100 DE SOLITUDE (Gabriel Garcia Marquez) : De la surprise à l’admiration

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100ansdesolitudeLe problème quand on s’attaque à un œuvre auquel un culte est voué autour de vous, c’est qu’on s’attend forcément à être aussi émerveillé que ses proches. J’ai toujours entendu dire dans ma famille que Cent Ans de Solitude constituait une œuvre extraordinaire. C’est donc presque fébrilement que je me suis attaqué à l’œuvre majeure de Gabriel Garcia Marquez. Il m’aura au final fait passer par différents sentiments : la surprise, la déception pour laisser place finalement à l’admiration.

La surprise d’abord car je n’imaginais pas du tout que Cent Ans de Solitude puisse ressembler à ça. Après l’avoir lu, c’est assez difficile de se rappeler ce que j’imaginais précisément, mais en tout cas pas à un récit aussi décalé et quasi ésotérique. Et j’avoue que dans un premier temps cette surprise s’est muée en déception. J’ai eu en effet un peu de mal à rentrer dans cet univers, à trouver un intérêt profond à ces délires imaginatifs, à cette invention permanente, cette fantaisie effrénée. Le personnages me laissaient assez froid et leurs péripéties également. Bref, je suis rentré dans ce roman vraiment à reculons.

Mais un peu comme pour une série que l’on finit par adorer même si on avait trouvé le pilote assez moyen, j’ai fini par être séduit par l’univers de Cent Ans de Solitude. Cela s’est fait assez progressivement, mais le plaisir a fini par largement dominer lors de la lecture de la deuxième moitié du roman. Et c’est finalement à regret que j’aurais quitté l’univers si singulier de ce roman à nul autre pareil. Je ne lui vouerai peut-être pas le même culte que certains membres de ma famille, mais au moins je suis heureux d’avoir eu l’impression de réaliser un beau voyage littéraire et dépaysant.

DJAM : La route en musique

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djamaffichePour vous parler de Djam, j’ai failli écrire une critique couplée avec Crash Test Aglae. En effet, en allant les voir l’un après l’autre, j’ai assisté à deux roadmovies hexagonaux. Mais comme les deux films sont tous les deux très réussis, au final assez différents et que je ne peux tout de même pas prétexter un manque de temps en tant que vacancier, je me suis dit qu’ils valaient bien un avis chacun. Je vais donc commencer par le nouveau film de Tony Gatlif qui nous fera voyager entre la Grèce et la Turquie. Qui nous fera surtout voyager en musique.

Djam reprend la recette classique du roadmovie. Un parcours qui nous permet de découvrir des lieux, des personnes, des problématiques qui vont croiser le chemin des deux personnages. Le film est particulièrement riche à ce niveau là. Les échos de l’actualité sont nombreux, entre la crise grecque et le sort des réfugiés qui tente de franchir le bras de mer entre la Turquie et l’île de Lesbos. Tout est fait au travers de l’histoire des protagonistes, jamais de manière contemplative ou purement descriptive. Cela confère au sujet un supplément d’émotion qui sert parfois le cœur. Le film est au final une mosaïque d’histoires et de sujets, qui forment un tout cohérent et convaincant.

djamSur la forme, on retrouve tout ce qui a toujours fait le charme du cinéma de Tony Gatlif. Il va encore plus loin ici, puisqu’on pourrait presque parler de comédie musicale. Ou disons que Djam est parcouru de moments musicaux que l’on écoute de bout en bout. Cela s’insère avec beaucoup de naturel dans ce récit polymorphe. Une pièce supplémentaire du puzzle, mais une pièce essentielle. Ce film est surtout l’occasion de découvrir Daphne Patakia, une jeune actrice belge qui crève littéralement l’écran. Elle sera à l’affiche de la saison 3 de Versailles à la rentrée et cela constitue une raison à elle seule d’attendre avec impatience cette dernière.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Tony Gatlif
Scénario : Tony Gatlif
Directeur de la photographie : Patrick Ghiringhelli
Montage : Monique Dartonne
Costumes : Catherine Rigault
Producteur : Fenia Cossovitsa et Suzan Güverte
Genre : Drame
Durée : 97 minutes

