Grâce à Woody Allen, tout critique de cinéma sait ce que ressent le journaliste chaque année quand il doit traiter la rentrée des classes, le chassé-croisé du mois d’août ou bien encore les courses de Noël. Chaque année, c’est la même chose, mais il faut pourtant savoir se renouveler. Pour ce qui est du réalisateur new-yorkais, le cru 2016 sera d’autant plus problématique que Café Society est un Woody Allen tout ce qu’il y a de plus classique. Faisons donc sobre et disons simplement que c’est un bon cru, savoureux sans être pour autant inoubliable.
Café Society navigue des eaux connues. On y retrouve beaucoup de thèmes chers à Woody Allen : le triangle amoureux, l’apprentissage de la vie d’un jeune premier, le choc des classes sociales ou encore le rapport à la judaïté. Le ton est léger mais pas trop. Bref, il y a infiniment moins de prise de risque ou d’originalité que dans un Blue Jasmine par exemple. Mais on ne peut pas reprocher à un réalisateur aussi prolifique de revenir de temps en temps aux fondamentaux. Surtout quand le résultat reste quand même très agréable et plaisant.
Café Society repose avant tout sur un fabuleux trio d’acteurs, mis particulièrement en lumière par les légendaires qualités de direction de Woody Allen. Steve Carrel confirme que le virage pris par sa carrière depuis quelques années est une brillante idée. Il n’est définitivement pas qu’un grand acteur comique, mais un grand acteur tout court. Jesse Eisenberg continue, film après film, de démontrer qu’il sera une des figures marquantes d’Hollywood dans les années à venir. Et que dire de Kirsten Stewart, absolument éblouissante de charisme, qui inonde l’écran de sa présence à chacune de ses apparitions. Le tout donne sa solidité à ce film largement réussi.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Letty Aronson, Stephen Tenenbaum, Edward Walson, Ron Chez, Adam B. Stern, Allan Teh Réalisation : Woody Allen Scénario : Woody Allen Montage : Alisa Lepselter Photo : Vittorio Storaro Format : couleur – 2,00:1 – son Dolby numérique Décors : Santo Loquasto Distribution : Amazon Studios, Mars Film Directeur artistique : Michael E. Goldman, Doug Huszti Durée : 96 min
Casting : Kristen Stewart : Vonnie Steve Carell : Phil Jesse Eisenberg : Bobby Ken Stott : Marty Corey Stoll : Ben Parker Posey : Rad Blake Lively : Veronica Jeannie Berlin : Rose Tony Sirico : Vito
Bon désolé, je vais encore axer mon introduction sur une comparaison, mais ce n’est pas faute si le cinéma a tendance à bégayer quelque peu parfois. Ainsi, après l’Etudiante et Monsieur Henri, voici Adopte un Veuf, une nouvelle production hexagonale avec comme point de départ la cohabitation forcée d’une personne relativement âgée et un rien misanthrope et une (voir même des dans le cas présent) personne beaucoup plus jeune. Si le ton des deux films est assez différent, on peut quand même se demander si les scénaristes ne maquent pas parfois d’imagination. Ou bien peut-être simplement qu’ils hument le même air du même temps et qu’ils sont donc amenés à avoir des idées semblables de manière assez synchrone. En tout cas, les deux films peuvent se classer dans la même catégorie : les films sympathiques et gentillets qui se laissent regarder.
Adopte un Veuf est donc avant tout une comédie. Il est parcouru d’autres émotions, peut tirer une larme ou deux à un moment donné, mais globalement l’histoire est au service de l’humour. Et au final, c’est ce qui rend le film très agréable. Il ne cherche pas à être autre chose que ce qu’il est et échappe ainsi à une lourdeur qui aurait pu le guetter. Il s’agit donc d’un divertissement léger misant sur le comique de situation et des personnages attachants. C’est plutôt bien écrit, sans vraies longueurs, ponctué de francs éclats de rire et assez touchant parfois. Certes, tout cela n’est jamais d’une intensité folle et manque peut-être d’un vrai morceau de bravoure qui aurait vraiment marqué les esprits. Mais le tout fonctionne bien et il est toujours injuste de reprocher à un bon film de ne pas être un chef d’oeuvre.
