On ne saura sans doute jamais ce qu’a dit Marc Lièvremont à ses joueurs à la mi-temps de France-Japon. Et c’est tant mieux, car cela n’a pas du constituer un modèle de discours motivant et efficace, tant le XV de France a été catastrophique lors des 30 premières minutes de la seconde mi-temps. J’ai exposé dans un billet précédent à quel point je ne croyais pas à cette Equipe de France. Je crains de plus en plus qu’elle me donne raison, car il semblerait qu’elle n’a pas encore touché le fond, ou alors, si c’est le cas, qu’elle a des ressources insoupçonnées pour creuser encore.
Le sélectionneur peut tenter de charger ses joueurs devant la presse tant qu’il voudra, il y a un seul responsable du spectacle navrant de dimanche dernier, c’est lui-même. La longue préparation ne semble pas avoir fait le moins du monde progresser son équipe, qui inquiète tout autant qu’après la défaite contre l’Italie lors du dernier Tournoi des VI Nations. Le problème, c’est que cette inquiétude ne nous quitte pas depuis 4 ans. Depuis l’arrivée de Marc Lièvrement à la tête de l’équipe de France…
Heureusement, il y a des Bleus qui, eux semblent armés pour décrocher la lune. L’Equipe de France de basket a atteint un niveau, une maturité et une maîtrise qu’on le lui connaissait pas. Depuis que les joueurs hexagonaux sévissent en NBA, on attend en fin que cela se concrétise enfin sous le maillot bleu. Pour l’instant, nous avons surtout récolté de la déception. Restons cependant prudent, car les choses vraiment sérieuse ne commence que demain avec les quarts de finale du Championnat d’Europe. Mais cette fois, on a toutes les raisons d’être confiant. Et de rêver à plus loin !
Le cinéma iranien est à l’honneur cette année. Le magnifique Une Séparation a reçu l’Ours d’Or au Festival de Berlin. Voici désormais, Au Revoir, prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Un film engagé qui vaut à son réalisateur un procès dont il attend aujourd’hui le verdict. Mais un film également nettement moins enthousiasmant que son prédécesseur.
Une femme iranienne vit une situation de plus en plus désespérée : elle apprend que le bébé qu’elle porte est trisomique et elle perd sa licence d’avocate, car son mari, journaliste très critique face au régime, est contraint de vivre désormais dans la clandestinité. Alors elle décide de fuir son pays. Mais le chemin de l’exil est semé d’embûches.
Au Revoir constitue un poignant témoignage sur la situation actuelle en Iran, sur les lourdeurs de cette société qui oppresse et opprime. Le récit nous fait partager à la fois le quotidien des victimes de ce régime et le désespoir causé par les difficultés d’y réchapper. Car l’Iran ne tolère pas que l’on quitte son sol, même si on est un opposant (contrairement à Cuba qui ferme facilement les yeux). On suit la jeune femme dans toutes les étapes de la préparation de sa fuite, sentant à chaque instant la présence de l’étau prêt à se refermer sur elle.
Sur le fond, l’intérêt d’Au Revoir est incontestable. Sur la forme, le film peut rebuter. Il en effet particulièrement austère. Le prix de la mise en scène reçu à Cannes montre bien qu’il y a là une vraie démarche artistique volontaire. Mohammad Rassoulof a voulu nous faire ressentir de manière visuelle la dureté de la société iranienne. En effet, ce film est tourné exclusivement en plan fixe. Jamais la caméra ne se déplace. Les plans sont généralement assez longs, jamais moins de dix secondes et souvent supérieurs à la minute.
Au Revoir est donc un film incroyablement statique. Le spectateur est ainsi enfermé par l’image, comme l’est la protagoniste principale. La sensation est étouffante, presque claustrophobique. Mais cette âpreté dans la forme rend du coup ce film particulièrement froid, car le spectateur n’est pas avec la jeune femme, mais de l’autre côté du mur constitué par l’écran. On reste en dehors de l’histoire, n’arrivant pas vraiment à tisser de lien avec elle, tout comme elle n’arrive pas à en créer avec tous ceux qui l’entourent. On ne s’attache pas vraiment, on ne ressent que trop peu ses émotions, qu’elle n’a de toute façon très peu d’occasion d’exprimer.
Au Revoir présente donc un vrai parti-pris artistique. On peut saluer la démarche et le risque encouru. Mais peut-être aurait-il mieux fallu rendre la forme plus accessible pour mieux faire passer le message. Surtout que ce film vient peu après Une Séparation, qui traite globalement du même sujet, mais avec infiniment plus d’émotion. La déception prédomine donc quelque peu, face à ce personnage qu’on aurait souhaité aimer, au-delà de la simple compassion, mais qui reste bien trop une étrangère.
