UNE EXECUTION ORDINAIRE : Un film bien ordinaire

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uneexecutionordinaireafficheParfois, le cinéma français se contente de peu. J’ai malheureusement envie de dire souvent, trop souvent. Mais malgré cela, une bonne partie des critiques crient tout de même au génie. C’est exactement mon sentiment avec Une Exécution Ordinaire, dont les qualités sont indéniables, mais qui manque de souffle cinématographique.

En 1952, Anna est une médecin que beaucoup connaissent pour ses qualités de magnétiseur et sa capacité à soulager la douleur. Mais ce genre de pratique est mal vu du pouvoir et elle est à la merci d’une dénonciation. Un jour, la police vient la chercher. Mais la destination est inattendue puisque c’est au Kremlin qu’on l’emmène, à la demande de Staline en personne. Mais un Staline vieillissant, prêt à tout pour échapper aux douleurs qui l’assaillent. Cependant, un secret absolu est exigé et il n’hésitera pas à demander à Anna les plus grands des sacrifices.

Une Exécution Ordinaire est un vrai faux grand rôle. Bien sûr, André Dussolier est plutôt convainquant en Staline et pas uniquement grâce au travail assez fabuleux de maquillage. Mais voilà, l’ambition réelle qui habite Marc Dugain tourne vite à la caricature. Les réflexions qu’il prête à Staline sur sa condition de dictateur sont censés apporter un éclairage nouveau sur ce personnage historique complexe, mais ressemble parfois à des tirades d’un mauvais space-opera. Je sais que certains ne seront pas du tout d’accord, mais personnellement, c’est un peu l’impression que ça m’a donné.

Et puis, le vrai problème de Une Exécution Ordinaire, c’est que le numéro d’acteur de André Dussolier écrase tellement le film qu’il fait passer au second plan l’histoire d’Anna, alors que c’est en principe le cœur de l’histoire. Il faut savoir qu’à l’origine, le film est tiré d’un livre de Marc Dugain lui-même dont cette histoire n’est qu’une des sept parties. Cet ouvrage retrace l’histoire et l’évolution de la Russie de la mort de Staline à nos jours. Cette mise en perspective des évènements est donc totalement absente et cela retire une large partie de l’intérêt de la dimension politique de ce film. Du coup, cette dernière nuit beaucoup plus à l’intrigue principale qu’elle ne l’enrichit.

Un reproche qu’on ne pourra pas faire à une Exécution Ordinaire est d’avoir bâclé le travail de reconstitution. J’ai déjà évoqué le maquillage, mais les costumes et les décors sont eux-aussi remarquables. Mais à côté de ça, Marc Dugain, pour son premier film, manque un petit peu d’imagination derrière la caméra. La sobriété est parfois une vertu, mais ici, elle contribue à l’impression générale que tout est basé sur la prestation d’André Dussolier pour ce qui est de l’aspect artistique. Pourtant, il n’y aurait rien eu de contradictoire avec un travail plus intéressant de mise en scène.

uneexecutionordinaireLe casting aurait pu être également un atout. En dehors d’André Dussolier, Marina Hands livre ici une performance remarquable, même si on peut la trouver un peu timide dans son expression. Les apparitions de Tom Novembre et Denis Podalydès sont également réjouissantes. Par contre, le choix d’Edouard Baer pour interpréter le mari est pour moi une erreur de casting. Malgré tout son talent et une prestation tout en retenue, il n’arrive pas à nous faire croire qu’il est un physicien russe des années 50. Peut-être parce qu’il est encore trop inconsciemment marqué par son registre habituel pour être vraiment crédible dans des rôles plus sérieux.

Un André Dussolier nous livrant un vrai numéro d’acteurs et un contexte tout de même intéressant ne sont malheureusement pas suffisant pour faire de Une Exécution Ordinaire autre chose qu’un film bien ordinaire.

Fiche technique :
Production : F comme film, Studiocanal, France 3 cinéma
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Marc Dugain
Scénario : Marc Dugain d’après son propre livre
Montage : Fabrice Rouaud
Photo : Yves Angelo
Décors : Yves Fournier
Son : Pierre Gamet, Sylvain Malbrant
Durée : 105 mn

Casting :
Marina Hands : Anna
André Dussollier : Staline
Edouard Baer : Vassili
Denis Podalydès : Le concierge
Tom Novembre : Le directeur de l hôpital
Grégory Gadebois : le chef de service 

UN AIR DE DEJA VU…

psglorient

psglorientLes deux premiers articles de ce blogs, datés des 14 et 15 janvier 2007, traitait d’un PSG mal en point, ce qui avait abouti au limogeage de Guy Lacombe et l’arrivé de Paul Le Guen. Et bien, dans leur grande gentillesse, les joueurs parisiens ont décidé de boucler la boucle pour revenir au point de départ. Après tout, la constance est une qualité comme une autre…

Bon, comment en est-on arrivé là ? Ou plutôt revenu là ? Déjà, ce qui fait la beauté du football, c’est tout de même que tout ne tient qu’à un petit rien. Un gardien qui sort le match de sa vie, une expulsion alors que l’on mène au score, un but refusé pour un hors-jeu inexistant et trois victoires se transforment en trois défaites. Si le PSG avait pris 9 points au lieu de 0, on parlerait au contraire d’une équipe en pleine confiance, combien même la qualité de jeu serait à peu près la même.

