DOUBLE PEINE

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hosnimoubarakHosni Moubarak va donc encourir la peine de mort à son procès. Cette nouvelle ne constitue pas vraiment une surprise, mais l’occasion d’une réflexion sur ce châtiment qui a disparu de nombreux pays. Comme pour Saddam Hussein auparavant, on reste forcément partagé entre deux sentiments.

Bien sûr, il y a le rejet de cette sanction suprême que l’on peut assimiler à un acte de barbarie, aussi légal soit-il. En se donnant le droit d’ôter la vie, la société (sans parler du pouvoir direct des dictateurs) se met au niveau des hommes qu’elle juge. Elle commet un acte de vengeance, non de justice et justifie quelque part le crime qu’elle cherche à condamner. Plus qu’un combat moral, l’abolition est un enjeu de civilisation.

Du coup, on pourrait être tenté de mener ce combat au profit d’un homme comme Hosni Moubarak, dont le procès et l’exécution, si elle a lieu, aura droit à tous les feux médiatiques. Si ce combat vaut peut-être le coup d’être mené dans l’absolu, il pose aussi la question pourquoi tout à coup quelque chose nous mobilise. Tous les causes qui méritent d’être défendues doivent l’être. Mais il y en a tellement qui sont ignorés par le grand public et les médias. Le degré d’attention par ces derniers n’est en rien proportionnel au réel degré d’injustice. Combien de dissidents chinois ou iraniens meurent exécutés dans un indifférence mondiale totale ?

La question n’est donc pas de savoir si Hosni Moubarak mérite d’être sauvé. Personne n’est en droit de porter un tel jugement et c’est pour ça que son exécution reste injustifiable. Simplement, en sachant que l’on ne peut offrir son énergie, son temps, son attention à tous les combats, on se doit de bien réfléchir à la manière dont on les emploie. Et le faire que si un sujet fait la une des médias ne constitue sûrement pas le meilleur des critères. Il ne s’agit pas de jeter la pierre à tous ceux qui ont donné pour le tsunami ou ceux qui ne signent un chèque que pour le Téléthon. Si c’est ça ou rien, le choix est vite fait. Peut-être que cela ne constitue qu’une façon de se donner bonne conscience, mais après tout, c’est mieux que rester insensible à tout. Cependant, on sait bien que ce n’est pas ainsi que l’on résout le fond des problèmes et que l’on change vraiment le monde.

Eviter la mort d’un homme n’a pas de prix. Mais l’éviter pour en laisser mourir des centaines d’autres sans s’émouvoir plus que cela pose quand même un vrai problème moral. Un problème sûrement insoluble.

CHAIN LETTER (Brooke Valentine) : Pour les popotins qui ont envie de bouger

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chainletterbrookevalentineVous en réclamiez, en revoilà ! Voici venu un nouvel avis spécial musique de pouffes ! Un avis pointu qui plus est puisque avant de me procurer cet album, j’avoue que j’ignorais tout de cette arti…enfin de cette chanteuse, à la plastique très chaleureuse, mais qui n’est pas non plus dénuée de talent. Voici donc Brooke Valentine avec son album Chain Letter.

Qui est donc cette charmante jeune femme ? Elle est née en 1984 à Austin, Texas. Elle a fait ses débuts au sein du groupe absolument pas célèbre, Best Kept Secret. Puis, elle se lance dans une carrière solo avec ce premier album, sorti en 2005. Il marchera relativement bien aux Etats-Unis. Suivront deux nouveaux singles en 2006, censés être les premiers extraits d’un second CD. Ces derniers feront un bide et Virgin annulera la sortie de l’album, qui n’existe qu’en version pirate.

Bon alors, succès mérité ou bien disparition salutaire ? A l’écoute de Chain Letter, j’opterai plutôt pour la première option. Pourtant, l’album peut faire peur dans un premier temps, avec un titre hip-hop assez lourdingue, même si on se surprend à taper du pied. Puis, au fur et à mesure des titres on est plutôt agréablement surpris. Non pas qu’ils soient d’une qualité exceptionnelle, mais au moins, il y a une certaine variété. On passe d’un univers hip-hop, au pur r’n’b, en passant pas un son plus rock ou plus électro. Ca rappelle parfois Jennifer Lopez, parfois Pink. Si on est méchant on dira que c’est du sous-Jennifer Lopez ou du sous-Pink, mais je suis un gentil garçon.

En effet, il faut être honnête le caractère entraînant des titres de Chain Letter a plutôt très bien fonctionné sur moi. Certes, je suis un grand spécialiste de la musique de pouffes (enfin paraît-il, moi je déments formellement…), mais tout de même, l’envie de taper du pied fut toujours réel. A défaut d’être génial, il y a chez Brooke Valetine le minium d’énergie et de conviction pour que sa musique se laisser écouter, tel un divertissement musical qui ne fait pas mal à la tête, mais qui peut accompagner ceux qui ont envie de bouger leur popotin.

Il est difficile de ressortir un titre plutôt qu’un autre sur ce Chain Letter. En effet, il n’y a rien de vraiment original ou personnel. Il y a des titres mieux maîtrisés que d’autres, mais on connaît toujours plusieurs artistes qui font mieux dans le même genre. On citera tout de même Blah-Blah-Blah, titre r’n’b, Cover Girl, plus sensuel et Millions Bucks plus rock. En fait, le titre le plus symptomatique reste sans doute Playa qui sans être génial arrive vraiment à nous donner envie de danser. Et ça c’est déjà pas mal !

