Lorsque l’on raconte une histoire, qu’on le veuille ou non, on laisse toujours à son lecteur ou au spectateur une certaine liberté d’interprétation. De nombreux films sont à l’origine de débats sans fin pour déterminer le sens de tel ou tel événement du récit. C’est parfois involontaire de la part de l’auteur, mais parfois il laisse cette marge d’incertitude volontairement. Stéphane Demoustier a clairement fait ce choix avec la Fille au Bracelet. Il prouve que ne pas apporter une réponse définitive et toute faite à une question peut avant tout souligner sa pertinence. Surtout quand l’exercice est aussi parfaitement maîtrisé.
Dans un scénario, comme dans la vie, il s’avère particulièrement difficile de cacher quelque chose sans se trahir. Le scénario et l’interprétation peuvent en effet facilement trahir des intentions que l’on chercher pourtant à cacher. Dans la Fille au Bracelet, la question est de savoir si une jeune fille de 18 ans a bien, deux ans plus tôt, commis ou non un odieux meurtre de sang froid. On peut bien sûr ressortir de ce film avec une opinion personnelle. Mais cela tiendra de l’intuition car rien ne vient donner de preuve tangible pouvant donner une réponse ferme et définitive à la question. Du coup, on est forcé de s’interroger sur ce fonde une culpabilité, sur le rapport à l’innocence supposée de la jeunesse et sur le regard que l’on peut poser sur un proche qui subit une telle accusation.
Le casting de la Fille au Bracelet se montre particulièrement brillant. Ce n’est pas en premier lieu grâce à Roschdy Zem et Chiara Mastroianni, certes irréprochables, mais dont le talent est totalement éclipsé par la performance d’une éclatante perfection de Melissa Guers. Quelle maîtrise et quel sang froid pour incarner de manière aussi convaincante un personnage aussi complexe ! On ne peut qu’être admiratif, alors que la moindre faille dans son interprétation aurait compromis. Le seul point faible du casting est Anaïs Demoustier, pas très à l’aise dans son rôle d’avocate générale. Rien qui ne puisse cependant compromettre la réussite de ce film étonnant et qui plonge le spectateur dans un certain trouble. On en ressort sans vérité, mais avec de quoi poursuivre sa propre réflexion une fois sorti de la salle.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Petit film, France 3 cinéma, Frakas productions Distribution : Le Pacte Réalisation : Stéphane Demoustier Scénario : Stéphane Demoustier, livre de Ulises Porra, Gonzalo Tobal Montage : Damien Maestraggi Photo : Sylvain Verdet Décors : Catherine Cosme Musique : Carla Pallone Durée : 96 min
Casting : Melissa Guers : Lise Roschdy Zem : Bruno Chiara Mastroianni : Céline Annie Mercier : l’avocate de Lise Anaïs Demoustier : l’avocate générale Carlo Ferrante : l’avocat des parties civiles Pascal-Pierre Garbarini : le président du tribunal
Depuis quelque temps, on voit fleurir sur nos écrans des films sur le désir d’émancipation de la jeunesse du Maghreb, et plus largement même du monde arabe. Cela tourne le plus souvent autour de l’envie de vivre librement ses amours et ses désirs. L’envie de créer librement a également été mise en avant. Un Divan à Tunis aborde la question par un angle réellement original et au final assez efficace. A travers son film, Manele Labidi nous raconte le parcours d’une jeune femme qui a quitté Paris pour revenir sur sa terre natale pour ouvrir un cabinet de psychothérapie.
