PREPAREZ VOS MOUCHOIRS : Transgression oscarisée

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preparezvosmouchoirsafficheSi vous voulez briller en société, vous pouvez jouer à un petit jeu. Demander à vos interlocuteurs de retrouver les 12 (+2) films français qui ont été récompensés aux Oscars depuis 1948. Ce petit jeu peut vous occuper assez longtemps car rien ne garantit que quelqu’un dans l’assemblée cite spontanément Les Dimanches de Ville d’Avray, de Serge Bourguignon, ou La Vie Devant Soi, de Moshé Mizrahi. Un Homme et une Femme, de Claude Lelouch, ou La Nuit Américaine, de François Truffaut, auront peut-être un peu plus de chance d’être mentionné. Et pour épater vos amis, n’oubliez pas de répondre Préparez vos Mouchoirs, de Bertrand Blier, récompensé en 1979.

Raoul est marié à Solange. Il en est encore terriblement amoureux et se désespère de la voir sombrer dans un état léthargique et dépressif. Pour l’en sortir, il « l’offre » à un inconnu, Stéphane, assis derrière eux au restaurant. Mais rien n’y fait. Les deux hommes, devenus amis, mettent alors tout en œuvre pour redonner le sourire à Solange.

Que Préparez vos Mouchoirs ait été récompensé aux Oscars est doublement étonnant. Déjà parce que ce n’est pas le film de Betrand Blier ayant eu le plus de succès, ni celui qui a le plus marqué les esprits dans notre pays. Les Valseuses, Buffet Froid ou Tenue de Soirée restent ses œuvres ses plus significatives. Enfin, il est vrai que nombre de prix ont été donnés à de nombreux films totalement oubliés aujourd’hui (souvent à tort, parfois à raison).

Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que l’académie des Oscars ait récompensé un film aussi transgressif, à des années lumières d’un puritanisme qui colle pourtant à la peau d’Hollywood. Une telle chose serait totalement inimaginable aujourd’hui et c’est bien dommage. Mais voilà, nous étions encore dans les années 70 et la chape du politiquement correct n’était pas encore tombé sur le monde. Dans un autre style, un producteur accepterait-il encore aujourd’hui de donner vie aux Aventures de Rabbi Jacob ?

Mais revenons plus précisément à Préparez vos Mouchoirs. On y retrouve tout ce qui a fait le succès de Bertrand Blier. Un sens inné de la provocation, de la critique acerbe du conformisme et des bonnes mœurs. On y retrouve encore une fois des personnages bien comme il faut, finissant par se lâcher et trouver ainsi un bonheur et une joie de vivre qui les avaient depuis longtemps abandonnés. Le tout s’accompagne d’un humour parfois noir, souvent décalé et presque toujours subversif. On y retrouve aussi le témoignage de la libération sexuelle survenue dans la décennie précédente et qui s’exprime ici avec force.

preparezvosmouchoirsMais si Préparez vos Mouchoirs est moins culte que les Valseuses ou que Buffet Froid, c’est tout simplement parce qu’il est un peu moins drôle. Il recèle bien quelques morceaux de bravoure, quelques apparitions succulentes, Sylvie Joly et Michel Serrault en tête. Mais aussi quelques passages un peu longuets, où le propos et l’humour tournent en rond. On est bien là devant un classique du cinéma français, mais pas un de ses plus grands chef d’œuvres.

Préparez vos Mouchoirs constitue aussi l’occasion de retrouver un des plus extraordinaires duos du cinéma français, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. C’est aussi une nouvelle occasion de regretter que ce dernier soit parti trop tôt, bien trop tôt. Leur complicité à l’écran est nouvelle fois évidente et constitue l’axe principal sur lequel repose le film. Car en face d’eux, Carole Laure est un peu palote. On est loin du trio Miou-Miou, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert qui les accompagnait dans les Valseuses. Ceci explique en grande partie la légère différence de qualité entre les deux films.

Préparez vos Mouchoirs reste un grand moment de cinéma transgressif, à une époque où ce dernier avait encore droit de cité, même sur Hollywood Boulevard.

P.S : Pour ceux qui se demandent pourquoi j’ai mis (+2) lors de mon introduction à propos des films français primés aux Oscars, c’est que je compte aussi Z de Costa-Gavras qui a concouru sous le drapeau algérien et La Victoire en Chantant de Jean-Jacques Annaud sous les couleurs ivoiriennes.

Fiche technique :
Réalisateur : Bertrand Blier
Scénario, Adaptation et Dialogue : Bertrand Blier
Photographie : Jean Penzer
Musique : Georges Delerue, ainsi que des oeuvres de Mozart et Schubert
Décors : Eric Moulard
Montage : Claudine Merlin
Son : J.P Ruh
Production : Ariane-Films et CAPAC (France) – Belga Films et SODEC (Belgique)
Pellicule 35mm, couleur par Eastmancolor
Date de sortie : France : 11 janvier 1978
Durée : 1h48

Casting :
Gérard Depardieu : Raoul
Carole Laure : Solange
Patrick Dewaere : Stéphane
Michel Serrault : Le voisin
Eléonore Hirt : Mme Belœil
Jean Rougerie : M. Belœil
Sylvie Joly : La passante
Riton Liebman : Christian Belœil (sous le nom de Riton)
Liliane Rovère : Marthe la serveuse de bar (« Bernadette »)
Michel Beaune : Le médecin dans la rue

