LOIN DES YEUX, PRES DE L’AEROPORT

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loindesyeuxloinducoeurCe soir, je vais me rendre à une petite fête en l’honneur d’un couple d’amis qui partent vivre et travailler à Rome. C’est évidemment l’occasion de boire et manger, mais bon, il n’en reste pas moins que c’est toujours un peu triste de voir des amis s’éloigner. Mais bon, ça présente aussi quelques avantages.

Loin des yeux, loin du cœur, dit-on. Mais c’était avant l’invention de MSN, Facebook et autres Skype. Mais évidemment, rien ne remplace les moments passés réellement en présence des autres. Les conversations par ordinateurs interposés ne permettent pas vraiment de se forger des souvenirs en commun et jamais une réelle intimité. Et puis, en plus de ça, on ne peut même pas picoler ensemble, ce qui est quand même la base de toute relation amicale digne de ce nom ?

Cela va être mon troisième couple d’amis qui quittent le territoire. Ca commence à faire beaucoup, je pense que les prochains qui auraient cette idée, je les attache au radiateur. Non mais il faut arrêter maintenant, bientôt, si ça continue, je vais être obligé d’arrêter de boire ! Où va-t’on ?!

Bon, évidemment, il y a le très bon côté des choses. Le pied à terre qui vous tend les bras ! Et ce coup-ci, la destination est assez proche pour y faire honneur sans trop de difficultés. Parce que bon, le Sénégal et Madagascar, c’est bien, mais ça demande un peu d’organisation, de temps, sans même parler d’argent pour y aller. Rome au moins, même le temps d’un week-end, c’est parfait. Donc voilà, en fait, j’encourage mes amis à partir… mais pas trop loin !

 

EXIT STRATEGY OF THE SOUL (Ron Sexsmith) : Pour le repos des oreilles et de l’esprit

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exitstrategyofthesoulronsexsmithLe grand Ouest américain nous a donné bon nombre des plus grands songwriters country-folk. Mais un peu plus au Nord, ils savent également se défendre sur ce terrain. Ron Sexsmith est un auteur-compositeur canadien qui nous offre, avec Exit Strategy of the Soul, un bel album.

La musique de Ron Sexsmith fait souvent penser à ce que Paul McCartney nous a offert lors de sa carrière solo. Une musique assez simple qui navigue entre pop, folk et country. Par contre, au niveau de la voix, on a parfois l’impression d’entendre Thom Yorke, le chanteur de Radiohead, sans toutefois la même présence. Une voix qui navigue plutôt dans les aigus, claire et reposante. La musique de Ron Sexsmith n’a donc rien de révolutionnaire, mais ça ne lui enlève rien de ses nombreuses qualités.

Exit Strategy of the Soul se compose essentiellement de ballades et de quelques morceaux plus enjoués, mais qui restent relativement calmes. Cependant, les morceaux ne se ressemblent pas, sûrement à cause de la diversité des instrumentations que j’évoquais précédemment. Il n’y a pas vraiment de style Ron Sexsmith. Il navigue d’un genre à l’autre, sans jamais beaucoup s’éloigner, mais en proposant tout de même des morceaux toujours différents. Il y a quelques morceaux un peu plus pop sucrée, mais avec toujours un style un peu rétro, qui ne fera pas fuir les allergiques à la brit’pop pure et dure.

Exit Strategy of the Soul est très agréable à écouter. La qualité des morceaux est relativement homogène. Deux ou trois sont un peu plus en retrait, mais rien de bien méchant. A l’inverse, aucun titre ne se dégage vraiment. Qualité ou défaut, le débat reste entier, mais on ne pourra pas reprocher à cet album d’être globalement très bon. Alors certes, il ne tournera peut-être pas des heures en boucle sur votre platine, mais pour un moment de calme et de détente, il peut alors coller parfaitement à l’humeur du moment.

Exit Strategy of the Soul de Ron Sexsmith est donc à conseiller à tous ceux qui apprécient les bons albums folk-country, qui reposent l’esprit et les oreilles.

Pour finir, faisons le tour des morceaux que l’on retrouve sur Exit Strategy of the Soul.

1.: Spiritude (instrumental)
Courte introduction au piano

2.: This Is How I Know
Une jolie ballade, au style un peu rétro, et des faux airs de Paul McCartney.

