POETRY : Comme un cerisier qui ne fleurirait pas

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poetryafficheIl y’a des films qui vous déçoivent profondément. Non que vous pensiez forcément qu’il s’agissait d’un chef d’œuvre avant de les voir, mais vous constatez que le film est raté, alors qu’il y’avait tout pour réussir. Quand on va voir le Choc des Titans, on sait que l’on va voir un gros navet et il serait très hypocrite de feindre la déception. Mais je suis allé voir Poetry, prix du scénario au dernier Festival de Cannes, dans un tout autre état d’esprit et j’en suis ressorti fort désappointé.

Mija est une femme de 66 ans. Elle gagne sa vie comme aide ménagère et élève seule son petit-fils. Pourtant, elle est toujours élégante, toujours souriante et commence des cours de poésie. Rien ne la prépare à affronter la nouvelle de l’implication de son petit-fils dans une histoire de viol collectif qui a poussé une jeune collégienne au suicide.

Je me répète peut-être un peu, mais je tiens une nouvelle fois à rappeler que le cinéma coréen est très différent du cinéma chinois ou japonais, en particulier en termes de rythme de narration. Il n’est pas parcouru par cette lenteur contemplative qui fascine et envoûte dans le cinéma asiatique Poetry n’échappe pas à la règle. Il est tout à fait semblable à ce niveau à n’importe quel film occidental…chiant.

Voilà, le mot est lâché et je l’assume. Je me suis fait chier devant Poetry. Jamais je n’ai vibré, l’émotion n’a jamais pointé derrière un intérêt poli. Ce n’est même pas vraiment beau, pas vraiment touchant. On n’a jamais vraiment envie de pleurer, jamais trop l’occasion de rire. Certaines scènes sont mêmes carrément inutiles, voire même redondantes. Bref, on n’a l’impression d’être devant un brouillon de scénario et j’ai du mal à comprendre comme il a pu être récompensé à Cannes. Bon, je dois être un des rares à être dans son cas vu l’unanimité que reçoit ce film aussi bien auprès des critiques que des spectateurs sur Allociné.

Mais pourquoi alors suis-je aussi fâché ? Parce que Poetry recèle tout de même tout qui fait du cinéma coréen peut-être le plus imaginatif au monde. Si j’ai parlé de brouillon de scénario, c’est qu’à la base, il est effectivement original et potentiellement génial. Ce film parle de choses graves, mais au lieu de tomber dans le sensationnel ou bien le larmoyant empathique, il choisit de le traiter comme des obstacles dans la quête de cette femme qui désire avant tout écrire un poème. Comme si la poésie était plus importante, plus forte que la mesquinerie et le cynisme dont font preuve nombre des protagonistes de cette histoire. Comme si elle pouvait être un rempart à toute l’horreur du monde. Bref, un renversement de ce qui constitue généralement l’essentiel et l’accessoire d’un scénario de ce type.

poetryPoetry nous offre également quelques moments comme le seul le cinéma coréen (ou quelques OVNI cinématographiques occidentaux comme Mammuth) peut l’oser, comme cette scène d’amour version 3ème âge débordante de sensualité. Au Pays du Matin Calme, on se soucie guère des frontières entre les genres, entre les styles, entre les tons ou les perspectives. D’habitude, ce mélange salutaire artistiquement donne des films aussi jubilatoires qu’étonnants. Ici, ce mélange ressemble à un soufflé prometteur mais qui ne gonflerait jamais.

Un mot tout de même sur la performance de Yoon Jung-Hee qui a charmé le monde entier. Si Poetry devait vraiment recevoir un prix à Cannes, il aurait pu sans problème lui être accordé. Mais son personnage, sur qui repose la totalité du film, souffre des mêmes défauts que l’ensemble de cette œuvre. Mais il serait terriblement injuste de rejeter la faute à quelque niveau que ce soit à cette formidable actrice.

Poetry est donc pour moi un film tout simplement raté. Et un film raté de 2h15, c’est long…

Fiche technique :
Production : Unikorea Culture & Art Invetment, Diaphana, NEW KTB Capital, Pine House
Réalisation : Lee Changdong
Scénario : Lee Changdong
Montage : Kim Hyun
Photo : Kim Hyunseok
Décors : Sihn Jeomhui
Distribution : Diaphana
Durée : 138 mn

Casting :
Yun Junghee : Mija
Lee David : Wook
Kim Hira : le président
Ahn Naesang : le père de Kibum

ADIEU CHAMPION !