Il est parfois difficile d’expliquer un succès ou un échec. La disparition de Brooke Valentine du paysage musical n’a pas foncièrement bouleversé ce dernier. Mais il y a bien des chanteuse estampillée « musique de pouffes » qui arrivent à durer en ayant un répertoire bien plus limité.

Pour finir, un petit tour des morceaux que l’on trouve sur Chain Letter.

1.: Girlfight – Big Boi
Un titre hip-hop, plutôt martelé, mais très entraînant.

2.: Taste of Dis, Taste Of Dis (explicit version)
Un morceau bien maîtrisé, mais qui manque un tantinet de peps et de fantaisie.

3.: Long as You Come Home
Un morceau plus sexy et sympa.

4.: Blah-Blah-Blah – McGirt, Dirt
Plus mélodique, ce titre r’n’b fonctionne plutôt bien.

5.: Cover Girl
Plus lent et sensuel, ce morceau classique est plutôt bon.

6.: Playa – Dupri, Jermaine
Un titre très dansant, pas forcément génial, mais qui donne envie de taper du pied.

7.: Ghetto Supastarz, Ghetto Superstarz (explicit version)
Un morceau très hip-hop, mais avec une vraie mâitrise et beaucoup d’énergie.

8.: Tell Me Why? (You Don’t Love Me), Tell Me Why You Don’t Love Me (explicit version)
Un titre qui tourne un peu en rond et lancinant.

9.: Million Bucks – Queenz Deliz
Sonne presque comme du Pink, mais avec une voix plus chaude.

10.: I Want You Dead
Une ballade sensuelle, mais qui ne transmet guère d’émotion.

11.: Dying of a Broken Heart
Entraînant et sexy pour un résultat pas mal du tout.

12.: Pass Us By
Un titre r’n’b interprété avec convicton et énergie.

13.: Laugh Til I Cry, Laugh Til I Cry (explicit version)
Une ballade mélancolique, propre, mais très classique.

14.: American Girl
Un refrain entraînant pour un titre dans la lignée du reste de l’album.

15.: Whatcha Lookin At
Un morceau pas très intéressant pour finir.

LA COURSE EST LANCEE

francoishollande

francoishollandeMaintenant que le foie gras est digéré et le champagne définitivement transformé en sucre par notre organisme, le feuilleton qui va nous passionner pour plusieurs mois peut commencer. Je parle bien sûr de la campagne des présidentielles. Je ne parle pas par contre de la polémique débile du jour, dont l’importance médiatique est proportionnelle à son manque d’intérêt. Et puis franchement, depuis son « Casse-toi pauv’con ! », Sarkozy et sa bande pourraient faire profil bas. Enfin soyons honnêtes, la situation serait inversée, tout le PS sonnerait la charge !

La bonne nouvelle est que le réveil a été sonné par François Hollande. On lui reprochait une certaine discrétion depuis la Primaire. Le voilà le premier à sonner l’offensive par une tribune dans Libération qui a fait beaucoup de bruit. Bien sûr, le programme n’est toujours pas là. Mais le candidat socialiste a tout à fait raison d’attendre. Il continue à surfer sur les sondages sans l’avoir dévoilé. Sa présentation donnera une impulsion décisive à sa campagne et plus elle sera proche de la dernière ligne droite, plus elle donnera un élan qui pourra le porter en vainqueur jusqu’à la ligne d’arrivée. Le rendez-vous donné à la fin du mois dicte le calendrier de la compétition et tant que François Hollande en gardera le contrôle, il sera difficile à détrôner.

En face, on fait mine de ne rien voir. En effet, on travaille, on gouverne, on est les grandes personnes, sérieuses et appliquées, avec mieux à faire que mener une campagne. Bien sûr, il s’agit d’une stratégie de campagne. Pourtant, on peut s’interroger sur sa pertinence à double titre. Déjà, le couplet « je travaille » a déjà été expérimenté par Edouard Balladur avec le succès que l’on sait. Gouverner et mener campagne sont deux choses bien distinctes et vu son retard, Nicolas Sarkozy ne devra pas tarder à endosser définitivement le costume de candidat.

Le deuxième point d’interrogation reste la nature du travail qui est mené, avec le retour sur le devant de la scène de la « TVA sociale ». Son évocation avait réussi à faire perdre à la droite au moins 50 sièges entre les deux tours des dernières législatives. Il est particulièrement étrange de la voir ressortir si près d’une telle échéance électorale. En fait, elle est révélatrice de la stratégie de Nicolas Sarkozy. Il sera très certainement le candidat des mesures impopulaires, gage de sérieux… Mais de là à ce que ça le rende populaire…

Les autres candidats eux doivent occuper l’espace médiatique tant qu’ils en ont encore le temps. A mesure que l’on se rapproche du premier tour, en dehors du temps de parole censé être équivalent pendant la campagne officielle, plus l’attention se focalisera sur le duel Hollande-Sarkozy. Si un troisième homme doit émerger, c’est maintenant qu’il doit le faire. Marine Le Pen semble avoir laissé passer sa chance, n’ayant pas réussi à capitaliser sur sa popularité de l’automne. Seul Bayrou semble en mesure de réellement jouer ce rôle. Mais la recette de 2007 pourra-t-elle encore fonctionner ?

En tout cas, la course est lancée. Elle sera encore longue et une surprise n’est jamais à exclure.