Mais voilà, c’est bien 0 point qui ont été pris, pas 9. En football, comme ailleurs, la chance cela se provoque. Un tir sur le poteau c’est autant du ressort du manque de bol que de le maladresse. Le parcours de Bordeaux l’année dernière a prouvé qu’un moral à tout épreuve, et accessoirement un fond de jeu, pouvait permettre de renverser systématiquement des situations compromises par des évènements contraires. Et il est évident que le PSG ne possède à ce jour ni l’un, ni l’autre.

Faut-il pour autant désespérer ? Non pas forcément. Le football est une histoire de dynamique et ces dernières peuvent s’inverser brutalement et complètement…ou pas. Mais bon, quand on voit Grenoble mettre un 5-0 à Auxerre, on se dit que le football réserve souvent bien des surprises. C’est pour ça qu’on l’aime… même si rien ne nous assure jamais qu’elles soient bonnes.

IN THE AIR : Waouh !

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intheairafficheIl y’a des films dont on sort en disant simplement « wouah ! ». On est trop sous le choc pour dire autre chose. Il y’a cependant plusieurs sortes de « wouah ! ». Il y’a le « wouah ! » que je qualifierais de purement cinématographique, comme après un Slumdog Millionnaire ou un Avatar, des films qui ont su exploiter la quintessence du cinéma, ce mélange d’un scénario, d’images spectaculaires, de son et de musiques. Mais il y’a aussi le « waouh » que je qualifierais d’émotionnel, comme après un Les Noces Rebelles. Quand un film vous touche au plus profond de vous-même. Ce « wouah ! », on peut aussi le pousser après avoir un livre ou une pièce de théatre. Ce « wouah ! », je l’ai poussé à la fin de In The Air.

Ryan Bingham passe plus de 300 jours par ans en déplacement à travers les Etats-Unis. Son métier : annoncer à des employés leur licenciement et donner des conférences sur la nécessité de ne s’attacher à rien ni personne. Il passe plus de temps dans les avions que dans son appartement. C’est là-haut qu’il se sent chez lui. Mais deux femmes vont bousculer son quotidien : Alex, qui mène la même vie que lui, qu’il rencontre dans un hôtel et avec qui il débute une liaison. Natalie, jeune diplômée qui pense pouvoir révolutionner son travail et qu’il emmène avec lui pour lui faire découvrir la réalité de son métier.

Bon, commençons par l’essentiel… George. Comment ça George qui ? Bah George Clooney, quelle question ! Cet acteur, et j’ai envie de dire cet homme, je ne pensais pas qu’on pouvait l’aimer plus que moi avant de voir In the Air. Bah si, en fait, c’est bien possible. Car on peut l’aimer autant que moi après avoir vu ce film. Parce que dire qu’il est génial dans ce rôle de célibataire solitaire résonne presque comme une insulte à l’extraordinaire talent, à la prodigieuse classe dont il fait preuve ici. Bref, il y’a des rôles, comme ça, dans une carrière d’un acteur, qui semblent avoir été écrit exprès pour lui. Un rôle où l’acteur ne joue plus, se contentant d’être. S’il y’en a qui trouvaient que George Clooney, ce n’était au fond qu’une très belle gueule et quelques grimaces, changeront sans aucun doute d’avis en voyant ce film.

Il est rare qu’un film puisse toucher tout le monde. On est forcément, selon son passé, son parcours, plus ou moins prédisposé à s’identifier, à se sentir concerné par une histoire. Si vous vous êtes marié à 23 ans, n’avez connu qu’une seule femme dans votre vie, que vous êtes casé, rangé et que vous trouvez que c’est le comble du bonheur et ne comprenez pas pourquoi ne fait pas comme vous, alors, oui, peut-être, In the Air peut vous laisser indifférent, au mieux vous amuser. Dans le cas contraire, il y’a des chances que vous ressentiez cette impression si rare et si délicieuse que le film que vous regardez a été écrit exprès pour vous, rien que pour vous. Et si vous êtes une femme… Oui bah là, c’est trop compliqué pour moi…

