LES QUATRE JOURS DU PAUVRE HOMME (George Simenon) : Valeur très sure

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lesquatrejoursdupauvrehommeJe parlais hier de valeurs sûres de la littérature à propos de Daphné du Maurier. Alors que dire de George Simenon. Nouvel exemple avec Les Quatre Jours du Pauvre Homme. Un roman, comme toujours avec cette écrivain, court mais suffisant. Il explore une nouvelle fois l’écart entre l’image sociale que l’on peut se donner et la réalité plus profonde. Il propose une galerie de personnages quelque peu torturés entre leurs aspirations et leur manque de moyens pour les satisfaire.

Les Quatre Jours du Pauvre Homme est une nouvelle fois remarquablement écrit par une des plus belles plumes de la littérature française. Cependant, pour une fois, j’émettrai quand même une petite critique. En effet, la fin du roman n’est pas super claire. En effet, certains événements sont décrits de façon assez allusive et j’ai eu beau relire les dernières pages deux fois, je ne suis pas certain d’avoir tout compris. C’est un peu dommage de finir sur une note un peu décevante un roman qui avait précédemment captivé le lecteur.

LE BOUC EMISSAIRE (Daphné du Maurier) : Mon double, son château et moi

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leboucemissaireEn littérature comme ailleurs, il y a des valeurs sûres. Parmi elles, Daphné Du Maurier. La romancière anglaise n’a pas écrit que des chefs d’œuvre de la dimension de l’Auberge de la Jamaïque. Elle a également signé de simples très bons romans comme le Bouc-Emissaire, qui, s’il n’a pas connu les joies d’une incontournable postérité, démontre tout la richesse de la bibliographie de son auteur.

Le Bouc Emissaire repose sur une idée que l’on retrouve dans de nombreuses fictions : deux inconnus, sosies pour le coup, qui se croisent et échangent leurs vies. Le récit repose sur plusieurs ressorts connus : les difficultés du narrateur pour masquer la supercherie, la volonté du remplaçant de réparer les erreurs et faiblesses de son alter-ego, le tiraillement entre l’envie de retrouver son existence d’avant et cette nouvelle vie qui offre de nouveaux horizons… Rien n’est vraiment original, ni terriblement surprenant, mais le tout fonctionne particulièrement bien.

La plume de Daphné Du Maurier reste de tout premier ordre. Le Bouc Emissaire se dévore, tant il est facile d’y rentrer et de parcourir les différentes péripéties. Le style est léger, agréable, toujours vivant. Les personnages sont très marqués, mais sans jamais tombé dans la caricature. Heureusement, car tout ce qui fait justement l’intérêt de ce genre de récit est justement la profondeur et l’ambiguïté de chacun d’eux et la manière dont la substitution de l’un d’entre eux fait ressortir la complexité des rapports qu’ils entretiennent. Les hypocrisies se retrouver révélés au grand jour et chacun est amené à voir l’autre d’un œil nouveau. Tout cela aurait pu vite tourner à la psychologie de bas étage, mais le talent d’une telle romancière repose justement sur la capacité pour trouver le bon équilibre entre une étude de caractères et un récit qui doit rester alerte, crédible et cohérent.

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 4 : LE POISON DE LA VENGEANCE (Robin Hobb) : Saga relancée !

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lepoisondelavengeanceAprès un deuxième et un troisième épisode qui m’avait laissé quelque peu sur ma faim, le quatrième volet de la saga de l’Assassin Royal, le Poison de la Vengeance, m’a pleinement redonné envie de poursuivre les aventures de Fitz à travers les intrigues qui secouent les Six-Duchés. Un épisode qui justifie donc pleinement l’immense succès de cette saga, avant que Le Trône de Fer ne vienne écraser toute concurrence.

Le Poison de la Vengeance se recentre fortement sur le personnage principal de la saga, nous faisant partager ses doutes et des interrogations alors qu’il se situe devant des choix cruciaux pour la suite. Bien sûr tout cela se fait à travers des péripéties nombreuses et variées, beaucoup d’aventures et d’action. Cependant, l’Assassin Royal repose avant tout sur des histoires d’intrigues et de tensions entre des personnages qui tiennent le destin d’un monde entre leurs mains. Mais cet épisode est parcouru d’un souffle beaucoup plus fort et entraînant que les deux précédents.