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laurentfignonLaurent Fignon est mort et je ressens une grand tristesse. Je m’amuse sur Facebook a trouver une phrase comique à chaque mort célèbre, mais là, je n’avais pas vraiment envie de rire. Une tristesse peut-être un peu irrationnelle mais bien réelle.

Avec Laurent Fignon, c’est un peu de mon enfance qui disparaît. Le dernier contre-la-montre où il perdit le Tour de France pour 8 secondes en 1989 est un de mes plus vieux souvenirs « sportifs ». Ma première grande émotion, une sûrement de celles qui ont fait que j’aime tant suivre le sport de compétition. Alors, oui, quelque part, Laurent Fignon a changé ma vie et a contribué à faire de moi qui je suis aujourd’hui.

Si la mort de Laurent Fignon émeut tant le pays, c’est aussi par la manière dont il a affronté la mort et fait partager son combat contre la maladie avec le plus grand nombre. Lors du dernier Tour de France, sa voix si marquée et sa fatigue qui se faisait ressentir parfois à l’antenne nous faisaient partager sa souffrance. Pourtant, il aura toujours fait preuve de la plus grande pudeur, plaisantant et commentant la course comme si de rien était. Et on avait tous envie qu’il n’en soit rien…

Notre société occidentale a trop souvent tendance à nier, à cacher la mort, à la reléguer là où elle ne viendra pas nous rappeler que nous-mêmes ne sommes pas éternels. Alors, en nous faisant si pudiquement partager son combat lors d’un rendez-vous télévisuel aussi festif et populaire, il nous a rappelé qu’aucun de nous ne l’est et que la mort fait également intégralement partie de la vie. Pour ça aussi, merci Monsieur Fignon !

Adieu champion !

PARDON LES GARS !

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franceespagnebasketHier soir débutaient les championnats du monde de basket. Pour son premier match l’Equipe de France affrontait l’Espagne. Cette dernière, championne du monde en titre, fait partie des favoris, malgré l’absence de sa star, Paul Gasol, tandis que la France s’avance sans repère et privée de ses meilleurs joueurs. Bref, le résultat ne faisait pas un pli, je n’ai pas daigné regarder, voulant éviter ainsi d’assister à une inévitable branlée. Je ne me suis d’ailleurs même pas donné la peine de m’informer du score pendant la soirée.

Oh mea culpa ! La France a signé hier un grand exploit en venant à bout, contre toute attente,  du favori espagnol. Je ne suis pas non plus un fondu de basket mais j’apprécie de suivre les grandes compétitions internationales et les Bleus en particulier. Je m’en veux donc d’avoir raté, volontairement de plus, une des belles pages de leur histoire (même si sa beauté sera aussi proportionnelle à leur réussite dans la suite de la compétition).

Je m’en veux surtout d’avoir douté de cette Equipe de France, qui a visiblement choisi de s’inspirer de celles d’athlétisme et de natation. Je me suis donc efforcé de suivre avec attention leur victoire du jour contre le Liban. J’espère surtout qu’elle nous réservera encore d’aussi bons moments dans les jours qui viennent. Et cette fois, promis les gars, je serai là.

LES DERNIERS JOUR DU MONDE : Un OVNI sans fond

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lesderniersjoursdumondeafficheJe ne suis pas le dernier à faire des reproches au cinéma français, mais ces derniers concernent généralement bien plus la forme que le fond. En effet, depuis la mort de Max Pecas, il n’y a plus qu’Eric et Ramzy pour nous offrir des films qui en soient totalement dénué. Alors j’aurais pu, j’aurais du m’enthousiasmer pour les Derniers Jours du Monde, un film particulièrement original sur la forme, mais qui, au fond, n’a pas grand intérêt.

Sur fond d’apocalypse nucléaire et bactériologique tout proche, Robinson Laborde continue à penser à Laetitia pour lequel il a quitté sa femme. Mais alors que le danger approche et que la panique gagne le monde entier, il est obligé de fuir. Cependant, fuit-il vraiment ou bien continue-t-il de la chercher ?

Bon, soyons clairs, quand je parle de forme, je veux parler du support narratif à travers lequel s’expriment les relations entre les personnages et leurs réflexions… de fond forcément. Je trouve souvent que le cinéma hexagonal nous offre des films au propos intéressant, mais beaucoup trop déconnecté d’une intrigue solide pour que l’on s’y intéresse pleinement pendant une bonne heure et demi minimum.

