La littérature représente un moyen efficace de découvrir les fondements d’une autre culture. D’aller au-delà des quelques clichés que l’on perçoit par ailleurs. Infiltration de Yehoshua Kenaz, paru en 1986 dans son pays d’origine, est devenu un classique de la littérature israélienne. Il aura fallu attendre 2003 pour le voir traduit en français et publié dans notre pays. L’action de déroule dans les années 60 (même si ce n’est pas évident à saisir à la lecture), le propos a donc perdue son actualité, mais il permet de mieux comprendre ce sur quoi a été bâti la culture de ce pays pas tout à fait comme les autres.
Infiltration nous raconte le service militaire d’un groupe de jeunes Israéliens. L’histoire est racontée par un narrateur, on peut soupçonner un caractère autobiographique au roman (hypothèse totalement personnelle). Dans ce pays profondément marqué par la guerre et les problèmes de sécurité, le service militaire est une période qui marque lui-même profondément la population. Le roman permet de mesurer à quel point il transforme les individus, pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Le roman n’est clairement pas une ode à la culture militariste de son pays. Il la décrit plutôt comme une vraie cause de souffrance. Elle broie certains individus et fait ressort le mal enfoui chez certains.
Infiltration reste une œuvre qui n’est pas facilement accessible. Elle est tellement ancrée dans la culture israélienne qu’il est parfois ardu de saisir toutes les nuances du propos sans en être soi-même imprégnée. On comprend facilement pourquoi elle occupe une place importante dans la littérature de ce pays, en restant plus anonyme ailleurs. C’est une plongée sans filtre, mais qui du coup n’a pas de dimension pédagogique. Or, quand on découvre de manière aussi profonde une autre culture, avoir un guide s’avère fort utile. On ne peut évidemment pas reprocher à Yehoshua Kenaz de ne pas avoir pensé son roman de cette manière. Mais pour un lecteur étranger, cela l’empêche de se montrer totalement enthousiaste.
Quand j’ai commencé le récit que je viens d’achever, j’imaginais l’écrire sur quelques mois, et non en un peu plus de trois ans. Au départ, j’avais prévu de le terminer sur un épilogue intitulé « et maintenant ? ». Cependant, cela n’aurait plus vraiment de sens de l’écrire aujourd’hui. J’aurais pu faire le choix aussi de poursuivre mon récit qui serait devenu « 13 ou 14 ans au Parti Socialiste ». Mais cela n’aurait pas non plus tellement de sens, tant le bloc des dix années entre la défaite de Ségolène Royal et le renoncement de François Hollande constitue un cycle complet avec son début et sa fin. Depuis, c’est une autre histoire qui a commencé à s’écrire et bien difficile aujourd’hui de savoir où elle va mener le Parti Socialiste.
Cela ne veut cependant pas dire que je n’aurais rien à raconter sur ces trois années et demi depuis le début de l’écriture de mon récit. Le PS parisien est un monde particulier qui vaut bien celui des Yvelines. Et j’ai trouvé dans le 18ème une Section d’une autre dimension que celle de Viroflay. Avoir Lionel Jospin comme camarade lors des réunions de Section vous donne l’occasion de quoi nourrir une narration. Les dernières élections municipales ont aussi donné lieu à quelques épisodes savoureux. Peut-être un jour viendra où j’aurais envie d’en tirer quelques lignes et à les partager.
Mais rien n’est moins sûr. Si j’ai eu envie de raconter ces dix années, de 2007 à 2017, ce n’est certainement pas pour cracher dans la soupe ou pour dénoncer quoique ce soit. C’est pourtant facile ou tentant de jouer les donneurs de leçons. Je reconnais que je ne suis certainement pas parvenu à échapper totalement à ce travers. Mais j’espère ne pas ressembler à tous ceux que j’ai croisés, prompts à critiquer, sans se remettre eux-mêmes en question et criant au scandale quand ils ne sont simplement pas parvenus à gagner la confiance des autres.
Ecrire ce récit était avant tout une façon pour moi d’essayer de mieux comprendre ce qui a pu se passer lors de ces dix ans. Passer d’une aussi belle ascension vers le succès à une cruelle chute qui a mené le PS au bord du néant. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais au moins j’ai pu mettre certaines de mes idées et de mes constats au clair et d’avoir une vue d’ensemble des processus de conquête et de déclin.