L’actrice Leyla Zareh n’aura par contre rien à se reprocher. Certes, son jeu est lui aussi très austère, mais elle arrive à porter entièrement Au Revoir sur ses épaules sans jamais faiblir une seule seconde. On espère surtout qu’elle échappera à la répression qui frappe le réalisateur et on peut imaginer le courage qu’il a fallu avoir pour interpréter ce rôle. Le même courage dont fait preuve le personnage qu’elle interprête.
Au Revoir ne laisse pas indifférent, aussi bien sur la forme que sur le fond. Mais malheureusement, ce sentiment n’est pas que positif et une mise-en-scène radicale éloigne trop un spectateur qui aurait tant voulu entrer dans ce film.
Fiche technique : Production : Mohammad Rasoulof films Réalisation : Mohammad Rasoulof Scénario : Mohammad Rasoulof Montage : Arastoo Givi Décors : Saeid Asadi Distribution : Pretty Pictures Son : Hussein Mahdavi Durée : 100 mn
L’Italie a offert au monde les pizzas, les spaghettis, Eros Ramazzotti, le catenaccio, des raisons de donner des coups de boule… et beaucoup de gangsters, réels ou imaginaires. Renato Vallanzasca a bel bien existé et défrayé la chronique judiciaire transalpine au cours des années 60 et 70. Une sorte de Mesrine à l’Italienne, qui avait su séduire les foules par son charisme et son humour, qui faisaient oublier tout le sang qu’il a fait couler. L’Ange du Mal nous raconte son histoire.
Renato Vallanzasca a commencé sa carrière criminelle à l’âge de 9 ans. Vingt ans plus tard, il deviendra célèbre pour ses nombreux braquages de banque. Malgré les victimes qu’il laisse dans son sillage, il deviendra la coqueluche d’une partie de l’Italie, tombée sous son charme dévastateur.
Le parallèle entre Vallanzasca et Mesrine n’est pas qu’historique, mais aussi cinématographique. En effet, on peut facilement imaginer que le film de Jean-François Richet a sûrement influencé la démarche de Michele Placido, même si évidemment l’Italie ne nous a pas attendus pour nous livrer régulièrement des films de gangsters. On se souvient notamment de Romanzo Criminale, avec le même acteur principal ou de l’excellent Gamorra. Mais malheureusement, on ne peut pas dire que l’Ange du Mal apporte quoique ce soit de nouveau ou de bien intéressant.
Renato Vallanzasca est certes un personnage réel hors du commun. Presque un personnage de cinéma… Mais c’est peut-être bien là le problème, car il ne se démarque que très peu de bien des personnages de fiction, qu’il a paradoxalement inspiré. Le modèle original a été surpassé par ses copies. Du coup, le spectateur a bien du mal à s’enthousiasmer devant le spectacle de sa vie. Que les faits soient réels n’apportent rien, car on n’est pas dans l’émotion.
L’Ange du Mal est tourné comme un film de gangsters classiques et se veut spectaculaire. Sa dimension historique reste donc réellement anecdotique. Mais on lui préfèrera un bon paquet de films du même genre. Le choix ne manque pas dans cette catégorie, reléguant inexorablement ce film au rang d’œuvre mineure et absolument pas indispensable. On ne passe pas un mauvais moment, mais on suit les péripéties d’un œil plutôt discret et, sans avoir tout du long regardé sa montre, on n’est pas non plus mécontent que cela soit fini.
La réalisation de Michele Placido est à l’image générale du film. C’est propre et professionnel, mais sûrement pas génial, encore moins original. On le sent hésitant entre un style très efficace et purement commercial et la volonté de nous raconter réellement une histoire. Faute d’avoir tranché, il condamne L’Ange du Mal à une certaine médiocrité et l’empêche de se démarquer du reste du nombre assez pléthorique de films de gangsters.
Kim Rossi Stuart met pourtant tout son charisme au service de son personnage. Il est difficile de lui reprocher quoique ce soit. Mais n’est pas Vincent Cassel qui veut et il n’arrive pas à porter à lui seul sur ses épaules un film par ailleurs trop dénué de surprises. Le reste du casting nous offre pléthore de seconds rôles. Cependant, là encore, rien de vraiment remarquable.
