TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 39 : Les primaires si moyennes

episode39François Hollande avait pleinement bénéficié de la dynamique insufflée par les primaires pour être élu Président de la République. Cinq ans plus tard, au moment de renouveler la démarche, l’ambiance et les perspectives n’ont plus rien à voir. Il ne s’agit plus de battre un Président sortant impopulaire. Il ne s’agit plus de primaires organisées par un parti politique qui a enchaîné les victoires aux élections locales pendant dix ans. Il s’agit d’une tentative un peu désespérée de recoller les morceaux au sein d’une gauche en lambeaux. Le résultat s’avérera totalement inverse, mais à l’heure de préparer l’organisation des primaires citoyennes, les militants PS gardent malgré tout un petit fond d’espoir.

La question de la participation éventuelle à des primaires du Président sortant s’étant réglée toute seule, il reste celle de leur périmètre exact. Pendant longtemps, le PS a espéré organiser des primaires « de Macron à Mélenchon ». Je ne sais pas si quelqu’un a un jour vraiment cru à cette éventualité. Mais afficher cette volonté ne coûtait pas grand chose. La participation de deux leaders politiques ayant bâti leur mouvement en siphonnant un côté et l’autre du PS aurait pu paraître incongrue. Pourtant, je reste persuadé que l’un ou l’autre aurait peut-être été finalement élu Président s’il l’avait fait…

Mais qu’est ce que je raconte ? Emmanuel Macron a été élu Président de la République ! Certes… l’histoire oublie cependant souvent que sans le bénéfice qu’il a tiré de l’affaire Fillon, il n’aurait certainement pas remporté l’élection, faute d’une base fidèle et militante suffisante. Je maintiens donc mon propos… Sur lequel je reviendrai dans le prochain et ultime épisode de ce récit. En attendant, les primaires ont lieu sans lui et sans le leader de la France Insoumise. Parmi les candidats sur la ligne de départ, trois favoris : Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.

Personnellement, je suis plongé dans un profond désarroi. Aucun des trois ne me donne envie de le suivre pour différentes raisons, avant même d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Mon déménagement m’ayant conduit à me retrouver en retrait de toute activité militante, je vis tout ça uniquement à travers les médias. Je n’assiste donc pas aux débats en Section et aux déchirements qu’ils engendrent. J’ai eu mon lot pendant cinq ans. Je ne me suis jamais engagé en politique pour assister à des pugilats un peu vains entre camarades, encore moins en tant que pur spectateur.

C’est donc avec un esprit totalement ouvert que j’assiste aux débats entre les candidats pour savoir qui aura ma voix au premier tour. J’avoue que j’espère alors me laisser convaincre par Sylvia Pinel. Non pas parce qu’elle était la seule femme sur la ligne de départ, mais parce que depuis le début je cache un terrible secret. En effet, il est temps de vous faire une révélation… En vrai, au fond, je ne suis pas socialiste. Si je regarde l’histoire des idées et des positions défendues, je suis clairement un raidical de gauche. Mais voilà, un parti dirigé par les héritiers d’un système quasi mafieux, très peu pour moi ! Malheureusement, ce soir-là, elle livre une prestation bien décevante. Non que les idées qu’elle défend me déplaise, mais sa diction hésitante et son manque absolu de charisme ne me permettent pas de voir en elle un candidat potentiel à une élection présidentielle.

Mon choix se porte donc sur un autre outsider, François De Rugy. Si je n’ai jamais eu beaucoup d’amour pour les écologistes politiques, il est pour moi tout simplement celui qui présente le meilleur programme. Il convaincra peu de monde, aussi parce que quasiment personne n’écoute jamais vraiment ce que les candidats ont à dire, à part quelques slogans. Je ne regrette pas mon choix, même si la suite de l’histoire fera que je n’ai plus grand chose en commun avec lui aujourd’hui. Mais cette histoire n’est alors pas encore écrite.

Si je n’ai pas participé aux débats en Section, j’ai tout de même fait savoir à mon Secrétaire que je suis disponible pour tenir un bureau de vote. Cette journée passée à faire voter le peuple de gauche reste tout de même un bon souvenir. Déjà parce que la participation est meilleure que ce que l’on pouvait craindre. Certes, rien à voir avec celles organisées cinq ans plus tôt, mais on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.

L’identité des deux finalistes ne constitue pas vraiment une surprise, même si les troupes d’Arnaud Montebourg sont très amèrement déçues. Par contre, l’avance nette de Benoît Hamon n’était pas vraiment attendue. Manuel Valls sait qu’il n’a pas forcément un grand réservoir de voix et que peu d’électeurs d’Arnaud Montebourg voteront pour lui. Etre devancé de cinq points ressemble déjà à une défaite. Il reste cependant un débat en face à face entre les deux finalistes pour renverser la tendance.

Cependant, le débat ressemblera à un enterrement pour Manuel Valls. Benoît Hamon se présente avec une idée qu’il martèle, le revenu universel. Qu’on soit d’accord ou pas, convaincu ou non, force est de constater que c’est simple et percutant. Une vraie idée pour rendre une campagne accessible et compréhensible par tous. En face, c’est le néant. L’ancien Premier Ministre ne peut masquer qu’il n’a jamais été un homme qui produit des idées ou des axes programmatiques. On peut lui reconnaître des qualités, mais pas celle-là. Or, cela constitue un handicap rédhibitoire quand on aspire à une telle fonction. Benoît Hamon sort du débat en grand vainqueur.