3.: One Last Round
Un morceau plus gai et entraînant.

4.: Ghost Of A Chance
Une chanson plus country. La voix se fait ici plus grave et plus profonde.

5.: Thoughts And Prayers
Une ballade triste et mélancolique, pas pour le coup, un peu lancinante.

6.: Brandy Alexander
La voix est ici plus claire, pour un morceau tirant sur la pop sucrée.

7.: Traveling Alone
Une très bonne ballade rythmée entre folk et country.

8.: Poor Helpless Dreams
Un titre country enjoué et sympathique.

9.: Hard Time
Une ballade plus moderne, mais aussi un peu plus transparente.

10.: Impossible World
Un titre pop sucré, enjoué et rythmé.

11.: Chased By Love
Une ballade simple et épurée qui permet de profiter pleinement de la voix de Ron Sexsmith.

12.: Brighter Still
Un morceau qui manque quelque peu de conviction.

13.: Music To My Ears
Un mélange entre Mc Cartney et Radiohead.

14.: Dawn Anna (instrumental)
Courte conclusion au piano. 

MAM TOUCHE LE FOND, MAIS CREUSE ENCORE

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mamLe ciel s’obscurcit au dessus de la tête de notre Ministre des Affaires Etrangères, Michèle Alliot-Marie. Il est désormais beaucoup plus sombre que celui des plages de Tunisie, auxquelles elle et sa famille sont visiblement très attachées. Si la faute était regrettable, c’est sa ligne de défense qui rend son attitude inexcusable, tant est elle est pathétique.

Quand on se fait prendre la main dans le pot de miel, nier la gravité de la faute est déjà limite. Surtout quand cela prend la forme d’un « quand je suis en vacances, je ne suis pas ministre ». Cette phrase malheureuse dans l’absolue l’est encore plus quand on passe ses congés dans une dictature en passe de connaître un soulèvement populaire de grande ampleur. Mais on peut être éventuellement être indulgent avec la maladresse, aussi grossière soit-elle.

Par contre, le mensonge, c’est nettement plus impardonnable. De mentir déjà et surtout de ne pas imaginer que tout ce qu’on a tenté de cacher n’allait pas finir par sortir. Qu’imaginait-elle ? Que les journalistes portent tous des moufles ? Qu’on allait la croire sur paroles et ne pas chercher plus loin ? C’est une attitude puérile et indigne d’une ministre d’Etat. Sans parler même des faits qui lui sont reprochés.

Mais pour moi, le pire de tout fut les déclarations d’une député, dont j’ai oublié le nom et c’est tant mieux, qui pour défendre MAM a expliqué, le plus naturellement du monde, que tout cela était exactement comme quand vous organisez un covoiturage avec des amis quand vous partez en vacances. Donc, je résume voyager dans le jet privé d’un homme d’affaires véreux d’une dictature alors qu’on est Ministre des Affaires Etrangères, c’est exactement comme quand vous embarquez des potes dans votre vieille 206 pour aller faire du camping… Les bras m’en tombent.

Si après ça, certains hommes politiques s’étonnent encore de donner l’impression d’être coupé du reste de la société… c’est qu’ils le sont bel et bien. Pour le citoyen, quelque chose qui ne l’étonne plus, c’est que ce genre de personnes soient incapables d’apporter de vraies réponses aux problèmes qui se posent au Français moyen.

RIEN A DECLARER : Cette fois, le Titanic peut dormir tranquille

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rienadeclarerafficheRien à Déclarer est un film que je n’avais pas prévu de voir. Mais par la faute de tous ces vacanciers qui n’ont rien de mieux à faire que d’encombrer MON cinéma en soirée (alors qu’ils pourraient très bien y aller l’après-midi, non mais je vous jure !), je me suis retrouvé devant une séance complète, ce qui a perturbé tout mon beau programme. J’ai voulu d’abord me rabattre sur Qui A Envie d’Etre Aimer ?, mais la séance était trop tardive par rapport à la mienne. Je n’ai donc eu d’autres choix, si je ne voulais pas rebrousser chemin, que d’aller voir le nouvelle comédie de Dany Boon. Au final, je ne regrette pas mon choix, même si c’est typiquement le film pour lequel je suis content d’avoir un abonnement.