Au final le Poison de la Vengeance permet à la saga de réellement se relancer car l’ensemble des cartes sont rebattues. On tire les conséquences des événements précédents et les protagonistes se replacent pour prendre en compte ces nouveaux rapports de force. Cela laisse le lecteur à la fin de ce roman plein d’impatience pour une suite qui s’annonce particulièrement prometteuse.

DEEPSIX (Jack McDevitt) : Rien que l’aventure

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deepsixLe premier tome, Les Machines de Dieu, avait été pour moi une bonne surprise. La suite, Deepsix, ne peut déjà plus vraiment être une surprise, puisque c’est une suite, même si le récit est relativement indépendant du premier. Reste à savoir s’il reste tout de même le « bonne ». Mon avis est plutôt partagé sur ce point là, même si ce roman reste incontestablement agréable à lire.

En plus du plaisir de la nouveauté, Deepsix manque aussi un peu d’épaisseur. On se retrouve avec un récit très linéaire quand le premier volet était composé de deux parties très différentes. Nous sommes face à un récit d’aventure plaisant, type groupe perdu dans un milieu inconnu et parfois hostile, mais qui ne comporte pas la même part de mystère et d’ésotérisme que Les Machines de Dieu. Il ne faut évidemment pas forcément comparer les deux romans, mais le lecteur est forcément un peu déçu de ne pas retrouver tout ce qui lui avait fait apprécier le premier épisode. Surtout qu’il espère tout au long du récit que ce dernier prenne enfin l’épaisseur attendu. On en reste malheureusement au simple stade du divertissement littéraire… ce qui est déjà pas mal, je l’accorde volontiers.

Surtout que la plume de Jack McDevitt reste agréable, mais est un peu moins claire ici que pour les Machines de Dieu. Décidément, je ne peux m’empêcher de comparer les deux volets… Enfin, globalement, ça reste plutôt pas mal pour de la science-fiction. On regrettera simplement qu’on se perde un peu parfois entre les personnages et leurs rôles respectifs dans l’intrigue. Bien sûr, au fur et à mesure du récit, on finit par cerner tout le monde, mais une exposition plus claire aurait permis d’apprécier pleinement ce récit d’aventure certes anodin, mais pas désagréable.

PARDONNEZ NOS OFFENSES (Romain Sardou) : Le nom de la rose pâle

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pardonneznosoffensesLe Moyen-Age est une période sombre et mystérieuse dans l’imaginaire collectif. Il sert donc de décor à de nombreux récits emplis de mysticisme ou d’ésotérisme. Le plus célèbre reste le Nom de la Rose. Pardonnez Nos Offenses de Romain Sardou se situe dans la droite lignée du roman de Umberto Eco. Mais avec quand même nettement moins de talent…

Faire naître le mystère n’est pas l’exercice littéraire le plus difficile. Tout se joue dans les dernières pages, quand il s’agit de révéler une vérité qui doit être tout à la fois inattendue, crédible et convaincante. Or, c’est à ce moment là que Pardonnez Nos Offenses montre de sévères limites. La fin laisse quelque peu circonspect, avec un petit goût de « tout ça, pour ça »… Franchement, on n’y croit pas vraiment et même sans cela, on tombe dans l’anecdotique quand on s’attendait à des révélations fracassantes.

Sinon, la plume de Romain Sardou est plutôt agréable. Si la fin de Pardonnez Nos Offenses déçoit quelque peu, c’est aussi que l’on rentre facilement dans ce récit qui reste toujours clair et vivant. Il arrive tout de même à créer une ambiance assez envoûtante et des personnages solides, à défaut d’être inoubliables. Bref, les fondations étaient solides, mais les finitions ont laissé quelque peu à désirer.