Sans être vraiment raté, l’Ange du Mal ne soulèvera pas l’enthousiasme des foules. Les amateurs de films de gangsters y trouveront peut-être quand même leur compte. Les autres pourront trouver aisément bien meilleur dans le même genre.
Fiche technique : Titre original : Vallanzasca – Gli angeli del male Réalisation : Michele Placido Scénario : Michele Placido, Kim Rossi Stuart, Antonio Leotti, Toni Trupia, Andrea Leanza, Antonella D’Agostino et Angelo Pasquini d’après le livre de Renato Vallanzasca, Carlo Bonini et Antonella D’Agostino Production : Elide Melli Photo : Arnaldo Catinari Pays d’origine : Italie Format : Couleurs Genre : Drame, policier, thriller, biographie Durée : 125 minutes
Casting : Kim Rossi Stuart : Renato Vallanzasca Filippo Timi : Enzo Moritz Bleibtreu : Sergio Valeria Solarino : Consuelo Paz Vega : Antonella D’Agostino Francesco Scianna : Francis Turatello Gaetano Bruno : Fausto
Lorsque j’ai vu les affiches de Sexe entre Amis dans le hall de mon cinéma préféré (UGC La Défense pour ceux qui voudraient m’y croiser !), je me suis immédiatement dit : Jamais je n’irai voir ce film. Rien que le titre raconte le début, le milieu et la fin de l’histoire… Mais vous l’aurez compris, je n’ai pas tenu parole et au final, je ne le regrette pas. Même si le titre raconte bien le début, le milieu et la fin…
Dylan débarque à New-York depuis Los Angeles du fait de l’insistance de Jamie, chasseuse de têtes, qui veut absolument en faire le nouveau directeur artistique du magazine GQ. En une soirée, elle arrive à le convaincre d’accepter. Ils deviennent très vite les meilleurs amis du monde. Evidemment, beaux comme ils sont, ils finissent par coucher ensemble. Mais ils décident que cela restera purement sexuel et ne remettra pas en cause leur amitié.
N’attendez surtout pas de Sexe entre Amis la moindre surprise quant au dénouement. Il se termine exactement comme prévu, dans un happy end romantique des plus hollywoodiens. Mais pourtant, on n’a pas pour une fois envie de se fourrer deux doigts au fond de la gorge face à ce spectacle dégoulinant de bons sentiments. En effet, ce qui sauve le film, c’est qu’à la première seconde où l’on voit Dylan et Jamie, on se dit qu’ils feraient un très beau couple. Du coup, on a vraiment envie de les voir finir ensemble et d’assumer enfin leurs sentiments réciproques.
Les deux personnages de Sexe entre Amis sont en effet particulièrement sympathiques, malgré leur statut d’urbains américains jeunes beaux gagnant beaucoup d’argent grâce à un métier super cool censé nous faire rêver. Il y a quelque chose en eux qui les rend particulièrement attachants, dès la première seconde. Au moins, le film échappe au classique « il a l’air antipathique au premier abord, mais en fait, c’est un mec génial, donc ils vont finir par s’aimer ».
Parce que bon, au-delà de ça, on ne réchappe quand même pas à tout un tas de poncifs propres aux comédies romantiques hollywoodiennes. On s’amusera notamment du contraste entre des dialogues et des situations très crus sexuellement parlant et le fait que Jamie fait toujours attention à couvrir sa poitrine avec le drap, de peur que le spectateur ne voie un téton. Ce côté faussement puritain peut énerver, mais à force, on n’en a pris l’habitude. Par contre, là où le film est carrément borderline, c’est sur la mise en scène de la maladie d’Alzheimer du père de Dylan pour le conduire à avouer sa flamme et ne plus avoir peur de s’engager.
Mais au fond, le plus important, c’est que Sexe entre Amis est tout simplement très drôle. Et même si l’humour tourne beaucoup autour du sexe, le film est très rarement vulgaire. Il alterne premier et second degré, avec rythme et pas mal de bonheur. Ce n’est pas la comédie romantique la plus drôle de l’année, mais au moins, elle fonctionne et on ne s’ennuie pas une seule seconde. Après, on ne peut qu’admettre que tout y est cousu d’un gros fil blanc.
Sexe entre Amis tend également à prouver deux choses. Premièrement que Justin Timberlake se défend en tant qu’acteur, même si ce n’est pas non plus Robert De Niro. Ca viendra peut-être, mais j’en doute très très fort. Par contre, Mila Kunis est très certainement une des actrices le plus sous-cotées d’Hollywood, même si cela est certainement en train de changer. Magnifique dans The Black Swan, on l’attend avec impatience dans l’adaptation du Magicien d’Oz de Sam Raimi. En attendant, dans ce film, elle livre une performance très professionnelle, mais à laquelle son charme naturel rajoute un supplément non négligeable.
