Les genres qui ont fait l’âge d’or du cinéma hollywoodien, comédies musicales, péplums, westerns, semblent parfois avoir totalement disparu de nos écrans. Mais il y a toujours un réalisateur pour les faire renaître. Damien Chazelle fait revivre avec La La Land la flamme qui brûlait dans Chantons Sous la Pluie, West Side Story ou My Fair Lady. Il le fait avec le même talent, immense, dont il avait fait preuve pour nous offrir le petit bijou qu’est Whiplash. Il nous offre surtout une nouvelle preuve que le 7ème art, dans son immense diversité, est bien éternel.
Je vais éviter de débat sur le fait de savoir si ce film méritait d’égaler le nombre de nominations aux Oscars. J’aime bien ce genre de débat futile, mais il sera beaucoup plus intéressant quand on saura combien il en gagné au final. La La Land est un film formellement sublime. Confirme qu’il un extraordinaire réalisateur, sans que ce superlatif ne soit en aucun cas dévoyé. Il raconte surtout sur une histoire dont il serait criminel de dévoiler quoi que ce soit, tant elle prend finalement un chemin inattendu qui donne une toute autre portée. Le dénouement est de ceux qui marquent à jamais et font les films légendaires.
Si La La Land joue bien dans la cour des grandes comédies musicales, c’est aussi parce que le duo formé par Emma Stone et Ryan Gosling est bien l’égal de tous ceux qui, avant eux, ont fait la légende du cinéma hollywoodien. Deux immenses stars, mais avant tout deux immenses comédiens qui font revivre une magie matinée de glamour, qui ne pourra jamais être crée par le moindre effet numérique.
Il reste malheureusement un point sur lequel le film n’a pas réussi à m’enthousiasmer… la musique. Cela n’a rien d’anecdotique pour une comédie musicale. Si les chansons sont agréables, sympathiques et en parfaite osmose avec l’image et l’histoire, aucune d’entre elles ne m’a irrésistiblement donné envie de me précipiter à la FNAC en sortant du cinéma pour acheter la BO. En cela, il ne sera pas l’égal, au moins dans mon MP3, des chefs d’œuvre cités plus haut. C’est un petit grain de sable, mais un vrai grain de sable. Mais reste bien des raisons de se dire qu’avec La La Land, 2017 ne sera de toute façon pas une année cinématographique de perdu.
LA NOTE : 15,5/20
Fiche technique : Production : Black label Media, Gilbert Films, Impostor Pictures, Marc Platt Productions Distribution : SND Films Réalisation : Damien Chazelle Scénario : Damien Chazelle Montage : Tom Cross Photo : Linus Sandgren Décors : David Wasco Musique : Justin Hurwitz Directeur artistique : Austin Gorg Durée : 128 min
Casting : Emma Stone : Mia Ryan Gosling : Sebastian J.K. Simmons : Bill Rosemarie DeWitt : Laura Jason Fuchs : Carlo Finn Wittrock : Greg John Legend : Keith Callie Hernandez : Lisa Tom Everett Scott : David
Le racisme est un sujet grave et sérieux. Et comme tous les sujets graves et sérieux, il constitue un excellent sujet de comédie. Ce qui ne veut pas dire que toutes les comédies sur le sujet sont excellentes, Qu’est-ce qu’on a Fait au Bon Dieu ? en est la preuve. Mais cela donne tout de même parfois des films fort sympathiques comme Il a Déjà tes Yeux. Sympathique car écrit avec une réelle intelligence.
Le grand mérite de Il a Déjà tes Yeux est de traiter réellement son sujet en gardant toujours une réelle légèreté. Cet équilibre n’était pas évident à trouver et Lucien Jean-Baptiste s’en tire très bien à ce niveau-là. Les personnages sont attachants et jamais manichéens. Ce n’est pas toujours d’une subtilité folle, mais ça fonctionne et cela délivre un message sans lourdeur grâce à l’humour.