intheairBon maintenant, je demande à tous ceux qui ont l’intention de voir ce film de sortir de ma critique. Parce que lire ce que je vais raconter serait gâcher le plaisir et ça serait vraiment dommage. Presque un crime. Donc voilà… a y’est, tout ceux qui doivent partir sont partis ? C’est bon, je peux recommencer…1…2…3.. C’est parti ! Alors si In the Air est un film si formidable, c’est aussi parce qu’il ne nous emmène pas du tout là où on s’y attend. Sans rien dévoiler, il y’a un moment dans le film où tout est remis en cause, tout change de perspective. C’est amusant parce qu’il y’a un moment dans le film où je me suis demandé si ça n’allait pas finir comme ça. Et puis, je me suis dit « non, ce n’est pas possible » et je n’y ai plus pensé. Evidemment, si vous devinez à l’avance ce qui va se passer, je pense que l’impact du film tout entier ne sera pas le même. Bref, j’en ai déjà assez dit. Retenez simplement que le scénario de ce film est infiniment plus subtil et surprenant que ce que l’on pouvait penser au premier abord… et ce que la première heure nous fait penser.

In the Air est donc un film magnifique, touchant et intelligent. Il est aussi réellement drôle et pourra séduire un large public. Et certains seront même profondément marqués par ces personnages qui ont forcément un peu de chacun d’entre nous.

Fiche technique :
Production : Paramount pictures, Cold Spring Pictures, DW Studios, Rickshaw prod., Montecito Picture company, Right of Way Films
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jason Reitman
Scénario : Jason Reitman, Sheldon Turner, d’après le roman de Walter Kirn
Montage : Dana E. Glauberman
Photo : Eric Steelberg
Décors : Steve Saklad
Musique : Rolfe Kent
Costumes : Danny Glicker
Durée : 110 mn

Casting :
George Clooney : Ryan Bingham
Vera Farmiga : Alex
Anna Kendrick : Natalie Keener
Jason Bateman : Craig Gregory
Danny McBride : Jim
Melanie Lynskey : Julie Bingham

UN DSK QUI SURGIT HORS DU FMI…

Dominique-Strauss-Kahn

Dominique-Strauss-KahnAh ça devait bien finir par le titiller… Certes, il est bien payé, il a un boulot sympa, New York n’est pas le pire endroit où vivre… Mais voilà, quand on est un homme politique français de premier plan, même si on essaye de se convaincre du contraire, et bien on veut être PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ! Et DSK comme les autres !

Globalement, un homme politique français soit il est candidat à la Présidence, soit il ne l’est pas… parce qu’il sait qu’il n’a aucune chance, sinon il le serait. On peut entamer ici le débat passionnant sur les vertus et les vices de la Vème République et de la « Présidentalisation » du régime, mais tel n’est pas mon propos ici.

Non, je veux juste dire quelques mots sur le coureur de jupons le plus célèbre depuis Bill Clinton, à savoir Dominique Strauss-Kahn. Les journaux se sont emparés de la question sur une éventuelle candidature de sa part depuis un moment déjà. Sondages, analyses, conjonctures, tout était bon pour étayer le sujet. Mais ça y’est, il l’a avoué des bouts des lèvres, il n’exclut rien. Et quand on n’exclue pas en politique, c’est qu’on y va tout droit !

On sent bien dans les médias une envie de le voir revenir pour devenir le candidat du PS aux prochaines élections présidentielles. Alors que les modalités des primaires ne sont pas encore connues, on n’a l’impression que le choix de la presse est fait. C’est DSK qu’il faut opposer à Sarko en 2012. Ce choc de Titans est alléchant et fera vendre beaucoup de papiers, soyons en sûr. Un duel contre Aubry n’aurais sûrement pas la même saveur.

DSK aurait de réelle chance de s’imposer s’il était désigner candidat du PS. Mais sa situation médiatique ressemble à celle de Ségolène Royale en 2006, lors de la campagne interne. Elle était la meilleure candidate parce qu’on avait décidé qu’elle l’était, donc elle l’était. Bref, on est face à une prophétie auto-réalisatrice et la campagne de 2007 a montré que ce genre de mécanisme de décision possédait quelques limites.

DSK profite de son éloignement de la vie politique française, et du PS, en particulier pour semblée au-dessus de la mêlée politicienne. Mais le système de primaires qui se dessinent, quelque soit la forme qu’elles prendront au final, le forcera à y replonger très vite. Et là, Aubry et d’autres ont encore une petite longueur d’avance…

LES TONTONS FLINGUEURS : Culte national

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lestontonsflingeursafficheUn film comme les Tontons Flingueurs fait partie du patrimoine national au même titre que la Tour Effeil, le Penseur de Rodin ou le Bolero de Ravel. Une œuvre dont la dimension mythique et culte dépasse de loin ses pures qualités cinématographiques. Ce genre chose ne s’explique pas et surtout ne se programme pas. Même si dans le cas de ce film, il est tout de même étroitement associé au nom d’un seul homme. Celui de Michel Audiard.