Si j’ai une conclusion à apporter est que, finalement, l’histoire du PS, comme celle de toute organisation, est une histoire humaine avant tout, largement autant qu’une histoire politique. L’organisation collective est supposée écarter les travers individuels. Je me rends compte aujourd’hui que cette idée est belle sur le papier, mais se heurte à une réalité toute autre. L’histoire que j’ai racontée en est une illustration frappante. Mais je pourrais en raconter des similaires au sein d’entreprises ou d’associations où j’ai pu évoluer. Les organisations humaines souffrent des mêmes défauts que les êtres humains. Si un jour, le PS l’acceptait, il ferait un grand pas en avant…
40 épisodes pour arriver à une conclusion aussi courte… Tout ça, pour ça ! pourrait-on dire… Mais elle me permet de mieux comprendre pourquoi je suis resté « malgré tout ». Je connais beaucoup d’ancien compagnons de route qui me demandent pourquoi j’y crois encore. Je leur répondrais d’abord que tout cela n’est pas une question d’individus, d’organisation ou même d’idéologie. Tout cela est avant tout une question de nature humaine. Alors, je finirais par dire que, tout simplement, ne plus y croire, cela ne serait pas uniquement ne plus croire dans le PS, cela ne serait plus croire dans le fait que l’être humain puisse être meilleur demain. Et ne plus croire en cela, ce ne serait définitivement plus être socialiste. Et ça, ce n’est pas pour demain…
On commence cet avis avec un des plus grands artistes de la scène internationale, l’Australien Nick Cave. Un album intitulé Idiot Prayer, sous-titré Nick Cave Alone at Alexandra Palace, sorti cette année. Un album live où il se retrouve seul avec un piano et sa voix inimitable. L’ambiance est posée et tranquille, ce qui donne un univers moins sombre que d’habitude. C’est beau, mais il y perd un peu de sa personnalité. Evidemment, il reste la voix qui est toujours un vrai régal à écouter. Grâce à elle, l’album est très agréable, à défaut d’être vraiment marquant. Par contre, on en a vraiment pour notre argent avec vingt-deux titres au compteur.
On enchaîne avec une vraie découverte pour moi, l’artiste jazz Melody Gardot et son album Sunset in the Blue. La douceur domine, dans une ambiance très classe. C’est parfois réellement enchanteur, grâce à la voix claire mais chaleureuse de l’artiste. Les accompagnements sont faits avec un piano et/ou une guitare et restent épurés et toujours harmonieux. Les mélodies sont souvent chaloupées, réchauffant l’ambiance hivernale actuelle. Mais c’est la voix qui domine avant tout. La qualité est constante, même si on peut regretter l’absence d’un titre phare qui sort du lot.
On termine avec Jeff Tweedy, le leader du groupe Wilco et qui a signé, avec Love is the King, son quatrième album solo en quatre ans. On est plongé dans une ambiance intimiste, qui permet d’apprécier la belle maîtrise dont fait preuve l’artiste. Le résultat est très agréable, à défaut d’être réellement original. Sa voix donne cependant à sa musique un petit supplément de personnalité. C’est doux et reposant et d’une qualité constante. Cela reste donc du bon son pour nos oreilles.
Peu à peu, je comble les plus gros trous qui font ressembler ma culture à un gruyère (même si le gruyère n’a pas de trous, contrairement à l’emmental… ma culture fromagère est par contre relativement complète). La littérature russe est un domaine que je n’avais guère exploré (peut-être même pas du tout d’ailleurs) jusqu’à présent. La lecture d’Anna Karénine de Léon Tolstoï constitue donc une vraie découverte. Et non des moindres, vue la notoriété de l’œuvre et sa longueur. 900 pages imprimées avec une petite police. Malheureusement, les découvertes ne sont pas toujours des surprises inoubliables.