Un Divan à Tunis reste avant tout un film léger, pour ne pas dire une comédie. Mais il n’en est pas moins pertinent. En effet, il livre un portrait plein de tendresse de la société tunisienne, que l’on soupçonne être relativement fidèle. Evidemment, je ne la connais pas assez pour réellement en juger, mais en tout cas le propos est convaincant, même quand le ton est clairement à la caricature. Le film séduit aussi par la galerie de personnages qu’il nous propose. En premier lieu, les clients qui défilent dans le cabinet, mais aussi bien d’autres protagonistes de cette histoire (j’ai une affection particulière pour la fonctionnaire du Ministère de la Santé). Beaucoup sont des vecteurs d’effets comiques, mais chacun d’eux à quelque chose à dire et à nous apprendre sur la société tunisienne.
Je suis un peu gêné d’aborder le sujet du casting puisque Golshifteh Farahani et moi-même vivons une histoire d’amour passionnée. Bon ok, uniquement dans mes rêves les plus fous, mais tout de même. Ce n’est sûrement pas sa très belle performance qui va la faire quitter mes songes. C’est cependant tout le casting qui est à saluer sans aucune modération. Il est parfaitement mis en valeur par la réalisation de Manele Labidi qui donne un vrai rythme à son récit et met parfaitement en lumière les paysages urbains de Tunis. Au final, le film séduit par ses nombreuses qualités lui permettent d’allier intelligence et divertissement.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Kazak productions, Arte france cinéma Distribution : Diaphana distribution Réalisation : Manele Labidi Scénario : Manele Labidi Montage : Yorgos Lamprinos Photo : Laurent Brunet Décors : Mila Preli Musique : Flemming Nordkrog Durée : 98 min
L’amour n’a pas de frontière, n’a pas d’âge, tout ça, tout ça… Dans la vie ce n’est malheureusement pas si simple. Au cinéma parfois non plus, quand les films « romantiques » délaissent les fleurs bleues pour un peu de réalisme. Deux est un très beau film d’amour, mais avant tout un film sur la difficulté à vivre un amour « hors normes ». Un sujet délicat qui demande un minimum de subtilité pour être un minimum intéressant. Si celui-ci est imparfait, il traite avec beaucoup de pertinence et surtout d’émotion des rapports humains et des sentiments plus forts que les conventions sociales.
Le sujet de Deux se déploie à deux niveaux. Le cœur se situe dans l’histoire d’amour entre les deux principales protagonistes. Je ne dévoilerai rien des péripéties qu’elles vont affronter, mais cet aspect du récit n’est en rien contemplatif. Mais tout se déroule au profit d’une émotion profonde et sincère transmise avec beaucoup de force aux spectateurs. L’autre aspect est dans la relation avec les enfants, qui ne vont pas accepter facilement la situation. Cette dimension est traitée de manière un peu plus caricaturale, trop en tout cas pour vraiment donner une couche supplémentaire d’intérêt à l’histoire. Il n’en avait pas forcément besoin pour mériter d’être vu, mais il se prive d’une force supplémentaire.
Le duo formé par Barbara Sukowa et Martine Chevallier illumine le film et le porte avec un talent et une conviction assez incroyable. Elles donnent réellement vie à leurs personnages et surtout aux sentiments qui les lient. Martine Chevallier en particulier donne une totale crédibilité à des événements qui demandaient un immense talent d’interprétation. Léa Drucker est plus en retrait, mais c’est avant tout lié à son personnage qui manque un rien d’épaisseur. Mais au final, c’est peut-être un mal pour un bien car cela met encore plus en lumière toute la beauté de cette histoire d’amour entre deux femmes, qui nous portera vers un dénouement très réussi, ce qui n’est jamais gagné d’avance dans ce genre d’histoire. Vive l’amour !
Pour parler d’un sujet grave et sérieux, dramatique et triste, on peut évidemment choisir de raconter une histoire grave et sérieuse, dramatique et triste. Mais on peut aussi prendre le parfait contre-pied et se servir du rire et de la dérision pour passer les mêmes messages. Bien sûr, l’exercice devient alors beaucoup plus périlleux. Il faut avoir un peu de courage pour oser s’aventurer dans cette voie. Certains réalisateurs ont eu cette audace. Depuis la Vie est Belle de Roberto Benigni, on sait que même la thématique de l’Holocauste peut être traitée avec bonheur de cette façon. Une nouvelle preuve avec Jojo Rabbit, même si ce film deviendra certainement moins culte que son illustre prédécesseur.