Cela se confirme dans les urnes le dimanche suivant. Benoît Hamon est désigné candidat du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle. Pas avec ma voix, vous vous en doutez pas. Mais son adversaire du soir n’en a pas bénéficié non plus. Impossible pour moi de choisir entre ces deux hommes dont trop de choses me séparent politiquement. Cette journée aura été une des plus difficiles de mon parcours militant. Car dès le soir même, je sais déjà, au fond de moi, que, moi, qui ai toujours été un bon petit soldat du parti s’apprête à le trahir dans les urnes dans quelques semaines.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 38 : Orphelin politique

episode38Nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle appart… en gros nouvelle vie. Et par la même occasion nouvelle Section. Si mon PS viroflaysien a toujours été paisible et convivial, je quitte une fédération des Yvelines en feu, marquée par une violence des rapports entre les forces militantes que je ne regrette pas le moins du monde. On peut même dire que je suis heureux de la quitter en espérant ne plus jamais avoir à militer dans une telle ambiance délétère.

Cependant, mon arrivée à Paris correspond à la période des désignations au PS pour les élections législatives et sénatoriales. Le député sortant est Daniel Vaillant. Il occupe ce mandat depuis 1988 (avec quelques interruptions). Il a aussi été maire de l’arrondissement de 1995 à 2014. Autant dire que ce n’est pas n’importe qui. A bientôt 70 ans, on lui a fait comprendre qu’il est temps de passer la main. Mais il rechigne. Pour faire passer la pilule, on lui promet en échange d’un renoncement une place éligible sur la liste PS des sénatoriales.

Le timing des événements va proposer un scénario dont seul le PS a le secret. La date limite des dépôts de candidature à la candidature pour la députation est atteinte avec une seule d’enregistrée, ce qui aurait dû permettre de régler la question de la succession sans heurt. Le lendemain, le Conseil Fédéral se réunit et annonce la liste pour les sénatoriales. Daniel Vaillant en est absent. Il crie à la trahison et annonce sa volonté de briguer malgré tout un nouveau mandat de député. Mais les statuts du PS ne lui permettent pas de le faire sous cette étiquette, la date butoir pour la valider à travers le vote des militants étant passée.

Le jour du vote en Section, il n’y a officiellement qu’une seule candidate. Pourtant, c’est bien Daniel Vaillant qui récoltera le plus de bulletins à son nom. D’un point de vue formel, autant de votes nuls, mais un terrible désavoeux pour celle qui est finalement investie. J’ai eu depuis des échos de la violence des échanges ayant eu lieu à cette occasion. Tout ceci prouve également une nouvelle fois, qu’au nom de la fidélité, les militants de terrain pardonnent facilement à ceux qui s’accrochent au pouvoir quand ils les connaissent, alors qu’ils dénoncent facilement ce genre de comportement chez les autres.

Je vois ça de loin, car je n’ai pas encore participé à la moindre réunion de Section. J’ai juste fait la connaissance de mon Secrétaire qui organisait une distribution de tracts juste en bas de chez moi. Il m’a fait immédiatement une excellente impression, ce qui se confirmera par la suite. Il fait partie de ces quelques personnes qui me rappellent pourquoi militera au PS représente aussi l’occasion de croiser des personnes hors du commun. Donc j’aurais pu me sentir impatient de découvrir mes nouveaux camarades. Mais voilà, ce que je perçois de la situation me rappelle trop ce que je viens de quitter. Du coup, je me mets en retrait pendant un long moment…

L’annonce du 1er décembre 2016 m’incitera d’autant moins à sortir de cette hibernation. Ce soir-là, quand le Président de la République prend la parole, la plupart s’attendent à l’annonce de sa candidature à l’élection de 2017. Ce sera au contraire un renoncement. Ce n’est pas non plus une surprise totale, tant le chemin vers une réélection parait semé d’obstacles insurmontables (dont un certain Emmanuel Macron). C’était même objectivement la meilleure décision à prendre. Mais pour ceux qui, comme moi, on a passé cinq ans à se battre pour le défendre et le plus souvent contre ses propres camarades, le coup est rude.

Je me définis ce jour-là comme un orphelin politique sur les réseaux sociaux. Je mesure l’immensité du vide qui s’ouvre devant ceux qui revendiquent l’étiquette de sociaux-démocrates. Ce vide frappera aussi tous ceux qui, à gauche, jubilent à cette annonce. La suite des événements me prouvera malheureusement à quel point j’avais raison et à quel point certains auraient dû mesurer leur joie. Ce sentiment de se retrouver sans cap, ni boussole ne m’a pas vraiment quitté depuis. Et le moins que l’on puisse dire est que personne n’a repris le flambeau. Tous ceux qui ont lui craché dessus pendant cinq ans en pensant pouvoir s’en saisir avec facilité ont échoué à entraîner une part significative de l’opinion.

Pourtant un homme aurait pu, aurait dû tenter sa chance. L’histoire l’a oublié, mais les quelques mois de Bernard Cazeneuve comme Premier Ministre, auront été les tels que le quinquennat tout entier aurait dû être. Il parvient à renouer la confiance avec une partie de ceux qui avaient rejoint la fronde. Son évidente modestie, son sens du devoir, que personne ne peut lui contester, vu son parcours, restaure une certaine confiance, mais bien trop tardive. Peu après avoir clamé mon statut d’orphelin, je me dis prêt à devenir cazeunvien. J’aurais pu l’être avec la même sincérité que j’ai été hollandais. Bernard Cazeneuve fera le choix de l’esquive et ne jouera aucun rôle dans la période de turbulences dans lequel le PS allait s’enfoncer. Tant pis pour lui, le PS, la gauche et sans doute le pays. Ses velléités de retour manifestées récemment sont vouées à l’échec. Personnellement, je ne lui pardonnerai pas cette forme de lâcheté.