Si je garderai Anna Karénine tout de même un peu dans mon cœur, c’est parce que c’est le seul roman, à ma connaissance, qui offre une long passage sur les cultures fourragères. Globalement, on parle beaucoup d’agriculture dans ce roman. On parle de beaucoup de choses en fait, diluant presque à l’infini les intrigues principales. Un lecteur assidu de Zola comme moi n’aurait pas dû être trop perturbé. Mais ici, cela prend des proportions encore supérieures. Ce qui m’a plus perturbé, c’est le fait que le personnage d’Anna Karénine tient finalement une place limitée dans cette histoire. A l’origine, Léon Tolstoï voulait l’intituler « Deux mariages, deux couples », ce qui aurait beaucoup mieux traduit le contenu du récit.
Je ne suis donc jamais tout à fait rentrer dans l’histoire d’Anna Karénine. Les personnages n’arrivent pas à prendre toute la force qu’on pourrait attendre. Leur présence dans le récit est trop intermittente. Entre deux de leurs passages se trouvent trop de pages pour qu’on ne les oublie pas un peu. Ou du moins que l’impression qu’ils laissent a largement le temps de s’affadir. L’œuvre a quelque chose d’impressionnante et magistrale, mais parvient trop peu à faire naître l’émotion pour un récit qui traite des grands sentiments et des tourments de l’âme humaine. Même quand le récit devient terriblement dramatique, on reste de marbre. Et c’est finalement tout le roman qui fait cette effet.
En racontant cette histoire, je pourrais mentir en disant que je n’ai jamais envisagé de voter pour Benoît Hamon aux élections présidentielles. Je me suis bien posé la question… pendant les quelques jours suivant les primaires où il a semblé bénéficier d’une dynamique suffisante pour avoir ses chances. Cela ne dura pas longtemps avant qu’on lui colle l’étiquette du Monsieur 6%, score que lui promettait les sondages et qui a bien été le sien.
En racontant toute cette histoire, je me suis toujours évertué à éviter de me décrire comme quelqu’un qui aurait toujours tout prévu et qu’on n’aurait jamais écouté. C’est toujours tentant de le faire a posteriori. Mais un beau jour, j’ai écrit ce billet : https://www.julienbouffartigue.net/index.php/blog-actualites/1992-apprendre-de-ses-victoires. Dans celui-ci, j’écrivais : Benoît Hamon a remporté les primaires en étant l’homme qui défendait une idée forte et tous ses adversaires se sont évertués à en faire le centre du débat et lui offrir la victoire sur un plateau. Qu’il continue sur cette voie s’il compte l’emporter. La principale question est de savoir s’il possède encore des munitions pour reprendre la main. S’il compte s’asseoir à l’Elysée avec le seul revenu universel comme étendard, il va au devant d’une grande désillusion. J’ignore s’il a encore des idées fortes sous le coude. Mais sa victoire sera à ce prix. Et uniquement à ce prix !
Je suis donc en droit de le dire, j’avais anticipé le désastre qu’allait représenter sa candidature. Et pas uniquement à cause de toutes les raisons que j’avais de lui vouer un mépris, voire une certaine forme de haine. J’avais identifié sa faiblesse et il s’est passé exactement ce que j’avais prédit. J’aurais sincèrement préféré que l’histoire me donne tort. Je ne sais pas si cela me confère un titre de gloire, mais cela constitue certainement un des éléments qui m’ont fait m’estimer légitime pour livrer ainsi ma vision de ces dix années.
J’aurais pu, du coup, me tourner vers Jean-Luc Mélenchon. Mais je pense que tous ceux qui m’ont fait l’honneur de me lire savent à quel point cela ne pouvait constituer une option pour moi. Il ne représente pas à mon sens simplement quelqu’un avec qui je peux avoir des désaccords. Je suis même souvent d’accord avec lui, car c’est certainement un des hommes politiques les plus intelligents de notre pays. Mais il défend une conception globale de la société qui est dangereuse. L’histoire a prouvé à de maintes reprises qu’elle provoquait toujours des drames sanglants à chaque fois qu’elle a eu l’occasion d’accéder au pouvoir.
