LES PETITS MOUCHOIRS : Guillaume Canet, grand réalisateur, ça se confirme

lespetitsmouchoirsaffiche

lespetitsmouchoirsafficheVoir son film déchaîner à la fois l’enthousiasmes et la haine prouve souvent que l’on est l’auteur d’une œuvre de premier plan. L’indifférence est sûrement la plus grande forme de mépris quand on parle d’art. Quand, en plus, on rencontre un très gros succès commercial, on peut se dire que son film va marquer les esprits et animer les débats dans les chaumières. Guillaume Canet peut donc être satisfait de son Les Petits Mouchoirs. Un film qui ne peut pas laisser indifférent. Et de mon point de vue, un très beau film.

Ludo est le boute-en-train d’une bande de copains inséparables, qui s’apprêtent à partir comme chaque année en vacances au Cap-Ferret. Mais à la sortie d’une boîte de nuit, il se fait renverser par un camion sur son scooter. Il se retrouve entre la vie et la mort. Alors forcément, la petite bande est bouleversée. Elle choisit néanmoins de partir tout de même au soleil pour quinze jours. Mais ces vacances ne seront définitivement pas comme les autres.

Les Petits Mouchoirs soit on aime, soit on déteste. Basé sur l’émotion, sur l’attachement aux personnages, sur la manière dont on se reconnaît en eux, il peut facilement se transformer en calvaire pour qui resterait de marbre. Un calvaire de plus de 2h30 qui plus est. Tout peut alors sembler surfait, caricatural, ridicule, bref, pénible. Mais ce film peut être surtout tout son contraire.

Pourtant, le premier tiers du film m’a quelque peu fait peur. En effet, les Petits Mouchoirs peinent un peu à démarrer, après une superbe séquence d’ouverture. C’est à ce moment là où le film aurait pu basculer dans l’ennui profond. Mais heureusement, le scénario va crescendo et une heure plus tard, on a tout oublié des craintes initiales. Ce film est peut-être un peu trop long, mais il fait partie de ceux à qui on le pardonne totalement.

Les Petits Mouchoirs est un film de personnages, de copains, comme le cinéma français en compte tant. Mais celui-là se démarque pas une formidable justesse de ton. Il sait être drôle, comme ne pas l’être du tout. Cet équilibre est essentiel dans la réussite de ce film. On s’amuse, on pleure, on rit… mais on n’est pas non plus dans le pays de Candy. De toute façon pour nous maintenir en émoi pendant deux heures et demi, il fallait tout faire pour éviter la monotonie. On retrouve tous les archétypes d’un tel film : le dragueur, le looser amoureux, le travailleur qui ne décompresse pas, le père de famille qui doute… Mais avec des variantes que je ne dévoilerais pas ici. On n’est peut-être pas tant surpris que ça, mais on est charmé par cette bande à laquelle on aimerait tant faire partie.

Parmi les dénouements qui ont fait débat, les Petits Mouchoirs occupe désormais une bonne place. Too much or not too much, là est la question ! Là, encore, c’est un peu le tout ou rien. Soit vous êtes restés totalement impassibles devant tout le reste du film, alors la fin vous donnera surtout envie de vous mettre deux doigts au fond de la gorge pour vous soulager. Soit vous êtes totalement entrés dans l’histoire et avez adopté les personnages, alors préparez vous à un grand moment d’émotion.

Mais si Les Petits Mouchoirs laisse aussi peu indifférent, c’est surtout que Guillaume Canet nous prouve, après son formidable Ne le dis à Personne, qu’il est un grand réalisateur. Il s’est beaucoup investi dans ce film et cela se sent à chaque seconde. Une œuvre personnelle à laquelle il prête sa caméra élégante et sobre. Une œuvre qui vaut dans tous les cas bien plus de respect qu’il n’en a récolté auprès de certains critiques. Encore une fois, on a le droit de ne pas du tout être bouleversé par ce film, mais on a le droit aussi d’admettre que c’est parce que l’histoire ne nous a pas parlé, n’a rien éveillé en nous, sans remettre en cause ses qualités artistiques objectives.

Guillaume Canet est surtout un merveilleux directeur d’acteurs. De toute façon, faire un film reposant autant sur ses personnages implique de mettre les comédiens au cœur de son projet artistique. Si l’un d’eux n’est pas à la hauteur, c’est son personnage qui perd en crédibilité, tout comme ses relations avec les autres et c’est tout l’ensemble qui se retrouve fragilisé. Dans les Petits Mouchoirs, pas de lézarde dans la pyramide, c’est du solide !

lespetitsmouchoirsLa relation entre Guillaume Canet et François Cluzet fonctionne visiblement parfaitement. Le réalisateur et l’acteur nous avaient enchanté dans Ne le Dis à Personne et ils remettent ça dans les Petits Mouchoirs. François Cluzet est ici tout simplement énorme, apportant à lui seul une large part de l’aspect comique de ce film. Son personnage n’est peut-être pas le plus intéressant en soi, mais il agit comme une sorte de liant qui fait que la recette preparée par le chef Canet est une totale réussite.

Les Petits Mouchoirs marque aussi le retour de Marion Cottillard comme actrice, pour la première fois depuis La Môme. Et oui, dans ce film, elle joue ! Elle ne se contente pas juste d’être Marion Cotillard, ce qui est déjà pas mal soit-dit en passant. Bon, ce n’est pas encore hyper spectaculaire, mais son aura naturelle faisant le reste, sa présence à l’écran illumine le film. Je n’en dirait pas tant de Benoît Magimel… Bon, là, j’avoue c’est un avis assez personnel sur cet acteur avec qui j’ai un peu de mal. Trop froid, trop impersonnel à mon goût. A mon avis, et il est humble, le film aurait gagné à voir Guillaume Canet se mettre lui-même en scène pour se rôle.

Les Petites Mouchoirs est donc pour moi un des meilleurs films français de l’année. C’est une œuvre personnelle qui ne peut qu’enthousiasmer positivement ou négativement. Mais à la fois, n’aimons-nous pas le cinéma pour les enthousiasmes qu’il fait naître en tous. Tous les enthousiasmes.

