France a reconquis l’estime d’une nation.

Ce fut un renversement total dans l’opinion. Car notre esprit français ne pouvait accepter l’image laissée par la demi-finale gagnée contre le cours du jeu, à défaut d’injustice (les Français n’ont pas triché). Le Gaulois a toujours gardé un réel sens du panache et jamais il ne sera à prêt à tout pour la victoire. L’honneur et les valeurs chevaleresques peuvent sembler des notions d’un autre temps, mais on voit bien ici comment elles marquent encore notre imaginaire collectif.

Si les joueurs du XV de France resteront des héros nationaux pour l’éternité, à l’image de leur formidable capitaine, Thierry Dusautoir, élu meilleur joueur du monde, il n’en sera pas de même pour leur sélectionneur. On a même l’impression que s’ils se sont montrés aussi valeureux en finale, c’est parce qu’ils ont pu enfin se détacher de l’influence de leur coach, qui les dirigeait là pour la dernière fois. Je le dis et je le maintiens, Marc Lièvremont n’était tout simplement pas assez compétent et expérimenté pour le poste et seule la chance a conduit son équipe en finale. Après bien sûr, rien ne pourra jamais dire ce qu’aurait été le destin de cette équipe avec un Michalak, un Jauzion ou un Poitrenaud.

Nous espérons tous que Philippe St André saura nous faire vite oublier cette cruelle désillusion et va guider ce XV de France vers la constance et l’ambition. Car si on préfère les perdants magnifiques aux vainqueurs mesquins, on aime encore plus les vainqueurs magnifiques !

BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLEANS : Pas si bad que ça finalement

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badlieutenantescalealanouvelleorleansafficheSi les grands artistes ont tous un petit grain, alors le réalisateur allemand Werner Herzog est un cinéaste immense. On se souvient notamment du tournage épique de Aguirre, ou la Colère de Dieu où il faillit s’entretuer (au sens propre) avec l’acteur Klaus Kinski. Mais depuis qu’il tourne aux Etats-Unis, son œuvre est nettement plus conventionnel. Pour preuve ce Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans, sorti en 2010, qui, s’il garde quelques traces de folie douce, reprend allégrement des thèmes et des idées développés par d’autres avant lui.

Terence McDonagh est un inspecteur de police qui a une légère tendance à franchir les lignes blanches. Un jour, il sauve de la noyade un détenu, pendant la tempête Katrina, et se blesse gravement au dos. Il se retrouve condamné à souffrir pour le restant de ses jours et à prendre des médicaments contre la douleur. Mais très vite, il ne va pas se contenter d’aspirine et plonger chaque jour un peu plus profondément dans les drogues dures, alors qu’il mène une enquête sur le meurtre d’une famille entière d’immigrés.

Le titre même du film avait déjà fait beaucoup parler de lui. En effet, il est évident qu’il fait référence à Bad Lieutenant, le film d’Abel Ferrara, avec Hervey Keitel, sorti en 1992. Pourtant, d’après Werner Herzog, il ne s’agit ni d’une suite, ni d’un remake, puisqu’il n’a même pas vu l’original. On ne retiendra donc que le même thème central, c’est à dire la longue glissade d’un flic dans l’addiction à la drogue et aux jeux (auxquels ils perdent évidemment). Du coup, la comparaison entre les deux devient inévitable.

Et elle n’est pas à l’avantage de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans. Si le film d’Abel Ferrara était radicalement sombre et pessimiste, le film de Werner Herzog reste lui le cul entre deux chaises. Or, le thème de la glissade d’un flic vers le n’importe quoi n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit et a déjà été le thème centrale de dizaine de films noirs. Le dénouement laissera notamment plus d’un spectateur circonspect. Si on positive, on se dira que ce n’est pas forcément à cela que l’on s’attend, mais pas sûr que ça soit dans le bon sens ce coup-ci.

Restent tout de même deux qualités qui font de Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans un bon film noir, mais qui ne révolutionne absolument pas le genre. Déjà, Werner Herzog fait preuve d’une vraie imagination visuelle. Elle est intermittente certes, mais elle permet de retrouver son style quelque peu iconoclaste. La plongée vers la folie n’est pas toujours facile à représenter à l’écran sans prêter à sourire involontairement. Mais le talent du réalisateur allemand lui a permis d’éviter cet écueil.

badlieutenantescalealanouvelleorleansEnsuite, la partie intrigue policière proprement dite, c’est à la dire la recherche des coupables, est suffisamment solide et riche en rebondissements pour que Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans maintienne l’intérêt du spectateur éveillé jusqu’au bout. Ce n’est pas la plus fantastique qui soit, là non plus ça ne brille pas par son originalité, mais au moins cela ravira tous les amateurs de polars au scénario relativement consistant.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans nous offre un Nicolas Cage des bons jours. Et je ne dis pas ça parce qu’il arbore pour une fois une coupe de cheveux qui ne soit pas d’un goût douteux. Cela ne constitue pas son rôle le plus inoubliable mais il l’interprète avec assez de sérieux et de convictions pour que son talent fasse la différence. A ses côtés, Eva Mendes brille de mille feux par son charme et son sex-appeal dévastateurs. Les fans de la sublime latine seront ravis.

Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans est un film noir sans doute pas tout à fait noir pour être un chef d’œuvre. Il reste un film policier solide et parfois visuellement original.

Fiche technique :
Production : Millennium Films, Saturn Films, Edward R Pressman, Lieutenant Prod, Nu Image Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Werner Herzog
Scénario : Billy Finkelstein
Montage : Joe Bini
Photo : Peter Zeitlinger
Format : 35mm
Décors : Toby Corbett
Musique : Mark Isham
Durée : 122 mn

Casting :
Nicolas Cage : Terence McDonagh
Val Kilmer : Stevie Pruit
Eva Mendes : Frankie Donnenfeld
Xzibit : Big Fate
Brad Dourif : Ned Schoenholtz
Jennifer Coolidge : Genevieve
Shawn Hatosy : Armand Benoit