Sur la commune de Courquain (pour les Français), ou Koorkin (pour les Belges), on attend le 1er janvier 1993 avec angoisse. En effet, cette date marquera l’avènement de l’Europe et la disparition du poste frontière, qui a toujours fait vivre cette ville frontalière. Pour Ruben Vandevoorde, douanier Belge et anti-Français convaincu, c’est même le drame. Mais ce qui en constituerait un autre serait qu’il apprenne que son collègue de l’autre côté de la ligne, Mathias Ducatel, qu’il méprise, comme tous les « camemberts », sort avec sa sœur depuis plus d’un an et s’apprête à la demander en mariage.

Si Rien à Déclarer a connu le meilleur démarrage pour un film français de l’histoire, très vite, le flot s’est calmé sous l’effet d’un bouche à oreille plutôt négatif. Dany Boon ne signera donc pas un second Bienvenue chez le Ch’tis, dont le parcours avait été totalement inverse. Et ce pour une raison biens simple. Rien à Déclarer est moins drôle, beaucoup moins drôle. Cela reste une comédie respectable, mais certainement pas inoubliable.

Heureusement, Rien à Déclarer monte en puissance au fur et à mesure de son déroulement. Car au bout d’une demi-heure, on aura eu que quelques légers rires francs, quelques sourires, mais rien de bien consistant. On sera également resté froid devant des passages qui se voulaient visiblement drôles. Puis, au fur et à mesure que l’on apprend à connaître et aimer ces personnages quelques peu antipathiques à la base, on se détend et on rit plus franchement. La fin du film passe comme un lettre à Poste (de Berck).

Rien à Déclarer a le même thème central que Bienvenue chez le Ch’tis, ce qui rend réellement les comparaisons inévitables. Un film contre l’intolérance et les préjugés ordinaires. Mais ce coup-ci, le propos est plus sombre, plus pessimiste, presque désabusé parfois. Bon, je vous rassure, le film reste sur le ton de la comédie pure et dure, mais il n’y a pas de « tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil ». Cela le rend sans doute plus intéressant, mais du coup, il hésite entre deux tons, sans en épouser un complètement. Cela donne un côté un peu bancal qui explique, de mon point-de-vue, une bonne partie de la déception qu’il a pu provoquer.

rienadeclarerRien à Déclarer, comme beaucoup de comédie, repose sur un duo d’acteurs que tout opposent et qui vont être obligés de cohabiter. C’est sans doute le ressort comique le plus éculé qui soit, mais quand c’est bien fait, on ne s’en lasse pas. Dany Boon et Benoît Poelvoorde, voilà un couple prometteur. Si le cinéma était une compétition, la médaille d’or reviendrait incontestablement à la Belgique. Le rôle déjà à la base est nettement plus intéressant, mais il faut bien admettre que l’essentiel de l’énergie comique de ce film émane d’un Benoît Poelvoorde en pleine forme. Dany Boon apparaît plus comme un faire-valoir. Mais pour sa défense, il s’est écrit un rôle qui ne lui permet que trop rarement de sortir de son rôle habituel de brave gars sympathique.

Rien à Déclarer a déçu parce qu’on en attendait sans doute trop. On peut pas couler le Titanic à chaque fois. Il n’en reste pas moins une comédie tout de même sympathique, à défaut de casser des briques et des paquebots

Fiche technique :
Production : Pathé, Scope pictures, TF1 Films productions, Les productions du Ch’timi, Canal +
Distribution : Pathe distribution
Réalisation : Dany Boon
Scénario : Dant Boon
Montage : Luc Barnier
Photo : Pierre Aïm
Décors : Alain Veissier
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz
Durée : 108 mn

Casting :
Benoit Poelvoorde : Ruben Vandevoorde
Dany Boon : Mathias Ducatel
Julie Bernard : Louise Vandevoorde
Karin Viard : Irène Janus
François Damiens : Jacques Janus
Bouli Lanners : Bruno Vanuwem
Olivier Gourmet : le prêtre de Chimay

TRON : Et Disney dit au pixel « Lève-toi et marche ! »

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tronafficheAvant d’aller voir la suite sortie la semaine dernière sur nos écrans, je me devais de combler un des plus grands manques de ma culture cinématographique et voir enfin Tron, premier du nom. C’est donc chose faite, cette faille béante et impardonnable n’est plus. Il faut dire qu’il s’agit là d’un film historique, puisque c’est le premier à avoir mélangé prises de vue réelles et images de synthèse générées par ordinateur. Sans lui, Avatar ne serait pas. Sauf qu’évidemment, les moyens de 1982 n’étaient pas tout à fait ceux d’aujourd’hui.