Il a Déjà tes Yeux est donc une comédie drôle, ce qui permet déjà de la considérer comme réussie. On peut cependant lui reprocher une fin qui part un peu en vrille. Un côté grand guignol mal maîtrisé, qui constitue la seule pesanteur du film. Heureusement le joli casting est assez investi dans son interprétation pour que l’on pardonne cette fausse note finale. Le positif domine largement et le film aura atteint son but : divertir intelligemment.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Nolita Cinema, Nexus Factory, TF1 DA, UGC Images, UMedia Distribution : UGC Distribution Réalisation : Lucien Jean-Baptiste Scénario : Marie-Françoise Colombani, Marie-Françoise Colombani, Lucien Jean-Baptiste, Sébastien Mounier Montage : Sahra Mekki Photo : Colin Wandersman Musique : Alexis Rault Directeur artistique : Eleonore Chaspoul, Georges Kafian Durée : 95 min
Casting : Aïssa Maïga : Salimata Aloka Lucien Jean-Baptiste : Paul Aloka Marie-Philomène Nga : Mamita Naidra Ayadi : Anna Michel Jonasz : Monsieur Vidal Vincent Elbaz : Manu Zabou Breitman : Claire Mallet Bass Dhem : Ousmane Delphine Théodore : Prune
Tout le monde connaît mon goût immodéré pour les comédies musicales. Bon OK, c’est juste une expression puisqu’il est vrai qu’il existe sur Terre des personnes ignorant ce fait pourtant bien établi. Bref, tout ça pour dire qu’il n’est pas surprenant que je sois allé voir Tous en Scène, nouvelle production d’Illumination, le studio à qui l’on doit Moi, Moche et Méchant. Force est de constater que ce dernier a plus d’une bonne idée dans son sac.
Ceux qui ont vu des dizaines de fois la bande-annoce de Tous en Scène pourraient craindre d’en avoir déjà vu l’essentiel. Qu’ils se rassurent, il n’en est rien car le film recèle bien des idées. Et des bonnes ! En effet, elle ne disait rien, ou vraiment pas grand chose, de la belle galerie de personnages qui donnent vie à cette histoire. Ce sont bien les protagonistes de cette histoire, portés par un casting voix de haut niveau, qui apportent ce petit supplément d’âme qui fait de ce film une jolie réussite.
Car ce supplément vient s’ajouter à une base solide. Graphiquement, Tous en Scène conjugue modernité et un esprit cartoon des plus réjouissants. L’humour est drôle et tendre. L’histoire est rythmé avec de vrais rebondissements. Et enfin surtout, la musique est omniprésente. Le film est le plus bel hommage cinématographique à la musique pop (au sens hyper large) depuis Moulin Rouge. De Sinatra aux Gypsy Kings, de Beyoncé à Jeff Buckley, tous ces artistes sont les complices de ce divertissement parfois réellement enthousiasmant.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Illumination Entertainment, Universal pictures, Fuji Television Network, Dentsu Distribution : Universal International Pictures Réalisation : Christophe Lourdelet, Garth Jennings Scénario : Garth Jennings Montage : Gregory Perler Décors : Eric Guillon Musique : Joby Talbot Effets spéciaux : Illumination Mac Guff Directeur artistique : François Moret Durée : 108 min
Casting : Matthew McConaughey : Buster Moon Reese Witherspoon : Rosita Scarlett Johansson : Ash Seth MacFarlane : Mike John C. Reilly : Eddie Jennifer Saunders : Nana Taron Egerton : Johnny Tori Kelly : Meena
Aujourd’hui un obscur auteur appelait à la dissolution du Parti Socialiste par Benoît Hamon. Ne croyez pas que je lui en veuille d’être obscur. Je ne suis moi-même qu’un obscur militant, ancien obscur Conseiller Municipal et obscur scribouillard du Net. Et je crois au droit des obscurs de s’exprimer.
L’idée que Benoît Hamon puisse dissoudre le PS se révèle déjà assez saugrenue. Le PS n’appartient pas à Benoît Hamon, comme il n’a pas appartenu précédemment à Ségolène Royal ou à François Hollande. C’est ce qui fait sa force. L’appartenance à un seul homme a au contraire toujours fait la faiblesse criante du Modem et demain celle de En Marche.
Cette tribune était révélatrice de la faiblesse des intellectuels de gauche qui ne se gênent pourtant pas pour rejeter la faute sur le monde politique. C’est oublier que ce sont les idées issues du monde intellectuel qui ont toujours irrigué le monde politique et non l’inverse. Les philosophes des Lumières, Marx, Keynes n’ont jamais exercé le pouvoir, mais continuent d’influencer ceux qui l’exercent ou cherchent à l’exercer.