TRON L’HERITAGE : C’est beau, mais c’est bien tout, mais c’est déjà pas mal

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tronlheritageafficheQuelques fois, je me demande s’il n’y a pas des personnes à Hollywood employées spécialement à chercher de quel film n’a-t-on pas encore fait de suite. Le jour où j’ai appris qu’ils s’apprêtaient à s’attaquer à Tron, j’ai trouvé que c’était une idée fort saugrenue. Un remake, encore, j’aurais été moins surpris. Mais 30 ans après, alors que ce film figure dans la liste des tournants certes historiques, mais dont la qualité artistique est contestable (L’Arrivée du Train en Gare de la La Ciotat, Le Chanteur de Jazz, la Tunique…), en voilà une drôle d’idée. Mais pourquoi pas…

Sam Flynn est un jeune homme un peu rebelle, mais surtout le fils de Kevin Flynn. Ce dernier a disparu mystérieusement il y a de nombreuses années, alors qu’il était, semble-t-il, sur le point de réaliser une avancée historique dans le domaine de la réalité virtuelle. Son fils et quelques fidèles ne veulent croire en sa mort, alors que la société Encom est devenue une entreprise commerciale de la pire espèce. Mais quand Alan Bradley, son ancien collègue et créateur du programme Tron, reçoit un message sur son antique bipeur, semblant provenir de l’ancien bureau de Kevin, ils reprennent espoir.

Tron l’Heritage porte très bien son nom. En effet, au lieu de réinventer l’univers du premier volet, il lui rend un hommage constant, multipliant les références plus ou moins cachées. A tel point qu’on se demande vraiment si ça n’aurait pas été plus intelligent de carrément faire un remake, si c’était pour nous proposer ainsi les mêmes moments cultes. Les combats de disque lumineux et la course à moto sont à nouveau présents, sans vraiment être révolutionnés. C’est simplement plus beau, plus spectaculaire, plus grandiose, plus tout en fait, à part plus imaginatif.

En fait, Tron l’Héritage déçoit pas un scénario manquant totalement de profondeur et d’originalité. Certes, on ne s’attendait pas à une intrigue à la Christopher Nolan, mais tout de même. On a là le minimum syndical, pour ne pas dire le niveau zéro de l’ambition. C’est prévisible, sans grande intelligence, ni grand intérêt en fait. Les personnages ne brillent pas spécialement par leur charisme et Kevin Flynn, passé d’ado geek à vieux sage zen, a perdu entre temps un peu de son capital sympathie.

Tron l’Héritage fait donc exactement comme son géniteur. Il mise tout sur l’aspect visuel. Alors oui, c’est beau, vraiment beau, assez beau pour en faire un film digne d’intérêt. Mais on est très loin de la révolution de 1982 ou celle d’Avatar. L’univers crée est intéressant, ampli d’une certaine grandeur. Le travail esthétique est réellement remarquable, souligné par une bande-son signée Daft Punk vraiment réussie et qui pourra plaire même à ceux, comme moi, que la musique électronique ne fait absolument pas grimper au plafond. Bref, ce film se laisse regarder au sens premier du terme.

tronlheritageTron l’Héritage ne rentrera sûrement pas dans l’histoire du cinéma comme le premier volet. On assiste là à un divertissement de science-fiction techniquement très réussi, mais qui tire toute sa personnalité, toute son originalité d’éléments imaginés il y a près de 30 ans. Joseph Kosinski est passé à côté de quelques choses de grand. Mais confier un tel projet à un réalisateur sans expérience (et donc plus malléable ?) montre bien que l’ambition n’était pas ce qui animait en premier lieu les producteurs. On pouvait pourtant imaginer que quelques grands noms auraient été ravis de prendre le projet en main.

Tron l’Héritage ne lèguera que très peu de choses à la légende du 7ème art. Tel le fils prodigue, il se contente de vivre sur ce qui lui a légué son père, sans chercher à créer quelque chose par lui-même. Alors on retiendra tout de même un travail esthétique époustouflant qui fait oublier à lui seul bien des faiblesses. Un film spectaculaire, mais aussi spectaculairement ordinaire, quand il aurait du être extraordinairement novateur.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Eddy Kitsis, Adal Horowitz
Montage : James Haygood
Photo : Claudio Miranda
Format : 35mm, Imax
Décors : Lin Macdonald
Son : Gwendolyn Yates Whittle, Addison Teague
Musique : Daft Punk
Directeur artistique : Sean Haworth
Durée : 126 mn

Casting :
Jeff Bridges : Kevin Flynn, Chu
Garrett Hedlund : Sam Flynn
Olivia Wilde : Quorra
Bruce Boxleitner : Alan Bradley, Tron
James Frain : Jarvis
Beau Garrett : Gem
Michael Sheen : Castor, Zuse
Daft Punk : Les DJ masqués

QUI A ENVIE D’ETRE AIME ? : Sujet à peine effleuré

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quiveutetreaimeafficheIl paraît que depuis le succès, plus que mérité, de Des Hommes et des Dieux, le nombre de vocations auraient augmenté. Peut-être que les églises se rempliront également après que les foules se soient pressées pour voir Qui a Envie d’Etre Aimé ?. Sauf que le film est sorti dans un relatif anonymat et ne représente pas une très grande réussite.