Fiche technique :
Production : Les productions du Trésor, EuropaCorp, Caneo Films, M6 Films
Distribution : Europacorp distribution
Réalisation : Guillaume Canet
Scénario : Guillaume Canet
Montage : Hervé De Luze
Photo : Christophe Offenstein
Décors : Philippe Chiffre
Durée : 154 mn

Casting :
François Cluzet : Max Cantara
Marion Cotillard : Marie
Benoît Magimel : Vincent Ribaud
Gilles Lellouche : Eric
Jean Dujardin : Ludo
Laurent Lafitte : Antoine
Valérue Bonneton : Véronique Cantara
Pascale Arbillot : Isabelle Ribaud
Anne Marivin : Juliette

VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU : Petite déception

vousallezrencontrerunbeletsombreinconnuaffiche

vousallezrencontrerunbeletsombreinconnuafficheChaque année, il y’a Pâques, le 14 juillet, Noël et un film de Woody Allen. C’est un repaire immuable, telles la rentrée des classes ou la finale de la Coupe de France de football. C’est d’ailleurs quelque chose qu’on lui reproche parfois, car évidemment, au rythme d’un film par an, il ne peut pas non plus toujours nous livrer que des chefs d’œuvre. Si son précédent, Whatever Works, avait fait l’unanimité, ce Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu laissera les fans sur leur faim.

Helena vient de se faire quitter par son mari, pris par le démon de midi, après 40 ans de vie commune. Totalement perdue, elle trouve le réconfort auprès d’une voyante qui lui prédit une belle rencontre prochaine. En attendant, sa fille et son beau fils voient leur couple s’étioler.

Bon, quand on lit le synopsis, on a du mal à imaginer que Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu est une comédie. Mais il s’agit bien d’un marivaudage léger, avec des maris, des femmes et des amants. Les situations, les personnages sont souvent à la fois attachants et ridicules, humains en somme. Un regard tendre sur les faiblesses humaines, celles qui, au fond, constituent le vrai charme de l’existence.

Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu reprend donc des thèmes chers à Woody Allen. Mais justement, peut-être un peu trop. On pourrait même considérer qu’il s’auto-plagie, tant on retrouve ça et là des éléments déjà vus dans ces précédentes productions. L’exemple le plus frappant étant le personnage interprété par Anthony Hopkins, septuagénaire, qui épouse une jeunette, nous rappelant là le thème centre de Whatever Works.

On peut donc considérer Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu comme un film de transition. Ce n’est pas première fois qu’il nous livre un film relativement moyen, à l’occasion duquel certains annoncent un déclin inexorable. Mais généralement, il est suivi d’un pur chef d’œuvre qui fait taire les détracteurs pour quelques temps encore. On verra donc ce que nous réserve son prochain opus, avec une Madame Sarkozy…ou ce qu’il en reste après le montage.

vousallezrencontrerunbeletsombreinconnuBon, ne croyez pas non plus que Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu soit désagréable à suivre. On est face à un bon vaudeville, bien foutu, dirigé de main de maître et aux dialogues de haut niveau. Mais ceux qui connaissent bien l’œuvre de Woody Allen ne pourront être que déçus par un manque totale de surprise. Les autres y trouveront certainement beaucoup plus de plaisir.

Un mot enfin sur celle qui éclaire Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu de son talent et sa grâce, j’ai nommé Naomi Watts. 42 ans et le charme d’une femme de…42 ans. Voir une actrice hollywoodienne de ce calibre assumer avec autant de charme ses rides constitue une incongruité, à une époque où le lifting règne en maître. Bref, tous ceux qui trouvent que Cher ne ressemble plus à rien seront ravis.

Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu constitue donc une petite déception puisque ce film fera très certainement partie des films de Woody Allen dont on se souviendra le moins.

Fiche technique :
Production : Mediapro, Gravier productions
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photo : Vilmos Zsigmond
Décors : Jim Clay
Distribution : Warner Bros.
Durée : 98 mn

Casting :
Naomi Watts : Sally
Josh Brolin : Roy
Anthony Hopkins : Alfie
Antonio Banderas : Greg
Freida Pinto : Dia
Lucy Punch : Charmaine
Gemma Jones : Helena

THE SOCIAL NETWORK : Un miracle signé David Fincher

thesocialnetworkaffiche

thesocialnetworkafficheN’attendons pas plus longtemps pour le dire, The Social Network est un vrai grand film. Pourtant, qui aurait pu croire qu’on aurait pu tirer un tel moment de bonheur cinématographique d’un telle histoire ? Certes, Facebook est un des phénomènes de société les plus étonnants que l’humanité ait jamais vécu, mais la création d’un site Internet n’est a priori pas le processus le plus passionnant à décrire. Cependant, qu’est ce qui peut se targuer d’avoir connu un tel succès, si rapide, si universel, si envahissant diront certains, à partir de si peu ? Personne à part le bébé de Mark Zuckerberg. Enfin, est-on bien sûr qu’il soit de lui ?

Mark Zuckerberg est le plus jeune milliardaire de l’histoire. Mais il doit faire face à deux procès l’accusant d’avoir volé le travail des autres. Au gré des témoignages, on découvre peu à peu comment un jeune étudiant en informatique de Harvard est devenu une célébrité planétaire.

Dans The Social Network, si le fond est intéressant, la forme est elle extraordinaire. David Fincher signe là une incroyable leçon de narration cinématographique. La dramaturgie, dans le 7ème art, naît bien sûr du scénario lui-même, mais aussi de sa mise en scène et du montage. S’il est impossible de faire passer un mulet pour cheval de course, la magie de la réalisation peut faire un grand film à partir d’éléments dont d’autres n’auraient tiré qu’un sympathique documentaire.

David Fincher utilise pourtant un certains nombres de procédés tout ce qu’il y’a des plus classiques. Raconter une histoire sous forme de flash-backs issus d’interrogatoires n’est pas vraiment une invention à Hollywood, où le film de procès est un exercice parfaitement maîtrisé. Mais si le pinceau est un outil accessible à tous, il n’en reste pas moins qu’il y’a des Picasso et des gens comme moi, qui dessinent comme leur pied gauche. Dans The Social Network, ce n’est pas un, mais deux interrogatoires qui s’entrecroisent. Cela démultiplie les possibilités de nous donner de petits aperçus de ce qui sera raconté dans les minutes qui suivent, tenant ainsi le spectateur dans une haleine permanente. Bref, avant d’aller voir ce film, penser à vous laver les dents.

