TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 23 : Toucher le fond

episode23Mener une campagne électorale, c’est mener de front trois dimensions différentes : le fond, la forme et l’administratif. Ce qui demande évidemment beaucoup de travail. A l’époque des municipales 2014, j’avais « la chance » d’occuper un emploi me laissant beaucoup de liberté et surtout de temps. Comme beaucoup d’aventure exaltante, on se lance dans un telle campagne en sous-estimant largement le temps que cela va vous prendre au final. Je n’ai pas décompté précisément le temps que j’y aurais consacré, mais je peux résumer ça à un bon mi-temps pendant quatre à six mois, surtout en ayant fait le choix de faire toutes les mises en page moi-même.

Les trois aspects se mènent de front. La difficulté est de trouver le bon équilibre pour ne rien négliger. Il faut avancer dans toutes les directions à la fois, ce qui s’avère particulièrement chronophage. J’ai choisi de ne pas vous raconter les choses chronologiquement, déjà parce que j’aurais bien du mal à me rappeler les événements de cette façon et surtout parce que c’est sans doute la meilleure façon de ne rien oublier.

Choisir les thèmes de campagne quand on est dans l’opposition peut être soit particulièrement facile, soit particulièrement difficile. Tout dépend si l’équipe municipale sortante a fait naître ou non de vrais motifs d’insatisfaction dans la population. A Viroflay, ces derniers naissaient avant tout chez les riverains de certains projets d’urbanisme. Cela nous posait deux problèmes : cela concernait au final assez peu de monde (contrairement à ce que fantasmait la deuxième opposition qui surfait allégrement sur cette vague là, en pensant sincèrement que ça leur permettrait de gagner) et surtout nous reprochions avant tout au maire de ne pas en faire assez en la matière, quand les mécontents en question souhaitaient qu’il en fasse encore moins. Au final, c’est un sympathisant qui résuma le mieux la situation en me demandant un jour : « bon, je suis de gauche alors je vote pour vous, mais vous lui reprochez quoi au juste au Maire ? ».

Il y avait pourtant bien des choses à redire. Mais dans une ville dont la population est infiniment plus aisée que dans la majorité des communes, les reproches que nous pouvions formuler portaient sur des éléments techniques et difficiles à percevoir par la population. De petites mesquineries budgétaires qui touchaient généralement les plus modestes et surtout le fait qu’à force d’être « prudente », la commune avait tout simplement trop d’argent. On associe le plus souvent la mauvaise gestion de comptes publics à des déficits et de l’endettement excessifs, mais à Viroflay, le problème résidait dans les excédents trop généreux et le désendettement trop rapide. Concrètement, la majorité avait réalisé toute un série d’économies ne se justifiant pas, sauf si l’objectif avait été de baisser les impôts, ce que la commune n’a évidemment jamais fait. Le mieux est parfois l’ennemi du bien, mais ce principe fait un très mauvais slogan électoral. Ca peut vite être compris comme une manière de souligner que votre adversaire est trop bon…

J’ai donc fait un choix assez radical, et vraiment peu fréquent dans une campagne électorale menée par une opposition. Nous n’avons jamais dit un seul mot sur la politique du maire sortant dans nos différents documents de campagne (à part éventuellement un exemple de mauvais aménagement en termes d’accessibilité). Nous nous sommes simplement contentés de présenter notre projet, de l’expliquer, d’en présenter les bénéfices attendus dans l’absolu et non par rapport à qui ou quoi que ce soit. Je ne crois pas que cette attitude nous ait rapporté la moindre voix, mais je ne crois pas que nous aurions tiré le moindre bénéfice de taper sur le Maire sortant à longueur de tract. J’avoue que je suis assez fier de ce choix, celui d’avoir fait de la politique comme j’estime qu’elle devrait être toujours menée, en résistant à plus bas instincts d’opposant.

Pour établir notre programme, nous avons vraiment bossé. Personnellement, j’ai passé pas mal de temps à rechercher des initiatives qui avaient marché ailleurs, téléphoner à des élus d’autres communes pour qu’ils me parlent de leur propre expérience. Le résultat, bâti autour de trois priorités (logement, énergie, accessibilité), était (en toute objectivité bien sûr) solide et à même de défendre l’intérêt général à l’échelle de Viroflay, et non plus simplement l’intérêt des Viroflaysiens. Ce sont bien ces deux conceptions de l’action publique qui nous a toujours opposés à la majorité et se traduisait dans nos programme respectif.

Au final, malgré tous nos efforts pour les faire connaître (ça sera l’objet du prochain billet), quelle était la part de la population de la commune capable de vraiment cerner et identifier nos propositions et les différencier de celles de la majorité sortante ? Une partie bien trop infime pour espérer que la qualité du fond bouscule réellement les équilibres, surtout dans une commune de l’agglomération parisienne où les questions purement municipales ont beaucoup moins d’impact qu’ailleurs. Cela se ressentira au moment des résultats… Mais de ça aussi, j’en parlerai bientôt…

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 22 : Dresser la liste

episode22Avant de rentrer dans le vif d’une campagne électorale, il faut évidemment d’abord déterminer qui sont les candidats. Pour une élection municipale, il faut une tête de liste (cf. l’épisode précédent) et le reste de ceux qui vont l’accompagner. Viroflay compte 33 conseillers municipaux. Il nous fallait donc trouver 32 noms avec une contrainte non négligeable : 16 femmes, 16 hommes, inscrits sur les listes électorales de la commune ou à défaut y payant des impôts locaux. Et je peux vous assurer que ce n’était pas une mince affaire.

