CHRONIQUE DES JO TOKYO : JOUR 1 : Un enthousiasme toujours renouvelé

Tous les quatre ans (ou presque), je raconte la même histoire. Celle d’un jeune adolescent qui, un soir d’été de 1992, est tombé amoureux. Il ne se doutait alors pas que quelque chose allait changer à jamais. Certes, il aimait déjà profondément le sport, dévorant l’Equipe tous les jours depuis le 1er juin précédent. Mais la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Barcelone avait quelque chose de magique, gravant en lui un souvenir qui ne s’éteindra jamais. La magie n’allait jamais s’éteindre pendant quinze jours. Et il attendra désormais toujours tous les quatre ans pour revivre cette magie.

Certes, depuis, je cours toujours un peu après cette magie. J’ai sans doute perdu un peu de capacité d’enthousiasme avec l’âge. Mon amour profond pour les Jeux Olympiques est cependant toujours là. Sinon, je ne serais pas debout à 5h du matin pour mon premier jour de vacances à écrire ces mots. Mais il y a sans doute un peu de nostalgie dans cet amour désormais. Mais la nostalgie est un sentiment comme un autre, qui n’en est pas forcément moins intense. Alors même s’il va falloir se lever tôt, je compte bien vivre pleinement ces Jeux Olympiques de Tokyo, forcément un peu particulier.

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MINARI : Rêves en exil

Quel est le prix que l’on est prêt à payer pour réaliser ses rêves ? Qu’est-on prêt à sacrifier pour y parvenir ? Quand doit-on renoncer ? Vous avez quatre heures… Ou bien vous pouvez faire le choix, pertinent d’aller voir Minari. Un film américain qui vous emmènera en Arkansas pour suivre le destin d’une famille coréenne qui compte y trouver un lieu pour y connaître fortune et succès. Evidemment rien ne sera simple, ni se déroulera comme prévu. Le choc des cultures sera plutôt violent, surtout quand vient se joindre à eux une grande-mère qui ne compte pas spécialement se fondre dans la masse.

Le fameux rêve américain n’a pas fini d’inspirer des histoires, tant il peut être abordé de bien des manières. Il faut bien avouer qu’une vision désabusée donne souvent le résultat le plus intéressant. Minari en est la preuve. Du rêve au cauchemar, il n’y a souvent qu’un pas et toute la volonté du monde ne garantit pas toujours le succès. Tout cela, quand il est traité avec ce qu’il faut d’intelligence, donne un drame au sens noble du terme. On n’en ressort peut-être pas débordant d’optimisme, mais jamais l’histoire ne noircit le tableau de manière gratuite. Le film nous offre une jolie réflexion humaniste, le tout enrobé dans un portrait sans concession de l’Amérique profonde et de ses contradictions.

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GAGARINE : La cité dans les étoiles

Les lieux ont une histoire et même parfois une âme. C’est évidemment vrai pour des lieux hautement symboliques, ayant traversé l’histoire et qui nourrissent l’imagination y compris de personnes ne les ayant jamais vus en vrai. Il suffit de voir l’émotion mondiale provoquée par l’incendie de Notre-Dame. La perspective de la destruction de la cité Gagarine d’Ivry-sur-Seine n’a pas ému grand monde. Pas grand monde, sauf tous ceux qui ont pu y vivre, naître ou grandir. Un long métrage, sombrement appelé Gagarine, né d’un court-métrage documentaire sur les habitants de la cité, vient leur rendre hommage. Un film d’une étonnante poésie pour un sujet qui aurait pu facilement virer au pur drame social et misérabiliste.

Gagarine dresse un double portrait. Celui de la cité vouée à la destruction, vous l’aurez compris, mais aussi celui d’un jeune garçon qui n’accepte pas la situation et entreprend même de rénover ces bâtiments parfois proche de l’insalubrité. Un projet un peu fou qui va… Non je ne dirai rien de plus car l’histoire va prendre des chemins inattendus et c’est en cela qu’il prend tout son intérêt. L’histoire est final d’une force que l’on imaginait pas, dégageant une profonde émotion qui ne vient pas de ce à quoi on pouvait s’attendre vu le sujet de départ. Il parvient à parler avec la même puissance du lieu et de ses habitants. Et c’est là son plus grand mérite.

