CARANCHO : L’Argentine, la nouvelle patrie du polar

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caranchoafficheLe cinéma argentin a connu un très beau succès l’année dernière avec Dans ses Yeux, Oscar largement mérité du meilleur film étranger, et n°4 dans mon top de l’année 2010, classement qui fait évidemment mondialement référence. Cette reconnaissance soudaine pour un pays qui n’a pas pour tradition de peupler nos salles obscures n’est évidemment pas étrangère à l’apparition sur nos écrans de Carancho, un nouveau film venu de Bueno Aires. Bon, l’autre bonne raison est que c’est coproduction franco-argentine, mais insister sur ce fait ruinerait mon idée d’introduction… Oups…Trop tard.

Sosa est un avocat spécialisé dans l’aide aux victimes d’accidents de la route, marché juteux dans un pays où la délinquance routière est proche de la tradition. Enfin aider, c’est vide dit, car les personnes pour qui ils travaillent détournent une large part des indemnités destinées à ses clients. Un jour, il croise la route de Lujan, jeune urgentiste dont il tombe vite amoureux. Pour elle, il est prêt à revenir dans le droit chemin. Mais ses « associés » ne l’entendent pas de cette oreille.

Avec Carancho, le cinéma argentin revient à l’ordinaire. Polar noir, un rien dépaysant, il ne figurera pas dans les palmarès en fin d’année. Mais sans pour autant mériter le voyage, il mérite tout de même le détour. Déjà parce que dans ce genre cinématographique où l’offre ne manque pas, il est agréable de tomber sur un film vous faisant découvrir un univers jamais vu encore. Bien sûr les ressorts de l’intrigue sont archi-classiques : le « repenti » empêché par son ancien milieu de se ranger des voitures (vous admirerez au passage ce superbe jeu de mots !) n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit. Mais cette histoire d’arnaque autour des accidents de voiture en Argentine, voilà qui nous change de la mafia nord-américaine.

Au-delà de ça, l’intrigue est assez bien traitée pour maintenir de bout en bout l’intérêt du spectateur. L’histoire d’amour, si elle est capitale dans l’enchaînement des évènements, n’est ni envahissante, ni gnangnan. De toute façon, cela cadrerait assez mal avec l’ambiance assez noire de Carancho. On se doute vaguement de comment tout cela va finir, mais le scénario ménage un certain suspense jusqu’au bout. Pas le polar du siècle, mais du solide avec assez de matière pour justifier chaque centimètre de pellicules.

caranchoComme pour Dans ses Yeux, mais un degré moindre, le principal attrait de Carancho repose dans ses personnages et leurs interprètes. On ne s’étonnera donc pas de retrouver en haut de l’affiche Ricardo Darin, qui est donc de tous les succès du cinéma argentin. C’est évidemment un bonheur de le revoir sur les écrans tant son charisme et son talent se suffisent à eux-mêmes. Mais à ses côté, la charmante Martina Gusman ne s’en laisse pas compter et prouve que ce pays possède un réservoir d’excellents comédiens que l’on ne soupçonnait pas.

Pablo Trapero manie la caméra avec sobriété, mais aussi une certain élégance. On reste très loin des ambiances oppressantes à la David Cronenberg. La noirceur de Carancho provient bien plus des péripéties et du jeu des acteurs. La photographie ne fait que la souligner, même si le fait qu’une bonne partie de l’histoire se déroule de nuit y contribue largement.

Carancho n’est donc pas le film noir du siècle, mais apporte un peu dépaysement, à défaut de réel originalité.

Fiche technique :
Production : Matanza cine, Patagonik, Ginecut, Ad vitam, L90
Réalisation : Pablo Trapero
Scénario : Alejandro Fadel, Martin Mauregui, Santiago Mitre, Pablo Trapero
Montage : Ezequiel Borovinsky, Pablo Trapero
Photo : Julian Apezteguia
Distribution : Ad Vitam
Son : Federico Esuerro
Musique : Lim Giong
Durée : 107 mn

Casting :
Ricardo Darin : Sosa
Martina Gusman : Lujan

L’UMP ATTAQUE, DSK TREMBLE…OU PAS

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dskDepuis qu’Anne Sinclair a évoqué à demi-mot l’avenir de son président du FMI de mari, c’est le branle-bas de combat à l’UMP. Le parti présidentiel a envoyé au front plusieurs seconds couteaux pour lancer quelques piques. L’argumentation était pathétique et la réaction révélatrice d’un état de panique.

