
La plus grande limite à laquelle se heurte Rien ne Va Plus chez les Spellman est l’aspect assez famélique de trame narrative sous-jacente. Certes, dans cette série qui met en scène une famille de détectives, ce ne sont jamais les enquêtes en elle-même qui constituent le principal sujet d’intérêt. Les romans reposent tous avant tout sur les relations entre les personnages. Et celles-ci ne sont pas simple, chaque membre de cette tribu ayant son grand grain de folie. Le ton est celui de l’humour, jamais celui du polar. Mais précédemment, il y avait tout de même toujours un petit fil rouge de cette nature. Là quasiment pas.
Cette caractéristique ne pose pas forcément de problème aux lecteurs qui connaissent déjà bien l’univers développé par Lisa Lutz et ses protagonistes. On pourrait même considérer que cela permet au récit de se concentrer sur ce que pour quoi le lecteur est venu. Mais si ce dernier est un néophyte, il aura bien du mal à trouver un intérêt profond à Rien ne Va Plus chez les Spellman. La série est quelque peu en roue libre et on sent tout de même que son auteur a un peu de mal à la faire réellement rebondir. Malgré ça, on ressort de ce roman avec envie de leur donner rendez-vous au prochain tome.
Pourquoi une œuvre culte ou acquière le rang de classique ? Par sa qualité bien sûr, mais aussi son succès commercial. Par sa place dans la littérature d’espionnage, Shibumi de Trevanian, un roman qui a un très bel âge (c’est à dire le mien), peut prétendre à ce statut. Je confesse que j’ignorais totalement son existence avant que l’on me l’offre. Mais il n’est jamais trop tard pour parfaire sa culture. Cependant, si l’œuvre n’aura pas le même statut dans ma bibliothèque personnelle.
Les contes sont faits pour être racontés aux enfants avant de s’endormir. Mais en les modifiant quelque peu, on peut en faire des histoires pour ces grands enfants qu’on appelle des adultes. C’est ce à quoi s’amuse Pierre Dubois qui, après Les Contes de Crimes, a signé Comptines Assassines. Un second recueil de nouvelles qui détournent certaines contes très connus, ou du moins leurs personnages principaux, pour nous livrer des histoires peuplés de morts sanglantes et d’assassinats en règle. L’exercice est sympathique, mais assez inégal.
Laurent Martin est un vrai auteur de polar. Son roman l’Ivresse des Dieux a même été primé. Il avait donc toute légitimité pour signer un épisodes du Poulpe, ce personnage qui n’appartient à personne, dont chaque aventure est signée par un auteur différent. Certains l’Aiment Clos est un des meilleurs que j’ai eu l’occasion de lire et je commence à en avoir lu un certain nombre. En tout cas, c’est un des volumes qui s’apparente le plus à un vrai polar, en suivant les codes les plus classiques de ce genre littéraire. Peut-être pas le plus original donc, mais clairement un des mieux écrits.
Quand on pense détective privé, on imagine rapidement un bureau dans les bas-fonds new-yorkais ou éventuellement quelque part à Paris. Dans tous les cas, on pense à une grande ville du monde occidental… et le plus souvent à un homme. Mais certainement pas à une femme… du Botswana. Mais pourquoi pas au fond ? Si vous n’êtes toujours pas convaincu, il faut lire au plus vite L’Agence N°1 des Dames Détectives de Alexander McCall Smith, un recueil des trois premières aventures de Precious Ramotswe. Des aventures qui font voyager le lecteur, mais qui frustreront quelque peu les amateurs de polar pur et dur.
Il est des œuvres dont on pourrait écrire la critique, même des années après les avoir lues ou vues, tant elles vous ont marqué. On oublie alors sans doute toujours quelques détails, mais pas l’essentiel, qui reste gravé profondément dans son imaginaire personnel. Et puis, il y en a d’autres que l’on oublie en quelques jours. Si vous devez en écrire la critique, il vaut mieux le faire très rapidement, avant que les détails et l’essentiel s’échappent de concert de votre esprit. Ayant voulu rattraper mon retard en termes de critiques cinématographiques, j’ai tardé à écrire celle de L’Après-midi Bleu de William Boyd. Et j’avoue qu’il n’en reste plus grand chose. Mais je vais tout de même faire au mieux.
Lentement mais sûrement, je me rapproche de la fin de la saga des Rougon-Macquart d’Emile Zola que j’ai commencé à lire dans leur ordre de parution en 2006. Je pourrais dire que je m’approche de la fin de la ligne, pour faire un mauvais jeu de mots, avant de vous parler de la Bête Humaine, épisode de la saga qui se passe dans le monde ferroviaire. Un roman qui traite surtout des pires instincts qui peuvent naître au tréfonds de l’être humain. Plus qu’un simple portrait d’une époque, cette histoire nous propose des personnages forts livrés à des sentiments violents.
L’histoire recèle quelques moments mystérieux où on ne sait pas exactement ce qui s’est passé. Cela laisse évidemment tout loisir aux auteurs audacieux de s’en emparer pour l’imaginer. On en avait eu un exemple au cinéma avec Elvis & Nixon par exemple, qui imaginait ce que ces deux personnages avaient pu se dire lors d’un entretien à la Maison Blanche. Le roman Agatha nous livre un récit fictionnel, racontant les dix jours où Agatha Christie a disparu. Un épisode qui avait alors la une des journaux, mais sur lequel la mère d’Hercule Poirot n’est jamais revenu, y compris dans son autobiographie. Frédérique Deghelt pouvait donc laisser parler sa créativité. Elle n’en a malheureusement pas fait grand chose.
Un auteur aussi prolifique que George Simenon a laissé derrière lui beaucoup de petits textes qui se retrouvent parfois édités ensemble, de manière un peu arbitraire. Un Noël de Maigret est un recueil de trois nouvelles, écrites à des époques différentes et ne mettant pas du tout en scène les mêmes personnages. Elles ont cependant en commun de se dérouler, au moins en partie, le soir ou le jour de Noël. C’est un point commun comme un autre.
Ecrire un roman avec comme élément majeur une technologie émergente implique le risque de voir son contenu prêter à sourire quelques années après, les évolutions imaginées se réalisant rarement. Cela peut parfois décrédibiliser totalement un texte. Mais quand le reste est de très grande qualité, on pardonne aisément, voire on apprécie l’audace et la prise de risque. Publié en 1995, les Racines du Mal anticipait comment pouvait se concrétiser la notion d’intelligence artificielle à l’aube de l’an 2000. Au final, dans le monde réel, on en était loin, même si peu à peu la réalité rattrape la fiction depuis. Mais cela n’empêche en rien ce roman d’être un grand polar !
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