LE LIEU DU CRIME (Elizabeth George) : Confusion et vieillissement

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lelieuducrimeIl est possible que je vieillisse… Je ne ressens pas cet avancée inexorable de l’âge uniquement à travers la chute progressive de me cheveux. J’en mesure les effets aussi lorsque je prends mon bouquin après avoir rejoint mon lit. Il est loin le temps de mon adolescence où je me forçais à m’arrêter de lire pour ne pas y passer la nuit. Désormais je pique du nez assez rapidement. Ceci a pour conséquence que je lis les romans de manière beaucoup plus hachée et il me devient de plus en plus difficile d’apprécier des romans quelque peu confus comme le Lieu du Crime d’Elizabeth George.

Je crois que c’est la première fois de ma vie qu’en lisant ce genre de polar, au moment où est révélé le nom du coupable, je me dis : euh mais c’est qui lui déjà ? Je me rappelais même pas qu’il existait… Bref, du coup l’effet de surprise est quelque peu tombé à plat et par la même occasion tout l’intérêt du roman. Le Lieu du Crime est un roman globalement mal construit. Ce n’est pas pour rien qu’Agatha Christie, qui reste quand même la référence du genre, fait arriver les personnages les uns après les autres dans ses romans. Ici ils sont présentés tous ensemble, et ils sont particulièrement nombreux, et franchement on s’y perd, surtout quand certains sont appelés de plusieurs manières différentes, alors que cette phase occupe prend quasiment la moitié du roman.

Le Lieu du Crime est plus plaisant dans sa deuxième partie. On sort des dialogues entre personnages pour vraiment entrer dans la résolution du mystère. Elizabeth George nous réserve quelques surprises et l’intrigue prend peu à peu de l’épaisseur. Malheureusement tout cela se termine sur cette surprise qui est tombé à plat chez moi (mais qui est peut-être du meilleur effet pour un lecteur plus attentif). De plus, je trouve que les deux investigateurs, dont c’est la deuxième apparition, est beaucoup moins mis en valeur que dans le premier volet de leurs aventures.

LES LIVRES DE CORUM, TOME 4 : LA LANCE ET LE TAUREAU (Michael Moorcock) : Retour à l’ordinaire

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lalanceetletaureauQuand on est un auteur et que l’on a crée un monde imaginaire, des personnages, un décor qui a bien fonctionné, on a naturellement envie de s’y attarder, même une fois qu’on a achevé la première histoire que l’on voulait raconter. Evidemment, le danger est de livrer un plat sentant quelque peu le réchauffé, beaucoup moins savoureux que le premier. C’est donc avec un peu de circonspection que je me suis attaqué à la La Lance et le Taureau, quatrième volet des Livres de Corum, qui lance un second cycle débutant un siècle après les événements des trois premiers épisodes.

On retrouve dans la Lance et le Taureau tout ce qui faisait le charme des Livres de Corum… et plus largement l’univers de Michael Moorcock. Tous les éléments, mais de manière moins prononcée. Le ton très ésotérique est par exemple toujours présent, mais sans offrir à cette œuvre la poésie et le caractère assez unique des précédents épisodes. L’histoire est ici plus classique. Le lecteur est peut-être moins décontenancé, mais c’est cette perte de repères qui avait justement vraiment fini par me séduire, après une première impression mitigée.

Avec La Lance et le Taureau, on est dans une sorte de retour à l’ordinaire. Mais un ordinaire d’un très bon niveau néanmoins. Si les qualités ont été atténuées, elle n’ont pas disparu. Et surtout, le style assez unique de Michael Moorcock est toujours le même. Un style qui va droit à l’essentiel et qui aboutit à un nouveau roman de moins de 200 pages. Et quoi de plus essentiel que l’essentiel ?

ZIGZAG MOVIE (Elmore Leonard) : Gangsta Hollywood

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zigzagmovieJohn Travolta, Gene Hackman et Danny DeVito, voici un beau casting qui m’avait donné dans les années 90 envie de voir au cinéma Get Shorty. Je viens tout juste de me rattraper… en lisant le roman dont il est issu, signé Elmore Leonard, qui lui s’intitule Zigzag Movie. Si le film est assez médiocre paraît-il, le roman est quant à lui… pas génial non plus. Mais il se laisse lire.

Zigzag Movie est une satyre du microcosme hollywoodien. Cet aspect-là constitue l’idée centrale de ce roman, puisque l’histoire de gangsters auquel elle sert de décor est au fond assez anodine. Le sujet est traité avec un humour et un second degré assez rafraîchissant et sympathique. On pourra juste reprocher à Elmore Leonard un petit manque de mordant et de politiquement incorrect. On n’est pas dans Californication et un peu plus de sens de la provocation n’aurait pas nui à l’ensemble.