Je n’en veux pas à François Hollande. Je l’aurais soutenu jusqu’au bout de la défaite. Son absence d’entêtement, qui contraste avec le retour raté que mènera Nicolas Sarkozy, prouve une nouvelle fois une forme d’intelligence et d’humanité qui auront fait sans doute aussi sa grande faiblesse. Sa présidence laissera un goût d’inachevé, de gâchis, mais pour avoir eu la chance de le voir depuis et d’échanger quelques mots avec lui, je sais qu’il vaut bien mieux que tous ceux qui auront osé le regarder de haut, sans avoir réalisé le centième de ce qu’il aura accompli.

Par contre, soyons clairs. Si le renoncement a fait de moi un orphelin, il trouverait en moins un farouche opposant s’il cherchait réellement à revenir. On ne réécrit pas l’histoire et je serais très triste de le voir substituer une triste fin par une fin pathétique.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 37 : La fin d’une vie

episode37En août 2016, ma période d’essai vient de se terminer. Je suis donc en mesure de mettre en oeuvre la dernière étape de mes envies de changement. Je me mets donc en recherche d’un appartement sur Paris… que je trouve à ma première visite. Je suis plutôt chanceux pour le coup. Mais une fois le préavis donné et le bail signé, une course contre la montre commence. Beaucoup de démarches, beaucoup de cartons et un coup de fil à passer.

Auparavant, je n’avais jamais appelé le Maire de Viroflay au téléphone. Il n’a jamais eu rien à craindre de moi et moi, jamais rien à espérer de lui. Nous nous sommes toujours témoignés une forme d’indifférence. J’ai mené une campagne municipale, sans jamais l’évoquer et je n’ai jamais fait de politique pour le plaisir d’être son opposant. Ce jour là pourtant, je suis sur le balcon de mon bureau pour lui annoncer que je m’apprête à lui envoyer un courrier de démission du Conseil Municipal. L’échange sera court et sans affect.

Je ne me souviens plus très bien du moment où j’ai prévenu mes camarades de mon départ. Je crois bien que c’est avant de trouver un appartement, peut-être même avant l’été. En tout cas, en le faisant, je me libère d’un poids. Je peux enfin arrêter de mentir, même si c’est mentir par omission. Les réactions sont bienveillantes. Il faut dire qu’une des différences entre la gauche et la droite à Viroflay tient aussi dans le rapport à la ville. Un des objectifs des élus de la majorité, rappelés sans cesse, étaient de permettre à leurs enfants d’y habiter (vaut mieux nos enfants, que des pauvres dans les logements sociaux…). Notre objectif était de permettre à nos enfants d’accomplir leurs rêves, qui passent souvent par un autre horizon que cette ville parfois désespérément calme…

En septembre 2016, j’assiste donc à mon dernier Conseil Municipal. Le dernier acte de ma vie d’élu. Il se passe normalement. A la fin, le Maire m’invite à faire un discours. J’avais évidemment réfléchi à ce que je voulais dire. J’hésitais sur le ton à adopter. J’aurais pu être cinglant, rappeler à la majorité une dernière fois ce qui nous séparait. Mais au dernier moment, un peu ému, j’opte pour un discours nettement plus consensuel. Je parle de l’engagement, de sa difficulté et de la fierté que chacun autour de cette table peut ressentir d’avoir fait ce choix, indépendemment de son camp. Je le termine sous une vraie salve d’applaudissements. Je sais que la plupart sont sincères. Au cours de ces années, je pense avoir gagné un profond respect de la part de beaucoup d’élus de la majorité, pour ne pas dire parfois de l’admiration. Et peut-être même un peu d’envie. Je suis sûr que certains auraient aimé qu’on leur donne les moyens d’être plus ambitieux dans leur mission.

Le Maire prononce quelques mots positifs à mon égard. Pas d’effusion non plus. Il se lève pour me faire un cadeau. Un livre sur l’histoire de Viroflay qu’il m’a dédicacé. Je lui fais alors remarquer que j’ai déjà ce livre puisqu’il a été donné précédemment à tous les élus… Ce cadeau dénué de toute imagination lui ressemble tellement… Enfin le petit mot à l’intérieur est plutôt sympathique alors j’ai substitué dans la ma bibliothèque cet exemplaire à celui qui s’y trouvait déjà. Je quitte pour de bon la salle du Conseil, tournant le dos à huit années de ma vie et à une expérience un rien frustrante, mais que je ne regrette certainement pas.

La soirée en mon honneur organisé par mes camarades me touchera infiniment plus. Touché par le nombre d’entre eux à être venus, même quand ils avaient pris quelque peu leurs distances avec le PS. C’est un des rares moments dans mon parcours politique où j’ai vraiment ressenti pourquoi nous nous surnommons « camarades » entre nous. Ils auraient pourtant pu me tenir rigueur pour un départ finalement peu de temps après qu’ils m’aient témoigné une grande confiance en me confiant la tête de la liste. Je n’ai ressenti ça dans aucun regard, dans aucun mot. Mais plutôt de la gratitude et des regrets de me voir partir.

Si je n’ai alors aucun regret de quitter Viroflay, j’ai ce soir là un gros pincement au coeur en quittant mes camarades viroflaysiens !

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 36 : Fin de règne

episode36Après les élections régionales et la déchéance de nationalité, le moral des militants socialistes ne se situent pas au beau fixe en ce début d’année 2016. L’échéance électorale de l’élection présidentielle se rapproche à grande vitesse et rien ne vient laisser penser que le quinquennat pourra être sauvé. Le dernier clou sera mis par la Loi Travail. J’ai beau être me situer sur l’aile droite (même si je récuse ce titre) du PS au niveau économique, il faut avouer que défendre cette initiative pouvait difficilement être défendu avec cœur et enthousiasme par un militant socialiste.