Pourquoi un tel empressement à critique DSK ? La réponse est simple. Les derniers sondages donnent vainqueur ce dernier avec près de 70% des voix lors d’un deuxième tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy. Même si évidemment un tel score ne sera jamais atteint, l’écart semble pour beaucoup déjà irrémédiable. Alors, si la droite veut rester au pouvoir, elle n’a plus qu’un seul espoir. Que Dominique Strauss-Kahn ne soit pas chois comme candidat lors des primaires socialistes.

Ceci explique les propos quelque peu surprenants de la part Christian Jacob et Pierre Lellouche. D’après eux, le plus grand défaut de DSK serait de ne pas être assez à gauche et de ne pas assez connaître la France profonde. Evidemment, on peut leur accorder qu’il n’a rien d’un paysan ou d’un prolétaire, mais transformer cet état de fait en argument politique est tout simplement pitoyable. Surtout venant de personnes dont le leader est Nicolas Sarkozy. Comme prolétaire et paysan, on fait également mieux. Rappelons simplement que quand notre Président était Maire de Neuilly, Dominique Strauss-Kahn était maire de Sarcelles. On ne peut même pas parler d’hôpital se moquant de la charité car un tel degré de mauvaise foi est indigne de membres du gouvernement.

Christian Jacob et Pierre Lellouche ont sûrement voulu souligner les handicaps avec lequel DSK part dans la course à l’investiture socialiste, espérant ainsi qu’elle sera accordée à un autre candidat. Ils feraient mieux de s’occuper de leur ministère au lieu de se couvrir de ridicule et ont surtout, à mon avis, eu une démarche complètement contreproductive.

Ce n’est sûrement pas en critiquant DSK qu’ils l’éloigneront des cœurs des Français de gauche. Aujourd’hui, c’est être l’ami de Sarkozy plutôt que son ennemi qui représente un handicap. Alors, Dominique Strauss-Kahn pourra vraiment s’inquiéter quand ces guignols commenceront à en dire du bien.

BLACK SWAN : Requiem for a swan

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blackswanafficheS’il y a bien un art auquel je suis totalement hermétique, c’est bien la danse classique. Et encore, c’est pour ne pas parler d’allergie totale. Alors évidemment, un film dont le personnage principal est une danseuse étoile n’était pas forcément le plus attirant pour moi. Mais quand un long métrage, réalisé par Daren Aronofsky, l’auteur de Requiem for a Dream et The Wrestler, reçoit autant d’éloges médiatiques, on y réfléchit à deux fois et on finit par se rendre dans une salle obscure.

Nina, membre du New York City Ballet, rêve d’obtenir enfin le rôle principal du Lac des Cygnes. Mais la concurrence est rude. Et même si elle choisit, elle n’est pas à l’abri d’un revirement de Thomas, qui dirige la troupe d’une manière parfois ambiguë. Jusqu’où est-elle prête à aller pour épouser son rôle ?

Black Swan débute par une séquence de danse absolument sublime. Vu mon habituel absence total d’enthousiasme pour ce genre d’exercice, je me suis vraiment dit que j’étais parti pour 1h43 de pur génie. Je me suis surtout dit que ce n’était décidément pas n’importe qui de l’autre côté de la caméra et que j’avais vraiment bien fait de venir.

La suite de Black Swan n’est pas tout à fait à la hauteur. La plongée de Nina vers une forme de folie ressemble quand même comme deux gouttes d’eau au parcours des personnages de Requiem for a Dream. Alors bien sûr, si vous n’avez pas vu ce dernier, cela ne vous gênera pas. Mais les autres auront un peu l’impression d’assister à un « best of » Daren Aronofsky… enfin best of, c’est vite dit, car la chute est ici moins vertigineuse.

On retrouve ainsi cette impression d’oppression, cette angoisse communicative, que Daren Aronofsky sait si bien créer, mais de manière moins spectaculaire que précédemment. On retrouve les obsessions qui peuplent sa filmographie : la drogue, le sexe, la mutilation. Un caméra qui nous plonge dans des délires hallucinatoires, mais avec infiniment plus d’élégance que chez un Gaspar Noé par exemple. Cependant, dans Black Swan, c’est pour le meilleur, parfois pour le plus médiocre. Bon encore une fois, c’est un jugement tout relatif… mais enfin quel jugement ne l’est pas.