Mais il n’y a pas que le montage qui nous tient en haleine, il y’a surtout le rythme effréné sur lequel cette histoire est racontée. Et là, je ne parle pas d’une réalisation façon clip vidéo, mais bien d’un récit d’une incroyable intensité. Il n’y aucun délayage, aucune scène superflue, mais une intrigue qui avance avec célérité et surtout brio. Pourtant, le récit est d’une incroyable clarté… si vous savez tout de même un minimum de quoi les personnages parlent. Je connais des personnes très peu familières avec Facebook et les réseaux sociaux en général qui ont été assez subjugués par l’exercice cinématographique, mais sans tout forcément saisir. Car une chose ne peut faire que l’unanimité, la maîtrise totale et absolue de David Fincher dans la construction de son film.

Pourtant, aussi passionnant, prenant, fascinant, enthousiasmant, décoiffant soit-il, il ne recèle évidemment aucune scène d’action en tant que telle. Filmé comme un polar, The Social Network ne voit pourtant jamais pointer la moindre arme à feu. Mais tous les personnages manient une arme bien plus redoutable : des dialogues. Au niveau mots à la minute, ce film possède sûrement un des scores les plus élevés de l’histoire du 7ème art. Ces échanges de répliques valent toutes les fusillades ou les poursuites du monde. Même avec tant de paroles, ce film n’est pas une seule seconde verbeux, ou même bavard, mais tout simplement incroyablement intense et puissant.

thesocialnetworkDernier pilier sur lequel s’appuie l’étonnante réussite de The Social Network, l’interprétation. Car pour débiter autant de dialogues tranchants à la seconde, il faut bien des acteurs capables de les servir avec talent. Le premier d’entre eux est le futur plus jeune Oscar du meilleur acteur de l’histoire, Jesse Eisenberg. Bon, je m’avance peut-être un tantinet, mais je serai quand même prêt à miser quelques euros sur ses chances de remporter la précieuse statuette. Certains trouveront peut-être lassant de récompenser systématiquement des acteurs pour leur talent mimétique, mais il est vrai que la ressemblance avec le vrai Mark Zuckerberg est absolument frappante. Mais surtout, quelle dextérité dans le débit verbal ! Cependant, la performance de Jesse Eisenberg ne se limite pas à une fantastique élocution, mais c’est surtout la profondeur dont il arrive à doter son personnage qui parachève la réussite totale de ce film.

The Social Network est à la fois un récit passionnant sur la naissance de Facebook et un portrait vivant de son créateur. Que le portrait soit fidèle ou pas, peu importe, car ce film nous décrit un personnage incroyablement fascinant et complexe, dont les couches de se personnalité se dévoilent une à une au fur et à mesure de l’avancée du récit. Le film ne nous explique pas simplement comment est né Facebook (c’est qui le rend formidablement prenant), mais aussi pourquoi est né Facebook (ce qui le rend incroyablement intéressant).

Un petit mot pour finir sur les prestations de Adrew Garfield et Justin Timberlake. Il serait dommage qu’ils soient totalement éclipsés par Jesse Eisenberg. La lutte d’influence que mènent leurs deux personnages est un des ressorts principaux de l’intrigue. Et s’il fonctionne aussi bien, c’est que les deux acteurs font preuve d’un talent que l’on avait fait que deviner lors de leurs précédents rôles.

Reste une dernière question en suspens. Pour l’Oscar du meilleur film, Inception ou The Social Network ? Personnellement, je voterai tout de même pour le premier, mais rarement le jury n’aura à choisir entre deux chefs d’œuvre de ce calibre.

Fiche technique :
Production : Columbia pictures, Relativity Media, Michael De Luca, Scott Rudin, Trigger Street
Distribution : Sony Picture Releasing France
Réalisation : David Fincher
Scénario : Aaron Sorkin, d’après le livre de Ben Mezrich
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Photo : Jeff Cronenweth
Décors : Donald Graham Burt
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross
Durée : 121 mn

Casting :
Jesse Eisenberg : Mark Zuckerberg
Rooney Mara : Erica Albright
Andrew Garfield : Eduardo Saverin
Max Minghella : Divya Narendra
Bryan Barker : Billy Olsen
Justin Timberlake : Sean Parker
Joseph Mazzello : Dustin Moskovitz
Armie Hammer : Cameron Winklevoss / Tyler Winklevoss

TROP LOIN POUR TOI : Loin des yeux, près du coeur

troploinpourtoiaffiche

troploinpourtoiafficheLes relations à distance sont une nouvelle forme de romance que nous sommes nombreux à avoir expérimentées. Le loin des yeux, loin du cœur est battu en brèche, même s’il est évident que c’est une situation qui ne peut pas non plus s’éterniser. Il était normal que le cinéma finisse par s’en emparer pour nous offrir une énième comédie romantique. C’est chose faite avec Trop Loin pour Toi.

Eric et Garret se croisent par hasard dans un bar new-yorkais. Lui sort tout juste d’une grosse déception, elle est stagiaire et ne va pas tarder à repartir à San Francisco. Alors, ils conviennent que ça ne sera qu’une passade. Cependant, les sentiments finissent pas naître et ils ne veulent pas renoncer à leur amour. Mais comment faire avec la distance ?
 

Dans comédie romantique, il y’a comédie et romantique. Là, tout le monde se lève et m’applaudit…. Bon, niveau comédie, Trop Loin pour Toi est quelque peu inégal. Des scènes très drôles, d’autres tombent un peu plus à plat. L’humour est souvent assez premier degré, pas tout à fait pipi-caca, mais le niveau tout juste au dessus. Le film aurait presque gagné à être moins drôle, car l’humour pratiqué constitue un facteur plutôt alourdissant. On retiendra tout de même une scène d’amour sur la table de la cuisine qui constitue le moment de bravoure du film.