Encom est une des plus grandes sociétés d’informatique. Mais son contrôle échappe de plus en plus à Dillinger, son PDG, au profit de MCP, un super-ordinateur qui prend doucement le pouvoir de tout le réseau informatique, et demain du monde. Au sein de la même société, Alan met au point un programme, Tron, qui pourrait contrôler les agissements de MCP, mais son travail est neutralisé avant d’être finalisé. L’équipe de Lora quant à elle a mis au point un rayon laser capable de numériser n’importe quoi. Alan et Lora rejoignent Flynn, un ancien collègue, créateur génial de jeu vidéo, que Dilligner a spolié de son travail avant de le renvoyer. A eux trois, ils vont tenter de faire la lumière sur ce qui se passe à Encom. Très vite, Flynn se heurte au MCP qui utilise le laser de Loran pour l’envoyer dans le monde numérique.

Tron est vraiment à prendre ce qu’il est : un tournant de l’histoire du cinéma, un film à l’époque totalement révolutionnaire, mais aujourd’hui totalement dépassé. En effet, les effets spéciaux font ici gentiment sourire. Un graphisme désuet, parfois minimaliste, où tout manque de profondeur, de relief et de fluidité. Tron est aux images de synthèse, que Pong est aux vidéos. Un respectable ancêtre qu’on regarde plus par curiosité qu’admiration.

Tron, c’est aussi une intrigue. Mais là aussi, le poids des années se fait sentir. Pourtant, on peut lui reconnaître une nouvelle fois un caractère visionnaire remarquable. Il y est développé l’idée d’un réseau interconnecté dont tous les composants formeraient un monde en soi. Ce film a été réalisé près de 15 ans avant l’explosion d’Internet, mais contient les prémisses d’interrogations qui hantent notre société actuelle sur l’omnipotence de l’informatique. Evidemment, cette crainte de l’émergence d’une conscience et d’une volonté propres de la part des machines, idée que l’on retrouve dans d’autres films de l’époque (Terminator, War Games), ne s’est toujours pas concrétisée. Et vues les intentions que ces films leur prêtent, on ne peut que s’en réjouir.

tronRestent des personnages sans grand relief, des rebondissements pas toujours très convaincants (ah il est mort, ah bah non finalement, il a survécu !). Mais l’intérêt de Tron est ailleurs. Hier dans le caractère révolutionnaire et spectaculaire de ses graphismes. Aujourd’hui, par sa mise en perspective avec tout ce qu’il a pu enfanter. Sur le coup, les studios Disney avaient frappé un grand coup, à une époque où leur branche animation avait bien du mal à produire le moindre film de premier plan.

Tron attise également la curiosité du cinéphile car il lui permet de découvrir, ou de redécouvrir, que Jeff Bridges a été jeune, voire même très jeune. Voir celui qui ne joue plus que des rôles de vieux briscards, faisant étalage de son expérience et souvent d’un certain désabusement, interpréter un post-ado fana de jeux vidéos nous fait dire une nouvelle fois que ce film appartient définitivement à l’histoire.

On peut facilement imaginer l’enthousiasme qu’avait pu ressentir les ancêtres de nos geeks contemporains le jour où ils ont pu voir Tron pour la première fois. Cela demande désormais un petit travail d’imagination, mais rien de rédhibitoire. Il faut se dire que nos petits enfants se diront sans doute la même chose en regardant Avatar depuis un écran 3D qui fera passé la plus belle télé HD d’aujourd’hui pour une antiquité.

Tron n’est pas un chef d’oeuvre, Tron est tout sauf intemporel, mais Tron est un vrai morceau d’histoire.