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MÉDECIN DE NUIT : Nuit noire

Le film noir, grande tradition du cinéma hexagonal, peut prendre des formes particulièrement variées. Evidemment, on pense plus naturellement à un détective bourru ou un flic flirtant constamment avec la légalité. Un peu moins à un docteur. Pourtant Médecin de Nuit est un vrai film noir. Pas uniquement par son caractère avant tout nocturne. Aussi parce qu’il explore quelques recoins sombres de l’âme humaine, là où la violence et la force façonnent les rapports humains et peu facilement broyer les plus faibles. Vous l’aurez compris, on est loin de l’ambiance de Grey’s Anatomy. Ce film ravira les amateurs de plongée dans les bas-fonds plutôt que ceux qui ont toujours rêvé d’écouter à travers un stéthoscope.

Comme beaucoup de films noirs hexagonaux, Médecin de Nuit repose largement sur les rapports entre les personnages. Des rapports souvent ambigus et tendus, qui créent une ambiance particulière dès les premières minutes. On sent bien que chacun d’eux cache quelque chose et qu’ils auraient bien tort de se fier les uns aux autres. Le scénario repose sur une sortie progressive de l’ambiguïté, soit par la découverte de la vérité, soit par les choix que doivent faire les personnages. Cette somme de petits rebondissements forment une histoire particulièrement solide, l’exercice étant mené avec beaucoup d’intelligence et de subtilité. Il parvient à maintenir la tension jusqu’au bout avec une force remarquable, captivant le spectateur au passage.

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CRUELLA : Vilaine surprise

Un des beaux livres qui trônent depuis le plus longtemps dans ma bibliothèque, auquel je suis particulièrement attaché, est consacré aux méchants dans les films de Walt Disney. Cependant, les 101 Dalmatiens ne fait pas partie de mes classiques préférés de la firme aux oreilles rondes. C’est donc sans attentes particulières que je suis allé voir Cruella, surpris par la nature particulièrement positive des critiques formulées à l’encontre de ce film. Mais parfois les points de départ les moins attractifs donnent des résultats surprenants. En tout cas, cela confirme bien à mes yeux le fait que ce sont bien les « vilains » qui donnent tout leur intérêt et toute la profondeur aux histoires.

Cruella est un film de personnages. Personnages au pluriel, car le fil rouge du scénario est le duel entre deux personnalités, dont la rivalité va aller crescendo. Plus encore que les péripéties, c’est bien l’attachement ambiguë que l’on ressent pour le duo. Elles évoluent dans un univers où les bonnes idées se multiplient pour donner naissance à un film doté d’un supplément d’imagination apportant une réelle plus-value. Tous les éléments pour proposer un excellent divertissement sont rassemblés pour le plus grand bonheur des spectateurs, ravis de trouver un petit rayon de soleil au milieu de cet été pourri.

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SANS UN BRUIT 2 : Le danger après le virage

Quand un film à petits moyens connaît un grand succès et qu’une suite est envisagée se pose alors une difficulté supplémentaire par rapport à celles déjà nombreuses que connaissent les deuxième épisode. En effet, il faut gérer le changement de statut. Sans Un Bruit était un huis-clos où l’angoisse naissait d’une ambiance oppressante, plus que d’un déluge d’effets spéciaux. Sans Un Bruit 2 est un film à beaucoup plus grand spectacle, avec une bonne dose d’action, grâce, imaginons-le, à un budget nettement plus confortable. Un virage délicat mais parfaitement négocié ici, en préservant l’esprit du premier volet et en ne misant pas uniquement sur le bruit à la fureur.

Sans Un Bruit 2 reprend exactement là où le premier nous avait laissé. Avoir vu ce dernier facilitera la compréhension, mais je pense qu’il est tout à fait possible de rentrer dans ce deuxième volet même sans cela. La complexité du scénario n’est de toute façon pas le point fort de ce film. Mais même si les éléments sont très classiques, et finalement sans grande surprise, ils sont manipulés avec assez d’habileté par John Krasinski pour que l’on prenne un vrai plaisir à suivre cette histoire. C’est rythmé, sans fioriture, mais avec pas mal de petites idées qui font vraiment la différence et nous procurent tous les frissons pour lesquels le spectateur s’est déplacé dans une salle obscure.

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LA NUÉE : Le bon genre

Le cinéma a, au cours de son histoire, réussi à faire passer tout un tas de choses pour une menace mortelle. Quand le ton est à la parodie, cela peut aller jusqu’aux tomates tueuses ou bien encore la moussaka géante. M. Night Shyamalan a même prouvé que l’on pouvait faire des plantes vertes des psychopathes en puissance. Faire de simples criquets un objet d’inquiétude qui vire vite à l’angoisse n’est donc pas si impressionnant que cela. Pourtant, on ne peut que saluer la qualité de la Nuée, un film de genre bien français. Un domaine où le 7ème art hexagonal s’aventure de plus en plus. Et au vu du résultat, on ne va pas s’en plaindre !