Comme je l’ai évoqué dans le précédent billet, avant d’être rattrapé par la justice, François Fillon paraissait comme l’immense favori de l’élection présidentielle. Sa victoire aurait marqué une alternance droite/gauche, tout ce qu’il y a de plus classique. Le Nouveau Monde aurait peut-être bien du mal à l’admettre aujourd’hui, mais sans les soucis judiciaires du candidat des Républicains et l’incompréhensible choix de ces derniers de ne pas en changer, il n’aurait jamais pu émerger. Emmanuel Macron allait définitivement arriver au pouvoir par défaut et grâce à des circonstances qui n’ont rien à voir avec son talent ou son sens politique. Sans elles, le fait de ne pas s’appuyer sur un bloc militant fort et historique aurait constitué une faiblesse rédhibitoire.
L’enjeu du premier tour devient donc rapidement de savoir qui accompagnera Marine Le Pen au second tour pour finalement l’emporter certainement contre elle. La lutte est serrée. Si je n’ai jamais cru que Mélenchon puisse vraiment y accéder, le score de François Fillon dans les sondages continuent de se maintenir à un niveau étonnant. Or, je refuse de me voir contraint à un second tour entre la représentante du Front National et le représentant d’une droite réactionnaire et conservatrice. Avoir voté Jacques Chirac en 2002 avait déjà été assez douloureux comme ça.
Là encore, je ne veux pas réécrire l’histoire. Je ne le nie pas. L’émergence d’En Marche m’a interrogé. Si vous avez suivi les 39 épisodes précédents, vous imaginez bien que rejoindre un mouvement donnant un grand coup de pied de la fourmilière du militantisme politique me tente l’espace d’un instant. Mais idéologiquement, tout cela me semble trop flou pour que je puisse m’y engager. Je suis en retrait de la vie du PS et tout me pousse à garder cette posture d’attente. Mais mon choix est fait très vite après les primaires citoyennes. Je vais voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour.
La perspective d’un vote d’adhésion, plutôt qu’un vote utile, s’éloigne vite. Les options économiques du programme d’Emmanuel Macron l’éloignent vite du centre gauche, qu’il aurait pu facilement incarner, pour aller chasser sur les terres de la droite. Cyniquement, je ne peux que reconnaître que c’est tactiquement ce qu’il fallait faire. La gauche est en lambeaux et les électeurs comme moi sont résignés à voter pour lui. Pour être sûr d’accéder au second tour, il doit continuer à capter l’électorat qui se serait naturellement tourné vers François Fillon, sans les problèmes judiciaires de ce dernier. J’acte donc vite que je vais voter pour un candidat qui n’est pas sur la même ligne économique que moi. Je me console alors avec le progressisme qu’Emmanuel Macron semble encore afficher sur les questions sociétales. Je vivrais comme une trahison le tournant conservateur de son quinquennat.
Pour le premier tour, je tiens ma place au bureau de vote. Officiellement, je représente… Benoît Hamon. Ce simple fait résume à lui seul à quel point mon univers militant n’est plus qu’un champ de ruines dans lequel je me sens un peu perdu. Le soir, en voyant Emmanuel Macron devancer François Fillon et accéder au deuxième tour, je me sens soulagé. Je sais que Marine le Pen ne pourra pas le battre. Mais, pour moi, qui ai vécu si intensément 2002, la faiblesse de l’écart final restera comme une blessure.
Le jour de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, une page de ma vie se tourne. Non que le PS soit toute ma vie, loin de là, mais elle apporte la conclusion à un long cycle de dix ans faites d’abord de tant de victoires avant une longue agonie. Tout est à reconstruire. Une nouvelle histoire est à écrire… Rendez-vous dans dix ans ?
On commence par un vieux routier, Elvis Costello et son album Hey Clockface, sorti cette année. Une retour après sept ans de silence. On entre tout de suite dans une ambiance sombre et inquiétante. La voix sonne étrangement faux. La musique est dissonante, voire carrément horripilante. Il cherche bien à insuffler de l’énergie dans ses titres, mais elle se dilue dans un manque de maîtrise, étonnant pour un tel artiste. Heureusement, il offre beaucoup de variété, explorant plusieurs styles. Il nous offre tout de même quelques titres sympas, dans une fin d’album de meilleure qualité.