Par contre, côté romance, Trop Loin pour Toi ne nous laisse pas indifférent. Certes, la présence à l’écran de Drew Barrymore y est pour beaucoup, vu que je suis secrètement amoureux d’elle depuis de longues années. Pas depuis E.T. mais presque. Mais Justin Long contribue également fortement à la réussite de cette histoire d’amour. On avait pu le découvrir notamment dans Jusqu’en Enfer de Sam Raimi. Bref, le couple fonctionne parfaitement et on s’y attache immédiatement.

troploinpourtoiCe dernier facteur était capital pour la réussite de Trop Loin pour Toi. Car contrairement à la plupart des comédies romantiques, le problème n’est pas de s’avoir s’ils font finir à s’aimer, mais s’ils vont pouvoir continuer à s’aimer. Donc, pour vraiment apprécier l’histoire, il faut avoir envie de les voir poursuivre leur idylle. Et à ce niveau, il faudrait avoir un cœur de pierre pour avoir envie de voir nos tourtereaux se séparer. Le tout fait de ce film un bon film dans sa catégorie. On pourrait presque le qualifier d’original. Mais on pourra surtout féliciter Nanette Burstein pour le dénouement vraiment intelligent.

Trop Loin pour Toi est donc typiquement le genre de film plaisant, possédant quelques qualités bien marquées, mais qui manquent un peu d’ambition. La base est bonne, mais on sent qu’elle n’a pas été pleinement exploité. Il s’agit de la première grosse production de Nanette Burstein et elle n’a sûrement pas osé mettre un peu plus de folie dans son film, se contentant de ingrédients pour en faire un divertissant sympathique, mais qui n’avait aucune chance d’être génial. Malgré Drew…

Trop Loin pour Toi est donc à réserver aux amateurs de comédie romantique. Les autres pourront toujours agrémenter une soirée télévisuelle avec ce petit morceau de romantisme sympathique, à défaut d’être vraiment enchanteur.

Fiche technique :
Production : Offspring Entertainment, New Line Cinema
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Nanette Burstein
Scénario : Geoff LaTulippe
Montage : Peter Teschner
Photo : Eric Steelberg
Décors : David Schlesinger
Musique : Mychael Danna
Costumes : Catherine Marie Thomas
Directeur artistique : John Kasarda
Durée : 101 mn

Casting :
Justin Long : Garrett
Drew Barrymore : Erin
Charlie Day : Dan
Christina Applegate : Corinne
 

POURQUOI IL FAUT SE BATTRE… ET POURQUOI IL LE FAUDRA ENCORE DEMAIN : 2ème partie

plusdureseralachute

plusdureseralachuteAprès les considérations physico-matématico-philosophiques, passons à des considérations un peu plus concrètes. Mais avant, un peu d’histoire.

Au début du 20ème siècle, deux visions du capitalisme s’affrontaient. La première a eu pour chef de file un certain Henry Ford, constructeur automobile de son état. Un grand entrepreneur, symbole du rêve américain, pas vraiment un bolchevique. Or, il avait pour principe de très bien payer ses salariés. Pourquoi ? Pour l’amour qu’il leur portait ? Parce qu’il n’aimait pas l’argent et qu’il préférait le distribuer aux plus modestes ? Non, pas du tout, tout simplement pour que ses employés puissent eux-mêmes s’acheter une Ford et ainsi augmenter le chiffre d’affaire de son entreprise.

On le sait, le progrès technique aidant, la productivité augmente un peu chaque année. Ainsi, au fil du temps, chaque travailleur est capable de produire un peu plus de richesses. Mais la question se pose alors de la répartition de cette richesse supplémentaire. On le verra cette question est absolument centrale. Henry Ford privilégiait l’augmentation des salaires, conscient qu’une partie de cette richesse allait lui revenir, mais en permettant entre temps à un de ses employés d’acheter une belle voiture.

Cependant, ses contemporains capitalistes ont trouvé les idées d’Henry Ford fort saugrenues. Pourquoi donc prendre le risque que l’employé en question décide, au-lieu d’acheter une Ford, d’épargner ou d’investir dans un appartement ? Il est beaucoup plus simple, et intelligent de leur point de vue, d’utiliser la progression de la productivité pour mieux rémunérer directement le capital qu’il possède et diminuer le nombre de salariés.

Malheureusement, la seconde vision l’a totalement emporté et la vision fordiste du capitalisme est vite devenue totalement désuette. Pourtant, me direz-vous, cela n’a pas empêché le niveau de vie des salariés de progresser de manière spectaculaire au cours du 20ème siècle. En effet, les salariés ont su défendre leurs intérêts et su conserver leur part du gâteau à grands coups de luttes sociales. Cela a permis pendant des décennies un partage relativement équitable des gains de productivité, entre salariés, actionnaires et l’entreprise elle-même, sous forme d’investissement. Mais évidemment, cela en chagrinait certains. Ils se sont alors creusés la tête et se sont appuyé sur trois phénomènes pour mettre fin à tout ça…

Bon, soyons honnêtes, le premier n’est pas vraiment une invention, mais une tendance très ancienne qui s’est accélérée d’un coup. Je veux parler de la mondialisation, en particulier de la possibilité qu’ont eu les entreprises industrielles à se délocaliser. Quelle aubaine ! Pourquoi continuer à partager la valeur ajoutée avec des salariés occidentaux, quand une armée de petits Chinois est prête à travailler pour moins d’un dollar par jour ?! Evidemment, je caricature au maximum, mais il est incontestable que la peur du chômage et des délocalisations ont considérablement changé le rapport de force entre salariés et actionnaires, au profit de ces derniers bien sûr.

Le deuxième phénomène est lui totalement calculé et entretenu par les détenteurs du capital. C’est l’externalisation et la sous-traitance. Je ne sais pas qui a eu l’idée en premier, mais ce fut une idée de génie. En effet, il permet de transformer un salarié, qui peut revendiquer, se mettre en grève, qui a des droits et qu’il faut surtout payer tous les mois quoiqu’il arrive, en fournisseur. On est passé d’un rapport salarié-actionnaire à un rapport fournisseur-client. Et on le sait bien, le client est roi !