Fernand Naudin dirige une entreprise de matériel agricole à Montauban. Un de ses amis de retour au Mexique l’appelle à son chevet à Paris. Ce dernier est mourant. Mais c’est aussi un truand à la tête d’une organisation importante. Avant de s’éteindre, il confie ses affaires à Fernand qui avait pourtant raccroché depuis longtemps, à la grande fureur de ses anciens « associés ». Mais Fernand n’hérite pas que d’une organisation criminelle. Il hérite également de l’éducation de la nièce de son ami.

Les Tontons Flingeurs est sûrement le film français pour lequel l’expression « réplique culte » prend le plus son sens. Michel Audiard y tient là le chef d’œuvre de sa carrière, celui qui fait de lui un artiste intemporel dont le nom raisonne encore après sa mort. Allez, faisons nous plaisir avec deux petites pour la route : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît » et « Au 4 coins d’Paris qu’on va l’retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle… » Bref, de grands moments de bonheur dont on ne se lasse pas et qu’on peut se répéter encore et encore avec le même plaisir.

Comme beaucoup de grandes œuvres, les Tontons Flingueurs ne connut pas un succès commercial extraordinaire. 450 000 entrées lors de sa sortie en salle, même pour l’époque, c’était un score tout juste honnête. Mais ce film s’est imposé peu à peu comme un monument du cinéma français. Si une qualité d’une œuvre ce juge sur son succès sur la durée, alors ce film mérite bien son titre de chef-d’œuvre.

lestontonsflingeursMais pour que des dialogues soient réellement savoureux, il faut des acteurs pour les dire. Et quels acteurs ! Lino Ventura tout d’abord qui même s’il fera toujours un peu le même rôle pendant toute sa carrière le fit avec tant de talent que chacun de ses apparitions est un régal. Dans un registre comique cette fois-ci, il est pour beaucoup dans le succès intemporel des Tontons Flingueurs. A ses côtés une ribambelle d’acteurs appartenant à la légende du cinéma français : Bernard Blier, Francis Blanche, Jean Lefebvre (ah s’il avait pu tourner que dans des films de cet acabit…), Claude Rich en jeune premier (et oui, même les vieux acteurs ont été jeunes) et Robert Dalban. Le formidable Robert Dalban, dont le nom ne dit pas grand chose à la plupart des gens, mais qui apparaît dans 221 films entre 1934 et 1986, faisant de lui LE second (voir même souvent troisième) rôle du cinéma français.

Et puis n’oublions pas que Michel Audiard n’est que le dialoguiste des Tontons Flingueurs. Georges Lautner en est le réalisateur. Un des réalisateurs les plus prolifiques de l’histoire du cinéma français, dont la filmographie comporte d’autres perles : les Barbouzes, le Professionnel, Le Guignolo… Mais jamais il ne retrouvera l’étincelle de génie inexplicable qui s’allume dans les Tontons Flingueurs.

Audiard, Lautner et Ventura, un savant équilibre de talents qui nous offre un film inoubliable que l’on n’est pas prêt d’oublier.

Fiche technique :
Réalisation : Georges Lautner
Scénario : Albert Simonin, d’après son roman Grisbi or not grisbi et Georges Lautner (non crédité)
Dialogues : Michel Audiard
Musique : Michel Magne
Décors : Jean Mandaroux et Jacques d’Ovidio
Photographie : Maurice Fellous
Ingénieurs du son : Antoine Archimbaud et Daniel Brisseau
Montage : Michelle David
Producteurs : Alain Poiré (délégué), Robert Sussfeld et Irénée Leriche
Format : Noir et blanc (Laboratoire GTC) – 1,66:1 – Mono (Le Poste parisien) – 35 mm
Genre : comédie, film de gangsters
Durée : 1h46

Casting :
Lino Ventura : Fernand Naudin
Bernard Blier : Raoul Volfoni
Francis Blanche : Maître Folace, le notaire de Louis « le Mexicain »
Sabine Sinjen : Patricia, la fille de Louis « le Mexicain »
Claude Rich : Antoine Delafoy, le petit ami de Patricia
Robert Dalban : Jean, le majordome
Jean Lefebvre : Paul Volfoni, le frère de Raoul
Horst Frank : Théo
Venantino Venantini : Pascal
Mac Ronay : Bastien (doublé par André Weber)
Charles Régnier : Tomate
Pierre Bertin : Adolphe Amédée Delafoy, le père d’Antoine
Jacques Dumesnil : Louis « le Mexicain » 

UNE PETITE VIREE POUR LES FONCTIONNAIRES ?

ericwoerth

ericwoerthVoici donc la nouvelle trouvaille du gouvernement, si on en croit les journaux de ce matin : on va enfin pouvoir virer les fonctionnaires ! Il était temps…

Pour avoir passé un mois à trier des papiers dans une recette des impôts, et surtout pour avoir eu un père qui a eu à gérer des services administratifs et nous faisait le récit de certains spécimens qu’il avait sous ses ordres, je sais que le mythe du fonctionnaire qui n’en fout pas une et qui se plaint quand même tout le temps n’est pas qu’un mythe justement… il existe bel et bien !