On poursuit avec l’américaine Laura Veirs qui a signé My Echo, son onzième album. La douceur est ce qui domine de sa musique, même si le rythme est parfois un peu heurté. Le ton est parfois un peu plus chaloupé et cela donne alors un résultat plutôt séduisant. Sa voix se montre particulièrement claire, mais manque du coup de chaleur. Le tout est quand même agréable, mais pas vraiment percutant. La musique très épurée fait de cet album plus un fond sonore plus que quelque chose que l’on va écouter avec la plus grande attention.
On remonte un peu plus au nord pour découvrir les Canadiens de Plants and Animals et leur album The Jungle. On est plongé dans une ambiance éthérée, portée par un joli duo de voix. Le résultat est agréable à l’oreille, mais très vite on se rend compte que les titres sont souvent lancinants, longs et répétitifs. Certains sont heureusement plus dynamiques, quand d’autres enfin tournent quelque peu au n’importe quoi. Bref, c’est très inégal. On signalera comme petite curiosité un titre chanté en français.
François Hollande avait pleinement bénéficié de la dynamique insufflée par les primaires pour être élu Président de la République. Cinq ans plus tard, au moment de renouveler la démarche, l’ambiance et les perspectives n’ont plus rien à voir. Il ne s’agit plus de battre un Président sortant impopulaire. Il ne s’agit plus de primaires organisées par un parti politique qui a enchaîné les victoires aux élections locales pendant dix ans. Il s’agit d’une tentative un peu désespérée de recoller les morceaux au sein d’une gauche en lambeaux. Le résultat s’avérera totalement inverse, mais à l’heure de préparer l’organisation des primaires citoyennes, les militants PS gardent malgré tout un petit fond d’espoir.
La question de la participation éventuelle à des primaires du Président sortant s’étant réglée toute seule, il reste celle de leur périmètre exact. Pendant longtemps, le PS a espéré organiser des primaires « de Macron à Mélenchon ». Je ne sais pas si quelqu’un a un jour vraiment cru à cette éventualité. Mais afficher cette volonté ne coûtait pas grand chose. La participation de deux leaders politiques ayant bâti leur mouvement en siphonnant un côté et l’autre du PS aurait pu paraître incongrue. Pourtant, je reste persuadé que l’un ou l’autre aurait peut-être été finalement élu Président s’il l’avait fait…
Mais qu’est ce que je raconte ? Emmanuel Macron a été élu Président de la République ! Certes… l’histoire oublie cependant souvent que sans le bénéfice qu’il a tiré de l’affaire Fillon, il n’aurait certainement pas remporté l’élection, faute d’une base fidèle et militante suffisante. Je maintiens donc mon propos… Sur lequel je reviendrai dans le prochain et ultime épisode de ce récit. En attendant, les primaires ont lieu sans lui et sans le leader de la France Insoumise. Parmi les candidats sur la ligne de départ, trois favoris : Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.
Personnellement, je suis plongé dans un profond désarroi. Aucun des trois ne me donne envie de le suivre pour différentes raisons, avant même d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Mon déménagement m’ayant conduit à me retrouver en retrait de toute activité militante, je vis tout ça uniquement à travers les médias. Je n’assiste donc pas aux débats en Section et aux déchirements qu’ils engendrent. J’ai eu mon lot pendant cinq ans. Je ne me suis jamais engagé en politique pour assister à des pugilats un peu vains entre camarades, encore moins en tant que pur spectateur.
C’est donc avec un esprit totalement ouvert que j’assiste aux débats entre les candidats pour savoir qui aura ma voix au premier tour. J’avoue que j’espère alors me laisser convaincre par Sylvia Pinel. Non pas parce qu’elle était la seule femme sur la ligne de départ, mais parce que depuis le début je cache un terrible secret. En effet, il est temps de vous faire une révélation… En vrai, au fond, je ne suis pas socialiste. Si je regarde l’histoire des idées et des positions défendues, je suis clairement un raidical de gauche. Mais voilà, un parti dirigé par les héritiers d’un système quasi mafieux, très peu pour moi ! Malheureusement, ce soir-là, elle livre une prestation bien décevante. Non que les idées qu’elle défend me déplaise, mais sa diction hésitante et son manque absolu de charisme ne me permettent pas de voir en elle un candidat potentiel à une élection présidentielle.