Dans les Derniers Jours du Monde, c’est exactement l’inverse. Ce contexte apocalyptique, dans un monde totalement contemporain, est réellement surprenant et offre aux frères Larrieu une grande liberté scénaristique. Mais attention, ce film n’est pas une seule seconde un film fantastique, mais un vrai film où les personnages, leur psychologie et leurs états d’âme constituent tout l’intérêt du scénario. Ou plutôt, pour le coup, son manque d’intérêt car, je dois bien l’avouer, cette histoire de recherche de l’amour perdu ne m’a pas du tout intéressé. Du coup, je n’ai ressenti que très peu d’attachement aux personnage et suis resté totalement indifférent à leur sort.

Restent cependant quelques scènes assez étonnante comme cette soirée de fin du monde entre notables, sortie d’orgie décadente et apocalyptique. Les frères Larrieu sont connus pour parsemer leurs œuvres d’une dose non négligeable d’érotisme, quelque soit leur casting. A première vue, Mathieu Almaric, Sergi Lopez, Karin Viard et Catherine Frot ne constituent pas vraiment le quatuor auquel on penserait spontanément pour cela. Mais en matière de direction d’acteur à contre-emploi, ou du moins un emploi inattendu, les Derniers Jours du Monde recèle effectivement quelques bonnes surprises.

lesderniersjoursdumondeEn effet, au-delà de son originalité intrinsèque, les Derniers Jours du Monde brillent par sa distribution. Le quatre acteurs que je viens de citer sont tous étonnants dans des rôles que l’on aurait pas forcément imaginés taillés pour eux. Bon, ce n’est pas tout à fait vrai pour Mathieu Almaric que l’on sait à l’aise et génial, partout, tout le temps, même quand le film n’est pas très bon. Par contre, Cathrine Frot est absolument épatante et nous prouve bien qu’il n’est pas besoin d’avoir le physique de Megan Fox pour dégager charme et sensualité.

Les Derniers Jours du Monde reste un film unique et tout de même brillamment réalisé. Cependant, le manque d’intérêt suscité par une intrigue qui manque de corps et s’étire en longueur gâche cet OVNI cinématographique qui aurait pu facilement devenir un film culte.

Fiche technique :
Production : Soudaine compagnie, Arena films, Mallerich fims
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu
Scénario : Arnaud Larrieu, Jean-Marie Larrieu, d’après les romans de Dominique Noguez
Montage : Annette Dutertre
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Ana Alvargonzales, Riton Dupire-Clément
Musique : Léo Ferré, Bertrand Burgalat, Manuel De Falla, Daniel Darc
Costumes : Caroline Tavernier
Durée : 130 mn

Casting :
Mathieu Amalric : Robinson
Catherine Frot : Ombeline
Karin Viard : Chloé
Sergi Lopez : Théo
Clotilde Hesme : Iris
Omahyra Mota : Laetitia
Jacques Nolot : Dr Abeberry
Sabine Azéma : Marquise d Arcanges

C’EST LA RENTREE

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larentreLes vacances, c’est comme toutes les bonnes choses, ça a une fin. Après la pluie, le beau temps et après le farniente, la rentrée. La mienne est pour lundi matin 8h…enfin 9h… enfin quand je serai réveillé, douché et arrivé au bureau. Reste à espérer que le courrier qui m’attend contient plus de bonnes que de mauvaises nouvelles, histoire de se remettre dans le bain avec le moral.

Cet été 2010 aura été vraiment sous le signe des vacances puisque en plus de mes 4 semaines en août, j’ai pu prendre également une semaine et quelques jours épars en juillet. Que voulez-vous, je travaille trop le reste de l’année. C’est vrai que j’ai un peu tendance à beaucoup regrouper mes congés. Honnêtement, c’est avant tout un choix pour convenance personnelle, mais ça m’arrange professionnellement. Bossant seul, ma structure n’a plus aucune activité lorsque je ne suis pas là. Et c’est encore pendant les deux mois d’été que c’est le moins gênant. 