2012 NOUS VOILA !

2012

2012Puisqu’on ne peut pas toujours faire dans l’originalité, je vais donc vous présenter mon traditionnel billet de début d’année. Le passage d’une année à l’autre est généralement le moment choisi pour faire le bilan de celle écoulée et de contempler les perspectives pour celle qui suit. La question est pourquoi ne pas s’adonner à ce genre d’exercice un 14 mars ou 27 octobre… Tout simplement parce qu’on a énormément de champagne et de foie gras à digérer, alors on n’est pas  vraiment capable de faire grand chose.

2011 fut une année assez exceptionnelle pour moi puisqu’elle n’aura compté que quelques jours de célibat. Donc niveau score, ce n’est pas terrible, mais je vais peut-être inventer un bonus pour les relations de longue durée, histoire d’exploser mon record. A la fois, c’est l’avantage de s’adonner à un jeu dont on a inventé les règles, on peut toujours les modifier à sa guise. De toute façon, personne ne comprend ce que je suis en train de raconter. Enfin, certains diront que 1 an, ce n’est pas encore tout à fait une relation de longue durée, mais à l’échelle de ma propre existence, c’est une première. Non, je n’ai pas dit que c’était une éternité…

2011, ce fut aussi la crise, la crise et encore la crise… Bon là, j’espère que vous avez compris que je ne parle plus de ma vie sentimentale… Bref, une année où on n’a pas beaucoup ri en regardant le 20h. Heureusement, il y a eu Lionel Messi, nos handballeurs, nos footballeuses, Jerémy Stravius et Camille Lacourt. Bref, peut-être qu’un jour, j’achèterai le Monde en plus de l’Equipe, mais c’est sûr que ça me donnera moins souvent le sourire.

2011, ce fut, un peu comme chaque année en fait, plein de petits moments de bonheurs partagés (ou non en fait… non je ne parle pas de masturbation !), de nouvelles rencontres, l’occasion de voir ceux qu’on ne voit pas souvent (tout en se disant qu’il y’en a beaucoup d’autres qu’on aimerait enfin revoir). 2011 aura vu quelques belles naissances (même si je n’ai pas pu encore rencontrer Yannick et Anna-Livia en vrai !). Quelques au-revoir aussi…

Mais bon, assez parlé du passé, le sujet de ce billet, c’est avant tout 2012. Voilà une année tout aussi exceptionnelle qui s’annonce. Bon, déjà parce qu’elle bissextile… Ok, c’est un détail, même si pour moi, ça va se traduire par un jour de congé en plus. En fait, elle va comporter deux grands évènements majeurs !

Tout d’abord, évidemment, comme pour tout bon socialiste, 2012 sera pour moi une année de grand militantisme. De grand espoir aussi. Bon, ce n’est pas tant que l’élection de François Hollande changera fondamentalement la face du monde, mais que cela constituera au moins un pas dans le bon sens. Après tous les pas dans le sens opposé qu’a fait Sarko, ça serait au moins l’occasion d’avoir une société plus apaisée et un peu plus juste (rien que fiscalement, ça serait déjà pas mal). Pour moi, tout cela va surtout se traduire par beaucoup de samedi matin à tracter sur les marchés et quelques réveils pour distribuer des distribution à la gare. Je ne sais pas si cette énergie servira vraiment à quelque chose, mais voilà une cause qui mérite qu’on la déploie.

2012 est aussi une année de Jeux Olympiques !!! C’est nettement plus futile, mais cela reste pour moi un concentré de bonheur sur 15 jours. Après, il faudra négocier avec les autres parties éventuelles le fait de rester devant la télé pendant deux semaines entre fin juillet et début août. Et ça, ça ne va pas être facile… Mais bon, je ne perds pas espoir parce qu’à part ceux de Sydney dont je n’ai quasiment rien retiré, je garde toujours un souvenir ému de ces quinzaines qui restent de formidables machines à souvenirs.

Pour rester dans la futilité sportive, 2012 sera évidemment  l’année d’un nouveau titre de champion de France pour le Paris-Saint-Germain… ou pas. Mais enfin après, 18 ans d’attente (putain 18 ans !!!!), on n’est prêt à passer outre tous ses principes de moralité et d’éthique pour voir toutes ces années d’encouragements inconditionnels, même quand tout allait mal, enfin récompensés. Bref, s’ils ne le font pas pour l’argent du Qatar, qu’ils le fassent au moins pour moi !

Enfin pour 2012, je me souhaite évidemment du bonheur, de la réussite professionnelle, de l’argent, des femmes faciles… Ah non, merde, je ne suis plus célibataire, il faut que je change ma liste habituelle… Ah bah désolé, c’est dur de s’y faire, je débute… Je me souhaite aussi plein de bons films parce que je compte bien continuer à aller autant au cinéma alors ce n’est pas pour aller voir des merdes !

Bref, bonne année à tous !

WE ARE FOUR LIONS : Entre 1er et 12ème degré

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wearefourlionsafficheLe cinéma anglais se plaît à régulièrement mêler sujets sociaux et comédie. Après tout, il n’y a pas que les gens riches et heureux qui ont droit de rire et de faire rire, tant que ce n’est pas à leurs dépends. We are Four Lions se situe dans cette veine. Sauf que cette fois les prolétaires sont des apprentis terroristes que le film s’amuse à nous dépeindre comme une belle brochette d’abrutis.

Omar rêve de devenir un vrai jihadiste et de commettre un attentat retentissant au cœur de Londres. Pour cela, il part même dans un camp d’entraînement au Pakistan. Il en reviendra en quatrième vitesse après avoir malencontreusement fait exploser un chef religieux en cherchant à abattre un drone de l’armée américaine. Il ne se décourage pourtant pas, bien que ses complices n’aient rien d’une équipe de choc compétente et efficace.