Le développement de la sous-traitance présente évidemment d’énormes avantages en termes de gestion du personnel… vu que le personnel n’appartient plus à l’entreprise et qu’on peut d’un simple coup de fil lui dire « désolé, je ne travaillerai plus avec vous »… On n’a souvent même pas besoin de téléphoner, il suffit juste d’arrêter de passer commande. Cette évolution a surtout permis d’éradiquer le syndicalisme des entreprises françaises. Qui se syndique dans une petite PME ? Personne, alors que cette coutume survit encore dans les grands groupes. Mais ils trouveront sûrement une solution pour y remédier… Bref, quand on pense qu’il y’a encore trente ans, Renault avait un service qui fabriquait… les meubles des bureaux. Aujourd’hui, cela paraîtrait totalement saugrenu.

Le dernier phénomène s’est largement nourri des deux premiers. Il s’agit du développement spectaculaire de l’économie financière, dont la part dans le PIB s’accroît d’année en année. Pourtant, les outils financiers sont très anciens. Mais les créateurs de la Bourse, au 19ème siècle, qui ont cherché un moyen de favoriser la levée de capitaux pour stimuler l’investissement des entreprises, n’ont rien de commun avec les traders utilisant des algorithmes permettant de passer des ordres spéculatifs en moins d’une milliseconde. A l’origine, ces outils étaient au service de l’économie réelle, désormais c’est l’inverse. Ce sont les objectifs de rentabilité du capital qui gouvernent la gestion des grandes entreprises et non la rentabilité de l’activité qui détermine la rémunération de l’actionnaire.

De plus, grâce aux hedge-funds, aux fonds de pension, aux SICAV, on a le plus possible éloigné le propriétaire du capital de l’unité de production de biens ou de services. Qui fait le lien entre des licenciements et la valorisation de ses SICAV, dont on ignore généralement de quelles actions elles sont composés ? Cela permet surtout à tout un tas d’intermédiaires de se servir, grassement, au passage.

Quel est le rapport avec ce que j’avais exposé dans la 1ère partie de cet article ? Si l’on revient au dilemme du prisonnier, tous ces phénomènes sont autant de trahisons qui nous éloignent de la situation optimale. Ceux qui profitent de cette situation, c’est à dire les détenteurs du capital et les intermédiaires qui vivent directement à leurs crochets, en tirent un profit immédiat et important. Ils sortent libres de prison, tandis que l’économie réelle, dont dépend le reste de la société, est invitée à passer un long séjour à l’ombre. Mais on l’a vu, cette situation incite tout le monde à agir égoïstement et, même si chacun pense défendre ses intérêts individuels, cela conduit l’ensemble des acteurs à la catastrophe.

L’économie financière, qui aujourd’hui impose sa loi, vampirise, étouffe et détruit l’économie réelle, en apportant son lot de souffrances et de misère. Ils sont nombreux à se gaver comme des oies, dans une indécence la plus totale. Mais l’économie financière ne crée pas valeur ajoutée, elle ne fait qu’aspirer celle crée par l’économie réelle. Si cette dernière est détruite, la première s’écroule. C’est exactement ce qui s’est passé lors de la crise que l’on vient de connaître, où un phénomène liée à l’économie réelle (le non-remboursement par des personnes physiques de traites des fameuses « subprime ») a provoqué un séisme dans tout le système financier mondial, qui a, à son tour, contaminé l’ensemble de l’économie réelle, en diminuant les crédits accordés aux entreprises notamment.

Il y’a aujourd’hui une minorité, celle qui possède le pouvoir économique, financier, et, malheureusement, souvent politique, qui scie la branche sur laquelle elle est assise, en tirant un avantage à court terme. Le problème c’est que nous sommes tous assis dessus et au final, nous serons tous entraînés dans la chute.

Cela vous semble improbable ? Sachez que depuis 2005 (c’est à dire avant et après la crise), le montant des dividendes distribuées aux actionnaires par les entreprises françaises a dépassé leur résultat comptable (sauf en 2007). C’est à dire que les entreprises s’endettent pour continuer à rémunérer leurs actionnaires. Cette situation est évidemment intenable à moyen terme. Mais le plus grave est que cela se traduit mécaniquement par un sous-investissement. Or, l’investissement, c’est le progrès, l’emploi, l’avenir…

En 30 ans, le résultat total des entreprises françaises a été multiplié par trois, le montant des dividendes par dix. Notre économie et notre société sont comme la bille qui dévale la pente, s’éloignant de l’optimum vers un nouvel équilibre où tout le monde est perdant. Pour la remonter, il n’y a qu’un moyen : la volonté collective de renverser la tendance. Mais pour cela, il faut parfois oublier ses intérêts immédiats à court terme et penser réellement à l’intérêt général. Sans cela, plus dure sera la chute…

CAPTIFS : Mais qu’est qu’ils disent ?!!

captifsaffiche

captifsafficheLe cinéma français s’intéresse à nouveau aux films de genre et c’est tant mieux. Captifs est la dernière sortie en date d’un film hexagonal qui fait peur. Et on ne peut que se réjouir de la belle réussite qu’elle constitue.

Carole, Mathias et Samir viennent de terminer leur mission humanitaire dans un hôpital de l’ex-Yougoslavie. Ils reprennent donc la route de la France, mais suite à une opération de déminage, ils décident de s’aventurer sur les petites routes. Mal leur en prend puisqu’ils tombent dans une embuscade tendue par deux hommes armés. Ils se retrouvent enfermés sans savoir ce que veulent leurs ravisseurs.

Captifs est un film simple, court, sans grand moyen, mais terriblement efficace. Le scénario est réduit à sa plus simple expression, les personnages pas particulièrement fouillés, mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans la manière dont Yann Gozlan nous fait partager l’angoisse de ses personnages. Et il y arrive particulièrement bien.

Il suffit souvent d’une idée simple pour contribuer à créer une vraie ambiance oppressante. Par exemple, des ravisseurs qui parlent une langue comprise ni par les personnages, ni par tout spectateur non familier avec le serbo-croate. L’incompréhension est donc totale des deux côtés de l’écran et l’angoisse largement partagée.