Puis, on arrive à la séquence finale. Black Swan prend alors une toute autre dimension. Il s’agit là d’un grand, d’un très grand moment de cinéma. Quelque part, les faiblesses de ce qui a précédé ne comptent plus vraiment, car il n’existait que pour nous amener là, au bord d’une abîme où Nina plongera d’une manière sublimement onirique. Vingt minutes d’une force esthétique rare où l’expression du corps et du regard vaut tous les dialogues du monde.

blackswanBlack Swan constitue surtout une vraie révélation relativement inattendue. Celle de Natalie Portman comme une très grande actrice, dans un rôle incroyablement difficile, à des années-lumières de ceux qui lui avaient précédemment proposés. Mais elle s’y abandonne corps et âmes pour une interprétation qui vaut largement l’Oscar qui lui est promis. Une performance artistique mais aussi physique. Elle nous fait vivre la douleur, les douleurs ressenties par son personnage avec une force et une intensité rares. Une nouvelle preuve que c’est en poussant les acteurs dans leurs retranchements les plus profonds que naissent les numéros d’acteurs inoubliables.

A ses côtés, Vincent Cassel confirme sa stature d’acteur international. Ce n’est peut-être pas ici son plus grand rôle, mais il y semble totalement à l’aise. La bonne surprise de Black Swan s’appelle Mila Kunis, parfaite dans le rôle de la rivale principale de Nina. Ah, on est loin de ses débuts à 13 ans, dans un épisode de Walker Texas Ranger.

Enfin, on retiendra de Black Swan, une magnifique bande-son. Il faut dire que quand le principal compositeur s’appelle Tchaïkovsky, tout devient tout de suite plus facile. Des extraits du Lac des Cygnes sont incorporés dans des compositions plus modernes, même si les plus beaux moments restent ceux où l’œuvre originale sert de fond à une mise en image sublime des scènes de ballet.

Black Swan est donc un film sublime par instants, mais qui recèle aussi quelques passages où Daren Aronofsky fait preuve d’une certaine paresse. Mais on retiendra avant tout vingt minutes magnifiques et une Natalie Portman étonnante.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight Pictures, Protozoa, Phoenix pictures, Cross Creek
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Mark Heyman, Andres Heinz
Montage : Andrew Weisblum
Photo : Matthew Libatique
Décors : Thérèse DePrez
Musique : Clint Mansell
Durée : 103 mn

Casting :
Natalie Portman : Nina
Mila Kunis : Lilly
Winona Ryder : Beth MacIntyre
Vincent Cassel : Thomas Leroy
Toby Hemingway : Rom
Barbara Hershey : Erica

L’ART DE LA LANGUE DE BOIS (VERT)

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primairesvertesLes Verts, …enfin pardon Europe Ecologie, ne participera pas aux primaires organisées par le Parti Socialiste… mais en organisera une en interne. Bonnet blanc et blanc bonnet ? Non, Daniel Cohn-Bendit nous explique qu’elle sera qualitative, et non quantitative, comme au PS… Cet argument massue laisse songeur… Si j’essaye de traduire, une primaire, c’est bien, s’il n’y a pas trop de candidats.

Les Ecologistes pratiquent ici un remarquable moment de langue de bois, comme seule la politique nous en offre. Leur problème n’est effectivement pas d’avoir trop de candidats, mais de ne pas en avoir du tout. Ils pensaient tenir la perle rare en la personne d’Eva Joly, mais ils se rendent compte que médiatiquement, ça ne prend pas du tout et qu’ils partiraient sûrement au casse-pipe avec elle. Du coup, par un tour de passe-passe magnifique, ils essayent de sortir Nicolas Hulot de leur manche. Sauf qu’on a plus l’impression que l’idée vient d’eux que de l’éventuel futur candidat lui-même. Et puis, présenter comme candidat un homme qui n’a jamais fait de politique et qui n’a jamais joué aucun rôle au sein de ce parti, et donc jamais participé au choix des orientations qu’il défend, sonne quelque peu comme une manœuvre de dépit.