We are Four Lions est visiblement un film au budget limité, cherchant avant tout à exploiter jusqu’au bout la bonne idée de départ. Faire d’un groupe terroriste un objet de dérision constitue un point de départ assez audacieux. Je ne discuterai pas ici si ce genre de procédé est légitime pour combattre ce genre d’extrémisme. Le rire peut accomplir de grand chose, mais je ne suis pas sûr qu’il faut voir dans ce film autre chose qu’une histoire qui cherche simplement à divertir, même si les auteurs ont sûrement voulu afficher une certaine forme de résistance face à un mouvement qui cherche avant tout à se nourrir de la peur.

We are Four Lions provoque quelques moments de franches rigolades. Mais ce de manière un peu intermittente. C’est vraiment là la plus grande limite de ce film qui restera un objet de curiosité sympathique, mais peut-être pas un film culte. En fait, il pêche surtout au début à la fin. Si la préparation de l’attentat par cinq bras cassés constitue un vrai moment de bravoure, en particulier la manipulation des explosifs, l’introduction et surtout la conclusion restent beaucoup plus brouillonnes. Le dénouement est partagé entre comédie et drame et Christopher Morris semble hésiter entre les deux tons, sans trouver le bon. Du coup, cela donne un résultat assez bancal et le spectateur n’arrive vraiment à rire, ni à être ému ou choqué.

L’humour de We are Four Lions est un mélange de premier et de douzième degré. Certains gags ou situations provoquent de vrais éclats de rire. Mais ils restent relativement peu nombreux au regard du comique de situation qui englobe tout le film. Là encore, Christopher Morris semble avoir un peu de mal à se situer parfois. Il y a donc pour tous les goûts, même si personne ne sera totalement satisfait. Le tout est mis en image par une réalisation qui tient plus du bon téléfilm que du grand 7ème art. Mais bon, dans ce genre de film, ce n’est pas forcément gênant, même si cela contribue à une impression générale que l’idée de base a été exploitée de manière inaboutie.

wearefourlionsWe are Four Lions séduit tout de même grâce à ses personnages. C’est sans doute ce qu’il y a de plus troublant dans ce film. Car en se moquant d’eux, le film arrive à rendre cette bande de vrais imbéciles presque sympathiques et attachants. En effet, il ne s’agit pas de vrais méchants qui font peur, mais plus des victimes de leur propre stupidité. On a du mal à les prendre au sérieux. C’est pourquoi la fin laisse un goût bizarre, car on se rend quand même finalement compte de qui ils sont vraiment.

Cette bande de bras cassés est interprétée par des acteurs qui à défaut d’être géniaux, s’en donnent à cœur-joie. Riz Ahmed tient le haut de l’affiche, déjà parce qu’il interprète le rôle principal, mais aussi parce que son rôle est sans doute le plus subtil et le plus intéressant. Nigel Lindsay interprète l’autre principal élément comique de We are Four Lions et parvient souvent à nous faire rire. De manière générale le casting représente une des grande force de ce film.

We are Four Lions présente donc bien des défauts, mais est d’une originalité assez radicale pour qu’on prenne plaisir à partager un moment avec ces bras cassés du terrorisme.

Fiche technique :
Production : Warp films, Film4, Wild Bunch
Distribution : UFO distribution
Réalisation : Christopher Morris
Scénario : Jesse Armstrong, Sam Bain, Christopher Morris, Simon Blackwell
Montage : Billy Sneddon
Photo : Lol Crawley
Décors : Dick Lunn
Durée : 105 mn

Casting :
Riz Ahmed : Omar
Benedict Cumberbatch : Edmund
Kayvan Novak : Waj
Nigel Lindsay : Barry
Craig Makinson : Matt
Peeya Kalidas : Sophia
Asher Ali : Hassan

TEN FEET HIGH (Andrea Corr) : Montagnes russes irlandaises

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tenfeethighandreacorrVous avez aimé les Corrs ? Ce groupe irlandais, composé de trois sœurs et leur frère et qui nous proposait des ballades celtiques à grand coup de violon. Et bien, vous n’aimerez pas forcément Ten Feet High, le premier album solo d’Andrea, sorti en 2007, peu après que le groupe se soit accordé une pause qui dure toujours. En effet, il sonne très différemment à une ou deux exceptions près.

Si Andrea Corr s’est offert le luxe d’un début de carrière solo, c’est parce qu’elle était la chanteuse principal du groupe. Bref, on aurait pu facilement dire que c’est un peu la Beyonce de The Corrs. C’est aussi la plus jeune et la plus petite de la famille, on peut donc comparer également à Michael Jackson. Espérons pour elle qu’elle connaisse une autre fin. Comme en plus, elle écrivait la majorité des textes, on aurait pu imaginer que sa musique soit exactement identique à celle du groupe. Mais visiblement, son envie de faire un bout de chemin musical seule n’a pas que des motivations égocentriques.

Ten Feet High a connu un succès infiniment inférieur à celui de The Corrs. Il a notamment fait un bide complet en France. Il faut dire que les fans ont pu être décontenancés par cette musique qui sonne parfois très électro, en passant par le r’n’b, le rock et la pop. En fait, l’album est un mélange de sonorités très diverses et son sent vraiment une volonté pour la chanteuse d’explorer de nouveaux territoires artistiques. C’est une intention très louable de la part d’Andrea Corr, même si la réussite n’est pas toujours au rendez-vous.