Reste qu’Elmore Leonard sait raconter des histoires et il le prouve encore une fois ici. Le style est agréable et vivant, même si le récit manque parfois un peu de clarté. Mais les personnages sont assez attachants pour que l’on s’y attache… La vie est bien faite parfois ! On prend donc un certain plaisir à se voir se dérouler cette intrigue qui aurait certainement pu être bien meilleure, mais qui n’est déjà pas si mal.

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 5 : LA VOIE MAGIQUE (Robin Hobb) : Sur la bonne voie

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lavoiemagiqueAprès un premier tome assez enthousiasmant, je trouvais que la saga de l’Assassin Royal n’avait pas vraiment concrétisé les promesses de ce bon début. Le quatrième volet semblait tout de même, remettre l’histoire sur de bons rails. Cela se confirme avec le cinquième épisode, La Voie Magique, très réussi et qui se lit avec beaucoup de plaisir. On y retrouve en effet un élément indispensable aux grands récits d’aventure… l’aventure.

Il se passe beaucoup de choses dans L’Assassin Royal, tome 5 : la Voie Magique. Beaucoup de péripéties, d’action et de danger pour notre héros. Cela reste assez classique, mais parfois en revenir aux fondamentaux est le meilleur moyen de reprendre le chemin des sommets. Le récit introduit aussi quelques nouveaux personnages qui vient apporter un peu de fraîcheur et de nouveauté. Tous les fils de l’intrigue avancent de manière franche et nous redonnent une certaine avidité de savoir où tout cela va nous mener.

L’Assassin Royal, tome 5 : la Voie Magique se démarque aussi par la plume très agréable de Robin Hobb. Chaque chapitre débute toujours par quelques paragraphes abordant un thème relatifs à l’univers dans lequel évolue les personnages. Cela permet d’éviter que le récit en tant que tel ne soit chargé de décrire et d’expliquer. Il se concentre donc vers l’action, ce qui rend le style vivant et fluide. Les amateurs du genre se régaleront.

MANATTHAN BLUES (Ed McBain) : Polar court mais suffisant

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manatthanbluesEd McBain est un de ces auteurs de polars dont le nom ne nous est pas forcément familier mais donc plusieurs œuvres sont connues au travers de leurs adaptations cinématographiques. On lui doit notamment les romans à l’origine de Graine de Violence (dont le générique Rock around the Clock fut le premier morceau de rock’n’roll numéro 1 des ventes), des Oiseaux d’Alfred Hitchcock et… Le Cri du Cormoran le Soir Au-dessus des Jonques de Michel Audiard. Manhattan Blues est un de ses rares romans ne mettant pas en scène un héros récurrent. Un roman sorti en 1985, au milieu d’une carrière s’étant étalée de 1956 jusqu’à sa mort en 2005.

Manhattan Blues est un polar tout ce qu’il y a de plus classique, mais solide. L’intrigue part de trois événements n’ayant aucun lien entre eux mais qui s’avéreront être plusieurs faces d’une même affaire. Le récit est bien construit, toujours clair. Un récit à l’ancienne, sans réels rebondissements, mais un mystère et un suspense toujours entretenu. On ne se passionne peut-être pas forcément pour cette histoire, mais au moins la parcourt-on avec grand plaisir.

Le style de Ed McBain est très vivant et agréable. Les dialogues sont omniprésents, comme tout bon roman noir qui se respecte, mais les protagonistes ne parlent jamais pour ne rien dire. Le roman est assez court, malgré une réelle richesse, car Manhattan Blues va à l’essentiel et c’est très appréciable. Il ne constitue pas une chef d’œuvre inoubliable, mais on comprend à sa lecture la longévité et le succès de cet auteur.

L’AFFAIRE JANE EYRE (Jesper Fforde) : Quand la science-fiction vous fait réviser vos classiques !

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laffairejaneeyreLa science-fiction n’est généralement pas considérée comme de la grande littérature. Mais est-ce que la grande littérature ne pourrait pas être le sujet d’un roman de science-fiction ? Voilà l’idée quelque peu saugrenue et originale à l’origine de l’Affaire Jane Eyre de l’écrivain gallois Jesper Fforde. Une œuvre jubilatoire qui réconciliera les amateurs de grands classiques avec ceux qui préfèrent les mondes futuristes et imaginaires.