Taika Waititi a vraiment osé en réalisant ce film. Il y a une vraie prise de risque artistique qui mérite beaucoup de respect à elle seule. C’est ceux qui ne prennent jamais de risque qui ne font jamais d’erreur. Jojo Rabbit est un film largement imparfait, un peu foutraque et pas toujours totalement abouti. Mais il tire de ce bordel organisé une énergie tout à fait appréciable. La réalisation, le casting, le scénario, tout cela s’engage dans la direction définie avec énormément de conviction. Ils finissent par la transmettre au spectateur qui rentre dans cette histoire avec beaucoup de jubilation. Le rire va vite succéder aux larmes, puis au rire, plus aux larmes, mais la douche écossaise est vraiment plaisante ! Chaque émotion nourrit l’autre et c’est elles que l’on retient au final, bien plus que les imperfections.
Jojo Rabbit nous permet de découvrir un duo de comédiens dont la valeur n’attend certainement pas le nombre des années. Roman Griffith Davis et Thomasin McKenzie sont les vraies stars de ce film. On est toujours un peu embêté pour juger les enfants acteurs, mais ce qui leur était demandé ici s’apparentait à un travail d’acteurs que peu d’adultes auraient pu réaliser avec autant de justesse. Ils éclipsent largement Scarlett Johansson et Sam Rockwell, qui proposent un travail sérieux, mais sans génie particulier. La petite déception vient de Taiki Waititi en tant qu’acteur. Son Hitler, ami imaginaire ridicule, reste une des idées pas totalement exploitées de ce film. Mais il a mis tellement de lui-même dans ce film qu’on lui pardonne aisément ce moment de faiblesse pour saluer encore une fois les risques pris ! Qu’il puisse en inspirer d’autres !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : TSG Entertainment, Piki Films, Defender Films, Czech Anglo Productions Distribution : 20th Century Fox Réalisation : Taika Waititi Scénario : Taika Waititi, roman de Christine Leunens Montage : Tom Eagles Photo : Mihai Malaimare Décors : Ra Vincent Musique : Michael Giacchino Durée : 108 min
Casting : Roman Griffith Davis : Jojo Thomasin McKenzie : Elsa Scarlett Johansson : Rosie, la mère Taiki Waititi : Adolf Sam Rockwell : Capitaine Klenzendorf Rebel Wilson : Fraulein Rahm Alfie Allen : Finkel Stephen Merchant : Deertz Archie Yates : Yorki
Le manichéisme est un mal particulièrement répandu au cinéma, mais dans toute forme de narration en fait. Quand il s’agit d’une pure fiction, ce n’est pas très grave, voire souhaitable. Combien d’histoires prennent tout leur intérêt grâce à un méchant mémorable, car vraiment, mais alors vraiment, méchant ? Quand on touche à la réalité par contre, la situation est différente. Dans le monde réel, rien n’est simple, gris ou noir. Ce sont donc souvent les histoires vraies qui laissent le plus de place à la diversité des points de vue qui sont les plus marquantes. Au cours de son histoire, le septième art hollywoodien a souvent fait des Occidentaux les gentils, défenseurs de la liberté, et des « communistes » la figure du mal incarné, prêts au pires exactions pour arriver à leurs fins. On touchait évidemment à la caricature. Cuban Network nous plonge dans la guerre froide entre les Etats-Unis et Cuba avec un angle inattendu et qui donne surtout tout son intérêt au propos.