Sexe entre Amis constitue donc une comédie romantique sans surprise, mais qui fonctionne grâce à un humour efficace et un couple adorable.
Fiche technique : Production : Screen Gems, Castle Rock Entertainment, Eucker productions, Olive Bridge Entertainment Distribution : Sony Pictures Releasing France Réalisation : Will Gluck Scénario : Will Gluck, Keth Merryman, David A. Newman Montage : Tia Nolan Photo : Michael Grady Décors : Marcia Hinds Costumes : Renee Ehrlicj Kalfus Durée : 109 mn
Casting : Justin Timberlake : Dylan Mila Kunis : Jamie Patrica Clarkcson : Lorna Jenna Elfman : Annie Bryan Greenberg : Parker Richard Jenkins : Mr. Harper Woody Harrelson : Tommy Emma Stone : Kayla
Cette année aura été pour le cinéma français l’année des films sur les erreurs judiciaires, avérées ou supposées. Après Omar m’a Tuer, voici Présumé Coupable, qui revient sur l’affaire d’Outreau, pour laquelle 13 personnes ont été accusées à tort des pires exactions pédophiles. Certaines ont même été jugées coupables en première instance de manière aléatoire et incompréhensible, avant d’être innocentées en appel. Parmi elles, Alain Marécaux dont ce film raconte l’histoire.
Alain Marécaux est huissier de justice à Outreau, dans le Nord. Un matin, la police débarque chez lui et l’arrête, ainsi que son épouse, les accusant de viol sur mineurs. Commence alors un terrible cauchemar face à une machine judiciaire qui va le broyer, alors qu’aucune preuve de sa culpabilité n’existe.
A la fin de Présumé Coupable, une partie de la salle a applaudi. C’est un phénomène suffisamment rare pour être signalé. Cela ne tient pas tant aux qualités cinématographiques bien réelles de ce film qu’à l’émotion que cette histoire, encore très fraîche dans les mémoires, véhicule dans notre imaginaire collectif. Cette sensation de proximité avec une tragédie, qui, au fond, aurait pu arriver à chacun de nous, renforce encore la facilité avec laquelle on rentre dans ce film, pour ne pas en ressortir tout à fait indemne.
Mais Présumé Coupable a l’intelligence de ne pas nous raconter cette histoire de manière trop directe et ne ressemble donc pas un documentaire enflammé et à charge contre le système judiciaire. Ce n’est pas un film sur l’Affaire d’Outreau, mais sur le calvaire d’Alain Marécaux. Ce choix permet à Vincent Gareng de nous offrir un vrai moment de cinéma, qui aurait pu exister, même s’il n’était qu’une pure fiction. Après, le fait que cela soit des faits réels ne vient qu’amplifier une émotion, qui n’est jamais facile.
Présumé Coupable ne se focalise donc pas directement sur la violence de la police, sur l’entêtement absurde et détestable du Juge Burgaud ou sur les médias qui ont rapporté les faits et livrer la réputation de ces gens aux chiens, sans jamais prendre le moindre recul. Certes tout cela apparaît mais le film se focalise beaucoup plus sur les conséquences de tout ça. Sur la vie qui se brise, sur l’amour qui ne survit pas, sur le regard des autres qui même accompagné d’un mot de soutien en dit long sur le jugement qui est déjà tombé, sur le désespoir face à la sensation qui grandit un peu plus chaque jour que le cauchemar ne prendra jamais fin.
Mais Présumé Coupable, comme Omar m’a Tuer, constitue un exercice qui a ses limites. Il s’agit là d’un témoignage, mais qui rapporte des faits déjà connus de tous. Il n’y a pas d’éléments nouveaux, simplement la mise en image de ce que l’on savait déjà. Cependant, il nous fait prendre conscience, au moins partiellement, de ce qu’a pu être le calvaire de ses hommes et ses femmes. Si cela nous amène à ne pas juger trop vite ceux que les médias nous livrent comme coupables, alors l’exercice n’aura pas été vain.
Présumé Coupable est aussi la confirmation que Philippe Torreton est peut-être le plus grand acteur français actuel. Mais en choisissant des rôles difficiles et intéressants plutôt que populaires, il renonce peut-être à la une des journaux people (en plus, je doute qu’il soit du genre à pisser dans une bouteille…), mais sûrement pas à l’admiration de tous les cinéphiles. Ce film est aussi l’occasion d’une vraie révélation, celle de Raphaël Ferret, qui tenait pourtant son premier rôle au cinéma. Son interprétation du Juge Burgaud, à la fois sobre et terrifiante, contribue largement à la réussite de ce film.