Cette production d’idées est aujourd’hui au point mort. Le livre de Thomas Piketty, le Capital au XXème Siècle, est absolument passionnant. Le militant politique que je suis l’a dévoré. Mais quelle déception de voir qu’il s’achève que sur quelques misérables pages consacrées aux solutions concrètes à tirer de ces constats. Surtout quand son auteur conclut qu’il n’a rien à proposer, à part un impôt mondial sur le patrimoine qu’il juge lui-même totalement irréaliste. Cela devrait le pousser à un peu de modestie, non à donner des leçons faciles à tour de pages du Monde.
Tout ceci n’enlève rien aux travers du PS. Mais il n’enlève rien, bien au contraire, au respect qu’il mérite. Car même le pire de ses apparatchiks a souvent été, même pour un temps seulement, un militant qui a fait le choix de l’action face à la passivité et s’est un jour gelé les doigts à distribuer des tracts de bon matin en plein hiver. Qui a été là, pour la gauche, sur un marché, pour ne pas laisser la place à la seule droite et surtout à l’extrême-droite qui ne se cache plus. Qui a été là, quand bien des donneurs de leçon étaient au chaud derrière leur ordinateur et où leur smartphone à vomir sur des combats qu’ils ont depuis longtemps désertés.
Je suis social-démocrate et fier de l’être. Je suis fier de l’action de François Hollande pendant 5 ans, même sans être d’accord sur tout. Je suis fier du Mariage pour tous, de la généralisation du tiers-payant et de la garantie jeune. Je suis fier en tant qu’élu de m’être battu au sein du Conseil Municipal de mon ancienne commune pour que les problématiques de d’accessibilité soient enfin prises en compte. Je suis fier d’être militant au Parti Socialiste !
Parce qu’en tant que militant, je suis dans le faire. Et faire est un infiniment plus difficile que commenter. Infiniment respectable surtout. J’assume d’avoir infiniment plus de respect pour un militant ou un élu de la droite Républicaine que pour ceux, inconnus ou amis, qui se contentent de donner des leçons de gauche depuis leur canapé.
Peut-être que tout cela fait que je ne suis pas vraiment de gauche. Peut-être que tout cela fait de moi un suppôt de l’ordre néolibéral. Pourtant mes idéaux sont bien la justice, l’égalité, la liberté, la fraternité.
Alors peut-être que je suis dans le faire, mais que je le fais mal. Peut-être que tous ceux, militants, ministres ou Président de la République, encartés au PS le font mal. Mais une question me taraude alors : qu’attendent tous ceux qui voudraient voir votre notre parti disparaître pour faire à notre place ? En quoi notre existence les empêche de passer à l’action et de mettre en œuvre les idées qui prétendent avoir ?
Je les y invite ! Mais je les préviens également. Pour cela, il leur faudra quitter leur écran pour aller à la rencontre des autres, y compris ceux qui les accueilleront avec des insultes plus que des bravos. Il faudra faire des choix, trancher entre des aspirations contradictoires mais légitimes. Il faudra parfois se lever tôt quand il fait froid, se coucher tard après des réunions studieuses. Accepter de ne pas forcément changer le monde tout de suite, mais s’intéresser à des dossiers désespérément concrets de la vie communale.
Bref il faudra qu’ils soient prêts à faire tout ce que font les militants du Parti Socialiste. S’ils sont persuadés qu’ils peuvent faire mieux, qu’il faut faire autrement, qu’ils ne s’en privent pas ! Mais qu’ils ne nous demandent pas de disparaître, de renoncer à notre histoire, celle que nous écrivons nous-mêmes, pas celle qu’ils aimeraient nous voir écrire sans avoir le courage eux-mêmes de prendre la plume.
Les adolescentes ont d’abord envahi les rayons de nos librairies. Les voilà qui peu à peu s’installent sur les écrans de nos salles obscures. On a vu ainsi Tamara passer de la bande-dessinée au cinéma. Voici, Jamais Contente, adaptation d’une série de roman de Marie Depleschin (intitulée le Journal d’Aurore). Et force est de constater que tout cela donne plutôt de bons films, bien écrits, aux personnages attachants et à l’humour bien sympathique.
