Pensez à la personne la plus atrocement méchante, vicieuse et manipulatrice que vous ayez jamais croisé. Bref pensez à votre ex. Et bien dites vous que ce n’est rien par rapport à Sarah, une des deux protagonistes de Respire, premier film de Mélanie Laurent, qui fait décidément toujours prevue de beaucoup de talent dans tout ce qu’elle entreprend. Un film sur l’adolescence dur et cruel, mais globalement bien maîtrisé.
Respire se démarque par une scénario au tempo parfaitement ajusté. Il n’y a rien de vraiment inattendu dans ce film, à part le dénouement sur lequel je reviendrai, mais il se déroule de manière assez intelligente et subtile pour que la tension narrative soit toujours particulièrement forte. Cette histoire d’amitié qui tourne à la relation malsaine et destructrice est un modèle de construction dans la progressivité d’une évolution que l’on sait inéluctable (sinon il n’y aurait pas de film), mais qu’on aurait envie à chaque instant d’arrêter.
Respire est aussi l’occasion de confirmer le grand talent de deux jeunes actrices. Celui de Lou De Laâge, qui a déjà eu l’honneur d’une nomination aux César du Meilleur Espoir Féminin pour son rôle dans Jappeloup, et qui est absolument terrifiante dans ce rôle. Mais la vraie révélation de Respire reste Joséphine Japy, que l’on avait déjà remarquée dans le Moine et en dans le rôle de France Gall dans Cloclo. La réussite de ce film doit beaucoup à ses deux actrices, mais on peut évidemment souligner la direction remarquable de Mélanie Laurent.
On peut cependant émettre deux petites critiques à propos de Respire. Tout d’abord, si le propos est parfaitement construit, il cosntitue au final un spectacle un peu voyeur et sadique. Certes, il retranscrit parfaitement la cruauté que revêt parfois l’adolescence, mais ne va guère au-delà du constat et de la reconstitution méthodique et exhaustive. Ensuite, le dénouement m’a laissé quelque peu circonspect. Evidemment je n’en dirai rien et je laissera à chacun le loisir de se faire sa propre opinion.
LA NOTE : 12/20




On enchaîne avec Wu Lyf et l’album Go Tell Fire to the Mountain. Il s’agit d’un groupe anglais, guère plus renommé de ce côté de la Manche que l’artiste précédent. Leur nom vient des initiales de World Unite Lucifer Youth Foundation… Rien que cela ! Ils nous proposent un rock maîtrisé et assez propre sur lui. La partie vocale a quelque peu tendance à se transformer en cri un rien éraillé et les mélodies sont parfois lancinantes. Bref, tout cela manque passablement de relief et aucun titre n’arrive réellement à décoller.
On termine avec la plus intéressante de ces trois découvertes. TV on Radio et leur album Nine Types of Light. Il s’agit d’un groupe américain aux influences très diverses. Cet album mélange d’ailleurs allégrement rock et électro. Les titres sont parfois assez déstructurés mais toujours variés pour un résultat qui retient très souvent l’intention et titille la curiosité de l’auditeur. Le travail sur la voix est aussi très intéressant, alternant une voix profonde qui entre souvent en dissonance par rapport à la mélodie et une voix plus aiguë mais aussi plus mélodieuse. Pas de chef d’œuvre ici, mais un album qui mérite qu’on lui consacre un peu d’attention.
La réussite tient aussi à la réalisation tout en sensibilité de Cédric Anger. La Prochaine Fois Je Viserai le Coeur n’est pas dénué de qualités esthétiques, mais elles restent toujours au service du propos et des personnages. La caméra est là pour nous faire partager des sentiments, aussi incompréhensibles soient-ils, non pour donner un caractère spectaculaire. Tout cela contribue à ce que le film soit parcouru tout du long par une réelle intensité narrative, bien que l’on se doute bien comment tout cela va finir. Une belle réussite cinématographique donc.
On peut déjà l’aimer pour le reste du casting. C’est avec un petit pincement au cœur quand l’on voit à l’écran James Gandolfini, malheureusement décédé depuis et qui nous rappelle ici pourquoi on le regrette. Matthias Schoenaerts confirme de l’autre côté de l’Atlantique tout le bien que l’on pensait de lui sur le Vieux Continent. Ce chemin, Noomi Rapace l’a fait depuis quelques temps déjà, toujours avec bonheur. Mais Quand Vient la Nuit marque surtout les débuts américains de Michael R.Roskam, le réalisateur belge du fantastique Bullhead (mon film de l’année 2011 rappelons-le). Des débuts un peu mitigé donc, mais qui montre tout de même qu’il n’a pas perdu son sens de l’ambiance et de la réalisation. Il sait toujours faire des films noirs et on attend avec impatience le prochain !
Mais au-delà de cette réserve, Une Nouvelle Amie se caractérise quand même avant tout par un scénario remarquable, beaucoup plus intéressant que le laissait supposer la bande-annonce. Il propose une vraie matière à réflexion, évite tous les clichés et n’enfonce jamais de portes ouvertes. C’est aussi l’occasion de rendre compte une nouvelle fois de l’immensité du talent de Romain Duris, véritablement étonnant dans ce rôle difficile.
Mais voilà, le scénario d’Interstellar souffre d’un gros défaut. On devine le dénouement beaucoup trop vite. L’habitude de semer des indices se retourne contre Nolan, car cette fois il dévoile de manière trop évidente là où il veut nous emmener. Du coup, la tension narrative ne porte plus que sur le comment on va arriver à destination, et se retrouve ainsi considérablement atténuée. Si cela n’est pas gênant pour une comédie romantique, cela nous empêche ici d’être totalement passionné, d’être totalement immergé dans le spectacle proposé, oubliant que l’on est simplement dans un fauteuil de cinéma. De plus, on peut ajouter à ça des ultimes minutes un peu longues et superflues.
Sur la forme aussi, ’71 n’a rien de révolutionnaire. La réalisation est propre et soignée. Elle est avant tout au service de l’histoire, sans effets esthétiques superflus. Elle arrive néanmoins à créer une certaine tension et une ambiance assez immersive. Tout cela fait que l’on regarde ce film avec un intérêt soutenu, mais sans réel enthousiasme. Il lui manque peut-être un petit peu d’émotion pour vraiment prendre une dimension supplémentaire.
Bande de Filles nous propose un casting assez étonnant, composé de jeunes actrices plus formidables les unes que les autres, avec au premier rang d’entre elles Karidja Touré, qui fait là une première apparition à l’écran particulièrement remarquée. Elle bénéficie évidemment du très beau travail de direction et de mise en scène de Céline Sciamma, qui soigne aussi bien la forme que le fond. On regrettera juste une petite tendance à allonger plus que nécessaire les scènes qui donne parfois un aspect contemplatif au film et qui n’est jamais loin d’essouffler le propos. Mais on est plongé assez profondément dans l’histoire pour ne pas en ressortir pour si peu.
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