
La question de la participation éventuelle à des primaires du Président sortant s’étant réglée toute seule, il reste celle de leur périmètre exact. Pendant longtemps, le PS a espéré organiser des primaires « de Macron à Mélenchon ». Je ne sais pas si quelqu’un a un jour vraiment cru à cette éventualité. Mais afficher cette volonté ne coûtait pas grand chose. La participation de deux leaders politiques ayant bâti leur mouvement en siphonnant un côté et l’autre du PS aurait pu paraître incongrue. Pourtant, je reste persuadé que l’un ou l’autre aurait peut-être été finalement élu Président s’il l’avait fait…
Mais qu’est ce que je raconte ? Emmanuel Macron a été élu Président de la République ! Certes… l’histoire oublie cependant souvent que sans le bénéfice qu’il a tiré de l’affaire Fillon, il n’aurait certainement pas remporté l’élection, faute d’une base fidèle et militante suffisante. Je maintiens donc mon propos… Sur lequel je reviendrai dans le prochain et ultime épisode de ce récit. En attendant, les primaires ont lieu sans lui et sans le leader de la France Insoumise. Parmi les candidats sur la ligne de départ, trois favoris : Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.
Personnellement, je suis plongé dans un profond désarroi. Aucun des trois ne me donne envie de le suivre pour différentes raisons, avant même d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Mon déménagement m’ayant conduit à me retrouver en retrait de toute activité militante, je vis tout ça uniquement à travers les médias. Je n’assiste donc pas aux débats en Section et aux déchirements qu’ils engendrent. J’ai eu mon lot pendant cinq ans. Je ne me suis jamais engagé en politique pour assister à des pugilats un peu vains entre camarades, encore moins en tant que pur spectateur.
C’est donc avec un esprit totalement ouvert que j’assiste aux débats entre les candidats pour savoir qui aura ma voix au premier tour. J’avoue que j’espère alors me laisser convaincre par Sylvia Pinel. Non pas parce qu’elle était la seule femme sur la ligne de départ, mais parce que depuis le début je cache un terrible secret. En effet, il est temps de vous faire une révélation… En vrai, au fond, je ne suis pas socialiste. Si je regarde l’histoire des idées et des positions défendues, je suis clairement un raidical de gauche. Mais voilà, un parti dirigé par les héritiers d’un système quasi mafieux, très peu pour moi ! Malheureusement, ce soir-là, elle livre une prestation bien décevante. Non que les idées qu’elle défend me déplaise, mais sa diction hésitante et son manque absolu de charisme ne me permettent pas de voir en elle un candidat potentiel à une élection présidentielle.
Mon choix se porte donc sur un autre outsider, François De Rugy. Si je n’ai jamais eu beaucoup d’amour pour les écologistes politiques, il est pour moi tout simplement celui qui présente le meilleur programme. Il convaincra peu de monde, aussi parce que quasiment personne n’écoute jamais vraiment ce que les candidats ont à dire, à part quelques slogans. Je ne regrette pas mon choix, même si la suite de l’histoire fera que je n’ai plus grand chose en commun avec lui aujourd’hui. Mais cette histoire n’est alors pas encore écrite.
Si je n’ai pas participé aux débats en Section, j’ai tout de même fait savoir à mon Secrétaire que je suis disponible pour tenir un bureau de vote. Cette journée passée à faire voter le peuple de gauche reste tout de même un bon souvenir. Déjà parce que la participation est meilleure que ce que l’on pouvait craindre. Certes, rien à voir avec celles organisées cinq ans plus tôt, mais on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.
L’identité des deux finalistes ne constitue pas vraiment une surprise, même si les troupes d’Arnaud Montebourg sont très amèrement déçues. Par contre, l’avance nette de Benoît Hamon n’était pas vraiment attendue. Manuel Valls sait qu’il n’a pas forcément un grand réservoir de voix et que peu d’électeurs d’Arnaud Montebourg voteront pour lui. Etre devancé de cinq points ressemble déjà à une défaite. Il reste cependant un débat en face à face entre les deux finalistes pour renverser la tendance.
Cependant, le débat ressemblera à un enterrement pour Manuel Valls. Benoît Hamon se présente avec une idée qu’il martèle, le revenu universel. Qu’on soit d’accord ou pas, convaincu ou non, force est de constater que c’est simple et percutant. Une vraie idée pour rendre une campagne accessible et compréhensible par tous. En face, c’est le néant. L’ancien Premier Ministre ne peut masquer qu’il n’a jamais été un homme qui produit des idées ou des axes programmatiques. On peut lui reconnaître des qualités, mais pas celle-là. Or, cela constitue un handicap rédhibitoire quand on aspire à une telle fonction. Benoît Hamon sort du débat en grand vainqueur.