Les premières victimes de ce genre de personnage sont… ses collègues qui sont bien obligé de faire le boulot à sa place. Je peux témoigner que ça peut créer de vraies tensions au sein des services. Et puis, soyons honnêtes, des personnes comme cela, il en existe dans toutes les entreprises… simplement elles doivent faire preuve d’un peu plus de subtilité pour se planquer et faire comme si..

De toute façon, tout cela va changer puisque, grâce au magnifique intellectuel qu’est Eric Woerth, l’administration va pouvoir se débarrasser de toutes ces grosses faignasses ! Sauf que… pas du tout…

Ne plus assurer aux fonctionnaires la sécurité de l’emploi en cas d’incompétence ou de refus de travailler pourrait éventuellement se concevoir. A la fois, un fonctionnaire qui est payé à ne rien faire vole de l’argent public et donc l’argent des pauvres dont les services publics forment le seul patrimoine et la seule protection. Evidemment, ça serait une révolution totalement inenvisageable politiquement. Et puis, reste à savoir si cela servirait à grand chose.

Les fonctionnaires sont souvent la cible des critiques du café du commerce, criant leur haine contre ce statut bardé de privilèges. Ce à quoi, on peut répliquer un argument massue et imparable : « bah dans ce cas, pourquoi vous n’avez pas passé le concours ? ». Bah oui, au fait pourquoi ?

Si j’applique cette question à moi-même, la réponse est double. Déjà, même si ma situation actuelle ne me donne pas raison, je n’ai pas du tout envie de suivre la grille salariale de la fonction publique. Je suis bien placé pour savoir qu’on peut bien gagner sa vie en fin de carrière… mais en fin de carrière… et pendant sa retraite. Si possible j’aimerais profiter de mon argent avant cet âge-là !

L’autre élément qui me bloque, c’est le manque de mobilité en termes de métiers exercés. Mon job actuel ne ressemble pas du tout à mon job précédent et j’en suis très heureux… Enfin pas uniquement parce que je n’aimais pas du tout ce dernier. Cette diversité n’est possible que dans le privé, généralement en changeant régulièrement d’entreprises. En France, on devient fonctionnaire d’un ministère et d’un seul… enfin jusqu’à présent.

Certains me trouveront sévère dans mon jugement sur les carrières au sein de l’administration. La carrière de mon père est là pour le prouver… à la différence qu’il a du se soumettre à une mobilité géographique qui aurait pu être très problématique si ma mère avait travaillé. Bref, je n’ai pas cherché à être fonctionnaire tout simplement parce que je trouve que les inconvénients sont supérieurs aux avantages. Je me garde donc bien de leur cracher dessus à tout bout de champs ! 

Mais n’est-il pas dommage que quelqu’un comme moi (je vous laisse juge de mettre ce que vous voulez derrière ce « comme moi ») ne soit pas attiré par une carrière dans l’administration ?  J’aurais pourtant heureux de consacrer ma vie professionnelle à la puissance publique. Enfin, je me rattrape par mes activités d’élu. Une des solutions qui pourraient m’attirer serait un décloisonnement entre les ministères permettant d’effectuer dans l’administration une carrière aussi riche et variée que dans le privé. Bah ce n’est pas ce que propose le gouvernement ? De quoi je me plains encore ?

Certains me trouveront sévère dans mon jugement sur les carrières au sein de l’administration. La carrière de mon père est là pour le prouver… à la différence qu’il a du se soumettre à une mobilité géographique qui aurait pu être très problématique si ma mère avait travaillé. Bref, je n’ai pas cherché à être fonctionnaire tout simplement parce que je trouve que les inconvénients sont supérieurs aux avantages. Je me garde donc bien de leur cracher dessus à tout bout de champs !

