CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 6: Les petits nouveaux

Entre la compétition pour choisir la ville organisatrice des Jeux et les compétitions sur la piste, a lieu une troisième compétition qui échappe largement aux feux médiatiques. En effet, des nombreux sports cherchent à intégrer le programme olympique, quand d’autres essaient de sauver leur peau. Pour Tokyo, quatre d’entre eux font leur entrée. En attente de l’escalade, la première semaine a permis de découvrir les trois premiers. Les commentateurs de tout ordre, des grands médias au café du commerce, ont évidemment de quoi donner leur opinion sur ces nouveaux venus. Je ne vais donc pas manquer de participer à l’exercice.

Commençons par celui qui ne m’a franchement pas convaincu. L’arrivée du skateboard a fait polémique au sein même des acteurs de ce sport, dont beaucoup conteste le principe même de compétition. Ceux qui s’attendaient à des acrobaties spectaculaires n’en ont pas eu pour leur argent. Le concours s’est surtout résumé à des figures se distinguant peu les unes des autres. Il s’agit aussi d’un sport reposant uniquement sur des notes données par des juges, ouvrant la porte à d’interminables débats éventuels sur la légitimité du vainqueur. Enfin, voir sur le podium des adolescentes de moins de quinze ans ne renvoie par l’image d’un sport sérieux demandant un long apprentissage pour accéder à la maîtrise du geste juste ou du physique adéquat.

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TITANE : Voyage pénible en terre inconnue

Il est rare qu’un film récompensé par une Palme d’Or fasse totalement l’unanimité. Cela tient à la nature des longs métrages sacrés, qui se distinguent le plus souvent par une forte originalité, voire un caractère hors normes. Titane n’échappera pas à la règle. Tout le monde s’accordera à dire que l’on ne voit pas des films comme celui-ci tous les jours et sur tous les écrans. Le reste prêtera forcément à des débats où les opinions seront partagés, voire totalement contraires. En effet, certains trouveront le spectacle fascinant, d’autres le trouveront absolument insupportable. En tout cas, il y a peu de chance qu’il laisse quiconque indifférent.

Et moi ? J’avoue avoir eu longtemps du mal à savoir ce que je pensais de Titane tout le visionnant. Une part de moi avait envie que ce spectacle gore et dérangeant s’arrête au plus vite. On connaissait déjà le goût de Julia Ducournau pour ce genre d’ambiance, découverte avec Grave. Elle met la barre encore un peu plus haut en la matière et il vaut bien avoir le cœur bien accroché pour la suivre. Mais une autre part de moi se trouvait profondément intrigué par cet univers noir et étrange, qui prend vie à travers une réalisation formellement sublime. Et puis, le dénouement m’a fait prendre un peu de recul sur ce que je voyais et réaliser quelque chose… En fait, ce film est juste l’histoire d’une fille qui se fait engrosser par une voiture. J’ai alors trouvé ça aussi ridicule que gratuit et toute forme de magie s’est éteinte.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 5: L’essence d’une championne

Depuis le début des Jeux Olympiques, j’ai parlé avant tout de belles histoires et d’événements inattendus, source d’émotions fortes. Cependant, certaines médailles d’or représentent le dénouement d’une histoire sans surprise. La notion de favori est évidemment subjective, mais pour beaucoup d’épreuves un nom se détache assez nettement pour faire l’unanimité. Il y a deux jours, je me demandais ce qui pouvait bien se passer dans la tête d’une athlète sur le point de devenir championne olympique à la surprise générale. Désormais, je m’interroge sur ce qui se passe dans celui d’une athlète dont tout le monde attend qu’elle le devienne.

Cette nouvelle journée olympique nous a offert deux beaux exemples côté français. Tous les pronostics nous prédisaient deux médailles d’or presque assurées. En VTT, c’était même un doublé qui nous était promis. A la place, ce fut un triplé suisse, ridiculisant les certitudes affichées par beaucoup de commentateurs hexagonaux. Il serait tentant d’accabler Pauline Ferrand-Prévôt et Loana Lecomte, mais un peu de recul permet de se dire qu’elles sont avant tout victimes d’un optimisme béat et mal placé. L’une aura subi une chute et une crevaison, l’autre a juste rappelé l’importance de la notion de préparation et de pic de forme. Les mêmes commentateurs parlent désormais de désastre. C’est avant tout leur ignorance de la réalité du sport de haut niveau qui est désastreux.

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ANNETTE : Talent et prétention

Le prétention est un travers très dommageable pour un artiste. Connaître sa valeur est important, se croire plus talentueux que ce qu’on est réellement représente un vilain défaut. D’après certains critiques, Leos Carax est un véritable génie. Ils avaient chanté les louanges d’Holy Motors son précédent film. De mon côté, j’avais trouvé le film incroyablement ridicule et mauvais. Je ne formulerai pas un jugement aussi dur sur Annette, qui vient de recevoir le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Par contre, je ne déborderai toujours pas d’enthousiasme pour un long métrage signé par un réalisateur d’un immense talent, mais persuadé à tort d’être un pur génie.