Antoine, suite à une rencontre avec le professeur principal de son fils, est invité à assister à une catéchèse. Il s’y rend par politesse, comme il dit, n’était ni croyant et encore moins pratiquant. Mais un grand intérêt commence à naître après cette première séance. Il décide à continuer à s’y rendre, mais face aux moqueries de son entourage, et notamment de sa femme, il s’y rend en cachette. Ce parcours lui permettra-t-il de résoudre ses problèmes de communication qu’il connaît avec sa femme, son fils, son frère, son père ?

Le plus gros défaut de Qui a Envie d’Etre Aimé ? est qu’il met en parallèle deux éléments sans vraiment nous expliquer quels sont les liens entre les deux. Du coup, on ne croit ni à l’un, ni à l’autre. Sa curiosité croissante pour la religion catholique, pourquoi pas. Cependant, on n’arrive pas à sentir vraiment pourquoi Antoine trouve dans la catéchèse un réconfort, quand d’autres participants annoncent à la fin qu’ils n’y ont rien trouvé. Ce film n’a rien de mystique, mais du coup, il ne fait qu’effleurer ce qui peut pousser un homme à se mettre à pratiquer à près de 40 ans. On reste à la surface des choses et c’est regrettable. Peut-être que Anne Giafferi n’a pas voulu effrayer les plus rétifs à la religion et sa pratique, mais son film n’y gagne rien, et surtout pas en crédibilité.

Pareillement, si les soucis de communication avec les autres membres de sa famille sont décrits avec minutie, on ne sais pas comment il arrive à les résoudre et même s’il les résout vraiment d’ailleurs. Certes, Qui a Envie d’Etre Aimé ? se termine par des grandes embrassades avec son fils et sa femme, sans vraiment comprendre ce qui a changé depuis hier. On est censé faire un lien avec le processus de la catéchèse, mais on ne voit pas bien le rapport puisque l’on ne comprend pas bien quel impact ça a réellement sur lui.

Qui a Envie d’Etre Aimé ? est un film qui n’a pas osé être plus ambitieux et qui du coup passe à côté de son sujet. Les risques étaient effectivement grands de sombrer dans ridicule. Mais à ne pas vouloir en faire trop, on n’en fait pas assez et le propos perd une bonne part de son intérêt. Parler d’un malaise du quotidien avec des personnages que l’on pourraient connaître, qui pourraient être nous, demande d’aller beaucoup plus loin que le fait Anne Giafferi ici.

quiveutetreaimeQui a Envie d’Etre Aimé ? n’est ni vraiment drôle, ni caustique, ni profond, ni réellement émouvant. Il cherche à ménager la chèvre et le chou et ne trouve jamais un ton qui aurait peut-être été moins juste, mais aurait présenter beaucoup plus d’intérêt. Il y a zéro prise de risque dans ce scénario qui parle pourtant d’un sujet pas franchement sexy. On n’en ressort absolument pas bousculé dans nos convictions qu’elles soient religieuses ou même tout simplement sur notre capacité à réellement communiquer avec les autres.

L’échec de Qui a Envie d’Etre Aimé ? n’est pourtant en rien la faute de la distribution. Eric Caravaca confirme ici son statut de valeur montante du cinéma hexagonale. On appréciera d’autre part les rôles quelques peu à contre-emploi de Philippe Dusquene, ancien Deschiens, et Jean-Luc Bideau, que l’on est heureux de voir dans des rôles plus sérieux et graves qu’à leur habitude. Enfin, on saluera l’apparition de Benjamin Biolay, en frangin vraiment, mais alors vraiment détestable.

Qui a Envie d’Etre Aimé ? est donc un film qui ne fait qu’effleurer un sujet qui aurait du l’emmener beaucoup plus profondément.

Fiche technique :
Réalisateur : Anne Giafferi
Scénario : Anne Giafferi, d’après le roman Catholique anonyme de Thierry Bizot
Photographie : Jean-François Hensgens
Musique : Jean-Michel Bernard
Son : Benjamin Jaussaud, Olivier Laurent et Christophe Vingtrinier
Décors : Sylvie Olivé
Costumes : Elisabeth Rousseau
Montage : Christophe Pinel
Création de l’affiche originale (France) : Jean-Jacques Sempé
Production : Thierry Bizot, Emmanuel Chain et Guillaume Renouil

Casting :
Eric Caravaca : Antoine
Arly Jover : Claire
Valérie Bonneton : Hortense
Jean-Luc Bideau : le père d’Antoine
Benjamin Biolay : Alain (le frère d’Antoine)
Philippe Duquesne : le prêtre
Quentin Grosset : Arthur
Arauna Bernheim-Dennery : Emilie
Agnès Sourdillon : Solange
Guillaume de Tonquédec : le bon élève
Joséphine Fresson : la femme catholique
Jean-Pol Brissart : le mari catholique
Amandine Dewasmes : la caissière

EXCEPTION CULTURELLE ET CHAMPIONS D’EXCEPTION

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jbgrangeAvec Jean-Baptiste Grange et Teddy Tamgho, la France tient deux grands et beaux champions, qui ont particulièrement brillé ce week-end. L’un est devenu champion du monde de slalom en ski alpin et l’autre a amélioré son record du monde du triple saut en salle. Deux champions hors normes dans le paysage du sport français,… mais pas tant que ça.