Casting :
Daphné Patakia : Djam
Maryne Cayon : Avril
Simon Abkarian : Kakourgos
Kimon Kouris : Pano
Solon Lekkas : Solon
Eleftheria Komi : Maria
Yannis Bostantzoglou : Le père

NO CITIES TO LOVE (Sleater Kinney), ROCK OR BURST (AC/DC), LIVE IN PARIS (The Quincy Jones Big Band) : Voyage en terre inconnue

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nocitiestolovesleaterkinneyOn commence cet avis l’inconnu de la bande. Ou plutôt les inconnues, puisque Sleater Kinney est un groupe de punk 100% féminin qui nous vient des Etats-Unis. Avec Nos Cities to Love, un album qui marque leur grand retour après 10 ans de silence, elles nous livrent un rock direct et pour tout dire quelque peu basique. L’énergie compense le manque de maîtrise. Bref, c’est bien du punk. Mais au final, ce n’est pas hyper varié non plus. Agréable certes, mais rien d’inoubliable. On retiendra simplement le titre No Anthems, qui résume à lui seul tout l’album.

rockorburstacdcOn par en Australie pour retrouver AC/DC, vielle connaissance s’il en est. Rock or Burst nous offre un rock plus en maîtrise que d’habitude. L’âge et la maturité sans doute. La ligne mélodique est plus claire et la voix généralement moins poussée. Si cela change quelque peu de ce qu’ils nous livrent d’habitude, au sein de l’album, les titres se ressemblent quand même beaucoup. Mais tout de même, le résultat reste remarquablement solide et maîtrisé.

liveinparisthequincyjonesbigbandAvec Q Live in Paris de The Quincy Jones Big Band, je m’aventure dans un style musical que je maîtrise assez peu : le jazz. C’est en essayant d’écrire sur cet album que je m’aperçois à quel point cet univers m’est largement inconnu, tant les mots me manquent et j’ai du mal à me raccrocher à quoi que ce soit de familier. En tout cas, la musique offerte ici est un jazz doux et mélodieux. Le résultat est terriblement séduisant, même pour un non amateur comme moi. Un album suave, plein d’une totale maîtrise, qui séduira un large public.

LA PLANETE DES SINGES : SUPREMATIE : Dernier souffle avant le déclin

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laplanetedessingessuprematieafficheLe mythe de la Planète des Singes a donné lieu à bien des films aux qualités diverses et variées. Pendant longtemps, on pouvait facilement prétendre que rien n’égalait le premier d’entre eux. Même Tim Burton n’a pas réussi à produire un remake vraiment convaincant. Puis est venu La Planète des Singes : les Origines, sorti en 2011 qui a séduit le public et les critiques, avec pour mérite en plus de raconter une histoire relativement inédite. La suite, la Planète des Singes : l’Affrontement ayant été elle aussi très réussie, c’est avec une vraie impatience que l’on attendait la Planète des Singes : Suprématie, qui s’annonçait comme un des principaux blockbusters estivaux. Le résultat est plaisant, mais limité.

La Planète des Singes : Suprématie repose sur un scénario parfois fragile. En effet, on assiste quand même à une succession de choix très hasardeux de la part des protagonistes, qui décrédibilise l’ensemble. On le sait, au cinéma, quand quelqu’un vise mal, il le fait et on l’accepte aisément, mais ici le film tire un peu trop sur cette corde quand ça l’arrange. De manière générale, l’histoire ne parvient pas aussi à nous faire ressentir réellement l’importance de l’enjeu. On a bien du mal à se dire que l’avenir de la Planète se joue sous nos yeux. En fait, on sent quand même un réel essoufflement des scénaristes qui n’ont pas su insuffler dans cet épisode un souffle nouveau.