Cela se confirme dans les urnes le dimanche suivant. Benoît Hamon est désigné candidat du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle. Pas avec ma voix, vous vous en doutez pas. Mais son adversaire du soir n’en a pas bénéficié non plus. Impossible pour moi de choisir entre ces deux hommes dont trop de choses me séparent politiquement. Cette journée aura été une des plus difficiles de mon parcours militant. Car dès le soir même, je sais déjà, au fond de moi, que, moi, qui ai toujours été un bon petit soldat du parti s’apprête à le trahir dans les urnes dans quelques semaines.
Nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle appart… en gros nouvelle vie. Et par la même occasion nouvelle Section. Si mon PS viroflaysien a toujours été paisible et convivial, je quitte une fédération des Yvelines en feu, marquée par une violence des rapports entre les forces militantes que je ne regrette pas le moins du monde. On peut même dire que je suis heureux de la quitter en espérant ne plus jamais avoir à militer dans une telle ambiance délétère.
En août 2016, ma période d’essai vient de se terminer. Je suis donc en mesure de mettre en oeuvre la dernière étape de mes envies de changement. Je me mets donc en recherche d’un appartement sur Paris… que je trouve à ma première visite. Je suis plutôt chanceux pour le coup. Mais une fois le préavis donné et le bail signé, une course contre la montre commence. Beaucoup de démarches, beaucoup de cartons et un coup de fil à passer.
Après les élections régionales et la déchéance de nationalité, le moral des militants socialistes ne se situent pas au beau fixe en ce début d’année 2016. L’échéance électorale de l’élection présidentielle se rapproche à grande vitesse et rien ne vient laisser penser que le quinquennat pourra être sauvé. Le dernier clou sera mis par la Loi Travail. J’ai beau être me situer sur l’aile droite (même si je récuse ce titre) du PS au niveau économique, il faut avouer que défendre cette initiative pouvait difficilement être défendu avec cœur et enthousiasme par un militant socialiste.
Certains événements ont tellement marqué la conscience collective, que tout le monde, ou presque, est capable de vous raconter où il était, ce qu’il faisait et avec qui ce jour là. Ils peuvent être des événements joyeux comme la victoire de la France en 1998 ou bien des drames terribles. Pour ces derniers, les attentats terroristes occupent une place à part. 11 septembre, Charlie Hebdo et le 13 novembre 2015… autant de moments dont tout le monde se souvient. Pour cette dernière date, je me souviens parfaitement avoir appris qu’il se passait quelque chose à une terrasse. Heureusement pour moi, je me trouvais à Montparnasse. Pas là où le sinistre commando œuvrait.
Je vous ai parlé à de nombreuses reprises dans cette chronique de cet objet étrange qu’est une fédération au Parti Socialiste. Un truc qui prend beaucoup d’énergie et de temps aux militants les plus investis, sans servir à grand chose au fond. Constituer la liste des candidats pour les élections régionales constitue un des rares moment où elles jouent un vrai rôle. Et c’est bien pour ça que la majorité fédérale sortante avait tout fait pour renforcer son emprise sur les instances, en se comportant de la pire des façons et profitant d’une certaine naïveté de la part de notre collectif hollandais.
Trouver un titre pour une œuvre représente toujours un exercice difficile, qui peut avoir un impact non négligeable sur son succès. Et puis, il y a les biopics. Là, on n’a pas forcément beaucoup de questions à se poser. Certes, on peut opter pour un surnom, comme pour la Môme, mais le plus simple reste de donner au film le nom de celle ou celui dont on raconte la vie comme titre. Ainsi, sans aucune surprise ou originalité, Michel-Ange nous raconte tout simplement la vie de Michel-Ange. Et je parle bien de l’artiste de la Renaissance, pas de la Tortue Ninja (au cas où quelque aurait un doute).