L’Affaire Jane Eyre reste tout de même avant tout un polar. Quoi encore un genre littéraire différent ? Et oui, c’est dire la richesse de cette œuvre que l’on peut vraiment pour le coup qualifiée d’inclassable, quand ce terme est quelque peu galvaudé. Elle se caractérise aussi par un humour et un second degré omniprésent. Ce roman ne se prend jamais au sérieux et cela lui donne une légèreté très appréciable et renforcée par le style de Jesper Fforde.

L’Affaire Jane Eyre se lit donc avec un infini plaisir. L’imagination de l’auteur nous conduit de surprises en surprises. Je vous conseille en particulier de ne pas lire le 4ème de couverture (bon dans l’absolu, je vous conseille de ne jamais le faire…) pour vraiment vous laisser surprendre par cet univers. L’idée de base est vraiment bonne et encore une fois relativement inattendue. Ce roman a donné lieu a plusieurs suites mettant en scène le même personnage principal. J’ignore encore si cela reste aussi bon, une fois l’effet de surprise passé. Mais je ne tarderai pas à vérifier par moi-même !

L’HERITAGE (Christopher Paolini) : La fin du voyage

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lheritageVoilà c’est fini… Une trilogie, devenue entre temps tétralogie, s’achève avec ce quatrième tome. L’Héritage conclut la saga de… l’Héritage, plus connue sous celle de son personnage principal, Eragon. Une œuvre débutée par un adolescent (le premier tome a été publié alors que Christopher Paolini n’avait que 19 ans) et achevée par un jeune homme de 28 ans. Beaucoup de chemin parcouru pour le héros de cette histoire, l’auteur de cette saga et surtout beaucoup de plaisir pour le lecteur.

Le succès de cette saga repose en partie sur une certaine naïveté presque enfantine caractérisant les premiers épisodes. Chistropher Paolini aura gagné en maturité à chaque tome et ce quatrième volet a été écrit par un homme beaucoup plus mûr et sûr de son talent. L’ambiance est plus sombre, plus « adulte », mais garde quand même tout le charme des volumes précédents. Cette saga constitue donc une expérience littéraire assez unique, mais surtout très agréable. Le style n’a rien perdu de sa clarté, qu’on ne peut plus rapprocher d’une quelconque immaturité. Si Christopher Paolini aura pioché dans Tolkien parfois de manière tellement évidente qu’elle en est amusante, il nous surtout livre une œuvre accessible et transgénérationnelle, que l’on peut rapprocher à ce niveau d’Harry Potter.

L’Héritage est un gros pavé de près de 1000 pages, mais qui se dévorent avec gloutonnerie. Déjà parce qu’on meurt d’envie de savoir comment tout cela va finir. Mais aussi parce que le récit continue d’être riche en surprises. Les bases de l’univers sont depuis longtemps posées et on se concentre donc ici uniquement sur l’avancée de l’intrigue. Tout cela nous mène vers un final très réussi qui nous fera oublier les quelques faiblesses que l’histoire compte encore parfois. Le seul reproche que l’on peut formuler restera cette fin après la fin, particulièrement longue… qui rappelle là aussi celle du Seigneur des Anneaux. C’est là que l’on voit que Christopher Paolini n’est pas encore tout à fait Tolkien. Mais il est déjà Christopher Paolini et c’est déjà très bien !

LA MOISSON ROUGE (Dashiell Hammett) : Aux origines décevantes du roman noir

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lamoissonrougeSi JRR Tolkien a inventé l’heroic fantasy, Dashiel Hammett a inventé le roman noir. Ce dernier, auteur notamment du Faucon Maltais, a inspiré de nombreux auteurs après lui, comme George Simenon, Raymond Chandler et même Ernest Hemingway (bon là, je fais confiance à Wikipédia, parce que je ne vois pas vraiment de filiation évidente entre les deux). Son premier roman, dont je vais vous parler aujourd’hui, s’intitule la Moisson Rouge, écrit en 1929… Et malgré l’aspect légendaire de son auteur, je n’ai pas trouvé ça terrible…

Il faut avouer que j’ai lu la Moisson Rouge de manière intermittente. Or, le récit met en scène de nombreux personnages et j’ai souvent repris ma lecture sans me rappeler exactement qui est qui. Du coup, je suis peut-être sévère quand je dis que l’histoire est difficile à suivre et souvent confuse. Par là même, on a bien du mal à s’intéresser aux péripéties qui se résument le plus souvent à une confrontation, souvent mortelle et sanglante, entre les protagonistes.