Mon choix se porte donc sur un autre outsider, François De Rugy. Si je n’ai jamais eu beaucoup d’amour pour les écologistes politiques, il est pour moi tout simplement celui qui présente le meilleur programme. Il convaincra peu de monde, aussi parce que quasiment personne n’écoute jamais vraiment ce que les candidats ont à dire, à part quelques slogans. Je ne regrette pas mon choix, même si la suite de l’histoire fera que je n’ai plus grand chose en commun avec lui aujourd’hui. Mais cette histoire n’est alors pas encore écrite.
Si je n’ai pas participé aux débats en Section, j’ai tout de même fait savoir à mon Secrétaire que je suis disponible pour tenir un bureau de vote. Cette journée passée à faire voter le peuple de gauche reste tout de même un bon souvenir. Déjà parce que la participation est meilleure que ce que l’on pouvait craindre. Certes, rien à voir avec celles organisées cinq ans plus tôt, mais on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer.
L’identité des deux finalistes ne constitue pas vraiment une surprise, même si les troupes d’Arnaud Montebourg sont très amèrement déçues. Par contre, l’avance nette de Benoît Hamon n’était pas vraiment attendue. Manuel Valls sait qu’il n’a pas forcément un grand réservoir de voix et que peu d’électeurs d’Arnaud Montebourg voteront pour lui. Etre devancé de cinq points ressemble déjà à une défaite. Il reste cependant un débat en face à face entre les deux finalistes pour renverser la tendance.
Cependant, le débat ressemblera à un enterrement pour Manuel Valls. Benoît Hamon se présente avec une idée qu’il martèle, le revenu universel. Qu’on soit d’accord ou pas, convaincu ou non, force est de constater que c’est simple et percutant. Une vraie idée pour rendre une campagne accessible et compréhensible par tous. En face, c’est le néant. L’ancien Premier Ministre ne peut masquer qu’il n’a jamais été un homme qui produit des idées ou des axes programmatiques. On peut lui reconnaître des qualités, mais pas celle-là. Or, cela constitue un handicap rédhibitoire quand on aspire à une telle fonction. Benoît Hamon sort du débat en grand vainqueur.
Cela se confirme dans les urnes le dimanche suivant. Benoît Hamon est désigné candidat du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle. Pas avec ma voix, vous vous en doutez pas. Mais son adversaire du soir n’en a pas bénéficié non plus. Impossible pour moi de choisir entre ces deux hommes dont trop de choses me séparent politiquement. Cette journée aura été une des plus difficiles de mon parcours militant. Car dès le soir même, je sais déjà, au fond de moi, que, moi, qui ai toujours été un bon petit soldat du parti s’apprête à le trahir dans les urnes dans quelques semaines.
On commence, une fois n’est pas coutume, par un groupe russe. Lucidvox et leur album We are, sorti cette année. Les premières notes nous font découvrir une chorale dans une ambiance étrange. Du gros rock arrive rapidement et le reste du titre sera un mélange des deux. Il donne le ton d’un album. La plupart des titres ont un côté dissonant. Malheureusement, le tout manque de relief, d’originalité et de personnalité. Leur musique possède un côté robotique et hachée, qui leur donne un aspect caricatural. Finalement, seul le fait qu’ils chantent en russe attire vraiment l’oreille. Mais cela ne compense pas certains passages carrément insupportables.
On enchaîne avec un groupe phare des années 90, mais qui n’a jamais vraiment disparu depuis, même s’il se fait plus discret. Les américains de Eels reviennent avec Earth to Dora, leur 13ème album. Il nous livre un rock élégant et maîtrisé. On retrouve leur univers musical bien à eux. Ils font preuve d’une grande maturité artistique. La qualité est constante tout au long de l’album. Les titres parviennent ainsi à allier douceur et conviction. Du grand art !
