Martin Scorsese a atteint un statut artistique suffisant pour que chaque sortie d’un de ses films constitue un petit événement en soi. Mais il est vrai que la sortie de Silence a été largement… passé sous silence. Peut-être parce que pour une fois, Leonardo Di Caprio ne figure pas au générique. Ou certainement parce que le sujet ne se prêtait pas forcément à une ruée du grand public devant les écrans. Pourtant le sujet est fort, la forme parfaitement maîtrisée. Mais il est vrai que la mayonnaise ne prend pas totalement.
Silence a un grand mérite. S’il y a certainement dans ce film une empreinte du rapport à la foi de Martin Scorsese, élément éminemment intime, il laisse le spectateur totalement libre d’adopter son propre point de vue. Les personnages ne sont jamais manichéens et on peut tout aussi bien trouver leur attitude sublime de courage, comme monstrueusement égoïstes. Héros ou meurtriers illuminés, il y a autant de vision des protagonistes qu’il y a de spectateurs. Cela fait la puissance de cette réflexion qui ne peut laisser indifférent et totalement insensible.
Par contre, il est vrai que la réflexion s’étire peut-être un peu trop en longueur. L’histoire tourne en rond pour avancer doucement. Très doucement. Trop doucement parfois. Le spectateur a eu le temps de se faire sa propre opinion quand le film continue encore et encore. On n’attend plus que la conclusion de Scorsese qui tarde. Cela nous laisse le temps d’admirer cette photographie impeccable, ces décors et costumes splendides et la performance inattendue d’Adrew Gardfield. Cela nous sauve de l’ennui, mais au final cela dilue un peu trop le propos pour que Silence soit un grand film. Mais ça reste un Scorsese. Et ça, ce n’est pas rien !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : YLK, Sikelia, Fabrica de Cine, AI Film, SharpSword films, Catchplay, IM Global Distribution : Metropolitan Film Export Réalisation : Martin Scorsese Scénario : Martin Scorsese, Jay Cocks, d’après le roman de Shusaku Endo Montage : Thelma Schoonmaker Photo : Rodrigo Prieto Décors : Dante Ferretti Musique : Kim Allen Klige, Kathryn Kluge Durée : 161 min
Casting : Andrew Garfield : Père Rodrigues Adam Driver : Père Garupe Liam Neeson : Père Ferreira Yosuke Kubozuka : Kichijiro Yoshi Oida : Ichizo Issey Ogata : Inoue, le gouverneur Shinya Tsukamoto : Mokichi Ryo Kase : Juan Ciaran Hinds : Valignano
N’ayant toujours pas l’intention de m’engager dans cette campagne présidentielle, je me vois relégué au rang de simple commentateur. Une position confortable qui devrait m’inciter à fermer ma gueule. J’ai assez souvent reproché aux autres cette attitude de petit juge moraliste au chaud, le cul dans son canapé, pour ne pas commencer à l’adopter moi-même. Mais voilà, je n’ai pas envie de me taire ! Déjà parce que ce n’est pas mon genre. Mais aussi parce que je ne suis pas militant politique pour avoir envie de rester assis sur mes deux fesses.
Il reste deux mois dans cette campagne électorale. Et j’aimerais avoir envie d’avoir envie à nouveau. Je suis clairement une voix à prendre, qui n’a pas envie de s’adonner au cruel vote utile, même si je n’hésiterai pas une seule seconde s’il s’avère nécessaire. Mais au-delà même de ce scrutin, c’est un engagement politique qui reste à prendre chez moi. Je n’imagine pas rester dans un parti dont je n’aurais pas soutenu le candidat, ce qui ne signifie d’ailleurs pas forcément que je rejoindrai le mouvement de celui pour qui j’aurai voté. Mais je n’ai aucune envie de quitter le champ du militantisme politique. Quand quelque chose ne nous plaît pas, il faut s’efforcer de les changer de l’intérieur, cela a toujours été ma philosophie et je m’y tiendrai.
Je cherche donc désespérément la lueur d’une dynamique intellectuelle dans cette campagne. Il est clair que mon choix se fera forcément entre Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Aucun ne me donne envie pour l’instant de m’engager à ses côtés. Ils ont pourtant devant eux des boulevards idéologiques grands ouverts, un terrain d’idées à occuper et à façonner de leur talent. Mais ils semblent tétanisés, l’un se refusant à livrer une pensée claire et forte, l’autre englué dans une négociation politique sans fin et surtout sans intérêt politique et encore moins intellectuel.