Fiche technique :
Réalisation : Steven Lisberger
Scénario : Steven Lisberger, d’après une histoire de Steven Lisberger et Bonnie MacBird
Musique : Wendy Carlos
Direction musicale :
Richard Bowden avec l’Orchestre philharmonique de Los Angeles
Douglas Gamley avec l’Orchestre philharmonique de Londres
Direction artistique : John Mansbridge et Al Roelofs sous la direction de Dean Edward Mitzner
Conception de l’univers électronique : Syd Mead, Jean « Moebius » Giraud, Peter Lloyd et Richard Taylor
Décors : Roger Shook
Costumes : Eloise Jensson et Rosanna Norton
Photographie : Bruce Logan
Ingénieurs du son : Michael Fremer et Frank Serafine
Effets spéciaux : R.J. Spetter
Effets visuels : Steven Lisberger

Casting :
Jeff Bridges : Kevin Flynn / Clu
Bruce Boxleitner : Alan Bradley / Tron
David Warner : Ed Dillinger / Sark / Voix du Maître Contrôle Principal (MCP)
Cindy Morgan : Lora / Yori
Barnard Hughes : Dr Walter Gibbs / Dumont
Dan Shor) : Ram
Peter Jurasik : Crom
Tony Stephano : Peter / Lieutenant de Sark

CARANCHO : L’Argentine, la nouvelle patrie du polar

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caranchoafficheLe cinéma argentin a connu un très beau succès l’année dernière avec Dans ses Yeux, Oscar largement mérité du meilleur film étranger, et n°4 dans mon top de l’année 2010, classement qui fait évidemment mondialement référence. Cette reconnaissance soudaine pour un pays qui n’a pas pour tradition de peupler nos salles obscures n’est évidemment pas étrangère à l’apparition sur nos écrans de Carancho, un nouveau film venu de Bueno Aires. Bon, l’autre bonne raison est que c’est coproduction franco-argentine, mais insister sur ce fait ruinerait mon idée d’introduction… Oups…Trop tard.

Sosa est un avocat spécialisé dans l’aide aux victimes d’accidents de la route, marché juteux dans un pays où la délinquance routière est proche de la tradition. Enfin aider, c’est vide dit, car les personnes pour qui ils travaillent détournent une large part des indemnités destinées à ses clients. Un jour, il croise la route de Lujan, jeune urgentiste dont il tombe vite amoureux. Pour elle, il est prêt à revenir dans le droit chemin. Mais ses « associés » ne l’entendent pas de cette oreille.

Avec Carancho, le cinéma argentin revient à l’ordinaire. Polar noir, un rien dépaysant, il ne figurera pas dans les palmarès en fin d’année. Mais sans pour autant mériter le voyage, il mérite tout de même le détour. Déjà parce que dans ce genre cinématographique où l’offre ne manque pas, il est agréable de tomber sur un film vous faisant découvrir un univers jamais vu encore. Bien sûr les ressorts de l’intrigue sont archi-classiques : le « repenti » empêché par son ancien milieu de se ranger des voitures (vous admirerez au passage ce superbe jeu de mots !) n’est pas vraiment le sujet le plus original qui soit. Mais cette histoire d’arnaque autour des accidents de voiture en Argentine, voilà qui nous change de la mafia nord-américaine.

Au-delà de ça, l’intrigue est assez bien traitée pour maintenir de bout en bout l’intérêt du spectateur. L’histoire d’amour, si elle est capitale dans l’enchaînement des évènements, n’est ni envahissante, ni gnangnan. De toute façon, cela cadrerait assez mal avec l’ambiance assez noire de Carancho. On se doute vaguement de comment tout cela va finir, mais le scénario ménage un certain suspense jusqu’au bout. Pas le polar du siècle, mais du solide avec assez de matière pour justifier chaque centimètre de pellicules.

caranchoComme pour Dans ses Yeux, mais un degré moindre, le principal attrait de Carancho repose dans ses personnages et leurs interprètes. On ne s’étonnera donc pas de retrouver en haut de l’affiche Ricardo Darin, qui est donc de tous les succès du cinéma argentin. C’est évidemment un bonheur de le revoir sur les écrans tant son charisme et son talent se suffisent à eux-mêmes. Mais à ses côté, la charmante Martina Gusman ne s’en laisse pas compter et prouve que ce pays possède un réservoir d’excellents comédiens que l’on ne soupçonnait pas.

Pablo Trapero manie la caméra avec sobriété, mais aussi une certain élégance. On reste très loin des ambiances oppressantes à la David Cronenberg. La noirceur de Carancho provient bien plus des péripéties et du jeu des acteurs. La photographie ne fait que la souligner, même si le fait qu’une bonne partie de l’histoire se déroule de nuit y contribue largement.