En fait, si les Verts ne participeront pas aux primaires organisés par le PS, c’est tout simplement qu’ils se sont donnés comme tactique politique de présenter coûte que coûte un candidat aux prochaines présidentielles. C’est un choix qui peut se comprendre et se respecter de la part d’un parti qui a connu d’aussi bons résultats lors des dernières élections. Mais ce qui est insupportable, c’est que cela ne soit pas assumé comme tel, mais enrobé de justifications philosophiques, qui n’ont d’autres buts que de critiquer le PS pour tenter de lui piquer des électeurs. Le débat démocratique n’en sort pas gagnant.

TANT D’ESPOIR POUR LE MONDE

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egypte2Ce soir le monde se réjouit de la démission de Hosni Moubarak de la tête de l’état égyptien. Le peuple a gagné, comme en Tunisie. Evidemment, comme je l’ai souligné dans un billet précédent, de grandes incertitudes planent encore sur le futur de ces deux pays. Mais ce soir, c’est l’optimisme qui prédomine et avec raison. L’actualité ne nous laisse pas assez souvent le loisir de célébrer de bonnes nouvelles, alors profitons-en.

Ces deux « révolutions » présentent plusieurs caractéristiques remarquables qui peuvent donner de l’espoir pour l’avenir de l’humanité… Bon je m’emporte peut-être un peu dans mes formules, mais tout de même. Déjà, ces évènements furent d’une rapidité incroyable, étant donné la solidité présumée de ces dictatures établies depuis plusieurs décennies. Et le plus étonnant reste tout de même le peu de sang versé, même si peu, c’est encore trop. 

 
La Tunisie et l’Egypte ne sont ni le Soudan, ni la Corée du Nord. Ils étaient largement intégrés dans la communauté internationale, aussi bien économiquement que politiquement. Du coup, quel futur leur aurait offert un bain de sang ? Celui de paria à la tête d’un état ruiné ? Il était évidemment inenvisageable à qui on peut reprocher sûrement bien des choses, mais sûrement pas l’idiotie ou la folie.

Le « Auschwitz, ça ne pourrait plus arrivé de nos jours, tout le monde aurait su » reste malheureusement une vue de l’esprit. Il existe encore bien assez de tyrans, d’opprimés, de torture, de génocide et de répression sur Terre, parfois largement médiatisés, pour savoir que les choses ne sont certainement pas aussi simples. Mais les évènements de ces derniers jours prouvent tout de même que l’interdépendance entres les états, s’il n’empêche pas les autocraties de prospérer, limite les extrémités que ces régimes peuvent se permettre.

La notion de communauté internationale (sans même parler de réelle gouvernance) demeure trop souvent au stade de belle idée, la mondialisation a bien des aspects pervers. Cependant, doucement, trop doucement, les peuples se rapprochent, pour le meilleur, parfois pour le pire. Mais si à côté de Coca-Cola et Mc Donald, la démocratie peut devenir une valeur réellement universelle, alors le monde y aura beaucoup gagné.

Mais la plus belle leçon que nous aura donné la Tunisie et l’Egypte reste le fait qu’il est encore utile de se battre et que les peuples peuvent encore changer et choisir le monde dans lequel ils vivent. Et ça, c’est une vraie raison d’espérer !

LES CHEMINS DE LA LIBERTE : Pas un grand chemin

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lescheminsdelaliberteafficheVoilà huit ans qu’on attendait le nouveau film de Peter Weir, le réalisateur de Witness, Le Cercle des Poètes Disparus, The Truman Show ou encore Master and Commander (entre autres). Un cinéaste assez peu prolifique, mais qui signe généralement des films qui font date. Sa dernière production, les Chemins de la Liberté est sorti dans un anonymat relatif (il y a quand même eu un peu de promotion), indigne d’un metteur en scène de ce calibre. Comme quoi à force d’être trop longtemps absent, on se fait quelque peu oublier.