Pour vous rendre compte de la difficulté de l’exercice, il suffit de comparer Viroflay et Versailles. Viroflay comptait alors 16 500 habitants et Versailles 85 000, Viroflay 33 conseillers municipaux, Versailles 53. Bref à Viroflay, c’est un conseiller pour 500 habitants, Versailles un pour 1600. Le réservoir dans lequel puiser est donc bien plus restreint que dans une commune de taille supérieure. Et vous imaginez bien qu’à Viroflay, le réservoir de personnes de gauche prêtes à s’engager est d’autant plus restreint. Surtout qu’en 2014, le tissu militant du PS commençait déjà sérieusement à se déliter (j’y reviendrai dans un autre billet).

Une liste municipal est une liste à plusieurs étages. Il y évidemment la tête de liste, je ne vais pas revenir dessus, puis il y a les potentiels élus en cas de résultat « normal ». C’est à dire pour nous, les quatre premiers de la liste (même si malheureusement notre mauvais résultat final nous coûtera finalement un élu). Sur les quatre sortants, deux allaient laisser leur place. Il n’aurait pas fallu beaucoup insister pour que la troisième fasse de même, mais dans mon esprit il n’en était pas question. Déjà parce que 50% de nouveaux élus et 50% plus expérimentés est un bon ratio, mais surtout parce qu’elle était une élue de grande valeur et quelqu’un sur laquelle je pouvais savoir compter. Quelqu’un qui partageait ma vision équilibrée de l’action de l’opposition.

Pour le deuxième homme, j’avais le choix entre deux candidats potentiels. Je choisis finalement notre secrétaire de Section, avec qui je pouvais avoir des désaccords (j’y reviendrai), mais que je savais intellectuellement très solide et capable de produire de vraies argumentations étayées. Pour la deuxième femme, les premières réunions de réflexion nous a mis en lumière les grandes qualités d’une sympathisante, la femme d’un ancien membre du parti. On la connaissait depuis longtemps mais on a senti alors chez elle une réelle envie de s’engager pour de bon. Nous étions donc très heureux qu’elle accepte de figurer en quatrième position sur la liste. Et nous n’allions vraiment pas le regretter !

Le deuxième étage est formé par les ceux qui viennent compléter les 4 premiers pour constituer les 10 premiers de la liste. Ces derniers représentent en effet le maire et ses adjoints potentiels (même si ici le potentiel n’avait aucune chance de se concrétiser). C’est aussi eux qui sont plus mis en avant sur le tract présentant les candidats ou sur le site de campagne par exemple. Il faut donc que ces candidats « fassent envie » et si possible qu’un maximum de personnes puissent s’y reconnaître. C’est hyper subjectif et en toute honnêteté, notre choix était de toute façon limité. Malgré cela, nous sommes parvenus à constituer un début de liste répondant totalement à ces attentes et qui aurait, j’en suis profondément convaincu, fait un merveilleux travail si nous l’avions emporté. Nous avions même une jolie « prise de guerre », en la personne d’un professeur tout juste parti à la retraite particulièrement populaire. Une figure locale que le Maire n’était pas ravi de voir renforcer le camp d’en face.

Viennent ensuite les 23 autres. Et là, vues les difficultés évoquées plus haut, pour eux, on fait comme on peut. Dans les mois précédents l’élection, nous avions identifié, voire même été approchés par des citoyens proches du PS qui s’étaient déclarés intéressés pour s’engager à nos côtés. Mais entre les intentions et la réalité, il y a un pas que beaucoup ne franchissent jamais. L’excuse est souvent la même… le manque de temps. Une excuse particulièrement mauvaise puisque nous ne leur demandions pas plus que mettre leur nom sur la liste, même si nous aurions été ravis qu’ils consentent à plus. Bref, ne pouvant forcer personne et fort de quelques nouvelles recrues, nous parvenons à boucler la liste avec les expédients habituels : les anciens élus en fin de liste et les militants pour boucher les trous, sans avoir les moyens d’être trop regardant. Résultat, malgré une volonté de renouvellement et pas mal d’efforts déployés, sur 33 personnes sur la liste, 11 ont 65 ans et plus. Un tiers. Mais bon, l’expérience est une vertu !

Malgré tout cela, constituer une liste est toujours délicat humainement et peut se heurter à des susceptibilités mal placées. Le PS étant définitivement un parti démocratique, les militants sont invités à voter pour une liste ordonnée des candidats appartenant au parti. Il est clair que cette liste sera complétée par des candidats qui ne sont pas encartés et qui viendront s’intercaler entre les candidats issus du PS. Visiblement le 9ème sur la liste du PS ne l’avait pas compris, quand il s’est retrouvé finalement 13ème sur le premier projet de liste. Dans un premier temps, aucune réaction de sa part. Mais à l’occasion des vœux du Maire, début 2014, auquel il assiste, je viens lui demander quelque chose à propos d’un candidat éventuel qu’il connaît. Il me répond froidement et m’explique que de toute façon, il ne veut plus lui même figurer sur la liste puisqu’il a été rétrogradé, sans respect du vote des militants. Je tente de lui expliquer calmement qu’il reste bien le 9ème socialiste de la liste, mais que des candidats extérieurs sont venus s’intercaler et que cela a toujours été prévu. La conversation prend vite un tour désagréable.