Leos Carax se distingue par une imagination débordante. C’est évidemment une qualité non négligeable, mais le travail ne s’arrête pas là. Il faut faire le tri parmi tout ce qui germe dans son esprit, ne garder que le meilleur pour le retravailler, le polir pour arriver à un résultat réellement abouti. Annette regorge d’idées et de créativité. Mais tout semble livré de manière brute, sans prise de recul pour voir si c’était vraiment à retenir. Cela donne une alternance de moments de grâce cinématographique et de passages un peu ridicules ou horriblement longs, qui nous empêchent de rentrer totalement dans ce film. Comme si être sorti de l’esprit de Leos Carax se suffisait à lui-même pour justifier une présence à l’écran.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 4: Justice et injustice

Le meilleur a gagné ! Voilà le constat qui est supposé conclure chaque compétition. Le champion olympique est celui qui s’est montré le plus performant. Et ce n’est que justice ! Enfin logiquement. En effet, il arrive parfois qu’un des battus trouve que ce n’est pas la justice qui triomphe avec son vainqueur, mais bien l’injustice. Or, si être battu par plus fort que soit peut simplement décevoir, être battu par une injustice a quelque chose d’insupportable, tant cela trahit l’esprit même d’une compétition saine et loyale. Surtout quand la compétition en question est aussi prestigieuse que les Jeux Olympiques.

L’histoire du sport est jalonnée d’injustices devenues parfois légendaires. Et derrière beaucoup d’entre elles se trouvent quelque chose de terriblement faillible… Le jugement humain. Combien d’arbitres ou de juges ont vu leurs décisions contestées et jugées scandaleuses par ceux dont elles ont précipité la défaite ? A une époque où la technologie semble capable de résoudre tous les problèmes, cela devient de plus en plus insupportable. Le sport s’adapte du coup à cette exigence, en faisant de plus en plus appel à cette technologie supposée miraculeuse, sous forme de vidéos et capteurs divers.

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BENEDETTA : Soeur soupirs

Les couvents et les monastères constituent des décors particulièrement propices pour des histoires de toute sorte. Nimbés de mystère et de spiritualité, ils peuvent être l’objet de nombreux fantasmes, liés à l’ignorance par ceux qui vivent en dehors de ce qui se passe réellement à l’intérieur. De nombreux auteurs s’en sont emparés et y donner vie à leur récit. Paul Verhoeven se prête au jeu à son tour et quand on connaît la réputation sulfureuse du Néerlandais, on pouvait s’attendre à un film ne passant pas inaperçu. Benedetta nous fait découvrir, de manière plus ou moins romancé, la vie de Benedetta Carlini qui a vécu en Toscane au début du XVIIème siècle.

La biographie dont ce film est l’adaptation avait pour titre « Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne », ce qui pose relativement bien le sujet. Le film aborde la sexualité de manière crue et le sujet de la religion de manière quelque peu provocante. On y reconnaît pleinement le style de Paul Verhoeven et on comprend aisément pourquoi il a décidé de s’emparer de cette histoire. Il parvient à en tirer un récit ne se contentant pas d’être spectaculaire, mais dégageant aussi de la force et une certaine épaisseur. Le scénario ne nous impose pas de leçon particulière, mais chacun pourra en tirer sa propre morale. En tout cas, il exerce une certaine fascination sur le spectateur qui vit le film avec intensité.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO: JOUR 3 : Dans la tête d’une championne olympique

Qu’est ce que ça fait de devenir championne olympique ? Voilà une question que les mordus de sport se sont souvent posés. Personnellement, elle m’est venue à l’esprit en suivant la course cycliste en ligne féminine ce matin, avec la victoire surprise de l’autrichienne Anna Kiesenhofer. Parce que même dans ses rêves les plus fous, elle n’avait jamais dû s’imaginer le devenir. Quand elle a attaqué avec quelques autres en début de course non plus. Dans une course « normale », cette tentative aurait été vouée à l’échec et elle le savait pertinemment.