Pour avoir envie de mener une carrière entre différents corps d’Etat, il faudrait que je puisse le faire volontairement. Démissionner d’une entreprise pour en changer est un choix personnel dans le cadre d’un plan de carrière que l’on a soi-même établi. C’est très différent de la mobilité interne subie et imposée et qui sert de moyen de chantage envers les employés sous peine de licenciement. C’est un des fléaux meurtriers du management moderne, France Telecom est là pour le prouver. Il y’a des techniques de management qui peuvent mettre du sang sur les mains de ceux qui la pratique…

… Et bien, notre gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de chercher à introduire ces mêmes techniques dans la fonction publique. Bref, de rendre les carrières publiques encore moins attractives, sans même parler des drames que cela pourrait entraîner (bon, soyons honnête, y’a encore du chemin avant d’en arriver là). Encore une fois, il nous montre à quel point il se sert d’un soit-disant pragmatisme pour imposer une idéologie socialement funeste et dont l’inefficacité a été maintes fois démontrée par les faits.

Mais pour faire plaisir aux petits copains du CAC 40 et flatter les bas instinct de son électorat, qu’est ce qu’on ne ferait pas ! Et puis, pendant que les salariés du privé sont encouragés à témoigner leur haine envers les fonctionnaires, ils oublient de se révolter contre ceux qui décident de limiter les bas salaires pour payer des dividendes,  qui pompent 50% de ces mêmes salaires sous forme de loyers et qui, pour la peine, ont le droit de bénéficier du bouclier fiscal. Et ça, c’est une des missions pour laquelle notre gouvernement consacre toute son énergie !

ET DE 3 QUI FONT LA LEGENDE !

francechampionnedeurope2010handball

francechampionnedeurope2010handballAlors là, messieurs, bravo ! Chapeau bas ! Félicitations ! Et que sais-je encore ! En devenant championne d’Europe, après avoir été championne du Monde et Olympique, l’Equipe de France de handball est tout simplement  entrée tout droit dans la légende de son sport, du sport français en général et, dans une certaine mesure, celle du sport mondial (même si on fait mieux comme sport universel que le handball).

Le plus impressionnant dans la victoire des Bleus, et même j’ai envie de dire dans leur triple victoire, c’est la maîtrise dont ils ont pu faire preuve. Ils étaient les meilleurs et ils n’ont laissé personne rêver une seule seconde pouvoir leur contester ce titre. Tous les matchs importants se sont joués sur le même scénario, comme une évidence, où l’Equipe de France a joué dix minutes à fond pour creuser un écart rédhibitoire, contre des équipes, elles, à bloc de bout en bout.

Le qualificatif de « machine à gagner », poncif dans le domaine du sport, a rarement pu désigner une équipe française, surtout au niveau mondial. Bien sûr, il y’a eu les Bleus de 1998-2000 en football, mais c’est à peu près tout ! Alors pour une fois, on peut savourer de voir une Equipe de France gagner presque trop facilement les compétitions à laquelle elle participe ! Bien sûr, un jour, le cycle s’arrêtera et la défaite sera à nouveau au rendez-vous. En attendant, pour paraphraser une citation célèbre, on peut affirmer : le handball est un sport qui se joue à 7 et où la France gagne à la fin.

INVICTUS : un rêve ovale

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invictusafficheTous les sports ne sont pas cinémagéniques. Si la boxe l’est (Raging Bull), le football ne l’est pas du tout (A nous la victoire). En fait, plus globalement, les sports de combat se prêtent tout à fait à servir de support à un film, les sports collectifs beaucoup moins. Qu’en est-il du rugby qui est un peu les deux ? On ignorait la réponse avant qu’Invictus, le nouveau film de Clint Eastwood, vienne apporter la réponse. Et la réponse est largement positive.

Nelson Mandela vient d’être élu Président de l’Afrique du Sud. Mais l’apartheid est encore présent dans toutes les têtes et divisent toujours profondément la nation. En sport aussi. Les blancs jouent au rugby, les noirs au football. Il décide alors de se servir de la prochaine Coupe du Monde de rugby organisée dans son pays pour enfin unir son peuple.

Invictus est largement plus un film politique qu’un film de sport. Seule sa dernière demi-heure nous plonge vraiment au cœur du terrain. Mais quelle demi-heure ! Honnêtement, j’ai retrouvé en regardant ce film les émotions que j’ai pu vivre en étant moi-même sur un terrain. Filmé largement en caméra suggestive, certains plans vous feront vivre ce que c’est de foncer tête baissée vers trois armoires à glace qui n’ont qu’une seule idée, celle de vous plaquer violemment au sol. Et ce de manière totalement volontaire ! Mais non, jouer au rugby n’a rien de masochiste…Enfin ce n’est pas le débat ici.