S’en suivra quelques échanges de mail dont certains assez agressifs à mon égard. J’y apprends notamment qu’un jour (lors de la cérémonie du 11 novembre), je l’aurais volontairement ignoré et dénié lui dire bonjour… Réaction de maternelle 1ère année. A un moment donné, je décide de siffler la fin de la récréation et d’acter son retrait de la liste. Finalement, deux camarades le connaissant depuis longtemps finiront pas rattraper le coup et il occupera bien la place qui lui était assigné. Tout cela n’est qu’une anecdote mais montre bien que le facteur humain joue toujours un rôle en politique. A 33 ans, exerçant une profession sans collègue, je n’étais pas le mieux armé pour y faire face. Mais en tout cas, j’aurais beaucoup appris.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE :EPISODE 21 : Veillée d’arme !

episode21Les élections municipales de 2014 approchaient. Le fait que je devienne tête de liste avait quelque chose d’évident, mais pour autant j’évitais de trop me projeter vers cette idée. Sans doute, trouvais-je ça quelque peu délicat et prétentieux de dire « au fait, on est bien d’accord que ça sera moi la prochaine tête de liste ? ». Et puis en février 2013, lors d’une réunion du bureau de la Section, la question a été abordée. Tous les membres présents considéraient que cela ne nécessitait aucun débat et personne n’envisageait un autre scénario. Je suis sorti de la réunion en ayant en tête que je serais le futur candidat du Parti Socialiste pour la mairie de Viroflay.

Je n’ai pas le souvenir de m’être senti bouleversé par tout ça, mais ça a tout de même remué quelques questions dans mon esprit. J’ai même écrit un billet à ce sujet (Se jeter à l’eau). Mais cela marquait incontestablement une étape supplémentaire dans l’exercice d’une forme de leadership dont j’ai déjà parlé longuement ici. Forcément, ça remuait un peu car cela rendait tout à coup beaucoup plus concret quelque chose qui était jusqu’alors plutôt diffus. A 33 ans, dans une Section comptant un grand nombre de militants très expérimentés, on se demande obligatoirement, au moins l’espace d’un instant, si on va être à la hauteur. Mais pour être honnête, le billet cité plus haut est la seule trace qui me reste de cette cogitation.

Je garde de toute cette campagne électorale le souvenir d’une aventure avant tout stimulante, marquée par l’envie et l’ambition, mais vraiment pas par le doute. J’avais des idées sur la forme et sur le fond et j’étais plutôt impatient de les mettre en œuvre. C’est peut-être extrêmement prétentieux de ma part, mais je n’ai jamais considéré une seule seconde que je pourrais ne pas être à la hauteur de la tâche. Je l’ai déjà évoqué lors de mon billet sur le PLU, je savais valoir tellement mieux intellectuellement que les élus de la majorité et leur vision étroite de l’action municipale. Mais au final cette élection, et tout mon parcours militant en fait, m’auront appris que c’est une qualité finalement guère utile en politique.

Le Parti Socialiste étant une institution démocratique, j’ai du tout de même du faire valider mon statut de tête de liste auprès des mes camardes socialistes. Un vote était organisé pour cela à l’automne. Même avec un seul candidat, on fait les choses bien au PS avec un bureau de vote ouvert de 17h à 22h, où de nombreux camarades sont venus exprès pour me témoigner leur soutien. Enfin tous sauf un, qui avait mis sur le bulletin le nom ma ancienne/future colistière, numéro deux sur la liste 5 ans auparavant et qui allait garder cette place l’année suivante. J’imagine aisément que cela témoignait d’un regret de ne pas voir une femme tête de liste, plutôt que de l’hostilité à mon égard.

D’ailleurs, je me rappelle que ma meilleure amie m’avait fait la réflexion que j’aurais quand même pu lui demander si elle ne voulait pas être tête de liste, surtout qu’elle se situait un rang devant moi l’élection précédente. Je lui avais répondu qu’il n’y avait strictement aucun suspense quant à la réponse qu’elle aurait donné à une telle question et que l’enjeu serait de lui faire accepter de rempiler, sûrement pas de la voir prendre le leadership. Ma meilleure amie m’a alors répliqué que j’aurais pu poser la question juste pour le principe et la politesse, même en connaissant pertinemment la réponse. Sans doute, suis-je encore le fruit d’une vie politique misogyne et paternaliste.

J’ai appris ensuite que certains (enfin une personne tout du moins) me reprochait de n’avoir même pas rédigé une profession de foi. Pour le coup, ce camarade avait totalement raison. Comme quoi la notabilité vient vite. Le moment où on pense que le « pouvoir » vous est dû, sans que vous ayez vraiment besoin de le justifier et de vous remettre en question. Certes, mon travail d’élu lors de la mandature précédente m’apportait une légitimité naturelle. Mais prendre le temps de l’exposer et de tracer des perspectives pour l’avenir aurait constitué la moindre des choses. Pris dans l’enchaînement des événements, je n’y avais tout simplement pas pensé… et personne n’a d’ailleurs pensé à me le demander. Et si j’ai eu vent des critiques, c’est de manière indirecte, personne n’ayant eu la bonne idée de me dire les choses en face. Une simple remarque polie et je me serais exécuté en m’excusant platement. Mais bon, visiblement même à un tout, mais alors tout petit niveau, les rapports de pouvoir rendent les relations compliquées.