La Nuée n’est pas un film d’horreur à proprement parler. Il s’agit plutôt d’une plongée progressive vers une folie destructrice. Just Philippot maîtrise à la perfection de faire sentir au spectateur dès les première seconde que des événements a priori anodins vont conduire de manière certaine à une terrible catastrophe. Cela crée une tension narrative immédiate, qui ne fera qu’aller crescendo pour un final, qui a de plus le mérite de ne pas être cousu de fil blanc. Beaucoup de maîtrise narrative et artistique pour un premier long métrage vraiment prometteur. J’ignore si Just Philippot a l’intention de changer de style pour son prochain film, mais on peut que se réjouir à l’idée que le cinéma français compte un réalisateur de films de genre d’un aussi grand talent.

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PALMARES 2020 : S’il n’en reste que trois…

tenet2020, année définitivement particulière dans tous les domaines. Pour le 7ème art forcément aussi, avec les salles obscures fermées la moitié de l’année et de très nombreuses sorties repoussées sine die. Ce palmarès 2020 sera donc maigre. Seulement trois films, dont une reprise. Autant dire quasiment rien. J’aurais effectivement pu modifier les critères de sélection pour l’occasion, en baissant la barre de sélection à 14,5 (ce qui aurait permis à le Cas Richard Jewell et Drunk de figurer dans le classement) ou à 14. Mais je suis un homme de principes !

Ce classement voit triompher pour la seconde fois Christopher Nolan, après son couronnement en 2010 pour Inception. Tenet est un film qui a profondément divisé, mais son caractère unique et les qualités artistiques exceptionnelles de ce cinéaste font qu’il sort du lot et ne peut laisser indifférent. Il prouve que l’imagination et le talent parviennent encore à renouveler des thématiques déjà maintes fois traitées.

1917 est aussi l’œuvre d’un immense cinéaste, Sam Mendes. Un chef d’œuvre d’une grande audace formelle. Une plongée vertigineuse dans l’horreur de la guerre qui saisit le spectateur de la première à la dernière seconde. Du grand spectacle, mais bien plus qu’un spectacle !

Enfin Akira est un grand classique du cinéma de science-fiction. Sorti à l’origine en 1988, le film nous emmène en…2020. Le futur décrit n’est pas celui que l’on connaît (et heureusement). Même si certains aspects ont quelque peu vieilli, mais cela reste un chef d’œuvre que certains spectateurs, comme moi, ont eu la chance de découvrir sur grand écran pour la première fois.

1917Niveau interprétation, j’accorderai une mention spéciale à Laure Calamy, Pete Davidson et Mads Mikkelsen pour leur interprétation dans respectivement Antoinette dans les Cévennes, The King of Staten Island et Drunk. Autant de performances qui nous font espérer que 2021 sera une merveilleuse année cinématographique… Enfin dès que les cinémas auront rouvert…

Le CLASSEMENT :

1-Tenet
2-1917
3-Akira

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPILOGUE : Socialiste un jour…

epilogueQuand j’ai commencé le récit que je viens d’achever, j’imaginais l’écrire sur quelques mois, et non en un peu plus de trois ans. Au départ, j’avais prévu de le terminer sur un épilogue intitulé « et maintenant ? ». Cependant, cela n’aurait plus vraiment de sens de l’écrire aujourd’hui. J’aurais pu faire le choix aussi de poursuivre mon récit qui serait devenu « 13 ou 14 ans au Parti Socialiste ». Mais cela n’aurait pas non plus tellement de sens, tant le bloc des dix années entre la défaite de Ségolène Royal et le renoncement de François Hollande constitue un cycle complet avec son début et sa fin. Depuis, c’est une autre histoire qui a commencé à s’écrire et bien difficile aujourd’hui de savoir où elle va mener le Parti Socialiste.

Cela ne veut cependant pas dire que je n’aurais rien à raconter sur ces trois années et demi depuis le début de l’écriture de mon récit. Le PS parisien est un monde particulier qui vaut bien celui des Yvelines. Et j’ai trouvé dans le 18ème une Section d’une autre dimension que celle de Viroflay. Avoir Lionel Jospin comme camarade lors des réunions de Section vous donne l’occasion de quoi nourrir une narration. Les dernières élections municipales ont aussi donné lieu à quelques épisodes savoureux. Peut-être un jour viendra où j’aurais envie d’en tirer quelques lignes et à les partager.