Notre réputation de champion du monde des matchs amicaux nous colle encore largement à la peau, malgré la mutation profonde du sport français depuis 20 ans. Mais si certaines disciplines sont complètement sorties de ce cliché, handball en tête, certaines sont encore en plein dedans. Il suffit de penser à la fragilité morale, et parfois physique, de nos tennismen pour en être convaincus.

teddytamghoJean-Baptiste Grange et Teddy Tamgho ont parfois fait partie de cette catégorie de champion pas toujours là le jour J. On l’a oublié, mais au milieu de la pluie de titres qui s’est abattue sur l’Equipe de France lors des derniers championnats d’Europe d’athlétisme, notre triple-sauteur avait constitué une vraie déception avec sa médaille de bronze, alors qu’il était archi-favori du concours. Il y a deux ans, aux championnats du Monde de Val d’Isère, on promettait deux titres à Jean-Baptiste Grange et il était reparti sans médaille autour du cou.

Avoir su rebondir après de vraies déceptions est signe d’un vrai mental de champion. Et puis, n’oublions pas qu’ils ont encore bien des années de compétition devant eux. J’espère et je suis même persuadé qu’à la fin de leur carrière, on ne retiendra que les performances de ce week-ends et bien d’autres exploits à venir, plutôt que les déceptions du passé.

LES FEMMES DU 6EME ETAGE : Bonheur à tous les étages

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lesfemmesdu6emeetageafficheFaire un film avec un fort fond social peut donner des résultats parfois très émouvants, mais quelque peu déprimants. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas vraiment eu envie de danser dans la rue après avoir vu La Vie Rêvée des Anges ou Rosetta. Mais on peut faire également dans le social rigolo. Cela fonctionne aussi et le message passe souvent largement aussi bien, voire même mieux. C’est le cas de Les Femmes du 6ème Etage et c’est une complète réussite.

Au début des années 60, Jean-Louis Joubert, 45 ans, agent de change, vit dans l’immeuble parisien où il est né. Il ne sait presque rien des femmes espagnoles qui vivent au 6ème étage, dans les chambres de bonnes… et qui, à l’époque, étaient effectivement habitées par les bonnes travaillant chez les habitants de l’immeuble. Un jour, il embauche l’une d’entre elles, Maria, dont la jeunesse, la beauté et la gentillesse le touchent. Elle va lui faire découvrir un autre monde, une autre culture, plus gaie, plus exubérante, loin des conventions dans lesquelles il a toujours vécu.

Avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet, j’évoquerai rapidement la limite que connait toujours ce genre de films. Le message « pour être heureux, il vaut mieux être pauvre » est parfois particulièrement convaincant au cinéma. Dans la vraie vie, cette idée se vérifie déjà nettement moins souvent et on s’aperçoit très vite que les valeurs humaines des individus ne sont nullement corrélées à leur niveau de revenu, que ce soit dans un sens ou un autre.

Voilà, parenthèse refermée, car là, nous sommes au cinéma, le pays où les princes épousent les bergères. Il n’est pas question de faire mon rabat-joie plus longtemps, car Les Femmes du 6ème Etage est à consommer sans modération. Alors bien sûr, l’histoire racontée est éternelle et déjà vue mille fois sous une forme ou sous une autre. Mais Philippe le Guay le fait ici avec une infinie intelligence, ce qui fait de ce film un vrai moment de bonheur enthousiasmant.

Déjà parce qu’il n’y a aucune méchanceté gratuite. Il décrit les fractures sociales réelles entre les personnages, mais sans jamais juger qui que ce soit. Il n’y a ni méchants, ni gentils. Jutes des gens qui s’ignorent. Alors bien sûr, on a plus de tendresse pour ces bonnes espagnoles à la joie de vivre communicative que pour la mangeuse d’hommes, coqueluche des salons parisiens (interprétée par la sublime Audrey Fleurot… Au fait, quand est-ce qu’elle arrive la suite d’Engrenages ??!!!). Même la concierge raciste n’est pas inutilement clouée au pilori. Bref, un film humaniste sur la diversité des situations et des caractères et les barrières absurdes qui se dressent parfois entre les gens.

Ensuite, si le message peut sembler très beau et assez simple à comprendre, il aurait pu être à l’origine d’un film complètement cucul ou tombant dans l’émotion de bas étage. Il n’en est rien, car Les Femmes du 6ème Etage a le bon coup de chercher, et surtout de réussir, à avant tout être drôle. Encore une fois, les différences culturelles constituent un élément de base d’un nombre incalculable de comédie, mais toutes n’ont pas la chance d’être interprétée par Fabrice Luchini.

lesfemmesdu6emeetagePourtant, entre Fabrice Luchini et moi, ce n’est pas toujours une folle histoire d’amour. Je lui reconnais un talent rare, mais aussi une tendance au cabotinage et à jouer toujours exactement sur le même registre. Mais là, je dois bien l’admettre, il est tout simplement parfait. Il porte le film largement sur ses épaules, lui insufflant une très large part de son énergie comique, mais sans jamais en faire trop ou chercher à tirer inutilement la couverture à lui. Bon, il faut dire que son rôle ressemble par certains côtés (mais pas du tout par d’autres) à son personnage dans Potiche, autre exemple de film social rigolo très réussi.