laplanetedessingessuprematieLa Planète des Singes : Suprématie reste parfaitement réalisé techniquement par contre. Si le film manque de crédibilité, ce n’est sûrement pas à cause des effets spéciaux. Au contraire, ils restent demeurent assez bluffants. La mise en scène est aussi soignée, avec quelques beaux plans et des scènes d’action maîtrisées. Le film bénéficie aussi de la présente à l’écran d’un Woody Harrelson qui rentre totalement dans la peau de son personnage. On peut penser que la franchise s’arrêtera là et on se dit qu’elle ce n’est pas plus mal, pour éviter un déclin qui serait dommageable à la qualité globale de cette trilogie qui reste tout de même de premier plan.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Chernin Entertainment, TSG Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Matt Reeves
Scénario : Matt Reeves, Mark Bomback
Montage : William Hoy, Stan Salfas
Photo : Michael Seresin
Décors : James Chinlund
Musique : Michael Giacchino
Effets spéciaux : Weta Digital
Durée : 140 min

Casting :
Andy Serkis : César
Woody Harrelson : Le Colonel
Steve Zahn : Bad Ape
Terry Notary : Rocket
Karin Konoval : Maurice
Amiah Miller : Nova
Judy Greer : Cornelia
Devyn Dalton : Cornelius

LES CONFIDENCES D’ARSENE LUPIN (Maurice Leblanc) : Belles confidences

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lesconfidencesdarsenelupinJe n’ai vraiment découvert l’univers d’Arsène Lupin que très récemment. Mais à chaque tome que je parcours, je m’y attache un peu plus. Les Confidences d’Arsène Lupin n’aura fait que renforcer cet attachement. En effet, il est pour l’instant mon volume préféré. Une nouvelle série de nouvelles, mais qui cette fois brille par sa constance dans la qualité. Un recueil qui permet donc de mieux comprendre comment ce personnage a réussi à rentrer à ce point dans la légende et l’imaginaire collectif de notre pays.

On pourrait cependant reprocher à Maurice Leblanc de ne pas vraiment chercher à se renouveler. Il est vrai que les récits se suivent et sont tout de même à peu près toutes sur le même schéma. Certes, à chaque fois la situation évolue, mais il est vrai qu’il y a énormément de similitudes entre tous ces récits. Mais la répétition donne aussi paradoxalement son intérêt à Les Confidences d’Arsène Lupin. A chaque fois, on se demande ce que l’auteur va bien pouvoir inventer pour mettre en lumière l’incroyable ingéniosité de son personnage.

Les Confidences d’Arsène Lupin possède un charme désuet, qui n’enlève rien au charme. Il faut bien imaginer comment ces récits ont pu être vu comme profondément immoraux au moment de leur sortie. En effet, le héros, c’est le méchant et c’est la police qui est tourné en ridicule. Il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat, Arsène Lupin ne tuant jamais personne et est prompt à jouer les Robin des Bois. Mais il s’agit bien d’un vrai moment de l’histoire de la littérature, un de ces moments où les conventions immuables sautent. La postérité de ces récits est immense. Mais ce n’est pas une raison pour négliger l’original.

VALERIAN ET LA CITE DES MILLE PLANETES : Beauté sans saveur

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valerianafficheDes événements cinématographiques de cet été, Valérian et la Cité des Mille Planètes fait partie des plus attendue. Surtout en France, visiblement, tant le film a fait un bide aux Etats-Unis. Car il ne faut pas demander aux Américains de connaître l’œuvre de Mézières et Christin, combien même son influence est immense… notamment sur George Lucas qui s’en est beaucoup inspiré pour la création visuelle de Star Wars. Une envie surtout de revoir Luc Besson à son meilleur pour nous livrer une œuvre aussi marquante que le Cinquième Elément. Surtout qu’il s’est incroyablement investi dans ce projet, signant le film indépendant le plus cher de l’histoire. La bande-annonce magnifique laissait présager le meilleur. Mais au final, le résultat est mitigé.

Une chose est incontestable, Valérian et la Cité des Mille Planètes est très réussi visuellement. Il rend un bel hommage à l’univers graphique de Mézières et Christin. Les décors, les costumes sont d’une immense diversité et sont à peu près tous magnifiques. Si on ajoute à ça une exécution technique des effets spéciaux irréprochable, on voit vraiment le monde de la bande-dessinée prendre vie. De ce point de vue là, le travail de Luc Besson est à saluer et ne peut guère souffrir de critiques.