Evidemment, cela déshumanise totalement par la même les « méchants » qui, du coup, s’apparentent plus à des rouages du scénario qu’à des protagonistes dotés d’une vraie personnalité. On ne sait rien d’eux, ni au début, ni à la fin, à part leur motivation que l’on finit par comprendre. Mais cela produit l’effet escompté, tant pis pour ceux qui ne jurent que par la psychologie de haute volée.

En fait, nos trois victimes ne sont pas non plus vraiment dotées de plus de profondeur. Yann Gozlan tente timidement de nous donner des éléments sur leur passé pour mieux les comprendre et faire naître un sentiment d’attachement, mais ça ne va pas très loin. On pourrait même se dire qu’il aurait mieux fait de carrément tout zapper, car cette esquisse est, au final assez superflue du fait de son manque d’intérêt.

Captifs prendra donc place parmi les bons huis-clos, où l’étroitesse des murs est au moins aussi oppressante que la perspective de finir… Ah bah non, je ne vais pas non plus vous dévoiler quoique ce soit. La confusion partagée entre les protagonistes et le spectateur est au cœur du mécanisme narratif de ce film. Et, encore une fois, il fonctionne vraiment bien.

captifsCaptifs n’a par contre rien de très original, surtout au niveau de son dénouement. Film de genre, mais qui ne renouvelle pas le genre. On pourrait s’attendre à un peu plus que ça de la part d’un film français, mais bon, on a aussi droit dans notre pays à produire des films qui se situent entre le brillamment génial et le incroyablement chiant.

Captifs bénéficie aussi de la présence de Zoé Felix à l’écran. Mais non, je ne parle pas de sa plastique des plus avenante, mais bien de son charisme et de son talent. Elle n’a rien des blonde à short ultra-court que l’on trouve souvent dans ce genre de production. A ce niveau-là, le film n’a pas voulu reprendre à son compte certains poncifs. Ces deux compagnons à l’écran font vraiment office de faire-valoir, aussi bien au niveau des personnages eux-mêmes que de la qualité de l’interprétation.

Captifs détonne donc dans le paysage du cinéma français, qui a bien du mal à accepter les films de genre comme de réels champs d’expression artistique tout ce qu’il y’a de plus respectable (pourtant même Kubrick s’y est essayé). Il ne restera pas comme un chef-d’œuvre du genre, mais tire le maximum des moyens mis en œuvre. Espérons juste qu’il créera des vocations.

Fiche technique :
Réalisation : Yann Gozlan
Scénario : Yann Gozlan et Guillaume Lemans
Directeur de production : Thomas Jaubert
Directeur de la photographie : Vincent Mathias
Chef décorateur : Philippe Van Herwijnen
Costumier : Mahemiti Deregnaucourt
Monteur : Grégoire Sivan
Directrice du casting : Marie de Laubier
Compositeur :Guillaume Feyler
Ingénieur du son : Frédéric Heinrich

Casting :
Zoé Félix : Carole
Eric Savin : Mathias
Arié Elmaleh : Samir
Ivan Franek : férailleur #1
Igor Skreblin : férailleur #2
Philippe Krhajac : le médecin
Margaux Guenier : Ana

LE PRINTEMPS EN AUTOMNE ?

toulousepsg

toulousepsgVoir le Paris Saint-Germain occuper la troisième place du classement fait évidemment plaisir au supporter que je suis. De plus, ceci intervient à la suite d’une belle victoire acquise à l’extérieur, à Toulouse plus précisément, où il n’est jamais facile de s’imposer. Cela intervient surtout à la suite d’un nouveau match sans aucun but encaissé, ce qui constitue une petite révolution par rapport aux dernières saisons, où la solidité défensive a souvent fait défaut à l’équipe de la capitale.

La victoire à Toulouse a surtout permis à Melvut Erding de retrouver le chemin des filets. Si tout le monde s’accordait sur le fait que Paris avait plutôt réussi son début de saison, des inquiétudes subsistaient par rapport au manque d’efficacité de son duo d’attaquants. Mais cette méforme des buteurs parisiens soulevait paradoxalement bien des espoirs. En effet, si l’équipe tournait déjà bien avec des avant-centres à la réussite en berne, voir ces derniers retrouver régulièrement le chemin des filets pourrait transformer le PSG en machine à gagner.

Le supporter parisien que je suis a donc retrouvé espoir et ambition pour son équipe. Mais je n’oublie pas qu’à la même époque, la situation était à peu près la même, avant que l’automne ne soit synonyme de plongée dans les profondeurs du classement. Mais le très bon recrutement de cette saison donne à penser que ce scénario ne se reproduira pas. Enfin, tous ceux qui suivent régulièrement le PSG savent qu’avec ce club il faut s’attendre à tout. Et surtout au pire…

POURQUOI IL FAUT SE BATTRE…ET QU’IL LE FAUDRA ENCORE DEMAIN : 1ère partie

equilibre

equilibrePour parler politique, parlons un peu de physique… Oui, je sais, à première vue, ces deux champs d’étude ont peu de rapport l’un avec l’autre, mais il est important pour la compréhension des éléments que je vais exposer d’effectuer un petit rappel sur la définition d’un équilibre stable et d’un équilibre instable.

Comme disait mon professeur de mathématiques de maths spé, un beau dessin vaut mieux qu’un long discours. Je vous propose donc de vous référer à la figure ci-dessus pour comprendre de quoi il s’agit. Dans le cas d’un équilibre stable, si vous éloignez la bille de sa position d’équilibre, elle va naturellement avoir tendance à y revenir et vous devrez déployer beaucoup d’énergie pour l’en éloigner. Dans le cas d’un équilibre instable, si vous éloignez la bille de sa position d’équilibre, elle va naturellement avoir tendance à s’en éloigner et vous devrez déployer beaucoup d’énergie pour l’y ramener.