Dans les années 80 et 90, des mouvements anti-castristes basés à Miami ont organisé plusieurs attentats sur le sol cubain, faisant quelques victimes au passage. Cuban Network raconte l’histoire des espions envoyés par le pouvoir de la Havane pour infiltrer ces mouvements et empêcher de nouveaux attentats et de nouvelles victimes. Des espions agissant dans l’illégalité sur le sol américain pour empêcher des mouvements agissant dans l’illégalité sur le sol américain et cubain. Bref, une histoire sans gentil et sans méchant, juste le portrait d’hommes et de femmes et un panorama plutôt brillant de la complexité de la situation. Le spectateur manque un peu de repère au début, ne sachant qui aimer ou détester. Mais il finira par apprécier de découvrir cette facette peu connue des rapports entre Cuba et les Etats-Unis.
Olivier Assayas signe donc là un film assez hollywoodien dans la forme, mais dont le propos l’est nettement moins. Il dote Cuban Network d’une réalisation à la fois brillante et efficace. Pas de prise de risque artistique, mais toujours autant de talent. Il brille aussi dans la direction d’un casting riche qui mêle acteurs méconnus et deux grandes stars. Difficile de les distinguer, tant tout ce petit monde donne vie à son personnage avec conviction et application. Le film connaît quelques baisses de rythme, mais l’intérêt du spectateur ne connaît pas de son côté de baisse de régime, car on se demande vraiment où tout cela va nous mener. Un film pour les curieux plus que pour les amateurs de films remplis d’action. Mais les curieux en auront pour leur argent.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : CG Cinéma, RT Features, Nostromo Pictures, Scope Pictures, France 2 Cinéma, Orange Studio, Memento films Distribution : Memento films Réalisation : Olivier Assayas Scénario : Olivier Assayas, livre de Fernando Morais Montage : Simon Jacquet Photo : Yorick Le Saux Décors : François-Renaud Labarthe Musique : Eduardo Cruz Durée : 127 min
Casting : Penelope Cruz : Olga Salanueva Edgar Ramirez : René Gonzalez Gael Garcia Bernal : Manuel Viramontez Wagner Moura : Juan Pablo Roque Ana de Armas : Ana Margarita Martinez Leonoardo Sbaraglia : Jose Basulto
Avoir un style bien à soi et reconnaissable entre tous représente un atout incontestable quand on est un artiste. Cela permet de se démarquer de la masse et de trouver son public. Celui de Guy Richie est suffisamment marqué pour ne pas passer inaperçu. Par contre, à mesure que la carrière avance et que la filmographie se remplit, cette qualité peut tourner en défaut quand le public commence à avoir un sentiment de déjà-vu. The Gentlemen est un film particulièrement réussi, drôle et rythmé, mais il sonne aussi comme un avertissement. En signant un quasi-remake de Snatch, le film qui l’a fait connaître, Guy Richie peut donner l’impression d’un cinéaste en panne d’inspiration.
La nostalgie est un sentiment à la mode. Alors peut-être simplement que Guy Richie a voulu rajeunir ceux pour qui Snatch est un film culte. Vous aviez aimé la transformation de Brad Pitt en gitan incompréhensible, vous aimerez celle de Hugh Grant en paparazzi maître chanteur ! Ce film prouve en tout cas une nouvelle fois la capacité de ce réalisateur à bénéficier de casting particulièrement prestigieux et d’employer certaines stars, aussi immenses soient-elles, relativement à contre-emploi. Il continue plus globalement de briller par sa capacité à créer des galeries de personnages particulièrement savoureux et hauts en couleurs. Ils représentent un vecteur très efficace d’humour, même si The Gentlemen mise aussi sur quelques gags visuels et surtout quelques dialogues parfois politiquement assez incorrects (et ça fait du bien!).