On termine cet avis avec le premier album solo de Matt Berninger, chanteur du groupe The National, dont je vous ai déjà parlé ici. Quand il a attaque Serpentine Prison, il ne semble pas bien réveillé car il nous offre une voix mal articulée. Les mélodies sont simples, à la guitare. Elle contribuent à créer une ambiance intimiste pas désagréable. Ce n’est cependant pas très marquant. On notera tout de même le titre Silver Springs, un très joli duo. Au final, ça se laisse écouter, mais sans pour autant se démarquer réellement de très nombreux albums du même style.
On commence par un groupe tout droit venu des années 90, le temps où le mot fusion ne parlait pas qu’aux amateurs de physique nucléaire. Asian Dub Foundation revient cette année avec un album intitulé Access Denied. La première partie est excellente. Le groupe mord vraiment dans ses morceaux. C’est un joyeux bordel, mais on le sent totalement maîtrisé. Le flot des paroles ressemble à une lame de rasoir. Le titre qui a donné son nom à l’album se révelle vraiment excellent, avec des passages chantés sur un air de guitare, montrant la polyvalence du groupe. Puis, le groupe perd quelque peu le fil et le bordel se transforme en une sorte de magma quelque peu informe. Les paroles sont remplacées par de longs instrumentaux, pas toujours hyper intéressants. La fin repart sur de meilleures bases, mais reste nettement plus transparente que le début.
On enchaîne avec un véritable bijou. Une session live d’Ella Fitzgerald, intitulé Ella – The Lost Berlin Tapes. On est immédiatement saisi par la voix au timbre unique et d’une incroyable classe. Sa musique jazz est d’une élégance folle. C’est un régal pour les oreilles. On le sent particulièrement sur son interprétation de Cry Me a River, titre auquel son immense talent donne toute sa dimension. Chaque titre est un enchantement et que dire de l’album dans son ensemble !
On termine avec un parfait inconnu, Kevin Morby et son album Sundowner. Il nous livre une musique pop un rien lancinante. La voix est originale, mais pas assez pour nous empêcher de trouver le tout un rien tristounet. Les mélodies se limitent à des petites musiques sympathiques, mais qui manquent sérieusement de consistance. Le chanteur parle parfois, plus qu’il ne chante, nous plongeant définitivement dans une torpeur qui témoigne avant tout du manque d’intérêt que l’on porte à cet album.
Nouveau boulot, nouvelle ville, nouvelle appart… en gros nouvelle vie. Et par la même occasion nouvelle Section. Si mon PS viroflaysien a toujours été paisible et convivial, je quitte une fédération des Yvelines en feu, marquée par une violence des rapports entre les forces militantes que je ne regrette pas le moins du monde. On peut même dire que je suis heureux de la quitter en espérant ne plus jamais avoir à militer dans une telle ambiance délétère.
Cependant, mon arrivée à Paris correspond à la période des désignations au PS pour les élections législatives et sénatoriales. Le député sortant est Daniel Vaillant. Il occupe ce mandat depuis 1988 (avec quelques interruptions). Il a aussi été maire de l’arrondissement de 1995 à 2014. Autant dire que ce n’est pas n’importe qui. A bientôt 70 ans, on lui a fait comprendre qu’il est temps de passer la main. Mais il rechigne. Pour faire passer la pilule, on lui promet en échange d’un renoncement une place éligible sur la liste PS des sénatoriales.
Le timing des événements va proposer un scénario dont seul le PS a le secret. La date limite des dépôts de candidature à la candidature pour la députation est atteinte avec une seule d’enregistrée, ce qui aurait dû permettre de régler la question de la succession sans heurt. Le lendemain, le Conseil Fédéral se réunit et annonce la liste pour les sénatoriales. Daniel Vaillant en est absent. Il crie à la trahison et annonce sa volonté de briguer malgré tout un nouveau mandat de député. Mais les statuts du PS ne lui permettent pas de le faire sous cette étiquette, la date butoir pour la valider à travers le vote des militants étant passée.
Le jour du vote en Section, il n’y a officiellement qu’une seule candidate. Pourtant, c’est bien Daniel Vaillant qui récoltera le plus de bulletins à son nom. D’un point de vue formel, autant de votes nuls, mais un terrible désavoeux pour celle qui est finalement investie. J’ai eu depuis des échos de la violence des échanges ayant eu lieu à cette occasion. Tout ceci prouve également une nouvelle fois, qu’au nom de la fidélité, les militants de terrain pardonnent facilement à ceux qui s’accrochent au pouvoir quand ils les connaissent, alors qu’ils dénoncent facilement ce genre de comportement chez les autres.