2016 restera pour moi une belle année d’un point de vue personnel. Celle d’un grand changement dans ma vie qui va venir bouleverser ma vie de militant. Depuis septembre 2015, je me rends tous les lundis matin dans les locaux de l’association de anciens de mon école d’ingénieur pour suivre une « formation » pour chercher efficacement un nouveau travail. Dans ma tête, le changement est donc désormais inéluctable. Il intervient au printemps, où je change d’emploi. Un nouveau job situé en plein Paris et m’offrant un salaire qui me donne les moyens de réaliser un vieux projet de vie : vivre enfin dans la capitale intra-muros.

Cette dernière étape n’interviendra qu’en septembre. Mais je l’ai en ligne de mire depuis septembre 2015. Je le garde pour moi, tant que le changement ne se concrétise pas, mais je vis désormais tout avec un certain détachement. L’histoire du PS de Viroflay et des Yvelines s’écrira bientôt sans moi et je le sais. Alors je me sens de moins en moins concerné, avec une envie de moins en moins forte de m’investir pour résoudre les difficultés qui surviennent. Mon univers militant est de plus en plus mal en point et je sais que je ne ferai pas grand chose pour y remédier.

La Section du PS de Viroflay a vu ses effectifs diminuer peu à peu depuis l’élection de François Hollande, chaque polémique apportant son lot de démissions, alors que les recrutements sont peu nombreux. Cette situation se retrouve partout en France. Pendant mes dix ans de militantisme dans mon ancienne commune, j’ai refusé à plusieurs reprises de devenir Secrétaire de Section. Il serait donc doublement injuste de ma part d’émettre la moindre critique envers celui qui exerçait alors cette fonction. Mais force est de constater que beaucoup des militants restant me font part régulièrement de leur mécontentement quant à l’animation et le contenu des réunions. En tant que leader politique, c’est vers moi qu’ils se tournent.

Si je n’avais pas su mon départ proche, j’aurais pris mes responsabilités et aurais tenté de devenir Secrétaire de Section à l’occasion du Congrès de Poitiers. A la place de ça, je constate les dégâts, le coeur serré. Je n’ai pas la prétention d’affirmer que j’aurais pu inverser une tendance aussi générale. Mais au moins, j’aurais eu le sentiment d’avoir fait le maximum. Le plus dur est cependant de taire mon départ inéluctable, même quans l’avenir est évoqué. Surtout une fois mon nouveau travail trouvé. Je dois expliquer à plusieurs reprises qu’il est tout à fait accessible de Viroflay (ce qui est vrai), quand on s’inquiète d’un éventuel départ à cause de ça. Mon envie de venir habiter Paris ne tient de toute façon pas à mes trajets domicile-travail.

Au niveau des Yvelines, notre collectif s’est aussi effiloché depuis les élections régionales. Les deux principales déçues ont adopté des attitudes différentes. L’une s’est mise en retrait, l’autre, celle dont on se méfiait, fait cessession. Son futur parcours à la République en Marche montre bien qu’elle aura toujours plus brillé par son arrivisme que par ses convictions.

Elle m’aura fait vivre une des moments les plus hallucinants de bêtise humaine causée par l’activisme politique. J’ai l’occasion de la croiser dans le cadre de mon activité professionnelle, un jour d’inauguration. Autour du buffet, elle m’aborde avec la même cordialité que celle que l’on se témoignait avant les régionales. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’une réunion politique, mais ça ne l’empêche pas de me livrer alors un réquisitoire d’une violence absolue contre le leader de notre mouvement, celui qui l’accuse de l’avoir trahie pour jouer sa carte personnelle. Sauf que les arguments employés tiennent plus du délire paranoïaque que de l’argumentation étayée. En gros, elle l’accuse d’être un mythomane qui nous manipulerait.

Comment pouvait-elle imaginer une seconde que j’allais lui donner raison et me laisser convaincre par son tissus de « faits alternatifs » comme on dit maintenant ? La politique pousse des gens pourtant brillants, normalement rationnels à ce genre de comportement proche du pathologique. Peut-être ai-je déjà sombré dans de tels travers. En tout cas, j’aurais passé toutes ces années à tout faire pour l’éviter.

Suite à cela, lors d’une réunion de notre groupe, certains plaident pour une réconciliation. Je prends alors ma parole et évoque l’incident précédent. Et je pose une question qui se pose à tous les forces minoritaires dans le jeu politique : doit-on, sous prétexte de renverser un pouvoir qui nous semble néfaste, nous allier avec quiconque mène le même combat que nous ? Doit-on légitimer ces travers pour combattre ceux de la majorité ? Je n’ai pas de réponse définitive. Car se diviser quand on est minoritaires, c’est se condamner définitivement à la défaite. Mais passer l’éponge sur tout, c’est péréniser à jamais ce genre de comportement. Cynisme efficace ou idéalisme vain, voilà le dilemne qui se propose à tous les militants politiques.

On rêve tous d’un idéalisme efficace. Mais tous les rêves ne se réalisent pas.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 35 : Présidence déchue

episode35Certains événements ont tellement marqué la conscience collective, que tout le monde, ou presque, est capable de vous raconter où il était, ce qu’il faisait et avec qui ce jour là. Ils peuvent être des événements joyeux comme la victoire de la France en 1998 ou bien des drames terribles. Pour ces derniers, les attentats terroristes occupent une place à part. 11 septembre, Charlie Hebdo et le 13 novembre 2015… autant de moments dont tout le monde se souvient. Pour cette dernière date, je me souviens parfaitement avoir appris qu’il se passait quelque chose à une terrasse. Heureusement pour moi, je me trouvais à Montparnasse. Pas là où le sinistre commando œuvrait.