Enfin attachant, c’est vite dit. Car le personnage de Jamais Contente est parfois réellement insupportable. On compatit allégrement avec ses parents qui doivent gérer cette adolescente particulièrement contrariante. Rassurez-vous, on perçoit tout de suite le potentiel de cette jeune fille pas tout à fait comme les autres. Le côté quelque peu schizophrénique du personnage force un peu le trait par rapport à l’adolescence, mais au moins il permet au film de ne jamais devenir gnangnan.
De plus, ce schéma se retrouve chez les tous les protagonistes. Chacun joue son rôle, mais aucun n’est tout blanc ou tout noir. A part peut-être le professeur interprété par Alex Lutz mais qui est assez brillant pour apporter un vrai plus au film. On retiendra cependant avant tout la performance de Léna Magnien qui fait preuve d’une assurance dans son jeu qui n’attend pas le nombre de ses années. Elle porte vraiment le film sur ses épaules et ne semble jamais déstabilisé par ce poids. Si son personnage mérite parfois quelques paires de claques, l’actrice ne récolte elle que notre admiration.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Agat Films & Cie, Ad Vitam Distribution : Ad Vitam Réalisation : Emilie Deleuze Scénario : Emilie Deleuze, Marie Desplechin, Laurent Guyot d’après l’œuvre de Marie Desplechin Montage : Frédéric Baillehaiche Photo : Jeanne Lapoirie Décors : Pascal Le Guellec Musique : Olivier Mellano Durée : 89 min
Biopic de musicien, deuxième ! Et évidemment, encore une fois, un artiste n’étant pas tout à fait solide et équilibré dans sa vie, sinon ce n’est pas drôle. Born to Be Blue nous raconte la vie du jazzman Chet Baker, qui est connu pour deux caractéristiques principales : il était blanc, ce qui est assez rare dans le métier, et il était héroïnomane, ce qui est déjà nettement plus fréquent (oui, je sais, c’est la journée des clichés gratuits). Un destin qui n’a donc rien d’inattendu… mais qui n’a rien de banal non plus.
Born to Be Blue nous parle certes d’un homme. De sa vie, mais en fait simplement de quelques mois. Mais à travers cette tranche de vie, le film aborde plusieurs sujets. Le premier d’entre eux est la drogue, la dépendance, la lutte pour ne pas replonger quand on s’en sort. Il s’agit vraiment du thème principal de ce film. Il est traité de manière très vivante, sans morale, sans jugement. Nous sommes dans le témoignage, l’histoire racontée parce qu’elle mérite d’être racontée. Chaque spectateur en tire les conclusions qu’il souhaite mais appréciera une écrite d’une grande intelligence.
Born to Be Blue nous parle aussi naturellement de musique. Les vrais mélomanes regretteront peut-être qu’elle ne soit pas plus présente. Ceux qui, comme moi, ont une culture jazz limitée, découvriront cet artiste avec joie. Un de mes voisins au cinéma a fait part de sa volonté d’écouter sa musique une fois de retour chez lui. Voici une belle preuve que le film atteint son but et repose sur un deuxième pilier solide. Si on ajoute ça d’autres thématiques, comme le désir de reconnaissance, et une interprétation inspirée d’Ethan Hawke, cela donne un film réussi et convaincant.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Robert Budreau Scénario : Robert Budreau Musique : David Braid, Todor Kobakov et Steve London Montage : David Freeman Photographie : Steve Cosens Décors : Aidan Leroux Costumes : Anne Dixon Producteur : Robert Budreau, Leonard Farlinger, Jennifer Jonas et Jake Seal Production : New Real Films Distribution : Kinovista et Entertainment One Durée : 97 minutes
Casting : Ethan Hawke : Chet Baker Carmen Ejogo : Jane Callum Keith Rennie : Dick Bock Kedar Brown : Miles Davis Janet-Laine Green : la mère de Chet Kevin Hanchard : Dizzy Gillespie Stephen McHattie : le père de Chet Tony Nardi : Nicholas Katie Boland : Sarah Tony Nappo : Officier Reid Dan Lett : Danny Friedman Barbara Eve Harris : Elise Azuka Eugene Clark : Harry Azuka Nat Leone : Jenny
Dans la famille film d’espionnage, il y a d’un côté la branche anglo-saxonne, où les agents portent des smokings, sautent dans des avions en marche et sauvent le monde. Et puis de l’autre, il y a la branche française qui peut se contenter parfois comme arme fatale d’une simple machine à écrire. Ca paraît peu, mais ça suffit parfois, comme le prouve La Mécanique de l’Ombre. Il prouve surtout qu’il est inutile d’opposer les deux car ils procurent chacun leur plaisir.