1940, un camp de prisonniers en Sibérie regroupe des détenus de différents horizons. Il semble impossible de s’évader de cet endroit entouré par une immensité vide et glaciale. Impossible sauf pour des hommes prêts à parcourir 10 000 km à pied…

Master and Commander, le précédent film de Peter Weir, m’avait laissé quelque peu sur ma faim. Magnifiquement réalisé, avec des acteurs superbement dirigés, mais malgré tout, un résultat pas totalement passionnant. Il s’agissait là d’un avis très personnel vu l’enthousiasme de la critique d’alors et celui de tous les cinéphiles que je connais. Les Chemins de la Liberté m’a fait exactement la même impression. Sauf que cette fois, si j’en crois la critique relativement tiède vis-à-vis de ce film, l’impression est nettement plus partagée.

Si Les Chemins de la Liberté est un rien décevant, c’est par rapport à ce que l’on peut attendre d’un tel réalisateur, surtout vue l’ambition du sujet. Quand on fait parcourir 10 000 km à ses personnages, au milieu de décors grandioses, en essayant d’y glisser un message politique (oh les vilains communistes !), le tout sous un titre de roman d’aventures du XIXème siècle, on se doit de faire un grand film. Or, nous sommes là face à un bon film… C’est peut-être injuste de le lui reprocher, mais n’empêche que ça gâche un peu le plaisir.

lescheminsdelaliberteSurtout que les Chemins de la Liberté ne brille pas par son suspense. On sait dès la première seconde qu’ils seront trois à arriver jusqu’en Inde. Reste à savoir qui, mais tout au long du film, on n’a jamais trop de doute sur l’identité du prochain qui va succomber. L’intérêt est donc ailleurs. Il est dans le sentiment d’évasion, dans l’admiration que l’on peut avoir pour l’abnégation de ces personnages. Mais encore un fois, il manque un grand souffle épique pour ce film soit totalement passionnant, pour que le spectateur rentre vraiment dans cette histoire incroyable, mais pourtant vraie. On y trouve tout ce à quoi on pouvait s’attendre, mais absolument rien de plus. Il n’y a aucune prise de risque, ni artistique, ni narrative. Alors même si ce qui nous ait proposé est plutôt réussi, on reste un peu sur notre faim.

Le casting minimise lui aussi la prise de risque. Colin Farrell en chien fou, Ed Harris en sage un peu bougon, pas vraiment des rôles à contre-emploi. On pourra simplement saluer la performance de Jim Sturgess qui tient là son premier grand rôle. Etre dirigé par Peter Weir doit évidemment faciliter les choses, mais c’est aussi grâce à son talent qu’il s’en sort aussi bien. Bon, ce n’est pas vraiment un rôle à Oscar, mais il n’y a cependant pas grand chose à redire sur son interprétation et celles de ces petits camarades d’évasion.

Les Chemins de la Liberté n’est donc pas le grand film qu’il aurait pu être. C’est propre, c’est beau, mais ce n’est jamais vraiment passionnant. On ne s’y ennuie pas, mais on ne s’y enthousiasme pas non plus.

Fiche technique :
Production : Exclusive Media Group, National Geographic Entertainment, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Peter Weir
Scénario : Peter Weir, Keith Clarke, d’après le livre A marche forcée de Slavomir Rawicz
Montage : Lee Smith
Photo : Russell Boyd
Décors : John Stoddart
Musique : Burkhard Dallwitz
Costumes : Wendy Stites
Durée : 134 mn

Casting :
Jim Strugess : Janusz
Ed Harris : M. Smith
Saoirse Ronan : Irena
Colin Farrell : Valka
Mark Strong : Khabarov
Gustaf Skarsgard : Voss
 

L’AVOCAT : Un avocat sans goût

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lavocatafficheA la base, je n’aime pas trop Benoît Magimel, alors je n’ai pas vraiment très chaud pour aller voir l’Avocat. Et puis, on m’en a dit du bien et comme j’ai plutôt confiance dans les avis familiaux, je m’y suis rendu tout de même. Et bien, je n’aurais pas du !

Léo est un jeune avocat débordant d’ambition. Il vient d’être embauché dans un grand cabinet, lorsqu’il est approché par un proche de Paul Vanoni. Ce dernier règne sur la collecte et le retraitement des ordures dans la région par des méthodes quelque peu controversées. Il hésite à accepter cette mission, mais son patron lui indique que les avocats sont là pour défendre leurs clients, non les juger. Mais quand est-il quand on découvre que tout cela cache une organisation mafieuse et criminelle ?

