JEWISH CONNECTION : De l’ecstasy sous la kippa

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jewishconnectionafficheIl y a eu la French, voici la Jewish Connection. Vous allez me dire, c’est un peu facile comme entrée en matière. Cependant, je ne fais pas mieux que les distributeurs de ce film en France. En effet, son titre original est Holly Rollers. Magie de la traduction… On peut facilement imaginer que leur but était de faire le lien avec le film de William Friedkin. Il est vrai qu’il y a quelques similitudes…

Sam Gold est un jeune juif orthodoxe que sa modeste famille destine à devenir rabbin et cherche à marier. Il se plie à leur volonté sans enthousiasme. Alors quand son voisin Yosef cherche à l’embaucher dans ce qui lui décrit comme de la simple contrebande de médicaments, il se laisse vite convaincre. Il s’agit en fait d’un large trafic d’ecstasy, qui voyage d’Amsterdam à New York. Très vite Sam va commencer à apprécier cette existence tellement différente et tellement plus pleine de liberté.

Jewish Connection a été écrit à partir de faits réels. Il nous décrit donc avec réalisme le milieu assez fermé de la communauté juive orthodoxe de New York. C’est d’ailleurs ici le principal sujet du film, le milieu des trafiquants étant décrits plus succinctement et sans aller au-delà des clichés habituels. Tout repose sur l’écartèlement de Sam entre une vie oppressante et une existence plus exaltante mais qui le coupe de sa famille et des valeurs dans lequel il a toujours grandi. A côté de ça, pas de fusillades ou de poursuites spectaculaires.

On est donc dans le domaine du polar, mais Jewish Connection est au moins tout autant un portrait. Mais aucun des deux aspects n’est creusé autant qu’il l’aurait mérité. Il aurait peut-être fallu déséquilibrer l’intrigue au profit de l’un d’entre eux pour en renforcer l’intérêt. Le milieu de la drogue tel qu’il est décrit ressemble à ce que l’on voit dans nombre de films du genre. Les truands sortent en boîte, les truands d’une communauté négocient avec ceux de l’autre communauté, les truands inventent des stratagèmes pour faire passer la drogue en douce. Bref que du classique.

C’est donc réellement dans le portrait de la communauté juive qu’il faut chercher un éclair d’originalité. Cela donne un côté un peu « dépaysant » à Jewish Connection. Le film aurait pu être bien meilleur si cet aspect avait été encore plus privilégié. Il aurait alors fallu veiller à ne pas tomber non plus dans le film sociologique descriptif à l’intrigue minimaliste. Mais encore une fois, le film aurait gagné à un équilibre un peu différent.

jewishconnectionJewish Connection, c’est aussi l’occasion de retrouver Jesse Eisenberg, l’acteur principal de The Social Network. Il tient là un rôle fort différent, même si on y retrouve son côté introverti et pas très causant… sauf quand il parle de ce qui le passionne. Ce coup-ci, ce n’est pas l’informatique, mais les chiffres et les négociations commerciales. Le film repose en grande partie sur ses épaules et s’il ne s’en sort pas trop mal, on est loin de la performance oscarisable.

Jewish Connection est au final un bon film, mais qui aurait sûrement pu être très bon. Sans doute, Kevin Asch aurait du pour cela romancer beaucoup plus cette histoire vraie. Mais pour un premier film, il signe là une œuvre propre et non dénuée d’une certaine élégance dans la réalisation. Un film intéressant, à défaut d’être passionnant. Un film qui parle avant tout de ses personnages et de leur milieu, avant de chercher le spectaculaire et l’action. Une intention louable, mais qui souffre d’une certaine retenue.

Jewish Connection n’est donc pas un film indispensable. Mais un bon film tout de même qui nous fait découvrir un milieu objet de bien des fantasmes.

Fiche technique :
Réalisateur : Kevin Asch
Scénariste : Antonio Macia
Chef décorateur Tommaso Ortino
Costumier : Jacki Roach
Coiffeuse : Laynea Roberts
Maquilleuse : Brenda Bush
Musiques additionnelles (compositeur) : André Anjos
Directeur de la photographie : Ben Kutchins

Casting :
Jesse Eisenberg : Sam Gold
Justin Bartha : Yosef Zimmerman
Ari Graynor : Rachel Apfel
Danny A. Abeckaser : Jackie Solomon
Q-Tip : Ephraim
Mark Ivanir : Mendel Gold
Elizabeth Marvel : Elka Gold
Jason Fuchs : Leon Zimmerman
Hallie Kate Eisenberg : Ruth Gold
Bern Cohen : Rebbe Horowitz

CE SANG QUI ECLABOUSSE

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khadafisarkozyCe que Moubarak et Ben Ali ont eu la lucidité de faire, Muammar Kadhafi s’y refuse. Il est décidé à s’accrocher au pouvoir aussi longtemps que possible, n’hésitant pas à noyer son propre peuple dans le sang. On parle déjà de crime contre l’humanité dans une communauté internationale choquée et révoltée. Pourtant, il n’y a pas si longtemps ce brave homme plantait sa tente dans le jardin de l’Elysée.