valerianReste bien sûr le scénario. C’est bien par là que Valérian et la Cité des Mille Planètes pêche quelque peu. Non que l’on s’ennuie, mais il ne parvient pas à donner une véritable personnalité et originalité au film. Il y a bien de l’humour,de l’action et du rythme, mais peut-être pas assez pour marquer vraiment les esprits. Cela manque d’épaisseur sur à peu près tous les plans. Pas assez pour parler de film raté, mais trop pour en faire un film culte comme le Cinquième Elément. Les personnages sont un tantinet transparents et les acteurs manquent parfois d’un poil de conviction. Bref, tout cela donne l’impression d’un film inabouti pour avoir cherché à être trop consensuel. Avoir cherché à l’être a sans doute été l’erreur de Luc Besson. Une erreur qui pourrait lui coûter cher au sens premier du terme.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Valérian SAS, EuropaCorp, TF1 Films production, Fundamental films
Distribution : EuropaCorp
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson, d’après la BD de Mézières et Christin
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Musique : Alexandre Desplat
Costumes : Olivier Bériot
Durée : 138 min

Casting :
Dane DeHaan : Valérian
Clara Delevingne : Lauréline
Clive Owen : Commandant Arün Fillit
Rihanna : Bubble
Ethan Hawke : Jolly
Kris Wu : Sergent Neza
Sam Spruell : General Okto Bar
Alain Chabat : Bob le pirate
Herbie Hancock : le ministre de la Défense

LE SIECLE, TOME 1 : LA CHUTE DES GEANTS (Ken Follett) : Plus fort que Stéphane Bern…

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lachutedesgeantsDans la vie il est important de pouvoir compter dur des valeurs sûres. Ainsi quand vous faites votre valise pour partir au soleil de Tunisie, que vous partez seul, vous la remplissez de bouquins à lire au bord de la piscine. Et là pas question de gâcher ses vacances avec de la mauvaise littérature. Heureusement, on peut toujours compter sur Ken Follett. De plus, Avec la Chute des Géants, premier volet de sa trilogie Le Siècle, il signe une de ses œuvres les plus marquantes. Une plongée vertigineuse au cœur de la première guerre mondiale.

Je me rappelle d’avoir dit un jour au Maire de Viroflay, après son discours du 11 novembre, que je n’avais jamais bien compris comment un simple assassinat avait pu déclencher a pu enflammer le monde et provoquer une des pires boucheries de l’histoire. Et bien grâce à Ken Follett, je sais tout à ce sujet désormais. La Chute des Géants est un formidable livre d’histoire, transformant en récit passionnant tous les ressorts de la politique et de la diplomatie européenne du début du XXème siècle. C’est clair, tout en étant très précis et exhaustif. On ressort de cette lecture infiniment moins ignorant.

Le plus grand mérite de La Chute des Géants est d’être à côté de ça un roman d’aventure et d’amour particulièrement enthousiasmant. C’est du pur Ken Follett. Les ressorts sont parfois grossiers, les personnages sont peints à la brosse plutôt qu’au pinceau fin. Ce n’est même pas particulièrement bien écrit. Mais tout cela est d’une efficacité absolue. On s’attache immédiatement aux personnages, on suit leurs mésaventures nombreuses et variés avec le cœur battant, avide de tourner les pages. Le livre est proche du pavé, mais se dévore comme un si chaque page ne pesait rien. Bref, un vrai, grand et profond bonheur littéraire pour l’été, pour l’hiver, pour l’automne ou le printemps. Pour tous les temps en fait.

TOUT CA POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PS : EPISODE 4 : Prélude au Congrès de Reims, prélude à la haine

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episode4En cet été 2008, bien calé dans ma chaise-longue, j’attaque la lecture du recueil des contributions, dont l’écriture constitue la première étape qui doit mener au Congrès du Parti Socialiste qui aura lieu à Reims. J’ignore alors totalement dans quoi je m’embarque. J’ignore aussi alors totalement que je suis en train de commettre un acte totalement incongru pour un militant socialiste. Certes, le document fait 200 pages, mais pour moi en prendre connaissance m’apparaît parfaitement naturel. La suite me prouvera qu’il n’en est rien.