Mais Le Femmes du 6ème étage, c’est avant tout et comme son nom l’indique, un film avec beaucoup de femmes dedans. Je passerai rapidement sur Sandrine Kiberlain, parfaite dans son rôle de bourgeoise qui plane à mille kilomètres au-dessus des réalités du monde. Mais je m’attarderai sur la très belle et très talentueuse Natalia Verbeke, que l’on avait déjà pu admirer dans quelque peu controversée Gal, aux côtés de José Garcia. Que son charme naturel soit capable de bouleverser à ce point la vie d’un homme se devait d’être crédible. Heureusement, elle en possède largement assez pour que cela soit le cas et nous aussi, on aimerait bien quitter nos beaux appartements pour une chambre de bonne, si c’est pour vivre à ses côtés.

Les Femmes du 6ème Etage est donc un film vraiment drôle, très touchant, résolument optimiste, parfaitement réussi et avec du fond, ce qui ne gâte rien.

Fiche technique :
Production : Les films de la Suane, France 2 cinéma, Canal +, Cinecinema
Distribution : SND
Réalisation : Philippe Le Guay
Scénario : Philippe Le Guay, Jérôme Tonnerre, Sylvie Koechlin
Montage : Monica Coleman
Photo : Jean-Claude Larrieu
Décors : Pierre-François Limbosch
Musique : Jorge Arriagada
Durée : 106 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Jean-Louis Joubert
Sandrine Kiberlain : Suzanne Joubert
Carmen Maura : Conception
Natalia Verbeke : Maria
Lola Duenas : Carmen
Nuria Solé : Teresa
Concha Galan : Pilar

LE DISCOURS D’UN ROI : La voix de Colin

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lediscoursdunroiafficheAux prochains Oscars, deux statuettes semblent déjà attribuées, selon beaucoup de commentateurs. Pour la meilleure actrice, Natalie Portman est de loin la mieux placée et, à mon humble avis, c’est entièrement mérité. Pour le meilleur acteur, le trophée a longtemps été promis à Jesse Eisenberg, le formidable Mark Zuckerberg de The Social Network. Puis les pronostics se sont subitement retournés au profit de Colin Firth, qui incarne le Duc d’York dans Le Discours d’un Roi. Un film dont le sujet pouvait sembler bien léger à la base, mais qui se révèle finalement comme le meilleur de ce début d’année.

Le Duc d’York, second fils de George V, Roi d’Angleterre, est atteint d’un terrible bégaiement qui l’empêche quasiment de prendre la parole en public. Son épouse le pousse à consulter tous les docteurs et orthophonistes possibles et imaginables, pour autant d’échecs. Jusqu’à ce qu’il se rende chez Lionel Logue, aux méthodes pas réellement orthodoxes.

Faire un film de près de deux heures sur des cours d’orthophonie, voilà un défit qui pouvait sembler difficile à relever. Evidemment, le Discours d’un Roi nous parle de beaucoup d’autres choses, mais la relation entre le prince et son docteur constitue plus qu’un fil rouge. C’est réellement là le cœur et même le corps de ce film remarquable. C’est surtout la révélation d’un réalisateur de très grand talent, qui n’avait à sa filmographie, jusque là, que quelques téléfilms ou séries de seconde zone.

Le Discours d’un Roi n’est pas pour autant un film parfait. Dès la première seconde, on est absolument passionné et avide de connaître la suite de cette histoire. Et puis, au bout d’un moment, on s’attend tout de même à un rebond de l’intrigue. Il tarde quelque peu à venir, avant un final absolument magnifique. Ce léger trou d’air ne gâche pas réellement le plaisir que l’on peut avoir face à ce film qui reste un très bon moment de cinéma.

Ce film m’a rappelé d’une certaine manière The Social Network. Non que les sujets soient proches, mais il y a là deux grands moments de l’art de la narration. L’intérêt que présente une histoire tient évidemment à son contenu, mais aussi par la manière de la raconter. Il y a dans Le Discours d’un Roi un travail de mise en scène, au sens le plus fort du terme, absolument remarquable. Sans cela, cette histoire aurait pu tout aussi bien plonger le spectateur dans le plus grand ennui et ne présenter strictement aucun intérêt.

lediscoursdunroiLe Discours d’un Roi aurait pu être une histoire classique de relation mentor-élève. Mais cette fois-ci, l’élève est un potentiel futur Roi d’Angleterre et le maître un obscur orthophoniste sans référence. Là repose évidemment tout l’intérêt de cette relation contre nature, où les rôles doivent s’inverser dans le secret du cabinet du médecin. Cela enrichit considérablement le propos et constitue un des facteurs clés qui le rendent passionnant.