Au final, Jugé Coupable réussit à éviter tous les pièges, notamment le voyeurisme ou la dénonciation directe et facile. Il constitue plus une piqure de rappel, plus qu’une révélation. Mais il y a des piqures de rappels parfois nécessaires.
Fiche technique : Production : Nord-Ouest Films, France 3 Cinéma, Artémis productions Distribution : Mars distribution Réalisation : Vincent Garenq Scénario : Vincent Garenq, d’après le livre d’Alain Marécaux Montage : Dorian Rigal-Ansous Photo : Renaud Chassaing Son : Pascal James Directeur artistique : Yves Brover Durée : 102 mn
Butch Cassidy est une des figures les plus mythiques de l’Ouest américain. Avec son complice Harvey Logan, dit le Kid, il a connu une carrière criminelle des plus brillantes à la fin du XIXème siècle. L’histoire voudrait qu’ils soient morts en 1908, alors qu’ils avaient fui en Bolivie. Cependant, des tests ADN effectués en 1991 tendraient à prouver que les deux cadavres n’étaient pas ceux des deux fameux bandits, confirmant ce que la sœur de Butch Cassidy a écrit dans ses mémoires. On peut donc tout imaginer quant à la fin de sa vie.
James Blackthorn est un Américain, éleveur de chevaux qui vit au fin fond de la Bolivie. Il entretient une correspondance avec une jeune garçon, qui est peut-être son fils, mais qu’il n’a jamais vu. L’âge avançant, il décide de vendre sa ferme et de revenir aux Etats-Unis pour enfin le rencontrer. Mais sur sa route, il croise une ingénieur espagnol, qui a volé de l’argent à un des plus importants propriétaires miniers du pays. Ce dernier finira par découvrir le secret de James, qui est en fait le célèbre Butch Cassidy, et l’entraîne dans une dernière aventure.
Blackthorn est donc un western… mais n’en est pas un. Il ne se déroule pas aux Etats-Unis et non au XIXème siècle, mais dans les années 30. Pourtant, on retrouve beaucoup des éléments qui ont fait la légende du genre, à commencer par le personnage principal bien sûr. On est donc dans le western crépusculaire, à la Impitoyable, où les héros ont vieilli et porte un regard quelque peu désabusé sur leur passé. Ce film n’est donc ni aussi original, ni aussi classique qu’il pourrait en avoir l’air à première vue.
En fait, le seul défaut de Blackthorn, c’est justement de ne pas être Impitoyable, auquel il fait forcément penser. Mais on peut le lui pardonner aisément et apprécier ce film à sa juste valeur. Un scénario qui mêle situations classiques et quelques rebondissements particulièrement inattendus est particulièrement solide. De beaux duels à coups de pistolet qui, même dans une montagne verdoyante, ressemblent forcément à ceux des grandes plaines de l’Ouest. La photographie est elle-aussi très soignée, nous permettant de découvrir que les déserts boliviens n’ont rien à envier aux décors plus habituels des westerns. On n’en sort donc pas forcément bouleversé, mais au moins, le spectateur en a pour son argent.
Blackthorn repose beaucoup sur la relation entre les deux personnages principaux. Le premier vieux routier un peu bougon, l’autre jeune imprudent embarqué dans une aventure qui le dépasse. Là encore, cela ne brille pas par une originalité délirante. Mais là encore, ce n’est guère gênant car cela constitue un fil rouge, une trame narrative, sans que le scénario ne se livre à une analyse psychologique super profonde, qui aurait de toute façon déjà senti le déjà-vu. Le film reste avant un tout un film d’aventures.
Blackthorn offre à Sam Shepard un rôle à sa mesure. Il n’a peut être plus tout à fait à l’étoffe des héros, mais il porte encore le chapeau de cow-boy comme personne. Il entre totalement dans la peau de son personnage, qui doit quelque part de toute façon lui ressembler… l’aspect criminel en moins. Face à lui, un excellent Eduardo Noriega. Certes, il est un peu dans l’ombre de son illustre aîné, mais c’est aussi le rôle qui veut ça.
Au final, Blackthorn n’a peut-être pas totalement exploité le potentiel de l’idée de départ. Mais il reste un film élégant et agréable à suivre.