Bon, après la physique, passons un peu aux maths. Mais non, ne prenez pas peur, vous verrez, tout va bien se passer. Parlons un peu d’un objet d’étude fort célèbre et absolument fascinant, malgré sa simplicité, le dilemme du prisonnier. Il se décrit en racontant la petite histoire suivante : Deux complices sont arrêtés après un braquage et sont interrogés séparément. A chacun d’eux, on leur explique que les choses peuvent se finir de trois façons différentes. Soit ils se taisent tous les deux, et ils iront chacun un an en prison. Soit ils avouent tous les deux et dénoncent chacun leur complice, ils iront chacun cinq ans en prison. Soit l’un des deux avoue et l’autre se tait. Dans ce dernier cas, celui qui a dénoncé son complice est remis en liberté, et l’autre part à l’ombre pour dix ans.

Le bon sens nous fait tout de suite penser que leur intérêt est évidemment de se taire et de faire chacun un an de prison, pour échapper à la menace des cinq ou dix ans d’emprisonnement. Si c’est votre cas, félicitations, vous êtes de gauche… Bon maintenant, faisons un petit effort et raisonnons comme un libéral persuadé que c’est la somme des choix égoïstes et individuels qui doit nous conduire au bonheur final. Si un des complices commencent à penser de cette façon, il va se dire : Bon soit mon camarade se tait et dans ce cas, j’ai tout intérêt à le dénoncer car comme ça, je serai libre. Soit mon camarade me dénonce et dans ce cas, j’ai tout intérêt à le dénoncer pour ne passer que cinq ans en prison et non dix. 

Et là, surprise, quelque soit le choix fait par son complice, un malfrat a tout intérêt à dénoncer ce dernier. Comme les paramètres sont les mêmes pour les deux prisonniers, ils vont tous les deux être poussés à dénoncer leur complice et ainsi, au final, à passer tous les deux cinq ans en prison, quand ils auraient pu n’en passer qu’un. C’est là toute la beauté du dilemme du prisonnier : en agissant uniquement en pensant à son propre intérêt, chaque voleur va au final aller contre son propre intérêt. Magnifique paradoxe qui valu à Steve Nash (le héros du film Un Homme d’Exception) un joli prix Nobel.

Quel est le rapport avec la notion d’équilibre que j’ai évoqué précédemment. Et bien, la situation où les deux malfrats se taisent est un équilibre instable. Dès que l’un des deux modifie son comportement, il va y gagner, il sera donc naturellement poussé à le faire, comme la bille du schéma à dévaler la pente. Au contraire, la situation où chacun se dénonce est un équilibre tout ce qu’il y’a de plus stable. En effet, en partant de cette situation, le premier qui modifierait son comportement (c’est à dire qui se tairait) se verrait condamné à une peine beaucoup plus longue. Il est donc naturellement poussé à ne pas le faire.

La théorie économique néoclassique ultralibérale, celle de l’école de Chicago, celle qui a considérablement influencé Reagan et Thatcher, celle qui trouve encore beaucoup d’écho auprès de la droite française, nous explique que laisser l’économie et la société être guidées uniquement par nos choix égoïstes individuels va nous conduire vers une situation stable (on vient de montrer que c’était effectivement probable), mais surtout optimale. Et ça, on vient de voir que rien ne permet de l’affirmer et qu’au contraire, beaucoup de choses tendent à l’infirmer. Le plus étonnant est que cette théorie a pris son essor dans les années 70 quand les travaux de Nash remontent aux années…40. On voit bien là qu’on est face à une pure idéologie qui ne fait que se travestir sous des habits de scientificité.

Que nous démontre tout ceci ? Tout d’abord que l’optimum économique et sociétal ne se trouve que dans l’action collective, concertée, organisée, négociée. En ne poursuivant que nos intérêts individuels immédiats, on obtient peut-être une stabilité et une certaine sécurité, mais certainement pas, au final, tout ce que l’on aurait pu obtenir. En croyant défendre ses propres intérêts, on ne fait que se tirer une balle dans le pied.

Mais ce qu’il y’a de plus important à retenir, c’est que l’optimum est un équilibre instable. Les forces qui nous en éloignent sont nombreuses, puissantes et s’exercent naturellement. Les contrer et pousser la société vers sont optimum demandent de l’énergie et un combat de tous les instants. L’équilibre entre notre volonté collective et notre égoïsme naturel (ou tout à fait calculé pour certains) déterminent où se situent notre société.

Les hommes ne sont pas moins égoïstes aujourd’hui qu’ils l’étaient hier. Mais depuis le 19ème siècle, l’essor des moyens d’expression collective (démocratie, syndicalisme, liberté associative et d’entreprendre, éducation du plus grand nombre…) a permis un progrès technique et social que le modèle aristocratique de confiscation du pouvoir par une partie réduite de la population n’a jamais permis en des siècles de fonctionnement.

Demain, nos sociétés pourront aller encore plus haut. Mais pour cela, il faudra se battre encore et toujours, car il faut déjà se battre pour ne pas dévaler la pente et rester au même endroit. Ce combat ne devra pas se faire chacun dans son coin à défendre ses intérêts individuels, mais collectivement à défendre l’intérêt général. Les forces qui nous tirent vers le bas seront toujours présentes. Le combat ne cessera donc jamais. Il a été mené hier, il sera à mener demain et surtout, il est à mener aujourd’hui !

P.S : Mon idée à la base était d’écrire un billet beaucoup plus long, illustrant tout ça par des éléments beaucoup plus concrets. Pour éviter l’overdose des quelques et rares courageux qui auront lu ceci jusqu’au bout, je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui, réservant tout ça pour une deuxième partie qui viendra d’ici quelques jours.

DEMAIN, J’ARRETE LE SPORT !

muscles

musclesAprès avoir révélé ma pouffitude, après avoir kiffé mon chapeau, je crois que j’ai franchis une nouvelle étape dans la superficialité… Voilà que je me mets au sport, et à la muscu en particulier. Non, mais franchement, qu’est ce qui m’arrive ????