Ces vacances furent riches et je n’ai pas le moins du monde l’impression de ne pas avoir pleinement profitées. Bien sûr, ma semaine en République Dominicaine a largement contribué à rendre ce mois d’août inoubliable. Un très beau voyage dans un pays magnifique. Ca m’a surtout redonné le goût du voyage et je pense que j’aurais bien du mal à passer un été sans partir. J’avais un peu peur de partir seul, mais finalement ça ne gâche guère le plaisir et c’est toujours mieux que de ne pas partir du tout.

Par contre, comme à mon habitude, je termine mes vacances en ayant l’impression de ne pas avoir fait la moitié de ce que je comptais faire. Bon pas la moitié, j’exagère peut-être un tantinet. Mais à ma grande déception, je n’aurais pas écrit une ligne en dehors des billet sur ce blog. Ce n’est donc pas demain que je terminerai un roman. Le temps, le temps, le temps… Voilà quelque chose qui me manquera je pense jusqu’à la fin de mes jours. Mais c’est surtout la preuve que je ne m’ennuie pas. Et puis, le temps qui me manque, c’est surtout du temps que j’ai consacré à autre chose qui m’a fait plaisir et qui m’a tenu à cœur (bon sauf le repassage peut-être…).

Bon que souhaiter pour cette rentrée ? Plein de choses comme gagner au loto, la démission de Sarkozy, le PSG en tête du championnat… Bref pas mal de chose qui ont objectivement assez peu de chance de survenir. Mais un développement un peu plus rapide de mon activité professionnelle, du sexe, de l’alcool et du rock’n roll, ça serait parfait. Du temps pour écrire, des bons films, un bel été indien et des victoires du PSG et là, ça serait le bonheur !

Et puis, faut que je me bouge pour préparer ma candidature pour 2012 et la conquête de Viroflay en 2014. Et là, y’a du boulot…

LE BRUIT DES GLACONS : Dialogue avec mon cancer

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lebruitdesglaconsafficheBertrand Blier est un des rares cinéastes français qui peut se vanter d’avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger. C’était certes il y’a plus de 30 ans avec Sortez vos Mouchoirs, mais bien des petits jeunes aimeraient en faire autant. Mais voilà, n’est pas Bertrand Blier qui veut, un réalisateur qui s’est toujours affranchi des interdits moraux et chez qui le politiquement correct n’est jamais de rigueur. Les Valseuses ou Buffet Froid ont fait scandale en leurs temps. Ses films ont parfois un peu vieilli mais il leur reste ce charme provocateur, cet humour noir et grinçant qui n’appartiennent qu’à lui. Le Bruit des Glaçons, son nouveau film, nous fait partager son regard unique sur deux sujets qui ne prêtent guère à rire : la maladie et la mort.

Charles Faulque vit reclus dans son mas provençal, avec sa bonne et une jeune russe qu’il entretient. Il n’écrit plus, il boit, du blanc de préférence, en grande quantité, toute la journée. Mais son quotidien est perturbé par l’arrivée d’un personnage dont il se serait bien passé de la visite : son cancer.

On pourrait débattre à l’infini sur un point : Le Bruit des Glaçons est-il une comédie ? Ou bien une fable dramatique ? Un peu de deux en fait. Evidemment, le choix d’Albert Dupontel et Jean Dujardin n’est pas anodin. Les deux acteurs sont utilisés ici à contre-emploi, mais pas tant que ça. Leur talent comique, leur faculté à manier l’ironie et le second degré étaient indispensables pour que le Bruit des Glaçons soit une réussite. Et il en est une.

Le Bruit des Glaçons nous parle d’un sujet dont on n’a pas forcément envie d’entendre parler, mais qui fait forcément partie de notre existence à un moment ou à un autre, directement ou indirectement. La mort et la maladie ne sont pas très glamour et nos société occidentales ont souvent tendance à nier leur existence. Ou bien, quand on évoque le sujet à travers une fiction, cela tombe dans le larmoyant, les bons sentiments, souvent de manière absolument insupportable et ridicule.