Je pourrais compter les points. Dire ce qui me plaît et me déplaît chez chacun d’eux. Chaque colonne est fournie et j’ai toujours mis en avant le fait qu’on ne peut jamais être d’accord avec tout et surtout, et cela n’empêche en rien un engagement total et sans faille. Je ne cherche donc pas un programme qui serait en adéquation totale avec mes propres convictions. Je suis du genre à lire les programme jusqu’au plus petites lignes et à les juger d’une manière froide et rationnelle. Peut-être que finalement l’un d’entre eux m’emballera, mais j’en doute fort.
Alors je cherche une vision qui ne soit pas forcément totalement la mienne, mais qui ait du corps. Un chemin tracé, qui ne me mène pas mon idéal, mais qui nous mène quelque part avec conviction. Je n’en vois pas aujourd’hui le début. Mais je ne désespère pas et je n’hésiterai pas demain, à me lever de mon canapé pour l’emprunter si il se décide à se dessiner.
Samedi dernier, j’aurais vu deux films très différents, mais ayant le même sujet central commun. Le sujet le plus universel qui soit, le plus indémodable. L’amour ! Car après avoir été voir la comédie française L’Ascension, j’ai été voir le drame historique américain Loving. Un film sur le combat pour les droits civiques, mais qui parle avant tout du droit à s’aimer et la manière donc ce sentiment peut souder deux êtres au-delà de toutes les épreuves.
Loving voit le réalisateur Jeff Nichols s’aventurer sur un terrain où on ne l’attendait pas forcément. Il nous avait habitué à enrober ses histoires d’un peu de mystère, flirtant avec l’ésotérique. Là on est dans les deux pieds dans une réalité assez brute, avec la ferme volonté de recréer une époque, une ambiance sociétale et aussi quelques faits historiques. Il garde pourtant son style, basé sur une narration au rythme régulier, mais relativement lent et une réalisation qui elle aussi prend le temps de nous montrer les personnages et les décors. Si sur son terrain habituel, ses histoires et son style entraient en synergie, cela est moins évident ici.
Il n’en reste pas moins que Loving est un film remarquable. Un quart d’heure de moins aurait pu le rendre meilleur, mais lui aurait fait sûrement perdre cette réelle personnalité insufflée par son réalisateur. Le propos reste remarquable par sa profondeur et son traitement, qui se focaliser avant tout sur les personnages. Le film reste éminemment politique, mais tout en plaçant le politique pur et dur dans un second plan relativement éloigné. Tout repose sur ce couple, magnifiquement interprété par Ruth Negga et Joel Edgerton. Ils parviennent parfaitement à transcender cette simple histoire d’amour en lui donnant une portée tout autre. Celle d’une histoire qui s’écrit pour le meilleur, même si des événements contemporains nous ont rappelé le chemin qui reste à parcourir.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Big Beach Films, Raindog Films Réalisation : Jeff Nichols Scénario : Jeff Nichols Montage : Julie Monroe Photo : Adam Stone Décors : Chad Keith Distribution : Mars Film Musique : David Wingo Durée : 123 min
Casting : Joel Edgerton : Richard Loving Ruth Negga : Mildred Loving Michael Shannon : Grey Villet Nick Kroll : Bernie Cohen
Dans un monde qu’on a connu en meilleure forme, un peu de positive attitude ne fait pas de mal, loin de là. Non, je ne vous invite pas à acheter l’intégral de Laurie, mais à aller voir l’Ascension. Vous pourrez répondre que vous avez déjà vu la bande-annonce dix fois et que vous avez l’impression d’avoir déjà vu le début, le milieu et la fin. Vous n’avez pas totalement tort, mais le plaisir procuré par ce film est ailleurs. Mais il fait foutrement du bien.
Si le scénario n’a rien de surprenant, L’Ascension recèle quelques bonnes surprises. La réalisation tout d’abord. Certes, ce n’est pas du Kubrick, mais c’est plutôt bien filmé, alors que la montagne n’est pas toujours facile à mettre en image. Dans les moments les plus difficiles de cette ascension, le film prend furtivement des airs de grands films d’aventure. Il nous propose aussi des seconds rôles globalement réussis, notamment le sherpa qui accompagne le héros. Il est au final le personnage le plus intéressant du film et lui offre un petit supplément d’âme.