Carancho n’est donc pas le film noir du siècle, mais apporte un peu dépaysement, à défaut de réel originalité.

Fiche technique :
Production : Matanza cine, Patagonik, Ginecut, Ad vitam, L90
Réalisation : Pablo Trapero
Scénario : Alejandro Fadel, Martin Mauregui, Santiago Mitre, Pablo Trapero
Montage : Ezequiel Borovinsky, Pablo Trapero
Photo : Julian Apezteguia
Distribution : Ad Vitam
Son : Federico Esuerro
Musique : Lim Giong
Durée : 107 mn

Casting :
Ricardo Darin : Sosa
Martina Gusman : Lujan

L’UMP ATTAQUE, DSK TREMBLE…OU PAS

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dskDepuis qu’Anne Sinclair a évoqué à demi-mot l’avenir de son président du FMI de mari, c’est le branle-bas de combat à l’UMP. Le parti présidentiel a envoyé au front plusieurs seconds couteaux pour lancer quelques piques. L’argumentation était pathétique et la réaction révélatrice d’un état de panique.

Pourquoi un tel empressement à critique DSK ? La réponse est simple. Les derniers sondages donnent vainqueur ce dernier avec près de 70% des voix lors d’un deuxième tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy. Même si évidemment un tel score ne sera jamais atteint, l’écart semble pour beaucoup déjà irrémédiable. Alors, si la droite veut rester au pouvoir, elle n’a plus qu’un seul espoir. Que Dominique Strauss-Kahn ne soit pas chois comme candidat lors des primaires socialistes.

Ceci explique les propos quelque peu surprenants de la part Christian Jacob et Pierre Lellouche. D’après eux, le plus grand défaut de DSK serait de ne pas être assez à gauche et de ne pas assez connaître la France profonde. Evidemment, on peut leur accorder qu’il n’a rien d’un paysan ou d’un prolétaire, mais transformer cet état de fait en argument politique est tout simplement pitoyable. Surtout venant de personnes dont le leader est Nicolas Sarkozy. Comme prolétaire et paysan, on fait également mieux. Rappelons simplement que quand notre Président était Maire de Neuilly, Dominique Strauss-Kahn était maire de Sarcelles. On ne peut même pas parler d’hôpital se moquant de la charité car un tel degré de mauvaise foi est indigne de membres du gouvernement.

Christian Jacob et Pierre Lellouche ont sûrement voulu souligner les handicaps avec lequel DSK part dans la course à l’investiture socialiste, espérant ainsi qu’elle sera accordée à un autre candidat. Ils feraient mieux de s’occuper de leur ministère au lieu de se couvrir de ridicule et ont surtout, à mon avis, eu une démarche complètement contreproductive.

Ce n’est sûrement pas en critiquant DSK qu’ils l’éloigneront des cœurs des Français de gauche. Aujourd’hui, c’est être l’ami de Sarkozy plutôt que son ennemi qui représente un handicap. Alors, Dominique Strauss-Kahn pourra vraiment s’inquiéter quand ces guignols commenceront à en dire du bien.

BLACK SWAN : Requiem for a swan

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blackswanafficheS’il y a bien un art auquel je suis totalement hermétique, c’est bien la danse classique. Et encore, c’est pour ne pas parler d’allergie totale. Alors évidemment, un film dont le personnage principal est une danseuse étoile n’était pas forcément le plus attirant pour moi. Mais quand un long métrage, réalisé par Daren Aronofsky, l’auteur de Requiem for a Dream et The Wrestler, reçoit autant d’éloges médiatiques, on y réfléchit à deux fois et on finit par se rendre dans une salle obscure.

Nina, membre du New York City Ballet, rêve d’obtenir enfin le rôle principal du Lac des Cygnes. Mais la concurrence est rude. Et même si elle choisit, elle n’est pas à l’abri d’un revirement de Thomas, qui dirige la troupe d’une manière parfois ambiguë. Jusqu’où est-elle prête à aller pour épouser son rôle ?