Je me souviens très bien d’avoir entendu à la télévision les premiers mots de François Hollande. C’était ceux d’un homme tout simplement. Un homme qui avait bien du mal à ne pas être submergé par une émotion terrible. Devenir Président de la République demande une capacité à se glisser dans une armure hermétique. Parfois, le costume devient trop lourd à porter. Mais il n’est jamais loin. Quelques minutes plus tard, alors qu’il arrive sur les lieux du drame, le ton a radicalement changé. Il est froid, dur et déterminé. Ce n’est plus celui d’un concitoyen partageant la même détresse, mais celui d’un chef dont la force doit être capable de nous guider.

Ce sentiment de communion de la Nation autour du chef de l’Etat durera quelques temps. Mais ce genre d’élan ne peut jamais se prolonger éternellement. Le lundi 16 novembre, quand François Hollande s’exprime devant le Congrès, il est encore bien présent. C’est pourquoi, tous les parlementaires, toutes tendances confondues, finissent le discours debout pour l’applaudir. Je ne veux pas douter de la sincérité de ce moment où tout autre attitude aurait paru déplacée. Mais certains d’entre eux n’avaient-ils déjà pas à l’esprit la séquence pathétique qui allait suivre ?

Parmi les annonces du chef de l’Etat ce jour-là figurait la déchéance de la nationalité française pour les personnes condamnées pour des faits de terrorisme et possédant une autre nationalité. Sur le moment, la mesure n’avait pas été plus commentée que n’importe quelle autre. Mais elle allait bientôt se révéler être un boulet pour François Hollande et marqué un point final à la désunion de la majorité.

Avec le recul, on comprend bien le calcul fait par le Président de la République. Pour espérer une union sacrée et le soutien de la droite à la réforme constitutionnelle qu’il proposait, il fallait donner au camp d’en face un os à ronger. C’est à dire une mesure à laquelle il tenait et qui n’aurait jamais pu être proposé par la gauche dans d’autres circonstances. Cet os était donc cette déchéance de nationalité, à l’impact réel extrêmement limité. De manière concrète, elle ne changeait pas grand chose pour grand monde. C’est sans doute pour cela qu’il l’a choisie comme cadeau à la droite.

Mais comme souvent pendant son quinquennat, François Hollande a ignoré deux choses. Premièrement, l’importance de la portée symbolique des actions. L’ancien chef de l’Etat est un homme pragmatique, c’est aussi pour ça que l’apprécie tant. Mais la politique ne peut être faite que de pragmatisme. Il faut savoir donner du sens. Et cette déchéance, venant après un renoncement au droite de vote aux élections locales pour les étrangers, envoyaient un signal particulièrement négatif, pour ne pas dire hostile, à une catégorie de la population ayant largement contribué à son élection.

Deuxièmement, il fit preuve d’un aveuglement sur la division profonde existant déjà dans son propre camp. Même dans ces circonstances exceptionnelles et l’appel à l’union nationale, une partie de la gauche n’avait aucunement l’intention de lui faire le moindre cadeau. Se concentrant sur la nécessité de rallier la droite, il oublia de souder d’abord la gauche qui lui fit payer chèrement. Tout cela est à l’image d’un quinquennat qui se termina sur la Loi Travail sur laquelle on peut largement livrer la même analyse.

Je me souviens très bien d’une session du Conseil Fédéral où était proposé une motion pour demander le retrait de cette proposition. Sans cette proposition, la droite ne suivrait pas, enterrant définitivement la tentative de modifier la Constitution (ce qui finit par advenir). Je me retrouve donc coincé entre une mesure à laquelle je suis opposé dans l’absolu, même si je comprends le calcul politique sous-jacent, et la possibilité d’un soutien à une motion proposée par un courant que je combats depuis de longs mois. Partagé entre le fait qu’on ne peut pas demander à la droite de suivre sans reprendre aucune de ses idées qui nous déplaisent (bref, sans faire un compromis… gros mot en politique) et les arguments qui sous-tendent le texte soumis au vote, qui le tourne en procès politique totalement déplacé.

J’ai alors fait quelque chose que j’ai rarement fait dans la ma vie politique et citoyenne. Je me suis abstenu. Pas forcément le geste le plus courageux, mais pour moi le geste juste. Un geste que je renouvellerai un jour de deuxième tour des primaires. Mais ceci est une autre histoire… même si elle est intimement reliée à celle-ci.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 34 : Régionales 2015 : la machine à perdre

episode34Je vous ai parlé à de nombreuses reprises dans cette chronique de cet objet étrange qu’est une fédération au Parti Socialiste. Un truc qui prend beaucoup d’énergie et de temps aux militants les plus investis, sans servir à grand chose au fond. Constituer la liste des candidats pour les élections régionales constitue un des rares moment où elles jouent un vrai rôle. Et c’est bien pour ça que la majorité fédérale sortante avait tout fait pour renforcer son emprise sur les instances, en se comportant de la pire des façons et profitant d’une certaine naïveté de la part de notre collectif hollandais.

Quand les discussions débutent, nous comprenons vite que nous allons avoir un problème. En effet, parmi les élues sortantes, trois appartiennent à notre motion. Une a vendu son soutien à majorité hamoniste au moment du congrès. Une est candidate largement hors sol, mais qui bénéficie d’importants soutiens au niveau national. L’autre fait pleinement partie de notre collectif, mais certains s’en méfient (l’histoire leur donnera largement raison). A cela, s’ajoute la volonté légitime d’une des militantes les plus méritantes qui soient, qui n’a rien à envier à personne intellectuellement et moralement, de voir son travail dans l’ombre depuis des années enfin récompensé.

Or, le rapport de force issu du Congrès ne nous permet pas d’espérer autant de places éligibles (à l’époque on espère encore légitimement remporter la victoire) pour les femmes. Il faudra donc choisir. Au sein de la motion, mais aussi donc au sein de notre collectif. Les négociations s’annoncent difficile, puisque nous n’avons strictement aucun moyen de pression. La majorité n’a pas besoin de nous pour faire adopter la liste qu’elle aura choisi et à remplir les places réservées à notre motion avec des candidats qui lui plaisent. Quiconque a déjà mené une négociation dans ces conditions sait qu’il ne s’agit pas vraiment d’une négociation.