Le Discours d’un Roi figurera dans les plus grands rôles de la carrière de Colin Firth. D’ailleurs, je ne comprends même pas qu’une version française peut exister pour ce film où la performance d’acteur repose en grande partie sur la diction. Je n’ai rien contre l’acteur qui le double, mais bon… Enfin, on a déjà beaucoup parlé de Monsieur Bridget Jones à l’occasion de la sortie de ce film, alors je voudrais insister sur les interprétations remarquables de Geoffrey Rush et Helen Bohnam-Carter. On n’assiste pas ici simplement à un numéro d’acteur exceptionnel, mais à un triple dose de bonheur.

Le Discours d’un Roi est à mon sens le film le plus marquant de ce début d’année cinématographique un peu tristounette. Un film étonnant qui marque, espérons-le, les débuts d’un futur très grand réalisateur.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company, UK Film Council, Momentum Pictures, Aegis Film Fund, Molinare London, FilmNation
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Tom Hooper
Scénario : David Seidler
Montage : Tariq Anwar
Photo : Danny Cohen
Décors : Eve Stewart
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 118 mn

Casting :
Colin Firth : Le Roi George VI, Duc de York
Helena Bonham-Carter : La Reine Elizabeth, Duchesse de York
Geoffrey Rush : Lionel Logue
Guy Pearce : Le Roi Edouard VIII
Michael Gambon : Le Roi George V
Derek Jacobi : L’archevêque Cosmo Langi
Timothy Spall : Winston Churchill
 

LOIN DES YEUX, PRES DE L’AEROPORT

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loindesyeuxloinducoeurCe soir, je vais me rendre à une petite fête en l’honneur d’un couple d’amis qui partent vivre et travailler à Rome. C’est évidemment l’occasion de boire et manger, mais bon, il n’en reste pas moins que c’est toujours un peu triste de voir des amis s’éloigner. Mais bon, ça présente aussi quelques avantages.

Loin des yeux, loin du cœur, dit-on. Mais c’était avant l’invention de MSN, Facebook et autres Skype. Mais évidemment, rien ne remplace les moments passés réellement en présence des autres. Les conversations par ordinateurs interposés ne permettent pas vraiment de se forger des souvenirs en commun et jamais une réelle intimité. Et puis, en plus de ça, on ne peut même pas picoler ensemble, ce qui est quand même la base de toute relation amicale digne de ce nom ?

Cela va être mon troisième couple d’amis qui quittent le territoire. Ca commence à faire beaucoup, je pense que les prochains qui auraient cette idée, je les attache au radiateur. Non mais il faut arrêter maintenant, bientôt, si ça continue, je vais être obligé d’arrêter de boire ! Où va-t’on ?!

Bon, évidemment, il y a le très bon côté des choses. Le pied à terre qui vous tend les bras ! Et ce coup-ci, la destination est assez proche pour y faire honneur sans trop de difficultés. Parce que bon, le Sénégal et Madagascar, c’est bien, mais ça demande un peu d’organisation, de temps, sans même parler d’argent pour y aller. Rome au moins, même le temps d’un week-end, c’est parfait. Donc voilà, en fait, j’encourage mes amis à partir… mais pas trop loin !

 

MAM TOUCHE LE FOND, MAIS CREUSE ENCORE

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mamLe ciel s’obscurcit au dessus de la tête de notre Ministre des Affaires Etrangères, Michèle Alliot-Marie. Il est désormais beaucoup plus sombre que celui des plages de Tunisie, auxquelles elle et sa famille sont visiblement très attachées. Si la faute était regrettable, c’est sa ligne de défense qui rend son attitude inexcusable, tant est elle est pathétique.

Quand on se fait prendre la main dans le pot de miel, nier la gravité de la faute est déjà limite. Surtout quand cela prend la forme d’un « quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre ». Cette phrase malheureuse dans l’absolue l’est encore plus quand on passe ses congés dans une dictature en passe de connaître un soulèvement populaire de grande ampleur. Mais on peut être éventuellement être indulgent avec la maladresse, aussi grossière soit-elle.

Par contre, le mensonge, c’est nettement plus impardonnable. De mentir déjà et surtout de ne pas imaginer que tout ce qu’on a tenté de cacher n’allait pas finir par sortir. Qu’imaginait-elle ? Que les journalistes portent tous des moufles ? Qu’on allait la croire sur paroles et ne pas chercher plus loin ? C’est une attitude puérile et indigne d’une ministre d’Etat. Sans parler même des faits qui lui sont reprochés.

Mais pour moi, le pire de tout fut les déclarations d’une député, dont j’ai oublié le nom et c’est tant mieux, qui pour défendre MAM a expliqué, le plus naturellement du monde, que tout cela était exactement comme quand vous organisez un covoiturage avec des amis quand vous partez en vacances. Donc, je résume voyager dans le jet privé d’un homme d’affaires véreux d’une dictature alors qu’on est Ministre des Affaires Etrangères, c’est exactement comme quand vous embarquez des potes dans votre vieille 206 pour aller faire du camping… Les bras m’en tombent.

Si après ça, certains hommes politiques s’étonnent encore de donner l’impression d’être coupé du reste de la société… c’est qu’ils le sont bel et bien. Pour le citoyen, quelque chose qui ne l’étonne plus, c’est que ce genre de personnes soient incapables d’apporter de vraies réponses aux problèmes qui se posent au Français moyen.