Adopte un Veuf repose sur un casting plutôt malin. André Dussolier constitue le pilier central de la distribution. Un pilier évidemment solide, vu le talent et la polyvalence de cet immense acteur. Le choix de Bérangère Krief était plus risqué. Elle est égale à elle-même. Son ton n’est peut-être pas d’une justesse à toute épreuve, mais elle compense mille fois ces légers flottements par une énergie folle et particulièrement communicative. Elle rend terriblement adorable et attachant un personnage qui aurait pu ressembler facilement à une abominable hystérique. Les seconds rôles qui les entourent sont eux aussi d’un très bon niveau, ce qui permet de saluer la direction d’acteurs de François Desagnat qu’on avait pourtant déjà connu beaucoup moins inspiré en la matière. Il signe là de loin son meilleur film, ce qui n’était pas difficile néanmoins.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : François Desagnat Scénario : Jérôme Corcos et Catherine Diament Musique : Fabien Cahen Montage : Béatrice Herminie Photographie : Vincent Gallot Costumes : Khadija Zeggaï Décors : Samantha Gordowski Producteur : Antoine Pezet et Jérôme Corcos Production : Nac Films et Someci Durée : 97 minutes
Casting : André Dussollier : Hubert Jacquin Bérengère Krief : Manuela Baudry Julia Piaton : Marion Legloux Arnaud Ducret : Paul-Gérard Langlois Nicolas Marié : Samuel Edlemann Panayotis Pascot : Julien Vincent Desagnat : Roméro Blanche Gardin : Rose Guillaume Delorme : Seb Mathieu Madénian : Arnaud Nathalie Roussel : la voisine d’Hubert Juliette Tresanini : Juliette
A propos du Chasseur et la la Reine des Glaces, on pourrait entamer un débat absolument passionnant… Est-ce une suite ou un spin-off ? Surtout, que par certains côtés c’est aussi un prequel. Voilà un débat réellement fondamental. Ou tout du moins le seul qui vale le coup. En effet, la question de savoir si c’est un bon film est vite tranchée… La réponse est non !
S’il y a un reproche qu’on ne peut pas faire à le Chasseur et la Reine des Glaces, c’est d’être visuellement raté. Les costumes, les décors, les effets spéciaux sont vraiment beaux. Ils auraient du contribuer à créer une sensation de féerie et soutenir un souffle épique… s’il existait. Mais le scénario est vraiment faiblard avec des éléments qui prêtent vraiment à rire.
Et puis, il est difficile de donner une dimension réellement épique à un film dont le héros a le charisme d’une plaquette de beurre 1er prix. Une plaquette musclée certes, mais une plaquette quand même. Heureusement, à ses côtés, Jessica Chastain a le charme d’un beurre salé fermier étalé sur le meilleur pain frais. Mais ce n’est pas suffisant pour sauver Le Chasseur et la Reine des Glaces de son effroyable médiocrité.