Black Swan débute par une séquence de danse absolument sublime. Vu mon habituel absence total d’enthousiasme pour ce genre d’exercice, je me suis vraiment dit que j’étais parti pour 1h43 de pur génie. Je me suis surtout dit que ce n’était décidément pas n’importe qui de l’autre côté de la caméra et que j’avais vraiment bien fait de venir.

La suite de Black Swan n’est pas tout à fait à la hauteur. La plongée de Nina vers une forme de folie ressemble quand même comme deux gouttes d’eau au parcours des personnages de Requiem for a Dream. Alors bien sûr, si vous n’avez pas vu ce dernier, cela ne vous gênera pas. Mais les autres auront un peu l’impression d’assister à un « best of » Daren Aronofsky… enfin best of, c’est vite dit, car la chute est ici moins vertigineuse.

On retrouve ainsi cette impression d’oppression, cette angoisse communicative, que Daren Aronofsky sait si bien créer, mais de manière moins spectaculaire que précédemment. On retrouve les obsessions qui peuplent sa filmographie : la drogue, le sexe, la mutilation. Un caméra qui nous plonge dans des délires hallucinatoires, mais avec infiniment plus d’élégance que chez un Gaspar Noé par exemple. Cependant, dans Black Swan, c’est pour le meilleur, parfois pour le plus médiocre. Bon encore une fois, c’est un jugement tout relatif… mais enfin quel jugement ne l’est pas.

Puis, on arrive à la séquence finale. Black Swan prend alors une toute autre dimension. Il s’agit là d’un grand, d’un très grand moment de cinéma. Quelque part, les faiblesses de ce qui a précédé ne comptent plus vraiment, car il n’existait que pour nous amener là, au bord d’une abîme où Nina plongera d’une manière sublimement onirique. Vingt minutes d’une force esthétique rare où l’expression du corps et du regard vaut tous les dialogues du monde.

blackswanBlack Swan constitue surtout une vraie révélation relativement inattendue. Celle de Natalie Portman comme une très grande actrice, dans un rôle incroyablement difficile, à des années-lumières de ceux qui lui avaient précédemment proposés. Mais elle s’y abandonne corps et âmes pour une interprétation qui vaut largement l’Oscar qui lui est promis. Une performance artistique mais aussi physique. Elle nous fait vivre la douleur, les douleurs ressenties par son personnage avec une force et une intensité rares. Une nouvelle preuve que c’est en poussant les acteurs dans leurs retranchements les plus profonds que naissent les numéros d’acteurs inoubliables.

A ses côtés, Vincent Cassel confirme sa stature d’acteur international. Ce n’est peut-être pas ici son plus grand rôle, mais il y semble totalement à l’aise. La bonne surprise de Black Swan s’appelle Mila Kunis, parfaite dans le rôle de la rivale principale de Nina. Ah, on est loin de ses débuts à 13 ans, dans un épisode de Walker Texas Ranger.

Enfin, on retiendra de Black Swan, une magnifique bande-son. Il faut dire que quand le principal compositeur s’appelle Tchaïkovsky, tout devient tout de suite plus facile. Des extraits du Lac des Cygnes sont incorporés dans des compositions plus modernes, même si les plus beaux moments restent ceux où l’œuvre originale sert de fond à une mise en image sublime des scènes de ballet.

Black Swan est donc un film sublime par instants, mais qui recèle aussi quelques passages où Daren Aronofsky fait preuve d’une certaine paresse. Mais on retiendra avant tout vingt minutes magnifiques et une Natalie Portman étonnante.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight Pictures, Protozoa, Phoenix pictures, Cross Creek
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Mark Heyman, Andres Heinz
Montage : Andrew Weisblum
Photo : Matthew Libatique
Décors : Thérèse DePrez
Musique : Clint Mansell
Durée : 103 mn

Casting :
Natalie Portman : Nina
Mila Kunis : Lilly
Winona Ryder : Beth MacIntyre
Vincent Cassel : Thomas Leroy
Toby Hemingway : Rom
Barbara Hershey : Erica

L’ART DE LA LANGUE DE BOIS (VERT)

primairesvertes

primairesvertesLes Verts, …enfin pardon Europe Ecologie, ne participera pas aux primaires organisées par le Parti Socialiste… mais en organisera une en interne. Bonnet blanc et blanc bonnet ? Non, Daniel Cohn-Bendit nous explique qu’elle sera qualitative, et non quantitative, comme au PS… Cet argument massue laisse songeur… Si j’essaye de traduire, une primaire, c’est bien, s’il n’y a pas trop de candidats.