Tout serait moins dramatique, on serait tenté d’en rire. L’épisode de la tente de bédouin sous les fenêtres de Nicolas Sarkozy avait déjà couvert de ridicule notre pays. Enfin, ce n’est pas ce que pensait Patrick Ollier, président du groupe France-Libye à l’Assemblée, qui chantait alors les louanges d’un Kadhafi ayant tourné le dos au terrorisme et devant reprendre pleinement sa place dans la communauté internationale. Patrick Ollier qui est, rappelons-le, le compagnon de Michèle Alliot-Marie. Vous savez notre ministre des Affaires Etrangères qui fréquentent de près les proches de Ben Ali. Quand on ajoute à ça, qu’une partie des armes, notamment des avions, ayant servi à la répression du peuple libyen sont françaises, on voit bien que notre pays n’a vraiment pas de quoi être fier.

Mais dans tout ça, il y en a qui doivent avoir le cœur bien gros. Les familles des victimes de l’attentat de Lockerby avaient sûrement déjà du apprécier de voir certains grands de ce monde faire des courbettes devant Kadhafi. Je ne peux même pas imaginer leur amertume et leur dégoût. Mais voilà, ils n’ont pas de pétrole et ils n’achèteront jamais d’avions de chasse. Aujourd’hui, le sang de leurs proches se mêle à ceux des Libyens tombés sous des balles made in France.

Non, vraiment pas de quoi être fier.

PREPAREZ VOS MOUCHOIRS : Transgression oscarisée

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preparezvosmouchoirsafficheSi vous voulez briller en société, vous pouvez jouer à un petit jeu. Demander à vos interlocuteurs de retrouver les 12 (+2) films français qui ont été récompensés aux Oscars depuis 1948. Ce petit jeu peut vous occuper assez longtemps car rien ne garantit que quelqu’un dans l’assemblée cite spontanément Les Dimanches de Ville d’Avray, de Serge Bourguignon, ou La Vie Devant Soi, de Moshé Mizrahi. Un Homme et une Femme, de Claude Lelouch, ou La Nuit Américaine, de François Truffaut, auront peut-être un peu plus de chance d’être mentionné. Et pour épater vos amis, n’oubliez pas de répondre Préparez vos Mouchoirs, de Bertrand Blier, récompensé en 1979.

Raoul est marié à Solange. Il en est encore terriblement amoureux et se désespère de la voir sombrer dans un état léthargique et dépressif. Pour l’en sortir, il « l’offre » à un inconnu, Stéphane, assis derrière eux au restaurant. Mais rien n’y fait. Les deux hommes, devenus amis, mettent alors tout en œuvre pour redonner le sourire à Solange.

Que Préparez vos Mouchoirs ait été récompensé aux Oscars est doublement étonnant. Déjà parce que ce n’est pas le film de Betrand Blier ayant eu le plus de succès, ni celui qui a le plus marqué les esprits dans notre pays. Les Valseuses, Buffet Froid ou Tenue de Soirée restent ses œuvres ses plus significatives. Enfin, il est vrai que nombre de prix ont été donnés à de nombreux films totalement oubliés aujourd’hui (souvent à tort, parfois à raison).

Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que l’académie des Oscars ait récompensé un film aussi transgressif, à des années lumières d’un puritanisme qui colle pourtant à la peau d’Hollywood. Une telle chose serait totalement inimaginable aujourd’hui et c’est bien dommage. Mais voilà, nous étions encore dans les années 70 et la chape du politiquement correct n’était pas encore tombé sur le monde. Dans un autre style, un producteur accepterait-il encore aujourd’hui de donner vie aux Aventures de Rabbi Jacob ?

Mais revenons plus précisément à Préparez vos Mouchoirs. On y retrouve tout ce qui a fait le succès de Bertrand Blier. Un sens inné de la provocation, de la critique acerbe du conformisme et des bonnes mœurs. On y retrouve encore une fois des personnages bien comme il faut, finissant par se lâcher et trouver ainsi un bonheur et une joie de vivre qui les avaient depuis longtemps abandonnés. Le tout s’accompagne d’un humour parfois noir, souvent décalé et presque toujours subversif. On y retrouve aussi le témoignage de la libération sexuelle survenue dans la décennie précédente et qui s’exprime ici avec force.

preparezvosmouchoirsMais si Préparez vos Mouchoirs est moins culte que les Valseuses ou que Buffet Froid, c’est tout simplement parce qu’il est un peu moins drôle. Il recèle bien quelques morceaux de bravoure, quelques apparitions succulentes, Sylvie Joly et Michel Serrault en tête. Mais aussi quelques passages un peu longuets, où le propos et l’humour tournent en rond. On est bien là devant un classique du cinéma français, mais pas un de ses plus grands chef d’œuvres.

Préparez vos Mouchoirs constitue aussi l’occasion de retrouver un des plus extraordinaires duos du cinéma français, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. C’est aussi une nouvelle occasion de regretter que ce dernier soit parti trop tôt, bien trop tôt. Leur complicité à l’écran est nouvelle fois évidente et constitue l’axe principal sur lequel repose le film. Car en face d’eux, Carole Laure est un peu palote. On est loin du trio Miou-Miou, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert qui les accompagnait dans les Valseuses. Ceci explique en grande partie la légère différence de qualité entre les deux films.

Préparez vos Mouchoirs reste un grand moment de cinéma transgressif, à une époque où ce dernier avait encore droit de cité, même sur Hollywood Boulevard.

P.S : Pour ceux qui se demandent pourquoi j’ai mis (+2) lors de mon introduction à propos des films français primés aux Oscars, c’est que je compte aussi Z de Costa-Gavras qui a concouru sous le drapeau algérien et La Victoire en Chantant de Jean-Jacques Annaud sous les couleurs ivoiriennes.