Lorsque j’ouvre le document, je pense être relativement sûr de mon futur choix. Je soutiendrai Bertrand Delanoë ! François Hollande ayant annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat de premier secrétaire, le Maire de Paris semble le mieux placé pour assurer un nouveau leadership. Il est alors le grand favori et beaucoup imagine que tout cela l’emmènera vers une candidature à l’Elysée. Mais je garde l’esprit ouvert et me plonge dans les textes en me disant que je soutiendrai le plus convaincant.

Tous les grands leaders signent un texte : François Hollande, malgré son retrait, Bertrand Delanoë donc, Ségolène Royal, Martine Aubry, Laurent Fabius, Henri Emmanuelli, mais aussi Pierre Laroutourou et Jean-Luc Mélenchon, puisqu’ils font encore partie du PS. Les 21 textes sont globalement d’un très bon niveau intellectuel. Sans doute, est-ce le moment où le parti aura atteint son apogée en termes de débat d’idées. Dommage que tout ce qui suivra détruira tout… En tout cas à ce moment-là, je suis particulièrement fier d’être adhérent socialiste.

Si la plupart des textes sont très bons, certains sont cruellement décevants. En premier lieu, ceux de Martine Aubry (avec le recul, je peux désormais dire « comme d’habitude »)… et celui de Bertand Delanoë. On y sent une volonté de consensus mais qui limite terriblement la porté des propos. En gros, ça se limite à « il y a trop d’injustice, donc il faut moins d’injustice ». Mais rien, quasiment rien sur les moyens d’y arriver. Celui de Ségolène Royal est par contre très riche, alliant un propos politique d’une grande hauteur et des propositions concrètes. Sa contribution est pour moi (avec celui de Hollande, mais puisqu’il ne se représentait pas, j’ai écarté ce choix) de loin la meilleure. Je décide donc de la soutenir.

Visiblement, ce schéma assez simple apparaît vite comme assez exceptionnel parmi mes chers camarades. Les discussions en section montre que la plupart d’entre eux n’ont pas ou peu ouvert le document. Beaucoup mettent en avant que finalement il y n’y a quasiment aucune différence entre les textes. Pourtant, de Gérard Collomb à Jean-Luc Mélenchon, le PS abritait encore une large partie du spectre électoral.

A la rentrée, une réunion est organisée au niveau du département pour présenter les différents textes. Une quinzaine d’orateurs sont à la tribune, dont Pierre Moscovici, qui a lui aussi signé un texte. C’est une occasion de voir pourquoi certains bénéficient d’un statut de leader. La télévision écrase considérablement le charisme. Il n’y a aucune comparaison avec les simples militants dont le discours est ponctué de « euh », le plus souvent le nez dans leurs notes. Les discours de Moscovici est à l’inverse clair et fluide, les arguments s’enchaînent avec conviction, sans aucune fiche d’aucune sorte. Je mesure toute la différence, et surtout l’écart, avec mes propres capacités, après ma tentative avortée d’interventions en Conseil Municipal sans note.

A la tribune, il y a aussi un intervenant pour défendre la contribution de Jean-Marc Ayrault. Je trouve ce choix étonnant. En effet, quand l’immense majorité des textes font une vingtaine de pages, celui de l’ancien Maire de Nantes ne fait que trois ou quatre pages sans grand intérêt. Quelques jours plus tard, je l’interroge sur ce choix. Il se justifie par des arguments liés à un positionnement purement politique, du genre une volonté de soutenir Royal mais sans lui donner un blanc-seing, une volonté de ne pas soutenir dès les contributions un ou une candidate au poste de premier secrétaire. Je lui réponds « oui mais le texte est sans intérêt ». Il me répond alors… « Je ne sais pas, je ne l’ai pas lu… »… Il l’a pourtant défendu à la tribune devant une salle entière.

Ce même soir à la tribune, le même intervenant sort qu’il pense que tout le monde peut être utile au sein du Parti « y compris l’aile gauche ». Une maladresse qui lui ressemble et qui lui vaut les sifflets d’une partie de la salle, surtout les plus jeunes. Sur le moment, je trouve ça amusant et surtout assez mérité. Siffler un camarade à la tribune, voilà qui me semble encore quelque chose d’exceptionnel et que je ne pense pas revoir de si tôt. La fin des illusions est plus proche que jamais.