Le résultat de la discussion est sans surprise. Il n’y avait pas grand chose à espérer et le résultat est à la hauteur de nos espérances. Notre chef de file est le mieux placé de notre motion chez les hommes. Mais au gré des alliances avec nos meilleurs amis des autres partis, il se retrouvera à une modeste 10ème place sur la liste du deuxième tour. Chez les femmes, la majorité hamoniste fera strictement ce qu’elle veut et ne favorisera aucune des deux candidates issues de notre mouvement. Enfin pas tout à fait ce qu’elle veut…

Le soir de la validation de la liste (du moins celle des candidats socialistes), Benoît Hamon, qui y figure en deuxième position derrière la première fédérale, mène clairement les débats. Il annonce une liste où la candidate hors sol se situe plus loin que ce qu’elle espérait. Elle fait mine de protester. J’assiste alors à une scène les plus marquantes de ma carrière de militant. Benoît Hamon et elle se retrouvent dans les derniers rangs de l’assemblée, tout près de là où je suis moi-même assis. J’entends donc clairement ce qu’il lui dit. Ses mots sont durs et humiliants, d’une méchanceté totalement déplacée. Il lui explique que c’est lui qui décide et qu’elle n’a strictement rien à dire. Elle est visiblement choquée, elle l’écoute sans le regarder en fixant le vide devant elle, retenant ses larmes avec la plus grande des difficultés.

Cette anecdote en dit déjà long sur les mœurs du personnage. Mais l’épilogue dresse un portrait encore plus lamentable. Dans les jours qui suivent, la direction nationale du PS (et certainement Martine Aubry en personne) a ordonné que les choses rentrent dans l’ordre. La candidate humiliée retrouvera sa troisième place sur la liste. Témoigner d’un excès d’autoritarisme est souvent la preuve qu’on en manque en réalité d’une réelle autorité. Je n’appréciais aucun des deux protagonistes de cet épisode. Mais elle ne méritait certainement pas une telle humiliation. Et lui perdra toute chance que je lui apporte jamais le moindre soutien… élection présidentielle incluse.

Ce soir-là, je faisais partie des rares militants à voter contre la liste proposée, par amitié pour la militante que nous n’avions pas pu porter à la place qu’elle méritait. Cela ne changeait vraiment rien, mais je ne regrette vraiment pas. Mais ce soir-là signera le vrai début de la fin pour notre mouvement. La constitution de la liste laissera beaucoup de rancœurs, trop pour que le chemin puisse se poursuivre ensemble.

Tout ceci n’est pas grand chose de toute façon comparée à l’immense gâchis qui conduira à la défaite de la gauche à une élection qu’elle n’aurait jamais dû perdre. D’abord, la volonté de Jean-Paul Huchon de se représenter, alors qu’il était usé, avec une image brouillée, l’empêcha de préparer sereinement sa succession. Résultat, il est poussé vers la sortie sans beaucoup d’élégance, mais sur le coup, je trouve qu’il ne peut s’en prendre avant tout qu’à lui-même. Il a livré une caricature du politicien voulant s’accrocher coûte que coûte au pouvoir.

Claude Bartolone prendra donc sa suite, un peu dans l’urgence. La campagne est sans éclat. Je garde le souvenir de la réunion de Section où j’ai présenté le programme. Mes camarades viroflaysiens en soulignèrent la nullité. En bon soldat, j’essayais tant bien que mal de le défendre, mais sans vraiment y croire. Mais bon, si les élections se jouaient sur les programmes, ça se saurait. Le bon résultat du premier tour en ait la preuve. La fusion avec les liste EELV et communiste devait nous assurée la victoire.

Sur la liste communiste figurait d’ailleurs en première place dans les Yvelines une Viroflaysienne. La même qui a toujours tout fait pour ne jamais me parler. Lors de la fusion, elle hérite d’une place éligible dans le Val de Marne. Naïvement, je me dis qu’elle acceptera quand même de venir tracter dans sa propre commune pour sa propre élection, même si elle doit le faire avec des sociotraites socialistes. Nous demandons donc à la cellule locale du PC s’ils acceptent de venir distribuer des tracts avec nous le mercredi matin aux trois gares de la ville, puisque l’élection d’une des leurs est en jeu. Aucun d’eux ne viendra, laissant les socialistes qu’ils méprisent, braver le froid de décembre dès 7h du matin pour leur offrir des élus qu’ils n’auraient jamais eu sans eux. A noter que la seule militante connue d’EELV sur la commune nous a fait également comprendre que se lever tôt pour tracter n’était pas trop son truc… Vous comprendrez mieux pourquoi je ne suis pas le premier défenseur de la fameuse union de la gauche, qui ne fait que donner raison à ce genre de comportement.

Claude Bartolone perdra bêtement l’élection à cause d’une sortie non maîtrisée à propos de son adversaire, Valérie Pécresse, et de son électorat. Cela conduira une partie de l’électorat FN du premier tour à ne pas renouveler leur choix pour le second, mais voter plutôt pour les Républicains. Ces dernier l’emporteront de peu. La défaite fait que la dixième place dans les Yvelines n’est pas éligible. Notre mouvement n’aura donc aucun élu au Conseil Régional.