Fiche technique :
Réalisateur : Bertrand Blier
Scénario, Adaptation et Dialogue : Bertrand Blier
Photographie : Jean Penzer
Musique : Georges Delerue, ainsi que des oeuvres de Mozart et Schubert
Décors : Eric Moulard
Montage : Claudine Merlin
Son : J.P Ruh
Production : Ariane-Films et CAPAC (France) – Belga Films et SODEC (Belgique)
Pellicule 35mm, couleur par Eastmancolor
Date de sortie : France : 11 janvier 1978
Durée : 1h48

Casting :
Gérard Depardieu : Raoul
Carole Laure : Solange
Patrick Dewaere : Stéphane
Michel Serrault : Le voisin
Eléonore Hirt : Mme Belœil
Jean Rougerie : M. Belœil
Sylvie Joly : La passante
Riton Liebman : Christian Belœil (sous le nom de Riton)
Liliane Rovère : Marthe la serveuse de bar (« Bernadette »)
Michel Beaune : Le médecin dans la rue

LOVE, WAR AND THE GHOST OF WHITEY FORD (Everlast) : Une surprise à chaque plage

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lovewarandthegosthofwhiteyfordeverlastTrouver un artiste qui s’attaque à des genres très différents avec le même bonheur est un plaisir rare. Surtout quand on ne savait pas du tout à quoi s’attendre avant de commencer à écouter un album. C’était mon cas avec Love, War and The Ghost of Whitey Ford d’Everlast. Un nom qui me disait vaguement quelque chose, mais que j’avais bien du mal à situer. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas du tout à ça.

Alors Everlast, c’est un peu l’ancêtre d’Eminem. Un des premiers rappeurs blancs qui ne soient pas un guignol à la Kris Kross ou autre Ice MC. Mais son répertoire s’est très vite élargi et il touche désormais aussi bien au rock, au blues, au rap, à la country… et avec beaucoup de bonheur. Love, War and The Ghost of Whitey Ford en est la preuve. Un album aux multiples facettes, où l’on va de surprises en surprises. Et généralement très bonnes !

Il débute par un peu de fusion (terme consacré pour le mélange rap-rock) qui ne constitue pas vraiment le meilleur morceau de Love, War and The Ghost of Whitey Ford. Puis, on passe à une étonnante country bourrée d’énergie. J’avoue que ce changement de style inattendu m’a vraiment étonné. Et plutôt enthousiasmé puisque ce titre, Folsom Prison Blues, est vraiment excellent. A partir de ce moment-là, on ne sait jamais ce qui nous attend au détours des plages. Et c’est un vrai plaisir de se laisser surprendre ainsi tout au long de l’album.

On saute ainsi du coq à l’âne tout au long de Love, War and The Ghost of Whitey Ford, même si la qualité décroît quelque peu au fur et à mesure. Les titres gardent toujours beaucoup d’énergie. Cela maintient évidemment l’attention de l’auditeur du bout en bout. On ne s’ennuie jamais à cette écoute et cela fait vraiment plaisir de parcourir une œuvre d’une telle diversité et d’une telle densité. Everlast déploie le même talent quelque soit le genre abordé. Seuls les titres tirant sur l’électro sont un peu moins bons… Après, reste à savoir si c’est vraiment une question de qualité ou simplement de goût personnel.

Love, War and The Ghost of Whitey Ford a donc constitué pour moi une vrai et bonne surprise. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Et j’avais peu de chance de m’attendre à qu’il allait me réserver, car j’aurais du, pour le coup, m’attendre à beaucoup de choses d’un coup. J’ai certes beaucoup d’imagination, mais peut-être pas à ce point. Bon, je commence à être lyrique, il est peut-être temps que je me calme. Enfin bon, je ne vais pas bouder mon plaisir devant cet album parfois réellement enthousiasmant et qui surtout nous change de ces productions tellement homogènes que l’on a du mal à distinguer une plage d’une autre.

Love War and The Ghost of Whitey Ford ravira donc les amateurs de musique énergique et inventive. Deux qualités que Everlast arrivent à mettre en œuvre de manières incroyablement variées avec le même bonheur.

Pour finir, regardons de plus près les titres de cet album.

1.: Kill The Emperor
De la fusion quelque peu martelée, mais qui manque un peu de punch.

2.: Folsom Prison Blues
Un morceau country survitaminé, déjanté et surtout excellent.

3.: Stone In My Hand
Un titre dans le même esprit que le précédent, toujours aussi bon mais avec des passages plus rock.

4.: Anyone
Une ballade sombre où la voix se fait plus ténébreuse. De facture très classique, mais très réussie.

5.: Die In Yer Arms
Retour à la fusion, mais très rock et surtout très pêchue cette fois-ci !

6.: Friend
Du folk très simple à la guitare sèche, mais le résultat reste toujours aussi excellent.

7.: Everyone
Un morceau moins intéressant, un rock-country lancinant et dissonant.

8.: Naked
Punk électro décousue. Le titre aurait pu être sympa, mais se révèle trop élaboré pour être sincère.

9.: Stay
Une ballade assez rock, mais surtout très bonne et puissante.

10.: Letters Home From A Garden Stone
Un rock puissant et martelé, mais qui manque un tantinet de relief.

11.: Tuesday Morning
Une ballade rock mélodique, pas mal, sans être géniale.

12.: Throw A Stone
Un intermède instrumental plutôt pêchu.

13.: Weakness
Un duo rock, tirant un peu sur le R’n’b. Un titre puissant, pas mal du tout.

14.: Dirty
Un rock électro moins bon que le reste.

15.: Ocean
Un morceau sans relief qui cherche son style.