Mais rien n’est moins sûr. Si j’ai eu envie de raconter ces dix années, de 2007 à 2017, ce n’est certainement pas pour cracher dans la soupe ou pour dénoncer quoique ce soit. C’est pourtant facile ou tentant de jouer les donneurs de leçons. Je reconnais que je ne suis certainement pas parvenu à échapper totalement à ce travers. Mais j’espère ne pas ressembler à tous ceux que j’ai croisés, prompts à critiquer, sans se remettre eux-mêmes en question et criant au scandale quand ils ne sont simplement pas parvenus à gagner la confiance des autres.

Ecrire ce récit était avant tout une façon pour moi d’essayer de mieux comprendre ce qui a pu se passer lors de ces dix ans. Passer d’une aussi belle ascension vers le succès à une cruelle chute qui a mené le PS au bord du néant. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais au moins j’ai pu mettre certaines de mes idées et de mes constats au clair et d’avoir une vue d’ensemble des processus de conquête et de déclin.

Si j’ai une conclusion à apporter est que, finalement, l’histoire du PS, comme celle de toute organisation, est une histoire humaine avant tout, largement autant qu’une histoire politique. L’organisation collective est supposée écarter les travers individuels. Je me rends compte aujourd’hui que cette idée est belle sur le papier, mais se heurte à une réalité toute autre. L’histoire que j’ai racontée en est une illustration frappante. Mais je pourrais en raconter des similaires au sein d’entreprises ou d’associations où j’ai pu évoluer. Les organisations humaines souffrent des mêmes défauts que les êtres humains. Si un jour, le PS l’acceptait, il ferait un grand pas en avant…

40 épisodes pour arriver à une conclusion aussi courte… Tout ça, pour ça ! pourrait-on dire… Mais elle me permet de mieux comprendre pourquoi je suis resté « malgré tout ». Je connais beaucoup d’ancien compagnons de route qui me demandent pourquoi j’y crois encore. Je leur répondrais d’abord que tout cela n’est pas une question d’individus, d’organisation ou même d’idéologie. Tout cela est avant tout une question de nature humaine. Alors, je finirais par dire que, tout simplement, ne plus y croire, cela ne serait pas uniquement ne plus croire dans le PS, cela ne serait plus croire dans le fait que l’être humain puisse être meilleur demain. Et ne plus croire en cela, ce ne serait définitivement plus être socialiste. Et ça, ce n’est pas pour demain…

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 40 : Plus dure fut la chute

episode40En racontant cette histoire, je pourrais mentir en disant que je n’ai jamais envisagé de voter pour Benoît Hamon aux élections présidentielles. Je me suis bien posé la question… pendant les quelques jours suivant les primaires où il a semblé bénéficier d’une dynamique suffisante pour avoir ses chances. Cela ne dura pas longtemps avant qu’on lui colle l’étiquette du Monsieur 6%, score que lui promettait les sondages et qui a bien été le sien.

En racontant toute cette histoire, je me suis toujours évertué à éviter de me décrire comme quelqu’un qui aurait toujours tout prévu et qu’on n’aurait jamais écouté. C’est toujours tentant de le faire a posteriori. Mais un beau jour, j’ai écrit ce billet : https://www.julienbouffartigue.net/index.php/blog-actualites/1992-apprendre-de-ses-victoires. Dans celui-ci, j’écrivais : Benoît Hamon a remporté les primaires en étant l’homme qui défendait une idée forte et tous ses adversaires se sont évertués à en faire le centre du débat et lui offrir la victoire sur un plateau. Qu’il continue sur cette voie s’il compte l’emporter. La principale question est de savoir s’il possède encore des munitions pour reprendre la main. S’il compte s’asseoir à l’Elysée avec le seul revenu universel comme étendard, il va au devant d’une grande désillusion.
J’ignore s’il a encore des idées fortes sous le coude. Mais sa victoire sera à ce prix. Et uniquement à ce prix !

Je suis donc en droit de le dire, j’avais anticipé le désastre qu’allait représenter sa candidature. Et pas uniquement à cause de toutes les raisons que j’avais de lui vouer un mépris, voire une certaine forme de haine. J’avais identifié sa faiblesse et il s’est passé exactement ce que j’avais prédit. J’aurais sincèrement préféré que l’histoire me donne tort. Je ne sais pas si cela me confère un titre de gloire, mais cela constitue certainement un des éléments qui m’ont fait m’estimer légitime pour livrer ainsi ma vision de ces dix années.