Le Bruit des Glaçons le fait d’une manière bien différente, la manière que l’on pouvait attendre de Bertrand Blier. Pourtant il n’esquive aucun des sujets que l’on associe à l’approche de la mort : le retour sur sa vie, les regrets concernant les erreurs que l’on a commises, l’envie de les réparer et de retisser des liens que l’on a bêtement brisé, le regard des autres qui acceptent difficilement votre disparition prochaine… Encore une fois, vous ne rirez pas de tout cela dans ce film, mais vous ne vous apitoierez pas non plus. C’est là toute la force et l’intérêt de ce film et on peut réellement saluer Bertrand Blier pour la justesse du ton qu’il a su trouver.

lebruitdesglaconsLe Bruit des Glaçons est un film très court, un peu moins d’une heure et demie. Cependant, il faut bien admettre que c’est déjà un tout petit peu long par rapport au contenu. Une heure aurait sans doute suffi mais ce n’est pas un format qui permet une exploitation en salle. Cependant, même quand le film se met à tourner en rond, on reste attentif car on se demande bien quelle sera la conclusion de tout ça. Et heureusement, la fin est vraiment réussie, mais évidemment je n’en dévoilerai rien.

Un mot enfin sur le duo d’acteurs. Parfaitement dirigés, Jean Dujardin et Albert Dupontel sont vraiment très bons. Mais il y’a longtemps que l’on savait déjà que leur talent d’acteur dépasse largement le seul registre du comique pur. Cependant, la plus belle interprétation est à mettre à l’actif de Anne Alvaro, qui signe là un de ses plus beaux rôles.

Le Bruit des Glaçons nous montre que la carrière de Bertrand Blier n’est pas encore finie. Il est difficile à dire si ce film lui a été inspiré par sa propre mort qui approche. Mais bon, il n’a jamais que 71 ans, alors espérons qu’il ait encore des nombreuses années et beaucoup de films devant lui.

Fiche technique :
Production : Wild Bunch, France 2 Cinéma, Hérodiade, Plateau A
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Bertrand Blier
Scénario : Bertrand Blier
Montage : Marion Monestier
Photo : François Catonné
Format : 35mm
Décors : Patrick Dutertre
Son : Pierre Gamet, Hélène Le Morvan, Emmanuel Crozet
Musique : Collectif
Durée : 87 mn

Casting :
Jean Dujardin : Charles Faulque
Albert Dupontel : le cancer de Charles
Anne Alvaro : Louisa
Myriam Boyer : le cancer de Louisa
Audrey Dana : Carole Faulque
Emile Berling : Stanislas Faulque
Christa Théret : Evguenia

CHAPEAU LES BOURGUIGNONS !

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auxerrec1Un court billet pour saluer la performance d’Auxerre qui a réussi à passer le tour préliminaire de la Ligue des Champions, en venant à bout du Zenith St Petersbourg 2-0, au bout d’un match superbe, remontant ainsi le retard d’un but concédé au match aller. C’est amplement mérité à la vue du courage, de l’abnégation, mais aussi du talent collectif et individuel de cette équipe. Cette qualification prouve bien que la troisième place acquise à l’issue de la saison dernière n’avait absolument rien d’usurpé.

Mais cette qualification prouve également deux choses. D’abord que Jean Fernandez est un très grand entraîneur. Pas le plus médiatique certes, mais son statut de « doyen » (en nombre de matchs dirigés depuis le banc) de la Ligue 1 montre bien qu’il est une valeur sûr du football français et bien plus encore. Ensuite, qu’un bon entraîneur qui a la chance de travailler dans la durée finit toujours par obtenir des résultats. Auxerre et Lorient sont sans doute les deux équipes de notre championnat dont les résultats sont bien au-delà de ce que pourrait faire espérer leurs moyens financiers. Mais ce sont surtout deux clubs qui ont le même entraîneur depuis longtemps. CQFD !

CRIME D’AMOUR : Le crime est quand même loin d’être parfait

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crimedamourafficheDans les années 70, Alain Corneau était le spécialiste des films noirs à la française, signant notamment Série Noir, Police Python 357 ou encore le Choix des Armes. Ensuite, il a donné dans des genres divers et variés, du drame historique multicésarisé (Tous les Matins du Monde) à la comédie familiale gentillette (Le Prince du Pacifique). Avec Crime d’Amour, il revient à ses premiers amours. Et le film noir, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Enfin presque…

Isabelle travaille sous les ordres de Christine au sein de l’antenne parisienne d’une grande multinationale. Mais la jeune fille commence à comprendre que sa supérieure, qu’elle admire tant, se sert surtout d’elle et de ses idées, qu’elle s’approprie sans vergogne, pour ses propres fins. Entre les deux femmes, une guerre psychologique sans merci va commencer. A ce jeu-là, Christine semble imbattable.