16.: Let It Go
La voix se pose ici sur une instrumentation assez simple, pour un bel au revoir.

TRON L’HERITAGE : C’est beau, mais c’est bien tout, mais c’est déjà pas mal

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tronlheritageafficheQuelques fois, je me demande s’il n’y a pas des personnes à Hollywood employées spécialement à chercher de quel film n’a-t-on pas encore fait de suite. Le jour où j’ai appris qu’ils s’apprêtaient à s’attaquer à Tron, j’ai trouvé que c’était une idée fort saugrenue. Un remake, encore, j’aurais été moins surpris. Mais 30 ans après, alors que ce film figure dans la liste des tournants certes historiques, mais dont la qualité artistique est contestable (L’Arrivée du Train en Gare de la La Ciotat, Le Chanteur de Jazz, la Tunique…), en voilà une drôle d’idée. Mais pourquoi pas…

Sam Flynn est un jeune homme un peu rebelle, mais surtout le fils de Kevin Flynn. Ce dernier a disparu mystérieusement il y a de nombreuses années, alors qu’il était, semble-t-il, sur le point de réaliser une avancée historique dans le domaine de la réalité virtuelle. Son fils et quelques fidèles ne veulent croire en sa mort, alors que la société Encom est devenue une entreprise commerciale de la pire espèce. Mais quand Alan Bradley, son ancien collègue et créateur du programme Tron, reçoit un message sur son antique bipeur, semblant provenir de l’ancien bureau de Kevin, ils reprennent espoir.

Tron l’Heritage porte très bien son nom. En effet, au lieu de réinventer l’univers du premier volet, il lui rend un hommage constant, multipliant les références plus ou moins cachées. A tel point qu’on se demande vraiment si ça n’aurait pas été plus intelligent de carrément faire un remake, si c’était pour nous proposer ainsi les mêmes moments cultes. Les combats de disque lumineux et la course à moto sont à nouveau présents, sans vraiment être révolutionnés. C’est simplement plus beau, plus spectaculaire, plus grandiose, plus tout en fait, à part plus imaginatif.

En fait, Tron l’Héritage déçoit pas un scénario manquant totalement de profondeur et d’originalité. Certes, on ne s’attendait pas à une intrigue à la Christopher Nolan, mais tout de même. On a là le minimum syndical, pour ne pas dire le niveau zéro de l’ambition. C’est prévisible, sans grande intelligence, ni grand intérêt en fait. Les personnages ne brillent pas spécialement par leur charisme et Kevin Flynn, passé d’ado geek à vieux sage zen, a perdu entre temps un peu de son capital sympathie.

Tron l’Héritage fait donc exactement comme son géniteur. Il mise tout sur l’aspect visuel. Alors oui, c’est beau, vraiment beau, assez beau pour en faire un film digne d’intérêt. Mais on est très loin de la révolution de 1982 ou celle d’Avatar. L’univers crée est intéressant, ampli d’une certaine grandeur. Le travail esthétique est réellement remarquable, souligné par une bande-son signée Daft Punk vraiment réussie et qui pourra plaire même à ceux, comme moi, que la musique électronique ne fait absolument pas grimper au plafond. Bref, ce film se laisse regarder au sens premier du terme.

tronlheritageTron l’Héritage ne rentrera sûrement pas dans l’histoire du cinéma comme le premier volet. On assiste là à un divertissement de science-fiction techniquement très réussi, mais qui tire toute sa personnalité, toute son originalité d’éléments imaginés il y a près de 30 ans. Joseph Kosinski est passé à côté de quelques choses de grand. Mais confier un tel projet à un réalisateur sans expérience (et donc plus malléable ?) montre bien que l’ambition n’était pas ce qui animait en premier lieu les producteurs. On pouvait pourtant imaginer que quelques grands noms auraient été ravis de prendre le projet en main.

Tron l’Héritage ne lèguera que très peu de choses à la légende du 7ème art. Tel le fils prodigue, il se contente de vivre sur ce qui lui a légué son père, sans chercher à créer quelque chose par lui-même. Alors on retiendra tout de même un travail esthétique époustouflant qui fait oublier à lui seul bien des faiblesses. Un film spectaculaire, mais aussi spectaculairement ordinaire, quand il aurait du être extraordinairement novateur.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Eddy Kitsis, Adal Horowitz
Montage : James Haygood
Photo : Claudio Miranda
Format : 35mm, Imax
Décors : Lin Macdonald
Son : Gwendolyn Yates Whittle, Addison Teague
Musique : Daft Punk
Directeur artistique : Sean Haworth
Durée : 126 mn

Casting :
Jeff Bridges : Kevin Flynn, Chu
Garrett Hedlund : Sam Flynn
Olivia Wilde : Quorra
Bruce Boxleitner : Alan Bradley, Tron
James Frain : Jarvis
Beau Garrett : Gem
Michael Sheen : Castor, Zuse
Daft Punk : Les DJ masqués

QUI A ENVIE D’ETRE AIME ? : Sujet à peine effleuré

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quiveutetreaimeafficheIl paraît que depuis le succès, plus que mérité, de Des Hommes et des Dieux, le nombre de vocations auraient augmenté. Peut-être que les églises se rempliront également après que les foules se soient pressées pour voir Qui a Envie d’Etre Aimé ?. Sauf que le film est sorti dans un relatif anonymat et ne représente pas une très grande réussite.