Fiche technique : Production : Arcadia Motion pictures, Aiete-Ariane Films, Quickfire, Pegaso Producciones, Noodles prod, Buena Suerte, Eter pict., Nix Distribution : Bac films Réalisation : Mateo Gil Scénario : Miguel Barros Montage : David Gallart Photo : Juan Ruiz Anchia Musique : Lucio Godoy Directeur artistique : Juan Pedro de Gaspar Durée : 92 mn
Casting : Sam Shepard : James Blackthorn Eduardo Noriega : Eduardo Apodaca Stephen Rea : Mackinley Padraic Delaney : Sundance Kid Nikolaj Coster-Waldau : James, jeune Cristian Mercado : Le général de l’armée bolivienne Daniel Aguirre : Ivan
Combien de fois en France avons-nous portée aux nues un sportif prometteur, mais encore loin du statut de champion ? Combien d’espoirs montés sur un piédestal quelques instants à peine avant la chute ? Combien de bonnes performances transformés au fil des commentaires en exploits retentissants, mais qui resteront au final sans lendemains ? Mais en sport, comme ailleurs, le plus dur c’est de confirmer. Cet été, à Daegu, Christophe Lemaître l’a fait.
Briller le temps de deux étés ne fait pas d’un athlète un immense champion. Une carrière se juge sur une période beaucoup plus longue que cela. L’athlétisme a toujours connu des étoiles filantes qui n’ont guère éclairé qu’une nuit ou deux. Mais cette fois, on a vraiment envie d’y croire. Et pour bien des raisons.
La première n’est certainement pas le fait que Christophe Lemaître soit le premier blanc à atteindre un tel niveau en sprint, combien même cela soit de très très loin. Cela ne relève que de l’anecdotique. Par contre, sa progression constante depuis deux ans fait naître bien des espoirs. A 21 ans, il est encore extrêmement jeune et on ne voit aucune raison qu’il n’aille encore bien plus loin. Certes, tout athlète connaît un sommet puis un déclin. Personne ne peut dire à quel moment la courbe va s’inverser et cela arrive parfois de manière très précoce. Mais le voir capable d’améliorer son record de 36 centième d’un coup en finale du 200m confirme bien le fait qu’il possède encore un gros potentiel inexploité.
L’engouement suscité par Christophe Lemaître tient aussi au fait qu’il exerce dans l’épreuve qui représente la quintessence du sport. Le 100 m reste l’épreuve reine, pour le sport individuel tout du moins. Y briller signifie forcément rentrer dans l’histoire de l’athlétisme. Etre champion du Monde du 800m ou du lancer du marteau est certaine honorable, mais votre nom a tout de même toutes les chances de disparaître très vite des mémoires. Si personnellement je ne considère toujours pas Michael Phelps comme le plus grand nageur de tous les temps, c’est tout simplement parce qu’il n’a jamais brillé sur la distance la plus mythique. La médaille de bronze de Christophe Lemaître sur 200m a une valeur infiniment supérieure à tous les titres que pourra remporter un Yohan Diniz en marche.
Ses trois titres de champion d’Europe l’année dernière étaient réjouissants, mais n’avaient guère de valeur au niveau mondial. Christophe Lemaître fait désormais partie du gotha. Mais le niveau en sprint est d’une telle densité que la moindre baisse de régime le fera disparaître aussitôt des palmarès. Espérons qu’il poursuive son ascension pour pouvoir viser encore plus haut dans un an, aux Jeux Olympiques de Londres.
Par contre, est-ce que quelqu’un peut lui dire de raser sa moustache de puceau ridicule ?
Le plus souvent, parler d’un sujet grave appelle à une certaine sobriété dans la forme. Le spectaculaire ne doit pas prendre le pas sur le fond. Seuls les plus grands comme Lars Van Trier peuvent se permettre de mêler le drame et l’innovation visuelle. Du coup, souvent, on aime ou bien on déteste. La Guerre est Déclarée fait se pari osé. Et se montre à la hauteur.
Roméo et Juliette file un parfait amour, dont est né Adam. Mais peu à peu, leur fils connaît des problèmes de santé de plus en plus prononcés. Jusqu’à ce qu’ils apprennent la terrible nouvelle : leur fils a une tumeur au cerveau.
La Guerre est Déclarée est avant tout une histoire d’amour. En effet, il nous raconte la relation entre Roméo et Juliette beaucoup plus que la maladie de leur fils. Ce dernier est au final assez peu présent et Valérie Donzelli ne cherche jamais à ce que le spectateur s’y attache. Il est à la fois le centre du film et un prétexte pour nous parler de ce qui peut lier deux êtres, dans la joie et dans la peine. Notre empathie ne se manifeste pas de la manière que l’on aurait pu prévoir, mais cela ne diminue en rien l’émotion véhiculée par ce film.