Je n’ai pas non plus été très convaincu par le style de Dashiell Hammett. La Moisson Rouge n’est jamais particulièrement agréable à lire. Bien sûr, la traduction y est peut-être pour quelque chose, surtout pour ce genre de littérature qui n’a pas toujours bénéficié de ce qui se fait de mieux en la matière. Il en existe une plus récente que celle que j’ai pu lire. Enfin, je doute que cela aurait pu totalement inverser le sens de cet avis plutôt négatif.

POT-BOUILLE : Fallait pas énerver Emile !

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potbouilleFallait pas énerver Emile! Car quand Zola a décidé de régler ses comptes, ça envoie du lourd comme disent les jeunes et quelques commentateurs sportifs ! Bien sûr, l’histoire se souvient de son J’accuse ! Mais avant cela, il avait écrit Pot-Bouille pour rendre la monnaie de sa pièce à une bourgeoisie bien pensante qui avait alors une fâcheuse tendance à vouloir le traîner dans la boue. Qu’à cela ne tienne, il se décide de bousculer le plan initial imaginé pour les Rougon-Macquart pour nous livrer un réquisitoire contre l’hypocrisie de la classe sociale dominante.

Pot-Bouille a pour décor un de ses grands immeubles parisiens organisés autour d’une cour centrale. Un temps où les chambres de bonne servaient encore pour les bonnes. Une sorte de société à l’état miniature avec ses amours, ses secrets, ses mensonges et ses adultères. C’est surtout ce dernier point qui sert de fil rouge à l’intrigue. Car pour Zola, à force de faire des jeunes filles des idiotes sans éducation qui savent rien du monde réel, on en finit par en faire des femmes dont le seul horizon est l’ennui. Il leur faut donc prendre les distractions là où elles sont, même si c’est dans le lit du beau jeune homme qui vient tout juste d’arriver à Paris et d’emménager à l’étage au-dessus.

On peut facilement imaginer l’ampleur du scandale provoqué par Pot-Bouille lors de sa sortie en 1882. Ca ne parle pas de « cul » mais presque. Et cela se termine par la description d’un accouchement qui reste assez crue, même pour le lecteur blasé du XXIème siècle. Alors si ce roman n’est peut-être pas le meilleur de la saga des Rougon-Macquart, il a quelque chose de vraiment jouissif, un ode à la provocation qui en ces heures troublées a une résonance un peu particulière. Il y a eu des gens comme Emile Zola pour oser au XIXème. Espérons que notre siècle en compte lui aussi de nombreux !

INTERSECTION (Vladimir Volkoff) : Les lourdeurs de la mer

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intersectionSuite des aventures de l’espion Langelot… Ah non pardon, je me trompe d’œuvre de Vladimir Volkoff. Non en fait, je vais vous parler du troisième volet de la tétralogie les Humeurs de la Mer, intitulé Intersection. Bon, je vous dirais bien de vous référez à ma critique des deux précédents volets, car je n’ai pas tellement des choses à rajouter. Mais je vais tout de même faire un effort.

Intersection est un livre en deux parties. Chacune raconte le passé d’un des deux personnages dont la rencontre constitue le fil rouge du roman. La première nous envoie dans l’URSS de l’avant-guerre, du temps des purges et la mise sous contrôle de la création artistique au service du régime. C’est la plus réussie et intéressante. La seconde nous emmène au sein de l’armée française au cours de la Seconde Guerre Mondiale, de la débâcle puis de la collaboration. Le propos est historiquement et sociologiquement intéressant, mais moins percutant.

Mais Intersection souffre des mêmes défauts que les deux précédents volets. Il souffre avant tout d’une lourdeur intellectuelle parfois désolante. Donner une ambition philosophique et artistique à son œuvre est une démarche louable, mais la plume de Vladimir Volkoff n’est pas tout à fait au niveau. Son écriture tout d’abord ne porte ni le récit, ni le lecteur, bien au contraire. Et ses fausses bonnes idées viennent aussi ajouter leur poids. La narration est entrecoupée de chapitres où les deux anges gardiens des personnages discutent entre eux. Le problème est que les commentaires sont abscons et pour le coup sans intérêt et le roman aurait peut-être perdu de l’originalité en y renonçant, mais gagné tellement par ailleurs…

Mon ancien voisin n’a abandonné sur le trottoir que les trois premiers volets de cette tétralogie. Vu mon sentiment plus que mitigé à leur sujet, je devrais raisonnablement m’arrêter là. Mais suis-je vraiment du genre raisonnable ?