Antoine, suite à une rencontre avec le professeur principal de son fils, est invité à assister à une catéchèse. Il s’y rend par politesse, comme il dit, n’était ni croyant et encore moins pratiquant. Mais un grand intérêt commence à naître après cette première séance. Il décide à continuer à s’y rendre, mais face aux moqueries de son entourage, et notamment de sa femme, il s’y rend en cachette. Ce parcours lui permettra-t-il de résoudre ses problèmes de communication qu’il connaît avec sa femme, son fils, son frère, son père ?

Le plus gros défaut de Qui a Envie d’Etre Aimé ? est qu’il met en parallèle deux éléments sans vraiment nous expliquer quels sont les liens entre les deux. Du coup, on ne croit ni à l’un, ni à l’autre. Sa curiosité croissante pour la religion catholique, pourquoi pas. Cependant, on n’arrive pas à sentir vraiment pourquoi Antoine trouve dans la catéchèse un réconfort, quand d’autres participants annoncent à la fin qu’ils n’y ont rien trouvé. Ce film n’a rien de mystique, mais du coup, il ne fait qu’effleurer ce qui peut pousser un homme à se mettre à pratiquer à près de 40 ans. On reste à la surface des choses et c’est regrettable. Peut-être que Anne Giafferi n’a pas voulu effrayer les plus rétifs à la religion et sa pratique, mais son film n’y gagne rien, et surtout pas en crédibilité.

Pareillement, si les soucis de communication avec les autres membres de sa famille sont décrits avec minutie, on ne sais pas comment il arrive à les résoudre et même s’il les résout vraiment d’ailleurs. Certes, Qui a Envie d’Etre Aimé ? se termine par des grandes embrassades avec son fils et sa femme, sans vraiment comprendre ce qui a changé depuis hier. On est censé faire un lien avec le processus de la catéchèse, mais on ne voit pas bien le rapport puisque l’on ne comprend pas bien quel impact ça a réellement sur lui.

Qui a Envie d’Etre Aimé ? est un film qui n’a pas osé être plus ambitieux et qui du coup passe à côté de son sujet. Les risques étaient effectivement grands de sombrer dans ridicule. Mais à ne pas vouloir en faire trop, on n’en fait pas assez et le propos perd une bonne part de son intérêt. Parler d’un malaise du quotidien avec des personnages que l’on pourraient connaître, qui pourraient être nous, demande d’aller beaucoup plus loin que le fait Anne Giafferi ici.

quiveutetreaimeQui a Envie d’Etre Aimé ? n’est ni vraiment drôle, ni caustique, ni profond, ni réellement émouvant. Il cherche à ménager la chèvre et le chou et ne trouve jamais un ton qui aurait peut-être été moins juste, mais aurait présenter beaucoup plus d’intérêt. Il y a zéro prise de risque dans ce scénario qui parle pourtant d’un sujet pas franchement sexy. On n’en ressort absolument pas bousculé dans nos convictions qu’elles soient religieuses ou même tout simplement sur notre capacité à réellement communiquer avec les autres.

L’échec de Qui a Envie d’Etre Aimé ? n’est pourtant en rien la faute de la distribution. Eric Caravaca confirme ici son statut de valeur montante du cinéma hexagonale. On appréciera d’autre part les rôles quelques peu à contre-emploi de Philippe Dusquene, ancien Deschiens, et Jean-Luc Bideau, que l’on est heureux de voir dans des rôles plus sérieux et graves qu’à leur habitude. Enfin, on saluera l’apparition de Benjamin Biolay, en frangin vraiment, mais alors vraiment détestable.

Qui a Envie d’Etre Aimé ? est donc un film qui ne fait qu’effleurer un sujet qui aurait du l’emmener beaucoup plus profondément.

Fiche technique :
Réalisateur : Anne Giafferi
Scénario : Anne Giafferi, d’après le roman Catholique anonyme de Thierry Bizot
Photographie : Jean-François Hensgens
Musique : Jean-Michel Bernard
Son : Benjamin Jaussaud, Olivier Laurent et Christophe Vingtrinier
Décors : Sylvie Olivé
Costumes : Elisabeth Rousseau
Montage : Christophe Pinel
Création de l’affiche originale (France) : Jean-Jacques Sempé
Production : Thierry Bizot, Emmanuel Chain et Guillaume Renouil

Casting :
Eric Caravaca : Antoine
Arly Jover : Claire
Valérie Bonneton : Hortense
Jean-Luc Bideau : le père d’Antoine
Benjamin Biolay : Alain (le frère d’Antoine)
Philippe Duquesne : le prêtre
Quentin Grosset : Arthur
Arauna Bernheim-Dennery : Emilie
Agnès Sourdillon : Solange
Guillaume de Tonquédec : le bon élève
Joséphine Fresson : la femme catholique
Jean-Pol Brissart : le mari catholique
Amandine Dewasmes : la caissière

LIVE AT SHEA STADIUM (The Clash) : L’énergie en plus, l’émotion en moins

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liveatsheastadiumtheclashBeaucoup de groupes prennent toute leur dimension sur scène. La musique se vit tellement plus intensément en live que derrière une platine. L’énergie transmise est alors décuplée et compense bien des défauts ou limites artistiques. Mais parfois, c’est l’inverse qui se produit. C’est le mixage en studio qui masque certaines faiblesses notamment vocales. Quiconque à déjà entendu Offspring en concert notamment saura à quel point on peut chanter faux et être une star internationale. A l’écoute de Live At Shea Stadium, on ne sait plus trop dans quelle catégorie se situe The Clash.