RUPTURE DE CONTRAT (Harlan Coben) : Les vertus de l’ordre

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rupturedecontratJ’aime faire les choses dans l’ordre. Certains diront que je suis organisé. D’autre diront plutôt que je suis psychorigide, ce qui est évidemment totalement… enfin un peu vrai quand même. Mais j’ai fait une exception à cette règle avec la série des enquêtes de Myron Bolitar, personnage auquel Harlan Coben a donné vie. En effet, j’avais déjà eu l’occasion de lire le deuxième et le troisième épisode de ses aventures. Il était donc grand temps que je lise le premier pour mettre fin à cette anarchie totalement insupportable ! Je me suis donc plongé dans Rupture de Contrat.

Force est de constater que parfois le bon ordre à du bon. En effet, un premier volet d’une saga policière sert forcément autant à nous faire découvrir le ou les personnages qui mèneront les enquêtes romans après romans, que de nous faire vivre la résolution d’un mystère. L’attaquer en connaissant déjà assez bien les protagonistes prive du coup la lecture de la moitié de son intérêt. Ce fut mon sentiment dominant en lisant Rupture de Contrat, ce qui ne fut pas pour autant une expérience désagréable.

En effet, on retrouve dans ce roman, tout ce qui fait le charme de l’œuvre d’Harlan Coben. Le style est agréable, léger et fluide. L’intrigue policière en elle-même n’est clairement pas la plus passionnante de l’histoire, mais au moins elle est bien construite et amène le lecteur jusqu’au dénouement, sans qu’il ne voit trop le temps passer. Je ne regrette donc pas d’avoir comblé ce manque, même si Rupture de Contrat m’a surtout donné envie de dévorer le quatrième épisode.

DAYS (James Lovegrove) : La bonne surprise du jour

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daysNouvelle bonne surprise dans mes lectures avec Days du romancier britannique James Lovegrove. Ce roman est rangé dans la case science-fiction, mais je parlerai plutôt de mon côté de roman d’anticipation. En effet, on n’est pas projeté dans l’espace ou confronté avec une invasion extra-terrestre. Ce roman raconte simplement 12h de la vie d’un grand centre commercial dans un futur plutôt proche.

C’est vrai que dit comme ça, on peut avoir un peu de mal à mesurer tout l’intérêt de Days. Mais je n’en dirai pas plus car c’est justement dans son aspect original et surtout surprenant que réside une large partie de l’intérêt de ce roman. Il s’agit d’une critique acerbe de la société de consommation, traitée avec un certain humour et pas mal d’imagination. Le récit est extrêmement bien construit, avec des personnages très réussis et une intrigue qui s’épaissit à chaque page.

Et si au final, on dévore vraiment Days, c’est aussi parce qu’il est plutôt bien écrit. On n’est pas là face à un chef d’œuvre de la littérature, mais une écriture fluide, claire et très agréable. On peut d’ailleurs regretter que ce roman soit un des rares de son auteur à avoir été traduit en Français. Bon, rien ne me prouve que le reste de sa bibliographie soit du même acabit, mais j’ai du mal à croire qu’elle ne vaut pas bien mieux que beaucoup d’auteurs largement distribués sous nos contrées francophones.

MEILLEURS VOEUX DE LA JAMAIQUE (Ian Fleming) : Le bout de Bond

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meilleursvoeuxdelajamaiqueUn avis court, sur une œuvre ne débordant pas d’intérêt. Mais je tenais à l’écrire car ça sera le dernier… Enfin le dernier consacré à un roman de Ian Fleming, le papa de James Bond. En effet, Meilleurs Vœux de la Jamaïque, un recueil de nouvelles, a été publié en 1966, soit deux ans après la mort de l’auteur. Il regroupe trois courts récits sympathiques, mais dont la portée est relativement limitée, pour ne pas dire anecdotique.