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Réalisation : Cédric Nicolas-Troyan Scénario : Evan Spiliotopoulos et Craig Mazin Direction artistique : Andrew Ackland-Snow, John Frankish, Steven Lawrence, Luigi Marchione, Frank Walsh, Tom Whitehead Décors : Dominic Watkins Costumes : Colleen Atwood Photographie : Phedon Papamichael Musique : James Newton Howard Production : Joe Roth Production déléguée : Chloe Yellin, Palak Patel, Sarah Bradshaw Sociétés de production : Roth Films, Prime Focus World et Universal Pictures Durée : 114 minutes
Casting : Chris Hemsworth : Eric, le Chasseur Charlize Theron : la reine Ravenna Jessica Chastain : Sara, la Guerrière Emily Blunt : Freya, la Reine des glaces Nick Frost : Nion Sam Claflin : William Rob Brydon : Gryff Sheridan Smith : Mme Bromwyn Alexandra Roach : Doreena Sope Dirisu : Tull Sophie Cookson : Pippa Sam Hazeldine : Liefr Fred Tatasciore : Le miroir Colin Morgan : Duc de Blackwood Conrad Khan : Eric, jeune Niamh Walter : Sara, jeune
On a beaucoup parlé démocratie ces dernières semaines et encore plus ces derniers jours, entre Nuit Debout et le 49-3. Comme tous les sujets qui font la une des réseaux sociaux, cela a donné lieu à son lot d’outrages, d’approximations et de mauvaise foi, à côté évidemment aussi de réflexions de fonds et beaucoup de traits d’humour savoureux. Cependant, il apparaît clairement que la démocratie fait partie de ces notions qui semblent assez simples pour être une valeur absolue manichéenne. Une décision, un processus est démocratique ou pas, noir ou blanc, sans gris… Et pourtant…
Pour vous en convaincre, un petit test. Comment choisir démocratiquement un nombre entre un et cinq ? Vous avez une idée ? Elle vous paraît simple et incontestable ? Si elle est mise en œuvre, vous êtes sûr que personne n’attaquera la décision ? Et bien ne soyez pas si sûr de vous !
La première idée est que chacun donne un chiffre et que l’on fasse la moyenne des résultats. Voilà une technique absolument incontestable qui fera l’unanimité… Sauf qu’au lieu de la moyenne, on peut également utiliser la médiane que certains trouveront beaucoup plus juste.
On peut imaginer tout aussi bien une procédure de vote. Plusieurs sont envisageables. Un scrutin à un tour où le chiffre qui remporte le plus de vote l’emporte. Un scrutin majoritaire à deux tours, où à l’issue du premier on ne garde pour un second tour que les deux qui ont reçu le plus de suffrages (avec comme variante possibilité de triangulaire en fixant un seuil minimal pour la qualification pour le second tour). Enfin, il reste le système où à chaque tour, on élimine celui qui a reçu le moins de voix et on continue tant qu’un chiffre n’a pas reçu la majorité absolue.
Enfin, on peut imaginer des systèmes indirects. On vote d’abord pour un chef, puis pour des représentants. Le chef sera chargé de proposer un chiffre que les représentants valideront ou non. Ou bien, sans savoir besoin d’élire de chef, ce sont les représentants qui s’appliquent une des procédures citées plus haut.
Tous ces systèmes sont démocratiques. Aucun ne peut se targuer de l’être plus qu’un autre. Le bon sens voudrait donc qu’ils convergent tous vers le même résultat. Et pourtant…
Imaginons un collège des dix électeurs. 4 préfèrent le 1, 2 le 2, aucun le 3, 1 le 4 et 3 le 5….
Si on applique un des systèmes précédents, avec les procédures à un tour cela donne : -pour la moyenne, le 3 est élu -pour la médiane, le 2 est élu -pour le scrutin majoritaire à un tour, le 1 est élu…
Pour les autres systèmes, on peut imaginer très facilement des scénarios où le 4 ou le 5 sont élus…
Le plus étonnant est de se dire qu’une procédure parfaitement démocratique donnerait un résultat qui aurait pourtant été crédité de 0% dans les sondages.
Ce petit exercice permet surtout d’aboutir à une conclusion : quand la question n’est pas binaire (c’est à dire de type oui/non), il n’existe pas une procédure démocratique pour la trancher… Cela ne veut pas dire qu’il n’en existe aucune, mais bien qu’il en existe plusieurs parmi lesquelles il faut choisir et qui donneront des résultats différents.
Je suis moi-même surpris par ce résultat…puisque je ne l’avais pas du tout en tête lorsque j’ai eu l’idée d’écrire un billet sur le sujet. J’ai découvert ce résultat en voulant illustrer ma pensée par un exemple sans penser arriver à une telle conclusion.
Comment définir la démocratie alors ? Elle se définit non par ses règles, mais par le fait que les règles sont connues et fixes et qu’elles impliquent à un moment ou l’autre l’ensemble du corps électoral.
On mesure ici l’importance d’une Constitution dans une démocratie. Elle définit les règles du jeux et donc son respect définit à lui seul l’aspect démocratique d’une décision.