Il est vrai que la Mécanique de l’Ombre peut être rangé aussi dans la case « polar psychologique ». Le monde du renseignement n’es qu’un décor servant à illustrer la thématique de quidam emporté dans une logique qui le dépasse et dont il ne peut sortir. Il s’agit d’un vrai film de personnage, centré sur les réactions et l’évolution de la personnalité de son protagoniste principal. Mais le tout est filmé avec assez de talent pour créer une vraie tension narrative faisant naître un vrai suspense jusqu’à la dernière minute. Rien de révolutionnaire, ni de fondamentalement original, mais c’est parfaitement construit.
La Mécanique de l’Ombre nous offre aussi une belle confrontation d’acteurs. D’un côté, la figure aussi sympathique qu’inquiétante interprétée par Denis Podalydès. Un acteur qui ne sait pas faire autre chose qu’être génial, quel que soit la rôle. Soit la définition d’un grand acteur. En face de lui, François Cluzet est dans un registre très classique pour lui. Mais quand un tel comédien est à l’aise, il ne peut qu’être formidable. Le film repose beaucoup sur leur talent. Et vous aurez compris qu’ils n’en manquent pas et font de ce film une vraie réussite.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : 24 25 Films, Scope Pictures Distribution : Océan films Réalisation : Thomas Kruithof Scénario : Thomas Kruithof, Yann Gozlan Montage : Jean-Baptiste Beaudoin Photo : Alexandre Lamarque Décors : Thierry François Musique : Grégoire Auger Durée : 93 min
Casting : François Cluzet : Duval Denis Podalydès : Clément Sami Bouajila : Labarthe Simon Abkarian : Gerfaut Alba Rohrwacher : Sara Philippe Resimont : De Grugy
Le revenu universel aura donc été la grande idée de cette primaire. Une idée à étudier… mais à étudier vraiment.
Si je ne suis pas franchement convaincu, c’est que je ne crois vraiment pas qu’elle atteindra son but. L’argument notamment comme quoi elle permettra de rééquilibrer le rapport employé/employeur au moment de négocier un salaire me laisse circonspect. J’y vois même une grave erreur. En effet, ce rapport de force est avant tout déterminé par le taux de chômage et la difficulté à trouver un emploi satisfaisant. Dans un contexte de chômage de masse, le revenu universel risque fort d’être utilisé comme argument du type « on vous donne déjà X euros par mois, je n’ai pas besoin de vous payer plus ».
Et si jamais les salaires ne baissaient pas, l’effet sur l’immobilier sera catastrophique pour les classes populaires. En effet, on va solvabiliser de manière totalement artificielle les emprunteurs à hauteur de X euros par mois. Ceci va entraîner une hausse forte et rapide de prix de l’immobilier qui se répercuteront fatalement sur les loyers, encadrement ou pas. Après on peut toujours dire que le revenu universel permettra de faire face à ces hausses de loyer, mais si c’est pour que tous les effets inflationnistes qu’il va engendrer éteigne totalement le bénéfice, cela ne va rien changer.
Evidemment, on peut très certainement imaginer des moyens de contourner ces difficultés. En le limitant d’abord aux plus modestes et aux jeunes comme Benoît Hamon le préconise dans un premier temps. Dans ce cas là, ça s’appelle le RSA et la garantie jeune, que le gouvernement actuel a revalorisé pour le premier et créer pour la deuxième. Il n’y a donc pas de révolution, mais juste quelques mots pour vendre un peu de rêve avec des idées anciennes… et pas spécialement de gauche puisque le revenu universel a été défendu par de nombreux économistes ultra-libéraux.