MAIGRET ET SON MORT (George Simenon) : Brouillard épais

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maigretetsonmortLe plus difficile quand on écrit régulièrement des critiques de romans de Simenon est de ne pas trop se répéter, tant ils partagent des caractéristiques communes. Maigret et Son Mort possède pourtant quelques éléments qui le différencient quelque peu des autres romans mettant en scène le célèbre inspecteur à la pipe. Cependant, les fondamentaux restent les mêmes.

Avec Maigret et Son Mort, George Simenon délaisse le milieu petit bourgeois qu’il affectionne, pour explorer d’autres couches de la société. Cependant, le roman conserve une volonté de décrire de la situation sociale de son époque. Il nous emmène notamment sur la trace des populations immigrées et les quartiers où ils se concentrent. Cela permet au passage de voir que si les problématiques évoluent, certaines dimensions demeurent. On sent néanmoins que l’auteur n’est pas tout à fait aussi à l’aise que d’habitude dans un milieu qu’il connaît sûrement moins personnellement et on a parfois un peu de mal à croire à certains éléments de l’intrigue. Mais cela ne retire rien aux mérites de ce récit.

Maigret et Son Mort présente une intrigue plus complexe que la majorité des autres romans de Simenon. Comme il n’est pas plus long, il est surtout plus dense. Du point de départ à l’arrivée, l’histoire connaîtra des changements assez inattendus de destination et l’arrivée de personnages brutaux et inattendus. Il y a un vrai mystère installé dès le départ, dont il est impossible de deviner tout ce qui se cache derrière. Ces virages à 90° peut parfois perdre quelque peu le lecteur, plus habitué à un récit plus linéaire. Cependant, il n’y a rien de pire que la monotonie, alors il serait bien dommage de s’en plaindre.

ETE 93 : Deuil enfantin

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ete93afficheLe deuil est un processus des plus intimes qui peut prendre des chemins radicalement différents selon celui qui l’emprunte. Autant de chemin pour autant de possibilité de scénario, car cette acceptation de la mort a toujours nourri le cinéma. Le deuil pour une petite fille de 6 ans n’aura évidemment rien à voir avec celui qu’un adulte qui sait mieux décrypter et nommer ces propres émotions. Voici le sujet central de Eté 93, un joli film qui nous conduit entre le sourire et la tristesse. Deux extrêmes entre lesquels la vie nous malmènent parfois.

Eté 93 nous donne parfois le sourire parce que la jeune Frida reste terriblement attachante, bien au-delà du simple drame qui la touche. Elle est doté d’un esprit enfantin mais vif, qui l’autorise à quelques répliques particulièrement savoureuses. Cette sympathie s’élargit à tous les autres membres de la famille, chacun faisant du mieux qu’il peut pour faire face à la situation. Chacun possède ses faiblesses et sa maladresse, mais cela ne fait que rendre chaque personnage terriblement humain. Comme beaucoup de film sur le deuil, celui-ci se révèle au final d’un réel optimisme démontrant que si le chemin est difficile, il existe un nouveau bonheur après le deuil.

ete93Ceci étant dit, Eté 93 manque parfois un peu d’épaisseur. Le film est touchant mais pas radicalement émouvant, pas toujours passionnant et jamais bouleversant. On compatit, on partage la tristesse des personnages dans les moments difficiles, sans que cela ne se fasse avec toute la force qui aurait pu donné au film une dimension supplémentaire. Le scénario est avant tout basé sur une série de scénettes de la vie quotidienne de cette famille. Chacune d’elle correspond bien sûr à un nouveau petit pas sur ce chemin escarpé, mais cela donne au film un aspect contemplatif qui fait parfois flirter le spectateur avec l’ennui. Sans être décevant, le film n’imprime pas une marque indélébile dans l’esprit et le cœur des spectateurs.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Réalisation : Carla Simón
Scénario : Carla Simón
Pays d’origine : Espagne
Genre : drame
Durée : 97 minutes

Casting :
Laia Artigas : Frida
Bruna Cusí : Marga
David Verdaguer : Esteve
Paula Robles : Anna
Paula Blanco : Cesca
Etna Campillo : Irene
Jordi Figueras : Blai
Dolores Fortis : Carnissera