Le 49-3, inscrit dans la Constitution, n’est donc pas un acte anti-démocratique, combien même on peut regretter son usage ou son inscription dans la règle du jeu.
Surtout, à moins de considérer que « quelle réforme voulez-vous pour le code du travail ?» soit une question binaire, voir un projet qui ne recueille que 30% d’opinion favorable être adopté ne signifie en rien qu’il ne l’a pas été démocratiquement. Mais je l’ai déjà dit dans ces pages, notre démocratie meurt de tout ramener à des questions binaires.
Cependant, j’y reviendrai… En effet, les leçons à tirer de cet état de fait sont innombrables à de multiples niveaux. Notamment en termes d’amélioration du système démocratique. Il faudrait évidemment être aveugle pour ne pas voir dans Nuit Debout ou la réaction au 49-3 (qui a pourtant été utilisé près d’une soixantaine de fois depuis le début de la Vème République) un malaise infiniment profond.
Un malaise qui dépasse largement la loi El-Khomeri, François Hollande ou la France. Donald Trump, l’extrême-droite en Autriche, la montée des populisme partout, sont autant de signes d’une inadéquation des systèmes démocratiques occidentaux. Et je suis atterré à quel point les analyses restent souvent bloquées à un niveau qui reste au final totalement anecdotique par rapport à la vague de fond d’un tout autre niveau qui est en train de déferler et constitue une vraie menace.
Bref, au-lieu d’écrire un roman, comme je fais trop souvent, je vais plutôt découper l’analyse en plusieurs parties. Je reviendrai prochainement tout d’abord sur les systèmes que j’ai décrit plus haut pour voir comment ils pourraient se traduire concrètement à une échelle tout autre.
On commence cet avis musical par une jolie découverte, Sallie Ford and the Sound Outside, un groupe venu de l’Oregon et connu pour son style rock un peu rétro. Leur album Untamed Beast, sorti en 2013, rappelle pourtant d’abord surtout les White Stripes. Il est vrai que la suite navigue entre accents groovy et country, qui donne un style assez intemporel. Leur musique est marquée par la voix de Sallie Ford qui dégage une forte personnalité. La qualité est vraiment constante pour un résultat au final très agréable.
On enchaîne avec The Black Keys et leur album Turn Blue. Ils nous livrent une nouvelle fois leur rock mélodique très prenant, marqué par la profondeur de la voix de Dan Auerbach. Même quand le rythme est marqué, il se dégage de leur musique une vraie douceur. Il se dégage aussi souvent une impression de simplicité, alors qu’une oreille attentive mesure le jeux subtil des sonorités. Cependant, globalement l’album est relativement uniforme. On est plus bercé qu’enthousiaste. L’album ronronne quelque peu, même si on peut en extraire le très bon single : Lonely Boy qui casse quelque peu la monotonie.
On termine par une troisième très belle voix, celle Taylor Kirk, chanteur du groupe canadien Timber Timbre, dont j’ai déjà parlé par ici. Il s’agit cette fois-ci de leur album Hot Dreams, le dernier en date. Une voix posée, mais aussi particulièrement profonde, pour ne pas dire caverneuse. Leur musique est lente et envoûtante, parcourue d’accents country ou jazzy selon les morceaux. C’est toujours très joli, particulièrement apaisant, constamment agréable. On pourrait simplement leur reprocher un petit excès de lenteur parfois, quand une petite rupture dans le rythme aurait pu être la bienvenue.
Je sais bien que j’use et j’abuse des comparaisons dans mes critiques. Evidemment, je peux argumenter longuement à chaque fois sur pourquoi elles sont parfaitement justifiées. Cette fois, elle est tellement évidente que je n’ai même pas besoin de chercher d’excuse. La Saison des Femmes se situe dans la droite lignée de Mustang et Much Loved, sortis l’année dernière. Deux films merveilleux sur l’émancipation des femmes dans des pays où leur condition reste difficile. Désormais, ce n’est plus deux, mais bien trois !