Les films de Guy Richie se reconnaissent aussi par leur style visuel. Celui-ci tourne parfois à l’insupportable, comme dans ses deux Sherlock Holmes. Dans The Gentlemen, il fait preuve d’une certaine mesure et utilise son talent à bon escient, se servant des images pour insuffler du rythme et de l’énergie dans son récit. Du coup, on ne s’ennuie pas une seule seconde, même quand certains rebondissements sont clairement hyper prévisibles. Le film fonctionne tout simplement et remplit pleinement sa mission qui reste avant tout de divertir. On passe un excellent moment, avec quelques vrais fous rire et quelques paillettes dans les yeux, semées par la classe du casting. Effectivement, tout cela à un air de déjà-vu, mais pas encore assez pour ressentir une réelle lassitude.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Guy Ritchie Scénario : Guy Ritchie, d’après une histoire d’Ivan Atkinson, Marn Davies et Guy Ritchie Direction artistique : Oliver Carroll et Fiona Gavin Décors : Gemma Jackson Costumes : Michael Wilkinson Photographie : Alan Stewart Montage : James Herbert Musique : Christopher Benstead Production : Guy Ritchie Coproducteurs : Ivan Atkinson et Max Keene Producteur délégué : Alan J. Wands Durée : 113 minutes
Casting : Matthew McConaughey : Mickey Pearson Charlie Hunnam : Raymond Michelle Dockery : Rosalind Jeremy Strong : Mathew Lyne Renée : Jackie Colin Farrell : Coach Henry Golding : « Œil Sec » Tom Wu : Lord George Hugh Grant : Fletcher Eddie Marsan : Big Dave Jason Wong : Phuc Eliot Sumner : Laura Pressfield Eugenia Kuzmina : Misha Brittany Ashworth : Ruby Togo Igawa : Wang Yong Samuel West : Lord Pressfield Franz Drameh : Benny
Comme vous le savez, si vous êtes un lecteur assidu de ces pages, j’apprécie particulièrement d’aller voir un film en ne sachant strictement rien sur lui à l’avance. Quel bonheur de se faire surprendre ! Surtout si la surprise est bonne. Et encore plus si la surprise est réellement surprenante. J’ai vécu cette expérience délicieuse au travers de la Llorona. Un film particulièrement original en parvenant à mélanger, avec beaucoup de bonheur, deux genres cinématographiques qui semblent à première vue impossibles à concilier. Comme quoi rien n’est jamais réellement impossible dans la vie.
Les premières minutes de la Llorona vous plonge dans l’ambiance angoissante d’un film d’horreur, tendance maison hantée. Puis tout cela s’efface pour laisser place à un film politique sur le passé dictatorial du Guatemala et la difficile mémoire de cette époque. On se dit alors que les premières minutes n’étaient qu’un leurre. Puis les deux aspects commencent à se mélanger pour donner une histoire qui tient parfaitement debout pour les deux aspects. Un mélange étonnant et audacieux donc. Mais qui ravit le spectateur grâce à la qualité d’écriture du scénario.
La Llorana confirme que le Guatemala occupe une vraie place sur la carte du cinéma mondial. Au-delà de la qualité du scénario déjà évoqué, la réalisation et l’interprétation sont de premier ordre et n’ont rien à envier aux grands pays du 7ème art. Le caractère audacieux de ce film rappelle celui dont fait preuve plus volontiers le cinéma est-asiatique. La seule limite de ce film est qu’au-delà de l’originalité du mélange, chaque aspect du scénario pris séparément s’avère particulièrement classique. Ce n’est pas un problème en soit et ne gâche pas le plaisir rare et sincère ressenti par le spectateur.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Les films du volcan, La casa de produccion Distribution : ARP Sélection Réalisation : Jayro Bustamante Scénario : Jayro Bustamante, Lisandro Sanchez Montage : Jayro Bustamante, Gustavo Matheu Photo : Nicolas Wong Diaz Musique : Pascal Ruez Directeur artistique : Sebastian Munoz Durée : 97 min
Casting : Maria Mercedes Coroy : Alma, la Llorona Margarita Kénefic : Carmen Sabrina de la Hoz : Natalia Julio Diaz : General Monteverde Maria Telon : Valeriana Juan Pablo Oluslager : Letona Ayla-Elea Hurtado : Sara
Etre mal à l’aise n’est pas un sentiment très agréable en soi. C’est rarement quelque chose que l’on recherche. Pourtant, certains films provoquent volontairement ce genre d’impression et parfois le spectateur y prend beaucoup de plaisir. Masochisme ? Peut-être… mais il est vrai que l’on va aussi au cinéma pour des sensations fortes que l’on a pas forcément envie de retrouver dans la vraie vie, comme la peine ou la peur. Mais évidemment, il faut que ceci ne vienne pas non plus sans raison et trop gratuitement, sinon cela tourne vite à une certaine forme de torture. Swallow est un film profondément malaisant. Et sans profond intérêt. Le mélange de ces deux caractéristiques ne prête guère à l’enthousiasme.