J’ai fréquenté plusieurs fois les concerts des Wampas pour savoir que dans un concert punk, on se laisse porter par l’énergie et on saute partout en même temps que tout le monde. Peu importent les mélodies, peu importent les paroles, seul importe l’enthousiasme communicatif du groupe sur scène. Alors on peut imaginer qu’assister à un concert du plus grand groupe punk de l’histoire devait constituer une expérience unique et sûrement pas décevante, avec une réelle communion entre The Clash et son public.

Mais voilà, dans Live At Shea Stadium, on aimerait bien entendre un peu ce dernier. La plus grande faiblesse de cet album, c’est la qualité de l’enregistrement. On a parfois l’impression que The Clash joue devant un grand espace vite ou bien un public totalement silencieux, et on peut facilement imaginer que ce n’était pas le cas. Certes, quelques fois, on devinerait presque sa présence sur les titres les plus connus notamment, en particulier Should I Stay or Should I go, mais on n’a pas du tout l’impression d’être plongé au cœur du concert.

Du coup, Live At Shea Stadium nous fait écouter les titres de The Clash en version live, mais sans l’émotion qui colle à ce genre d’enregistrement. On retient donc surtout la voix qui parfois déraille et les mélodies jouées avec plus d’enthousiasme que de maîtrise. Le résultat est naturellement beaucoup moins bon qu’une version studio et rien ne vient vraiment rattraper le coup. En plus, les titres sont rarement très différents des versions que l’on connaît habituellement. Pas de solos plus longs ou de reprises sur un ton vraiment différent. Il n’y a que le découpage de The Magnificent Seven en deux parties, entrecoupées par Armagideon Time, qui modifie radicalement (et encore) la structure d’un de leurs titres.

Il est vraiment dommage qu’un tel groupe de légende ait eu droit à un enregistrement d’une qualité aussi médiocre. Sa sortie tardive, en 2008 alors que le concert a eu lieu en 1982, montre bien que les producteurs de l’époque ne l’avaient pas jugé digne d’en faire un album. Ce n’est toujours pas le cas 26 ans plus tard, mais cela viendra très certainement arrondir les fins de mois des membres du groupe. Comme quoi, même le punk peut être victime des dérives du marketing.

Néanmoins, abstraction faite de la médiocrité de l’enregistrement, Live At Shea Stadium nous permet de retrouver tout ce qui a fait la légende de The Clash. De superbes moments de musique punk avec les célèbres London Calling, Rock in the Casbah ou évidemment Shoud I Stay or Should I Go. Mais, ce groupe s’est aussi démarqué par un univers musical qui a souvent débordé de ses frontières initiales, avec notamment quelques titres qui mélangent avec bonheur reggae et rock.

Live At Shea Stadium ravira peut-être tous ceux qui ont assez d’imagination pour compenser la médiocrité de l’enregistrement. Pour les autres, surtout ceux comme moi qui n’auront jamais la chance de les voir en concert, il en résulte surtout une grande frustration.

Avant de se quitter, regardons d’un peu plus près les titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Kosmo Vinyl (introduction)
Le groupe est introduit.

2.: London Calling
Un immense classique. Un des rares titres où on apprécie vraiment la version live.

3.: Police On My Back
Le groupe joue un peu plus avec le public, mais on sent malheureusement trop peu son enthousiasme.

4.: Guns Of Brixton
Un morceau plus mélodique, même si ça reste du punk. Le chanteur a parfois la voix qui déraille un peu.

5.: Tommy Gun
Le mixage entre voix et instrumentation n’est pas vraiment une réussite, même si l’énergie déployée compense partiellement.

6.: Magnificent Seven
Une version qui sonne assez différemment de la version studio. Plus énergique, plus brute, moins élaborée.

7.: Armagideon Time
Un reggae révélateur de l’élargissement de l’univers musical de The Clash au cours de leur carrière.

8.: Magnificent Seven (return)
Retour très énergique de ce titre.

9.: Rock The Casbah
Un classique où on regrette vraiment de ne pas entendre le public.

10.: Train In Vain
Assez proche de la version studio. Vue la piètre qualité de l’enregistrement, c’est plutôt une bonne nouvelle.

11.: Career Opportunities
Du punk pur et dur. Et c’est bon !

12.: Spanish Bombs
Un autre titre où le mixage entre voix et instrumentation est très approximatif.

13.: Clampdown
Une version live qui ne révolutionne vraiment pas ce titre.

14.: English Civil War
Le groupe joue enfin vraiment le public… Du Bruel avant l’heure !

15.: Should I Stay Or Should I Go
Le plus grand classique du groupe. On sent le public vraiment vibrer… mais de trop loin pour vraiment l’apprécier.

16.: I Fought The Law
Un bon morceau punk énergique pour finir.

EXCEPTION CULTURELLE ET CHAMPIONS D’EXCEPTION

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jbgrangeAvec Jean-Baptiste Grange et Teddy Tamgho, la France tient deux grands et beaux champions, qui ont particulièrement brillé ce week-end. L’un est devenu champion du monde de slalom en ski alpin et l’autre a amélioré son record du monde du triple saut en salle. Deux champions hors normes dans le paysage du sport français,… mais pas tant que ça.

