
Les trois aspects se mènent de front. La difficulté est de trouver le bon équilibre pour ne rien négliger. Il faut avancer dans toutes les directions à la fois, ce qui s’avère particulièrement chronophage. J’ai choisi de ne pas vous raconter les choses chronologiquement, déjà parce que j’aurais bien du mal à me rappeler les événements de cette façon et surtout parce que c’est sans doute la meilleure façon de ne rien oublier.
Choisir les thèmes de campagne quand on est dans l’opposition peut être soit particulièrement facile, soit particulièrement difficile. Tout dépend si l’équipe municipale sortante a fait naître ou non de vrais motifs d’insatisfaction dans la population. A Viroflay, ces derniers naissaient avant tout chez les riverains de certains projets d’urbanisme. Cela nous posait deux problèmes : cela concernait au final assez peu de monde (contrairement à ce que fantasmait la deuxième opposition qui surfait allégrement sur cette vague là, en pensant sincèrement que ça leur permettrait de gagner) et surtout nous reprochions avant tout au maire de ne pas en faire assez en la matière, quand les mécontents en question souhaitaient qu’il en fasse encore moins. Au final, c’est un sympathisant qui résuma le mieux la situation en me demandant un jour : « bon, je suis de gauche alors je vote pour vous, mais vous lui reprochez quoi au juste au Maire ? ».
Il y avait pourtant bien des choses à redire. Mais dans une ville dont la population est infiniment plus aisée que dans la majorité des communes, les reproches que nous pouvions formuler portaient sur des éléments techniques et difficiles à percevoir par la population. De petites mesquineries budgétaires qui touchaient généralement les plus modestes et surtout le fait qu’à force d’être « prudente », la commune avait tout simplement trop d’argent. On associe le plus souvent la mauvaise gestion de comptes publics à des déficits et de l’endettement excessifs, mais à Viroflay, le problème résidait dans les excédents trop généreux et le désendettement trop rapide. Concrètement, la majorité avait réalisé toute un série d’économies ne se justifiant pas, sauf si l’objectif avait été de baisser les impôts, ce que la commune n’a évidemment jamais fait. Le mieux est parfois l’ennemi du bien, mais ce principe fait un très mauvais slogan électoral. Ca peut vite être compris comme une manière de souligner que votre adversaire est trop bon…
J’ai donc fait un choix assez radical, et vraiment peu fréquent dans une campagne électorale menée par une opposition. Nous n’avons jamais dit un seul mot sur la politique du maire sortant dans nos différents documents de campagne (à part éventuellement un exemple de mauvais aménagement en termes d’accessibilité). Nous nous sommes simplement contentés de présenter notre projet, de l’expliquer, d’en présenter les bénéfices attendus dans l’absolu et non par rapport à qui ou quoi que ce soit. Je ne crois pas que cette attitude nous ait rapporté la moindre voix, mais je ne crois pas que nous aurions tiré le moindre bénéfice de taper sur le Maire sortant à longueur de tract. J’avoue que je suis assez fier de ce choix, celui d’avoir fait de la politique comme j’estime qu’elle devrait être toujours menée, en résistant à plus bas instincts d’opposant.
Pour établir notre programme, nous avons vraiment bossé. Personnellement, j’ai passé pas mal de temps à rechercher des initiatives qui avaient marché ailleurs, téléphoner à des élus d’autres communes pour qu’ils me parlent de leur propre expérience. Le résultat, bâti autour de trois priorités (logement, énergie, accessibilité), était (en toute objectivité bien sûr) solide et à même de défendre l’intérêt général à l’échelle de Viroflay, et non plus simplement l’intérêt des Viroflaysiens. Ce sont bien ces deux conceptions de l’action publique qui nous a toujours opposés à la majorité et se traduisait dans nos programme respectif.
Au final, malgré tous nos efforts pour les faire connaître (ça sera l’objet du prochain billet), quelle était la part de la population de la commune capable de vraiment cerner et identifier nos propositions et les différencier de celles de la majorité sortante ? Une partie bien trop infime pour espérer que la qualité du fond bouscule réellement les équilibres, surtout dans une commune de l’agglomération parisienne où les questions purement municipales ont beaucoup moins d’impact qu’ailleurs. Cela se ressentira au moment des résultats… Mais de ça aussi, j’en parlerai bientôt…
Avant de rentrer dans le vif d’une campagne électorale, il faut évidemment d’abord déterminer qui sont les candidats. Pour une élection municipale, il faut une tête de liste (cf. l’épisode précédent) et le reste de ceux qui vont l’accompagner. Viroflay compte 33 conseillers municipaux. Il nous fallait donc trouver 32 noms avec une contrainte non négligeable : 16 femmes, 16 hommes, inscrits sur les listes électorales de la commune ou à défaut y payant des impôts locaux. Et je peux vous assurer que ce n’était pas une mince affaire.