Ten Feet High commence en fait très doucement. Les quatre première plages ne donnent pas forcément envie de continuer plus loin. C’est propre et bien posé, mais cela manque franchement d’épaisseur et de conviction. Les mélodies tournent en rond et on a parfois l’impression d’entendre une intro qui tourne en boucle sans jamais atteindre le premier couplet. Bref, on se dit que cela continue comme ça, on va s’ennuyer ferme.

Puis Andrea Corr revient aux fondamentaux avec le morceau qui a donné son titre à l’album, Ten Feet High donc, qui aurait pu tout à fait sortir d’un album des Corrs. Retrouvant un champ qu’elle maîtrise à la perfection, elle est tout de suite beaucoup plus à l’aise et arrive enfin à transmettre quelque chose à l’auditeur. Ensuite, elle continue à sauter d’un genre musical à l’autre, mais avec beaucoup plus de bonheur. On se prend alors à espérer que l’album continue ainsi crescendo. Malheureusement, il connaît un léger trou d’air entre This is what it’s all about et Stupidest Girl in the Wold.

Ten Feet High est donc un album qui fait un peu les montages russes. Du coup, on a du mal à s’enthousiasmer complètement. Surtout que les sommets atteints ne sont pas non plus stratosphériques. Ce n’est pas forcément lié au fait qu’Andrea Corr ait exploré des univers nouveaux car dans chacun il y a du bon et du moins bon. Simplement, on ne retrouve pas la même synergie qu’avec The Corrs. Remarquez, le seul album du groupe que j’ai jamais écoute jusqu’au bout ne m’a pas non plus laissé un souvenir impérissable.

On félicitera donc Andrea Corr pour sa volonté de quitter le chemin tout tracé sur lequel elle cheminait de succès en succès. Mais si la prise de risque est à saluer, le résultat est lui beaucoup plus mitigé.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Ten Feet High.

1.: Hello Boys
Entre rock, électro et r’n’b pour une ambiance assez sombre.

2.: Anybody There
Titre un peu lancinant, qui ressemble à une intro sans fin.

3.: Shame on You (To Keep My Love from Me)
Titre électro-rock qui tourne un peu en rond.

4.: I Do
Une chanson épurée, mais la voix n’a pas suffisamment de personnalité pour assurer à elle-seule l’intérêt du titre.

5.: Ten Feet High
Plus proche de ce que faisaient the Corrs, une pop mélodique pas mal du tout.

6.: Champagne from a Straw
Plus jazzy et plus entraînant.

7.: 24 Hours
Un morceau plus sucré, mais bien sympa.

8.: This Is What It’s All About
Une ballade épurée, mais qui manque un peu d’émotion.

9.: Take Me I’m Yours
Un titre électro-rock un rien sinistre.

10.: Stupidest Girl in the World
Pop symphonique qui manque d’ampleur.

11.: Ideal World
Sonne à nouveau comme The Corrs et c’est à nouveau assez bon.

12.: Shame on You (To Keep My Love from Me)
Reprise de la plage 3 dans une version beaucoup plus électro… et bien meilleur pour le coup.

PALMARES 2011

thetreeoflife
thetreeoflifeRappel : ce palmarès regroupe tous les films auxquels j’ai mis la note maximum sur le site Ciao.fr où je publie mes critiques.
 
Un palmarès resserré cette année, puisque j’avais fait figurer 28 films en 2009 et 23 films en 2010. Cette année seulement 13, mais avant tout parce que j’ai décidé d’être plus impitoyable et de ne donner la note maximum qu’aux films auxquels je n’avais vraiment rien à reprocher. Du coup, sont éjectés du palmarès des films comme Le Discours d’un Roi (que je trouve traversé par un grand trou d’air narratif entre un début et une fin très réussis) et surtout Drive, pour beaucoup le meilleur film de 2011, mais que j’ai trouvé trop froid pour être totalement enthousiaste.

En tête, la Palme d’Or, The Tree of Life, qui confirme que la Croisette sacre des films qui ne laissent pas indifférents, tant l’œuvre de Terrence Malick a divisé critiques et spectateurs. Derrière lui, un formidable tir groupé du cinéma français qui a connu une année faste :5 films sur 13 au palmarès dont 3 dans les 4 premiers. Le cinéma européen occupe d’ailleurs plus de la moité du palmarès (7 films sur 13) avec les renforts de l’Italie et de l’Espagne. Le cinéma asiatique est absent, mais plusieurs films coréens ont été tout près d’intégrer le classement. On pourra noter l’absence de film d’animation, mais celle tout de même de deux films de genre : Insidious et Sucker Punch.

 
laguerreestdeclaree2011 fut une année difficile pour les grands réalisateurs américains : Clint Eastwood, les frères Coen, Steven Spielberg, David Cronenberg, Jean-Jacques Annaud sont absents du palmarès malgré des films à l’affiche. Seul Martin Scorcese tire son épingle du jeu avec une formidable déclaration d’amour au cinéma, accueilli froidement par une critique qui a depuis longtemps perdu son âme d’enfant. Y aurait-il une transmission de flambeau à une nouvelle génération qui avait déjà dominé le palmarès 2010 avec Chistopher Nolan (Inception) et David Fincher (The Social Network) ? 2012 permettra peut-être de le savoir définitivement…
 
Bref une année cinématographique s’éteint, une autre tout aussi passionnante s’éveille.
 
1-The Tree of Life
Un film peut-être difficile d’accès, mais qui offre des moments de grâce cinématographique absolue. Une Palme d’Or méritée donc.
 