Mais le pire du pire reste quand même l’idée de le financer entre autres une taxe sur les robots ? Sérieusement ? Que ça donne un début d’érection à tous ceux à gauche qui ont la bave aux lèvres dès qu’on parle des entreprises (travers fréquent chez beaucoup de militants et sympathisants socialistes, surtout quand ils n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise, ce qui n’est pas une tare en soi, mais devrait inciter à un peu de retenu) est effectivement très efficace pour gagner une primaire qui rassemble si peu de monde. Mais c’est un fait largement établi qu’il y a une corrélation positive entre le nombre de robots du tissu productif d’un pays et sa capacité à créer des emplois. Parce que la robotisation signifie compétitivité et tout simplement modernité… Bref, Hamon propose une taxe sur la modernité !!! Tellement révélateur !
Mais tellement révélateur aussi l’argument utilisé par ses adversaires (y compris ceux qui du jour au lendemain sont devenus ses meilleurs potes) qu’ils utilisent en boucle. Ce n’est pas finançable ! Cet argument est d’une faiblesse crasse. On ne parle pas d’une telle mesure en ne considérant que son coût brut, mais il faut évidemment analyser les choses globalement. C’est d’ailleurs le même reproche que l’on peut faire aux « frondeurs » quand ils parlent du CICE.
Manuel Valls a fait preuve d’une rare vacuité programmatique dans cette campagne. Se situer dans une continuité n’est pas incompatible avec la recherche de nouvelles idées. Surtout que si on ne le fait pas au moment d’une campagne électorale, on le fait quand ?
Benoît Hamon peut chaudement remercier ses adversaires pour leur beau moment de « tous contre lui » du troisième débat ! Ce genre de situation profite toujours à celui qui est cerné, François Hollande peut en témoigner aux primaires 2011. Il n’y a pas de mauvaise publicité en politique, même une modeste expérience de conseiller municipal d’opposition et un seul média-training permet d’en être convaincu. Alors quand j’entends que la stratégie de Valls sera de taper fort sur Hamon demain soir, je me dis qu’il aura bien mérité sa défaite.
Le militant socialiste que je suis est donc arrivé au bout d’une certaine forme de fatigue. Jamais je ne voterai blanc à une élection, même si, là, la tentation est grande. Je dois choisir entre deux personnages pour lesquels je n’ai aucune appétence. Deux personnes qui symbolisent tout ce qui me désole au sein de mon parti et plus largement de l’ensemble du monde politique. Je ferai donc un choix. Je n’ai guère de doute sur ce qu’il sera, mais je me réserve encore un peu de temps et le débat de demain pour l’affermir définitivement. Mais tout ceci me plonge dans un flou total pour la suite. La suite de la campagne, mais surtout pour la suite de mon engagement politique. Non, je n’ai pas l’intention de me mettre en marche. Je me pose simplement une infinité de questions. Le temps apportera peut-être les réponses. Mais j’ignore ce qu’elles seront.
Et pour ceux qui verraient dans ce texte une nouvelle couche du « tous pourris » ou du « tous nuls », je terminerai par cette pensée inspirée par mon expérience d’élu local, de militant de terrain et de lecteur des commentaires sur les réseaux sociaux : le « peuple » a la médiocrité politique qu’il mérite !
J’aime beaucoup Edouard Baer. Rarement un homme aura eu la capacité à inspirer une aussi forte sympathie rien qu’avec son sourire. Un homme qui très certainement ressemble aux rôles qu’il interprète. Lunaire, doté d’une folie douce et d’une infinie gentillesse. Ouvert la Nuit, où il est devant et derrière la caméra, nous fait suivre les pas d’un personnage qui ressemble sûrement beaucoup à celui qui l’a fait naître. Un film qui nous rapproche donc de son auteur. Mais un bon copain n’est pas forcément un artiste de génie.
Edouard Baer est pétri de talent. Il en éclabousse la pellicule du début à la fin de Ouvert la Nuit. Il en use et en abuse pour notre plus grand bonheur. C’est drôle, très bien écrit, plein de surprises, parsemé de quelques moments de bravoure délicieux. Au milieu de ça, Edouard Baer papillonne, virevolte, tout est taillé par lui par sa propre plume. Il livre quelques fêlures aussi et on le remercie de nous considérer visiblement comme des confidents de confiance. Tout cela est parfait… Trop parfait peut-être. Car on le connaît trop bien pour être vraiment surpris par un film qui lui ressemble autant.