Les élections municipales de 2014 approchaient. Le fait que je devienne tête de liste avait quelque chose d’évident, mais pour autant j’évitais de trop me projeter vers cette idée. Sans doute, trouvais-je ça quelque peu délicat et prétentieux de dire « au fait, on est bien d’accord que ça sera moi la prochaine tête de liste ? ». Et puis en février 2013, lors d’une réunion du bureau de la Section, la question a été abordée. Tous les membres présents considéraient que cela ne nécessitait aucun débat et personne n’envisageait un autre scénario. Je suis sorti de la réunion en ayant en tête que je serais le futur candidat du Parti Socialiste pour la mairie de Viroflay.
J’ai souligné la dernière fois que contrairement aux idées reçues, les hommes politiques respectent le plus souvent la plupart de leurs engagements, mais qu’on leur reprochait le moindre écart ou le moindre manquement, en oubliant tout le reste. Mais force est de constater que parfois l’application d’une mesure pourtant clairement énoncée à l’avance provoque des tempêtes inattendues, alors qu’elle n’avait fait l’objet d’aucun débat particulier pendant la campagne. François Hollande et tout le PS en feront l’amère expérience avec le Mariage pour Tous.
Le cinéma polonais est un fournisseur régulier de nos écrans et le plus souvent les films distribués dans l’Hexagone sont de très bonne qualité. Mais avouons-le, ces longs métrages sont rarement des comédies légères et enjouées. Peut-être parce que c’est représentatif du 7ème art polonais ou tout simplement parce que les distributeurs français cherchent à entretenir les clichés sur ce pays, qu’on associe facilement à la grisaille et à la tristesse. La Communion nous raconte l’histoire d’un détenu, maltraité par ses congénères en prison, qui se fait passer pour un prêtre au lieu de rejoindre l’usine où il devait travailler. Pas vraiment le scénario d’une farce, mais celui d’un film très réussi.
La Communion est profondément marqué par la performance de Bartosz Bielenia, qui semble littéralement habité par son personnage. Sa présence à l’écran est impressionnante. Le charisme est quelque chose qui n’est pas facile à jouer avec crédibilité et le moins que l’on puisse dire est que le jeune homme n’en manque pas. Le reste du casting est tout aussi remarquable, ce qui contribue fortement à la réussite de ce film qui repose largement sur la galerie de ses personnages. On ressort de ce film avec beaucoup d’émotions contrastées, mais toutes profondes et sincères. Je ne sais pas si on finira par rigoler un jour devant un film polonais. Mais attendant ne boudons pas l’intérêt de la vision du monde qu’ils nous proposent.
Hollywood est depuis longtemps la capitale mondiale des films d’enquête, qu’elles soient menées par des policiers, des avocats ou des journalistes. Evidemment, dans l’immense majorité des cas, c’est un meurtre qui est investigué. Mais depuis Erin Brockovich, on sait aussi que l’environnement malmené par de vilaines multinationales constitue également un bon sujet. Un nouvelle preuve avec Dark Waters. Comme pour le film de Soderbergh, il s’agit d’une histoire vraie. Derrière la caméra, Todd Haynes qui nous avait plutôt habitué aux drames intimistes. Mais ici aussi, ses qualités artistiques nous offrent un film aussi beau qu’intéressant.
Surtout que Todd Haynes nous offre un nouveau modèle de photographie. Encore une fois, je lui reprocherais peut-être un léger manque de rythme qui rendent ses films un tout petit peu plus contemplatif que nécessaire. Mais c’est son style et au moins on a le temps d’apprécier la qualité des images et de profiter de l’ambiance ainsi crée. Dark Waters offre à Mark Ruffalo un de ses plus beaux rôles. Moins de spectateurs l’y auront vu qu’en géant vert sauvant l’univers, mais tous ceux qui auront eu cette chance auront admiré la performance tout en justesse qu’il nous livre. Cela fait de ce film une œuvre très classique, sans réelle surprise, mais totalement maîtrisée et dont la conclusion donne quand même du baume au cœur de tous ceux qui ont envie de se battre pour la justice.
On fait bien des mauvais choix dans la vie, mais certains en font plus que d’autres, avec des conséquences plus ou moins fâcheuses. Le jour où Renée Zellweger s’est dit « oh, ça serait une bonne idée si je faisais de la chirurgie esthétique », elle a tout simplement eu la pire idée de sa vie. A tel point qu’à un moment, on a pu la croire totalement perdue pour le grand écran et bonne pour jouer les monstres dans les foires. Mon propos est un peu cruel et sans doute un peu injuste. Car le talent ne disparaît jamais vraiment et elle vient d’en apporter une preuve plus qu’éclatante en remportant un Oscar pour sa performance dans Judy. Une autre femme qui n’a pas toujours brillé par la pertinence de ses choix.