En tout cas, une fois ma nomination validée officiellement, il ne restait plus qu’à établir la liste complète des candidats et à faire campagne !

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE :EPISODE 20 : Mariage pour tous, honte pour moi

episode20J’ai souligné la dernière fois que contrairement aux idées reçues, les hommes politiques respectent le plus souvent la plupart de leurs engagements, mais qu’on leur reprochait le moindre écart ou le moindre manquement, en oubliant tout le reste. Mais force est de constater que parfois l’application d’une mesure pourtant clairement énoncée à l’avance provoque des tempêtes inattendues, alors qu’elle n’avait fait l’objet d’aucun débat particulier pendant la campagne. François Hollande et tout le PS en feront l’amère expérience avec le Mariage pour Tous.

Pourtant, personne ne doutait au moment de son élection que la société française serait assez mature sur la question pour que la loi soit adoptée comme on dépose une lettre à la Poste. Mais le début du quinquennat avait déjà trop fragilisé François Hollande pour que l’adversité n’y voit pas là une occasion de se faire entendre. Tout le monde sera surpris par l’ampleur de la mobilisation des « anti ». La mise en lumière d’une France rétrograde qui semblait avoir quasiment disparu a représenté un fait marquant qui connaît malheureusement bien des répliques depuis.

Le Mariage pour tous tient une place particulière dans ma « carrière » politique. Tout d’abord, parce que c’était une mesure qui me tenait particulièrement à cœur. Mais aussi parce que Viroflay dans le prolongement de Versailles a constitué le cœur géographique du mouvement. Cette droite catholique y occupe une place prépondérante dans le paysage politique local mais surtout dans la population qui occupe ce territoire. En tant que leader du Parti Socialiste sur ce secteur, j’aurais pu jouer un rôle de soldat obligé de monter en première ligne. Il n’en a rien été et j’en garde de profond regret et un peu de honte.

Ce qui a été particulièrement douloureux est de voir qu’au sein même du PS, l’unanimité n’était pas de mise et l’envie de partir au front encore moins. Il est vrai que la Section locale possédait à l’époque (et sûrement encore aujourd’hui pour ce qu’il en reste) une sociologie quelque peu particulière. La gauche « croyante » (catholique ou protestante) y occupait une place importante, auquel on peut ajouter une moyenne d’âge relativement élevée. Le sujet provoquait donc un léger malaise chez certains camarades. L’immense majorité d’entre eux se contentaient d’un « on n’a rien contre, mais faut peut-être en faire trop » un peu hypocrite, avec le sentiment que leur opinion réelle était désormais inavouable quand on se veut de gauche.

Un d’entre eux cependant a fait savoir de manière répétée son opposition au projet. Figure respectée de la communauté protestante locale, il utilisait pour cela des arguments abscons entre philosophie et religion. Il a surtout insisté plusieurs fois auprès de notre Secrétaire de Section pour organiser un débat sur la question. Je remercie encore ce dernier de n’avoir jamais donné suite, car je doute qu’il aurait donné lieu à des échanges uniquement placés sous le signe de la camaraderie. Dans un monde idéal, ce genre de prise de position, relevant de l’homophobie pure et simple, aurait du lui valoir une exclusion immédiate du parti et pas mal d’antipathie. Mais on mesure là qu’il existe une hiérarchie et que pour beaucoup être homophobe est moins « grave » qu’être raciste (coucou Noël Le Graët!).

Au niveau national, j’aurais évidemment participé à toutes les manifestations soutenant la réforme. Les cortèges y étaient malheureusement moins fournis que ceux du camp d’en face. Noyé dans la foule, c’était une manière assez facile et anonyme d’exprimer ma position. Par contre, au niveau local, nous avions adoptés la position de ne pas jeter de l’huile sur le feu et de ne pas jouer la surenchère face à l’omniprésence des anti, recouvrant la ville de leurs affiches et de leurs autocollants. Nous avons donc considéré qu’une inaction totale revenait à faire preuve de sagesse. Mais la vérité est que nous avions tout simplement peur. Peur de se voir pris à parti par les plus enragés du camp d’en face, dont on pouvait parfois douter de l’équilibre mental.

Nous avons donc assisté sans rien dire à la tentative lamentable de mon Maire de surfer sur la vague des manifestations. Il faut dire qu’il a connu un quasi moment de gloire médiatique en faisant partie des participants de la première manif cités dans l’article principal du journal le Monde. Ensuite, lors de la cérémonie des vœux pour l’année 2013, il placera dans son discours qu’il souhaitait que chaque enfant ait un papa et une maman, en illustrant son propos par le logo du mouvement. Lamentable car tout cela va se transformer en retraite en rase campagne quand il a compris le mouvement qu’il venait d’encourager devenait totalement hors de contrôle et carrément envahissant. A plusieurs reprises, le monument le plus visible de la ville, les arcades, se retrouvait au petit matin constellé d’affiches de la Manif pour Tous. Très vite, le Maire fera le nécessaire pour les faire enlever au plus tôt par les services de la ville. Et surtout, tout cela aboutira à une candidature contre lui aux élections départementales d’un représentant du mouvement, venant manger une partie de son électorat.