Le pari n’était pas évident à relever. Déjà parce que filmer un sport n’est pas facile, surtout quand on est un réalisateur qui ignore tout de ce dernier. Les anecdotes d’ailleurs ne manquent pas concernant l’étonnement de Clint Eastwood sur l’absence de protection… Ah les Américains… Bref, évidemment quand c’est un génie comme notre cow-boy préféré qui s’y colle, malgré la difficulté du challenge, la réussite est au rendez-vous. Il réussit même le double exploit de rendre passionnant la finale contre la Nouvelle-Zélande, qui avait été en vrai très ennuyeuse à suivre en dehors de l’enjeu, et surtout de faire de Matt Damon un François Pienaar crédible, malgré une légère différence de gabarit entre l’acteur et son modèle.

invictusAlors, évidemment, on pourra regretter que la demi-finale contre la France, qui fut un magnifique moment de rugby, soit tout juste évoquée. Vous ne verrez donc pas dans Invictus Abdelatif Benazzi échouer à 5 centimètres de l’en-but sud-africain, quelques secondes avant le coup de sifflet final. D’un autre côté, cela nous épargne également de revivre l’arbitrage très particulier de Monsieur Bevan. Les plus pointilleux regretteront que soit passé sous silence le mystérieux empoisonnement de l’équipe de Nouvelle-Zélande quelques jours avant la finale…

Vous l’aurez compris, tout dans Invictus est un peu idéalisé. Ce film cherche à faire passer un message qui va bien au-delà du rugby. C’est d’ailleurs la seule image de Nelson Mandela arrivant sur la pelouse avec le maillot de l’Afrique du Sud que la postérité a retenu. Heureusement, en 1998, tout le monde a oublié Jacques Chirac avec son maillot qui le boudine par dessus sa chemise et sa cravate… mais encore une fois, c’est un autre débat. Ce film nous raconte une moment de légende. Comme toutes les légendes, la vérité est forcément un peu déformée et enjolivée. Mais qu’importe si l’histoire est belle et si le message est fort.

Invictus n’est sans doute pas le Clint Eastwood le plus inoubliable, mais c’est un vrai moment beau moment de cinéma… et d’espoir !

Fiche technique :
Production : Spyglass Ent., Revelations Ent., Mace Neufeld, Malpaso
Distribution : Warner Bros Pictures France
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Anthony Peckham, d’après le livre de John Carlin
Montage : Joel Cpx Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Décors : James J. Murakami
Musique : Kyle Eastwood, Michael Stevens
Costumes : Deborah Cooper
Durée : 132 mn

Casting :
Morgan Freeman : Nelson Mandela
Matt Damon : François Pienaar
Tony Kgoroge : Jason Tshabalala
Patrick Mofokeng : Linga Moonsamy
Matt Stern : Hendrick Booyens

MERCI ROGER !

rogerfedereraustralie2010

rogerfedereraustralie2010Vendredi matin, en suivant la demi-finale de l’Open d’Australie entre Roger Federer et Jo-Wilfried Tsonga, j’étais un peu fâché. Perdre contre le numéro 1 mondial n’a rien de déshonorant, mais le score très sec donnait à penser que le numéro 1 français était tout simplement passé à côté de son match, affichant des lacunes mentales indignes d’un sportif de haut niveau qui ne peut plus brandir l’inexpérience comme excuse. Et puis, ce matin, j’ai vu la finale en direct à la télé…

Bien sûr, le score fut un tout petit peu plus serré. On a même cru un instant que Andy Murray allait réussir à remporter le 3ème set. Mais un instant seulement, car dès qu’il fut en danger, Roger Federer a serré le jeu et remporter les points qu’il fallait pour gagner en 3 sets et s’adjuger ainsi son 16ème titre du Grand Chelem comme à la parade.

Le niveau de jeu produit par Federer ce matin fut tout simplement prodigieux. On ne peut même pas considérer que Murray a fait un mauvais match. Le Suisse était tout simplement intouchable et on peut douter que quiconque aurait pu le battre ce matin. Il est incontestablement le meilleur joueur de l’histoire et nul ne pourra plus lui contester ce titre.

Oui mais Nadal a des soucis physiques… Certes, mais les soucis physiques viennent des fondements de son jeu qui martyrisent trop son corps pour être supportables indéfiniment. Le jeu de Federer  est quant à lui du pur génie car il ne donne pas l’impression d’être le plus rapide, le plus endurant, celui qui cogne ou qui sert le plus fort. Mais il est simplement le plus fort… et de loin !

L’âge avançant, le début d’un vrai déclin ne fait que se rapprocher. Mais il est peut-être encore loin. D’ici là, il aura encore bien des occasions pour nous livrer des moments de pur génie comme celui de ce matin. Des moments rares qui restent graver à jamais dans la mémoire de tous ceux qui savent les apprécier. Alors merci Roger !