Ceux qui parmi vous suivent la série Damages peuvent immédiatement passer leur chemin. Les similitudes sont assez nombreuses… enfin aussi similaire que peut l’être le meilleur foie gras et le pire pâté premier prix. Si l’Avocat avait l’ambition de rivaliser avec les meilleurs films du genre américains, c’est raté car le résultat est juste plat et sans intérêt. Les gangsters sont censés faire peur, pas donner envie de rire, tant ils sont caricaturaux.

Donc premier point qui ne va pas, le scénario. Ce n’est même pas qu’il soit vraiment mauvais. Mais c’est tellement prévisible et cousu de fil blanc qu’on se demande si son écriture a demandé plus de cinq minutes. Ca a été fait mille fois déjà et la plupart du temps en beaucoup mieux. Aussi bien les rebondissements que l’évolution des personnages ne nous surprennent pas une seconde. Allez, si on est vraiment généreux, il y a bien un élément quelque peu inattendu. Mais comme cela reste relativement anecdotique, cela n’a aucune chance de sauver une intrigue globalement sans intérêt.

Deuxième point qui fâche, la réalisation. Cédric Anger est à la fois le metteur en scène et le scénariste de l’Avocat. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher un manque de constance dans la performance. Le moindre épisode de série américaine est désormais réalisée avec plus d’imagination, de punch et d’originalité que ce film. La caméra est plantée là à filmer ce qui se passe, sans jamais contribuer à créer une ambiance oppressante, propice à l’angoisse et au suspense. Quant au fait que le film commence par la fin, il s’agit d’une technique tellement sur-utilisée que l’on n’y prête plus aucune attention. De plus, ce coup-ci, cela n’apporte strictement rien à la narration, qui, de toute façon, est cousue de fil blanc à grosses mailles.

lavocatEnfin, terminons par ce qui est vraiment confondant de médiocrité. L’interprétation ! A la limite Benoît Magimel ne s’en sortirait pas trop mal par rapport à ses compagnons. Certes, il a l’air d’y croire comme le candidat socialiste à l’élection municipale de Neuilly-sur-Seine, mais au moins, il nous sert le minimum syndical. Par contre, en face de lui, Gilbert Melki nous livre peut-être son plus mauvais rôle. On se pince pour y croire tellement son jeu tire sur la caricature. On serait dans une parodie, on pourrait presque le trouver excellent. Le problème, c’est qu’on est dans un film qui se veut on ne peut plus sérieux, pour ne pas dire qui se prend au sérieux, et du coup, ça finit de couler l’Avocat, qui prenait déjà pas mal l’eau par ailleurs.

L’Avocat est donc un film qui se voulait l’égal des meilleures productions du genre, essentiellement hollywoodienne. Au final, cela donne un mauvais téléfilm bien de de chez nous.

Fiche technique :
Production : Sunrise film
Distribution : SND distribution
Réalisation : Cédric Anger
Scénario : Cédric Anger, Jean-François Leforsonney
Montage : Simon Jacquet
Photo : Guillaume Schiffman
Décors : Antoine Platteau
Musique : Grégoire Hetzel

Casting :
Benoît Magimel : Léo Demarsan
Gilbert Melki : Paul Vanoni
Aïssa Maïga : Eve
Eric Caravaca : Le flic
Vincent Demoury : Eric Boyer
Samir Guesmi : Ben Corey

Durée : 102 mn

ANGELE ET TONY : Un peu d’amour dans ce monde de brutes

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angeleettonyafficheAngèle et Tony, voilà bien un film à côté duquel j’ai failli passer. Pas de bande-annonce, pas de campagne marketing, pas de stars au générique, juste un affiche qui ne me donnait guère envie. Cette dernière sentait le film ennuyeux au pathos lourdingue à plein nez. Mais heureusement, le bouche à oreille a fonctionné et c’est avec plaisir que j’ai pu voir ce film, bourré d’optimisme et d’amour.

Angèle sort de prison et cherche à récupérer son fils, qui vit chez ses beaux parents. Elle se débrouille comme elle peut pour joindre les deux bouts. Un jour, suite à une petite annonce matrimoniale, elle rencontre Tony, un marin qui lui propose finalement un boulot plutôt que de l’amour. Deux êtres pas vraiment destinés l’un à l’autre mais qui vont finir par nouer des liens inattendus.