Les Ecologistes pratiquent ici un remarquable moment de langue de bois, comme seule la politique nous en offre. Leur problème n’est effectivement pas d’avoir trop de candidats, mais de ne pas en avoir du tout. Ils pensaient tenir la perle rare en la personne d’Eva Joly, mais ils se rendent compte que médiatiquement, ça ne prend pas du tout et qu’ils partiraient sûrement au casse-pipe avec elle. Du coup, par un tour de passe-passe magnifique, ils essayent de sortir Nicolas Hulot de leur manche. Sauf qu’on a plus l’impression que l’idée vient d’eux que de l’éventuel futur candidat lui-même. Et puis, présenter comme candidat un homme qui n’a jamais fait de politique et qui n’a jamais joué aucun rôle au sein de ce parti, et donc jamais participé au choix des orientations qu’il défend, sonne quelque peu comme une manœuvre de dépit.

En fait, si les Verts ne participeront pas aux primaires organisés par le PS, c’est tout simplement qu’ils se sont donnés comme tactique politique de présenter coûte que coûte un candidat aux prochaines présidentielles. C’est un choix qui peut se comprendre et se respecter de la part d’un parti qui a connu d’aussi bons résultats lors des dernières élections. Mais ce qui est insupportable, c’est que cela ne soit pas assumé comme tel, mais enrobé de justifications philosophiques, qui n’ont d’autres buts que de critiquer le PS pour tenter de lui piquer des électeurs. Le débat démocratique n’en sort pas gagnant.

TANT D’ESPOIR POUR LE MONDE

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egypte2Ce soir le monde se réjouit de la démission de Hosni Moubarak de la tête de l’état égyptien. Le peuple a gagné, comme en Tunisie. Evidemment, comme je l’ai souligné dans un billet précédent, de grandes incertitudes planent encore sur le futur de ces deux pays. Mais ce soir, c’est l’optimisme qui prédomine et avec raison. L’actualité ne nous laisse pas assez souvent le loisir de célébrer de bonnes nouvelles, alors profitons-en.

Ces deux « révolutions » présentent plusieurs caractéristiques remarquables qui peuvent donner de l’espoir pour l’avenir de l’humanité… Bon je m’emporte peut-être un peu dans mes formules, mais tout de même. Déjà, ces évènements furent d’une rapidité incroyable, étant donné la solidité présumée de ces dictatures établies depuis plusieurs décennies. Et le plus étonnant reste tout de même le peu de sang versé, même si peu, c’est encore trop. 

 
La Tunisie et l’Egypte ne sont ni le Soudan, ni la Corée du Nord. Ils étaient largement intégrés dans la communauté internationale, aussi bien économiquement que politiquement. Du coup, quel futur leur aurait offert un bain de sang ? Celui de paria à la tête d’un état ruiné ? Il était évidemment inenvisageable à qui on peut reprocher sûrement bien des choses, mais sûrement pas l’idiotie ou la folie.

Le « Auschwitz, ça ne pourrait plus arrivé de nos jours, tout le monde aurait su » reste malheureusement une vue de l’esprit. Il existe encore bien assez de tyrans, d’opprimés, de torture, de génocide et de répression sur Terre, parfois largement médiatisés, pour savoir que les choses ne sont certainement pas aussi simples. Mais les évènements de ces derniers jours prouvent tout de même que l’interdépendance entres les états, s’il n’empêche pas les autocraties de prospérer, limite les extrémités que ces régimes peuvent se permettre.

La notion de communauté internationale (sans même parler de réelle gouvernance) demeure trop souvent au stade de belle idée, la mondialisation a bien des aspects pervers. Cependant, doucement, trop doucement, les peuples se rapprochent, pour le meilleur, parfois pour le pire. Mais si à côté de Coca-Cola et Mc Donald, la démocratie peut devenir une valeur réellement universelle, alors le monde y aura beaucoup gagné.

Mais la plus belle leçon que nous aura donné la Tunisie et l’Egypte reste le fait qu’il est encore utile de se battre et que les peuples peuvent encore changer et choisir le monde dans lequel ils vivent. Et ça, c’est une vraie raison d’espérer !