La Saison des Femmes nous emmène cette fois en Inde. Comme pour les deux films cités plus haut, il nous propose un cocktail de rires, de larmes, de joie, de tristesse, mais surtout beaucoup d’émotions. Le tout enrobé des couleurs et de la musique de ce pays à nul autre pareil. Le résultat est peut-être parfois moins maîtrisé que pour les deux autres, mais on est tellement porté par le film, les personnages, leur histoire, leurs sentiments que l’on n’y prête guère attention. On fait ainsi un fantastique voyage qui ne nous cache rien des aspects les plus sombres d’une société d’une incroyable violence parfois.
La Saison des Femmes est aussi l’occasion de découvrir de merveilleuses actrices. Là aussi, l’émerveillement rappelle celui que l’on a connu devant Mustang et Much Loved. Tannishtha Chatterjee, Radhika Apte, Surveen Chawla et Lehar Khan confirment déjà que les plus belles femmes du monde sont indiennes, mais surtout livrent une performance d’actrice d’une justesse, d’une fraîcheur et d’une sincérité rares. Toutes les émotions évoquées plus haut passent par elles, même si la réalisation est par ailleurs impeccable. Le film est au final une rencontre. Une grande et belle rencontre.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Shivalaya Entertainment, Blue Waters Motion Pictures, Airan Consultants Pvt Ltd Distribution : Pyramide Distribution Réalisation : Leena Yadav Scénario : Leena Yadav Montage : Kevin Tent Photo : Russell Carpenter Décors : Amardeep Behl Musique : Hitesh Sonik Directeur artistique : Amardeep Behl Durée : 118 min
Deuxième film consécutif dont j’ignorais à peu près tout avant d’aller le voir : Desiertio. Un film qui nous plonge aussi dans la misère sociale, mais dans un décor bien différent de celui de Les Ardennes. On se retrouve à suivre un groupe de Mexicains bien décidés à émigrer aux Etats-Unis en traversant de longs kilomètres de désert (d’où le titre). Et là… Non, il ne faut rien dire pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui comme moi aurait la chance de voir ce film sans en connaître l’idée centrale.
Il serait dommage de la gâcher d’autant qu’elle est relativement inattendue. Certes, déjà utilisée ailleurs, mais on attendait pas forcément à la voir apparaître dans ce contexte. Au final, au-delà de son caractère spectaculaire, elle en dit long sur beaucoup de sujets, sur la fracture entre ces deux pays et sur les relents nauséabonds qui parcourent l’Amérique profonde. Desiertio peut donc être vu de bien des façons et chacune d’entre elles permet de mesurer la qualité de ce film.
Desierto est réalisé par Jonas Cuaron, le fils d’Alfonso Cuaron à qui on doit l’extraordinaire Gravity. Bon sans ne sachant mentir, le film est parfaitement maîtrisé artistiquement et la narration est parfaite. Certes, les grandes étendues désertiques se prêtent aux très beaux plans sur un décor sublime. Mais ici, le désert n’est pas qu’une simple toile de fond, mais un acteur à part entière, parfaitement mis en valeur. Si je veux rien dévoiler de cette histoire, c’est aussi parce qu’elle est racontée un vrai sens du rythme et de l’intensité. Le film tout juste une heure et demi et il n’y a pas une minute de trop pour donner vie à ce qui n’est peut-être pas une grande histoire, mais dont Jonas Cuaron a totalement exploité le potentiel.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Jonás Cuarón Scénario : Jonás Cuarón et Mateo Garcia Direction artistique : Alejandro García Costumes : Andrea Manuel Photographie : Damian Garcia Son : Raul Locatelli Montage : Jonás Cuarón Musique : Woodkid Production : Alfonso Cuarón, Carlos Cuarón, Jonás Cuarón, Alex Garcia, Charles Gillibert Durée : 94 minutes
Casting : Gael García Bernal : Moïse Jeffrey Dean Morgan : Sam Alondra Hidalgo : Adela Diego Cataño : Mechas Marco Pérez : Lobo Oscar Flores : Ramiro David Lorenzo : Ulysse Butch McCain : Un animateur radio
Dans la série des séances programmées sans que je sache grand chose des films que je vais voir, la soirée de mardi fut particulièrement bonne. Elle a débuté avec les Ardennes, un film flamand qui confirme la grande vitalité du cinéma belge. Une œuvre qui rappelle Bullhead par bien des points, même si on ne se situe pas tout à fait au même niveau de qualité.