Mais les kilomètres ont passé et les favorites en jouant à la plus maligne ont oublié de faire descendre l’écart qui les séparait des échappées. A quel moment a-t-elle commencé à y croire ? A quel moment a-t-elle vraiment compris que c’était gagné ? Son cerveau, porté par un corps certainement perclus de douleur par l’effort long et quelque peu surhumain, pouvait-il vraiment tenir un raisonnement ? N’importe qui a pu faire l’expérience de la difficulté à réfléchir quand on est fatigué, mais peu de gens ont expérimenté un tel degré d’épuisement. A-t-elle alors uniquement compris en franchissant la ligne souriante et hilare ? Ou alors est-ce quelques secondes plus tard, quand elle fut frappée de spasmes et de sanglots, sous l’œil indécent de la caméra, que l’idée a pu enfin pleinement prendre forme dans son esprit ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait une réponse claire et définitive à la question. Tout ceci restera donc fascinant, magique, mystérieux…

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BLACK WIDOW : Espionne, mais pas trop

Les super-héros Marvel possèdent de nombreux pouvoirs fort différents les uns des autres. Ceux qui ont l’habitude de lire les comics savent qu’ils en ont cependant tous un en commun… Une capacité à ne jamais mourir définitivement. De grands héros sont tombés, ce qui était alors présenté comme un grand événement. Mais les auteurs se débrouillent toujours à terme pour trouver un moyen de les faire revenir à la vie. Voir arriver sur les écrans un film sur Black Widow, qui a pourtant perdu la vie dans Avengers Endgame, n’a donc rien d’étonnant. Certes, pas de résurrection ici, juste un flash-back, mais on y sent la même volonté de ne pas priver les fans d’une héroïne qu’ils apprécient tout particulièrement. Enfin pas sûr qu’ils apprécient tout autant ce film assez médiocre.

Face à un film comme Black Widow, on est toujours partagé entre l’envie de se montrer malgré tout indulgent pour un film qui nous a tout de même divertit et l’envie de dénoncer une forme de paresse pas vraiment pardonnable, vus les moyens déployés. Certes, on ne s’ennuie pas. On sourit parfois quand le film se tourne vers l’humour. Les scènes d’actions sont efficaces et nombreuses, mais sans grande imagination. Les personnages n’ont rien de particulièrement marquants, même si l’adaptation cinématographique du Maître de Corvée est plutôt réussie, ce qui n’avait rien d’évident quand on connaît le personnage de la bande-dessinée. Et l’intrigue pêche tout de même par un manque d’épaisseur et de crédibilité.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : Jour 2 : La belle histoire

Dans mon billet d’hier, j’évoquais que derrière chaque médaille, il y avait une histoire. Il ne s’agit pas que de sport. Il s’agit aussi d’autant de destins individuels, souvent extraordinaires. On ne devient pas médaillé olympique sans avoir quelque chose qui brûle en soi, allant bien au-delà de l’unique talent. Il faut une volonté, une détermination, une énergie que beaucoup d’athlètes puisent dans des parcours souvent hors du commun. Découvrir ces derniers fait intégralement parti du plaisir que l’on peut prendre à suivre l’actualité sportive. Ceux qui pensent que cela se résume à quelque chose comme « 11 mecs qui courent derrière un ballon » n’ont vraiment rien compris.

Quel meilleur exemple que la médaille de bronze de Lukas Mkheidze, qui a lancé la quinzaine olympique pour la délégation française ! Arrivé en France à 14 ans avec ses parents, fuyant la guerre qui sévissait en Ossétie, région reculée de Géorgie, on sentait dans sa manière de lutter toute l’influence d’une vie qui n’a pas été passée dans le confort et la soie. Sur le tatami, il n’affichait pas la plus belle technique (autant que je puisse en juger en n’étant pas un grand spécialiste du judo) et certainement pas le physique le plus impressionnant (il est le plus petit athlète parmi les Français participant à ces JO), mais il possédait dans le regard un feu qui ne s’acquière pas à l’entraînement.

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PRESIDENTS : Un fauteuil pour deux

Nicolas Sarkozy est un bon personnage pour un film. La Conquête l’avait déjà prouvé en 2011. Quand est-il de François Hollande ? Voilà une bonne question que je n’aurais jamais eu l’occasion de me poser si Anne Fontaine n’avait pas eu l’idée de nous offrir Présidents. Certes, cette comédie politique nous propose des personnages très proches de nos deux précédents personnages, sans être tout à fait eux. D’ailleurs ce pas tout à fait résume assez bien les limites du film, par ailleurs très sympathique et plein de bonnes idées.

Si je dois répondre à la question posée dans le précédent paragraphe, je le ferais plutôt par la négative. En effet, si Présidents repose sur un duo, celui-ci s’avère quelque peu déséquilibré. Ou disons que l’un nous rappelle plus le vrai que l’autre. Cependant, peut-être que mon affection pour l’un et ma détestation de l’autre ne me rend pas totalement objectif. Enfin qu’importe. Il n’en reste pas moins une réflexion parfois pertinente sur le monde politique, l’ambition et le goût du pouvoir. Il rappelle aussi à quel point le personnel politique reste composé de simples êtres humains, avec leurs travers et leurs faiblesses. Simplement, en ne choisissant pas clairement entre le film politique et la comédie, le film ne dépassera pas la fantaisie sympathique. L’originalité de la démarche a cependant quelque chose de rafraîchissant.

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