Certes, j’avais déjà pratique pompes et abdos matin, et souvent soir, pendant une bonne partie de l’année 2009, avant de connaître un arrêt brutal et total pendant plus de six mois. Mais bon là, ça a pris une toute autre dimension. Parce qu’en plus des exercices du matin, que j’ai diversifié, c’est vélo (dont j’ai du enlever pas mal de poussière avant de remonter dessus) ou haltères quasiment chaque soir… Parce que pour ne rien arranger, mes amis qui partent vivre à l’autre bout de la planète me lèguent leurs instruments de torture, que je m’empresse d’utiliser. Tout cela n’est donc pas entièrement ma faute, mais il me faut assumer quand même ma part de responsabilité dans cette mauvaise pente que suis en train de suivre.

Mais y’a pire… Si c’était juste une question d’hygiène de vie, ça pourrait encore aller. Mais là, j’en suis réduit à surveiller les résultats, à me tâter les biceps pour voir s’ils poussent, à en venir à espérer enlever le gras pour qu’on voit enfin mes abdominaux… Bref, des idées malsaines…

Et voilà, que moi, je suis saisi d’une angoisse que je ne pensais bien ne jamais ressentir : ils sont où mes pectoraux ????? Bah oui, parce que même si les autres muscles n’ont pas forcément tous doublés de volume en quelques semaines, au moins, des fois, ils tirent quand je les fais travailler… Mais les pectoraux jamais… Comme si je ne pouvais développer ces muscles, faute d’en avoir aucun à la base… Après tout, peut-être que je souffre d’une malformation musculaire rare… Pourtant, d’après ce que j’ai pu lire, je fais bien les exercices qu’il faut… Sans doute une punition divine pour être en train de renié mes engagements à ne jamais toucher à cette saloperie qu’est le sport !

Voilà ce à quoi j’en suis réduit… Oui, je sais c’est moche… Qu’on me rende mon canapé, ma bière et ma pizza !!!!

THE TOWN : Y’a encore un peu de boulot, mon petit Ben !

thetownaffiche

thetownafficheBen Affleck est connu pour porter une moumoute et ne pas l’assumer. Il est aussi connu comme étant le meilleur ami de Matt Damon. On le connaît également pour ses rôles dans des films d’action à la qualité diverse et variée. Il y brille par un certain charisme que je n’irai pas jusqu’à qualifier de talent dramatique bouleversant d’intensité. Par contre, on ignore trop souvent qu’il est un réalisateur talentueux. Enfin, jusqu’à présent, il n’avait tourné qu’un seul film, Gone Baby Gone, vraiment réussi… La sortie de The Town va-t-il lui permettre de confirmer définitivement ce titre ? (suspense intense…)

Charlestown, quartier de la banlieue de Boston, a vu naître plus de braqueurs que n’importe quel autre endroit au monde. Et les meilleurs dans ce domaine, ce sont Doug et sa bande. Ils multiplient les braquages avec assez de minutie pour ne pas craindre de se faire prendre. Mais un jour, ils se voient obligés de prendre en otage la directrice de la banque. Ils sont masqués et la relâchent vite, mais ils craignent qu’elle puisse aider la police à les identifier… surtout qu’ils s’aperçoivent qu’elle habite le même quartier qu’eux. Doug se décide à la surveiller en liant connaissance avec elle… jusqu’à en tomber amoureux.

Autant mettre tout de suite fin au suspense. Si Gone Baby Gone était un film intéressant, élégant et vraiment réussi, The Town ne brille ni par son originalité, ni par un intérêt artistique démesuré. Non qu’il soit un mauvais film, mais tout simplement un film de gangster-braquage comme un autre. Ni l’histoire d’amour ambiguë, ni la volonté de dépeindre l’ambiance d’un quartier existant, qui auraient pu constituer des éléments quelque peu novateurs, n’arrivent à chasser l’impression de déjà-vu.

The Town est donc un film frustrant car Ben Affleck a voulu nous livrer une histoire qui le touche personnellement, lié à son propre passé. Mais au final, il ne nous offre qu’un film divertissant et sans relief particulier. Si ce film avait été réalisé par n’importe quel tâcheron sans âme, on aurait pu s’en contenter, mais ici, on ne peut s’empêcher de regretter le potentiel inexploité. Si on reconnaît un grand réalisateur à sa capacité à faire d’un film bien plus que la somme de toutes ses parties… et bien Ben Affleck a encore du boulot devant lui pour accéder à ce statut.

thetownUne des plus grandes erreurs commises par Mister Moumoute est sans doute de s’être lui même mis en scène dans The Town. Pour Gone Baby Gone, il avait choisi de mettre devant la caméra son petit frère, Casey Affleck, et la complicité fraternelle avait apporté à un vrai plus au film. Ici, Ben Affleck a quelque peu tendance à se mettre inutilement en avant et à flirter avec le cabotinage. On regrettera notamment cette scène qui n’a d’autre utilité que nous permettre d’admirer en long, en large et en travers la musculature que Monsieur s’est forgée pour l’occasion. Les dames seront peut-être ravies, les autres trouveront ça un peu ridicule, à défaut de se voir pousser des complexes.

The Town reste néanmoins agréable à suivre, avec sa dose d’action et de romance. Encore une fois, le scénario est totalement sous-exploité, mais il vaut bien mieux que la plupart des productions du genre. Un soir de pluie, si votre cerveau n’est plus capable d’analyser les faiblesses que connaît parfois ce film, ce dernier vous permettra de passer un bon moment cinématographique, sans envergure, certes, mais non dénué de plaisir.

Entre frustration et divertissement, The Town peut être regarder d’un œil sévère ou indulgent. A chacun de choisir.

Fiche technique :
Production : Warner Bros pictures, Legendary pictures, GK Films, Thunder Road pictures
Distribution : Warner Bros films
Réalisation : Ben Affleck
Scénario : Ben Affleck, Peter Craig, Aaron Stockard, d’après le roman de Chuck Hogan
Montage : Dylan Tichenor
Photo : Robert Elswit
Décors : Sharon Seymour
Musique : David Buckley, Harry Gregson-Williams
Directeur artistique : Peter Borck
Durée : 123 mn

Casting :
Ben Affleck : Doug MacRay
Rebecca Hall : Claire Keesey
Jon Hamm : Adam Frawley
Jeremy Renner : James Coughlin
Blake Lively : Krista Coughlin
Pete Postlethwaite : Fergus Colm
Chris Cooper : Stephen MacRay