Crime d’Amour est un thriller sans grande originalité, avouons-le, mais réalisé avec un certain brio. En fait, tout se joue au niveau du scénario. L’intérêt que l’on peu lui porter dépend de la faculté que l’on possède à faire abstraction du manque de crédibilité dont il fait preuve parfois. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à croire aux réactions des personnages et à la manière violente dont leur relation évolue. Ca ne m’a pas empêché d’apprécier le film, mais ça laisse un petit goût d’inachevé.

Au-delà de ça, le scénario est plutôt bien construit, réservant surprises, rebondissements et surtout suspense. A partir d’un moment, on comprend à peu près comment cela va se finir, mais on reste intrigué dans l’attente de découvrir le pourquoi du comment. L’intérêt du spectateur est maintenu donc de bout en bout. Cependant, tout ça est un peu froid et ne recèle qu’assez peu d’inattendu et de jamais vu.

La caméra d’Alain Corneau reste une des plus élégante du cinéma français. L’image, les décors, la photographie sont sans fioriture, mais totalement au service des acteurs. Ou plutôt ici de sont duo d’actrices, Ludivine Sagnier et Kristin Scott-Thomas. Si la première s’en sort plutôt bien, la seconde est éblouissante. Ce n’est pas vraiment une surprise quand on connaît son talent. Du coup, sa jeune partenaire a bien du mal à se mettre à son niveau, ce qui n’est pas vraiment un reproche vu les sommets à atteindre, mais cela nuit quand même à l’équilibre général du film qui repose quand même largement sur le duel entre les deux femmes.

crimedamourAlain Corneau signe donc là un bon moment de cinéma « populaire » à la française. Mais comme dans plusieurs de ses œuvre les plus récentes, il se contente de mettre en scène de vieilles recettes de manière un peu paresseuse. Certes le cuisinier a assez de talent pour que le plat se laisse manger avec plaisir, mais on attendait mieux d’un réalisateur qui fut pendant plus de 20 ans un des cinéastes les plus brillants et intéressants du cinéma hexagonal. Il s’agit peut-être là d’un reproche sévère, mais on aurait aimé le voir sublimer le talent de Kristin Scott-Thomas comme il avait su sublimer celui de Patrick Dewaere dans les années 70.

Crime d’Amour peut donc largement attendre un passage télé, qui pourra faire passer une bonne soirée aux amateurs de thriller et autres films noirs.

Fiche technique :
Production : SBS films, Divali films, France 2 cinéma
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Alain Corneau
Scénario : Alain corneau, Natalie Carter
Montage : Thierry Derocles
Photo : Yves Angelo
Décors : Katia Wisztop
Durée : 104 mn

Casting :
Kristin Scott-Thomas : Christine
Ludivine Sagnier : Isabelle
Patrick Mille : Philippe
Guillaume Marquet : Daniel
Olivier Rabourdin : le juge
Gérald Laroche : Gérard 

LE CHOIX QUE JE N’AI JAMAIS EU

delinquance

delinquanceLa dérive sécuritaire, teintée de xénophobie, du gouvernement fait couler beaucoup d’encre. Ce qui était sous-jacent depuis plusieurs années se déchaîne avec une telle violence que la majorité semble prête à exploser. C’est surtout la poursuite d’une politique uniquement axée sur la répression, ce qui, partout dans le monde, a prouvé son inefficacité. Mais ce n’est pas grave, on en change pas une politique qui perd, surtout si ça permet de récupérer les électeurs du Front National.

La stigmatisation systématique de franges défavorisées de la population est un exercice auquel la droite s’attelle depuis des décennies. Si les indigents du XIXème siècle ont laissé place aux immigrés, ou Français d’origine étrangère, la logique reste la même. C’est vrai que quand on voit les BMW des caïds des banlieues ou les caravanes luxueuses des Roms, je me demande bien pourquoi j’ai choisi le droit chemin et les études et non la délinquance et le trafic de drogue. Bah oui, au fait, pourquoi ?

Si j’ai réussi à ne pas devenir un délinquant comme toutes ces « racailles », c’est peut-être tout simplement que c’est un choix que je n’ai jamais eu à faire. Ai-je donc vraiment le moindre mérite à être resté sur le droit chemin quand rien, jamais ne m’a incité à en sortir ? Honnête ou malhonnête, voilà bien une question que je n’ai jamais eu à me poser. Quel aurait été mon choix face à cette alternative ? Je l’ignore et je suis très heureux de pas le savoir.