Les Ardennes constitue une nouvelle plongée dans la Flandre profonde pour un film à l’ambiance définitivement noire. Cette histoire de triangle amoureux impliquant deux frères, dont un sort tout juste de prison repose sur des bases déjà vues. Que ce soient les éléments de l’intrigue ou le fond social, on navigue dans un terrain connu et sans réelle surprise. Heureusement tout change dans la dernière partie du film avec l’arrivée de personnages sortant vraiment de l’ordinaire. Cela aboutit à un dénouement là aussi déjà vu, mais qui fonctionne assez bien pour nous laisser sur une sensation forte.
Les Ardennes ne sont pas tout à fait le nouveau Bullhead aussi parce qu’on y trouve pas le nouveau Matthias Schoenaerts. Le trio d’acteur est certes convaincant mais ne possède évidemment pas le même charisme. Par contre, il bénéficie lui aussi d’une réalisation artistiquement aboutie. L’ambiance est vraiment pesante, la photographie contribuant largement à cette noirceur. Le cinéma flamand ne nous offrira pas cette fois-ci un nouveau film de l’année, mais prouve en tout cas qu’il a toute sa place sur nos écrans.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Robin Pront Scénario : Jeroen Perceval et Robin Pront Musique : Hendrik Willemyns Montage : Alain Dessauvage Photographie : Robrecht Heyvaert Costumes : Catherine van Bree Décors : Geert Paredis Producteur : Bart van Langendonck Coproducteur : Peter Bouckaert et Ellen Havenith Producteur délégué : Xavier Rombaut Production : Savage Films Coproduction : Eyeworks et Bastide Films PRP Durée : 93 minutes
Casting : Jeroen Perceval : Dave de Swaef Kevin Janssens : « Kenny », Kenneth de Swaef Veerle Baetens : Sylvie de Winter Jan Bijvoet : Stef de Volder Sam Louwyck : Joyce Viviane De Muynck : Mariette Eric Gordon : Gérard Peter Van den Begin : Robert Rachid Appa : Chalid Caroline Stas : Linda, la policière Dominique Van Malder : Tommy Brit Van Hoof : Cindy Bart de Graauw : un client de la discothèque Kuno Bakker : Robert
Décidément, la mode est aux super-héros qui, au lieu d’affronter des super-vilains voulant dominer le monde, se battent gentiment (ou pas) entre eux au lieu de sauver un monde qui n’est justement jamais à l’abri d’un super-vilain voulant le dominer. Donc après Batman vs Superman, voici Captain America : Civil War. Ce n’est pas trahir le scénario que de raconter qu’il aboutira à un affrontement entre deux groupes d’Avengers, tant la promotion du film a mis en avant cet élément, notamment sur les murs du métro. Cette production a surtout permis de mettre en lumière la différence d’approche entre Marvel et DC… Et surtout l’incontestable supériorité du premier. Elle est avérée depuis longtemps sur le papier des comics. Elle se confirme au cinéma.
En effet, Marvel a bien compris qu’un film de super-héros ne peut guère enthousiasmer sans un minimum d’humour et de second degré. En effet, il s’agit quand même de personnages en costume parfois un peu ridicule qui se battent contre des méchants qui eux aussi ont souvent des goûts vestimentaires douteux. Si Marvel a été très loin dans la démarche avec Ant-Man et encore plus Deadpool, elle propose avec Captain America : Civil War un bon équilibre entre une action spectaculaire, parfaitement réalisée et jamais trop redondante et des dialogues parsemés de bons mots, de clins d’oeil sympathiques et d’un brin d’auto-parodie tout à fait réjouissant. Le film ne se prend jamais au sérieux, ce qui paradoxalement le rend nettement plus crédible qu’un Batman vs Superman d’une lourdeur absolument insupportable.