Il faut dire que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm savent de quoi ils parlent puisque ce film est tout simplement une autobiographie de leur couple. Voici un détail que j’ignorais avant de voir La Guerre est Déclarée, mais qui se révèle au final guère surprenant. Il aurait été difficile d’écrire un tel film sans avoir traversé une épreuve comparable. Jamais le film ne tombe dans un voyeurisme ou une émotion facile. Il ne cherche pas à faire pleurer, à passionner, à faire rire ou à distraire. Il raconte, il témoigne, il partage. Le plus difficile restait cependant d’arriver à transmettre l’émotion au spectateur.
Pour cela, Valérie Donzelli a choisi une mise en forme audacieuse. Les effets visuels sont nombreux et la narration se fait parfois de manière assez peu traditionnelle. On sent évidemment que les images sont là pour souligner les sentiments, mais certains pourront trouver que cela détourne l’attention de l’essentiel, que cela dénature la pureté du témoignage, que, quelque part, cela adoucit l’épreuve. Le cancer d’un enfant n’a rien de beau ou d’esthétique. Mais cela signifie-t-il qu’une œuvre qui l’évoque ne peut l’être non plus ? N’est-ce pas justement le rôle de l’art de véhiculer l’émotion par les moyens les plus inattendus ? Bon, ok, on ne va pas commencer le débat ici. Mais une chose est sûr, La Guerre est Déclarée ne peut laisser indifférent.
Et si vous acceptez sans retenu ce parti-pris artistique, si vous vous laissez porter par les images autant que par la narration, alors La Guerre est Déclarée représentera pour vous un magnifique moment de cinéma. Une œuvre forte et audacieuse, profondément personnelle mais aussi tout simplement humaine. On ne peut qu’être admiratif du travail de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, qui ont mis un morceau d’eux-mêmes dans ce film. Un film dont on sort profondément marqué, partagé entre une multitude de sentiments, les mêmes que ceux ressentis par Roméo et Juliette. Avec bien sûr, infiniment moins d’intensité…
On peut affirmer que Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm tiennent là le rôle de leur vie. Au sens premier du terme en fait. Leur performance est extraordinaire. Et qu’importe s’ils jouent en fait leur propre rôle. L’émotion qu’ils arrivent à véhiculer n’est pas que celle d’un témoignage. Elle est celle procurée par des acteurs qui arrivent à incarner une émotion. Sauf que dans La Guerre est Déclarée, ils en incarnent bien plus d’une.
Dans l’attente de la sortie de The Artist, La Guerre est Déclarée fait déjà figure d’immense favori pour les Césars. Une production d’une audace folle pour l’Hexagone. Mais surtout un magnifique moment de cinéma, entre rires et larmes, entre espoir et infinie tristesse.
Le plus important dans la vie, après le football bien sûr, c’est d’être content de soi. Evidemment, pas bêtement, ni invariablement. Simplement, savoir que l’on ne fait pas les choses pour rien, que d’autres apprécient le résultat et que l’on ne mène pas des combats inutiles. La première personne qui doit en être convaincu, c’est bien sûr soi-même. Mais il y a parfois des moments plus difficiles, où l’on doute, où l’on s’interroge, où l’on a peur d’avoir commis une erreur. Bref des moments où vos convictions sont ébranlées.
C’est alors qu’on a besoin d’un regard approbateur, d’un encouragement, d’un soutien dans la difficulté. Pas besoin forcément d’une preuve d’admiration ou de compliments enthousiastes. En fait, ce n’est même pas vraiment la forme qui compte. C’est souvent simplement, presque imperceptiblement que l’on ressent dans le regard d’autrui qu’il attend que vous continuiez ainsi. Parce qu’il est d’accord avec vous, parce qu’il aime ce que vous faites ou parce qu’il est prêt à s’engager à vos côtés.
En 12h petites heures, j’ai vécu deux moments comme ceux-là. Le premier dans un contexte désagréable, contrairement au second. Le premier fut un soutien, le second un encouragement. Le premier m’a fait du bien, le second m’a fait plaisir. Les deux m’ont donné beaucoup d’énergie pour cette rentrée !