La nature humaine étant ainsi faite, face à un tel choix, il y’en aura toujours pour choisir le mauvais côté. Et vous pourrez réprimer, incarcérer, expulser, karcheriser tant que vous voudrez, vous n’y changerez rien. Lutter réellement contre la délinquance consiste donc à lutter contre les éléments qui mettent des êtres humains face à un tel choix : la misère, l’abandon, l’exclusion.

Porter un jugement moral sur les couches défavorisées dont sont issus nombre de délinquants est dont tout simplement abject. Surtout que certains comportements dans les hautes sphères financières, patronales et politiques montrent bien que l’argent et l’éducation ne rendent pas les humains meilleurs et que son origine sociale ne présage en rien de ses qualités morales.

Evidemment, tout acte de violence et de délinquance est condamnable et doit être condamné. Mais aux dernières nouvelles, nous avons des codes civil et pénal qui permettent largement de le faire. La frénésie législative sarkozienne en matière de sécurité est donc aussi ridicule qu’inefficace et n’a évidemment réglé aucun problème. C’est d’autant plus absurde quand dans le même temps on fait des coupes sombres dans le budget et les effectifs de la police et qu’on ferme des tribunaux. En effet, s’il est largement démontré que si la dureté des peines n’a que peu d’effet sur le taux de récidive, la rapidité des sanctions joue un rôle positif. Et pour que la justice soit rapide, il faut des moyens.

Sur le long terme, la politique socio-économique sarkozienne a évidemment des conséquences encore plus désastreuses. Où est le plan Marshall pour les banlieues qui était promis ? En creusant les inégalités par le bouclier fiscal, le gouvernement n’a fait que renforcer le sentiment d’exclusion ressentie par une partie de la population et a donc largement entretenu le cercle de la délinquance et de la violence.

Mais le pire dans tout ça, c’est que Nicolas Sarkozy en personne est un symbole de ce qui aboutit aujourd’hui à une tension et une violence permanente dans certaines franges urbaines. En tant que Maire de Neuilly, il a combattu le développement d’une vraie mixité sociale sur son territoire avec un cynisme sans borne. Mais comment casser la logique de ghettos, dont les grandes villes françaises ont tant de mal à se sortir, quand les plus aisés s’isolent dans ce qui ressemble à des forteresses pour riches ? Tout cela ne fait que renforcer encore une fois le cercle vicieux de l’exclusion qui entraîne la violence qui entraîne l’exclusion. Et quand il prétend que les habitants de Neuilly y habitent parce qu’ils le méritent, on voit bien à quel point les fondements de son idéologie sont abjects et nauséabonds, sans même parler de leur caractère contre-productifs. Les seuls qui ont du mérite, ce sont ceux qui on fait face au choix que j’évoquais plus haut et qui ont choisit de se battre par les études ou le travail acharné. Ce ne sont pas ceux qui naissent avec une cuillère d’argent dans la bouche et qui sont voués dès leur plus jeunes âges aux grandes écoles.

Nicolas Sarkozy pompier pyromane de la délinquance. Mais en attendant, ce n’est pas lui qui la subit au quotidien. Lutter contre la délinquance est définitivement un travail de longue haleine, qui passe avant tout par des politiques sociale, éducative et urbanistique efficaces et coordonnés. C’est un travail souvent décourageant et dont les résultats peuvent parfois paraître contradictoires, s’il n’est pas généralisé. Car, par exemple, déconstruire un ghetto, peut revenir à renforcer le sentiment d’exclusion de ceux qui restent en l’état. Et évidemment, déconstruire un ghetto ne doit pas être synonyme de concentrer encore plus certaines populations dans le ghetto d’à côté.

Le gouvernement actuel n’a jamais lié ses politiques sécuritaire et sociale. Mais comment le pourrait-il quand cette dernière est inexistante ? Du coup, il se condamne à mener une guerre vaine qui n’aboutira qu’à attiser la haine entre les Français. Et condamne surtout toutes les futures victimes d’une violence qu’ils n’auront pas su (voulu) endiguer.