Le synopsis et les premières minutes de Angèle et Tony ne font pas vraiment penser que ce film puisse être une comédie romantique… Bon déjà parce que ce n’est pas une comédie romantique, au sens où on l’entend habituellement, mais une belle histoire d’amour qui nous montre que l’on peut trouver le bonheur même si on n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche.

Angèle et Tony est donc un film résolument optimiste et rafraîchissant. Les personnages ne finissent pas par gagner au loto au son de violons enthousiastes. Ils ne leur arrivent au final rien d’extraordinaire, rien qui les fasse changer de vie. Une histoire n’a pas besoin de finir mal pour être crédible. Le film véhicule une vraie émotion, mais avant tout il donne le sourire et le cœur léger.

Angèle et Tony possède tout de même un vrai fond social, mais on reste quand même loin de Ken Loach. Ou alors le Ken Loach optimiste de Looking for Eric. Il ne s’agit pas vraiment pas ici d’un film sur les difficultés économiques que connaissent les marins-pêcheurs, sur la réinsertions des anciens détenus ou sur le combat d’une mère pour récupérer la garde de son enfant. Ce sont bien des éléments de l’intrigue, mais jamais Alix Delaporte ne s’y appesantit. Le film nous parle de gens « modestes » sans insister sur ce point. Bref, il faut bien qu’une histoire de se situe dans un milieu social, alors pourquoi pas celui-là plutôt qu’un autre.

angeleettonyIl faut cependant bien le reconnaître, tout cela contribue à notre attachement aux personnages et à notre envie de les voir accéder au bonheur. A la fois, si tout était facile pour eux, il n’y aurait même pas de film. Mais comme pour le scénario, les protagonistes ne restent pas focalisés sur leurs problèmes et décident d’avancer et de vivre leur vie. Pas d’optimisme béât non plus, juste des gens de la vraie vie vraie, qui n’ont rien de winners implacables ou de losers pathétiques.

Ces deux personnages principaux d’Angèle et Tony sont magnifiquement interprétés par le duo Clotilde Hesme, une valeur montante du cinéma français, et Grégory Gadebois, une valeur sûre, qui quitte là son statut d’éternel second rôle pour tenir avec brio le haut de l’affiche. Deux révélations parfaitement dirigées par Alix Delaporte qui signe là un premier film remarquablement réussi.

Angèle et Tony constitue donc une des premières vraie bonne surprise de cette année 2011 qui, avouons-le, commence plutôt doucement. Un film qui donne de la joie et du baume au cœur. Ca fait quand même du bien parfois !

Fiche technique :
Production : Lionceau films, Cinécinéma
Distribution : Pyramide distribution
Réalisation : Alix Delaporte
Scénario : Alix Delaporte
Montage : Louise Decelle
Photo : Claire Mathon
Décors : Hélène Ustaze
Musique : Mathieu Maestracci
Durée : 87 mn

Casting :
Clotilde Hesme : Angèle
Grégory Gadebois : Tony
Evelyne Didi : Myriam
Jérôme Huguet : Ryan
Antoine Couleau : Yohan
Patrick Descamps : le grand père
Patrick Ligardes : le conseiller d’insertion
Lola Duenas : Anabel 

ABIDAL, A TORT OU A RAISON

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abidalfrancefootballLe numéro de France Football de ce mardi nous livre une interview d’Eric Abidal, où il revient longuement sur le pathétique feuilleton que nous a offert l’Equipe de France cet été. Les propos tenus par l’arrière gauche de Barcelone sont à la fois consternants et d’une rare pertinence.

Consternants puisque l’on voit qu’une esquisse de mea culpa. Du bout des lèvres, Eric Abidal admet que l’attitude de l’équipe de France n’a pas été celle qu’elle aurait du être. En termes de contrition, on a déjà fait beaucoup mieux. Il y a une sorte de déni qui ressemble fort à du je m’en foutisme et de l’irresponsabilité. On est en droit d’être déçu par un tel discours, qui prouve, encore une fois, que s’excuser et admettre ses erreurs ne sont pas toujours le fort des êtres humains.