Swallow nous raconte l’histoire d’une femme qui, pour exprimer son mal être, se met à avaler tout et n’importe quoi. D’où le titre. Ainsi, le film nous offre une scène mémorable où la jeune femme avale une punaise. Dis comme ça, ça paraît plus curieux qu’autre chose, mais en fait, cela plonge le spectateur dans un profond malaise. Il n’a absolument aucune envie d’assister à ce spectacle et souffre presque autant que l’héroïne. Et ce genre de scène va se répéter plusieurs fois, sans autant étirer les événements en longueur, mais suffisamment pour faire frisonner plus d’une fois. D’un point de vue purement visuel, le film n’est guère spectaculaire. C’est l’idée même du geste que la jeune femme est en train d’accomplir qui provoque ce sentiment très désagréable.
Pendant une bonne heure, le spectateur se demande inlassablement quel peut être le sens de tout cela. Les explications viendront avec le temps et l’histoire prendra un autre tournant. Mais tout cela ne mène nul part. Le dénouement est flou et le spectateur reste circonspect, ne sachant vraiment pas ce qu’il était supposé comprendre. Du coup, cela rend assez vain tout ce qui a suivi auparavant et il devient difficile de pardonner les mauvaises sensations que Swallow aura provoqué. Haley Bennett n’aura vraiment rien à se reprocher car c’est bien la qualité de son interprétation qui permet malgré tout de croire à cette histoire quelque peu invraisemblable (même si la pathologie existe bel et bien). Il est rare que je regrette d’être allé voir un film, même un très mauvais. Mais pour celui-là, j’aurais clairement mieux fait de m’abstenir.
LA NOTE : 06/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Carlo Mirabella-Davis Décors : Erin Magill Costumes : Liene Dobraja Photographie : Katelin Arizmendi Montage : Joe Murphy Musique : Nathan Halpern Production : Mynette Louie, Mollye Asher, Carole Baraton et Frédéric Fiore Durée : 94 minutes
Casting : Haley Bennett : Hunter Austin Stowell : Richie Denis O’Hare : Erwin Elizabeth Marvel : Katherine David Rasche : Michael Luna Lauren Velez : Lucy Zabryna Guevara : Alice Laith Nakli : Luay Babak Tafti : Aaron Nicole Kang : Bev
Le cinéma français a fait du film social une de ses spécialités, sans guère d’équivalent (même si Ken Loach…). Du coup, il devient difficile de proposer un film dans ce genre qui retienne vraiment l’attention et se démarque de la masse. K Contraire n’est pas du tout un mauvais film, mais il est vrai qu’il aborde des thématiques déjà traitées à de nombreuses reprises par d’autres productions hexagonales, parfois de manière plus brillantes ou originales. Les lois de la concurrence sont parfois rudes. Mais il serait injuste de ne pas souligner tout de même les réelles qualités de ce film, qui a enfin de compte beaucoup de mérite d’exister.