Avec le recul, je me demande comment, alors que j’occupais déjà la position de leader de l’opposition, ai-je pu ne jamais manifesté publiquement mon soutien au projet et mon dégoût face au mouvement réactionnaire qui déferlait sur ma ville. Certes, Viroflay n’est qu’une commune de 16 000 habitants, mais j’étais alors la personne la plus légitime pour y incarner les valeurs de gauche. Mais j’ai choisi de me taire et de ne rien faire. Les citoyens de cette ville partageant ces valeurs ont eu à subir le spectacle affligeant de Viroflay repeint régulièrement aux couleurs de la Manif pour Tous, sans jamais entendre ma voix, sans se dire qu’il y avait dans leur commune des élus prêts à les représenter et à faire vivre leur indignation. Ca restera un peu plus qu’un regret, mais bien une part de honte que je porterai à jamais.

J’emploie ici volontairement la première personne et non le nous qui désignerait notre groupe au Conseil Municipal ou plus largement la Section PS de la ville. L’inaction était une décision collective, la faute l’était donc aussi. Mais je n’ai même pas essayé de nous faire changer d’avis. Et en tant que leader, la faute est forcément un peu plus la mienne que celle de quiconque. Cyniquement, c’était en plus une erreur politique à une petite année des municipales. Dans une commune où les gens de gauche me demandais parfois : « je vote pour vous, mais vous lui reprochez quoi au Maire en fait ? », se saisir de cette question pour se démarquer de lui représentait une occasion unique. Cyniquement une erreur et en fait surtout moralement. Je n’ai tout simplement pas été à la hauteur des valeurs que je m’étais promis de porter à travers mon engagement politique.

Le sentiment de honte que je décris ici me sera venu le jour de la dernière étape du Tour de France 2013 qui traversait Viroflay. Il faisait chaud et lourd ce jour-là et j’étais revenu d’un pique-nique avec des amis en ne me sentant pas très bien. Du coup, j’ai choisi de le voir passer à la télé, plutôt que de me rendre le long du parcours. C’est sur mon petit écran que j’ai découvert avec consternation que la traversée de notre commune a conduit le peloton à longer une masse de militants de la Manif pour Tous dont on a clairement distingué les t-shirts et les drapeaux. Voilà l’image que ma commune offrait au monde. Ce jour là, j’ai pleuré devant ma télé. Pas tant à cause de ce que je voyais, mais à cause de ce que j’avais fait. Ou plutôt ce que je n’avais pas fait…

Suite à cela, j’aurais quand même au moins une fois affirmé un minimum publiquement ma position dans ce débat. Au sein de nos propositions formant notre programme pour les municipales 2014, j’ai voulu absolument inclure une allusion à ce sujet. J’ai proposé d’inscrire que nous célébrerions tous les mariages avec le même enthousiasme. La proposition a fait débat et j’ai du utiliser mon autorité de leader pour y mettre fin et affirmer autoritairement que cette proposition figurerait dans notre programme. C’est alors qu’un de militant de la frange catholique de la Section que j’évoquais plus haut, par ailleurs un homme remarquable, m’a écrit pour me dire que le mot enthousiaste le dérangeait car il dérive de Theos qui veut dire Dieu… Un peu lassé, j’ai remplacé le mot enthousiasme par joie. Peut-être ai-je eu tort de faire cette dernière concession. Peut-être ai-je eu raison car les combats se gagnent pas à pas et il ne m’avait pas demander de retirer la proposition.

Mais désormais, je peux l’affirmer sans retenue. Le Mariage pour Tous est une idée qui mérite l’enthousiasme et je combattrais toujours ceux qui ne le partagent pas !

LA COMMUNION : The new priest

lacommunionafficheLe cinéma polonais est un fournisseur régulier de nos écrans et le plus souvent les films distribués dans l’Hexagone sont de très bonne qualité. Mais avouons-le, ces longs métrages sont rarement des comédies légères et enjouées. Peut-être parce que c’est représentatif du 7ème art polonais ou tout simplement parce que les distributeurs français cherchent à entretenir les clichés sur ce pays, qu’on associe facilement à la grisaille et à la tristesse. La Communion nous raconte l’histoire d’un détenu, maltraité par ses congénères en prison, qui se fait passer pour un prêtre au lieu de rejoindre l’usine où il devait travailler. Pas vraiment le scénario d’une farce, mais celui d’un film très réussi.

Pourtant, il ne faut surtout pas croire que la Communion ne dégage pas aussi une bonne dose de positivité. Certes, ne vous attendez pas à ce que tout se termine en happy-end. Les sujets principaux restent cependant la capacité à dépasser les apparence, la capacité à changer, le pardon… Tout cela est traité sans aucun angélisme, mais avec parfois tout de même une petite touche d’optimisme sur la nature humaine. Un film en couleur donc, certainement pas en noir et blanc. Le propos est traité d’une manière extrêmement vivante, jamais de manière contemplative. Il se passe beaucoup de choses dans ce film, avec de vrais rebondissements. Un travail remarquable d’écrire pour allier la forme et le fond.