Notre réputation de champion du monde des matchs amicaux nous colle encore largement à la peau, malgré la mutation profonde du sport français depuis 20 ans. Mais si certaines disciplines sont complètement sorties de ce cliché, handball en tête, certaines sont encore en plein dedans. Il suffit de penser à la fragilité morale, et parfois physique, de nos tennismen pour en être convaincus.

teddytamghoJean-Baptiste Grange et Teddy Tamgho ont parfois fait partie de cette catégorie de champion pas toujours là le jour J. On l’a oublié, mais au milieu de la pluie de titres qui s’est abattue sur l’Equipe de France lors des derniers championnats d’Europe d’athlétisme, notre triple-sauteur avait constitué une vraie déception avec sa médaille de bronze, alors qu’il était archi-favori du concours. Il y a deux ans, aux championnats du Monde de Val d’Isère, on promettait deux titres à Jean-Baptiste Grange et il était reparti sans médaille autour du cou.

Avoir su rebondir après de vraies déceptions est signe d’un vrai mental de champion. Et puis, n’oublions pas qu’ils ont encore bien des années de compétition devant eux. J’espère et je suis même persuadé qu’à la fin de leur carrière, on ne retiendra que les performances de ce week-ends et bien d’autres exploits à venir, plutôt que les déceptions du passé.

LES FEMMES DU 6EME ETAGE : Bonheur à tous les étages

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lesfemmesdu6emeetageafficheFaire un film avec un fort fond social peut donner des résultats parfois très émouvants, mais quelque peu déprimants. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai pas vraiment eu envie de danser dans la rue après avoir vu La Vie Rêvée des Anges ou Rosetta. Mais on peut faire également dans le social rigolo. Cela fonctionne aussi et le message passe souvent largement aussi bien, voire même mieux. C’est le cas de Les Femmes du 6ème Etage et c’est une complète réussite.

Au début des années 60, Jean-Louis Joubert, 45 ans, agent de change, vit dans l’immeuble parisien où il est né. Il ne sait presque rien des femmes espagnoles qui vivent au 6ème étage, dans les chambres de bonnes… et qui, à l’époque, étaient effectivement habitées par les bonnes travaillant chez les habitants de l’immeuble. Un jour, il embauche l’une d’entre elles, Maria, dont la jeunesse, la beauté et la gentillesse le touchent. Elle va lui faire découvrir un autre monde, une autre culture, plus gaie, plus exubérante, loin des conventions dans lesquelles il a toujours vécu.

Avant de vraiment rentrer dans le vif du sujet, j’évoquerai rapidement la limite que connait toujours ce genre de films. Le message « pour être heureux, il vaut mieux être pauvre » est parfois particulièrement convaincant au cinéma. Dans la vraie vie, cette idée se vérifie déjà nettement moins souvent et on s’aperçoit très vite que les valeurs humaines des individus ne sont nullement corrélées à leur niveau de revenu, que ce soit dans un sens ou un autre.

Voilà, parenthèse refermée, car là, nous sommes au cinéma, le pays où les princes épousent les bergères. Il n’est pas question de faire mon rabat-joie plus longtemps, car Les Femmes du 6ème Etage est à consommer sans modération. Alors bien sûr, l’histoire racontée est éternelle et déjà vue mille fois sous une forme ou sous une autre. Mais Philippe le Guay le fait ici avec une infinie intelligence, ce qui fait de ce film un vrai moment de bonheur enthousiasmant.

Déjà parce qu’il n’y a aucune méchanceté gratuite. Il décrit les fractures sociales réelles entre les personnages, mais sans jamais juger qui que ce soit. Il n’y a ni méchants, ni gentils. Jutes des gens qui s’ignorent. Alors bien sûr, on a plus de tendresse pour ces bonnes espagnoles à la joie de vivre communicative que pour la mangeuse d’hommes, coqueluche des salons parisiens (interprétée par la sublime Audrey Fleurot… Au fait, quand est-ce qu’elle arrive la suite d’Engrenages ??!!!). Même la concierge raciste n’est pas inutilement clouée au pilori. Bref, un film humaniste sur la diversité des situations et des caractères et les barrières absurdes qui se dressent parfois entre les gens.

Ensuite, si le message peut sembler très beau et assez simple à comprendre, il aurait pu être à l’origine d’un film complètement cucul ou tombant dans l’émotion de bas étage. Il n’en est rien, car Les Femmes du 6ème Etage a le bon coup de chercher, et surtout de réussir, à avant tout être drôle. Encore une fois, les différences culturelles constituent un élément de base d’un nombre incalculable de comédie, mais toutes n’ont pas la chance d’être interprétée par Fabrice Luchini.

lesfemmesdu6emeetagePourtant, entre Fabrice Luchini et moi, ce n’est pas toujours une folle histoire d’amour. Je lui reconnais un talent rare, mais aussi une tendance au cabotinage et à jouer toujours exactement sur le même registre. Mais là, je dois bien l’admettre, il est tout simplement parfait. Il porte le film largement sur ses épaules, lui insufflant une très large part de son énergie comique, mais sans jamais en faire trop ou chercher à tirer inutilement la couverture à lui. Bon, il faut dire que son rôle ressemble par certains côtés (mais pas du tout par d’autres) à son personnage dans Potiche, autre exemple de film social rigolo très réussi.

Mais Le Femmes du 6ème étage, c’est avant tout et comme son nom l’indique, un film avec beaucoup de femmes dedans. Je passerai rapidement sur Sandrine Kiberlain, parfaite dans son rôle de bourgeoise qui plane à mille kilomètres au-dessus des réalités du monde. Mais je m’attarderai sur la très belle et très talentueuse Natalia Verbeke, que l’on avait déjà pu admirer dans quelque peu controversée Gal, aux côtés de José Garcia. Que son charme naturel soit capable de bouleverser à ce point la vie d’un homme se devait d’être crédible. Heureusement, elle en possède largement assez pour que cela soit le cas et nous aussi, on aimerait bien quitter nos beaux appartements pour une chambre de bonne, si c’est pour vivre à ses côtés.