J’aurais pu, du coup, me tourner vers Jean-Luc Mélenchon. Mais je pense que tous ceux qui m’ont fait l’honneur de me lire savent à quel point cela ne pouvait constituer une option pour moi. Il ne représente pas à mon sens simplement quelqu’un avec qui je peux avoir des désaccords. Je suis même souvent d’accord avec lui, car c’est certainement un des hommes politiques les plus intelligents de notre pays. Mais il défend une conception globale de la société qui est dangereuse. L’histoire a prouvé à de maintes reprises qu’elle provoquait toujours des drames sanglants à chaque fois qu’elle a eu l’occasion d’accéder au pouvoir.

Comme je l’ai évoqué dans le précédent billet, avant d’être rattrapé par la justice, François Fillon paraissait comme l’immense favori de l’élection présidentielle. Sa victoire aurait marqué une alternance droite/gauche, tout ce qu’il y a de plus classique. Le Nouveau Monde aurait peut-être bien du mal à l’admettre aujourd’hui, mais sans les soucis judiciaires du candidat des Républicains et l’incompréhensible choix de ces derniers de ne pas en changer, il n’aurait jamais pu émerger. Emmanuel Macron allait définitivement arriver au pouvoir par défaut et grâce à des circonstances qui n’ont rien à voir avec son talent ou son sens politique. Sans elles, le fait de ne pas s’appuyer sur un bloc militant fort et historique aurait constitué une faiblesse rédhibitoire.

L’enjeu du premier tour devient donc rapidement de savoir qui accompagnera Marine Le Pen au second tour pour finalement l’emporter certainement contre elle. La lutte est serrée. Si je n’ai jamais cru que Mélenchon puisse vraiment y accéder, le score de François Fillon dans les sondages continuent de se maintenir à un niveau étonnant. Or, je refuse de me voir contraint à un second tour entre la représentante du Front National et le représentant d’une droite réactionnaire et conservatrice. Avoir voté Jacques Chirac en 2002 avait déjà été assez douloureux comme ça.

Là encore, je ne veux pas réécrire l’histoire. Je ne le nie pas. L’émergence d’En Marche m’a interrogé. Si vous avez suivi les 39 épisodes précédents, vous imaginez bien que rejoindre un mouvement donnant un grand coup de pied de la fourmilière du militantisme politique me tente l’espace d’un instant. Mais idéologiquement, tout cela me semble trop flou pour que je puisse m’y engager. Je suis en retrait de la vie du PS et tout me pousse à garder cette posture d’attente. Mais mon choix est fait très vite après les primaires citoyennes. Je vais voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour.

La perspective d’un vote d’adhésion, plutôt qu’un vote utile, s’éloigne vite. Les options économiques du programme d’Emmanuel Macron l’éloignent vite du centre gauche, qu’il aurait pu facilement incarner, pour aller chasser sur les terres de la droite. Cyniquement, je ne peux que reconnaître que c’est tactiquement ce qu’il fallait faire. La gauche est en lambeaux et les électeurs comme moi sont résignés à voter pour lui. Pour être sûr d’accéder au second tour, il doit continuer à capter l’électorat qui se serait naturellement tourné vers François Fillon, sans les problèmes judiciaires de ce dernier. J’acte donc vite que je vais voter pour un candidat qui n’est pas sur la même ligne économique que moi. Je me console alors avec le progressisme qu’Emmanuel Macron semble encore afficher sur les questions sociétales. Je vivrais comme une trahison le tournant conservateur de son quinquennat.

Pour le premier tour, je tiens ma place au bureau de vote. Officiellement, je représente… Benoît Hamon. Ce simple fait résume à lui seul à quel point mon univers militant n’est plus qu’un champ de ruines dans lequel je me sens un peu perdu. Le soir, en voyant Emmanuel Macron devancer François Fillon et accéder au deuxième tour, je me sens soulagé. Je sais que Marine le Pen ne pourra pas le battre. Mais, pour moi, qui ai vécu si intensément 2002, la faiblesse de l’écart final restera comme une blessure.

Le jour de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, une page de ma vie se tourne. Non que le PS soit toute ma vie, loin de là, mais elle apporte la conclusion à un long cycle de dix ans faites d’abord de tant de victoires avant une longue agonie. Tout est à reconstruire. Une nouvelle histoire est à écrire… Rendez-vous dans dix ans ?