MICHEL-ANGE : Sous le marbre

michelangeafficheTrouver un titre pour une œuvre représente toujours un exercice difficile, qui peut avoir un impact non négligeable sur son succès. Et puis, il y a les biopics. Là, on n’a pas forcément beaucoup de questions à se poser. Certes, on peut opter pour un surnom, comme pour la Môme, mais le plus simple reste de donner au film le nom de celle ou celui dont on raconte la vie comme titre. Ainsi, sans aucune surprise ou originalité, Michel-Ange nous raconte tout simplement la vie de Michel-Ange. Et je parle bien de l’artiste de la Renaissance, pas de la Tortue Ninja (au cas où quelque aurait un doute).

Techniquement, Michel-Ange n’est pas totalement un biopic. En effet, il ne nous raconte pas la vie de ce génie, mais simplement un épisode de son existence. Mais à travers celui-ci, on fait connaissance avec sa personnalité torturée et surtout on découvre un vrai panorama d’une époque. Le scénario est d’une grande richesse et parvient de manière très intelligente à nous livrer une vraie leçon d’Histoire à partir d’une histoire (combien même, ce n’est pas celle de n’importe qui). Toute personne s’y intéressant, que ce soit celle de l’art mais aussi politique, trouvera dans ce film un réel intérêt.

michelangeSur la forme, Michel-Ange s’efforce de montrer l’époque de manière très crue. Si vous associez la Renaissance à une forme de splendeur, ce film vous rappellera la violence de cette époque… et accessoirement son manque d’hygiène parfois. Mais la réalisation d’Andreï Kontchalovski parvient à nous montrer les choses telles qu’elles sont sans sombre dans le voyeurisme. De manière générale, elle se montre brillante sans être spectaculaire. Elle est surtout avant tout au service de la performance flamboyante d’Alberto Testone. Il porte le film sur ses épaules et donne vie à son personnage avec une force qui force le respect. Ce film aura été le dernier que j’aurais vu sur grand écran avant bien longtemps. J’espère en retrouver d’aussi bons quand les cinémas rouvriront.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Andreï Kontchalovski
Scénario : Elena Kiseleva et Andreï Kontchalovski
Musique : Edouard Artemiev
Direction artistique : Maurizio Sabatini
Costumes : Dmitri Andreev
Photographie : Alexandre Simonov
Montage : Karolina Maciejewska et Sergueï Taraskine
Production : Alisher Usmanov
Production déléguée : Mauro Calevi et Olesya Gidrat
Coproduction : Elda Ferri et Andreï Kontchalovski
Durée : 134 minutes

Casting :
Alberto Testone : Michel-Ange
Yuliya Vysotskaya : la dame à l’hermine
Riccardo Landi : Al Farab
Jakob Diehl : Peppe
Antonio Gargiulo : François Marie Ier della Rovere
Nicola Adobati : Laurent II de Médicis
Massimo De Francovich : le pape Jules II
Simone Toffanin : le pape Léon X
Nicola De Paola : le cardinal Jules de Médicis
Adriano Chiaramida : Ludovico Buonarroti, le père de Michel-Ange
Glen Blackhall : Raphaël
Orso Maria Guerrini : le marquis Malaspina
Federico Vanni : Jacopo Sansovino
Toni Pandolfo : Dante

ADIEU LES CONS : Ce n’est qu’un au revoir !

adieulesconsafficheLe cinéma français voit régulièrement sa mort annoncée. Avant tout par des esprits chagrins et nostalgiques. Mais chacun vieillissant un peu plus chaque jour, on est souvent tenté par le fameux « c’était mieux avant ». Heureusement, il reste quelques artistes comme Albert Dupontel qui éloigne, pour quelques années encore, un avis de décès définitif. Adieu les Cons ajoute une nouvelle ligne savoureuse à une filmographie qui commence à devenir extraordinaire. Et si le confinement va nous priver pendant de longues semaine de septième art, au moins pourra-t-on, pour ceux qui l’auront vu, partir avec un excellent souvenir en tête.

En signant Au-Revoir Là-Haut, Albert Dupontel avait prouvé qu’il pouvait mettre son talent au service d’une œuvre qui n’était pas la sienne. Avec Adieu les Cons, il revient à une forme et un fond très personnelle. C’est d’ailleurs, le seul reproche sérieux que l’on peut formuler à l’égard de ce film. Il rappelle par bien des côtés certains autres de ses films. Par le propos profondément humaniste, un rien anarchiste. Par l’humour et l’énergie qui ont toujours été sa marque de fabrique. Et par une photographie caractéristique qui rappelle fortement celle de 9 Mois Ferme. Albert Dupontel est clairement resté dans sa zone de confort, mais c’est aussi là que son talent s’exprime le mieux, alors il serait injuste le lui reprocher sérieusement.

adieulesconsQuand on peut « se payer » Terry Giliam pour un caméo de quelques secondes, c’est qu’on est un grand cinéaste. Le casting de Adieu les Cons montre bien qu’Albert Dupontel ne rencontre pas trop de difficultés pour disposer d’un casting prestigieux, jusqu’aux seconds et même troisièmes rôles. Il peut déjà facilement ce choisir lui-même, ce qui est une bonne idée puisqu’il s’avère aussi brillant comédien que cinéaste. Le choix de Virginie Efira s’avère également particulièrement judicieux. Elle est d’une grande justesse et d’une grande sincérité. D’autres actrices, au talent plus spectaculaire, en aurait peut-être trop fait. Elle apporte la petite dose d’émotion qui fait de Adieu les Con définitivement un merveilleux film qui nous rappelle pourquoi les salles obscures vont nous manquer tant.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Albert Dupontel
Producteur : Catherine Bozorgan
Photographie : Alexis Kavyrchine
Montage : Christophe Pinel
Décors : Philippe Cord’homme
Costumes : Mimi Lempicka
Durée : 87 minutes