2-La Guerre est Déclarée
Un sujet difficile mais traitée avec une grande intelligence et une formidable imagination. Valérie Donzelli nous livre sa propre histoire, mais surtout un film formidable d’audace et d’émotion.
 
3-The Artist
Un film qui s’annonce comme un des plus gros succès du cinéma français à l’étranger. Il faut dire qu’en réalisant un film muet, Michel Hazanavicius s’est affranchi de la barrière de la langue. Un choix osé mais qui a débouché sur une étonnante réussite, portée par un Jean Dujardin entré définitivement dans la cour des très grands.
 
4-Polisse
Un film choc, qui fait passer du rire aux larmes de manière étonnante. Maïwenn peut agacer par certains choix esthétiques, mais elle nous offre un troisième moment d’audace, qualité qui a tant manqué au cinéma français depuis de longues années.
 
5-Le Complexe du Castor
Un film passé trop inaperçu, malgré un duo Mel Gibson – Jodie Foster absolument époustouflant. Le premier tient son meilleur rôle depuis… toujours et la seconde nous prouve qu’elle est au moins aussi brillante derrière que devant la caméra.
 
6-La Piel que Habito
Après plusieurs films moins convaincants et tournés vers les mêmes éternelles obsessions, Pedro Almodovar signe un nouveau grand film qui propose à la fois un scénario particulièrement réussi et une mise en images toujours aussi soignée.
 
7-Habemus Papam
Nanni Moretti signe là un petit chef d’œuvre d’humour et de réflexion humaniste. Un film qui critique vertement l’institution religieuse, mais apporte un regard neuf sur les hommes qui la font vivre.
 
8-Et Maintenant on va où ?
Une formidable fable sur la tolérance religieuse dans un Liban déchiré par les tensions entre Chrétiens et Musulmans. C’est drôle et dramatique, mais surtout délivre avec force un très beau message qui évite toutes les facilités.
 
9-Hugo Cabret
Un film sur l’enfance du cinéma, mais surtout sur la manière dont on tombe amoureux du cinéma dans son enfance. Un film pour cinéphiles, qui sauront voir au-delà de l’aimable divertissement familial qu’il est par ailleurs.
 
10-Sucker Punch
Je suis peut-être le seul à faire figurer ce film dans son top 10. Peut-être parce que film reprend à son compte des éléments générationnels très précis que la grande majorité considéreront comme de la sous-culture.
 
11-Intouchables
Le succès du box-office de l’année en France et peut-être même bientôt de l’histoire. Comme quoi le succès ne s’explique pas… Enfin il s’explique quand même avant tout par de formidables qualités qui font que cette comédie hilarante et intelligente a su toucher un très large public et fonctionne à la perfection.
 
12-Insidious
Un film de genre certes, mais un film de genre qui fait preuve d’une incroyable dextérité. On tremble du début à la fin, sans que jamais le film ne soit violent ou gore visuellement. Un cours magistral sur la manière de créer une tension à l’écran à partir d’éléments anodins.
 
13-Captain America
Le film de super-héros de l’année. Peut-être moins subtil que X-Men, le Commencement, il arrive à donner une crédibilité à un personnage né dans les années 40, avec un costume qui aurait pu facilement être ridicule à l’écran. Ce film réalise donc le tour de force de moderniser un des personnages les plus emblématiques de l’univers Marvel, tout en se montrant incroyablement fidèle au comics original. Le tout pour un divertissement de haut niveau.

LA DELICATESSE : Le cul entre deux chaises

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ladelicatesseafficheLa comédie romantique a longtemps été un genre totalement ignoré par le cinéma français. Pas assez profond, pas assez intellectuel très certainement. Puis les choses ont commencé à changer avec des films sympathiques comme L’Amour c’est Mieux à Deux ou la Chance de ma Vie et surtout un chef d’œuvre, l’Arnacoeur. La Délicatesse aurait pu être un nouvel bel exemple, mais en choisissant un ton plus sérieux, alors que le film n’a rien à dire, il gâche sérieusement le plaisir.

François et Nathalie ont tout pour être heureux. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont heureux. Mais la mort viendra frapper le jeune homme. Son épouse se plongera alors dans le travail et ne laissera plus d’homme entrer de près ou de loin dans sa vie pendant trois ans. Jusqu’au jour où, sans presque s’en rendre compte, elle embrasse un de ces collègues, alors que ce dernier n’a rien d’un apollon.

La Délicatesse commence sur un ton plutôt dramatique. Celui qui ignorerait tout du synopsis peut alors avoir des raisons de s’inquiéter, car ce n’est pas la mine de chien battu d’Audrey Tautou qui vous porte un film à elle toute seule. Puis enfin apparaît François Damiens. Et là tout s’éclaire. Son potentiel comique est immense et sa seule présence constitue une bonne raisons de se réjouir.

Commence alors une bonne heure de romance improbable, auquel, il faut bien l’admettre, on se prend à croire. On passe du rire à l’émotion, sans que ni l’un, ni l’autre n’atteigne jamais des sommets. La Délicatesse reste un peu le cul entre deux chaises, mais fonctionne quand même plutôt bien. On passe un bon moment et on rentre dans cette histoire. On est a pays des Bisounours, mais cela fait du bien et on a très envie de voir cet homme un peu pataud et pas très séduisant arriver à conquérir complètement cette femme qu’il trouverait inaccessible dans d’autres circonstances.