Cependant, les fans de James Bond s’amuseront à retrouver dans Meilleurs Vœux de la Jamaïque (dont le titre original est Octopussy) des éléments repris dans les longs métrages. Les deux premières nouvelles, qui n’ont pourtant pas de lien entre elles, servent de base au scénario du film Octopussy. La troisième, Bons Baisers de Berlin, a pour titre original The Living Daylight, ce qui est le titre orignal du film sorti en France sous le nom de Tuer n’est pas Jouer qui reprend dans sa première scène l’intégralité de la nouvelle. Vous suivez ? Bref, cela montre bien à quel point les scénaristes ont toujours cherché à être fidèle à Ian Fleming, tout en sublimant largement une œuvre littéraire de second plan.

LES MACHINES DE DIEU (Jack McDevitt) : Les aventuriers de l’ET perdu

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lesmachinesdedieuAprès m’être réfugié dans une valeur sûr avec le Trône de Fer, j’ai enchaîné avec une lecture « à l’aveugle » avec Les Machines de Dieu de Jack McDevitt. Heureusement, cette fois-ci, j’ai été plutôt agréablement surpris par ce roman de science-fiction bien écrit. Un récit qui repose sur un élément hyper classique de ce genre littéraire, à savoir la découverte de vestiges extra-terrestres et les interrogations que cela soulève pour l’humanité. Mais le roman arrive réellement à traiter le sujet selon un axe qui lui est propre.

Les Machines de Dieu est composé de deux parties bien distinctes. La première captive assez rapidement et on plonge directement au cœur de ce récit. Mais il est vrai que l’attente forte qui naît immédiatement est un peu déçue car au final l’intrigue avance beaucoup moins que ce qu’on aurait espéré. Heureusement, la seconde partie permet au roman de reprendre un second souffle. Le ton est différent, un peu plus tourné vers l’action et le suspense. Ce changement est aussi agréable que surprenant.

Au final, Les Machines de Dieu ne révolutionne pas la science-fiction, mais séduira tous les amateurs du genre. Et c’est heureux car ce roman possède une suite (6 même en fait) qui attend d’être lue sur le sol de ma chambre (ou par manque de place, par terre est un meuble chez moi…). C’est donc sans appréhension que je me plongerai dedans. Même si on sait que c’est souvent dans les suites que naissent les déceptions.

LE TRONE DE FER, TOME 2 : LE DONJON ROUGE (George R.R. Martin) : Cette fois, c’est clair !

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ledonjonrougeCes derniers temps mes lectures ont été plutôt décevantes ou alors juste sympathiques. J’étais donc vraiment en manque d’un putain de bon bouquin, si vous me pardonnez l’expression. Il fallait donc en revenir aux valeurs sûres, ce que j’ai fait en me plongeant dans Le Trône de Fer, tome 2 : le Donjon Rouge. Certes, le premier tome n’était que prometteur, à défaut d’être totalement passionnant. Mais le succès phénoménal de cette œuvre devait bien reposer sur quelque chose. Je sais désormais quoi.

Le Trône de Fer, tome 2 : le Donjon Rouge se dévore de la première à la dernière page. Maintenant qu’on a assimilé un minimum la complexité des relations entre les très nombreux personnages, on peut se plonger totalement dans les intrigues. Elles sont nombreuses, variées, passant des complots de cour aux batailles épiques, mais toujours aussi prenantes. Nous sommes au début d’une longue saga, pourtant on échappe totalement à l’impression de voir s’ouvrir de très nombreux chemins dont on n’est pas près de voir le bout. Ici, l’histoire avance, des épisodes se concluent avant qu’un autre chapitre ne s’ouvre immédiatement. George R.R. Martin maîtrise parfaitement son récit. Il sait où il va et le lecteur est ravi de le suivre.

Surtout George R.R. Martin possède une qualité d’écriture qui a manqué à beaucoup des œuvres que j’ai parcouru ces derniers temps. Le Trône de Fer, tome 2 : le Donjon Rouge est incroyablement riche, parfois complexe, mais jamais le lecteur ne se perd. Le récit est fluide, les intentions des personnages sont limpides, les évènements décrits avec précision et clarté. Si on se noyait un peu dans un premier tome qui nous avait fourni une quantité importante d’informations, ce deuxième volet nous porte vraiment dans l’action avec brio et force. Et si le premier volet avait crée une attente, celui-ci fait naître une véritable impatience !