Tout ceci nous fait oublier quelques faiblesses. L’Ascension souffre de quelques baisses de rythme, de quelques seconds rôles plus caricaturaux et de dialogues pas toujours hyper convaincants. Mais tout ceci n’est pas suffisant pour gommer l’enthousiasme communicatif d’Ahmed Sylla qui signe là des débuts au cinéma très réussis. On finit par croire cette histoire improbable mais vraie, grâce à l’énergie qu’il déploie. En effet, il en faut un minimum pour arriver au sommet de l’Everest sans aucune expérience. Qu’il fasse ça par amour ressemble un peu à un cliché rose bonbon. Mais un peu de rose bonbon de nos jours, ça n’a pas de prix !
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Ludovic Bernard, assisté de Mathieu Thouvenot et Catherine Gambier Scénario : Nadire Dendoune, Olivier Ducray, Ludovic Bernard Décors : Sébastien Inizan Costumes : Claire Lacaze Photographie : Yannick Ressigeac Son : Amaury de Nexon, Jean-Paul Hurier Montage : Romain Rioult Musique : Lucien Papalu, Laurent Sauvagnac Production : Philippe Roux
Casting : Ahmed Sylla : Samy Diakhaté Alice Belaïdi : Nadia Nicolas Wanczycki : Jeff Denis Mpunga : Célestin Diakhaté Maïmouna Gueye : Évelyne Diakhaté Amir El Kacem : Kévin Rabah Nait Oufella : Said Waly Dia : Alex Fadila Belkebla : Houria (la mère de Nadia) Umesh Tamang : « Johnny » (le Sherpa) Rabah Naït Oufella : Saïd Oscar Copp : Nadir
Si tout le monde s’attend à ce que La La Land triomphe aux Oscars, il reste tout de même un challenger de taille. Moonlight constitue en effet un autre magnifique moment de cinéma. Si les deux films sont très différents à tout point de vue, au moins ils se retrouvent réunis par leur immense qualité globale. Bon courage aux jurés pour les départager. En attendant, les spectateurs, qui n’ont pas à faire ce choix cornélien, peuvent simplement savourer.
Moonlight aborde des sujets difficiles et décrit une réalité sociale sans fards. Loin de tout cliché et d’un quelconque manichéisme, il offre un propos d’une rare intelligence. Il offre une réflexion profonde sur le déchirement entre aspiration individuelle et pression sociale. S’il est question ici d’homosexualité dans les quartiers pauvres aux Etats-Unis, on pourrait le relier à d’autres films sur les mariages forcés au Moyen-Orient par exemple. A chaque fois, on retrouve le dilemme d’êtres humains obligés de choisir entre la tentation de renoncer au bonheur pour gagner une certaine tranquillité et la volonté d’être soi-même et de s’affirmer.
Moonlight se démarque cependant par une qualité artistique « oscarisable ». Barry Jenkins signe là une œuvre majeure, d’autant plus inattendu que sont précédent film n’a même pas été distribué en France. La photographie, la direction d’acteurs démontrent des qualités de réalisateur que l’on ne retrouve pas tous les quatre matins sur nos écrans. Quand la forme et le fond virent ainsi au sublime, le spectateur se régale, s’émeut et sort de la salle avec l’impression d’avoir été tiré vers le haut. N’est ce pas au fond le but ultime de l’art ?
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : A24, Plan B Entertainment, Pastel Productions Distribution : Mars Films Réalisation : Barry Jenkins Scénario : Barry Jenkins d’après la pièce de Tarell Alvin McCraney Montage : Joi McMillon Photo : James Laxton Décors : Hannah Beachler Musique : Nicholas Britell Directeur artistique : Caroline Eselin-Schaefer Durée : 111 min
Casting : Trevante Rhodes : Chiron « Black » Ashton Sanders : Teen Chiron Alex Hibbert : Chiron « Little » André Holland : Kevin Jharrel Jerome : Teen Kevin Jaden Piner : Kevin (jeune) Janelle Monáe : Teresa Naomie Harris : Paula Mahershala Ali : Juan
Tout le monde sait que les frères Lumière ont inventé le cinéma. Mais même pour des grands cinéphiles comme moi, ils ont simplement inventé le procédé technique. Ils posaient une caméra devant une scène anodine et cela suffisait alors pour créer l’émerveillement. Le cinéma comme art a par contre pour inventeur George Méliès… Voilà une certitude bien ancrée. Quelle erreur ! Pour s’en convaincre, il suffit de voir Lumière ! L’Aventure Commence.