Casting :
Virginie Efira : Suze Trappet
Albert Dupontel : JB
Nicolas Marié : M. Blin
Jackie Berroyer : Dr Lint
Philippe Uchan : M. Kurtzman
Bastien Ughetto : Adrienus
Marilou Aussilloux : Clara
Catherine Davenier : Mme Lint
Michel Vuillermoz : le psy
Laurent Stocker : M. Tuttle
Kyan Khojandi : le médecin de Lint
Grégoire Ludig : le préposé 1
David Marsais : le préposé 2
Bouli Lanners : le médecin de Suze
Terry Gilliam : le chasseur
Yves Pignot : le fleuriste

MISS : Bienveillance mixte

missafficheLe question de l’identité sexuelle donne lieu à des débats souvent passionnés, où certains ne pardonneront pas le moindre point de vue contraire au leur, J.K. Rowling peut en témoigner. Du coup, cela fait du bien de tomber sur un film qui traite de ce sujet avec beaucoup de bienveillance. Je suis persuadé que beaucoup d’esprits chagrins trouveront Miss trop ceci ou pas assez cela, crieront au scandale ou je ne sais quoi encore. Mais beaucoup apprécieront ce film touchant et avant tout léger, qui traite parfois un peu naïvement du droit à la différence. La naïveté peut parfois être une vertu.

Miss reste un film quelque peu inégal, mais globalement très réussi. On passe de la franche comédie, à des moments plus intimes et profonds. Parfois, le propos ne se montre pas forcément convaincant, comme dans certains passages plus moralisateurs, mais il fait de ce film un feel good movie, ce qui n’était pas gagné, vu le sujet. Il y a dans ce film quelque chose de hollywoodien, quand une tradition plus française lui aurait conférer une plus grande gravité. Mais Ruben Alves fait assume et maîtrise parfaitement ce choix. Il avait déjà prouvé avec son formidable premier film, la Cage Doré, qu’il sait traiter de sujets sérieux avec une légèreté enthousiasmante.

missMiss pourrait bien valoir à un César du meilleur premier rôle à son jeune acteur, Alexandre Wetter, qui signe là une performance magistrale. Elle tient en partie à son physique, mais aussi largement à l’émotion qu’il parvient à véhiculer par la justesse de son jeu. Le film est aussi l’occasion de voir Isabelle Nanty dans un joli rôle dans un bon film, ce qui est bien trop rare, elle qui semble destinée à figurer au casting des pires comédies françaises. La réalisation de Ruben Alves est vraiment pensée pour mettre en valeur ses acteurs et ses personnages et il y parvient parfaitement. Au final, son film est très réussi. Une comédie définitivement bienveillante sur un sujet difficile.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Ruben Alves
Scénario : Élodie Namer et Ruben Alves
Décors : Philippe Chiffre
Costumes : Isabelle Mathieu
Photographie : Renaud Chassaing
Montage : Valérie Deseine
Production : Laetitia Galitzine et Hugo Gélin ; Fabrice Delville, Nora Thomas et Christophe Toulemonde (production belge)
Durée : 107 minutes

Casting :
Alexandre Wetter : Alex
Isabelle Nanty : Yolande
Pascale Arbillot : Amanda
Thibault de Montalembert : Lola
Stéfi Celma : Miss Paca
Baya Rehaz : Miss Saint Pierre et Miquelon
Claire Chust : Une Miss
Hedi Bouchenafa : Amhed
Moussa Mansaly : Randy
Alexiane Torres : Miss Corse
Margaux Bourdin : Miss Réunion
Amanda Lear : Marraine
Quentin Faure : Élias
Bertrand Combe : le présentateur

DRUNK : A notre santé !

drunkafficheL’alcool ne résout pas les problèmes… Ceci dit l’eau et le lait non plus. Voici un adage plein de sagesse que le film Drunk incite à méditer autour d’un bon verre. En tout cas, pour revenir à un propos plus sérieux, il s’agit d’un film d’une remarquable intelligence qui pousse à la réflexion, sans jamais laisser la moindre place à l’ennui. Un film qui étanchera la soif des spectateurs les plus exigeants. Et le gosier de ces derniers est souvent à sec en ce temps de quasi disette cinématographique. On est au final très heureux que Thomas Vintenberg ait décidé de remplir nos verres.

Drunk est typique des films qui ont un petit truc en plus qui les rendent vraiment marquants. Cela les rend souvent inclassable car ils proposent bien trop de contenu pour ne tenir que dans une seule boîte. Il est plus qu’une chronique d’une bande de copains, plus qu’une comédie des moeurs, plus qu’une comédie tout court et plus qu’un drame. C’est une histoire au point de départ quelque peu inattendu mais qui en dit beaucoup sur la nature humaine et notre société. Pas de grands discours, mais un propos subtil, profond et pertinent. Rien que ça !

drunkDrunk ne serait pas le même film sans la présence électrisante du charismatique Mads Mikkelsen. Sa présence seule à l’écran suffirait presque à faire notre bonheur. Sa performance (à part lors d’une dernière scène mémorable) n’a pourtant rien de spectaculaire en soi, si ce n’est une incroyable justesse et ce supplément de talent qui reste la marque des plus grands. Ce ne serait pas non plus le même film sans la réalisation quasi parfaite de Thomas Vintenberg qui donne à son film un supplément d’âme. Il reste un vrai cinéaste, au sens artistique du terme, et le 7ème n’en compte pas tant. A la tienne Thomas !

LA NOTE : 14,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Thomas Vinterberg
Scénario : Tobias Lindholm et Thomas Vinterberg
Photographie : Sturla Brandth Grøvlen
Montage : Janus Billeskov Jansen et Anne Østerud
Durée : 115 minutes

Casting :
Mads Mikkelsen : Martin
Thomas Bo Larsen : Tommy
Lars Ranthe : Peter
Magnus Millang : Nikolaj
Maria Bonnevie : Anika
Susse Wold : recteur
Helene Reingaard Neumann : Amalie