K Contraire nous raconte le parcours d’un jeune homme qui sort de prison et replonge immédiatement dans le trafic de stupéfiants pour pouvoir assumer la charge de sa mère profondément dépressive. Un tableau guère réjouissant donc, mais traité tout de même avec beaucoup d’humanité. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants. Ils possèdent cependant une grande profondeur qui donne tout son intérêt à ce film, bien plus que les seules péripéties vécues par les protagonistes. Le scénario n’est ni naïvement optimiste, ni désespérément pessimiste. Un juste milieu qui donne de la crédibilité et de quoi nourrir la réflexion du spectateur, qui ne sort donc pas sans rien de la salle.
K Contraire permet en tout cas d’admirer un casting brillant. On n’est évidemment pas surpris de la performance de Sandrine Bonnaire, qui a la très bonne idée de ne pas chercher à en faire trop pour garder la crédibilité de son personnage. Elle laisse toute la lumière au jeune Sandor Funtek qui s’empare avec beaucoup d’énergie de son premier grand rôle. Il tient vraiment le film sur ses épaules avec une assurance étonnante. On peut également apprécier la performance remarquée d’Alexis Manenti, à nouveau dans un rôle secondaire, mais une nouvelle fois remarquable. Tout ce petit monde confirme que la qualité de l’interprétation est une marque de fabrique des films sociaux à la française, même si celui-ci ne marquera pas forcément profondément les mémoires.
L’amour impossible est un sujet aussi ancien que l’existence des conventions sociales, c’est à dire depuis un petit moment. Et ce genre d’histoire prendra d’autant plus facilement naissance dans un pays où ces conventions pèsent particulièrement lourd. L’Inde est un parfait exemple de telle société, même dans l’Inde urbaine et tournée vers la modernité. C’est d’ailleurs un sujet extrêmement classique dans le cinéma de ce pays. Ritesh Batra n’est pas tout à fait un réalisateur typique du style Bollywood. Avec le Photographe, il dépeint une nouvelle fois avec beaucoup de subtilité et de délicatesse l’Inde d’aujourd’hui.
Le Photographe renverse quelque peu le schéma classique puisque dans cette histoire d’amour contrariée par la distance sociale. En effet, il raconte la rencontre entre un homme d’extraction sociale modeste avec une femme de la haute société. Mais l’histoire fonctionne car le scénario se montre particulièrement intelligent et réserve quelques belles surprises. Il nous fait découvrir une très belle galerie de personnages, au-delà des deux personnages principaux. Il nous fait surtout découvrir une Inde des grandes villes déchirée entre le poids de traditions extrêmement encore présentes et une modernité occidentale à laquelle elle aspire.
Le Photographe est un beau film, mais un film quelque peu frustrant. En effet, le dénouement… ne ressemble pas tout à fait à un dénouement. L’histoire semble s’arrêter avant sa conclusion. Certes cela laisse beaucoup de place à l’imagination du spectateur mais ce dernier ne sait pas trop quoi en penser. Cela affaiblit la portée du propos comme si Ritesh Batra n’avait pas osé aller au bout de ses idées. On retiendra tout de même la finesse de sa réalisation et la justesse de sa direction d’acteurs. Suffisant en tout cas pour apprécier ce joli moment de cinéma.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Ritesh Batra Décors : Adam Inglis, Arundhati Barkataky et Diya Mukerjea Costumes : Niharikha Bhasin Khan Photographie : Tim Gillis et Ben Kutchins Montage : John F. Lyons Musique : Peter Raeburn Producteur : Ritesh Batra, Viola Fügen, Neil Kopp, Michel Merkt, Vincent Savino, Anish Savjani et Michael Weber Durée : 109 minutes
Casting : Nawazuddin Siddiqui : Rafi Sanya Malhotra : Miloni Farrukh Jaffar : Dadi Abdul Quadir Amin : Amjad Vijay Raaz : le fantôme de Tiwari Geetanjali Kulkarni : Rampyaari Jim Sarbh : Anmol Sir Akash Sinha : Banke Ramesh Deo : le médecin
Commentaires récents