Assister à une naissance constitue toujours un moment émouvant. Tous les amoureux du cinéma seront émus par Lumière ! L’Aventure Commence. Car ils y assistent à la naissance de leur art préféré. De tout leur art. Car ce film démontre avec brio que dès les premières minutes couchées sur pellicule, tout était là. Les frères Lumière n’étaient pas que des techniciens de génie, mais d’incroyables artistes ayant saisi immédiatement comme sublimer artistiquement ces images animées.
Une compilation d’1h30 de films de 50 secondes tournées autour de 1897 aurait pu se révéler fastidieux à suivre. Il n’en est rien. Ces petits films ne constituent pas qu’une curiosité historique, mais bien autant de petits chefs d’œuvre artistiques. L’héritage légué des frères Lumière est immense. Nous en sommes les bénéficiaires dès que nous nous rendons dans une salle obscure. Mais Lumière ! L’Aventure Commence nous fait prendre conscience ce que nous leur devons. La passion d’une vie pour beaucoup. Pour moi par exemple…
Hasard du calendrier cinématographique, deux films du réalisateur chilien Pablo Larrain viennent de sortir successivement sur nos écrans. Après Neruda en décembre, voici Jackie en février. Deux biopics donc, mais deux films assez différents. Déjà parce que le dernier marque les débuts « hollywoodien » du cinéaste. Il garde cependant toute sa personnalité artistique pour nous offrir un film élégant et surprenant, même s’il est globalement inégal.
Pablo Larrain aime donc visiblement par dessus tout relater des moments d’histoire politiques. Ou plutôt des moments de la vie de ceux qui font l’histoire politique. Jackie est exactement ça. Le récit de trois jours de la vie de Jackie Kennedy, mais qui au travers lesquels il va réussir à traiter une multitude de sujets tournant autour de cette figure mythique. Mais il reste un film profondément humain, s’attachant bien plus aux acteurs qu’aux événements. Cela fait son originalité, mais aussi sa limite car cela affaiblit quelque peu la trame narrative. D’où quelques longueurs et notamment un vrai trou d’air au milieu du film. Heureusement, le dénouement donne finalement une grande force au récit.
Pablo Larrain garde avec Jackie une partie de son style. Une certaine lenteur, une caméra qui cherche à mettre avant tout en avant les acteurs. Les plans sont rarement larges, mais le plus souvent focalisés sur les visages et les émotions. Par contre, la photographie, brillante et lumineuse, a pris un tournant plus typique du cinéma américain… bien qu’elle soit signée par un directeur français. Mais Stéphane Fontaine n’en est pas à sa première incursion de ce côté de l’Atlantique, puisqu’il avait déjà œuvré sur le très beau Captain Fantastic. Un mot enfin sur la performance asse bluffante de Natalie Portman. La jeune adolescente de Léon est désormais très loin. Elle s’insère dans la grande lignée des acteurs qui ont su rentrer de manière troublante dans la peau d’un personnage historique. Ca leur a souvent valu un Oscar… Si elle en remporte un à la fin du mois, personne ne pourra dire qu’il est immérité.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Jackie Productions, Wild Bunch, Fabula, LD Entertainment, Protozoa Pictures, Bliss Medias, Why Not productions Distribution : Bac films Réalisation : Pablo Larrain Scénario : Noah Oppenheim Montage : Sebastian Sepulveda Photo : Stéphane Fontaine Décors : Jean Rabasse Musique : Mica Levi Costumes : Madeline Fontaine Durée : 100 min
Casting : Natalie Portman : Jackie Kennedy Peter Sarsgaard : Bobby Kennedy Greta Gerwig : Nancy Tuckerman Billy Crudup : le journaliste John Hurt : Le prêtre Richard E. Grant : Bill Walton Caspar Phillipson : John Fitzgerald Kennedy Beth Grant : Lady Bird Johnson
Apprendre de ses défaites constitue une des plus grandes preuves d’intelligence. Mais savoir apprendre de ses victoires est aussi un exercice difficile que peu de gens savent mener à bien. Visiblement, Benoît Hamon n’a pas su le réussir. Tout ce qu’il lui avait permis de l’emporter sans contestation face à Manuel Valls lors des primaires semble s’être évaporé, jusqu’à le faire ressembler par certains côtés à son ancien adversaire. Temporairement ?