Certes, Marvel multiplie les films et on pourrait légitimement craindre l’overdose. Mais à l’heure où le public est habitué aux séries au long court, il apprécie au contraire de retrouver ces personnages familiers qu’il a appris à connaître. Cela ouvre tout un champs d’auto-référence à cet univers qui certes ravira surtout les fans, mais donne du dynamisme au propos (pas besoin de longues introductions ou explications). Le spectateur est en terrain familier et il s’y sent bien. De plus, si l’intrigue en elle-même n’est pas non plus d’un intérêt bouleversant, les scènes d’action arrivent encore à être suffisamment variées pour divertir et parfois même enthousiasmer. Surtout que les nouveaux personnages sont plutôt réussis (notamment la Panthère Noire), même si on peut s’interroger sur l’opportunité de voir une nouvelle version de Spider-Man encore une fois interprété par un nouvel acteur. Au final, on retrouve dans Captain America : Civil War tout ce qu’on en attendait mais avec un niveau de qualité qui fait encore encore nettement la concurrence avec la concurrence.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Marvel, The Walt Disney Company France Distribution : The Walt Disney Company France Réalisation : Anthony Russo, Joe Russo Scénario : Christopher Markus, Stephen McFeely Montage : Jeffrey Ford, Matthew Schmidt Photo : Trent Opaloch Décors : Owen Paterson Musique : Henry Jackman Durée : 148 min
Casting : Chris Evan : Steve Rogers, Captain Americ Robert Downey Jr : Tony Stark, Iron Man Scarlett Johansson : Natasha Romanoff, Black Widow Sebastian Stan : Bucky Barnes, Winter Soldier Anthony Mackie : Sam Wilson, Falcon Jeremy Renner : Clint Barton, Hawkeye Chadwick Boseman : T’Challa, VBlack Panther Paul Bettany : Vision
La valeur n’attend pas le nombre des années. Et inversement, comme le prouve André Téchiné. A 73 ans, il est un monument du cinéma français. Personnellement, je n’ai jamais été un grand fan, considérant notamment que les Roseaux Sauvages est un des Césars du meilleur film les plus décevants. Mais cette fois-ci, je ne peux que m’incliner face à son talent. Quand on a 17 Ans est un très beau film. Assez beau pour être grand.
Pour faire partager aux spectateurs les émotions des personnages, on peut faire appel à des acteurs au jeu spectaculaire qui nous en mettront plein la vue et forceront notre admiration. Mais on peut aussi être infiniment plus subtil. Un plan serré, une tension palpable dans une situation parfois banale, des dialogues qui seraient anodins s’ils n’en disaient infiniment plus que le simple sens des mots prononcés. Il y a tout ça dans Quand on a 17 Ans. Rien de spectaculaire dans la forme, mais une maîtrise totale pour créer une intimité rare avec les personnages, qui rappelle celle que l’on a pu vivre avec la Vie d’Adèle.
Cette qualité artistique est au service d’une très belle histoire, particulièrement riche. L’émotion communicative de Quand on a 17 Ans ne vient pas que ce que vivent les personnages, mais bien aussi du récit en lui-même. Tout cela se mélange, s’additionne, se sublime pour donner un magnifique résultat. On sourit, on rit, on pleure. Le film flirte peut-être un peu avec le mélo à un moment donné, mais c’est pour mieux rebondir. Le tout est porté par un formidable trio de comédiens. Les jeunes Kacey Mottet Klein et Corentin Fila sont épatants, sous le regard d’une Sandrine Kiberlain toujours aussi extraordinaire. Il y a donc tout dans ce film, assez en tout cas pour souhaiter encore une longue carrière à son réalisateur.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Fidélité films, Wild Bunch Distribution : Wild Bunch Distribution Réalisation : André Téchiné Scénario : André Téchiné, Céline Sciamma Montage : Albertine Lastera Photo : Julien Hirsch Décors : Olivier Radot Durée : 114 mn
Casting : Sandrine Kiberlain : Marianne Kacey Mottet Klein : Damien Corentin Fila : Tom Alexis Loret : Nathan Jean Fornerod : Jacques
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