Lorsque les petits hommes verts décident de débarquer sur notre bonne Planète Bleue, ils dont deux mauvaises habitudes. Déjà, il faut toujours qu’ils larguent les amarres aux Etats-Unis. Pourtant, ce pays occupe un pourcentage somme toute modéré des terres émergées. Peut-être que c’est l’odeur de junk-food qui les attire. Deuxièmement, ils débarquent toujours à notre époque ou, à la grande rigueur, dans le futur, mais jamais dans le passé. Vous me direz, s’ils étaient venus dans le passé, on serait déjà au courant. Mais Cowboys et Envahisseurs nous prouve que ce n’est pas forcément le cas.
Un beau jour de 1873, en plein Arizona, un homme se réveille, un peu sonné, sans se rappeler qui il est et ce qu’il fait là. Il découvre surtout très vite qu’il possède un étrange bracelet au poignet gauche et qu’il sait visiblement très bien se battre. Arrivé en ville, il apprend qu’il s’appelle Jake Lonergan et que sa tête est mise à prix. Mais au moment où le marshall local l’embarque, la ville est attaquée par d’étranges engins volants.
Faire combattre des aliens par des cowboys, voilà un pitch qui ne semble pas constituer l’idée du siècle à première vue. Mais en y repensant, on se demande comment on n’y a pas pensé avant. En fait, on a du mal à comprendre comment l’idée de l’invasion extra-terrestre pourtant maintes et maintes fois mise en scène a pu être traitée d’une manière aussi uniforme. Bon, cela peut s’expliquer par le fait que débarquer d’une autre galaxie exige un niveau technologique plutôt élevé et que l’humanité a donc intérêt à être au top pour que sa victoire semble un minimum crédible… Mais Cowboys et Envahisseurs nous démontre que cela n’avait rien d’obligatoire.
Soyons clair, Cowboys et Envahisseurs n’est pas le film de l’année, mais concoure plutôt dans la catégorie sympathique série B. Cependant, il se révèle être un divertissement efficace et très agréable à suivre. On pourra lui reprocher un manque d’imagination au-delà de l’idée de départ et certaines longueurs, ce qui nous fait penser que ce film n’est peut-être pas aussi génialement jouissif qu’il aurait pu l’être. Mais enfin dire qu’on s’y ennuie serait mentir et il fait passer un très bon moment au spectateur. Cela reste quand même le principal. On ne lui en demandait pas forcément plus.
Cowboys et Envahisseurs met en scène une jolie galerie de antihéros. Là encore, on ne crie pas au génie. On a connu mieux dans le genre. Mais on y retrouve du coup un esprit western de la grande époque, peuplé d’archétypes. Le film s’amuse à détourner les poncifs du genre pour les recycler dans une aventure que John Ford n’aurait sûrement pas imaginée. On peut toujours reprocher au film de ne pas tout à fait aller au bout de l’idée, mais cela ne gâche vraiment pas le plaisir, alors inutile de s’y attarder.
Cowboys et Envahisseurs met à l’affiche deux acteurs qui se trouvent ici parfaitement dans leur élément. Harrison Ford n’avait pas été aussi convaincant depuis bien longtemps. En tout cas, il l’est bien plus que dans le dernier Indiana Jones. Daniel Craig est lui aussi très à l’aise, plus que dans le costume trop bien repassé de James Bond à mon goût. Il est décidément plus bandit de grand chemin que gentleman. Enfin, il fallait bien une belle jeune femme en détresse. Elle est ici interprété par la sublime Olivia Wilde, vue sur petit écran dans Docteur House et sur grand écran dans Tron, l’Héritage.
Au final, Cowboys et Envahisseurs conclut plutôt bien cet été de blockbusters. On est peut-être passé à côté d’un vrai chef d’œuvre, mais on a là tout de même un divertissement très plaisant à suivre.
Fiche technique : Production : Fairview Entertainment, K/O Paper Products, Platinum Studios, Imagine, DreamWorks Pictures Distribution : Paramount Pictures France Réalisation : Jon Favreau Scénario : Damon Lindelof, Alex Kurtzman, Roberto Orci, Mark Fergus, Hawk Ostby, d’après le roman graphique de Scott M. Rosenberg Montage : Dan Lebental, Jim May Photo : Matthew Libatique Décors : Scott Chambliss Musique : Harry Gregson-Williams Durée : 117 mn
Casting : Daniel Craig : Jake Lonergan Harrison Ford : Col. Woodrow Dolarhyde Olivia Wilde : Ella Swenson Sam Rockwell : Doc Paul Dano : Percy Dolarhyde Clancy Brown : Meacham Keith Carradine : Sheriff John Taggart
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