Benoît Hamon a réussi un exploit depuis son intronisation. Celle de démultiplier l’intérêt médiatique porté à Yannick Jadot, qui n’en demandait pas tant. Il se situe ainsi dans la grand tradition socialiste de permettre à tout un tas de partis politiques sans base réelle de survivre. Tout militant PS sait que ces derniers savent très bien qu’ils doivent être prêts à s’effacer lors d’élections locales pour laisser place à des parfaits inconnus issues, au choix, des Verts, du PRG, du MRC, du MUP, des groupuscules écolos divers et variés. Je mettrai à part le Parti Communiste, avec qui la situation est parfois inverse dans certains de ses fiefs. Tous ces partis n’ont d’élus que par la bonne grâce du Parti Socialiste, sur qui il crache pourtant allégrement tout le reste du temps.
Puisque la compétition s’annonce serrée, il est facile de se dire que Benoît Hamon aura besoin des 2% que pèserait le candidat d’EELV. Mais la manière dont il s’est englué depuis 15 jours dans des discussions avec un groupuscule sans militant, ni même ligne politique claire, l’a renvoyé à son image d’homme d’appareil dont il était parvenu à se défaire brillamment pendant les primaires. Au final, l’élan issu de la primaire semble s’être tassé et il a sûrement perdu ainsi bien plus des 2% qu’il espère conquérir.
L’union de la gauche… Voilà un mythe qui a la vie dure. On répète à l’envi que la gauche ne l’a emporté que quand elle était unie au niveau national. Déjà c’est faux (1988 ou 2012) et surtout il y a derrière cette une idée une dramatique erreur de diagnostic. Si l’union de la gauche a une vertu, ce n’est pas dans par elle-même, que parce qu’elle permet au PS de faire ce qu’il devrait toujours faire et qu’il ne fait que trop rarement : parler à l’immense majorité des électeurs qui se tamponnent totalement le coquillard de ces histoires d’alliance de parti (et au fond, ils ont bien raison).
Le PS a toujours cette affreuse habitude de penser que le monde n’est composé que des personnes hautement politisées. Or c’est faux ! Aux élections locales, vu le taux d’abstention et puisque ces dernières votent bel et bien, cela peut porter ses fruits. Mais à l’élection présidentielle qui rassemble la quasi totalité du corps électoral, cela constitue une erreur funeste qui lui a valu bien des déconvenues. Benoît Hamon est devenu totalement inaudible pour cette majorité silencieuse, celle qui lui fera éventuellement gagner cette élection. Il aurait mille fois mieux valu qu’il laisse EELV dans le grand néant où il se situait.
Quant à l’alliance éventuelle avec Jean-Luc Mélenchon, c’est juste une farce à laquelle personne n’a jamais cru, d’un côté ou de l’autre.
Benoît Hamon est également très mal parti dans son attitude vis-à-vis d’Emmanuel Macron. Il serait bon qu’il se rappelle comment il est apparu comme le grand vainqueur du débat face à Manuel Valls. Hamon exposait ces idées, Valls les commentait. La victoire d’Hamon fut nette et par K.O. Aujourd’hui, force est de constater que la place de celui dont tout le monde parle est bien Emmanuel Macron. Si Benoît Hamon pense une seule seconde qu’il va refaire son retard en mettant en lumière toutes les faiblesses, réelles, du leader de En Marche, il commettra la même erreur grossière de jugement que Manuel Valls quand il pensait inverser la tendance en « pilonnant son adversaire ».
Benoît Hamon a remporté les primaires en étant l’homme qui défendait une idée forte et tous ses adversaires se sont évertués à en faire le centre du débat et lui offrir la victoire sur un plateau. Qu’il continue sur cette voie s’il compte l’emporter. La principale question est de savoir s’il possède encore des munitions pour reprendre la main. S’il compte s’asseoir à l’Elysée avec le seul revenu universel comme étendard, il va au devant d’une grande désillusion.