lacommunionLa Communion est profondément marqué par la performance de Bartosz Bielenia, qui semble littéralement habité par son personnage. Sa présence à l’écran est impressionnante. Le charisme est quelque chose qui n’est pas facile à jouer avec crédibilité et le moins que l’on puisse dire est que le jeune homme n’en manque pas. Le reste du casting est tout aussi remarquable, ce qui contribue fortement à la réussite de ce film qui repose largement sur la galerie de ses personnages. On ressort de ce film avec beaucoup d’émotions contrastées, mais toutes profondes et sincères. Je ne sais pas si on finira par rigoler un jour devant un film polonais. Mais attendant ne boudons pas l’intérêt de la vision du monde qu’ils nous proposent.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Aurum films, Canal + Polska, Les contes modernes
Distribution : Bodega films
Réalisation : Jan Komasa
Scénario : Mateusz Pacewicz
Montage : Przemyslaw Chruscielewski
Photo : Piotr Sobocinski Jr
Décors : Marek Zawierucha
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Durée : 118 min

Casting :
Bartosz Bielenia : Daniel
Eliza Rycembel : Eliza
Aleksandra Konieczna : Lidia
Tomasz Zietek : Pinscher
Leszek Lichota : le maire
Lukasz Simlat : Le prêtre

DARK WATERS : Eau trouble brillante

darkwatersafficheHollywood est depuis longtemps la capitale mondiale des films d’enquête, qu’elles soient menées par des policiers, des avocats ou des journalistes. Evidemment, dans l’immense majorité des cas, c’est un meurtre qui est investigué. Mais depuis Erin Brockovich, on sait aussi que l’environnement malmené par de vilaines multinationales constitue également un bon sujet. Un nouvelle preuve avec Dark Waters. Comme pour le film de Soderbergh, il s’agit d’une histoire vraie. Derrière la caméra, Todd Haynes qui nous avait plutôt habitué aux drames intimistes. Mais ici aussi, ses qualités artistiques nous offrent un film aussi beau qu’intéressant.

Dark Waters a de quoi devenir un classique du genre. Parce qu’on y retrouve tout ce que l’on aime dans ce genre de film. Peut-être un tout petit peu trop d’ailleurs. Tout est peut-être trop parfait pour que croire que tout s’est exactement passé de cette façon. Mais qu’importe, la machine narrative est parfaitement huilée et on se laisse porter non sans un certain enthousiasme. On prend évidemment fait et cause pour le « héros » de cette histoire, éternelle répétition de David contre Goliath. Dans les moments de doute, où on se dit que tout est perdu, on sait bien au fond qu’il n’en est rien, mais malgré tout on partage les états d’âmes de cet avocat qui aura mené son combat seul contre tous. C’est la magie du cinéma et on ne va pas s’en plaindre.

darkwatersSurtout que Todd Haynes nous offre un nouveau modèle de photographie. Encore une fois, je lui reprocherais peut-être un léger manque de rythme qui rendent ses films un tout petit peu plus contemplatif que nécessaire. Mais c’est son style et au moins on a le temps d’apprécier la qualité des images et de profiter de l’ambiance ainsi crée. Dark Waters offre à Mark Ruffalo un de ses plus beaux rôles. Moins de spectateurs l’y auront vu qu’en géant vert sauvant l’univers, mais tous ceux qui auront eu cette chance auront admiré la performance tout en justesse qu’il nous livre. Cela fait de ce film une œuvre très classique, sans réelle surprise, mais totalement maîtrisée et dont la conclusion donne quand même du baume au cœur de tous ceux qui ont envie de se battre pour la justice.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Participant, Willi Hill, Killer Content
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Todd Haynes
Scénario : Mario Correa,Matthew Michael Carnahan, reportage de Nathaniel Rich
Montage : Affonso Gonçalves
Photo : Edward Lachman
Décors : Hannah Beachler
Musique : Marcelo Zarvos
Durée : 126 min

Casting :
Mark Ruffalo : Rob Bilott
Anne Hathway : Sarah Barlage Bilott
Tim Robbins : Tom Terp
Bill Pullman : Harry Dietzler
Bill Camp : Wilbur Tennant
Victor Garber : Phil Donnelly
Mare Winningham : Darlene Kiger

JUDY : Déclin et renaissance

judyafficheOn fait bien des mauvais choix dans la vie, mais certains en font plus que d’autres, avec des conséquences plus ou moins fâcheuses. Le jour où Renée Zellweger s’est dit « oh, ça serait une bonne idée si je faisais de la chirurgie esthétique », elle a tout simplement eu la pire idée de sa vie. A tel point qu’à un moment, on a pu la croire totalement perdue pour le grand écran et bonne pour jouer les monstres dans les foires. Mon propos est un peu cruel et sans doute un peu injuste. Car le talent ne disparaît jamais vraiment et elle vient d’en apporter une preuve plus qu’éclatante en remportant un Oscar pour sa performance dans Judy. Une autre femme qui n’a pas toujours brillé par la pertinence de ses choix.