CLEVELAND CONTRE WALL STREET : Tout simplement passionnant

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clevelandcontrewallstreetafficheL’avocat Josh Cohen, de nombreuses associations et la ville de Cleveland ont tenté de poursuivre les 21 principales banques d’affaires de Wall Street pour les dégâts causés par la crise des subprimes et les multiples expulsions qui en ont découlées. Mais à force de recours et autres procédures menés par les avocats de la défense, le procès est bien partie pour n’avoir jamais lieu. Toute cette affaire était suivie par le documentaliste suisse Jean-Stéphane Bron. L’idée lui alors venu de faire tenir quand même ce procès.

Cleveland contre Wall Street est donc le récit de ce procès, fictif certes, mais réalisé dans des conditions bien réelles, avec un vrai jury, un vrai juge, de vrais témoins, de vrais avocats et un vrai verdict. Il s’agit donc d’un documentaire dans le sens où tout le monde joue son propre rôle et où rien n’a été écrit à l’avance. Il y’a évidemment une part de mise en scène, mais nous ne sommes pas là devant une fiction.

On aurait pu craindre qu’il s’agisse là d’une parodie de procès, d’un procès à charge transformant Cleveland contre Wall Street en pamphlet à la Michael Moore. Mais ce film n’a rien à voir avec son Capitalism : a Love Story car il y’a bien deux avocats. Un représentant les habitants de Cleveland, mais aussi un, et un très bon, pour défendre Wall Street. Il s’agit donc bien là de la confrontation de deux points de vue, une confrontation qui pourra ébranler les plus convaincus.

On ne doute pas une seule seconde vers qui penche le cœur de Jean-Stéphane Bron, mais sa caméra n’interfère jamais dans le débat. On peut soupçonner que cela le démange parfois, mais il saura rester neutre et laisser son expérience se dérouler jusqu’à son terme. On assiste à un affrontement des plus sévères entre deux camps, à coups d’arguments massues et de questions pièges, dignes des meilleur film de procès écrits à l’avance. Beaucoup de témoins sont évidemment des habitants des quartiers pauvres de Cleveland, mais aussi un ancien conseiller à la Maison Blanche et l’informaticien qui a mis au point le logiciel utilisé par les banques pour permettre la titrisation des dettes contractées. Bref, il ne s’agit définitivement pas d’un procès de pacotille.

Ne vous affolez pas, même quand le débat devient un peu plus technique, tout reste clair. N’oubliez pas qu’il s’agit pour les deux avocats de convaincre un jury populaire, donc pas question de les noyer dans un jargon obscur. Il y’a un vrai intérêt pédagogique dans leurs argumentations et donc dans Cleveland contre Wall Street. Ce n’est pas un documentaire sur la crise en elle-même, mais on comprend beaucoup mieux à la vue de ce film comment elle a pu naître.

clevelandcontrewallstreetMais ce qu’il y’a de plus fascinant dans Cleveland contre Wall Street., c’est le débat de fond. Le défenseur de Cleveland en appelle surtout à l’émotion, celui de Wall Street à la raison. En fait, ce film pose de vraies questions philosophiques : quand quelqu’un abuse, de manière légale, de la naïveté d’un tiers, quelle est exactement la responsabilité des deux protagonistes ? En fait, est-on coupable ou victime de sa propre naïveté ? Doit-on défendre les gens contre leurs propres erreurs quand il s’agit d’actes volontaires et réfléchis ? Jusqu’où porte l’excuse de l’ignorance ? Cependant, toutes ces questions ne sont pas traitées ici par un philosophe à la coiffure improbable, mais par un cas concret qui a touché la planète entière et parfois nous-mêmes, directement ou indirectement. Quant aux réponsex, je vous laisse les découvrir en regardant ce film passionnant. En effet, il y’a un vrai suspense quant à l’évolution des débats et quant au verdict final. De toute façon, ce ne sont pas des questions auxquelles on peut répondre de manière absolue et définitive, malgré la tentation de certains de le faire.

Cleveland contre Wall Street est donc un film surprenant, mais surtout passionnant par la forme et le fond. Une vision sur petit écran vous permettra bien sûr d’en apprécier également toutes les qualités, mais ne tardez pas non plus trop, tant le sujet reste encore d’actualité.

Fiche technique :
Production : Les Films Pelléas, Saga production
Réalisation : Jean-Stéphane Bron
Scénario :
Montage : Simon Jacquet
Photo : Julien Hirsch
Distribution : Les films du Losange
Son : Jean-Paul Mugel, Benoît Hillebrant, Stéphane Thiébaut
Durée : 98 mn