Mais avec une recul de six mois, on regarde d’un autre œil les propos tenus ici. Eric Abidal, ni aucun autre joueur de l’Equipe de France n’est un criminel et le traitement médiatique de ces évènements fut complètement disproportionnée. On a parfois nagé en pleine délire, comme lorsque Thierry Henry fut amené directement depuis l’aéroport à l’Elysée. Cela ne constitue en rien une excuse à ce qui a été fait, mais il serait peut-être bon de relativiser.

Et puis, Eric Abidal revient longuement sur la manière pathétique où certains ont absolument voulu désigner des coupables. Et beaucoup parmi eux cherchaient avant tout à fuir leurs propres responsabilités. Si les Bleus ont dépassé tout ce qu’on aurait pu imaginer de pire, ils faut bien avouer qu’ils n’ont fait qu’écraser violemment un avion qui n’avait ni pilote, ni moteur depuis longtemps. Les sanctions prises envers certains joueurs et pas d’autres, leur infligeant un nombre de matchs de suspension déterminée à la tête du client, ne constituent pas vraiment un modèle de justice équitable.

Enfin, l’ancien Lyonnais rappelle avec force un fait sur lequel le silence est assourdissant. Tout le cirque médiatique est née d’une une du journal L’Equipe rapportant les propos de Nicolas Anelka… qui ne sont pas ceux que l’attaquant de Chelsea a tenu. On peut considérer que ce n’est qu’un point de détail, mais les mots réellement prononcés ont quand même un caractère moins insultants que ceux affichés en pleine page par le seul grand quotidien sportif français… dont on attend toujours le mea culpa. L’attitude de la rédaction du journal est dans ce dossier totalement inadmissible et ne peut qu’entretenir un sentiment d’injustice chez les joueurs de l’Equipe de France.

Eric Abidal a donc l’impression que les joueurs de l’Equipe de France ont payé pour d’autres. Mais ne pas être les seuls coupables ne retire rien à leur culpabilité. Cependant, la récente sortie pitoyable de la nouvelle ministre des sports, Chantal Jouanno, prouve bien qu’en termes de bêtise pure, les footballers font face à une rude concurrence.

DE LA REVOLUTION A LA DEMOCRATIE, IL N’Y A QU’UN PAS… OU DEUX

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egypteLes évènements de Tunisie et désormais d’Egypte font naître bien des commentaires enthousiastes sur la capacité des peuples à chasser les dictateurs qui les oppriment. On en vient à rêver que le phénomène s’étende et amène d’autres pays vers la démocratie. Mais évidemment le chemin est encore bien long.

On le voit bien en Tunisie, et sûrement demain en Egypte, chasser un dictateur ne signifie pas forcément voir la démocratie fleurir d’un seul coup. Le pouvoir, même le plus démocratique du monde, doit bien être exercé par un chef d’Etat, un gouvernement, des élus… Bref autant de futurs dictateurs en puissance, ou au moins des alliés, qui après s’être unis pour combattre un ennemi commun, auront tout loisir de devenir eux-mêmes des ennemis les uns pour les autres.

J’ai un jour entendu quelqu’un dire que si la Révolution Française avait si bien fonctionné, c’est qu’elle avait provoqué la mort de tous ceux qui l’avaient menée. En effet, combien de révolutionnaires triomphants se sont transformés en despotes une fois arrivés au pouvoir ! La chance de la Tunisie et de l’Egypte est de connaître des mouvements qui ne s’incarnent pas dans une ou plusieurs grandes figures qui pourraient réclamer le pouvoir à ce titre. Certains y voient un risque de division, mais je pense qu’il s’agit là avant tout d’une formidable opportunité. Mais encore une fois le chemin est encore long et il faudrait bien se garder de tout optimise béat.

Un mot enfin sur l’attitude de la France face à ces évènements. Ceux de Tunisie nous touchent évidemment plus particulièrement, du fait des liens historiques particuliers que nous entretenons avec ce pays. Notre grand ami Ben Ali s’est d’un coup transformé en indésirable, prié d’aller trouver exil ailleurs. Ceux qui hier chantaient le louanges de ce supposé progressiste se font soudainement bien discret. Tout cela montre bien à quel point l’hypocrisie est à la base de toutes relations internationales. Mais fallait-il une révolution de jasmin, ou Wikileaks, pour s’en apercevoir ?