Je ne sais pas si un jour, on produira un film intitulé Renée. En effet, les erreurs de l’actrice sont d’une toute autre nature que celles de son personnage. Ce dernier est en effet avant tout la victime d’une maltraitance profonde liée à son statut d’enfant star. Si le scénario se concentre essentiellement sur un épisode de sa vie située quelques mois avant sa mort, il nous fait découvrir, à travers de nombreux flash-backs, la tragédie de son destin. Une plongée dans l’envers du décor d’une carrière qui lui aura volé son enfance, son bonheur, sa santé, poussée volontairement à l’anorexie. Judy nous révèle des faits extrêmement graves, même si le but est surtout de dresser le portrait d’une femme qui aura cherché toute sa vie un bonheur qu’elle aura toujours été incapable de saisir.

judyJudy est évidemment marquée par la performance de Renée Zellweger. Tous ceux, comme moi, qui ont profondément aimé cette actrice, ne pourront qu’être tout aussi profondément heureux de la revoir briller ainsi à l’écran. Bon bien sûr, son visage est une pub pour l’interdiction du botox et la pendaison pour tous les chirurgiens esthétiques, mais la magie parvient tout de même à opérer. Sinon, le film est terriblement hollywoodien. Mais comment le reprocher à un film qui fait le portrait d’un des symboles de l’Age d’Or d’Hollywood ? Il en résulte une efficacité totale, mais un très léger manque d’âme. Un drame un peu trop propre sur lui pour émouvoir avec toute la force nécessaire. Mais il reste un bel homme néanmoins à une grande dame par une grande dame.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : BBC Films, Calamity films, Confit productions, Pathe UK, 20th Century Fox
Distribution : Pathé
Réalisation : Ruper Goold
Scénario : Tom Edge, pièce de théâtre de Peter Quilter
Montage : Melanie Ann Oliver
Photo : Ole Bratt Birkeland
Décors : Kave Quinn
Musique : Gabriel Yared
Durée : 118 min

Casting :
Renee Zellweger : Judy Garland
Jessie Buckley : Rosalyn Wilder
Finn Wittrock : Mickey Deans
Rufus Sewell : Sid Luft
Michael Gambon : Bernard Delfont
Richard Cordery : Louis B. Mayer
Royce Pierreson : Burt Rhodes

CYRILLE, AGRICULTEUR, 30 ANS, 20 VACHES, DU LAIT, DU BEURRE, DES DETTES : L’amour n’est pas dans le pré

cyrille30ansagriculteurafficheLa ruralité est à l’honneur depuis quelques temps sur nos écrans. Après la pure fiction (Petit Paysan), l’histoire vraie (Au Nom de la Terre), voici le documentaire intitulé Cyrille, Agriculteur, 30 Ans, 20 Vaches, du Lait, du Beurre, des Dettes. Un titre qui en dit long sur le contenu, même si l’histoire est assez étonnante pour ne pas s’arrêter à ça. Le film nous offre une rencontre humaine réellement poignante. Beaucoup plus qu’une vraie réflexion sur l’agriculture. On peut juste craindre que certains le prennent comme cela.

Cyrille, Agriculteur, 30 Ans, 20 Vaches, du Lait, du Beurre, des Dettes décrit une réalité du monde rural, qui s’efface peu à peu mais qui n’a pas encore totalement disparu. L’histoire racontée ici n’a rien de représentative, même si on retrouve bien des éléments qui restent totalement d’actualité. Notamment la difficulté pour beaucoup d’éleveurs de développer une vie sociale. Le cas de ce jeune homme est particulièrement extrême, mais pas totalement déconnecté de ce que vivent encore d’agriculteurs. On n’a pas non plus crée l’Amour est dans le Pré pour rien. Globalement, le film est de tout façon avant tout le portrait d’un homme dont personne ne pourra évidemment nié l’existence. Son histoire est profondément émouvante car d’une sincérité absolue. On peut penser ce qu’on veut du contexte, mais l’être humain touchera les plus endurcis.

cyrille30ansagriculteurCyrille, Agriculteur, 30 Ans, 20 Vaches, du Lait, du Beurre, des Dettes ne répond pas à beaucoup de question qu’un ingénieur agronome comme moi. Quelle est la cause de la mort des vaches achetées peu après son installation ? Evidemment, ce n’est pas directement le sujet du film, mais cela nous pousse tout de même à voir en ce jeune homme une pure victime. D’un système, de la malchance, de créanciers… La réalité n’est forcément pas aussi simple et il porte forcément une part de responsabilité. Cela crée un biais dans le portrait que l’on peut regretter. Il y a dans cet avis de critique amateur, sûrement un peu de déformation professionnelle. Cependant, cela n’enlève rien à la beauté de ce portrait et l’émotion pure et sincère qu’il fait naître.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :

Réalisation : Rodolphe Marconi
Musique : Stefano Landi, Edvard Grieg
Production : Éric Hannezo, Frédéric Bénudis
Photographie : Rodolphe Marconi
Montage : Mathilde Pelletier, Cyril Bommelaer
Son : Rodolphe Marconi
Mixage : Matthieu Gasnier
Monteur son :Matthieu Gasnier

LE CAS RICHARD JEWELL : Clint en forme olympique

lecasrichardjewellafficheClint Eastwood a visiblement décidé de se spécialiser dans les portraits des personnes « ordinaires » qui un jour deviennent plus ou moins volontairement des héros. Pour le meilleur, avec Sully, ou le pire, avec le 15h17 pour Paris (même si je ne l’ai personnellement pas vu). Il récidive avec Le Cas Richard Jewell. On pouvait donc se demander de quel côté la balance allait pencher cette fois-ci. Mais quand on connaît l’extrême qualité de la filmographie de ce géant du 7ème art, on se doutait bien de la réponse. Une nouvelle fois, il s’est montré à la hauteur de la situation.