Judy est évidemment marquée par la performance de Renée Zellweger. Tous ceux, comme moi, qui ont profondément aimé cette actrice, ne pourront qu’être tout aussi profondément heureux de la revoir briller ainsi à l’écran. Bon bien sûr, son visage est une pub pour l’interdiction du botox et la pendaison pour tous les chirurgiens esthétiques, mais la magie parvient tout de même à opérer. Sinon, le film est terriblement hollywoodien. Mais comment le reprocher à un film qui fait le portrait d’un des symboles de l’Age d’Or d’Hollywood ? Il en résulte une efficacité totale, mais un très léger manque d’âme. Un drame un peu trop propre sur lui pour émouvoir avec toute la force nécessaire. Mais il reste un bel homme néanmoins à une grande dame par une grande dame.
La ruralité est à l’honneur depuis quelques temps sur nos écrans. Après la pure fiction (Petit Paysan), l’histoire vraie (Au Nom de la Terre), voici le documentaire intitulé Cyrille, Agriculteur, 30 Ans, 20 Vaches, du Lait, du Beurre, des Dettes. Un titre qui en dit long sur le contenu, même si l’histoire est assez étonnante pour ne pas s’arrêter à ça. Le film nous offre une rencontre humaine réellement poignante. Beaucoup plus qu’une vraie réflexion sur l’agriculture. On peut juste craindre que certains le prennent comme cela.
Cyrille, Agriculteur, 30 Ans, 20 Vaches, du Lait, du Beurre, des Dettes ne répond pas à beaucoup de question qu’un ingénieur agronome comme moi. Quelle est la cause de la mort des vaches achetées peu après son installation ? Evidemment, ce n’est pas directement le sujet du film, mais cela nous pousse tout de même à voir en ce jeune homme une pure victime. D’un système, de la malchance, de créanciers… La réalité n’est forcément pas aussi simple et il porte forcément une part de responsabilité. Cela crée un biais dans le portrait que l’on peut regretter. Il y a dans cet avis de critique amateur, sûrement un peu de déformation professionnelle. Cependant, cela n’enlève rien à la beauté de ce portrait et l’émotion pure et sincère qu’il fait naître.
Clint Eastwood a visiblement décidé de se spécialiser dans les portraits des personnes « ordinaires » qui un jour deviennent plus ou moins volontairement des héros. Pour le meilleur, avec Sully, ou le pire, avec le 15h17 pour Paris (même si je ne l’ai personnellement pas vu). Il récidive avec Le Cas Richard Jewell. On pouvait donc se demander de quel côté la balance allait pencher cette fois-ci. Mais quand on connaît l’extrême qualité de la filmographie de ce géant du 7ème art, on se doutait bien de la réponse. Une nouvelle fois, il s’est montré à la hauteur de la situation.
Le Cas Richard Jewell offre un grand rôle à Paul Walter Hauser dont le physique ne correspond pas vraiment à ce que Hollywood à l’habitude de mettre tout en haut de l’affiche. Il occupe l’écran pas uniquement par la largeur de… ses épaules, mais aussi par la justesse et la force de son interprétation. Sam Rockwell, Kathy Bates ou Jon Hamm sont vraiment relégués au rang de second rôle. Ils contribuent en tout cas tout avec beaucoup de conviction à nous faire découvrir cette histoire édifiante qui n’aurait peut-être pas mériter un film, si elle n’avait pas pris vie sous la sublime caméra de Clint Eastwood. Puisse-t-il encore s’en servir longtemps pour nous offrir de longs métrage de cette qualité.
Le mouvement de lutte pour l’égalité « raciale » aux Etats-Unis inspire depuis longtemps les cinéastes, mais le plus souvent dans une perspective historique, avec des portraits des grandes figures. Avec Queen & Slim, il trouve une traduction plus contemporaine. Melina Matsoukas fait des choix artistiques forts pour porter son propos. Mais en faisant cela, elle sacrifie quelque peu le fond au profit de la forme. Et quand on traite un sujet aussi fort, c’est sans doute une erreur regrettable.
La photographie particulièrement soignée de Queen & Slim contribue à cette impression d’une forme qui nuit au fond. C’est beau, mais donne à ce film comme une superficialité, alors qu’elle traite un sujet qui demanderait plutôt gravité et profondeur. On peut y voir une forme d’audace, mais il n’en demeure pas moins que le résultat n’est pas à la hauteur de l’ambition. Cela ne doit pas nous faire oublier la prestation magistrale du duo formé par Jodie Turner-Smith et Daniel Kaluuya. Ils incarnent leurs personnages en parvenant à leur donner cette dimension supplémentaire que cherchait la réalisatrice. C’est finalement eux qui constituent le plus grand atout de ce film, certainement pas raté, mais pas réellement réussi.
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