Et puis, soudainement, à une petite demi-heure de la fin, la Délicatesse arrête d’être drôle pour prendre un ton beaucoup plus sérieux, pour ne pas dire pédant. On a l’impression que les frères Foenkinos nous disent « bon assez rigoler, maintenant on va vous donner de la profondeur ». Sauf qu’expliquer que les mecs gentils et délicats, même s’ils ne sont pas très beaux, peuvent eux aussi séduire les plus belles femmes, ce n’est pas être profond, c’est nous livrer un cliché cinématographique des plus éculés. Du coup, le ton devient complètement inapproprié au propos et le film devient strictement sans intérêt.

ladelicatesseEn fait, la Délicatesse en ne choisissant pas pleinement le ton de la comédie met lui-même en lumière ses propres limites. François Damiens est largement sous-exploité et Audrey Tautou est incapable d’être au même niveau sur ce plan là. Au final, on assiste donc à un film bancal qui fait plus rire que sourire et qui ne convainc pas par ailleurs. On en ressort avec un léger sentiment de gâchis. Les frères Foekinos ont sûrement cherché à être fidèles à l’œuvre de David, mais ils ont du coup légèrement oublié d’en faire vraiment un film.

Le duo François Damiens – Audrey Tautou fonctionne donc très bien sur le plan des sentiments. Sur le potentiel comique, l’acteur belge écrase évidemment sa partenaire, même si on a vraiment le sentiment qu’il est sérieusement bridé par les choix de réalisations. Le reste du casting est sympathique, mais sans plus. Enfin, il y a Audrey Fleurot… Ah Audrey…

La Délicatesse nous prouve qu’en cette année faste pour lui, le cinéma français est encore capable de tomber dans ses pires travers en se prenant parfois beaucoup trop au sérieux.

 
Fiche technique :
Production : 2,4,7 Films, StudioCanal, France 2 cinéma
Distribution : StudioCanal
Réalisation : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Scénario : David Foenkinos, d’après son propre roman
Montage : Virginie Bruant
Photo : Rémy Chevrin
Décors : Maamar Ech-Cheikh
Musique : Emilie Simon
Costumes : Emmanuelle Youchnovski
Durée : 108 mn

Fiche technique :
Audrey Tautou : Nathalie
François Damiens : Markus
Bruno Todeschini : Charles
Mélanie Bernier : Chloé
Joséphine de Meaux : Sophie
Pio Marmai : François
Ariane Acaride : la mère de Nathalie
Christophe Malavoy : le père de Nathalie
Monique Chaumette : la grand-mère de Nathalie

THE BOY WITH NO NAME (Travis) : Rien de nouveau chez Travis

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theboywithnonametravisSavoir se renouveler est une qualité indispensable à qui veut connaître une longue et belle carrière musicale. Ce n’est malheureusement pas donné à tout le monde et ce n’est pas parce que l’on propose un son qui se démarque réellement de celui des autres que l’auditeur va avoir envie de l’écouter encore et encore pendant trente ans sans se lasser. Le groupe de pop-rock anglais Travis en est un très bon exemple. Ils sont apparus sur la scène musicale à une époque où la guerre Blur-Oasis faisait rage. Et s’ils ont réussi à ne pas séparer, ils font nettement moins la une. Leur album, The Boy with no Name permet de mieux comprenre pourquoi.

La musique de Travis se rapproche de celle de Keane, de Coldplay ou encore de The Verve. Bref du rock plutôt symphonique, porté par une voix assez unique et reconnaissable. Celle de Francis Healy est effectivement assez originale, peut-être parce qu’on distingue bien son accent ecossais, et peut donner de très beau résultat quand elle est correctement expoitée. On se souvient notamment de quelques très beaux singles, comme All I Want to Do is Rock ou encore Sing. Mais depuis, on attend leur successeur et un nouveau titre vraiment marquant. Il reste malheureusement absent de The Boy with no Name.

The Boy with no Name n’est pas du tout un mauvais album en soi, loin de là. Simplement, pour ceux qui, comme moi, possèdent déjà un ou plusieurs albums du groupe dans leur discothèque, ils ressentiront une réelle forme de déjà entendu. La plupart des titres sont solides, entre ballades mélancoliques (certainement le genre où le groupe s’exprime le mieux) et pop un peu plus pêchu, mais rien de bien nouveau. Leur répertoire reste quand même relativement limité. Jamais d’envolée vraiment rock ou de vraiment moment où le groupe se lâche totalement. Du coup, on a l’impression qu’ils avaient déjà fait le tour de ce qu’ils savent faire avec leur premier album.

The Boy with no Name nous offre notamment une très belle ballade mélancolique (Closer), un très bon titre un peu plus pêchu que les autres (Eyes Wide Open) et un morceau très épuré avec beaucoup d’émotion (Out of Space). Bref toute la palette d’un rock mélodique. Toutes les plages de l’album se laissent écouter avec plaisir. Seuls Big Chair, One Night et New Amsterdam sont nettement plus en retrait. Mais trois titres moyens sur 12 (13 même avec le morceau caché), ça reste quand même un très bon score.

The Boy with no Name pourra donc séduire les amateurs de rock anglais qui n’étaient pas familier avec Travis. Je conseillerai plutôt d’écouter Good Feelings, leur premier album, mais encore une fois celui-ci est loin d’être mauvais. On est là face à un groupe qui a mérité son succès originel, mais aussi le fait qu’il ne soit plus un groupe phare de la scène musicale. On est ici face à un album propre, qui démontre un vrai talent et une vraie maîtrise, mais peut-être pas le génie créatif qui peut faire vraiment la différence. Travis est un groupe qui offre de très belles interprétations. Dans l’écriture, les limites se font déjà nettement plus sentir.