Sur la forme, Michel-Ange s’efforce de montrer l’époque de manière très crue. Si vous associez la Renaissance à une forme de splendeur, ce film vous rappellera la violence de cette époque… et accessoirement son manque d’hygiène parfois. Mais la réalisation d’Andreï Kontchalovski parvient à nous montrer les choses telles qu’elles sont sans sombre dans le voyeurisme. De manière générale, elle se montre brillante sans être spectaculaire. Elle est surtout avant tout au service de la performance flamboyante d’Alberto Testone. Il porte le film sur ses épaules et donne vie à son personnage avec une force qui force le respect. Ce film aura été le dernier que j’aurais vu sur grand écran avant bien longtemps. J’espère en retrouver d’aussi bons quand les cinémas rouvriront.
Le cinéma français voit régulièrement sa mort annoncée. Avant tout par des esprits chagrins et nostalgiques. Mais chacun vieillissant un peu plus chaque jour, on est souvent tenté par le fameux « c’était mieux avant ». Heureusement, il reste quelques artistes comme Albert Dupontel qui éloigne, pour quelques années encore, un avis de décès définitif. Adieu les Cons ajoute une nouvelle ligne savoureuse à une filmographie qui commence à devenir extraordinaire. Et si le confinement va nous priver pendant de longues semaine de septième art, au moins pourra-t-on, pour ceux qui l’auront vu, partir avec un excellent souvenir en tête.
Quand on peut « se payer » Terry Giliam pour un caméo de quelques secondes, c’est qu’on est un grand cinéaste. Le casting de Adieu les Cons montre bien qu’Albert Dupontel ne rencontre pas trop de difficultés pour disposer d’un casting prestigieux, jusqu’aux seconds et même troisièmes rôles. Il peut déjà facilement ce choisir lui-même, ce qui est une bonne idée puisqu’il s’avère aussi brillant comédien que cinéaste. Le choix de Virginie Efira s’avère également particulièrement judicieux. Elle est d’une grande justesse et d’une grande sincérité. D’autres actrices, au talent plus spectaculaire, en aurait peut-être trop fait. Elle apporte la petite dose d’émotion qui fait de Adieu les Con définitivement un merveilleux film qui nous rappelle pourquoi les salles obscures vont nous manquer tant.
Le question de l’identité sexuelle donne lieu à des débats souvent passionnés, où certains ne pardonneront pas le moindre point de vue contraire au leur, J.K. Rowling peut en témoigner. Du coup, cela fait du bien de tomber sur un film qui traite de ce sujet avec beaucoup de bienveillance. Je suis persuadé que beaucoup d’esprits chagrins trouveront Miss trop ceci ou pas assez cela, crieront au scandale ou je ne sais quoi encore. Mais beaucoup apprécieront ce film touchant et avant tout léger, qui traite parfois un peu naïvement du droit à la différence. La naïveté peut parfois être une vertu.
Miss pourrait bien valoir à un César du meilleur premier rôle à son jeune acteur, Alexandre Wetter, qui signe là une performance magistrale. Elle tient en partie à son physique, mais aussi largement à l’émotion qu’il parvient à véhiculer par la justesse de son jeu. Le film est aussi l’occasion de voir Isabelle Nanty dans un joli rôle dans un bon film, ce qui est bien trop rare, elle qui semble destinée à figurer au casting des pires comédies françaises. La réalisation de Ruben Alves est vraiment pensée pour mettre en valeur ses acteurs et ses personnages et il y parvient parfaitement. Au final, son film est très réussi. Une comédie définitivement bienveillante sur un sujet difficile.
L’alcool ne résout pas les problèmes… Ceci dit l’eau et le lait non plus. Voici un adage plein de sagesse que le film Drunk incite à méditer autour d’un bon verre. En tout cas, pour revenir à un propos plus sérieux, il s’agit d’un film d’une remarquable intelligence qui pousse à la réflexion, sans jamais laisser la moindre place à l’ennui. Un film qui étanchera la soif des spectateurs les plus exigeants. Et le gosier de ces derniers est souvent à sec en ce temps de quasi disette cinématographique. On est au final très heureux que Thomas Vintenberg ait décidé de remplir nos verres.
Drunk ne serait pas le même film sans la présence électrisante du charismatique Mads Mikkelsen. Sa présence seule à l’écran suffirait presque à faire notre bonheur. Sa performance (à part lors d’une dernière scène mémorable) n’a pourtant rien de spectaculaire en soi, si ce n’est une incroyable justesse et ce supplément de talent qui reste la marque des plus grands. Ce ne serait pas non plus le même film sans la réalisation quasi parfaite de Thomas Vintenberg qui donne à son film un supplément d’âme. Il reste un vrai cinéaste, au sens artistique du terme, et le 7ème n’en compte pas tant. A la tienne Thomas !
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