RIEN A DECLARER : Cette fois, le Titanic peut dormir tranquille

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rienadeclarerafficheRien à Déclarer est un film que je n’avais pas prévu de voir. Mais par la faute de tous ces vacanciers qui n’ont rien de mieux à faire que d’encombrer MON cinéma en soirée (alors qu’ils pourraient très bien y aller l’après-midi, non mais je vous jure !), je me suis retrouvé devant une séance complète, ce qui a perturbé tout mon beau programme. J’ai voulu d’abord me rabattre sur Qui A Envie d’Etre Aimer ?, mais la séance était trop tardive par rapport à la mienne. Je n’ai donc eu d’autres choix, si je ne voulais pas rebrousser chemin, que d’aller voir le nouvelle comédie de Dany Boon. Au final, je ne regrette pas mon choix, même si c’est typiquement le film pour lequel je suis content d’avoir un abonnement.

Sur la commune de Courquain (pour les Français), ou Koorkin (pour les Belges), on attend le 1er janvier 1993 avec angoisse. En effet, cette date marquera l’avènement de l’Europe et la disparition du poste frontière, qui a toujours fait vivre cette ville frontalière. Pour Ruben Vandevoorde, douanier Belge et anti-Français convaincu, c’est même le drame. Mais ce qui en constituerait un autre serait qu’il apprenne que son collègue de l’autre côté de la ligne, Mathias Ducatel, qu’il méprise, comme tous les « camemberts », sort avec sa sœur depuis plus d’un an et s’apprête à la demander en mariage.

Si Rien à Déclarer a connu le meilleur démarrage pour un film français de l’histoire, très vite, le flot s’est calmé sous l’effet d’un bouche à oreille plutôt négatif. Dany Boon ne signera donc pas un second Bienvenue chez le Ch’tis, dont le parcours avait été totalement inverse. Et ce pour une raison biens simple. Rien à Déclarer est moins drôle, beaucoup moins drôle. Cela reste une comédie respectable, mais certainement pas inoubliable.

Heureusement, Rien à Déclarer monte en puissance au fur et à mesure de son déroulement. Car au bout d’une demi-heure, on aura eu que quelques légers rires francs, quelques sourires, mais rien de bien consistant. On sera également resté froid devant des passages qui se voulaient visiblement drôles. Puis, au fur et à mesure que l’on apprend à connaître et aimer ces personnages quelques peu antipathiques à la base, on se détend et on rit plus franchement. La fin du film passe comme un lettre à Poste (de Berck).

Rien à Déclarer a le même thème central que Bienvenue chez le Ch’tis, ce qui rend réellement les comparaisons inévitables. Un film contre l’intolérance et les préjugés ordinaires. Mais ce coup-ci, le propos est plus sombre, plus pessimiste, presque désabusé parfois. Bon, je vous rassure, le film reste sur le ton de la comédie pure et dure, mais il n’y a pas de « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil ». Cela le rend sans doute plus intéressant, mais du coup, il hésite entre deux tons, sans en épouser un complètement. Cela donne un côté un peu bancal qui explique, de mon point-de-vue, une bonne partie de la déception qu’il a pu provoquer.

rienadeclarerRien à Déclarer, comme beaucoup de comédie, repose sur un duo d’acteurs que tout opposent et qui vont être obligés de cohabiter. C’est sans doute le ressort comique le plus éculé qui soit, mais quand c’est bien fait, on ne s’en lasse pas. Dany Boon et Benoît Poelvoorde, voilà un couple prometteur. Si le cinéma était une compétition, la médaille d’or reviendrait incontestablement à la Belgique. Le rôle déjà à la base est nettement plus intéressant, mais il faut bien admettre que l’essentiel de l’énergie comique de ce film émane d’un Benoît Poelvoorde en pleine forme. Dany Boon apparaît plus comme un faire-valoir. Mais pour sa défense, il s’est écrit un rôle qui ne lui permet que trop rarement de sortir de son rôle habituel de brave gars sympathique.

Rien à Déclarer a déçu parce qu’on en attendait sans doute trop. On peut pas couler le Titanic à chaque fois. Il n’en reste pas moins une comédie tout de même sympathique, à défaut de casser des briques et des paquebots

Fiche technique :
Production : Pathé, Scope pictures, TF1 Films productions, Les productions du Ch’timi, Canal +
Distribution : Pathe distribution
Réalisation : Dany Boon
Scénario : Dant Boon
Montage : Luc Barnier
Photo : Pierre Aïm
Décors : Alain Veissier
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Durée : 108 mn

Casting :
Benoit Poelvoorde : Ruben Vandevoorde
Dany Boon : Mathias Ducatel
Julie Bernard : Louise Vandevoorde
Karin Viard : Irène Janus
François Damiens : Jacques Janus
Bouli Lanners : Bruno Vanuwem
Olivier Gourmet : le prêtre de Chimay

TRON : Et Disney dit au pixel « Lève-toi et marche ! »

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tronafficheAvant d’aller voir la suite sortie la semaine dernière sur nos écrans, je me devais de combler un des plus grands manques de ma culture cinématographique et voir enfin Tron, premier du nom. C’est donc chose faite, cette faille béante et impardonnable n’est plus. Il faut dire qu’il s’agit là d’un film historique, puisque c’est le premier à avoir mélangé prises de vue réelles et images de synthèse générées par ordinateur. Sans lui, Avatar ne serait pas. Sauf qu’évidemment, les moyens de 1982 n’étaient pas tout à fait ceux d’aujourd’hui.