Ouvert la Nuit marque ce qui différencie le talent du génie. Bien sûr, il serait idiot de comparer Edouard Baer à Stanley Kubrick. Mais ce dernier a eu le mérite d’explorer, de repousser ses propres limites pour repousser ainsi celle du 7ème art tout entier. Edouard Bear reste au contraire dans sa zone de confort. Il y est brillant, son film est brillant. On peut s’en contenter. On peut aussi regretter qu’il ne se mette pas plus en danger pour ne pas donner simplement au spectateur exactement ce qu’il est venu chercher. Ce petit plus qui fait les œuvres vraiment marquantes. Ce film n’est pas de celle-là, mais il est déjà excellent et c’est déjà très bien.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Édouard Baer Scénario : Édouard Baer et Benoit Graffin Pphotographie : Yves Angelo Montage : Hervé de Luze Décors : Emmanuel de Chauvigny Casting : Stéphane Foenkinos Production : Barka Hjij
Casting : Édouard Baer : Luigi Audrey Tautou : Nawel Grégory Gadebois : Marcel Sabrina Ouazani : Faeza Atmen Kélif : Kamel Michel Galabru : Michel Galabru Lionel Abelanski : Lolo Marie-Ange Casta : Clara Jean-Michel Lahmi : Théo Christine Murillo : Madame Pelissier Michel Fau : le directeur du bar branché
La musique a toujours eu la faculté de créer une synergie avec la cinéma. Et le biopic est devenu un genre tout à fait commun du 7ème art. Du coup, les biopics de musiciens ou chanteurs sont nombreux. Nouvel exemple avec Dalida, dont le titre expose clairement le sujet. Une histoire dramatique et mouvementée que je connaissais peu et qui valait bien un film. Après, la difficulté d’un tel projet est de trouver la bonne distance par rapport à un personnage que l’on aime forcément assez pour avoir envie de raconter son histoire. Lisa Azuelos n’y parvient pas malheureusement pas.
Dalida est factuellement très intéressant. Le destin de la chanteuse fut assez hors du commun, et souvent dans des dimensions particulièrement dramatiques, pour forger une histoire passionnante par elle-même. On a parfois envie de dire que certains faits sont trop incroyables pour êtres vrais, mais on sait malheureusement qu’ils ont bien eu lieu. L’autre force du film est d’avoir su parfaitement insérer la musique de la chanteuse au sein du film. Elle particulièrement présente, mais sans alourdir la narration. La synergie est ici bien réelle et semble se faire le plus naturellement du monde.
Le gros problème de Dalida est de faire de son personnage principal une spectatrice de sa propre vie et non l’actrice centrale. Qu’elle ait été victime de circonstances dramatiques, personne ne le niera. Mais le film ne l’a fait apparaître que comme une victime un peu naïve ballottée par un destin qu’elle n’aurait pas vraiment choisie et dominée par ses rencontres avec les hommes qui apparaissent comme les seuls coupables. Il y a sûrement un fond de vrai, mais du coup, la figure de Dalida est ici presque fantomatique, sans réelle épaisseur. On termine le film sans vraiment savoir qui elle était réellement. On ressent certes une infinie compassion, mais elle méritait certainement mieux.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Bethsabée Mucho, Pathé, TF1 Films production, UMedia, Universal Distribution : Pathé Distribution Réalisation : Lisa Azuelos Scénario : Lisa Azuelos, avec la collaboration d’Orlando Montage : Baptiste Druot Photo : Antoine Sanier Décors : Emile Ghigo Son : Vincent Goujon Musique : Jeanne Trellu, Jaco Zijlstra Directeur artistique : Émile Ghigo Durée : 124 min
Casting : Sveva Alviti : Dalida Riccardo Scamarcio : Orlando Jean-Paul Rouve : Lucien Morisse Alessandro Borghi : Luigi Tenco Patrick Timsit : Bruno Coquatrix Vincent Perez : Eddie Barclay Nicolas Duvauchelle : Richard Chanfray Niels Schneider : Jean Sobieski Michael Cohen : Arnaud Desjardins
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