Je vois ça de loin, car je n’ai pas encore participé à la moindre réunion de Section. J’ai juste fait la connaissance de mon Secrétaire qui organisait une distribution de tracts juste en bas de chez moi. Il m’a fait immédiatement une excellente impression, ce qui se confirmera par la suite. Il fait partie de ces quelques personnes qui me rappellent pourquoi militera au PS représente aussi l’occasion de croiser des personnes hors du commun. Donc j’aurais pu me sentir impatient de découvrir mes nouveaux camarades. Mais voilà, ce que je perçois de la situation me rappelle trop ce que je viens de quitter. Du coup, je me mets en retrait pendant un long moment…
L’annonce du 1er décembre 2016 m’incitera d’autant moins à sortir de cette hibernation. Ce soir-là, quand le Président de la République prend la parole, la plupart s’attendent à l’annonce de sa candidature à l’élection de 2017. Ce sera au contraire un renoncement. Ce n’est pas non plus une surprise totale, tant le chemin vers une réélection parait semé d’obstacles insurmontables (dont un certain Emmanuel Macron). C’était même objectivement la meilleure décision à prendre. Mais pour ceux qui, comme moi, on a passé cinq ans à se battre pour le défendre et le plus souvent contre ses propres camarades, le coup est rude.
Je me définis ce jour-là comme un orphelin politique sur les réseaux sociaux. Je mesure l’immensité du vide qui s’ouvre devant ceux qui revendiquent l’étiquette de sociaux-démocrates. Ce vide frappera aussi tous ceux qui, à gauche, jubilent à cette annonce. La suite des événements me prouvera malheureusement à quel point j’avais raison et à quel point certains auraient dû mesurer leur joie. Ce sentiment de se retrouver sans cap, ni boussole ne m’a pas vraiment quitté depuis. Et le moins que l’on puisse dire est que personne n’a repris le flambeau. Tous ceux qui ont lui craché dessus pendant cinq ans en pensant pouvoir s’en saisir avec facilité ont échoué à entraîner une part significative de l’opinion.
Pourtant un homme aurait pu, aurait dû tenter sa chance. L’histoire l’a oublié, mais les quelques mois de Bernard Cazeneuve comme Premier Ministre, auront été les tels que le quinquennat tout entier aurait dû être. Il parvient à renouer la confiance avec une partie de ceux qui avaient rejoint la fronde. Son évidente modestie, son sens du devoir, que personne ne peut lui contester, vu son parcours, restaure une certaine confiance, mais bien trop tardive. Peu après avoir clamé mon statut d’orphelin, je me dis prêt à devenir cazeunvien. J’aurais pu l’être avec la même sincérité que j’ai été hollandais. Bernard Cazeneuve fera le choix de l’esquive et ne jouera aucun rôle dans la période de turbulences dans lequel le PS allait s’enfoncer. Tant pis pour lui, le PS, la gauche et sans doute le pays. Ses velléités de retour manifestées récemment sont vouées à l’échec. Personnellement, je ne lui pardonnerai pas cette forme de lâcheté.
Je n’en veux pas à François Hollande. Je l’aurais soutenu jusqu’au bout de la défaite. Son absence d’entêtement, qui contraste avec le retour raté que mènera Nicolas Sarkozy, prouve une nouvelle fois une forme d’intelligence et d’humanité qui auront fait sans doute aussi sa grande faiblesse. Sa présidence laissera un goût d’inachevé, de gâchis, mais pour avoir eu la chance de le voir depuis et d’échanger quelques mots avec lui, je sais qu’il vaut bien mieux que tous ceux qui auront osé le regarder de haut, sans avoir réalisé le centième de ce qu’il aura accompli.
Par contre, soyons clairs. Si le renoncement a fait de moi un orphelin, il trouverait en moins un farouche opposant s’il cherchait réellement à revenir. On ne réécrit pas l’histoire et je serais très triste de le voir substituer une triste fin par une fin pathétique.
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