Encom est une des plus grandes sociétés d’informatique. Mais son contrôle échappe de plus en plus à Dillinger, son PDG, au profit de MCP, un super-ordinateur qui prend doucement le pouvoir de tout le réseau informatique, et demain du monde. Au sein de la même société, Alan met au point un programme, Tron, qui pourrait contrôler les agissements de MCP, mais son travail est neutralisé avant d’être finalisé. L’équipe de Lora quant à elle a mis au point un rayon laser capable de numériser n’importe quoi. Alan et Lora rejoignent Flynn, un ancien collègue, créateur génial de jeu vidéo, que Dilligner a spolié de son travail avant de le renvoyer. A eux trois, ils vont tenter de faire la lumière sur ce qui se passe à Encom. Très vite, Flynn se heurte au MCP qui utilise le laser de Loran pour l’envoyer dans le monde numérique.

Tron est vraiment à prendre ce qu’il est : un tournant de l’histoire du cinéma, un film à l’époque totalement révolutionnaire, mais aujourd’hui totalement dépassé. En effet, les effets spéciaux font ici gentiment sourire. Un graphisme désuet, parfois minimaliste, où tout manque de profondeur, de relief et de fluidité. Tron est aux images de synthèse, que Pong est aux vidéos. Un respectable ancêtre qu’on regarde plus par curiosité qu’admiration.

Tron, c’est aussi une intrigue. Mais là aussi, le poids des années se fait sentir. Pourtant, on peut lui reconnaître une nouvelle fois un caractère visionnaire remarquable. Il y est développé l’idée d’un réseau interconnecté dont tous les composants formeraient un monde en soi. Ce film a été réalisé près de 15 ans avant l’explosion d’Internet, mais contient les prémisses d’interrogations qui hantent notre société actuelle sur l’omnipotence de l’informatique. Evidemment, cette crainte de l’émergence d’une conscience et d’une volonté propres de la part des machines, idée que l’on retrouve dans d’autres films de l’époque (Terminator, War Games), ne s’est toujours pas concrétisée. Et vues les intentions que ces films leur prêtent, on ne peut que s’en réjouir.

tronRestent des personnages sans grand relief, des rebondissements pas toujours très convaincants (ah il est mort, ah bah non finalement, il a survécu !). Mais l’intérêt de Tron est ailleurs. Hier dans le caractère révolutionnaire et spectaculaire de ses graphismes. Aujourd’hui, par sa mise en perspective avec tout ce qu’il a pu enfanter. Sur le coup, les studios Disney avaient frappé un grand coup, à une époque où leur branche animation avait bien du mal à produire le moindre film de premier plan.

Tron attise également la curiosité du cinéphile car il lui permet de découvrir, ou de redécouvrir, que Jeff Bridges a été jeune, voire même très jeune. Voir celui qui ne joue plus que des rôles de vieux briscards, faisant étalage de son expérience et souvent d’un certain désabusement, interpréter un post-ado fana de jeux vidéos nous fait dire une nouvelle fois que ce film appartient définitivement à l’histoire.

On peut facilement imaginer l’enthousiasme qu’avait pu ressentir les ancêtres de nos geeks contemporains le jour où ils ont pu voir Tron pour la première fois. Cela demande désormais un petit travail d’imagination, mais rien de rédhibitoire. Il faut se dire que nos petits enfants se diront sans doute la même chose en regardant Avatar depuis un écran 3D qui fera passé la plus belle télé HD d’aujourd’hui pour une antiquité.

Tron n’est pas un chef d’oeuvre, Tron est tout sauf intemporel, mais Tron est un vrai morceau d’histoire.

Fiche technique :
Réalisation : Steven Lisberger
Scénario : Steven Lisberger, d’après une histoire de Steven Lisberger et Bonnie MacBird
Musique : Wendy Carlos
Direction musicale :
Richard Bowden avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles
Douglas Gamley avec l’Orchestre philharmonique de Londres
Direction artistique : John Mansbridge et Al Roelofs sous la direction de Dean Edward Mitzner
Conception de l’univers électronique : Syd Mead, Jean « Moebius » Giraud, Peter Lloyd et Richard Taylor
Décors : Roger Shook
Costumes : Eloise Jensson et Rosanna Norton
Photographie : Bruce Logan
Ingénieurs du son : Michael Fremer et Frank Serafine
Effets spéciaux : R.J. Spetter
Effets visuels : Steven Lisberger

Casting :
Jeff Bridges : Kevin Flynn / Clu
Bruce Boxleitner : Alan Bradley / Tron
David Warner : Ed Dillinger / Sark / Voix du Maître Contrôle Principal (MCP)
Cindy Morgan : Lora / Yori
Barnard Hughes : Dr Walter Gibbs / Dumont
Dan Shor) : Ram
Peter Jurasik : Crom
Tony Stephano : Peter / Lieutenant de Sark