La première grande qualité de Le Cas Richard Jewell tient à celle de sa narration. En effet, il parvient dans un équilibre subtil à mener de front un récit d’enquête (plus proche du film de procès que du polar) et le portrait fouillé de son personnage central. Les deux aspects ne font pas que se compléter, ils entrent en synergie. Tout cela est porté par le talent artistique de Clint Eastwood qui, le moins que l’on puisse dire, sait manier une caméra comme peu de cinéaste. Par le truchement (oui j’ose le truchement!) de ces qualités, le spectateur entre immédiatement dans l’histoire et y restera profondément plongé jusqu’à la dernière seconde.

lecasrichardjewellLe Cas Richard Jewell offre un grand rôle à Paul Walter Hauser dont le physique ne correspond pas vraiment à ce que Hollywood à l’habitude de mettre tout en haut de l’affiche. Il occupe l’écran pas uniquement par la largeur de… ses épaules, mais aussi par la justesse et la force de son interprétation. Sam Rockwell, Kathy Bates ou Jon Hamm sont vraiment relégués au rang de second rôle. Ils contribuent en tout cas tout avec beaucoup de conviction à nous faire découvrir cette histoire édifiante qui n’aurait peut-être pas mériter un film, si elle n’avait pas pris vie sous la sublime caméra de Clint Eastwood. Puisse-t-il encore s’en servir longtemps pour nous offrir de longs métrage de cette qualité.

LA NOTE : 14,5/20

Fiche technique :
Production : Appian Way, Misher Films, 75 year Plan Productions, The Malpaso Company
Distribution : Warner Bros
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Billy Ray, article de Marie Brenner, livre de Kent Alexander et Kevin Salwen
Montage : Joel Cox
Photo : Yves Bélanger
Décors : Kevin Ishioka
Musique : Arturo Sandoval
Durée : 131 min

Casting :
Paul Walter Hauser : Richard Jewell
Sam Rockwell : Watson Bryant
Olivia Wilde : Kathy Scruggs
Jon Hamm : Tom Shaw
Kathy Bates : Bobi Jewell
Ian Gomez : Dan Bennet

QUEEN & SLIM : A fond la forme

queenandslimafficheLe mouvement de lutte pour l’égalité « raciale » aux Etats-Unis inspire depuis longtemps les cinéastes, mais le plus souvent dans une perspective historique, avec des portraits des grandes figures. Avec Queen & Slim, il trouve une traduction plus contemporaine. Melina Matsoukas fait des choix artistiques forts pour porter son propos. Mais en faisant cela, elle sacrifie quelque peu le fond au profit de la forme. Et quand on traite un sujet aussi fort, c’est sans doute une erreur regrettable.

La scène qui va lancer toute l’histoire de Queen & Slim n’est pas totalement crédible. Or elle représente la fondation sur laquelle est bâti tout le film. Avec une base aussi fragile, le reste de l’intrigue paraît quelque peu chancelant. On comprend vite que le scénario est en fait celui d’une fable. Il ne vise pas vraiment le réalisme et mise surtout sur les symboles. Mais cela donne un mélange un peu étrange, un peu flou, qui a du coup bien du mal à être totalement convaincant. L’intention de Melina Matsoukas est de donner à son point de départ, un fait divers finalement banal, une dimension toute autre. Il est sans doute possible de rentrer assez dans cette histoire pour vraiment se laisser porter. Mais si on garde une vision un peu distancée, l’enthousiasme n’est définitivement pas au rendez-vous.

queendandslimLa photographie particulièrement soignée de Queen & Slim contribue à cette impression d’une forme qui nuit au fond. C’est beau, mais donne à ce film comme une superficialité, alors qu’elle traite un sujet qui demanderait plutôt gravité et profondeur. On peut y voir une forme d’audace, mais il n’en demeure pas moins que le résultat n’est pas à la hauteur de l’ambition. Cela ne doit pas nous faire oublier la prestation magistrale du duo formé par Jodie Turner-Smith et Daniel Kaluuya. Ils incarnent leurs personnages en parvenant à leur donner cette dimension supplémentaire que cherchait la réalisatrice. C’est finalement eux qui constituent le plus grand atout de ce film, certainement pas raté, mais pas réellement réussi.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Réalisation : Melina Matsoukas
Scénario : Lena Waithe, d’après une histoire de Lena Waithe et James Frey
Décors : Karen Murphy
Costumes : Shiona Turini
Photographie : Tat Radcliffe
Montage : Pete Beaudreau
Musique : Devonté Hynes
Producteur : James Frey, Lena Waithe, Melina Matsoukas, Michelle Knudsen, Andrew Coles, Brad Weston et Pamela Abdy
Coproducteur : Todd Cohen
Producteur délégué : Pamela Hirsch, Daniel Kaluuya, Aaron L. Gilbert, Jason Cloth et Guymon Casady
Durée : 133 minutes

Casting :
Daniel Kaluuya : Slim
Jodie Turner-Smith : Queen
Bokeem Woodbine : Oncle Earl
Chloë Sevigny : Mme Shepherd
Flea : M. Shepherd
Gralen Bryant Banks
Lucky Johnson
Karen Kaia Livers
Indya Moore : Goddess
Benito Martinez : le shérif Edgar
Jahi Di’Allo Winston : Junior
Melanie Halfkenny : Naomi