J’ignore s’il a encore des idées fortes sous le coude. Mais sa victoire sera à ce prix. Et uniquement à ce prix !
Les coïncidences étant inévitables comme le savent tous ceux qui ont un minimum de connaissance en probabilités, il arrive fréquemment que deux films traitant du même sujet sortent à quelques semaines d’écart. C’est encore une fois le cas avec Hedi, sorti fin décembre et Tempête de Sable, dont je vais vous livrer ici la critique. Mais cette fois-ci le parallèle entre les deux films s’apparente à une lecture en miroir. Un même thème, les mariages arrangés, mais pas tout à fait le même point de vue.
En effet, si Hedi racontant l’histoire d’un fils, Tempête de Sable raconte l’histoire du fille. A chaque fois, la relation aux parents jouent un rôle central dans le propos. Evidemment, elle diffère dans les deux cas, la pression, les attentes ne sont pas les mêmes. Si ce n’est la soumission à une tradition qui doit prévaloir sur l’aspiration au bonheur. Le film rend compte à merveille de ces mécaniques absurdes qui broient les individus, qu’ils soient d’ailleurs les victimes, comme les bourreaux. Personne ne sait pourquoi il doit obéir, mais il le doit. Tout ceci est remarquablement exposé dans ce film au scénario particulièrement brillant.
Tempête de Sable n’est pas qu’un témoignage. Il repose sur un vrai sens de la narration, où des rebondissements amènent des changements de perspective inattendus. Si on ajoute à ça une réalisation maîtrisée et un casting formidable, cela donne un film d’une grande force. Cela confirme également l’incroyable vigueur d’un cinéma israélien protéiforme et qui sait affronter les sujets les plus difficiles de front. Ce film n’est pas que féministe, il est avant tout humaniste et nous rappelle qu’il y a encore bien des combats à mener sur cette planète.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Elite Zexer Scénario : Elite Zexer Photographie : Shai Peleg Montage : Ronit Porat Musique : Ran Bagno Pays d’origine : Israël Langue originale : arabe Genre : drame Durée : 87 minutes
Voici un peu plus d’un an que je n’avais pas parlé de sport sur mon site. Et mon dernier billet s’intitulait « Guy Noves n’est pas le messie ». Il avait été écrit après une première mais très difficile victoire face à une très faible Italie. Je mettais en avant que le chemin serait long et qu’on ne mettrait pas fin à tant d’années d’indigence rugbystique. Force est de constater que j’avais raison (attendez je me relis… j’aime tant écrire ça!)… Car à deux jours de France-Ecosse, on ne voit guère plus clair.
Certes, dans sa manière, la défaite du week-end dernier a fait entrevoir quelques promesses. Mais se convaincre que les grandes équipes naissent de certaines défaites est un vœu pieux formulé par ceux qui veulent se rassurer. Les grandes équipes peuvent naître après une défaite, ce qui n’est pas la même chose. Et rien ne permet d’assurer à coup sûr que cela surviendra. L’équipe de Guy Novès se situe donc entre deux eaux. Comme on sait d’où elle vient, on lui pardonne un bilan comptable très moyen, mais l’impatience commence à se faire sentir.
Si l’élection de Bernard Laporte à la tête de la FFR n’a pas autant fragilisé l’ancien entraîneur du Stade Toulousain que ce à quoi beaucoup d’observateurs s’attendaient, elle ne lui donne pas non plus un crédit illimité sur le long terme. Un sans faute dans le reste du Tournoi serait très certainement apprécié. Car s’il y a une leçon à tirer du désastre Saint-André est que l’idée qu’une équipe peut naître quasi spontanément pour une Coupe du Monde est une illusion. Une illusion dont la France est d’autant plus encline à se bercer qu’elle a été en 2011 l’exception qui confirme la règle.
J’imagine mal Guy Novès ne pas continuer à la tête des Bleus au moins jusqu’à la prochaine Coupe du Monde. Mais si son mandat est synonyme d’échec, c’est bien tout le rugby français qui devra se remettre en cause. Depuis trop longtemps le XV de France est à un niveau insatisfaisant. Ce ne peut être la faute d’un, de deux ou de trois seuls hommes. Cependant, rien ne permet à l’inverse de ne pas penser que de demains qui chantent nous attendent. A commencer par dimanche ?
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