Une belle voix originale vaut bien un album. Plus d’un, c’est moins sûr.

Pour finir, faisons le tour des morceaux que l’on trouve chez The Boy with no Name.

1.: 3 Times And You Lose
Un titre très épuré, typique du groupe.

2.: Selfish Jean
Plus enjoué, avec un son très british, où toute la personnalité est apportée par la voix.

3.: Closer
Une ballade mélancolique… C’est encore ce que Travis sait faire de mieux.

4.: Big Chair
Un peu lancinant et transparent.

5.: Battleships
Une ballade avec plus de punch et de conviction.

6.: Eyes Wide Open
Un son plus rock, pas mal du tout !

7.: My Eyes
De la pop british bien maîtrisé.

8.: One Night
Une ballade pop sans grand intérêt.

9.: Under The Moonlight
Une duo sympa avec KT Tunstall

10.: Out In Space
Très épuré, beaucoup d’émotion pour un très joli résultat.

11.: Colder
Un morceau plus mélodique mais avec beaucoup de conviction.

12.: New Amsterdam
Une ballade pas hyper mélodieuse, suivi d’un titre pop enjoué très sympathique.

A DANGEROUS METHOD : Cronenberg moins à l’aise à la lumière

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adangerousmethodafficheA Dangerous Method de David Cronenberg est la dernière sortie cinématographique très attendue de 2011. Un sujet audacieux, un duo d’acteurs qui semblait être fait pour tourner devant la caméra du réalisateur canadien. Bref, beaucoup de promesses. Malheureusement, le film est loin de toutes les tenir.

Le docteur Carl Jung décide de s’inspirer des travaux révolutionnaires de Sigmund Freud pour soigner une patiente hystérique, Sabrina Spielrein. Très vite, les résultats sont probants et la jeune femme devient même son assistante… et plus. En même temps, il commence une correspondance avec le maître viennois de la psychanalyse. Ce dernier se révèle être une figure tutélaire enrichissante, mais aussi intransigeante.

Film historique sur les débuts de la psychanalyse, mais aussi récit classique de la relation entre un maître et son élève, A Dangerous Method brille par l’intérêt de son sujet. On prend plaisir à voir s’humaniser des personnages qui ont habité nos cours de philo et qui ont surtout été à l’origine d’un des bouleversements majeurs de notre perception de l’être humain. Sur le fond, notamment le conflit entre Freud, persuadé que tout se rapporte au sexe, et Jung qui veut élargir le champ de cette science nouvelle, le film est vraiment prenant et rend vivant des éléments qui étaient parfois rébarbatifs scolairement.

Mais David Cronenberg a échoué à insuffler le petit quelque chose qui aurait pu donner à A Dangerous Method une dimension supplémentaire. Car si l’aspect historique est parfaitement réussi, la description des relations entre les deux hommes et entre le docteur et sa patiente n’arrive pas totalement à nous passionner et à nous convaincre. Le propos est crédible, mais il manque une profondeur et une originalité qui auraient vraiment fait la différence. Que les grands hommes aient des relations ordinaires constitue certes déjà une thèse intéressante, mais peut-être pas suffisante pour en faire un film.

adangerousmethodA Dangerous Method est d’une forme extrêmement classique. Le sujet était pourtant très « cronenbergien », avec une exploration des faces cachées des personnalités humaines. Mais pris par la dimension historique, le réalisateur n’a pas su nous offrir son habituel regard sur la noirceur des âmes. La photographie reste élégante, la direction d’acteur parfaite, mais cela reste extrêmement lisse et lumineux, loin de l’ambiance sombre et inquiétante de Les Promesses de l’Ombre notamment. Les fans seront donc un peu décontenancés. Le style est peut-être plus accessible que d’habitude, mais il semblerait que le génie du Canadien s’y exprime avec moins d’aisance.

A Dangerous Method signe une nouvelle collaboration entre David Cronenberg et Viggo Mortensen. Les deux hommes se connaissent visiblement très bien et on ne pourra rien reprocher à l’interprétation. Surtout que le reste du casting se montre au niveau. Michael Fassbender conclue une année qui l’aura vu multiplier les apparitions dans des rôles parfois difficiles, mais en faisant preuve d’un talent constant et bien supérieur à la moyenne. Mais la plus grande surprise de ce film reste la performance de Keira Knightley que l’on n’attendait pas dans un rôle aussi physique avec autant de réussite. Enfin, on notera l’apparition d’un Vincent Cassel qui n’apporte pas grand-chose au propos, mais sans que l’acteur ne soit à blâmer.

A Dangerous Method ne conclue donc pas l’année cinématographique en beauté, comme on aurait pu l’espérer. Un film intéressant, mais qui est très loin d’exploiter pleinement le potentiel du sujet.

Fiche technique :
Production : Recorded Picture Company (RPC), Lago Film, Prospero Pictures
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : Christopher Hampton, d’après les oeuvres de Christopher Hampton et John Kerr
Montage : Ronald Sanders
Photo : Peter Suschitzky
Décors : James McAteer
Musique : Howard Shore
Directeur artistique : Nina Hirschberg, Frances Soeder, Anja Fromm
Durée : 99 mn

Casting :
Keira Knightley : Sabrina Spielrein
Viggo Mortensen : Sigmund Freud
Michael Fassbender : Carl Jung
Vincent Cassel : Otto Gross
Sarah Gadon : Emma Jung