Les Femmes du 6ème Etage est donc un film vraiment drôle, très touchant, résolument optimiste, parfaitement réussi et avec du fond, ce qui ne gâte rien.

Fiche technique :
Production : Les films de la Suane, France 2 cinéma, Canal +, Cinecinema
Distribution : SND
Réalisation : Philippe Le Guay
Scénario : Philippe Le Guay, Jérôme Tonnerre, Sylvie Koechlin
Montage : Monica Coleman
Photo : Jean-Claude Larrieu
Décors : Pierre-François Limbosch
Musique : Jorge Arriagada
Durée : 106 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Jean-Louis Joubert
Sandrine Kiberlain : Suzanne Joubert
Carmen Maura : Conception
Natalia Verbeke : Maria
Lola Duenas : Carmen
Nuria Solé : Teresa
Concha Galan : Pilar

LE DISCOURS D’UN ROI : La voix de Colin

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lediscoursdunroiafficheAux prochains Oscars, deux statuettes semblent déjà attribuées, selon beaucoup de commentateurs. Pour la meilleure actrice, Natalie Portman est de loin la mieux placée et, à mon humble avis, c’est entièrement mérité. Pour le meilleur acteur, le trophée a longtemps été promis à Jesse Eisenberg, le formidable Mark Zuckerberg de The Social Network. Puis les pronostics se sont subitement retournés au profit de Colin Firth, qui incarne le Duc d’York dans Le Discours d’un Roi. Un film dont le sujet pouvait sembler bien léger à la base, mais qui se révèle finalement comme le meilleur de ce début d’année.

Le Duc d’York, second fils de George V, Roi d’Angleterre, est atteint d’un terrible bégaiement qui l’empêche quasiment de prendre la parole en public. Son épouse le pousse à consulter tous les docteurs et orthophonistes possibles et imaginables, pour autant d’échecs. Jusqu’à ce qu’il se rende chez Lionel Logue, aux méthodes pas réellement orthodoxes.

Faire un film de près de deux heures sur des cours d’orthophonie, voilà un défit qui pouvait sembler difficile à relever. Evidemment, le Discours d’un Roi nous parle de beaucoup d’autres choses, mais la relation entre le prince et son docteur constitue plus qu’un fil rouge. C’est réellement là le cœur et même le corps de ce film remarquable. C’est surtout la révélation d’un réalisateur de très grand talent, qui n’avait à sa filmographie, jusque là, que quelques téléfilms ou séries de seconde zone.

Le Discours d’un Roi n’est pas pour autant un film parfait. Dès la première seconde, on est absolument passionné et avide de connaître la suite de cette histoire. Et puis, au bout d’un moment, on s’attend tout de même à un rebond de l’intrigue. Il tarde quelque peu à venir, avant un final absolument magnifique. Ce léger trou d’air ne gâche pas réellement le plaisir que l’on peut avoir face à ce film qui reste un très bon moment de cinéma.

Ce film m’a rappelé d’une certaine manière The Social Network. Non que les sujets soient proches, mais il y a là deux grands moments de l’art de la narration. L’intérêt que présente une histoire tient évidemment à son contenu, mais aussi par la manière de la raconter. Il y a dans Le Discours d’un Roi un travail de mise en scène, au sens le plus fort du terme, absolument remarquable. Sans cela, cette histoire aurait pu tout aussi bien plonger le spectateur dans le plus grand ennui et ne présenter strictement aucun intérêt.

lediscoursdunroiLe Discours d’un Roi aurait pu être une histoire classique de relation mentor-élève. Mais cette fois-ci, l’élève est un potentiel futur Roi d’Angleterre et le maître un obscur orthophoniste sans référence. Là repose évidemment tout l’intérêt de cette relation contre nature, où les rôles doivent s’inverser dans le secret du cabinet du médecin. Cela enrichit considérablement le propos et constitue un des facteurs clés qui le rendent passionnant.

Le Discours d’un Roi figurera dans les plus grands rôles de la carrière de Colin Firth. D’ailleurs, je ne comprends même pas qu’une version française peut exister pour ce film où la performance d’acteur repose en grande partie sur la diction. Je n’ai rien contre l’acteur qui le double, mais bon… Enfin, on a déjà beaucoup parlé de Monsieur Bridget Jones à l’occasion de la sortie de ce film, alors je voudrais insister sur les interprétations remarquables de Geoffrey Rush et Helen Bohnam-Carter. On n’assiste pas ici simplement à un numéro d’acteur exceptionnel, mais à un triple dose de bonheur.

Le Discours d’un Roi est à mon sens le film le plus marquant de ce début d’année cinématographique un peu tristounette. Un film étonnant qui marque, espérons-le, les débuts d’un futur très grand réalisateur.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company, UK Film Council, Momentum Pictures, Aegis Film Fund, Molinare London, FilmNation
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Tom Hooper
Scénario : David Seidler
Montage : Tariq Anwar
Photo : Danny Cohen
Décors : Eve Stewart
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 118 mn

Casting :
Colin Firth : Le Roi George VI, Duc de York
Helena Bonham-Carter : La Reine Elizabeth, Duchesse de York
Geoffrey Rush : Lionel Logue
Guy Pearce : Le Roi Edouard VIII
Michael Gambon : Le Roi George V
Derek Jacobi : L’archevêque Cosmo Langi
Timothy Spall : Winston Churchill