LOST IN TRANSLATION : Jamais l’ennui n’a été aussi sublime

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lostintranslationafficheRevoir un film que l’on a pas forcément vraiment aimé au cinéma peut s’assimiler parfois à du masochisme. Mais parfois, une seconde lecture peut vous permettre de mieux apprécier une œuvre qui doit s’apprivoiser. C’est souvent vrai en musique, un peu moins évident pour le cinéma. Quand on m’a offert Lost in Translation, je n’allais évidemment pas dire « oui mais tu sais, je me suis un peu fait chier au ciné ». Je me suis donc même décidé à le regarder. Et bien, si je ne suis toujours pas un grand fan de Sofia Coppola, je dois admettre qu’elle a un sens inné, pour ne pas dire génétique, du cinéma.

Bob Harris, star de cinéma, est au Japon pour le tournage d’une pub pour un whisky. Au même moment, Charlotte a suivi son mari photographe et reste seule à l’hôtel et déambule dans les rues de Tokyo. Les deux sont un peu perdus dans cette cité étrange, où la barrière de la langue est infranchissable. Mais ils vont finir par se trouver et affronter ensemble ce monde inconnu.

Raconter l’histoire de gens qui s’ennuient sans ennuyer le spectateur est le défi que Sofia Coppola tente de relever avec Lost In Translation. Comme vous l’aurez compris, il n’est pas pour moi totalement réussi. Aussi sympathiques soient les deux personnages, aussi attendrissante soit leur amitié qui naît malgré la différence d’âge, aussi dépaysant soit l’univers dans lequel ils sont plongés, il manque à ce film un petit souffle scénaristique pour faire dépasser au spectateur le stade de l’intérêt pour l’entraîner vers celui de l’enthousiasme. Enfin, ce n’est pas forcément un avis partagé par tous puisque ce film a reçu l’Oscar du meilleur scénario.

Le choc des cultures est un thème classique dans le cinéma (cf encore récemment Où sont passés les Morgan ?). Mais Lost In Translation ne cherche pas à en faire un ressort comique. Non que ce film soit dénué d’humour, mais Sofia Coppola s’est avant tout , et presque exclusivement, concentré sur Bob et Charlotte. Leur errance dans Tokyo est en fait révélateur de leur errance dans la vie. Et dans ce monde inconnu et étranger, qui leur fait perdre tous leurs repères, ils vont devoir y faire face sans pouvoir se raccrocher à une routine quotidienne.

Lost In Translation est en fait un film inclassable et étrange. Il provoque d’ailleurs des réactions aussi contrastées qu’inattendues chez les spectateurs. Il peut y avoir des personnes totalement hermétiques, les sceptiques comme moi et les enthousiastes. Et ces derniers sont parfois ceux chez qui auraient le moins attendu cette réaction. Il s’agit tout simplement d’un film qui peut vous toucher au plus profond de soi et ce de manière très personnelle. Il est donc impossible de savoir à l’avance quelle sera son impact.

lostintranslationMais s’il y’a une chose sur laquelle tout le monde peut s’accorder, c’est que Lost In Translation est un film éblouissant dans sa forme. Le fond peut toucher ou pas, mais la manière dont il est mis en scène est quant à elle splendide. L’ennui n’a jamais été aussi sublime, j’ai envie de dire. La photographie, la musique, le montage, tout concorde pour faire de ce film un moment de grâce esthétique absolue. Les personnages n’ont pas besoin d’exprimer leurs sentiments, ni même de les faire passer par des mimiques théâtrales, car leurs états d’âmes flottent littéralement dans l’air que Sofia Coppola nous fait respirer.

Et que dire du duo d’acteurs, qui tiennent là peut-être leurs plus beaux rôles respectifs. Tout d’abord, honneur aux dames, la « y’a pas de mot pour dire à quelle point elle est belle » Scarlett Johansson. Bien sûr, son physique avantageux contribue largement à la manière dont elle illumine l’écran, amis il n’y a pas que ça. Et en face d’elle Bill Murray… le trop rare Bill Murray, l’immense Bill Murray, le génial Bill Murray. Il est ici éblouissant et nous livre une performance inoubliable.

Lost In Translation est donc de ces films cultes dont le génie échapper à certains. J’avoue être un peu à la frontière entre les deux sentiments. Mais j’invite, avec toute l’autorité qu’il m’est possible d’avoir, d’inviter chacun à se faire sa propre idée (avec VF totalement prohibée).

Fiche technique :
Production : Focus Features, American Zoetrope, Elemental Films
Distribution : Pathé
Réalisation : Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola
Montage : Sarah Flack
Photo : Lance Acord
Musique : Kevins Shields, Brian Reitzell, Air
Durée : 102 mn

Casting :
Bill Murray : Bb Harris
Scarlett Johansson : Charlotte
Giovanni Ribisi : John
Anna Faris : Kelly